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« Fais-moi ouïr », une tendance révélatrice de sens ?

Vous avez sûrement déjà entendu parler d’ASMR (Autonomy Sensory Medium Response), « réponse automatique des méridiens sensoriels » ou « réponse sensorielle autonome culminante ». Cette pratique procurerait, à certains, une forme d’orgasme auditif qui se traduirait par une sensation de frisson parcourant l’échine, du bas de la nuque jusqu’au haut du crâne. Ce concept a commencé par intéresser les influenceurs présents sur Internet et s’est par la suite popularisé, au point de toucher les marques, voire certains professionnels spécialisés en psychologie, neurologie et neurosciences. L’ASMR, utilisée à des fins que l’on pourrait qualifier de thérapeutiques, serait-elle en mesure de répondre à des enjeux d’ordre communicationnel ?

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Influenceurs virtuels : un nouveau dispositif publicitaire qui séduit les marques



Depuis quelques années fleurissent sur les réseaux sociaux une nouvelle génération de dispositifs publicitaires, les influenceurs. Ils nous conseillent sur les sorties ou les évènements à ne pas rater, ou testent pour nous des produits et partagent leur avis. Dès lors, beaucoup d’individus, souvent jeunes, s’identifient à eux et les perçoivent comme un idéal. Mais récemment, la naissance d’influenceurs 100% virtuels suscite des réactions.

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Les paradoxes de la petite fille sans peur

Un mètre et trente centimètres

Fearless Girl. C’est le nom de la sculpture en bronze représentant une jeune fille rebelle réalisée par Kristen Visbal. Du haut de son mètre trente, elle est installée dans le fameux quartier des affaires de Manhattan depuis le 7 mars 2017, veille de la Journée internationale des droits des femmes. Depuis ce jour, elle ne cesse de faire parler d’elle. Des centaines d’articles ont été écrits à son propos, les caméras du monde entier étaient au rendez-vous le jour de son installation. Elle fait même partie des incontournables du circuit touristique de New York ! Mais comment expliquer un tel succès alors que cette petite femme en bronze d’un mètre trente aurait très bien pu passer inaperçue dans la jungle de Wall Street ?

Un tête-à-tête politique

Bien que n’ayant pas de valeur en apparence, deux éléments non visibles au premier abord en font sa spécificité et constituent la force du message véhiculé. Premièrement une plaque sous la statue retirée peu après son installation portait la mention « Know the power of women in leadership. SHE makes the difference » (littéralement « connais le pouvoir de la femme dans la direction. ELLE fait la différence »).
Deuxièmement, Fearless Girl est installée face à une autre sculpture, bien plus imposante : Charging Bull, de l’artiste Arturo Di Modica. Tout près de Wall Street, un observateur aguerri comprendra que cela tombe sous le sens : la petite fille sans peur est le symbole du pouvoir revendiqué de la femme dans un monde d’hommes, le monde des affaires. Ce symbole est d’autant plus fort puisque la fille n’est qu’une enfant d’un mètre trente qui pourtant tient tête d’un pied ferme et d’un regard fier à un grand et méchant taureau, prêt à la piétiner. Le courage n’en est-il pas sublimé ? L’écart de taille rend le désir de conquête plus grand, et la force de conviction plus importante encore.

(Photo by Volkan Furuncu/Anadolu Agency/Getty Images)

Un flop artistique

Mais il y a en réalité deux problèmes majeurs dans cette sculpture, le premier réside dans ses un mètre trente d’innocence. Car si la petite fille de bronze est une petite intrépide, elle n’en est pas moins une fillette. Dans une volonté de représenter la femme forte face au patriarcat, peut-on la représenter en enfant ? C’est là, semble-t-il, une grosse erreur de Kristen Visbal. Un enfant est, selon les différentes définitions qu’on peut en trouver, un être humain « naïf », « candide », « dépendant », « rattaché à… », « considéré dans les liens qui l’unissent à… ». Bref, l’enfant n’est pas responsable, l’enfant n’est pas crédible, et surtout il n’est pas indépendant : il est petit et mignon. Et comme beaucoup d’enfants qui essayent d’exprimer une conviction, Fearless Girl a droit aux réactions classiques des adultes amusés face à un bambin revendicateur. « Oh que c’est mignon », « mais oui, c’est bien mon petit, tu as raison ».

On le voit sur des centaines de photos, la première réaction de beaucoup de petites filles, c’est un mimétisme enfantin : imiter la sculpture avec amusement. L’enfant se place à côté de celle-ci et fait face,
comme elle, au taureau. Seulement le message ressenti n’est plus le même et l’importance du message, de ce qui devait être un symbole des droits des femmes devient presque un divertissement. S’il s’agissait d’une femme adulte se plaçant aux côtés de la sculpture, l’impact en serait conservé. Mais voilà, la sculpture représente un enfant, et appelle ainsi un autre enfant. Et cet enfant qui tire la langue au taureau s’adresse plus à l’animal qu’au symbole, c’est-à-dire à l’homme ou plus largement au système socio-économique. Les réactions sont en conséquence (voir photos 3 et 4).

Bizarrement d’ailleurs, Fearless Girl est souvent prise indépendamment de Charging Bull, comme si c’était une œuvre interactive à laquelle il faut répondre, avec laquelle il faut jouer. Or, il faut bien comprendre qu’elle a été posée ici par sa créatrice pour être interprétée par rapport au taureau sans qui le sens de l’œuvre artistique est incomplet. Prise seule, elle invite pourtant à lui donner un nouveau sens mais le message politique de la sculpture se trouve inévitablement invalidé (voir photo 5).

Pauvre petit Charging Bull

Fearless Girl prend son sens par rapport à Charging Bull. C’est en soi un problème, car au départ ce sont bien deux sculptures différentes, réalisées par deux artistes différents. Si la petite fille de Kristen Visbal manque d’indépendance, ce n’était pas censé être le cas du taureau d’Arturo Di Modica. L’artiste à l’origine du Charging Bull a même exprimé que sa sculpture avait été dénaturée, expliquant qu’elle devait
symboliser à l’origine « la liberté, la paix dans le monde, la puissance, le pouvoir et l’amour ». Ne s’agirait-il pas là d’une atteinte aux droits de l’artiste ? Fearless Girl s’en trouve prise dans un nouveau paradoxe : celle qui devait promouvoir la liberté des femmes et l’égalité des sexes a fait passer le taureau d’un symbole positif à une représentation perverse et ambigüe.

N’ayez crainte cependant, tout devrait rentrer dans l’ordre pour Arturo Di Modica et son taureau, car d’ici mars 2019 la mairie de New York aura déplacé la sculpture de la petite fille. Celle-ci devrait être disposée face à la Bourse de New York afin de ne pas perdre sa charge symbolique. Reste à voir si l’enfant arrivera à être prise au sérieux.

