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Aziz Ansari est un humoriste, acteur, et producteur reconnu. Le créateur de la série Netflix « Master of None » s’est toujours défini comme féministe et a soutenu à plusieurs reprises le mouvement #MeToo.

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L’immigration à l'ère Macron, droitiser pour mieux régner

 
C’est avec le projet de loi sur l’immigration, présenté jeudi 11 janvier 2018, qu’Edouard Philippe met en scène le durcissement de la politique migratoire française. Bien loin de la « grande société » rêvée par Alexis de Tocqueville, la justification de ce projet de loi semble attester d’une dynamique individualisante, et au demeurant égoïste. Réponse à un besoin sécuritaire, le gouvernement court-circuite ici les prétentions d’une droite en reconstruction avec une loi de circonstance.

Avant tout, et il est parfois bon de le rappeler, nous vivons dans une société multiculturelle. Ce multiculturalisme est une réponse à l’individualisme qui découle de la séparation des corps sous l’Ancien Régime. Il n’y avait plus d’appartenance collective face à l’avènement des institutions que sont la famille, le mariage ou les syndicats. Durant la deuxième moitié du XXème siècle, c’est ainsi que l’on reconnaît la place des identités dans la société. Et au lieu d’entretenir cette dynamique, ce projet de loi semble vouloir fédérer autour d’une volonté de repli. Examen de l’asymétrie dans la réception d’une loi sur un problème qui déchaîne les passions.
 

L’émotion, facteur clivant d’une loi archaïsante

Premièrement, et il semble pertinent de le rappeler, cette loi n’est pas mauvaise en soi. La thématique de l’immigration est souvent mise en avant de façon manichéenne dans nos médias, et il importe de s’en détacher. Dans ce qu’on peut lire, une conception effectivement binaire du débat sur l’immigration ressort souvent. La bonne politique serait nécessairement celle de l’accueil, et la mauvaise, la méchante, celle de la restriction qui serait motivée par l’entre-soi et la difficile acceptation de l’autre. La question soulevée par l’annonce de cette réforme est ici plus complexe qu’elle n’en a l’air.
 
Ici, et une fois encore, la position tenue par Emmanuel Macron est difficile à catégoriser. D’un côté en adéquation avec les propos de Mme Merkel qui prône un accueil inconditionnel, et de l’autre partisan d’un pragmatisme qui dépasse une pensée jugée irrationnelle axée sur un principe moral de solidarité. Cette réforme et la façon dont elle est introduite par Emmanuel Macron et Edouard Philippe mettent en exergue un autre aspect du débat, qui va au-delà de celui qui concerne l’accueil ou la restriction. Le curseur se déplace vers la confrontation entre l’émotivité, celle des belles âmes qui s’attardent sur les individus et les raisons qui les poussent à émigrer, et la rationalité, bien que froide et désincarnée, qui constate les difficultés d’accueil du fait du manque d’infrastructures en France.
Nous retrouvons ici la volonté de construire une image selon laquelle le président Macron ne s’encombre pas de considérations partisanes : il n’y a pas de souci à prendre à la gauche et à la droite, c’est toujours l’efficacité qui prime.

Loin du droit mais près du peuple ?

Dans ce projet, comme dans tout projet de loi, il y a une prétention,  prétention de répondre à un besoin social via l’envoi d’un signal. C’est éluder que, dans cette démarche, on martyrise la matière juridique, on détricote ce qui a été fait auparavant, on reprend ce qui a été défait… On malmène le droit, on le décrédibilise en le marquant du sceau des errances politiques. Les exemples en la matière foisonnent. En 1980, Valéry Giscard d’Estaing fait voter la loi Bonnet relative à la prévention de l’immigration clandestine, rendant plus strictes les conditions d’entrée sur le territoire. En octobre 1981, François Mitterrand abroge la loi Bonnet et instaure de nouvelles dispositions dans l’ordonnance de 1945, dans le sens de la sécurité pour les étrangers sur le territoire français.
 
En l’occurrence, on trouve une illustration assez éloquente de ce que le pouvoir politique inflige à la pérennité de principe du droit. Comme dans de (très) nombreux cas, la politique semble primer sur la solennité attachée à l’objet juridique. Quel est l’intérêt de montrer ces évolutions et ces changements ? Il s’agit de relativiser et de désacraliser. Il s’agit de penser une temporalité autre que celle imposée aujourd’hui par le quinquennat, par le culte des 100 jours, par la volonté de faire vite. Alors, cette loi, c’est que de la com’ ? Peut-être bien, quand on voit comment les dirigeants ont la faculté de détricoter ce qui a été fait précédemment. Il se pourrait que l’effet à long terme d’une telle réforme soit bien maigre.

Paradoxe de plus, autorité en moins

Finalement, on retiendra deux choses de ce projet de loi. Un volet politique qui tient d’une volonté de couper l’herbe sous le pied à une droite très à droite incarnée par le segment qu’exploite Laurent Wauquiez à l’heure actuelle. Un volet communicationnel, plus symbolique, qui concerne le signal envoyé aux migrants avec cette loi et le caractère dissuasif de celle-ci.
 
Souvenons-nous du principe d’un programme qui souhaitait faire valoir l’ouverture. La mise en pratique de celui-ci se manifeste aujourd’hui par ce projet de loi qui, selon Serge Slama, professeur de droit public à l’Université Grenoble-Alpes, est plus dur que la loi Pasqua de 2003 ou que la politique menée par Nicolas Sarkozy. La terminologie utilisée dans le projet est également dans cette veine : est effectuée la distinction entre « réfugié » et « migrant économique ». On a d’une part un terme marqué d’un point de vue émotionnel, d’autre part une dénomination technique et plus désincarnée. Comme pour légitimer le durcissement des conditions d’accès au territoire français pour ceux qui seraient animés par la « seule » envie de connaitre de meilleures conditions de vie.
 
Pendant ce temps, on cultive l’apparence de l’unité au sein de la majorité, dans une volonté de garder la face et d’apparaître unis. Combien de temps reste-t-il avant le début de la mutinerie contre le capitaine Macron ?
 

Corentin Loubet

 
 
Sources
Marilyne Baumard / « La trame du projet de loi sur l’asile et l’immigration a été communiquée aux associations » / Le Monde / Publié le 10.01.2018 / Consulté le 15.01.2018 
 
Kim Hullot-Guiot / « Immigration, un projet de loi dur et contesté » / Libération / Publié le 11.01.2018 / Consulté le 15.01.2018
Maryline Baumard / « Que contient le projet de loi asile immigration ? » / Le Monde / Publié le 11.01.2018 / Consulté le 16.01.2018 
« Les dates clés de l’immigration en France » / Le Monde / Publié le 06.12.2002 / Consulté le 18.01.2018 
Alexandre Devecchio / Elisabeth Levy « En matière d’immigration, Macron va bien plus loin que ses prédécesseurs »/  Le Figaro Vox / Publié le 27.12.2017 / Consulté le 18.01.2018 
 
Crédits photo

  • Théo Haggaï, Cailloux, 2017
  • Felix Vallotton, La Blanche et la Noire, 1913
  • Henri Matisse, La Danse, 1911
  • Selçuk, Macron

 

La nouvelle censure ou l’Inquisition 2.0

La censure et la France ont une longue histoire en commun, elles forment un couple torturé qui, malgré les séparations successives, finissent inlassablement par se retrouver pour s’étreindre avec passion. Si par la force des choses, la censure a toujours été l’apanage de l’Etat et des fonctions régaliennes, il semblerait que son flambeau soit désormais passé entre les mains des citoyens. Rassemblés en communautés, en groupuscules ou simplement derrière leurs écrans, ils prônent la bien-pensance en vertu de l’intérêt commun afin d’immuniser la société contre les maux qui l’accablent. Humoristes, artistes ou même sportifs, tout le monde en prend pour son grade, et ça ne risque pas de s’arrêter : bienvenue dans l’Inquisition 2.0.
 

