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Flyer de promotion de l'évènement "Entrez en sous vêtements, sortez habillés" par Desigual
Publicité et marketing

Jakadi que pour s’habiller, il faut d’abord être déshabillé

Comme de nombreux étudiants (presque) ruinés par la crise, c’est en profitant des soldes que vous pensez renouveler votre garde-robe et dépenser vos étrennes offertes par papy-mamie. Mais face à l’affluence de malades de la fièvre acheteuse ou pour éviter de finir à sec, beaucoup préfèrent sélectionner les magasins qui auront le privilège de recevoir leurs euros.
Pour être certain de figurer parmi ces élus, la marque espagnole Desigual a lancé une action de communication originale, permettant à la fois de lancer les soldes en fanfare et de faire, bien évidemment, le buzz tant recherché, graal de notre époque.
C’est ainsi que s’est déroulée le 11 janvier dernier l’édition française des « undie parties ». Le concept est simple, bien qu’insolite : « entrez en sous-vêtements, sortez habillés ! » Déjà réalisée dans plusieurs grandes villes du monde (Londres, New York, Madrid…), l’opération a été lancée à Lyon, où des centaines de jeunes ont affronté le froid dès la veille pour bénéficier de l’offre. Les cent premiers arrivés en sous-vêtements devaient en effet repartir avec deux pièces gratuites. Et l’idée semble être un succès. Laissant  pudeur et pull polaire dans la cabine d’essayage, une foule s’est rassemblée devant le magasin et n’a pas hésité à y passer la nuit.

D’après la marque l’opération est réussie, voire victime de son succès puisque certains prétendants ont du repartir comme ils étaient venus, en sous-vêtements. Il n’y a pas non plus de débordements à déplorer, toujours selon Desigual et l’ambiance semblait être « bon enfant ».  Et puis, soyons franc, qu’est- ce  qui pourrait mieux retenir l’attention devant une vitrine qu’un groupe de personnes (en majorité jeunes et bien bâties, car tout le monde n’ose pas afficher son nombril dans les rues) en sous-vêtements ?
Le discours est cependant plus nuancé du côté de la rue. L’organisation a connu quelques ratés si l’on en croit le collectif qui souhaite déposer une plainte pour publicité mensongère. Selon lui, les premiers arrivés n’ont pas forcément été les heureux élus et il reproche à Desigual d’avoir ‘choisi’ les cent premiers. L’attente semble également avoir été moins calme qu’il n’y parait  (même si aucun incident n’a eu lieu). D’autres encore déplorent le fait que l’on puisse se déshabiller en public uniquement pour des vêtements. La page facebook de l’évènement permet de voir les diverses réactions.
Quoi qu’il en soit, Desigual a visiblement atteint son but. Le débat « pour ou contre le fait de se déshabiller pour de l’argent ? », l’originalité et, avouons-le, le culot de l’événement ont constitué une grosse publicité pour la marque, tout en restant fidèle à son image. Desigual se définissant sur twitter comme « fun and unconventional. Our clothes are out of the ordinary and we get along with the whole world”. La marque a réussi le pari de faire du jamais vu en adéquation avec ses principes. Le succès est tel que l’on projette déjà de reconduire l’idée régulièrement et dans d’autres villes de France. Mais pour continuer à aller de l’avant dans sa communication et augmenter ses ventes, Desigual a d’ores et déjà trouvé une nouvelle idée : écrire un article de blog sur la collection « desigual inspired by cirque du soleil » pour gagner des prix  et avec une récompense pour toute participation : une remise de 20% sur la collection. Comme quoi, nous ne sommes pas les seuls à lier blog et communication !
 
Manon Levavasseur
Sources :
Msn News
Lyon Info
Le site Desigual
Crédits photo : @Desigual – @Trenditude.fr

Couverture du livre de Jacques Séguéla, Le pouvoir dans la peau, paru en octobre 2011
Politique