Pierre TERRAZ
SOURCES:

  • MORIN Violaine, « Le taureau et la “fillette sans peur” : à Wall Street, les statues de la discorde », Le
    Monde, 13 avril 2017
    https://www.lemonde.fr/big-browser/article/2017/04/13/le-taureau-et-la-fillette-sans-peur-a-wall-street-
    les-statues-de-la-discorde_5110886_4832693.html?fbclid=IwAR3caJj2i_D-
    iZtOgSZdKoDGGPr7lgjhGwH-7R3phugM4cdDLjC-AEHOmjE (à insérer ci-dessus)
  • « Fearless Girl, la célèbre statue de fillette va déménager face à la Bourse de New York, Le HuffPost avec
    AFP, Huffingtonpost.fr
    https://www.huffingtonpost.fr/2018/04/19/fearless-girl-la-celebre-statue-de-fillette-va-demenager-face-
    a-la-bourse-de-new-york_a_23415690/?fbclid=IwAR2-qxIpFC_aeaVJs9YxTOzHeJnkfao-
    Q8Yf4xKNlPIO3OT_vnZkTpNbXIE

CREDITS PHOTO:

  • Image 1 :  https://hyperallergic.com/439037/fearless-girl-moving-to-permanent-spot-near-the-new-york-
    stock-exchange/?fbclid=IwAR2-qxIpFC_aeaVJs9YxTOzHeJnkfao-Q8Yf4xKNlPIO3OT_vnZkTpNbXIE
  • Image 2 : https://news.artnet.com/art-world/fearless-girl-new-york-stock-exchange-
    1269851?fbclid=IwAR3LE0Jn9MFqCpg1SMusXckaS5BgHENI_ZiEvJzvYS6kA-cvNOfnCHkIFzk
  • Image 3 : https://adage.com/article/agency-news/things-fearless-girl/308863/?fbclid=IwAR2Qcrqhb3R_DErw-
    OuohetN4wh7NIdW37VeKt3uUm89Ayjmcq0SASnXm4c
  • Image 4 : https://www.lemonde.fr/big-browser/article/2017/04/13/le-taureau-et-la-fillette-sans-peur-a-
    wall-street-les-statues-de-la-
    discorde_5110886_4832693.html?fbclid=IwAR1zWhjwoMTbbPMJxZq8CuBShgrpdejsJMiv-
    8JIba9RXLcVSe2XM2Bt-ew
  • Image 5 : https://www.wmagazine.com/story/fearless-girl-statue-firm-discrimination-against-female-
    employees-settlement?fbclid=IwAR2D8yJDuQn2UnrI0Ici-
    TLRL2UcCUhYXlCCdikkxYkuNy8XiJ_Py9_Kn7U

Bolsonaro : un nouveau chef d’État brésilien qui fait débat

28 octobre 2018, 23 heures : Jair Bolsonaro est élu président de la République fédérative du Brésil. Un air de déjà vu qui fait parler : est-il vraiment « le Trump des tropiques » ? Retour sur une campagne politique mouvementée et pleine de promesses pour la huitième puissance mondiale.

Une campagne alimentée par des discours de haine

Le portrait de Jair Bolsonaro est rapide à dépeindre : politicien de 63 ans, raciste, homophobe, misogyne et grand nostalgique de la dictature militaire. Pour les brésiliens, sa victoire représente un grand changement, celui du destin de leur pays. En effet, dans un pays miné par un niveau de violence record, un grand marasme économique et une corruption immuable, le candidat d’extrême-droite a réussi à s’imposer comme l’homme dont le Brésil avait besoin. Plutôt que par réelle conviction, la presse internationale affirme que le choix des brésiliens s’est fait par rejet, notamment suite aux nombreuses affaires de corruption qui ont secoué les gouvernements précédents.

Tout au long de sa campagne, le candidat a promis de redonner au Brésil sa grandeur, tout comme Donald Trump l’avait fait aux Etats-Unis avec son « Make America Great Again ». A l’instar de son homologue américain, M. Bolsonaro éprouve une haine considérable envers les médias traditionnels contre lesquels il mène une véritable « guerre ». Dénonçant les fake news que ceux-ci diffuseraient et relaieraient par pur plaisir, ses premières prises de parole publiques en tant que chef de l’Etat se sont faites via les réseaux sociaux, souvent en Facebook live. Cette nouvelle méthode est-elle la composante principale de sa communication politique ? À travers celle-ci, les brésiliens ne se retrouveront-ils pas face à un discours verrouillé sans dialogue possible avec le Président ?

Pour le politologue brésilien Marcos Nobre, M. Bolsonaro a tenté par tous les moyens de ressembler à son homologue nord-américain et « a communiqué auprès de son électorat en leur faisant passer le message que si les États-Unis étaient capables d’élire Trump, le Brésil le pouvait aussi ». Serait-ce là le signe d’un malaise grandissant qui menace les démocraties occidentales ? C’est en tout cas ce qu’affirme Andrea Rizzi, journaliste El País. L’élection de Donald Trump aux Etats-Unis et de Jair Bolsonaro au Brésil sont pour lui la conséquence directe de la colère qui enflamme en ce moment l’Atlantique, entre corruption, distribution inégale des richesses, et précarité. Il affirme que « les phénix qui jaillissent des cendres de ce feu de joie s’appellent Bolsonaro, Trump, Farage et Salvini ».

Une communication « bunkérisée »

Depuis l’attentat proféré contre lui le 6 septembre dernier alors qu’il était encore candidat, M. Bolsonaro adopte une communication verrouillée que la presse brésilienne n’hésite pas à qualifier de « bunkérisée ». En effet, lors d’un bain de foule, le candidat d’extrême-droite a été poignardé par un ex-militant de gauche qui assure avoir agi « sur ordre de Dieu ». Probablement pour des questions de sécurité, il ne tient désormais plus de discours en public et ne participe plus aux débats télévisés, utilisant uniquement les réseaux sociaux pour diffuser sa parole.


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

M. Bolsonaro est-il vraiment le « Trump tropical » ?

Donald Trump et Jair Bolsonaro présentent de nombreuses similitudes, telles que leur manière de s’exprimer, leur rejet de la presse traditionnelle ou bien leur esprit anti-establishment. Ils présentent des programmes ultrasécuritaires très similaires et sont malheureusement bien connus pour leurs propos discriminatoires envers les minorités de leur pays. Le président brésilien ne cache d’ailleurs pas son admiration pour son homologue américain qu’il érige en exemple et compte bien se rapprocher de lui « pour le bien de leurs pays respectifs ».

Néanmoins, les deux chefs d’Etat divergent en plusieurs points. Leur patrimoine et leur train de vie sont par exemple bien différents, le brésilien ne souhaitant pas se déplacer en jet privé et ne possédant pas de résidences luxueuses. De plus, au moment de leurs élections, Donald Trump n’avait aucune expérience en politique ; Jair Bolsonaro, lui, était député depuis 27 ans. Enfin, ce dernier a été accueilli par un petit parti sans moyen, alors que son homologue américain était lui porté par l’immense parti républicain, très influent aux États-Unis.

Il ne nous reste plus qu’à espérer que les chefs d’État de deux des plus grands pays d’Amérique restent raisonnables et enterrent leurs propos et leurs actes discriminants.