Historique de la censure en France

La censure française est plurielle, inventive et protéiforme. Elle a pu toucher les écrits lors de l’Ancien Régime (avec par exemple l’édit de François Ier contre les imprimeurs insoumis en 1535) mais aussi plus récemment le média télévisuel, notamment dans les années 1990 avec la désapprobation de la série animée Ken le survivant. Dès 1789, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme proclame la liberté d’expression et de pensée, un emblème humaniste et bienveillant qui sera néanmoins balayé d’un revers de main par un décret napoléonien qui rétablira la censure dès 1810. Aux origines de la censure vient l’État, machine indéfectible, qui l’exerçait dans le seul but de protéger ses institutions telles que l’Église, l’armée ou la famille. Partant d’un tel postulat, de nombreuses œuvres majeures furent censurées dès leur publication comme Madame Bovary de Gustave Flaubert ou Les Fleurs du Mal de Baudelaire en 1857 qui étaient alors accusées « d’offense à la morale religieuse » et « d’outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs ». C’est seulement en 1881 que la loi sur la liberté de la presse est promulguée. Se pliant aux intransigeantes exigences de la loi l’Etat tente de diminuer ses ingérences dans les médias, des velléités au goût amer à l’aune des deux guerres mondiales et du contrôle de l’ORTF en 1964. Durant les années 80 la censure se conduit en transfuge, se ralliant aux citoyens plutôt qu’aux ministères. Ceux-ci tentent de palier aux manquements de l’Etat en s’organisant en associations pour revendiquer leur droit de contestation. À l’heure du numérique et des réseaux sociaux, chacun peut prendre la parole et s’insurger contre une publication qui ne lui est pas destinée, lui donnant un pouvoir de censure (toute proportion gardée) qui ne lui était pas octroyé il y a peu.
 

Crédit : babelthèque

Le nouveau visage de la censure

La censure a changé de visage, c’est un fait. Un grand pouvoir impliquant de grandes responsabilités (chacun le sait) quelques outils sont alors primordiaux pour l’exercer avec tout le zèle adéquat. Ce nouveau pouvoir s’exprime avec force par le truchement du CSA, surchargé d’innombrables requêtes de spectateurs choqués par des séquences télévisuelles d’un goût plus ou moins douteux. Pas moins de 90 000 saisies pour l’année 2017, un triste record auquel a grandement contribué Cyril Hanouna et son canular homophobe ainsi que certains débats houleux diffusés dans l’émission On n’est pas couché animée par Laurent Ruquier. Le dernier exemple en date est l’éviction de l’animateur Tex (animateur des Z’amours sur France 2), qui, après avoir honoré les spectateurs d’une mauvaise plaisanterie sur les femmes battues, s’est vu tout simplement limogé de la chaîne manu militari. Certes, la blague était sordide et des excuses étaient nécessaires, voire impérieuses. Fallait-il pour autant l’excommunier de la sorte ? Tout sujet est susceptible de créer la controverse, de scandaliser, d’offenser les âmes les plus chatouilleuses. L’hypersensibilité est devenue la norme, les spectateurs s’offusquent – à juste titre parfois – sans pour autant chercher à débattre ou à comprendre. Quoique l’on en pense, cette sensibilité exacerbée dénature la pensée, l’histoire ou même l’art, comme ça a pu être le cas récemment dans le métro londonien, où les nus d’Egon Schiele furent censurés car jugés trop provocants par des usagers.
 

Crédit : rmc.bfmtv

 

Les réseaux sociaux en ligne de mire

Les réseaux sociaux ne sont pas en reste et nous prouvent chaque jour un peu plus que la frontière entre liberté d’expression et censure est parfois poreuse. L’hyperréactivité inhérente à ces plateformes démontre la puissance des internautes face à un contenu quelconque. Cette assertion pourrait se résumer au cas du blackface du footballeur Antoine Griezmann qui s’était grimé en basketteur de l’équipe des Harlem Globetrotters pour une soirée en décembre dernier. Après avoir posté le cliché sur Twitter, un déferlement de réactions s’ensuivit, les internautes admonestants le footballeur pour s’être teint la peau en noir. Se rendant compte de la maladresse, Antoine Griezmann se défendit en arguant un hommage, mais le mal était fait : il a du rapidement retirer la photo sous la pression des « twittos ». Cet exemple, bien qu’anecdotique, dénote un mal symptomatique des communautés sur les réseaux sociaux : leur manque de recul. Cet affublement relevait certainement de l’égard que le footballeur portait aux basketteurs New Yorkais et non d’une vieille tradition raciste d’outre-Manche du siècle dernier. Ces groupes rassemblés sur Twitter ont une force de frappe immédiate et supérieure, pouvants à coup de tweets bien placés (et légitimes) destituer Roman Polanski de son rôle de président des Césars. Quand certains y voient un tribunal médiatique où chacun pourrait y aller de sa sentence, d’autres y voient un formidable outil pour peser sur les institutions ou le gouvernement. Seulement, la question de l’omnipotence du réseau social se pose : que ces communautés puissent faire avancer le débat sur des sujets de société est une chose (une bonne qui plus est), qu’elles réagissent en continu, à chaud et avec émotion en est une autre. Si le poids de ces communautés peut être un levier novateur pour les causes sociétales, il convient néanmoins de rappeler que leur prise de parole ne doit pas écraser celles des autres. À l’heure où de nombreuses associations ou groupuscules s’insurgent contre la prise de parole de certain, il semblerait opportun de ne pas laisser la censure grignoter la liberté d’expression, au risque que celle-ci devienne la norme.
 

Crédit : Le Huffington Post

 

Martin Blanchet

 

Sources :

Johnny : Une vie après la mort

Le mercredi 8 mars 2017, la rock star Johnny Hallyday annonce qu’il souffre d’un cancer des poumons. Le clan Hallyday, qui a toujours été très actif sur les réseaux sociaux, publiait depuis des photos de familles et des messages d’amour. Ils sont unis, et lancent un hashtag en guise de message à la maladie : #fuckcancer. Malgré tout, le chanteur nous quitte le 6 décembre dernier, laissant dans le deuil son épouse, ses enfants, ses proches et de nombreux admirateurs. Ce samedi, nous avons été témoins de la vague humaine qui a descendu les Champs Élysées venue dire adieu à son idole. Mais heureusement, son œuvre continuera de nous accompagner.
Comme Michael Jackson, qui figurait dans le classement Forbes des célébrités disparues générant le plus de revenus, ou Claude François, qui a atteint des ventes record d’albums depuis sa mort, Johnny Hallyday n’a certainement pas fini de nous faire chanter. C’est ce qu’on appelle la carrière posthume : les carrières de nos chères idoles se poursuivent après leur disparition. Mais comment ?

L’instrumentalisation de la mort d’une célébrité

 
L’artiste défunt, ou plutôt l’image qu’il avait, devient un symbole fédérateur qui crée – ou continue de créer – un lien entre la vedette et son public, on s’en sert pour donner un axe aux prochains produits dérivés et œuvres-hommage. La célébrité devient une icône qui transcende le temps, une marque tirée de sa personnalité.
Même si l’artiste vit encore d’une certaine façon par sa musique ou son art, son impossibilité à communiquer sert les médias et les disquaires. En effet, l’absence de voix médiatique de l’idole disparue permet à toute une industrie de continuer à le faire vivre avec une voix différente, une voix qui convoque la nostalgie chez son public. L’important pour l’industrie, c’est de conserver la culture commune partagée entre le public et l’artiste avec par exemple un film sur sa vie, un album photo de famille, une compilation de ses meilleurs hits, les moments forts de ses performances sur scène, etc.