L’homme politique se doit d’être l’asymétrique

On se sent de plus en plus citoyen à mesure que les dimanches de vote approchent. On écoute les propositions des candidats et au passage, on regarde comment ces gens se montrent. A ce propos, je vous recommande la lecture du dernier livre de Jacques Séguéla, le publicitaire de la « force tranquille ». D’abord parce que c’est assez amusant de voir comment on peut parler en slogans, c’est-à-dire en mettant des allitérations et des formules chocs à tous les coins de pages et ensuite parce qu’on y trouve des jolies perspectives communicationnelles.
« Gauche droite, tous pareils ! … », On a tous déjà entendu ça. Quoi qu’il en soit, dans le domaine de la com’ politique Séguéla transpose ce constat en écrivant que « Tous les candidats se ressemblent, mêmes complets gris, bleus ou noirs, mêmes tics, mêmes phrases, mêmes pensées, triste reflet de l’uniformité humaine. » (p. 97). Cruel constat. Plus tôt, il a cette formule surprenante au premier abord « Les mots porteurs ont une durée de vie que la surmédiatisation abrège. Hier, les slogans duraient des siècles : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Aujourd’hui, ils survivent le temps d’une campagne, et encore ! » (p. 93).
Ces passages résument une grande partie de ce que l’on voit aujourd’hui dans les médias. Les candidats cherchent à créer l’asymétrie pour  être vus, reconnus et sortir du lot aux yeux des électeurs.
Rapide revue loin d’être exhaustive des asymétries possibles :
On peut décider de parler avec un accent et des lunettes caractéristiques (Eva Joly), avec des allures d’orateur charismatique et bourru surmontées d’une dose de mépris pour les journalistes (Jean-Luc Mélenchon) sur Twitter (Nadine Morano), depuis sa cuisine (Hervé Morin) ou en flirtant avec la xénophobie (Marine le Pen).
On peut aussi proposer de nouveaux mots. Sans parler de la « bravitude », en 2007, Ségolène Royal revendiquait son « Désir d’avenir ». Le mot « désir » n’avait jusque là jamais été utilisé en politique et connote quelque chose de vraiment impliquant, presque animal.
François Hollande opte d’abord pour l’image sage et réfléchie face aux attaques déstabilisantes de Martine Aubry lors des primaires socialistes. Le candidat veut aussi montrer qu’il incarnerait une Présidence plus rationnelle que celle qu’il dénonce aujourd’hui en exhibant sa simplicité. Le plus urgent pour lui est de prouver qu’il a du caractère pour sortir de cette mollesse qu’on lui reproche (notamment avec le discours du Bourget du 22/01/2012).
Créer l’asymétrie pour sortir du lot, c’est-à-dire exister aux dépens des autres. Cela implique donc d’interpeler et de discréditer les autres… Tous le tentent (ou presque) via les petites phrases pour déstabiliser et critiquer par médias interposés. Pourtant, c’est sans doute un débat de fond qu’il faudrait à la France. D’ailleurs, laissons les derniers mots à Séguéla. Après avoir parlé de cruauté et de calomnie : « De quoi dégoûter les Français. Dans ce carnage médiatique, la surprise pourrait bien venir de celle ou celui qui saura incarner une France digne. » (p. 134)
 
Thomas MILLARD
Crédits photo et source : Le pouvoir dans la peau, Jacques Séguéla, octobre 2011

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Campagne du Bon Marché pour les TBM par Les Ouvriers du Paradis
Société

The Mistaken Identity

On le sait tous, enfin tous ceux qui ont vu le chef d’œuvre cinématographique The Social Network, Facebook est né d’une envie de vengeance et de valeurs peu catholiques. Alors quoi de plus étonnant que l’usage parfois « détourné » que l’on en fait maintenant ? Dans une vision du monde toute rose, Facebook ne serait qu’un réseau destiné à nous réunir en toute convivialité pour un pur moment d’amitié bien ordonnée. Seulement, une fois les lunettes de soleil hyper kitsh ôtées du pif on se rend vite compte qu’il n’en est rien. Sans tomber dans l’extrême malveillance, il me semblait intéressant de vous faire part d’une récente expérience.
Je ne vous apprends rien en vous disant que Facebook est la plateforme rêvée pour lancer des rumeurs en tout genre. Les statuts apparaissent depuis longtemps sur un fil d’actualité visible par tous les contacts (et parfois plus) mais cela ne fait que quelques mois que les statuts jugés les plus intéressants restent en haut de l’affiche afin d’être vus et revus par tous ceux qui auraient eu la malchance de ne pas les lire dès leurs postages. Les photos prennent de plus en plus d’importance. Celui qui a dit qu’une image valait un millier de mots devait être un fan des Motivational Pictures : ces fameuses photos que les gens se postent sur leurs wall respectifs entourées d’un cadre noir avec un message parfois moqueur, parfois blagueur.
J’aurais adoré que l’on m’explique le rapport entre le nom qui leur a été attribué – Motivational – et l’actuelle photo visible sur mon fil d’actualité d’une femme au fessier important se tenant devant une voiture conduite par un chien…
Enfin, je divague, mon but n’étant pas du tout de vous parler d’un chien très doué mais d’une simple expérience. Hier matin, la filière Marketing, Publicité, Communication du Celsa a été conviée à une conférence des plus intéressantes sur le Branding par le Groupe Medinge. Ce groupe, basé en Suède, est un Think-Tank ou laboratoire d’idées qui décerne chaque année les prix « Brands with a Conscience »*. Tout ça pour dire que nous étions entourés de têtes pensantes dont une qui a particulièrement attirée notre attention. Sur la base d’un quiproquo, une femme du nom de Brigitte Stepputis a été confondue avec Vivienne Westwood. Il semblerait que cette femme travaille pour la marque mais n’ayant été présentée que sous le nom de celle-ci, vous comprenez bien que nous ayons eu un doute. Sans compter que la ressemblance physique (de dos) était trompeuse. D’un élan enthousiaste, mes doigts font leur chemin sur le clavier pour partager au mieux cette information :