 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Clara AÏT-KACI

Sources :
–     Le Figaro. Qui pour gouverner le Brésil avec Jair Bolsonaro ? Mis en ligne le 29/10/2018. Consulté le 29/10/2018 (http://www.lefigaro.fr/international/2018/10/29/01003-20181029ARTFIG00094-qui-pour-gouverner-le-bresil-avec-jair-bolsonaro.php).
–     Courrier International. La victoire de Bolsonaro, symptôme d’un malaise au sein de l’Occident. Mis en ligne le 29/10/2018. Consulté le 29/10/2018 (https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/bresil-la-victoire-de-bolsonaro-symptome-dun-malaise-au-sein-de-loccident).
–     Mediapart. Brésil : comprendre et tirer des leçons. Mis en ligne le 29/10/2018. Consulté le 29/10/2018 (https://blogs.mediapart.fr/jean-marc-b/blog/291018/bresil-comprendre-et-tirer-les-lecons).
–     À l’encontre. La racine d’un phénomène sociopolitique, un ouragan appelé Bolsonaro. Mis en ligne le 13/10/2018. Consulté le 29/10/2018 (https://alencontre.org/ameriques/amelat/bresil/bresil-la-racine-dun-phenomene-sociopolitique-un-ouragan-appele-bolsonaro.html).
–     Lucas Ferraz pour Basta! Raciste, homophobe, pro-torture : Bolsonaro, l’ancien militaire qui pourrait devenir président du Brésil. Mis en ligne le 31/10/2017. Consulté le 06/11/2018 (https://www.bastamag.net/Raciste-homophobe-pro-torture-Bolsonaro-l-ancien-militaire-qui-pourrait-devenir).
–     L’Obs. Jair Bolsonaro est-il vraiment le Trump brésilien ? Mis en ligne le 10/10/2018. Consulté le 06/11/2018 (https://www.nouvelobs.com/topnews/20181010.AFP7353/jair-bolsonaro-est-il-vraiment-le-trump-bresilien.html).
–     Florent Rodo pour France 24. Bolsonaro : « Une communication bunkérisée ». Mis en ligne le 29/10/2018. Consulté le 06/11/2018 (https://www.france24.com/fr/20181029-revue-presse-bresil-bolsonaro-etats-unis-trump-psg).
–     http://www.iris-france.org/108971-linde-5e-puissance-economique-mondiale-en-2018-et/

Crédits photo :
–     JDD (REUTERS)
–     Daniel Ramalho (AFP)
–     Raysa Leite (AFP)

Lil Pump, les vertus de l’ignorance

Lil Pump, 18 ans, se place en tête de gondole de la scène rap ainsi qu’en fier représentant du « rap ignorant ». Le blog Refined Hype caractérise précisément ce courant : « Ignorant is hereby defined as any song built around a huge beat, a catchy hook and whose lyrics contain absolutely nothing of substantive value. » Il faut ainsi comprendre que « l’ignorant est défini comme toute chanson construite autour d’un rythme puissant, d’une bonne accroche et dont les paroles ne contiennent absolument rien de substantiel ». Tant sur le fond que sur la forme, l’ignorance de Lil Pump brille par son efficacité. Si reconnaître que l’on est ignorant est une marque d’intelligence, ce n’est pas le cas du rappeur qui la revendique mais ne cherche en rien à s’en extraire. Si celle-ci se définit comme un décalage entre la réalité et une perception de la réalité on ne peut en rien blâmer le jeune rappeur pour son hermétisme (sa surmédiatisation et sa fortune n’aidant pas à une reconnexion).

L’ignorance is the message

Le tour de force se situe dans la cohérence entre le fond (ses textes) et la forme (ses réseaux sociaux et passages médiatiques) tous deux innervés de cette ignorance. Son plus gros succès reste Gucci Gang (n°3 du Billboard), un morceau extrêmement court (2 : 11) et pauvre lyriquement (49x « Gucci gang »). Ses publications Instagram en symbioses avec sa musique, se résumant à des photos de lui portant des chaînes ostentatoires et des vidéos de lui non moins provocantes. Cette vacuité ne l’empêche pas de comptabiliser 16 millions de followers. Rappelons également que son compte Twitter a été supprimé 2 fois, pour propos choquants. On peut également y retrouver des tweets comme « The earth is flat ».

Un très bon malentendu

La pauvreté du message de Lil Pump ne se prête a priori à aucune analyse. Cependant certains auditeurs cherchent cette « profondeur cachée » dont parle Olivier Aïm (enseignant-chercheur au CELSA) dans ses recherches sur le décryptage. On peut alors se questionner sur l’origine de ce malentendu. Ce dernier va souvent de pair avec l’ignorance. Qui en est l’instigateur : Lil Pump ou les auditeurs ?

Le rappeur serait-il alors à l’origine d’une déformation responsable ? Un émetteur peut « en déformant le vocabulaire usuel, faire croire à un phénomène nouveau » selon la sociologue Judith Lazar. Cette théorie serait cependant plus plausible pour un locuteur plus sérieux mettant en place un vocabulaire portant sur une matière concrète et non juste de simples gimmicks comme Esketit.

Il faut alors se pencher du côté des récepteurs qui dans le cas d’une diffusion erronée « dévoient sa thèse, quelquefois, simplement par mauvaise lecture, lecture imparfaite ou encore parce qu’ils estiment que l’interprétation qu’ils en font peut leur être utile à soutenir leur cause. » ; termes que l’on doit également au texte de Judith Lazar sur le malentendu.  Ce point semble plus adapté à la situation.

Une ironie palpable

En effet, il suffit de remarquer la prolifération des forums se questionnant sur le passage de Lil Pump à Harvard ou sur le génie de ses textes, comme Rap Genius par exemple, pour constater cette diffusion erronée. PewdiPie en a même fait une vidéo imbibée d’ironie dans laquelle il expose son point de vue sur le côté messianique de Lil Pump. Il conclut en soulignant qu’il faut cesser cette hypertrophie d’interprétation afin de simplement apprécier des chansons qui n’ont pas d’autres objectifs que le divertissement.

Lil Pump se plait de ce malentendu en brouillant les pistes, il suivait par exemple Harvard sur Instagram. Enfin, si Lil Pump est un maître pour manier son ignorance à l’origine de son succès lui conseiller de se cultiver semble risqué pour sa carrière. En revanche, cela lui permettrait de se montrer moins trivial et d’échapper à un ennui précoce
Qui est dupe dans cette situation, qui est ignorant ?
Matthieu ACAR
Sources :

Crédits photo :

  • photo extraite du clip « ESSKEETIT »
  • Icebox

Les nouvelles séries interactives: coup de com' ou révolution?

Qui, raidi sur son canapé, n’a jamais hurlé au personnage d’un film d’horreur de ne pas ouvrir la porte, de ne pas emprunter le chemin de gauche ? C’est un instinct inné pour les cinéphiles et autres amateurs du dimanche de marathons Netflix. Un phénomène d’identification naturel, volontairement suscité par les réalisateurs pour nous rendre acteurs du contenu que nous regardons. Rassurez-vous, ce sentiment d’impuissance pourrait finir par disparaître grâce à une nouvelle génération de contenus interactifs qui donnent au spectateur une part de contrôle sur la narration. Le géant du streaming Netflix a annoncé début octobre la sortie d’un épisode de la série futuriste Black Mirror, inédit et surtout interactif qui laisse le choix au spectateur du déroulement de l’épisode.