La nostalgie comme parti pris

On a tous en tête un chanteur ou un groupe qui a partagé avec nous les moments les plus chers de notre existence à travers sa musique – ou un autre art. De nos jours, c’est d’autant plus facile de se sentir invité dans l’intimité des célébrités avec les réseaux sociaux. C’est une incroyable vitrine sur le quotidien de nos idoles, et c’est pourquoi se crée le sentiment d’une réelle proximité avec le public. Bien que cette proximité soit plutôt superficielle, puisqu’il y a rarement de réels échanges intimes entre le public et l’artiste, il n’en reste pas moins que les fans doivent faire leur deuil.
« Au-delà du besoin de réassurance auquel elle contribue, la nostalgie répond à différentes problématiques de gestion de marques. Elle est le moyen pour certaines marques d’élargir leur cible », affirme Aurélie Kessous. Effectivement, le sentiment de nostalgie comble un besoin et rassure les gens. En convoquant ce sentiment, on replonge les gens dans le passé, ce qui leur donne un repère.
Ce parti pris communicationnel apparaît presque comme une évidence, et il s’est avéré plus qu’efficace. Beaucoup de marques comme Volkswagen et Levi’s font appel au passé ou à l’histoire pour toucher leur cible. La nostalgie peut être collective (époque ou histoire) comme individuelle (souvenirs intimes), elle est suscitée par différents stimulus comme l’ouïe, l’odorat, la vue… En d’autres termes, on se sent mélancolique à l’écoute d’une chanson d’un artiste défunt, puisqu’elle nous rappelle également les émotions d’un moment passé à écouter cette chanson.
Et il n’y a pas que les fans qui revivent leur passion pour leur idole. Le décès d’une star, qu’elle soit populaire ou non, fait qu’un public plus large va la découvrir. Quand c’est un artiste iconique, comme Johnny Hallyday, qui nous quitte, c’est d’autant plus vrai puisqu’il y avait tout un univers derrière ses chansons. Plusieurs vont découvrir qui était Johnny par les albums photos et les films, et auront alors envie d’acheter sa musique.

Derrière chaque grand homme disparu se cache un homme

C’est un peu comme si l’homme derrière l’art n’était plus là, mais qu’il y avait toute une équipe encore présente pour faire continuer de tourner la machine. Il semblerait même que l’absence de l’artiste rapporte presque autant que sa présence. Peut-être parce qu’en son absence il laisse toute la place à son art. Peut-être parce qu’en son absence on joue sur des procédés différents pour vendre
Par exemple, dans le cas de Claude François, c’est Fabien Lecoeuvre qui orchestre le tout. Sous sa supervision, Cloclo a vendu plus de disques en étant défunt que durant sa carrière. Lecoeuvre a « la conviction qu’une carrière posthume doit être pensée avec plus de soin qu’une carrière « normale » » et les carrières posthumes n’ont plus de secrets pour lui. De plus, il est un véritable maître en matière de musique. Il a d’ailleurs publié Le petit Lecoeuvre illustré et La véritable histoire des chansons de Johnny Hallyday. Johnny Hallyday sera-t-il la prochaine personnalité culte dont il s’occupera ?
Les carrières posthumes sont assez troublantes, puisqu’elles sont parfois plus fructueuses que les carrières des artistes vivants. On ne soupçonne pas toute l’industrie qui se démène derrière pour continuer de faire vivre nos idoles, ceci pour notre plus grand bonheur. On peut déjà se douter – ou espérer- que Johnny Hallyday ne quittera jamais complètement nos oreilles ou nos cœurs.

Rosanne Bourque
Twitter : @RosanneBourque
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Sources :

 Crédits photos :

  1. image.4ever.eu
  2. intellivoire.net

 
 
 
 
 

Secret Story : de l'apogée au déclin de la téléréalité d'enfermement

Le jeudi 7 décembre, à 21 heures sur NT1, était retransmise en direct des studios de la Plaine-Saint-Denis la finale de Secret Story saison 11. Avec 468 000 téléspectateurs réunis devant leur poste de télévision (selon l’institut de mesure de l’audience des grands médias français), soit la plus basse audience historique réalisée par une finale du programme. L‘ultime prime-time hebdomadaire de cette saison du jeu de téléréalité, phare d’EndemolShine, pourrait bien être le dernier chapitre de la grande histoire de la téléréalité d’enfermement en France. Explications.

Le communiqué de presse de la chaîne promettait un événement à la hauteur de la formidable saison qu’elle a fait vivre à ses téléspectateurs les plus fidèles. En réalité, on pourrait plutôt parler d’un non-événement, car le moins que l’on puisse dire, c’est que Secret Story ne passionne plus les foules…

En témoignent les audiences globales réalisées par le show de téléréalité cette année, qui n’ont pas de quoi affoler les compteurs de Médiamétrie : à peine 400 000 téléspectateurs en moyenne pour la quotidienne, diffusée la semaine en access prime-time, soit moins de 3 point de part d’audience. Le prime dépasse quant à lui de justesse les 500 000 téléspectateurs, soit à peine 2,4% du public présent devant la télévision. Bien faible quand on sait que lors des premières saisons du programme, les émissions quotidiennes dépassaient allègrement les 4 millions de fidèles, tandis que les primes tournaient autour des 5 millions.

« Secret Story », une création française adaptée du précurseur « Big Brother »

Si la téléréalité s’est démocratisée aujourd’hui, et qu’elle est déclinée dans de multiples thématiques, on oublie souvent que le programme pionner en la matière n’est autre que le concept Big Brother, créé par John de Mol, en 1999 aux Pays-Bas.

Cette émission a révolutionné la télévision de divertissement dans le monde entier. Elle compte à l’heure d’aujourd’hui plus de 50 adaptations internationales, une longévité record de près de 18 ans et elle a donné suite à des adaptations en tout genre, notamment avec des personnalités connues.

Le principe est simple : enfermer durant près de 3 mois une vingtaine de candidats anonymes dans un espace clos. C’est dans immense maison créée ex-nihilo que les candidats seront filmés 24 heures sur 24. La vie au sein de la maison est rythmée par une voix-off qui est la muse de la production pour intervenir dans le quotidien des habitants. Ces derniers se nominent entre eux chaque semaine, et une fois soumis au vote du public, l’un des colocataires quitte l’émission chaque semaine, au terme du prime-time d’élimination hebdomadaire.

Adapté d’abord sur M6 avec Loft Story en 2001, le format n’a duré que deux saisons, suite à des audiences jugées insuffisantes à l’époque, et des nombreuses polémiques ayant entachées la réputation de la « petite chaîne qui monte ». En effet, dès sa mise à l’antenne, l’émission, qui devient un véritable phénomène de société, subit les critiques de puissants cercles intellectuels, qui la qualifient de « télé-poubelle », un mécontentement alors largement repris par une part de l’opinion publique. Des manifestations anti-Loft Story sont même organisées devant le siège de la Six, ce qui nuit considérablement à l’image de la chaîne, ternie par l’aspect « trash » du programme. Souhaitant redorer son blason, M6 met fin à Loft Story en 2002, laissant le champ libre à la première chaîne d’Europe dans le créneau de la téléréalité. Elle est furieuse d’avoir manqué le format Big Brother, qui a propulsé sa consœur à plus de 11 millions de téléspectateurs lors de la finale de la première édition du show. Elle en profite alors pour se lier pendant dix ans avec Endemol via un contrat d’exclusivité sur tous ses nouveaux formats.

Puis, en 2007, Big Brother réapparaît en France dans une version totalement retravaillée, dans laquelle les candidats ont des secrets qu’ils doivent protéger, tout en essayant de trouver ceux des autres. Avec la création d’Endemol France, l’émission trouve très vite son public, et les premières saisons signent un succès d’audience retentissant. Car la vraie force novatrice de Secret Story est d’avoir associé aux schémas habituels de la téléréalité de vie en communauté (histoires de cœur, ruptures sentimentales, rivalités, clashs…) un aspect ludique très marqué, via les missions, les compétitions organisées au sein de la maison, les enquêtes autour des secrets, les stratégies des candidats, etc.

Ce savant mélange propulse Secret Story en tête des émissions phares de TF1. Au même titre que Star Academy ou Koh-Lanta, elle devient un programme emblématique de la téléréalité française.

De nombreuses spécificités nationales ont été insérées dans le format, pour le différencier du vieillissant programme fondateur. Par exemple, pour renforcer la dimension « éjectable » des candidats nominés de la semaine, la production française a installé un sas entre la maison et le monde extérieur dans lequel l’annonce du candidat éliminé est réalisée, en interaction avec le présentateur présent en plateau. Cela a bien sûr un effet sur le suspens de l’émission : via ce mécanisme, la production parvient à créer une impression d’enjeu important, amplifiée par le ton grave de l’animateur et un fond sonore très pesant.

10 ans plus tard, où en est le format ?

Onze saisons plus tard, ébranlé par un changement d’incarnation et un basculement sur la petite sœur de TF1, NT1, l’essoufflement du programme se fait clairement ressentir à chaque nouveau lancement.