En quelques minutes seulement, mon statut a été liké plus de fois que mes derniers statuts mis ensemble (vous me direz, je suis pas bien populaire non plus). Alors que les likes augmentaient, le fait que personne ne remette en question la véracité de cette information me taraudait. En effet, il m’est apparu que de plus en plus de gens tendaient à croire naïvement ce qu’ils lisent sur Facebook. En dehors de la première dimension gossip du site – qui ne nous leurrons pas est aussi la raison de notre présence accrue – on peut également trouver celle de l’actualité, mais pas n’importe laquelle. L’internaute se plaçant en médiateur n’est pourtant jamais incité à prouver la véracité de ses propos. Bien au contraire, il a tendance à être instantanément cru car qu’en retirerait-il ? Surtout que dans un objectif de m’as-tu-vu, légitimé par le site, il serait bien mal venu de sa part de propager une information dite d’actualité qui soit fausse.
Ou bien, on peut se demander s’il est véritablement important que celle-ci soit véridique ou non, tant qu’elle alimente les débats… On en revient donc à la bonne vieille rumeur et à toutes les conséquences dévastatrices qu’elle peut engendrer. Sans tomber dans l’exagération, il faut reconnaître que la plupart restent gentillettes.
Il me fallait tout de même vous le dire, mon statut était faux !
Brigitte pardonne nous notre ignorance…
 
Marion Mons
Crédits photo : ©Le Bon Marché / Agence : Les Ouvriers du Paradis

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Le Bateau Costa Croisière échoué
Publicité et marketing

La leçon de pub du Costa Concordia

Le 13 janvier dernier, lors d’une croisière de 7 jours en Méditerranée, le Costa Condordia, navire de croisière de la société Costa Croisières, faisait naufrage au large de la Toscane, entraînant la mort et la disparition de nombreuses personnes.
Ce n’est pas le drame en lui-même qui m’intéresse aujourd’hui, mais les dommages communicationnels de l’événement.
Tout d’abord, le naufrage d’un de ses navires est évidemment une très mauvaise image pour Costa Croisière. En matière de publicité, la compagnie aura dorénavant du mal à se doter de slogans et de spots qui, en plus d’attirer la clientèle, réussissent à faire oublier la tragédie du Costa Concordia.
Le groupe Costa a d’ailleurs annulé toutes les communications publicitaires qui avaient été programmées. Ainsi par exemple, une nouvelle émission présentée par Mireille Dumas intitulée « La Croisière des Idoles » devait suivre des passagers et des chanteurs sur une croisière de luxe et être diffusée sur France 3 les 23 et 30 janvier, mais, par respect pour les victimes et les familles, Costa a dû annuler la diffusion de cette émission.
Récemment, la marque avait également lancé une grande campagne de spots télévisés dont le slogan annonçait fièrement la couleur : « Le paradis sur mer ». Quand on découvre ces publicités rétrospectivement, elles paraissent de très mauvais goût, puisque le paradis s’est transformé en enfer, à l’image du Titanic. On ne peut pas reprocher à la marque d’avoir voulu vanter les mérites de son produit, ce qui est tout de même le but de la publicité. Cependant, on peut quand même souligner que les choix du groupe Costa n’ont pas toujours été judicieux.
Ainsi, dans un de leurs spots, la voix off disait : « Quand vous avez goûté à une croisière Costa, c’est difficile de revenir à la vie de tous les jours. ». L’actualité donne à cette simple phrase un aspect morbide, et on imagine l’amertume des familles de victimes face à un tel slogan. Evidemment, Costa Croisière ne pouvait pas prévoir qu’un de ses bateaux allait faire naufrage, mais on peut tout de même exiger d’une marque de transport qui porte un certain pourcentage de risque (idem pour les compagnies aériennes) qu’elle choisisse des thèmes qui ne menacent pas de lui faire du tort par la suite ou de porter à confusion.
Le travail du publicitaire est donc délicat : il n’est pas seulement de donner au produit une belle image mais également d’envisager toutes les éventualités pour que sa pub, qui promet le paradis, ne devienne pas en un rien de temps le reflet amer d’un souvenir cauchemardesque.
Costa Croisière devra attendre un certain temps avant de pouvoir reprendre un vrai travail de publicité, le temps de réinstaurer un certain climat de confiance, impossible actuellement, alors même que les recherches des corps se poursuivent sur l’épave du navire.
 
