Johnny : Une vie après la mort

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Le mercredi 8 mars 2017, la rock star Johnny Hallyday annonce qu’il souffre d’un cancer des poumons. Le clan Hallyday, qui a toujours été très actif sur les réseaux sociaux, publiait depuis des photos de familles et des messages d’amour. Ils sont unis, et lancent un hashtag en guise de message à la maladie : #fuckcancer. Malgré tout, le chanteur nous quitte le 6 décembre dernier, laissant dans le deuil son épouse, ses enfants, ses proches et de nombreux admirateurs. Ce samedi, nous avons été témoins de la vague humaine qui a descendu les Champs Élysées venue dire adieu à son idole. Mais heureusement, son œuvre continuera de nous accompagner.

Comme Michael Jackson, qui figurait dans le classement Forbes des célébrités disparues générant le plus de revenus, ou Claude François, qui a atteint des ventes record d’albums depuis sa mort, Johnny Hallyday n’a certainement pas fini de nous faire chanter. C’est ce qu’on appelle la carrière posthume : les carrières de nos chères idoles se poursuivent après leur disparition. Mais comment ?

L’instrumentalisation de la mort d’une célébrité

 

L’artiste défunt, ou plutôt l’image qu’il avait, devient un symbole fédérateur qui crée – ou continue de créer – un lien entre la vedette et son public, on s’en sert pour donner un axe aux prochains produits dérivés et œuvres-hommage. La célébrité devient une icône qui transcende le temps, une marque tirée de sa personnalité.

Même si l’artiste vit encore d’une certaine façon par sa musique ou son art, son impossibilité à communiquer sert les médias et les disquaires. En effet, l’absence de voix médiatique de l’idole disparue permet à toute une industrie de continuer à le faire vivre avec une voix différente, une voix qui convoque la nostalgie chez son public. L’important pour l’industrie, c’est de conserver la culture commune partagée entre le public et l’artiste avec par exemple un film sur sa vie, un album photo de famille, une compilation de ses meilleurs hits, les moments forts de ses performances sur scène, etc.

La nostalgie comme parti pris

On a tous en tête un chanteur ou un groupe qui a partagé avec nous les moments les plus chers de notre existence à travers sa musique – ou un autre art. De nos jours, c’est d’autant plus facile de se sentir invité dans l’intimité des célébrités avec les réseaux sociaux. C’est une incroyable vitrine sur le quotidien de nos idoles, et c’est pourquoi se crée le sentiment d’une réelle proximité avec le public. Bien que cette proximité soit plutôt superficielle, puisqu’il y a rarement de réels échanges intimes entre le public et l’artiste, il n’en reste pas moins que les fans doivent faire leur deuil.

« Au-delà du besoin de réassurance auquel elle contribue, la nostalgie répond à différentes problématiques de gestion de marques. Elle est le moyen pour certaines marques d’élargir leur cible », affirme Aurélie Kessous. Effectivement, le sentiment de nostalgie comble un besoin et rassure les gens. En convoquant ce sentiment, on replonge les gens dans le passé, ce qui leur donne un repère.

Ce parti pris communicationnel apparaît presque comme une évidence, et il s’est avéré plus qu’efficace. Beaucoup de marques comme Volkswagen et Levi’s font appel au passé ou à l’histoire pour toucher leur cible. La nostalgie peut être collective (époque ou histoire) comme individuelle (souvenirs intimes), elle est suscitée par différents stimulus comme l’ouïe, l’odorat, la vue… En d’autres termes, on se sent mélancolique à l’écoute d’une chanson d’un artiste défunt, puisqu’elle nous rappelle également les émotions d’un moment passé à écouter cette chanson.

Et il n’y a pas que les fans qui revivent leur passion pour leur idole. Le décès d’une star, qu’elle soit populaire ou non, fait qu’un public plus large va la découvrir. Quand c’est un artiste iconique, comme Johnny Hallyday, qui nous quitte, c’est d’autant plus vrai puisqu’il y avait tout un univers derrière ses chansons. Plusieurs vont découvrir qui était Johnny par les albums photos et les films, et auront alors envie d’acheter sa musique.

Derrière chaque grand homme disparu se cache un homme

C’est un peu comme si l’homme derrière l’art n’était plus là, mais qu’il y avait toute une équipe encore présente pour faire continuer de tourner la machine. Il semblerait même que l’absence de l’artiste rapporte presque autant que sa présence. Peut-être parce qu’en son absence il laisse toute la place à son art. Peut-être parce qu’en son absence on joue sur des procédés différents pour vendre

Par exemple, dans le cas de Claude François, c’est Fabien Lecoeuvre qui orchestre le tout. Sous sa supervision, Cloclo a vendu plus de disques en étant défunt que durant sa carrière. Lecoeuvre a « la conviction qu’une carrière posthume doit être pensée avec plus de soin qu’une carrière « normale » » et les carrières posthumes n’ont plus de secrets pour lui. De plus, il est un véritable maître en matière de musique. Il a d’ailleurs publié Le petit Lecoeuvre illustré et La véritable histoire des chansons de Johnny Hallyday. Johnny Hallyday sera-t-il la prochaine personnalité culte dont il s’occupera ?

Les carrières posthumes sont assez troublantes, puisqu’elles sont parfois plus fructueuses que les carrières des artistes vivants. On ne soupçonne pas toute l’industrie qui se démène derrière pour continuer de faire vivre nos idoles, ceci pour notre plus grand bonheur. On peut déjà se douter – ou espérer- que Johnny Hallyday ne quittera jamais complètement nos oreilles ou nos cœurs.

Rosanne Bourque

Twitter : @RosanneBourque

Linkedin

Sources :

 Crédits photos :

  1. image.4ever.eu
  2. intellivoire.net

 

 

 

 

 

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