Alors, coup de com’ ou phénomène de fond ? Pouvons-nous parler d’une remise en cause des modèles traditionnels de visionnage, voire même d’une petite révolution au sein du paysage audiovisuel? De même, il semble que nous soyons désormais confrontés à une nouvelle porosité des frontières avec les jeux vidéo. Une nouvelle posture du spectateur se construit ainsi, entre égocentrisme et interactivité. Ce dernier, en devenant acteur et réalisateur de sa propre expérience de visionnage, ne participe-t-il pas à la définition d’une hégémonie du Moi toujours plus prégnante dans le paysage audiovisuel ? Qu’en est-il finalement de la pérennité de cette tendance ?

La création d’un besoin

Il semblerait d’abord que cette annonce ne soit pas la première en son genre. En effet, l’interactivité dans les séries avait déjà été imaginée en France à la fin des années 80. Plus récemment, Netflix avait déjà proposé le même modèle concernant une poignée d’épisodes de programmes animés pour enfants: « Choisissez votre propre aventure ». Cette entrée dans l’interactivité des séries fut amorcée avec un épisode de Buddy Thunderstruck, très bien accueilli par la critique, louant la transformation de l’enfant en acteur de son expérience de visionnage. L’un des réalisateurs de la série voyait déjà dans les programmes des plus petits le principe même de la narration interactive. Ils ont « tendance à regarder les choses encore et encore. Le fait qu’ils puissent les regarder à nouveau et que ce soit différent à chaque fois […], c’est unique », remarque Eric Towner, interrogé par l’AFP. Le développement de la télévision interactive a donc posé les bases d’une innovation narrative bien plus ambitieuse. Il ne restait qu’à l’expérimenter. C’est en cela que l’épisode de Black Mirror révolutionne cette expérience de programmation interactive jusque-là restée au stade d’embryon, car il est le tout premier spectacle interactif conçu à grande échelle pour les téléspectateurs adultes.

Porosité et remise en cause du modèle traditionnel de visionnage

« Quand vous avez la possibilité d’interagir, vous avez le champ libre pour tout essayer »
Reed Hastings, patron de Netflix

Remarquons que le choix de la série Black Mirror comme support de ce pari dément ne relève pas du hasard. Créée par Charlie Brooker, elle peint une dystopie de la société en se projetant à chaque épisode dans une époque dominée et surtout minée par les nouvelles technologies. Quoi de plus cohérent avec l’univers de la série que d’impliquer le spectateur dans une telle expérience d’interactivité ? Et c’est ainsi que semble s’être amorcée une quasi-révolution du modèle traditionnel de visionnage. Sa force ? Le mélange des genres: une expérience inédite à la charnière de la télévision et du jeu vidéo. Par ailleurs, Reed Hastings, à la tête de Netflix, a déclaré : « Quand vous avez la possibilité d’interagir, vous avez le champ libre pour tout essayer ». Ainsi, le spectateur devient actif, acteur et réalisateur de sa série préférée, et ne subit plus les décisions des scénaristes. L’audiovisuel contemporain est en perpétuelle évolution, et comme le soulignent Étienne Perényle et Étienne Armand Amato dans leur article « Audiovisuel interactif » paru dans la revue Communications, ce « chassé-croisé » entre la télévision et le jeu vidéo assouplit et recompose sans cesse les formes de l’audiovisuel. Ainsi Netflix révolutionne les pratiques de visionnage et permet au spectateur de se placer toujours plus dans une forme d’égocentrisme assumé. En effet, la société californienne l’a bien compris, « Il y a une fascination pour les chemins qui bifurquent » confirme Florent Favard (Docteur en études cinématographiques et audiovisuelles à l’Université de Bordeaux Montaigne). Fascination, oui, et ce d’autant plus si Je est à l’origine de cette bifurcation et si Je est confortablement installé dans son canapé.

Quand le coup de com’ semble préfigurer une nouvelle tendance au sein de l’univers audiovisuel

Depuis, la tendance s’embrase. Les producteurs de télévision interactive sentent le vent tourner avec l’investissement croissant de Netflix en la matière. HBO, l’un de ses plus redoutables concurrents, a lui aussi lancé sa toute première émission interactive en janvier 2018 : Mosaïc, dans laquelle les spectateurs peuvent influencer directement le scénario via une application dédiée. En fin de compte, tout porte à croire que le coup de com’ peut devenir phénomène de fond, voire même une future industrie de l’interactif. C’est en tous cas ce que soutient Jim Spare, directeur de l’exploitation d’Eko, une société de production d’émissions interactives, en affirmant: « Le temps est venu pour la télévision interactive de devenir une expérience grand public ». Néanmoins, la réalisation de telles séries nécessite que l’histoire se tienne, peu importe les choix du spectateur. La production d’un épisode devient donc beaucoup plus complexe, condamnant ainsi l’interactivité à peut-être rester marginale dans l’ensemble de l’industrie des séries TV.

Désir de liberté, de faire éclater les codes traditionnels de visionnage. En plaçant l’individu au cœur de l’expérience, le processus des séries interactives se construit sur une composante essentielle : le jeu vidéo. Un mélange des genres qui constitue une petite révolution au sein de l’univers audiovisuel, toujours plus de possibles, toujours plus de pouvoirs cédés au spectateur. Une nouvelle interactivité qui ne se réduit plus qu’à un droit à l’interruption et à la réaction comme c’est déjà le cas avec les jeux télévisés mais qui se focalise désormais sur une fascination presque originelle de l’humain pour l’exploration des possibles. Mais la force de cette tendance réside d’abord dans son objet même: les séries sont en plein essor, elles nous font vibrer, rythment notre journée; quoi de plus satisfaisant que de voir la destinée de son personnage préféré bouleversée en un simple clic ?

Ambre VENEL
BIBLIOGRAPHIE :

  • Culturebox (avec AFP) – « Séries TV : vous pourrez bientôt influencer le scénario des épisodes », 2017. Consulté le 20/10/18
  • Bloomberg – « Netflix Is Planning a Choose-Your-Own-Adventure ‘Black Mirror’ » par Lucas Shaw, 2018. Consulté le 20/10/18
  • Communications – « Audiovisuel interactif » par Étienne Perény et Étienne Armand Amato, 2011. Consulté le 20/10/18
  • La Tribune – « Netflix va proposer un épisode interactif de la série Black Mirror : coup de com’ ou tendance de fond ? » par Sylvain Rolland, 2018. Consulté le 20/10/18
  • Télérama – « Une série interactive, c’est comme un jeu vidéo ? » par Emilie Gavoille, 2018. Consulté le 20/10/18
  • IGN – « Netflix préparerait de nouvelles séries interactives » par Vincent de Lavaissiere, 2018. Consulté le 20/10/18

CRÉDITS PHOTOS (dans l’ordre)

Ashin Wirathu ou l'utilisation de la figure religieuse pour diffuser des discours de haine

L’habit ne fait pas le moine… c’est le cas de le dire. En effet, Ashin Wirathu est un moine birman, surnommé « le Hitler Birman », ou encore « le Ben Laden Birman » par les médias internationaux. Ces surnoms trouvent leur source dans un comportement en totale contradiction avec la vision du moine prônant la paix, la tolérance et la non-violence. Le cas de Ashin Wirathu illustre la dangerosité de la portée éducative que l’on attribue à sa fonction en tant que figure religieuse, dans la réception passive de ceux qui la reçoivent.

