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de la communication
par les étudiants
du Celsa.

Curiosités

Bolsonaro : un nouveau chef d’État brésilien qui fait débat

28 octobre 2018, 23 heures : Jair Bolsonaro est élu président de la République fédérative du Brésil. Un air de déjà vu qui fait parler : est-il vraiment « le Trump des tropiques » ? Retour sur une campagne politique mouvementée et pleine de promesses pour la huitième puissance mondiale.

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Lil Pump, les vertus de l’ignorance

Lil Pump, 18 ans, se place en tête de gondole de la scène rap ainsi qu’en fier représentant du « rap ignorant ». Le blog Refined Hype caractérise précisément ce courant : « Ignorant is hereby defined as any song built around a huge beat, a catchy hook and whose lyrics contain absolutely nothing of substantive value. » Il faut ainsi comprendre que « l’ignorant est défini comme toute chanson construite autour d’un rythme puissant, d’une bonne accroche et dont les paroles ne contiennent absolument rien de substantiel ». Tant sur le fond que sur la forme, l’ignorance de Lil Pump brille par son efficacité.

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Les nouvelles séries interactives: coup de com’ ou révolution?

Qui, raidi sur son canapé, n’a jamais hurlé au personnage d’un film d’horreur de ne pas ouvrir la porte, de ne pas emprunter le chemin de gauche ? C’est un instinct inné pour les cinéphiles et autres amateurs du dimanche de marathons Netflix. Un phénomène d’identification naturel, volontairement suscité par les réalisateurs pour nous rendre acteurs du contenu que nous regardons. Rassurez-vous, ce sentiment d’impuissance pourrait finir par disparaître grâce à une nouvelle génération de contenus interactifs qui donnent au spectateur une part de contrôle sur la narration. Le géant du streaming Netflix a annoncé début octobre la sortie d’un épisode de la série futuriste Black Mirror, inédit et surtout interactif qui laisse le choix au spectateur du déroulement de l’épisode.

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Ashin Wirathu ou l’utilisation de la figure religieuse pour diffuser des discours de haine

L’habit ne fait pas le moine… c’est le cas de le dire. En effet, Ashin Wirathu est un moine birman, surnommé « le Hitler Birman », ou encore « le Ben Laden Birman » par les médias internationaux. Ces surnoms trouvent leur source dans un comportement en totale contradiction avec la vision du moine prônant la paix, la tolérance et la non-violence. Le cas de Ashin Wirathu illustre la dangerosité de la portée éducative que l’on attribue à sa fonction en tant que figure religieuse, dans la réception passive de ceux qui la reçoivent.

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Elon Musk et le projet SpaceX : un nouvel humanisme ?

Créateur de Paypal, propriétaire de Tesla et désormais de l’entreprise SpaceX, Elon Musk se fait Jules Verne moderne, et s’annonce comme le successeur naturel de Steve Jobs en terme d’innovations Hi-Tech. Les perspectives d’Elon Musk distancent les limites terrestres et celles de notre raison : il désire créer un circuit touristique vers Mars et à terme une communauté permanente. Une manière selon lui de fuir la Terre, qu’il considère condamnée par le désastre écologique et la robotisation.

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« On vit une tragédie, la tragédie de la corruption »

« On vit une tragédie, la tragédie de la corruption »

– Le juge Joao Pedro Gebran Neto à l’issue du procès de Lula da Silva

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Pluralisme VS complexité des règles : débat autour du Par Condicio en Italie

C’est décidé. Le 28 décembre dernier, le président de la République italienne, Sergio Mattarella, dissout le Parlement et arrête ainsi la date des prochaines élections législatives. Elles se tiendront le 4 mars prochain.
La 17ème législature a pris fin de cette manière et c’était d’ailleurs l’une des rares, en presque soixante-dix ans d’histoire républicaine, à être allée au terme de son mandat de cinq ans.
Mais rien de stable à l’horizon : le mode de scrutin laisse une large part à la proportionnelle et avec trois pôles peu enclins à toute forme de coalition (la droite, le centre gauche et le Mouvement 5 étoiles), cela n’annonce rien de bon pour le prochain Parlement.