 
Claire Sarfati
Crédits photo : PAUL HANNA/REUTERS

Casse de bijouterie, photo de 20 minutes
Société

Le fait divers, conte moderne.

Le 26 novembre 2011 à 18h, une bijouterie de Cannes est braquée par quatre individus lourdement armés. Le gérant de la boutique est abattu d’une balle dans la tête et les quatre braqueurs prennent la fuite.
Si je suis au courant de cette affaire et qu’elle a retenu mon attention, c’est tout simplement parce que ma mère habite en face de cette bijouterie. Cela fait un choc qu’un événement particulièrement violent soit survenu tout près de chez soi alors même qu’on a passé pour sa part une journée tout à fait banale. Lors d’un diner familial, un mois plus tard, j’ai été frappée par le fait que chaque membre de ma famille avait quelque chose de personnel à raconter par rapport à l’affaire. Ma mère était dans cette même bijouterie vingt-quatre heures plus tôt, ma belle-sœur est passée en voiture devant la boutique avec sa fille cinq minutes auparavant. Enfin, mon cousin trouvait que le frère de la victime – le co-gérant de la boutique – était plutôt « antipathique » et n’avait pas l’air assez triste de la mort de son frère lorsqu’il le croisa, une semaine plus tard, dans la rue …
S’il reste assez concevable que ce fait divers ait pu avoir sa place dans un diner à Cannes ; le fait qu’il ait été relayé par le journal de BFM TV, de RTL, dans plusieurs articles du Figaro et encore plus dans le Parisien (1er quotidien national d’information qui assume par ailleurs accorder une place centrale au fait divers dans ses colonnes-NDLR) m’a beaucoup plus surpris. On a ainsi pu retrouver à plusieurs reprises cette affaire dans la rubrique « Société » du Figaro, et encore ce Mercredi 25 janvier, son site internet publiait une « flash-actu » sur cette affaire. Pourtant le Figaro déclare lui même que se sont produits quasiment un braquage de bijouterie par jour en France en 2011 …
De nombreux observateurs critiquent les médias pour la grande importance qu’ils donnent à ces informations jugées sordides. Néanmoins, selon Philippe Madelin, «la presse est née de la fascination du récit du mal ». A tous ceux qui ont l’impression que les faits divers prennent de plus en plus d’importance dans le paysage médiatique, l’ancien journaliste et blogueur de Rue89 rappelle qu’à ses débuts, la presse faisait ses plus grosses ventes sur les scandales et faits divers à sensations, en scandant à la criée les titres les plus racoleurs possibles.
Seulement, les temps ont changé. La mise en ligne de contenu journalistique sur le web, la multiplication de brèves ou « flash-actus » et donc la possibilité de choisir l’information qui nous intéresse et de la commenter nous ont fait passer d’une consommation médiatique unilatérale à l’ère du consommateur-acteur. Ainsi, on aurait pu croire que la préoccupation du public pour le fait divers allait décroitre. Or, il n’en est rien. Les enquêtes de satisfaction le prouvent, le fait divers intéresse toujours autant les gens. Pourquoi ?
Le fait divers, conte pour adulte ?
 
Au delà des poncifs souvent avancés pour expliquer ce phénomène (le voyeurisme naturel de l’être humain, le public qui se sentirait conforté dans le bonheur de sa propre existence au regard des drames qui touchent autrui) ; un des éléments de réponse peut être apporté par l’expression d’« émotion démocratique » théorisée par Christine Chevret. En effet, en informant du fait divers, les médias répertorient les écarts commis par certains par rapport aux normes sociétales. Les histoires tragiques de braquage, d’enlèvement, de viol, de meurtre relatées par les médias – qui répètent d’ailleurs souvent un même schéma – parlent toujours de la déviance d’un individu par rapport à la Loi. Au delà de la notion de crime, le fait divers brille par son caractère extraordinaire : il s’écarte de la banalité.
Derrière la fascination pour ce qui est inexpliqué, qui nous dépasse ou qui rappelle la fragilité et l’absurdité de la condition humaine, l’intérêt du public pour ce qui le choque pourrait être, en plus d’une catharsis médiatique, un besoin inconscient de moralisation. Le fait divers revêt en ce sens les mêmes oripeaux que le conte pour enfants. Choquer pour mieux instruire ; les personnages ne sont plus de jeunes adolescents mais bel et bien des adultes. Tout comme le conte, les faits divers abondent de personnages types : la jeune adolescente écervelée, le mari jaloux, la femme volage, le grand-père détraqué, etc..
Un miroir de la société
 
