Les images et la spontanéité forcée

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James Natchwey en pleine action

Avant la guerre du Vietnam, pour des raisons surtout techniques, les images mettaient plus de temps à arriver devant les yeux des citoyens occidentaux que maintenant. Certaines étaient mêmes censurées par les autorités.

Depuis, et ce de manière toujours plus affirmée, les images débordent et s’offrent à la vue des citoyens en même temps qu’à celle des gouvernants.

Pendant  la guerre du Vietnam, les autorités n’ont pas pu museler les appareils de presse comme elles l’avaient fait dans les guerres précédentes. Les photos et les reportages effectués in situ ont embarrassé le pouvoir et provoqué bien des émois dans les populations du monde entier. La photo d’une petite fille en larmes fuyant dans l’ardeur des flammes est gravée dans les mémoires et imprimée sur tous les livres d’Histoire. Cette photo avait été prise par un journaliste professionnel de l’agence Assiociated Press, elle avait ensuite été transmise par avion au bureau de l’agence pour être publiée dans les journaux.

Faisons un saut dans le temps. Au début de l’année 2004, l’opinion publique mondiale est choquée par les photos d’humiliations infligées aux prisonniers d’Abou Graïb par des soldats américains. La diffusion de ces clichés repose sur un tout autre ressort. Ce sont les tortionnaires eux-mêmes qui produisent les images et décident de les partager avec leur famille (via CD ou Internet) et c’est un citoyen comme un autre qui a augmenté leur diffusion à l’ensemble de la population et des médias. La diffusion est alors beaucoup plus rapide.

Avec les réseaux sociaux et tout ce que permet Internet, les gouvernements n’ont plus les images et les informations les premiers. Pire : ils n’ont plus de « moment tampon » pour réfléchir et ils doivent réagir aux productions médiatiques au moment-même où les lecteurs de journaux et les internautes les découvrent.

Quelques exemples ? Et bien, rappelez-vous de la gêne occasionnée par la circulation des images de la pendaison de Saddam Hussein. Ou bien cette année, une heure après la mort de Kadhafi, le fait que l’on ait pu voir sa dépouille pleine de sang relayée sur un nombre incalculable de sites en a gêné plus d’un.

Comment réagir à ce genre d’images ? Difficile à dire, quoi qu’il en soit, les informations circulent librement dans la plupart des pays occidentaux, et les médias d’aujourd’hui ainsi que notre manière de les utiliser forcent à plus de spontanéité dans la communication des gouvernants.

 

Thomas Millard

Sources :
Rémy Rieffel, Que sont les médias ?, Folio, p 115
Jaquette du film sur James Nachtwey « War Photographer » par Christian Frei

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4 commentaires on "Les images et la spontanéité forcée"

  1. Thomas M.

    Merci pour vos lectures critiques.

    bjt, je te rejoins sur tes questions. C'est un problème central à mon humble avis.

    Tiph., je ne suis pas sûr de bien comprendre ta remarque. Je ne crois pas que l'article contienne un quelconque jugement de valeur. D'autre part, je n'incluais pas l'Iran et l'Egypte (peut-être à tort ?) dans les pays occidentaux. Par cette appellation, j'entendais, comme bien des manuels d'histoire par exemple, les pays d'Europe de l'Ouest et d'Amérique du Nord.

    Curieusement et amicalement.

  2. bjt

    La fascination des images et de l'immédiateté ne nous aliène-t-elle pas, et sa facilté n'a-t-elle pas tendance à prendre le pas sur notre refléxion ? Je pense que si.
    Contre la censure, je regrette néanmoins que les images ne soient plus "médiatisées" (dans le sens premier du terme : qu'elles ne nous parviennent plus immédiatement et dénuées de contexte, d'explications…) : nous sommes bombardés, et il est de plus en plus difficile de prendre le temps de réfléchir, les images affluent trop vite. Ca serait un peu comme les petites phrases des politiques qui nous éparpillent et nous empêchent d'avoir une vision totalisante sur les hommes / partis / programmes qui sont en jeu.

  3. Lolou

    Article très intéressant qui pose le problème de nos sociétés actuelles et du développement de l'accès immédiat à toute information. Faut-il tout montrer, et sinon comment situer la frontière de la censure? Est-il désormais plus facile aux populations de résister aux dictatures par le biais des réseaux sociaux, ou plus facile aux dictatures de les manipuler par ce même biais?
    Très intéressant, vraiment!

  4. Attention aux jugements de valeur, en quoi les "informations circulent librement dans la plupart des pays occidentaux" ? Voyez un peu ce qui s'est passé en Iran, en Egypte, etc. Est-ce grâce à nous, puissances occidentales ? Sans oublier que toutes les technologies qui permettent cette hypercirculation de l'info vient du Japon. De plus, vous pensez vraiment qu'on a plus facilement accès à l'info par rapport à pendant la guerre du Vietnam ?

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