Un moine qui médite dans la haine

Ashin Wirathu est né à près de Mandalay, en Birmanie, en 1968. Il quitte l’école à 14 ans pour se consacrer à sa vie de moine. Il s’est fait connaître à travers sa ferveur nationaliste et islamophobe, lorsqu’il s’est engagé progressivement au sein du mouvement 969, jusqu’à prendre la tête de sa direction. Cette prédominance islamophobe, Wirathu la tient d’un ancien manuscrit, qu’il a lu en 1997, dans une période de conflits entre les Rohingyas et les bouddhistes, intitulé « la peur de la disparition de la race ». Ce manuscrit a fait naître en lui l’idée qu’il existerait une conspiration musulmane en Birmanie (et dans le monde), qui viserait à remplacer la population bouddhiste via une reproduction massive des musulmans (surtout à travers la manipulation des femmes bouddhistes contraintes à la reconversion).

Sermon de Ashin Wirathu, reportage Arte.
 Ainsi, lorsque l’on écoute Ashin Wirathu parler, il y a des éléments qui, ne correspondant pas à notre vision préétablie du bouddhisme, nous instille un sentiment étrange. Il s’agit de la confrontation entre sa communication non-verbale, un visage serein, parfois souriant, au caractère bienveillant, et sa communication verbale qui extériorise ses pensées haineuses. C’est la communication non-verbale qui semble ainsi permettre la réception passive de ses propos, qui est renforcée par son pouvoir en tant que figure religieuse et donc en tant qu’être sacré.
Cette diffusion de propos haineux ne se limite d’ailleurs pas à la Birmanie, dans la mesure où les problèmes actuels mondiaux liés au terrorisme islamique ont fait monter une pensée islamophobe, qui pourrait trouver à travers la figure religieuse bouddhiste de Ashin Wirathu, une légitimation et une justification de cette pensée. L’homme fait lui-même l’amalgame dans une interview de Barbet Schroeder, entre les membres de l’Etat Islamique et le reste des musulmans, schéma réducteur qui rend son discours dangereux. Il est ainsi très présent sur les réseaux sociaux, avec quelques millions de « followers » comme YouTube ou Facebook, dont les comptes sont alimentés par ses élèves qui publient parfois des informations fausses et non vérifiées par les « followers » incitant à la haine envers les musulmans (cela a provoqué des émeutes comme à Meiktila en 2013, où 32 musulmans ont trouvé la mort de la main de jeunes bouddhistes extrémistes). 

La puissance de l’utilisation de la figure religieuse :  la concrétisation avec le départ des Rohingyas

Les Rohingyas sont un groupe comptant entre 800 000 et 1,3 millions de personnes, mais ils ne font pas partie des 135 minorités ethnolinguistiques que l’Etat birman reconnaît. N’ayant pas la citoyenneté birmane, ils sont apatrides. Pour rappel, la venue des Rohingyas en provenance du Bangladesh a été organisée par les autorités britanniques à l’époque coloniale afin de promouvoir la mise en valeur agricole de la région de l’Arakan (sur la côte Ouest du pays). La dénomination Rohingya a été adoptée par des intellectuels des années 1930 issus de cette communauté, pour insister sur la rupture linguistique et culturelle avec le Bangladesh, et sur leur identité birmane.
Ashin Wirathu et son mouvement sont considérés en partie responsables de la persécution envers les Rohingyas, dont plus de 500 000 ont fui vers le Bangladesh depuis environ 2012. On peut ainsi voir la puissance de l’impact de ses discours à travers la violence concrète que cela a engendré. Aussi, avant la vague de violences récentes, le logo du mouvement 969 sur fond de drapeau bouddhiste était utilisé comme autocollant et était posé sur les commerces des musulmans, afin d’engager la population à boycotter leurs produits (et ainsi leur source de revenu). Enfin, l’application de lois visant à interdire la polygamie des musulmans ainsi que l’intermariage entre bouddhistes et musulmans montre que sa puissance à même atteint la sphère politique.
L’efficacité de sa communication repose ainsi sur son utilisation de plusieurs supports médiatiques : les DVDs qui sont distribués gratuitement, les réseaux sociaux et les affiches, avec une mise en visibilité de scènes choquantes exposées publiquement et observées par toute la population, photos qui sont expliquées par une légende qui en donne un sens unique, et qui se rapporte majoritairement à des crimes injustes perpétrés par les musulmans (sans  pouvoir en vérifier la véracité).
On peut ainsi voir sa stratégie de communication un détournement des valeurs comme le droit de l’homme, qui consiste non plus dans la tolérance et l’acceptation de l’autre, mais dans le droit de liberté de religion et d’identité face à « l’invasion musulmane future ». Sa stratégie repose sur la manipulation de l’émotion, notamment la peur, qu’il suscite à travers le caractère anecdotique de faits non vérifiés de crimes perpétués par les musulmans birmans, et qui viennent donner un sens à la haine qu’il diffuse. Il dit ainsi « un musulman a fait », « un musulman a dit », le musulman se trouve ainsi réduit à sa religion, il n’a pas de nom ni de visage, bref : il est déshumanisé.

Le documentaire Le Vénérable W : le paradoxe de la mise en visibilité

 

Ci-dessus la bande annonce du film documentaire LE VENERABLE W, réalisé par Barbet Schroeder et sorti en France le 20 Mai 2017.
 L’existence d’un documentaire qui retrace la vie de Ashin Wirathu pose la question de l’importance de sa mise en visibilité dans la prévention de la dangerosité des discours haineux. En effet, comment donner de l’importance à ce moine sans l’humaniser, en évitant une identification entre le téléspectateur et l’homme. Cette orientation a été mise en place à travers l’utilisation de la musique mystérieuse, des scènes choisies et axées sur l’islamophobie de Wirathu. La voix off parle aussi au nom de tous les bouddhistes, « nous moines », en retraçant son histoire et les principes du bouddhisme, une position surplombante qui permet au téléspectateur de prendre de la distance par rapport à l’objet étudié.
Ce qui transparaît à travers le documentaire est une forme de conquête du pouvoir de la part de Ashin Wirathu, à travers l’utilisation de l’autorité religieuse :  il connaît les discours que l’on tient sur lui dans les médias occidentaux, mais il a tout de même accepté d’être interviewé par Barbet Schroeder, alors que le documentaire vise clairement à retourner le téléspectateur contre lui, puisqu’il s’inscrit comme le dernier volet de sa « trilogie du mal » (du producteur). Ce documentaire s’inscrit donc paradoxalement dans la lignée des efforts visant à diminuer la légitimation de son discours. Le mouvement 969 a ainsi été rendu illégal depuis les violences de 2013, mais il a été remplacé par un mouvement davantage structuré, le MA BA THA, lui aussi réduit partiellement au silence en 2017 lorsque la haute autorité bouddhiste birmane lui a ordonné de cesser ses activités sous peine de poursuites. Sur les réseaux sociaux, la clôturation de son compte par Facebook en Février 2018 vise également à diminuer son influence (mais cela ne l’empêchera pas d’en créer un nouveau).
 