En effet, en plus de l’usure mécanique du format, l’émission souffre d’un manque cruel d’investissement financier, clairement visible à l’antenne : la maison est la même depuis quatre saisons, le casting est réduit à des stéréotypes de la téléréalité. De plus, les schémas narratifs tournent en rond, avec des missions identiques d’année en année (« faux-couple », « faux-ex », « échange de partenaires » …), des twists vus et revus comme le retour d’anciens habitants, les fausses éliminations et les départs en pièce secrète.

Ce manque d’inventivité est sanctionné par un public jeune de plus en plus exigeant et volatile. De plus, le dispositif-antenne a subi de lourdes modifications qui ont contribué à la perte d’attractivité du programme : le traditionnel After Secret, qui suivait l’émission hebdomadaire, recueillant « à chaud » les réactions du candidat sortant, ainsi que les péripéties post-prime en connexion avec la maison, est passé à la trappe, jugé trop coûteux à produire pour l’horaire tardif dans lequel il aurait été diffusé.

A la place, la production a inséré un Debrief quotidien de l’épisode du jour, qui se contente de débattre et analyser les événements de la quotidienne, un talk-show au contenu bien maigre qui n’apporte aucune valeur ajoutée au programme.

Enfin, toujours dans une logique pour rentabiliser le coût élevé du programme, la chaîne rediffuse à de (trop) nombreux horaires les quotidiennes, quitte à ce que le téléspectateur sature : Secret Story occupe ainsi près de huit heures d’antenne chaque jour, et même onze heures le jour du prime.

Ces restrictions budgétaires nuisibles à un show d’une telle envergure sont dues au fait que NT1 ne dispose pas de la même enveloppe que celle du vaisseau amiral TF1 lorsqu’elle était le diffuseur exclusif du jeu de téléréalité. En ce temps-là, Endemol facturait une saison complète 22 millions d’euros à la Une, ce qui permettait de réaliser un casting international, de trouver des secrets remarquables comme « Je suis né hermaphrodite», « Je vis avec les poumons d’un autre » et de multiplier les rebondissements. La maison était reconstruite intégralement chaque année et décorée par Michèle Sarfati, l’une des plus talentueuses décoratrices de la télévision.

Désormais, la chaîne fait pression sur le producteur pour qu’il abaisse sa facture à chaque renouvellement. Cette saison « au rabais » ne coûterait ainsi plus que 11 millions d’euros, ce qui représente néanmoins un budget très important pour une petite chaîne de la TNT comme NT1.

Austérité budgétaire oblige, l’environnement de vie des habitants est le même depuis 2014.

Produire mieux à moindre coût, la concurrence des séries-réalité

A ce désamour du public pour le programme d’enfermement est venu s’ajouter la rude concurrence d’un nouveau type d’émissions de téléréalité, apparu en 2011 : la série-réalité.

Tout commence par l’arrêt de Dilemme, une émission de téléréalité d’enfermement proposée par W9 au printemps 2010. Création française d’Alexia Laroche-Joubert, elle réalise des audiences correctes mais insuffisantes pour amortir le coût de production élevé du programme. La chaîne demande alors à la productrice de réfléchir à une nouvelle émission tout aussi fédératrice, mais moins chère à produire. C’est la naissance des Chti’s, qui donnera lieu à de nombreux spin-off comme Les Marseillais qui connaitront un immense succès auprès du jeune public. Dans le même temps, Les Anges d’NRJ12 s’envolent et réalisent des scores d’audience jamais vus pour un programme de téléréalité sur la TNT, avec des pointes à plus d’un million de téléspectateurs.

Ainsi, depuis 6 ans, pour toucher les cibles d’audiences prioritaires, à savoir les jeunes de 15 à 34 ans et les FRDA-50, les chaînes de la TNT usent et abusent des formats de série-réalité. L’équation est d’autant plus intéressante pour les diffuseurs que ces émissions sont produites à moindre coût : un épisode est facturé entre 20 à 40 000 euros à la chaîne, là où EndemolShine réclame plus de 100 000 euros à NT1 pour Secret Story.

Pourquoi un tel écart de prix ? A cause de tout le dispositif que l’émission génère, à savoir une maison et un plateau à construire, une équipe de production composée de près de 150 personnes, mobilisées durant 3 mois, un prime en direct hebdomadaire à produire, etc. Tout la difficulté dans la fabrication du programme est aussi liée au fait qu’il est produit et diffusé intégralement en direct, c’est-à-dire que la production construit et assemble les épisodes au jour le jour, ne pouvant prévoir véritablement un scénario à l’avance, comme c’est le cas pour les programmes de série-réalité, tournés plusieurs mois avant leur diffusion à l’écran. Cela revient 2 à 3 fois plus cher qu’une saison de série-réalité, alors que certaines sont bien plus performantes en audience, comme Les Marseillais VS Le reste du Monde, qui a rassemblé en audience veille cette saison près de 750 000 inconditionnels, soit près du double des quotidiennes de Secret Story.

En faisant revenir leurs candidats « stars » à chaque nouvelle saison, ces émissions s’appuient sur le côté « feuilleton » de leurs mésaventures, tournées dans des lieux exotiques et paradisiaques, bien loin de la morosité de l’automne parisien dans lequel évoluent les « secretistes ». De plus, en capitalisant sur la notoriété déjà bien développée de ses protagonistes, les séries-réalité s’assurent de voir revenir un socle minimal de fidèles, là où le casting est entièrement composé d’anonymes dans la « maison des secrets ».

Ainsi, les directeurs de programme de ces chaînes au coût de grille serrée optent de plus en plus, dans une logique de rationalité, pour ces programmes plus fédérateurs et moins coûteux.

L’émission « 10 couples parfaits », diffusée cet été sur le canal 11 de la TNT, a signé des scores d’audiences supérieurs à Secret Story 11, tout en étant facturée à la chaîne trois fois moins cher.

Mais alors, quel avenir pour la dernière émission de téléréalité d’enfermement française ? La renaissance de son diffuseur actuel, NT1 – qui subira un rebranding en janvier 2018 avec un nouveau nom assez controversé, TFX, une nouvelle identité visuelle, un habillage modernisé et une clarification de son positionnement éditorial, axé sur les jeunes de 15 à 24 ans – sonnera-t-elle le glas du programme ? Ou la direction des programmes choisira-t-elle de lui donner un nouveau souffle en lui offrant réellement les moyens de se renouveler ?

Sources :

« « Big Brother » et « Loft Story », les succès d’Endemol », Le Monde, Emmanuelle Jardonnet, 20/03/2005

« Comment « Secret Story » va cannibaliser l’antenne de NT1 », Pure Medias, Charles Decant, 05/09/2015

« Coulisse SECRET STORY 10, UNE VERSION LOW COST AVEC DES SECRETS AU RABAIS ? », VSD, 25/05/2016

« Les Marseillais vs Le reste du monde 2 (bilan d’audience) : Jessica, Julien et Nikola toujours au top sur W9 », Toutelatele.com, Benoît Mandin, 01/12/2017

« La téléréalité en France est-elle à bout de souffle ? », Le Figaro, Damien Mercereau, 04/12/2017

Crédits photos:

Image 1: œil de Secret Story

Image 2 : Logo Big Brother

Image 3 : Capture écran NT1 (Prime 11 Secret Story 9)

Image 4 : Manifestations anti-Loft Story devant le siège de M6

Image 6: Visuel 10 couples parfait

Image 5 : Capture écran NT1 (Maison des secrets)

Mélenchon, le modèle de communication à suivre pour les syndicats ?

L’opposition à la loi travail a mis en lumière les dissensions existantes entre les Insoumis et leur leader, Jean-Luc Mélenchon, et les principaux syndicats représentatifs français.
  
 
Les ordonnances réformant le Code du Travail ont connu une opposition populaire bien faible, en comparaison avec les manifestations anti-loi El Khomri. Si plusieurs manifestations se sont succédées partout en France, elles n’ont pas réuni suffisamment de protestataires pour obtenir une résonnance médiatique. Cet échec de la contestation sociale s’explique entre autres par les dissensions qui règnent entre les principaux leaders de l’opposition. Les Insoumis de Jean-Luc Mélenchon et les principaux syndicats français n’ont fait preuve d’aucune unité, alors que leurs positions idéologiques restent proches pour ce sujet. Dans leur affrontement pour le leadership de cette protestation, leurs stratégies de communication jouent un rôle primordial.
 