Ainsi, certains faits divers passionnent tellement l’opinion publique qu’ils finissent par aboutir à de véritables débats sociaux et nous incitent à mener une réflexion collective sur des thématiques souvent taboues, comme les violences conjugales (affaire Marie Trintignant en 2003) ou encore l’euthanasie (affaire Chantal Sébire en 2008).
A ce titre, la passion du public français pour le feuilleton DSK cet été 2011 a soulevé de nombreuses réactions sur la nature des relations hommes-femmes et la représentation de l’agression sexuelle dans la société. Une affaire d’une telle ampleur, lorsqu’elle est commentée et analysée par toute la société devient alors un véritable miroir de nos interactions sociales.
Finalement, il n’y a pas lieu de moraliser les médias en cherchant à déterminer si exposer les faits divers est une démarche bonne ou mauvaise. Ces affaires sont le reflet de notre société, autant pour l’événement qui se produit, que pour le choix de leur exposition par les médias. Les faits divers alimenteront toujours les médias, car ils font partie de notre humanité.
«Avec le fait divers, on est dans l’humain, le trop humain. » – Patrick Eveno, professeur en histoire des médias.
 
C.P
 
Crédits photo : ©20 minutes – ©BFMTV – ©Le Parisien

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Flashmob dans la rue
Société

Le flashmob : rite tribal dans un village planétaire?

« Il n’est pas donné à chacun de prendre un bain de multitude: jouir de la foule est un art; et celui-là seul peut faire, aux dépens du genre humain, une ribote de vitalité, à qui une fée a insufflé dans son berceau le goût du travestissement et du masque, la haine du domicile et la passion du voyage.» Charles Baudelaire, «Les Foules», Le Spleen de Paris.
Le bain de foule peut se révéler pour le poète un véritable voyage, une démarche artistique, comme s’il était poussé par une volonté de mêler sa solitude à la multitude.
Si je cite Baudelaire pour entamer mon article, ce n’est pas que pour faire une jolie captatio, tentant ainsi d’éveiller l’attention des littéraires. C’est parce que j’ai décidé d’écrire à propos du phénomène des flashmobs et que je trouve, aussi discutable cela soit-il, qu’il a une dimension éminemment poétique.
En effet, le flashmob (entendez: mobilisation éclair) se veut être un rassemblement de personnes dans un lieu public, effectuant d’un même élan des actions préétablies, avant de se disperser rapidement. Oui, une mobilisation éclair, quoi. Pour être antichronologique, je parlerai d’abord de la plus connue, datant du 8 septembre 2009.

Pour célébrer le lancement de la 24ème saison de son émission, Oprah Winfrey accueillait les Black Eyed Peas, interprétant leur nouveau titre «I Gotta Feeling» devant plus de 20 000 personnes. Jusque là, rien d’étonnant… Sauf qu’au son de ce tube voulu entraînant, une seule personne danse, au premier rang. Et là, dans un effet de cascade, le flashmob se met en route, avec d’abord dix autres personnes qui se déhanchent, puis cent. Puis mille. Jusqu’à ce que des milliers de gens dansent en rythme, coordonnant leurs mouvements devant une Oprah Winfrey plus qu’abasourdie. Je défie qui que ce soit de ne pas frissonner devant un tel exploit.
Mais qu’importe l’effet, la cause en est d’autant plus intéressante; car ce sont bien les réseaux sociaux qui sont à la base des flashmobs. Or, si nous sommes des êtres solitaires derrière les écrans, il est curieux de voir comment les réseaux peuvent amener les individus à se rassembler et, l’espace d’un court instant, à ne former plus qu’un seul et même mouvement. De la solitude à la multitude, c’est là que se situe le voyage.
Mais derrière cette poésie du rassemblement se lit une problématique communicationnelle forte. En effet, à moins que je ne sois obsédé par le cours de «Réseaux» que nous avons eu l’occasion d’avoir ce lundi au Celsa; il y a selon moi comme un écho au fantasme du «village planétaire» que l’on retrouve chez McLuhan. Selon cette théorie, les médias de masse auraient le pouvoir de fondre les micro-sociétés en une seule, constituant ainsi un «village global», une communauté partageant une même culture. Or prenons un nouvel exemple de flashmob, ayant cette fois-ci eu lieu en juin 2009 à l’occasion de la mort de Michael Jackson. Un grand nombre de mobilisations éclairs ont eu lieu dans des grandes villes du monde à l’instar de Chicago, Paris, Stockholm, Montréal ou encore Taipei; où la chorégraphie de «Beat It» a été réalisée simultanément par bon nombre de participants. Une telle démarche se veut en réalité être un «hommage» rendu à un défunt, faisant partie de notre culture à tous.