On peut le voir, dans la photo ci-dessus, en train de lire le journal Time, dont la couverture ne donne pas une image très positive de lui. Cela est en contradiction avec son interview figurant dans le documentaire, dans lequel il dénonçait le problème des moines qui partagent leur propres méthodes et interprétations des textes bouddhistes dans les pays occidentaux, et qui véhiculent ainsi une mauvaise représentation du bouddhisme. Ses convictions et son refus d’abandonner sa lutte continuent de faire peur. C’est à travers le détournement de la représentation du bouddhisme que ses discours continuent à impacter puissamment la Birmanie, à travers la violence réelle et symbolique envers les musulmans birmans, mais aussi envers la représentation des musulmans à l’échelle mondiale.
Romane Pinard
@RomanePnd sur Twitter
Sources :

Crédits photos (dans l’ordre) :

  1. Newmuslimvoice 
  2. Les Inrocks

Elon Musk et le projet SpaceX : un nouvel humanisme ?

Créateur de Paypal, propriétaire de Tesla et désormais de l’entreprise SpaceX, Elon Musk se fait Jules Verne moderne, et s’annonce comme le successeur naturel de Steve Jobs en terme d’innovations Hi-Tech. Les perspectives d’Elon Musk distancent les limites terrestres et celles de notre raison : il désire créer un circuit touristique vers Mars et à terme une communauté permanente. Une manière selon lui de fuir la Terre, qu’il considère condamnée par le désastre écologique et la robotisation.

Une stratégie de communication stellaire

Le 14 janvier dernier, il menait avec succès le lancement de sa fusée Falcon 9 dans l’espace, faisant re-atterrir en douceur le premier étape de la fusée, prouesse qui n’a jamais été menée par la NASA. Cette avancée technologique permettrait de réduire les coûts des expéditions extra-terrestres futures. Elon Musk engage une stratégie de communication bien rodée pour médiatiser l’expédition : la navette Falcon Heavy a propulsé en direction de l’orbite de Mars une voiture décapotable rouge Tesla, avec à son bord un mannequin écoutant « Space Oddity » de David Bowie. Les images de l’expédition ont été retransmises sur les réseaux sociaux en direct. La vidéo du lancement, elle, comptabilise aujourd’hui plus de 20 millions de vues.

Le constructeur automobile qui voulait toucher les étoiles

Elon Musk a un nouveau projet de fusée, la « Big Falcon Rocket » qui permettrait d’envoyer des touristes millionnaires en séjour sur la planète rouge. Une escapade qui pourrait se prolonger, si le millionnaire parvient à faire « biosphériser » (c’est-à-dire rendre viable) la planète Mars. Celui-ci a également entreprit le projet « Neuralink », des « cordons cérébraux » qui reliraient le cerveau humain à des ordinateurs, augmentant ses capacités mentales. L’inventeur a affirmé dans une interview à Vanity Fair : « Nous sommes déjà des cyborgs. Votre téléphone ou votre ordinateur sont des extensions de vous-mêmes, mais les interfaces (vos doigts ou votre voix) sont très lentes. » Le XXIème siècle ne pouvant pas lutter contre l’ascension de l’Intelligence Artificielle, le projet d’Elon Musk vise à l’appréhender. Cette innovation irait dans le même sens que les projets futuristes de Facebook, qui d’ici une centaine d’années prévoit un programme permettant de retranscrire nos pensées en texte, et de communiquer par télépathie.

 
Science-fiction, ou réalité, les entreprises d’Elon Musk ainsi que sa popularité, nous prouve que les manettes du futur pourraient à l’avenir ne plus appartenir aux entités gouvernementales. En effet, Elon Musk est endetté, mais finance ses projets grâce à des prêts, ce qui implique que celui-ci doit mener à bien ses projets faramineux s’il ne veut pas faire faillite. La réutilisation du premier étage de la fusée permettrait de faire 30% d’économies sur les vols de fusée, permettant de les multiplier. Le projet SpaceX devrait être rentabilisé à terme par les billets de voyage sur Mars, qu’il élève à 200 000 dollars. Ce voyage, n’impliquerait pas nécessairement de retour car celui-ci y voit une opportunité de peupler une nouvelle planète. Mais ce droit à une seconde chance est coûteux, le un futur ne serait, au départ, accessible qu’aux plus aisés. Pourtant, selon une étude de l’association Oxfam datant de 2015, la moitié la plus pauvre de la population mondiale n’est responsable que de 10% des émissions totales de CO2, quant les 10% des plus riches en provoquent 90%. De quoi redouter que Mars ne subisse une destinée similaire à celle de sa petite soeur bleue.

Quand Google nous lit l’avenir

De plus, Elon Musk entretient des liens de proximité avec le patron de Google Larry Page, et la question d’un rachat de Tesla pour Google s’est posée en 2013. Le cas de figure pourrait se représenter, si dans un futur pas si lointain, celui-ci parvenait à mettre en place le « Neuralink ». L’entreprise pourrait être rachetée et nous pourrions imaginer, très hypothétiquement, que nos informations mentales puissent être mises au service du géant d’Internet. Si ces avancées permettrait de nombreux avantages techniques et technologiques, elles posent un certain nombre de questions éthiques. Tout d’abord, celle de l’absence de nécessité d’obtenir un aval collectif. En effet, si des entités gouvernementales démocratiques doivent en théorie s’appuyer sur une forme de consentement populaire, qu’en est-il des organismes privés ? À qui revient la responsabilité de concevoir le futur ? La conquête de l’espace nous réserve son lot de surprise, à condition qu’elle ne s’assujettisse pas à un pur enjeu économique, qui ne pallierait pas aux problèmes environnementaux que subit, notre seule, (et pour l’instant unique) planète.
Alice Pasche
Sources :

  • Guillaume Ledit, « Neuralink, le projet d’Elon Musk pour augmenter nos cerveaux », Usbek & Rica, 28 mars 2017
  • Le Parisien, « Oui, les riches polluent plus », 2 décembre 2015
  • AFP, « Elon Musk voulait vendre Tesla à Google en 2013, selon un livre à paraître », 20 avril 2015, Le Point
  • Rémy Decourt, « Historique : SpaceX a fait décoller le Falcon Heavy, le lanceur le plus puissant au monde », Futura Sciences, 07 février 2018
  • Poisson Fécond, « BULLE : L’Homme Qui Veut Coloniser Mars (Elon Musk) », Youtube, 18 avril 2016

Crédits photos :

  1. Romain Pomian Bonnemaison, « Mars : où se trouve exactement le Tesla Roadster d’Elon Musk dans l’espace ? », phonandroid.fr, 19 février 2018
  2. zebulon.fr, « Neuralink annonce l’arrivée d’une interface homme-machine d’ici 4 ans », 21 avril 2017

« On vit une tragédie, la tragédie de la corruption »

« On vit une tragédie, la tragédie de la corruption »

– Le juge Joao Pedro Gebran Neto à l’issue du procès de Lula da Silva

Luiz Inácio Lula da Silva

La sentence est tombée et elle est sans appel : l’ancien Président du Brésil, Luiz Inácio Lula da Silva, dit Lula, est condamné à douze ans et un mois de prison par la Cour d’appel de Porto Alegre.
Trois juges, Leandro Paulsen, Victor Laus et Joa Pedro Gebran Neto, ont non seulement confirmé le jugement de Sergio Moro de juillet dernier, mais ont en plus alourdi sa peine de quasiment trois ans.
Avec des chefs d’accusation tels que « corruption passive » et « blanchiment d’argent », ce procès sonne le glas de la carrière politique de cet ancien chef d’Etat et plonge le pays dans une incertitude profonde. 