Des syndicats dépassés…


 
Les syndicats français sont en crise, c’est un fait. Le taux de syndicalisation en France ne cesse de décroître, et frôle dangereusement la barre des 10% (11% en 2013, 8,7% dans le privé). Et la communication syndicale ne sort pas assez de l’ordinaire pour leur permettre de séduire à nouveau le salariat français. Leur présence médiatique est quasi inexistante, hors période de manifestations et de grève. En clair, ils n’existent que dans l’action de protestation classique : dans l’entreprise, ponctuellement dans la rue et les médias, mais leur présence n’est pas suffisamment variée tant en termes de forme et de fond. Sur la forme, leur absence quasi-totale des médias numériques leur empêche de toucher la nouvelle génération de travailleurs. Leurs sites internets respectifs, très classiques (voire imbuvables) tranchent avec la modernité et la clarté de la page d’accueil des Insoumis. Leur absence de résonnance sur les réseaux sociaux, pourtant un canal idéal pour toucher la jeunesse, prouve aussi que les syndicats peinent à se renouveler.
 

 
Les codes et symboles très utilisés ne varient que trop peu, depuis le poing levé jusqu’à la couleur rouge prédominante chez les trois principaux syndicats (CGT, CFDT, FO). Cette absence de renouvellement de la forme participe forcément au désamour des français pour les syndicats, pourtant des piliers essentiels de la démocratie sociale.
 

En contraste avec un Mélenchon moderne

A contrario, Jean-Luc Mélenchon, quant à lui, a parfaitement su gérer sa communication, et ne pas s’essouffler après une campagne présidentielle réussie. Il incarne l’ultra-modernité qui manque aux syndicats. Pendant sa campagne déjà, il a rompu avec les codes usés par le temps, avec notamment, l’abandon de la couleur rouge prédominante (bien que subtilement présente) sur son affiche de campagne (contrairement à 2012). Surtout, il a su réinventer de manière très efficace les vieux codes de la campagne politique. Il a redonné un coup de projecteur sur les meetings politiques grâce à l’utilisation de son hologramme. Un simple coup de communication sans énorme plus-value ? Surtout une belle vitrine de modernité pour un candidat de 66 ans engagé politiquement depuis 41 ans.
Le vrai coup de génie de Mélenchon et de son équipe de communication aura été sa présence sur YouTube. Ce média aura été d’une rare efficacité pour toucher les jeunes durant la campagne, mais aussi après. La « Revue de la semaine » de Mélenchon rassemble ainsi près de 110 000 vues hebdomadaires. L’utilisation de YouTube par Mélenchon, une vraie première de cette campagne présidentielle, a été une franche réussite. Il totalise ainsi presque 370 00 abonnés aujourd’hui. À titre de comparaison, la chaîne CGT (oui, oui, elle existe) en totalise 1274, celle de la CFDT 423, et celle de la Force Ouvrière 386.
Certes, Mélenchon vise un public plus large que les syndicats cités de par la différence entre politique et syndicalisme. Cependant, leur base idéologique est proche. Mélenchon a su rendre de nouveau attractif pour la jeunesse un message que les syndicats peinent à faire entendre. Il est plus que temps qu’ils se penchent sur la question, car la France a besoin de partenaires sociaux modernes et rassembleurs. Elle en manque cruellement aujourd’hui.
 

Robin Labouérie

Linkedin : Robin Labouérie
 

Sources :

 

Crédits Photos :
  • Capture d’écran du site La France Insoumise (responsive design)
  • Capture d’écran du site CGT (responsive design)
  • Affiche électorale Jean-Luc Mélenchon Front de Gauche – Présidentielle 2012
  • Affiche électorale Jean-Luc Mélenchon La France Insoumise – Présidentielle 2017

Communimacron : Enfermer les journalistes et jeter la clef par la fenêtre

Il l’a dit, il le fait. Emmanuel Macron a averti l’ensemble des journalistes : « un président préside et j’aurai cette distance avec la vie médiatique. La trop grande proximité avec les journalistes a été le problème des derniers quinquennats. Quand on préside, on n’est pas le copain des journalistes », en avril dernier dans l’Emission Politique sur France 2. Bim, prends ça François (et les autres). Après avoir été porté aux nues par les médias, Emmanuel Macron amorce un bras de fer inédit avec l’ensemble de la profession. Petit condensé d’une gueule de bois journalistique.

La « transparence organisée » des deux derniers quinquennats

Cette volonté de mise au ban de la presse française trouve ses fondements dans la gestion médiatique des deux derniers présidents. Nicolas Sarkozy maintenait une proximité certaine avec la meute des éditocrates : textos mielleux, visiteurs du soir et tutoiement : Sarkozy gambadait main dans la main avec les barons des médias. Exemple : cette séquence, relevée dans Les Nouveaux Chiens de Garde, elle illustre les relations incestueuses qu’entretiennent médias et politiques.

Une vingtaine de journalistes très influents se cachent dans cette photo, sauras-tu les reconnaitre ?


F. Hollande pour sa part, se délectait des petites accointances avec les journalistes, de ses ‘off’ et autres confidences. Dans les couloirs du Parti Socialiste, on le surnommait « le petit rédacteur en chef du Canard ». Mal lui en a pris puisque beaucoup considèrent que le livre de Gérard Davet et Fabrice Lhomme, Un Président ne devrait pas dire ça, fut le dernier clou du cercueil du président sortant. Epanchements à la tête de l’Etat ? Seulement soixante-et-une rencontres, souvent chez les journalistes, pour plus d’une centaine d’heures d’entretiens, et ce pendant 5 ans. Une broutille.
La volonté d’Emmanuel Macron de rester le « Maître des horloges » à l’heure de l’information en continu puise sa source dans un autre quinquennat : celui de Jacques Chirac. Le Grand Jacques avait pour conseiller spécial en communication Jacques Pilhan, théoricien de la « parole rare ».

L’influence des influenceurs

L’entourage proche d’Emmanuel Macron peut ainsi justifier sa vision ascendante de la communication. Il est principalement composé d’anciens DSK-Boys (& Girl) avec entre autres Benjamin Griveaux, Ismaël Emelien et Sibeth N’Diaye. Après avoir sué sang et tripes pour positionner leur champion en vue de l’élection présidentielle de 2012, ils ont assisté à la mise en charpie médiatique du trublion du Sofitel. Qualifiée par les journalistes de « mormons » ou de « control freaks », cette dream-team partage avec Emmanuel Macron une méfiance incurable à l’égard de la presse.

Ismaël Emelien, en retrait, même sur les photos (2e en partant de la gauche), Stéphane Séjourné (3e) Sibeth N’Diaye (6e) et Benjamin Griveaux (7e)


Les premiers mois de ce quinquennat ont donc été marqués par une volonté de « mettre de la distance, être dans l’économie de la parole », selon Arnaud Benedetti, co-auteur avec Dominique Wolton de Communiquer c’est Vivre. Il y décèle un ardent désir « d’écrire le récit présidentiel et d’éviter la cacophonie gouvernementale ». Le tintamarre s’oppose donc à un unique émetteur de message, en vue de verrouiller la communication et éviter la prolifération. Barack Obama semble inspirer cette stratégie, le pape du cool, bénéficiait d’une communication cadenassée et léchée comme un blockbuster hollywoodien. Il n’est pas impossible que l’ombre du fils de pub Jacques Séguéla plane sur la start-up nation, celui pour qui le ‘off’ était un « poison mortel. » Celui qui a suivi plus de vingt campagnes internationales ajoute, d’humeur taquine :  « Le pouvoir est une œuvre solitaire. Un président normal, ça ne peut pas exister. »

Trigger Warning : La France est le 37ème pays du classement RSF sur la liberté de la presse

Cette distanciation médiatique a souvent pris la forme de méthodes dignes du bon vieux temps de l’ORTF. Un chapelet d’incidents sont venus renforcer l’image autoritaire de Jupiter, petit florilège. L’impétueuse Sibeth N’Diaye a ainsi contacté un redchef pour lui expliquer les règles du journalisme à la sauce macron : « c’est pas du journalisme, c’est du travail de sagouin », à propos d’un titre qu’elle jugeait peu flatteur. Yann Barthès s’est fait agonir de « gros connard » par l’attaché de presse de Macron Man. La raison ? Paul Larrouturou, journaliste à Quotidien, avait eu l’outrecuidance de géhenner Jupiter lors de l’entre-deux tours en lui demandant « La Rotonde, c’est votre Fouquet’s ? » Au premier Conseil des Ministres, les plumes et les caméras, qui captent traditionnellement les premiers pas du gouvernement ont été évacués manu militari de la Cour de l’Elysée. Le torchon (l’expression, pas Libé) brûle déjà entre les deux camps lorsqu’à la suite dudit Conseil, le Château annonce qu’à l’avenir les journalistes seront triés sur le volet pour suivre les déplacements du Président. C’est la goutte d’eau pour les canards qui se fendront d’une lettre ouverte intitulée « Monsieur le président, il n’appartient pas à l’Elysée de choisir les journalistes ». En fait si.