Dans cet exemple précis, on passe donc d’un réseau dit «social», dans lequel des communautés se sont mises d’accord sur Internet, à un réseau physique, où des gens rendent hommage à une même personnalité, en même temps, aux quatre coins du monde. N’est-ce pas là l’exacerbation de l’âge néo-tribal qu’observait déjà Marshall McLuhan avec la télévision; cette fois-ci rendu concret par la mise en pratique d’une «danse» commune?
Un nouvel exemple de ce déploiement d’une culture commune, plus récent cette fois, est la célébration du nouvel an chinois… à l’aéroport Roissy-Charles de Gaulle, ce lundi 23 janvier.

C’est en effet l’agence W&Cie, à la tête de cet évènement, qui a permis de voir des danseurs en tenue de soirée exécuter un charleston autour d’un couple unifiant une chinoise et un français. Mélange des cultures à travers la danse, donc, la portée communicationnelle du flashmob n’a pas échappé aux agences.
Concluons que, par sa consistance poétique et communicationnelle, le flashmob est un pas de plus vers un brassage des cultures, par la danse.
D’ailleurs, n’oubliez pas de réviser les pas du prochain flashmob qui se déroulera au Parc Botanique de Bruxelles le 2 février prochain à 16h30, sur le rythme de la «Danse des canards»!

Lucas Vaquer
Crédits photo : ©Grenier aux nouvelles

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Opération Ikea Metro Auber Janvier 2012
Publicité et marketing

Quand Ikea invente la téléréalité… sans la télé

La population était déjà habituée à voir Ikéa meubler son métro en mettant à disposition sur les quais quelques canapés, pour le plus grand plaisir de son séant. En janvier, le grand magasin a carrément décidé de construire un appartement dans le ventre de Paris. Pour 54m2, évidemment, il faut un peu de place : le hall de la station Auber, spacieux et fréquenté, était le lieu rêvé pour cette opération.
Rien de très original direz-vous ? N’importe quel magasin Ikéa digne de ce nom nous fait entrer dans un immense espace aménagé de façon à ce que l’on ait l’impression de suivre la route du magicien d’Oz. On retrouve à différents endroits du magasin des coins totalement aménagés, généralement appelés “Votre chez vous” : on nous met en situation toute l’ingéniosité des produits Ikéa, avec quelques livres en suédois, évidemment, pour donner un peu de caractère à la pièce. Du coup, on est tellement enjoué par l’ameublement et la décoration de ces petits appartements que l’on prendrait bien le tout pour notre studio tout gris tout pas beau, même les livres en suédois s’il le faut.
Bref, ils sont forts chez Ikéa, et ce depuis longtemps, le but ici n’est pas de revenir sur ce point mais bien de présenter ce que les fjords ont encore inspiré à nos nordiques préférés.
Alors, quelle est la différence à Auber ?
En tant que véritable Curious, vous avez commencé cet article en regardant les photos et vous vous êtes dit : ben ça va, tranquille la fille sous la couette. Rien d’osé dans cela tout simplement parce que ce lit fut le sien pendant 6 jours. Ainsi, il y a bien une petite différence avec les aménagements en magasin : ici, si vous tournez le robinet, l’eau coule ! Détail révélateur d’une installation bien réelle : l’endroit a servi de maison pour 5 colocataires du 9 au 14 janvier.

Le premier avantage de l’opération est évident : si vous ne venez pas à Ikéa, Ikéa viendra à vous ; du pure street marketing par l’agence Ubi Bene (comme toujours). Ensuite, que faites-vous lorsque vous vous installez dans un nouvel appartement ? Une fête, bien sûr. Il suffisait d’aller jouer sur la page Facebook d’Ikéa pour gagner sa soirée dans le métro – so hype – et venir accompagné de 12 de nos amis.
Ainsi, nous avons là un concept très osé de la marque qui nous pose en plein de coeur de l’espace public un véritable aquarium humain. De larges espaces transparents ont été intégrés dans les cloisons de la construction pour permettre aux passants de regarder un peu ce qu’il se passe là-dedans… Pour mieux admirer la décoration, un appartement témoin, comme ceux des magasins, a été construit juste à côté de la colocation, histoire de ne pas trop chambouler les habitudes de leurs chers clients.
En plus des vitres installées, on peut souligner qu’il y avait des caméras branchées aux quatre coins de l’appartement, pour tout enregistrer de l’expérience.
A quand le lancement de la société de production Ikéa, spécialisée dans la téléréalité ?
 