Mais que reproche-t-on à cet ancien Président ? D’avoir reçu un triplex en bord de mer de la part d’un groupe de bâtiment et travaux publics nommé OAS en échange de l’attribution des marchés publics de Petrobas. Ce « Bouygues brésilien » aurait déboursé une somme colossale afin d’« offrir » un triplex au président et à sa femme, évidemment déjà rénové. Le couple aurait cherché à masquer ce somptueux cadeau par l’achat d’un appartement « simple » dans le même immeuble. Cependant, alors soupçonné de malversations, il avait fini par renoncer à l’achat en 2015. Mais trop tard, le mal était fait. 

« Maintenant je veux être candidat à la présidence »

     

Paradoxe ultime de ce « père des pauvres » : il brigue toujours la présidence pour les élections d’Octobre 2018. Lorsqu’il quitte le pouvoir après ses deux mandats en 2010, sa côte de popularité est à 80%. Cela ne s’était jamais vu et ne se verra d’ailleurs plus : Dilma Rousseff est destituée à peine quelques années après avoir pris sa relève. 

Aujourd’hui, avec 36% des intentions de vote, Lula se situe loin devant son concurrent le plus proche. Signée par de nombreux intellectuels et beaucoup de célébrités, une pétition internationale a même été relayée afin d’affirmer qu’une élection sans Lula serait une élection frauduleuse. Sans parler de la partie de la population qui voue un culte immense à ce « président des pauvres », tout en restant complètement indifférente au contenu de son casier judiciaire.

« Le soi-disant “frère” des pauvres est millionnaire », se moque l’éditorialiste José Roberto Guzzo, dans une tribune publiée le 24 janvier dans la revue conservatrice Veja. Mais en empêchant Lula de se présenter à l’élection du mois d’octobre prochain, ses plus féroces ennemis n’ont qu’une crainte : ériger celui qui se dit être le défenseur des plus pauvres en martyr. 

« Plus on me persécute, plus je monte dans les sondages » 

… se moque Lula, qui accuse une « élite perverse » et les médias d’être responsables d’un « pacte diabolique » dont il serait la victime, destiné à l’empêcher d’accéder à la présidence.

« Quand j’étais petit, j’ai connu la faim et je n’osais même pas voler une pomme. Comment j’aurais pu voler un appartement ? » : l’ascension de cet enfant du Nordeste jusqu’à la présidence est l’un des arguments majeurs de sa communication. Né dans une famille défavorisée dont il est le sixième enfant sur sept, il quitte l’école à dix ans pour être cireur de chaussures puis vendeur de cacahuètes. Devenu ouvrier métallurgiste à quatorze ans, il perd un doigt dans une machine. Il cultive l’esprit de conquérant qui lui a permis son accession au pouvoir, ainsi qu’une image de victime de l’élite, des médias et de son plus grand ennemi, le juge anti-corruption Sergio Moro. 

Le jugement tombe et Lula reste stoïque au milieu d’une foule qui hurle son nom et qui fond en larmes à l’annonce de la nouvelle. Loin de se laisser démonter par cette condamnation, il se compare à Mandela pour rassurer ses troupes : « Mandela a été en prison, mais il en est sorti pour devenir président de l’Afrique du Sud. » 

Vastes ambitions, curieuse comparaison…

« La victoire de l’éthique sur l’immoralité » – 

(Kim Kataguiri, à la tête du Mouvement Brésil libre)

La loi « Ficha Limpa », ou « casier propre », promulguée, Ô douce ironie, par Lula lui-même en 2010, affirme qu’une condamnation collégiale en appel interdit une personne de se présenter aux élections. Ce à quoi les militants du Parti des travailleurs (PT) de Lula répondent que cette condamnation n’est rien d’autre que le deuxième acte d’un putsch orchestré par les élites avec le soutien du système judiciaire et commencé par la destitution de Dilma Rousseff. 

Lourdes accusations contre d’une part l’indépendance de la justice, qui aurait fait preuve d’une célérité inhabituelle, et contre d’autre part le juge Sergio Moro, anciennement adulé pour avoir révélé en 2014 les manœuvres frauduleuses de la classe politique, et désormais accusé d’être tombé sous le joug des médias. 

La classe politique corrompue qui accuse la justice de l’être, qui elle-même la condamne pour corruption… Ou le serpent qui se mord la queue.

Vers la fin de la corruption ? 

« [Lula] se croyait au-dessus des lois, affirme l’un de ses détracteurs, avec [Sergio Moro], je reprends confiance dans la justice ». Les marchés financiers semblent être tombés d’accord avec ce militant : la bourse de Sao Paulo s’est clôturée sur une hausse de 3,72% et un record historique de 83.680 points. 

Cette condamnation sonnerait-t-elle enfin le glas de la corruption qui entrave la stabilité des pays d’Amérique latine ? Lula perdra-t-il ses huit autres procédures judiciaires en cours ? Cristina Kirchner sera-t-elle condamnée ? Otto Perez Molina, Olante Humala, Alberto Fujimori… Tant de personnes enfin tombées entre les mains de la justice. 

En attendant le verdict final de ces nombreuses mises en accusation, on peut toujours télécharger l’extension Google Chrome qui surligne en violet le nom de chaque personnalité politique potentiellement corrompue… Car comme le disait Alfred Sauvy, « bien informés, les hommes sont des citoyens ; mal informés ils deviennent des sujets. » 

 Hélène de Vogüé

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SOURCES

Thierry Ogier, Les Echos, 23 janvier 2018, Lula, dans les cordes face à la justice,

Thierry Ogier, Les Echos, 24 janvier 2018, Au Brésil, Lula condamné à 12 ans de prison en appel

Ouest-France, Malgré sa condamnation, Lula maintient sa candidature à la présidentielle, 25 janvier 2018,

Chantal Rayes, Libération, Brésil : la voie est ouverte pour rendre Lula inéligible, 25 janvier 2018,

C. H. A., BFM TV, Brésil: « plus on me persécute, plus je monte dans les sondages » estime Lula, 27 janvier 2018,

Claire Gatinois, Le Monde, L’ancien président brésilien Lula joue au tribunal son avenir politique, 24 janvier 2018,