Agence France Elysée Presse

Stéphane Fouks, vice-président de Havas, livre son analyse : « ils ont compris que ce qui comptait, c’était l’offre, c’est-à-dire de prendre la main sur le contenu, les messages, l’image ». C’est ça la nouveauté : cette façon d’être à l’origine des images, en les fabriquant soi-même.

Deux piliers soutiennent cette stratégie. Le premier, une équipe dévouée de stakhanovistes, qui enchaine les Facebook Live, bénéficiant d’accès que les médias n’ont pas. Lors de la visite des Invalides avec Donald Trump, BFM TV avait dû reprendre, déconfite, les images fabriquées par la team com. La systématisation de la pratique du pool, laquelle est habituellement utilisée pour des raisons pratiques, comme la visite d’un sous-marin. Avec Manu, c’est pool party. En aout, une visite présidentielle a fait grincer les dents des journalistes les plus chevronnés : « Là, sur une base de loisirs, le pool, c’est n’importe quoi, il y a de la place, ce n’est pas un lieu sensible, mais c’est comme ça, avec Macron. » L’avantage de court-circuiter les médias c’est que l’on réduit le bruit de Shannon et Weaver et on élude la nécessaire séduction des gatekeepers de Lewin. Le second pilier, plus insidieux, est le « contrat d’exclusivité moral » passé pendant la campagne avec Bestimage, l’agence photo de Mimi Marchand, la reine des paparazzis. Ses photographes sont omniprésents dans les pools constitués et suivent à la trace le couple présidentiel pour assurer le storytelling. De la sorte, l’avant dernier numéro de Paris Match n’a consacré que 18 pages (19 avec la Une) au couple présidentiel. La matière première photographique étant fournie par Bestimages. Le cadenassage se poursuit de jours en jours : le 15 novembre, c’est une équipe de C à Vous qui s’est vue blackbouler loin du président après avoir essayé de poser une question. La raison invoquée ? La veille, ils avaient couvert le rassemblement d’Insoumis qui accueillaient le Président avec des casseroles. On attend le retour sur Terre de Jupiter.
S’il n’applique pas les préconisations de Bourdieu, Emmanuel Macron en suit la pensée : « Le pouvoir symbolique exceptionnel confère aux grandes autorités de l’État la capacité de définir, par leurs actions, leurs décisions et leurs interventions dans le champ journalistique (interviews, conférences de presse, etc.), l’ordre du jour et la hiérarchie des événements qui s’imposent aux journaux. »
Anonyme
Sources : 

  • Balbastre Gilles, réal. Les Nouveaux Chiens de Garde. JEM Productions, 2012. DVD, 104 minutes
  • Bourdieu Pierre. L’emprise du journalisme. In: Actes de la recherche en sciences sociales. Vol. 101-102, mars 1994. L’emprise du journalisme. pp. 3-9
  • Lewin, Kurt. « Forces behind food habits and methods of change ». Bulletin of the National Research Council. 108: 35–65
  • Claude E. Shannon,, « A Mathematical Theory of Communication », Bell System Technical Journal, vol. 27, no 3,‎ juillet 1948, p. 379-423
  • « Com’ verrouillée, médias critiqués… Macron force les journalistes « à avaler leur chapeau » », par Antoine Rondel, LCI, rubrique Elections, le 24 mai 2017
  • « Culture du secret et papier glacé : la communication selon Macron » par Par Zineb Dryef et Laurent Telo, M le Magazine du Monde, rubrique Reportage/Actu, le 18 mai 2017
  • « Emmanuel Macron et sa communication : « Il est passé d’une séduction intense à « Je traite les journalistes comme de la m*rde » » par Sasha Beckermann, Closer, rubrique Politique, le 20 août 2017
  • « Macron, l’emploi des mots, le toc des photos », par Raphaël Garrigos et Isabelle Roberts, Les Jours, rubrique In Bed With Macron, le 23 novembre 2017
  • « « Monsieur le président, il n’appartient pas à l’Elysée de choisir les journalistes » », par 15 rédactions françaises, Le Monde, rubrique Idées, le 18 mai 2017

Crédits photo :
1. Olivier Laban-Mattéi
2. Sipa
3. AFP / Loïc Venance
4. Reuters / Philippe Wojazer

La coiffure des femmes noires : Don’t worry be nappy ?

Depuis plusieurs années maintenant la coiffure nappy devient de plus en plus populaire chez les femmes noires. Le mot signifie en anglais «crépu ». Une légende veut qu’il soit la contraction de natural happy. Vraie ou fausse, elle montre en tout cas que cette tendance invite à s’émanciper des normes et être plus heureuse en assumant ses cheveux naturels.
 
Derrière une simple mode capillaire, il y a une histoire difficile.  Liée étroitement au racisme, elle a participée à discréditer le cheveu crépu dans l’esprit de générations de femmes noires habituées à se défriser. Les afros et d’autres coiffures au naturel sont portées par un nombre croissant de stars, et popularisées par des blogs et des chaînes youtube. Aujourd’hui le nappy attire de nouvelles adeptes dont les motivations vont de la quête de soi à la revendication politique.
Retour sur les enjeux sociétaux de cette tendance au naturel, et les aspects économiques d’un marché cosmétique florissant.
 

L’influence douloureuse des canons de beauté blancs

Dans les pays occidentaux comme dans de nombreux pays africains et caribéens, la majorité des femmes noires choisissent de défriser leur coiffure. C’est une tradition qui se perpétue de mères en filles. Pour cela elles utilisent des produits nocifs à base de soude. Ils endommagent le cuir chevelu et entraînent des pertes de cheveux. Derrière cette douleur physique que ces femmes endurent, il existe l’influence des proches, mais surtout les canons de beauté véhiculés par les sociétés occidentales.
Le cinéma et la publicité définissent de manière ordinaire des canons de beauté qui sont à l’origine des caractéristiques blanches, comme le cheveu lisse. Comme l’énonce la sociologue Juliette Smeralda, l’intériorisation se fait dès le plus jeune âge, notamment à travers les poupées Barbie, qui même noires, ont des cheveux et des traits caucasiens. Des jeunes filles en viennent à lisser leurs cheveux pour construire leur estime de soi et trouver une place dans la société. Leur différence physique et capillaire leur apparaît comme un défaut à corriger.

 

Une réponse bio pour s’affirmer individuellement

Le nappy est une réaction à ces aspects néfastes pour les femmes noires, et en premier lieu au danger sanitaire. Sa popularité récente coïncide depuis les années 2000 avec celle du bio dans le monde des cosmétiques. Le bannissement des produits chimiques est leur dénominateur commun. De plus, des femmes nappy sont à l’origine du mouvement « no poo » qui invite à boycotter shampooings et autres produits capillaires nocifs.
Parallèlement le nappy répond au mal-être des filles et femmes noires face aux canons de beauté blancs. La devise natural happy invite à l’émancipation, à l’acceptation et au respect de soi. Portant leurs cheveux en afros, en tresses ou en dreadlocks, les adeptes renoncent aux codes des femmes blanches pour affirmer leur différence, et s’accepter ainsi.
 