Justine Brisson
 
La pub sur le site Ikéa

Publicité et marketing

Plus Belle La Pub

Derrière ce nom et ce logo dérivés de la sérié française (on ne vous la présente pas, vous l’avez reconnue), Plus Belle La Pub est l’œuvre de deux graphistes, qui se sont mis en tête de débusquer le mauvais goût qui règne parfois sur les affiches, flyers et autres supports visuels : associations de couleurs douteuses, fautes d’orthographes, agressions pour les yeux etc. Le tout réuni dans un blog  drôle et créatif, qui n’a pas peur de se moquer carrément de ces pubs que l’on croise tous les jours sans trop les regarder. Plus Belle La Pub, non seulement les regarde, mais les immortalise, les dénonce, les détourne, s’en amuse et nous amuse.
Bref, à FastNCurious, on aime la touche corrosive de Plus Belle La Pub, et en cette époque difficile où on veut nous priver des heures que l’on passait à regarder nos séries en streaming, PBLP devient le blog idéal où passer le temps. Aussi, on est ravis de vous annoncer que Plus Belle La Pub inaugure FriendsNCurious, notre nouvelle page partenariats*, dédiée aux sites qu’on aime, qu’on suit et qu’on soutient !
*Vous trouverez cette page dans l’A Propos du blog, juste en dessous !
 
Claire Sarfati

Logo Anonymous
Politique

Jacques a déclaré la guerre de l’internet

En vérité, plus que Jacques, c’est l’oncle Sam qui l’a dit la semaine dernière en fermant par l’intermédiaire du FBI l’un des sites de partage de fichiers les plus populaires du moment: Megaupload et son équivalent streaming, Megavidéo mais également 17 autres sites. Pour resituer un peu le contexte, cette décision s’inscrit dans le débat de deux lois américaines, PIPA et SOPA, assez controversées puisque  même la Maison Blanche a  annoncé qu’elle ne soutiendrait pas « une législation qui réduit la liberté d’expression, augmente les risques pour la sécurité cybernétique et sape le dynamisme et le caractère innovant de l’Internet mondial » [1].  Ce serait donc là que se situe le cœur du problème: la violation d’une liberté reconnue comme fondamentale par de nombreux pays du monde et pour laquelle certains se battent tous les jours, la liberté d’expression. On ne serait donc plus libre de communiquer de contenus comme bon nous semble.
Cette décision a évidemment provoqué un tollé parmi la communauté internaute et en particulier dans la communauté hacker. Ainsi, des membres du collectif Anonymous ont immédiatement riposté par un déni de service en rendant hors-service des sites tels que celui du ministère de la justice américain, d’Universal ou encore Hadopi qui visent à restreindre la liberté sur internet au nom de la protection du droit d’auteur. D’autres sites participatifs, tels que Wikipédia, WordPress ou Reporters sans frontières ont également réagi par une sorte de grève à cette tentative de putsh sur la toile.
La question à se poser alors est de savoir quel camp défend quoi ? En vérité, les enjeux de cette guerre du net sont bien entendu économiques. D’un côté les Etats qui interdisent de manière générale le partage gratuit d’informations ou de fichiers au nom du droit des auteurs à être rémunérés pour leur travail, et c’est bien la moindre des choses. De l’autre, il y a d’une part l’ensemble des protagonistes cités dans le paragraphe précédent, Anonymous, les sites participatifs qui se voient contraint en quelque sorte à une publication contrôlée ; et d’autre part sans doute, de nombreux internautes dont vous faites peut être parti qui ne voient pas d’un très bon œil le fait d’être privé de leurs séries télé préférées ou plus généralement de ne plus avoir accès gratuitement et en illimité à des contenus culturels.
Si l’on considère la question objectivement, l’extension de la loi au monde virtuel (une zone relative de non-droit il faut le reconnaître) n’est pas si choquante que ça. Une forme de censure y existe déjà au nom par exemple de la lutte contre la violence ou la pédophilie, allez faire un tour sur les conditions d’utilisation de Facebook. Cependant, la censure de contenu au nom de la protection du droit d’auteur est plus problématique. En effet, cela revient à dire que je n’ai pas le droit de dire, faire suivre, partager quelque chose sans en mentionner l’auteur initial et pour ce qui est des films par exemple, sans le rémunérer. Le problème ici se situe dans le fonctionnement même du web qui peut se décrire comme un média participatif auquel tout le monde contribue et où il est, de fait, souvent difficile d’établir la paternité d’un contenu sur la toile ou d’en limiter la diffusion. Pour illustrer mon propos, si on s’en tient à ce type de raisonnement dans la régulation en ligne, Facebook ou Twitter pourraient très facilement être suspendus alors même qu’ils sont tous les deux des réseaux sociaux incontournables.
En vérité, il faut effectivement trouver un moyen de protéger le droit d’auteur (chacun a droit à  la reconnaissance de son travail). Pour autant, il me semble que la répression pure et dure n’est pas le moyen le plus adapté à l’heure actuelle : il s’agit davantage d’un retour en arrière qui entrave et bloque la communication parce qu’elle bloque la diffusion, l’échange et le partage de contenus. Comme je l’ai dit plus haut, le web est participatif et encourage  l’émulation intellectuelle, la contribution de tous peut donc être requise. Si on considère la question du partage de films ou de musique par exemple, cela pourrait passer par une sorte de redevance culturelle, à l’image de la redevance télévisuelle, reversée aux auteurs de musique, films… En somme, un système participatif jusqu’au bout ainsi qu’on me l’a suggéré récemment (oui, je ne revendique pas la paternité de cette suggestion et, finalement, peut être que tout commence ici !)
 