Video The Colour Of Corruption, Vigie acqui, mai 2017

Crédits Photos: 

Photo 1 : Le Monde, L’ex-président Lula empêché de quitter le territoire brésilien, 25 janvier 2018,

Photos 2 et 3 : Ouest-France, Malgré sa condamnation, Lula maintient sa candidature à la présidentielle, 25 janvier 2018,

Photo 4 : The Colour of Corruption

Pluralisme VS complexité des règles : débat autour du Par Condicio en Italie

C’est décidé. Le 28 décembre dernier, le président de la République italienne, Sergio Mattarella, dissout le Parlement et arrête ainsi la date des prochaines élections législatives. Elles se tiendront le 4 mars prochain.
La 17ème législature a pris fin de cette manière et c’était d’ailleurs l’une des rares, en presque soixante-dix ans d’histoire républicaine, à être allée au terme de son mandat de cinq ans.
Mais rien de stable à l’horizon : le mode de scrutin laisse une large part à la proportionnelle et avec trois pôles peu enclins à toute forme de coalition (la droite, le centre gauche et le Mouvement 5 étoiles), cela n’annonce rien de bon pour le prochain Parlement.
 


Venons-en à cette campagne. Il faut savoir que l’Italie aussi à son CSA : l’AgCom (l’Autorité pour les Garanties dans les Communications). Et cela fait presque vingt ans que cette autorité de régulation impose une règlementation stricte au secteur télévisuel : à savoir l’égalité de traitement de tous les hommes politiques et de leurs idées sur les écrans italiens, ou Par Condicio. Jusque-là, rien de bien original…
Ce qui pose problème, c’est un récent communiqué de presse de l’AgCom (du 10 janvier dernier), qui a élargi ce principe… aux journalistes (et même ceux des chaînes privées). Et cette légère modification -pourtant lourde de conséquences pendant une période telle de campagne électorale- suscite depuis plusieurs semaines l’agacement d’hommes politiques comme des acteurs du secteur télévisuel.
En somme, voilà ce qui devrait se passer, pour les politiques comme pour les journalistes : si ces derniers invitent une personnalité favorable à un parti, ils devront en inviter forcément une autre favorable au camp opposé. Simple non ?… Et bien pas vraiment.

Par Condicio : c’est quoi exactement ?

Que prévoit exactement cette loi née en 2000 ? Comment fonctionne-t-elle ? Essayons d’y voir plus clair…
C’est un terme traduit du latin qui signifie « conditions égales » et sur le plan idéologique, il s’inspire de la version américaine : « equal time« . La règlementation se propose de réguler l’accès aux moyens d’information, locaux et nationaux, des hommes politiques, afin d’assurer une égalité de traitement pour tous. La loi en question date de 2000 et elle vise à protéger le pluralisme dans le secteur télévisuel.
En ce qui concerne les sanctions, c’est l’AgCom qui s’en charge, que ce soit pour les chaînes publiques (la Rai) ou privées. En général, cela se passe très rapidement : 48 heures après la plainte, la chaîne se voit obligée de prévoir des émissions compensatoires pour donner de l’espace aux personnes lésées. Dans des cas plus graves, l’émission peut être suspendue (jusqu’à 30 jours maximum toutefois…).

Elections 2018 : l’Agcom a décidé de l’appliquer aussi aux journalistes

A l’article 7 de la délibération approuvée par l’AgCom, on peut lire : « Il est indispensable de garantir, là où le format de la transmission prévoit l’intervention d’un journaliste ou d’un commentateur, un espace également adéquat à la représentation des autres sensibilités culturelles en vertu du principe non seulement du pluralisme, mais aussi du jugement contradictoire, de la complétude et de l’objectivité de l’information elle-même, garantissant en toutes circonstances le contrôle des données et informations qui émergent d’une telle confrontation. »
En termes simples, cela donnerait plus ou moins : un journaliste invité dans un programme comme commentateur (opinionista, le terme italien est plus « parlant ») devra déclarer sa propre position pour permettre par la même le contraddittorio.

 
Quant au communiqué de presse de l’Agcom datant de début janvier, il rappelle que cette autorité se verra le droit de surveiller plus âprement les émissions télévisuelles et radiophoniques, notamment en période de campagne électorale. Chaque semaine, l’AgCom publiera sur son propre site les données de ce contrôle et les transmettra aux différentes stations (de diffusion) afin qu’elles puissent corriger d’éventuels déséquilibres ou anomalies avant la semaine suivante.

Les réactions

Le Mouvement 5 Etoiles a présenté des amendements au règlement par condicio, qui visaient notamment à interdire à certains programmes d’infotaiment, come « Porta a porta » ou « Che tempo fa », la possibilité de réaliser des interviews politiques pendant la campagne électorale. La Vigilanza Rai (Commission parlementaire visant à surveiller l’activité du service télévisuel et radiophonique national et public italien) a cependant rejeté cette proposition. Selon les 5 Etoiles, elle avait pour objectif d’ « en finir avec la dégénérescence de l’infotainment qui ne s’est pas montré objectif dans un moment délicat comme celui de la campagne électorale ».
D’ailleurs, un de ces amendements ne réservait la possibilité de réaliser des entretiens politiques qu’aux journalistes inscrits à l’Ordre des journalistes. Une mesure qui aurait concerné Fabio Fazio, présentateur de « Che tempo fa », qui a quitté l’Ordre des journalistes pour faire de la publicité« …
Côté télé, c’est le directeur de TgLa7 (émission d’information) en personne, Enrico Mentana, qui a vivement réagi à la nouvelle, le 12 janvier dernier, en direct : « Le travail des journalistes n’est pas encore contrôlé par l’AgCom. Nous répondons davantage des téléspectateurs, des lois de l’Etat et de la déontologie ».

Quant à la presse, le directeur du Giornale (quotidien d’actualité), Allesandro Sallusti, définit la loi comme « la mort du journalisme » et provoque : « Celui qui a écrit cette loi, ou bien il était saoul, ou bien il ne sait pas de quoi il parle ».
Le gouvernement aurait-il alors échoué à gouverner, selon la formule de Gentiloni ? La question est légitime quand les grands acteurs des médias considèrent que c’est au public d’abord qu’ils s’adressent et dont ils dépendent et en aucun cas de l’AgCom. Pourtant, l’intention originale est belle et même démocratique : du pluralisme ? De l’égalité ? De la participation ? Que demander de plus et pourquoi se plaindre ? Il semble que les anti- par condicio souhaiteraient avant tout plus de transparence de la part des journalistes mais aussi moins d’embrouillement légal de la part des agences de régulation audiovisuelles (AgCom ou Vigilanza Rai, notamment). Demander aux journalistes d’exprimer leur opinion politique ? Et en plus si et seulement si une opinion opposée est exprimée elle aussi ? Cela semble absurde au regard du droit au secret du vote… et donc de l’opinion.
Laura Legall 
Sources :

Crédits photos : 

  1. Photo de couverture
  2. Capture d’écran Par Condicio 
  3. Capture d’écran comuniqué de presse AgCom
  4. Mattarella
  5. Gentiloni
  6. Mentana