Une histoire du racisme

Le nappy n’est pas nouveau. Il est l’héritier du mouvement Black is Beautiful, né aux États-Unis dans les années 60, porté par les Black Panthers et d’autres groupes contestant l’hégémonie des codes blancs dans la société. Les dreadlocks du reggae et l’afro du disco ont prolongé le mouvement au début des années 70, avant que les tensions sociales ne l’éteignent médiatiquement, et que le défrisage reprenne ses droits. Héritage d’une société américaine où l’esclavagisme a marqué durablement les mentalités. Les femmes noires étaient alors forcées par les propriétaires blancs à s’aplatir les cheveux, porter des perruques ou à se défriser. Malgré l’abolition de l’esclavage, le défrisage a perduré, restant un moyen d’intégration et d’ascension sociales.
Depuis, la norme mono-culturelle du cheveu lisse a tant pris le pas que les cheveux crépus suscitent une certaine curiosité. Celle-ci touche parfois à l’incivilité. Aux États-Unis, des femmes noires se font toucher les cheveux à leur insu par des mains curieuses. Le documentaire You Can Touch My Hair, d’Antonia Opiah rapporte divers témoignages sur cette fascination, et la manière dont ces femmes la ressentent.

 

Une appropriation politique parfois extrême

Le nappy est devenu un outil de contestation politique, signifiant l’opposition au mono-culturalisme blanc. Les femmes noires, qui le portent comme Angela Davis dans les années 60, font de leur afro un message politique : « Je n’obéirai pas à vos codes » signifient-elles.
Comme tout mouvement politique, le nappy a son versant extrême, qui s’empare de la cause dans un activisme identitaire, et jette l’opprobre sur les femmes noires qui ne s’y conforment pas. Le défrisage est pour ces chantres du nappy un acte de déloyauté. Une position radicale qui suscite de vifs débats. La manière de se coiffer doit-elle refléter les opinions politiques d’une personne ? N’est-ce pas une liberté individuelle à disposer de son corps que les nappex (nappy extrémistes) renieraient ? Voilà aussi les enjeux qui travaillent ce mouvement.
 

La médiatisation au service de la transmission d’un savoir-faire

Politique ou personnel, le nappy est un mouvement en vogue qui a gagné en médiatisation. Le mouvement a ses figures de proue comme l’actrice Lupita Nyong’o ou Solange Knowles, chanteuse et sœur de Beyoncé. Depuis quelques années des internautes créent également des blogs ou des chaînes youtube pour enseigner les techniques de coiffures afro, nombreuses, comme le big chop (retour du cheveu défrisé au crépu naturel) ou le twist out (coiffure permettant de boucler son afro).
Il s’agit d’un savoir-faire que des décennies de défrisage ont effacé des mémoires familiales. Les tutoriels youtube et les salons consacrés offrent une chance de transmettre et de raviver cet art de la coiffure chez les femmes et les jeunes filles noires.

 

Le nappy soutenu par un marché fructueux

En faisant ainsi bouger les mentalités, le nappy bouscule le marché des cosmétiques. Les produits spécifiques aux cheveux crépus gagnent en demande, alors que les défrisants, jadis hégémoniques, perdent du poids. L’offre s’étoffe : emboitant le pas de petites entreprises spécialisées, les géants du secteur, comme DOP ou Garnier, vont vers cette nouvelle manne et développent leurs gammes de produits ethniques.
Suivi par le monde du cosmétique, le nappy gagne en arguments pour convaincre les femmes noires. Un succès qui n’a pas fini de prendre du volume.

Hubert Boët

 
Sources :
« Nappy hair : la revanche des femmes noires » par Lee Sandra Marie-Louise, Madame Figaro, rubrique Beauté, Cheveux, le 25 juillet 2014,
Documentaire You Can Touch My Hair d’Antonia Opiah (2013)
« Crépues et fières de l’être » par Frédéric Joignot, lemonde.fr, le 05 février 2015, rubrique Société
« Les femmes noires savent que le défrisage est dangereux, mais la pression est trop forte », M le mag, femmes à part, par Aurore Merchin, le 24 mai 2017
Crédits photos :
Image 1. 
 
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Image 3. 
Image 4. Capture d’une vidéo youtube de « Beautiful Naturelle »
Image 5. ELle, Lupita Nyong’o

Les dédales de l’algorithme YouTube

L’écoute de la musique en ligne est devenue aujourd’hui l’un des premiers moyens d’accès et de visibilité pour les abonnés du monde entier. Lorsque le fonctionnement de son algorithme est remis en cause, c’est donc l’ensemble des youtubeurs qui pourrait se retourner contre la plateforme.
Il n’est pas nécessaire de rappeler que cette société s’impose aujourd’hui comme le premier relai de diffusion de vidéos sur Internet, avec près de 43 000 vidéos visionnées par seconde et une présence diffuse dans 73 pays, ce qui lui permet de couvrir 95% de la population Internet mondiale.
La plateforme de diffusion de vidéos en ligne créée en 2005 fait face cette année à un nouvel enjeu. En effet, de nombreuses critiques ont été émises envers son algorithme, dont le fonctionnement reste flou pour le grand public.
Ce débat a été relancé il y a quelques semaines : le morceau du groupe Boy Pablo – « Everytime » a gagné 50 000 vues par jour après avoir été mis en page d’accueil de YouTube. Cela a mis en lumière l’influence phénoménale que peut avoir ce programme informatique sur les artistes en chair et en os, leur permettant d’obtenir un succès planétaire.

Le débat reste ouvert : YouTube est-elle toujours une plateforme permettant de créer une véritable culture participative comme l’imaginaient ses créateurs, ou bien son fonctionnement binaire pourrait lui porter préjudice ?

Echec (et maths) pour l’algorithme YouTube ?

Depuis le 1er Février 2017, l’association américaine en charge d’attribuer les disques d’or prend en compte les écoutes générées par les plateformes de streaming telles que YouTube, Spotify, Apple Music, ceci afin d’être en phase avec les évolutions d’écoute de son public. Le SNEP (Syndicat National de l’Edition Phonographique) a confirmé qu’il comptait suivre cette tendance de modernisation.
Malgré tout, l’opacité du fonctionnement de l’algorithme YouTube pourrait mener la plateforme à sa perte. En effet, au début de l’année 2017, de nombreuses plaintes se sont faites entendre : de la part d’abord des créateurs, qui font face à de soudaines pertes d’abonnés (ce qui pourrait leur être fatidique), et également de la part des abonnés qui ne comprenaient pas qu’ils puissent être désabonnés de certaines chaines sans leur consentement ni notification.
La position quasi monopolistique de YouTube sur la diffusion de vidéos en ligne permet de comprendre les réactions plutôt vives et les inquiétudes exprimées suite à cette modification non explicitée. Par exemple, le youtubeur PewDiePie avait menacé de fermer sa chaîne qui comptabilise pourtant 50 millions d’abonnés.
Les plaintes concernaient également le système de qualification du contenu « inconvenant » particulièrement strict, qui ne permet pas aux youtubeurs de récolter de l’argent sur leur contenu, étant donné que ces vidéos ne peuvent pas accueillir de publicités.
La réponse tardive de YouTube a finalement permis d’éclaircir les raisons de ce changement. Les modifications d’algorithme sont, selon l’entreprise, effectuées afin de s’assurer que « les utilisateurs regardent plus de vidéos qu’ils aiment », et les chiffres d’abonnement sont lissés dans le temps, ce qui expliquerait les baisses d’abonnés. Ces contestations reflètent in fine une désillusion des youtubeurs dont le succès repose sur un codage qu’ils ne maitrisent pas.

Favoritisme ou simple binarité ?