Justine Jadaud

[1] Plus d’infos sur PIPA et SOPA

Crédits photo : ©Anonymous – ©Wikipedia

Affichette du front de gauche Janvier 2012
Politique

2012 : Année du papier

Campagne des réseaux sociaux ! Génération Y à conquérir ! Election 3.0 ! Nadine Morano accro à Twitter ! Quelle mouche a donc piqué Jean-Luc Mélenchon pour qu’il décide de faire publier son programme aux éditions Librio ?
Oui, vous avez bien lu, le programme du Front de Gauche est disponible en librairie, imprimé sur de vraies feuilles, par de vraies imprimantes industrielles avec en prime une mignonne couverture en papier glacé toute pleine de rouge. Une erreur sûrement ! Même pas. Il s’en est déjà vendu 320 000 exemplaires. De quoi faire au moins sourciller le plus convaincu des technologistes, qui doit d’ailleurs commencer à voir apparaître quelques rides sur son front. L’engouement pour l’Indignez-vous de Stéphane Hessel, ses multiples traductions, son influence sur les manifestants de la Puerta del Sol ou de la City avaient dû en effet lui faire passer déjà quelques nuits difficiles.
Simple nostalgie révolutionnaire se rassure-t-il peut-être. L’imprimé a été le médium privilégié du socialisme du dix-neuvième siècle, une des conditions nécessaires à son développement. Ainsi, à ses arrières petits-enfants qui de nouveau se lèvent, le papier fournirait le sentiment d’une légitimité innée et un peu de l’aura des glorieux anciens. Il y a probablement de cela mais, cette explication suffit-elle ?
Probablement pas. Ce qui se joue ici, c’est sûrement autre chose aussi. Afin de l’apercevoir, intéressons-nous un peu à l’écrit d’écran, c’est-à-dire à la forme sous laquelle apparaît l’écrit en tant que signes et textes sur les écrans de nos ordinateurs. Sur ces supports nouveaux, l’écriture, si elle ne perd son intemporel aspect d’image, la retrouve sur un mode intangible. Elle n’est plus à portée de main mais à portée de clic, insaisissable et disparue une fois la lecture terminée. Ainsi du programme du Parti Socialiste, où dans sa rubrique du site internet les thématiques se chassent sans cesse et successivement l’une l’autre dans un bandeau vertical.
Mais, qu’importe peut-être tant que le récepteur-électeur a reçu tous les messages qu’on voulait lui destiner ? C’est un peu court. C’est surtout oublier l’importance de la matérialité du texte, de sa géographie notamment, atomisée et fugace ici. Si l’écrit doit donner à voir le monde, cela passe par sa forme. Si cette forme s’échappe à tout instant alors c’est la représentation d’un réel saisissable qui nous échappe tout bonnement. Le contraire du livre en somme.
De poche ou de collection, il est en effet cet objet qui renferme en lui une représentation tangible et inamovible de ce réel, une représentation stable et rassurante et donc une représentation d’où faire démarrer une action, un engagement. On ne mène pas de bataille sans carte, l’idée semble conserver quelque actualité.
 
Romain Pédron
Source : Emmanuël Souchier, « L’écrit d’écran, pratiques d’écriture et informatique », Communications et langages n° 107 [ www.persee.fr ]