Au-delà de cette confusion, la tendance de YouTube à recommander des vidéos qui « buzzent » pose le doute sur la capacité de la plateforme à partager du contenu créatif ou éducatif. On pourrait penser que comme Facebook, YouTube serait soumis à une « bulle de filtrage » (Eli Pariser), créant ainsi un isolement intellectuel et culturel des utilisateurs, en ne leur proposant que du contenu optimisé par leur personnalité.
On le réalise rien qu’en regardant l’onglet des Tendances, où des vidéos comptabilisant des millions de vues n’y figurent que quelques heures. Cet onglet est un véritable levier pour les youtubeurs, car il leur permet de se faire connaître par les internautes. L’utilisation de cet espace par des publicités ou des émissions télévisées pourrait ressembler à une préférence envers les annonceurs plutôt qu’envers les créateurs de contenu.
Cet algorithme peut parfois pousser les utilisateurs à une utilisation quasi-malsaine de la plateforme afin de gonfler leurs vues. C’est le cas de Post Malone qui reprend le refrain du titre « Rockstar », numéro 1 aux Etats Unis, 5 fois en boucle dans la même vidéo, leur apportant une visibilité plus importante.
Le cas de Boy Pablo permet néanmoins d’avoir un peu d’espoir dans cet algorithme qui cherche finalement à maximiser le watch time, c’est à dire le temps durant lequel l’utilisateur va regarder la vidéo. Ce système peut entraîner un effet de longue traine (Chris Anderson), car le succès de cette vidéo peu connue est dû au bon relai effectué par l’algorithme. En effet, si cette vidéo a été suggérée par hasard, l’algorithme est efficace car les 500 000 vues par jour sont bel et bien dues à la qualité du morceau « Everytime ».

YouTube aurait-t-il besoin d’une meilleure communication de crise ?

La seule question à résoudre serait donc la suivante : pourquoi l’équipe de YouTube persiste à rendre son fonctionnement si opaque ?
En effet, les réponses tardives aux accusations des utilisateurs ne les ont pas convaincus. La réponse du chef des produits YouTube affirmant que « toute vidéo mise en ligne par un créateur apparaît dans le flux abonnements de tous ses abonnés, par défaut. En général cela prend quelques minutes » et qu’aucun abonnement n’a été supprimé, reste pour le moins elliptique.
On pourrait penser qu’un effort de communication serait nécessaire dans ce genre de situation de crise, mais cette solution ne serait pas la plus stratégique au niveau commercial. Si la communication à propos de cet algorithme était claire et limpide, chaque utilisateur aurait la solution pour maximiser les vues de sa chaîne.
En fin de compte, on pourrait faire l’analogie entre les vidéos YouTube et les Nuggets McDonalds : on est ravis de les avoir devant nous, mais on ne sait pas comment elles sont arrivées là.
Elise Batifort
Sources : 

Twitter et les comptes parodiques malveillants : un moyen légal d'usurpation d'identité ?

Dans le monde virtuel des réseaux sociaux, les rapports de force reposent sur l’immédiateté et la dépendance au nombre de vues et de partages. Ce qui est mis en avant ne l’est qu’à cause de sa viralité et non de sa véracité. De plus, le fait que le réseau social Twitter soit mondialisé fragilise l’établissement de lois internationales, visant à contrôler l’apparition de comptes malveillants qui parviennent, à travers l’interprétation de la politique du site, à la contourner.

Les personnes engagées : une surveillance constante et nécessaire des comptes parodiques usurpateurs

Même nom, même avatar, mais contenus opposés, c’est le moyen choisi par des anonymes pour semer la confusion et parvenir à convaincre les « followers » (littéralement « suiveurs ») des militants à revenir sur leurs positions politiques. Ainsi, le militant Américain et anti-Trump Ryan Knight, connu sur les réseaux sociaux par le surnom « Proud Resister » (résistant fier), a été victime d’une usurpation d’identité parodique d’une personne pro-Trump. Avec plus de 86 000 abonnés, il publie régulièrement sur Twitter pour maintenir la résistance anti-Trump.


 

Ce tweet du militant anti-Trump dénonce le risque des faux-comptes qui se font passer pour lui de manière parodique : « Des comptes feignant la résistance apparaissent en ce moment dans le but de discréditer nos efforts. Le compte ci-dessous utilise ma photo, mon nom et tweet de la « désinformation » pour semer le doute et diviser. Cela recommence comme en 2016. @Twitter ne peut autoriser cela. S.V.P. partagez et encouragez Twitter à supprimer @the_ryan_knight ».

 


Ce tweet du compte parodique de Ryan Knight prétend avoir fait semblant d’être un militant anti-Trump : « Trump est quelqu’un de super. Cette affaire de #Résistance est une perte de temps. Il est temps pour moi de retourner à ma vie normale. ». Ce tweet étant une réponse à un compte qui défend lui aussi la résistance anti-Trump, on peut voir que l’usurpateur cherche à diviser la collectivité anti-Trump, et qu’il cherche ainsi à perturber la fluidité de sa communication. Le compte usurpateur a depuis été suspendu après une semaine de nombreux signalements.

L’ambiguïté de la politique et des règles d’utilisation de Twitter

L’équipe de Twitter est consciente des risques d’usurpation d’identité et écrit ceci :


La fragilité de cette politique d’utilisation est que la mention explicite de la dimension parodique du compte est légitime, dans le cadre de la liberté d’expression. Dans le cas de Ryan Knight, l’usurpateur a changé son nom de « proud resister » en « paid resister » (résistant payé), mais a aussi spécifié dans sa biographie « (parody) », que l’on ne peut voir que si on va sur le compte en question, et qu’on prend le temps de lire sa description. Ainsi, il ne peut pas être attaqué, car il n’a pas le même pseudonyme.

Ces parodies malveillantes sont dangeureuses, car les tweets circulent de manière autonome (nul besoin d’aller sur le compte du propriétaire), et qu’une lecture rapide et passive du contenu (associé à son avatar) influence le récepteur. Ce dernier ne voit pas nécessairement la différence de pseudonyme et la confusion s’opère. Le récepteur peut être surpris du changement radical des propos de la personne qu’elle pensait légitime de suivre, ou  peut être amené à analyser la situation du point de vue opposé à ses positions initiales et ainsi douter de  la pertinence de ses positions. Puisque Ryan Knight lui semble être revenu sur ses positions, peut-être devrait-il en faire de même ?

La compréhension de cette dimension parodique « par l’audience ciblée » n’est absolument pas certaine, et ne peut être vérifiée. D’autre part, l’utilisation de Twitter dans sa politique des termes « similaires » et « de manière ambiguë ou trompeuse », montre  un manque de précision qui permet justement de contourner cette règle, avec pour défense les possibilités d’interprétations.

Les dangers des réseaux sociaux naissent sans avoir été devinés par Twitter au préalable, ainsi les contours de sa politique d’utilisation ne sont pas assez clairs pour pouvoir les prévenir au mieux. En revanche, les comptes parodiques malveillants passent entre les mailles du filet, grâce au flou juridique existant.

Alors, quelles limites entre la liberté d’expression et la légitimation des comptes parodiques ?

 

 

Si la liberté d’expression est défendue dans la politique de Twitter, elle s’effectue pour les utilisateurs au prix d’une lutte virtuelle qui sonne comme la loi du plus fort. Cela s’exprime par le degré d’efficacité dans la communication des idées, l’influence (les partages post-publication), la fréquence des publications et des interactions avec de potentiels « followers » et les followers que l’on parvient à acquérir dans un laps de temps court. Le contenu est disgracié au profit de la viralité et de la notoriété. Le processus devient plus fort que le contenu,  cela repose sur la logique même des réseaux sociaux.

L’utilisation du terme « conflit » montre que cela est partie constituante du réseau social, que ce soit de manière visible lors de débats, ou que ce soit de manière cachée à travers les comptes parodiques malveillants. Ces derniers peuvent paradoxalement pousser les militants à s’engager plus encore dans la communication de leurs idées, car ils se retrouvent dans une situation de double opposition. A la fois dans la défense de leurs idéaux dans une situation donnée, mais aussi dans la lutte contre les moyens d’usurpation légitimes de leur identité à travers la surveillance constante.  Ils encouragent aussi leurs « followers » à signaler les comptes usurpateurs malveillants : la suspension d’un compte est aussi un combat du nombre.

Ce problème est délicat, car l’interdiction de comptes parodiques mènerait à un contrôle constant de Twitter, et donc porterait atteinte à la liberté d’expression, dans un contexte où une large partie des comptes parodiques ne sont pas malveillants. Le signalement reste l’issue de secours, mais la rapidité de la diffusion des tweets, par rapport à la réaction bien plus lente des autorités questionne les nouveaux moyens de prévention, plus efficaces dans la lutte contre l’usurpation malveillante.

 

Romane Pinard

Twitter @RomanePnd
 
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