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Pologne VS Union Européenne : un bras de fer tout sourire

Depuis plusieurs mois déjà, voire plusieurs années, les tensions montent entre la Pologne et l’Union Européenne dont le pays est membre depuis Mai 2004. Que ce soit la remise en cause de l’avortement qui agite et inquiète fortement les consciences des ses voisins ou bien les récentes réformes judiciaires, le virage conservateur de la Pologne interroge. Une réaction de l’Union Européenne est nécessaire, mais elle se prend les pieds dans les procédures juridiques et se réfugie derrière une communication fondée sur une apparente bonne entente.
Le Président de la Commission Européenne Jean-Claude Juncker et le Premier Ministre Polonais Mateusz Morawiecki, Le 09/01/18
 

Justice polonaise ou justice du gouvernement ? Les lois qui fâchent

Le gouvernement polonais actuel a lancé depuis maintenant plusieurs années une refonte du système judiciaire que l’Union Européenne qualifie comme allant à l’encontre de l’Etat de droit. Le 8 décembre 2017, deux réformes sont adoptées : les juges du Conseil Supérieur de la Magistrature seront désormais élus par la Chambre Basse, et une chambre disciplinaire a été mise en place pour juger les magistrats de la Cour Suprême qui auraient violé la loi. Le contrôle de la justice par l’exécutif et le législatif est alors renforcé, ce qui présente une menace à l’indépendance de l’institution judiciaire. Rappelons que dans le modèle démocratique occidental classique, la séparation des pouvoirs (exécutif, législatif et judiciaire) fait partie des principes majeurs nés des Lumières, et est une des thèses principales de Montesquieu, L’Esprit des Lois (1748), un texte fondateur de notre système politique contemporain. Or, la perte de compétence de la justice polonaise est d’autant plus forte que la mainmise du Gouvernement ne date pas d’hier : en 2016 par exemple, le vote d’une loi a entraîné la reprise intégrale des affaires en cours. La justice polonaise n’est plus maîtresse de son propre système. La Pologne vire donc vers un modèle institutionnel qui s’éloigne des idéaux que prône l’Union Européenne. Cela n’entraine pas simplement un frein au dialogue, mais de sérieux débats, voire un véritable conflit.
 

Action ou illusion ? La réaction de l’Union Européenne

Le 20 décembre 2017, la Commission Européenne tranche et pose un ultimatum à la Pologne en activant l’article 7 du Traité Européen. Selon l’exécutif européen, il n’y a « pas d’autre option ». Or, malgré une apparente décision forte, on y voit rapidement un engrenage juridique complexe et des discours ambigus. En premier lieu, la façon dont l’Union Européenne a qualifié les réformes polonaises. On parle en effet de « l’existence d’un risque clair de violation » (violation des principes de l’Etat de droit donc). Si on parle de risque, les actions du gouvernement polonais se rapprochent alors plus d’une menace que d’une réelle transgression qui aurait amené l’exécutif européen au pied du mur (rappelons que ce même exécutif affirme ne pas avoir « d’autre option » que la sanction).
Quand à cet article 7, il entraine lui-même une action ambigüe. En effet, son activation entraîne la suspension des droits de vote au sein du Conseil de l’Europe. Or, cette suspension se fait au travers d’un processus long et complexe, et le président de la Commission aurait de plus donné trois mois à la Pologne pour rectifier le tir. En dernier recours, la Commission envisage de faire une pression fiscale sur le pays qui fait partie de ceux qui dépendent le plus des aides de l’Union : une solution de secours qu’on peut difficilement qualifier d’honorable.
Derrière ce tourbillon de mesures, de décisions et de grands discours, difficile d’y voir de vraies sanctions. Les actions et les discours restent majoritairement symboliques. Il faut enfin y ajouter le dernier frein majeur à l’action européenne : la Hongrie a déclaré bloquer toute sanction envers la Pologne via son droit de veto, notamment celles en conséquence de l’activation de l’article 7. Aucune prise de décision n’est alors possible dans la mesure où l’unanimité fera toujours défaut. Faut-il y voir la renaissance de vieilles alliances à l’Est, avec notamment le virage très conservateur de l’Autriche ? Quoi qu’il en soit, la prise de décision européenne se fait difficile.

Crédit photo : Reuters

 

Friendly atmosphere et clash : le fossé entre la vision des médias et la communication de l’institution

La communication de la Commission Européenne a été orchestrée d’une main de chef, restant épurée et fidèle aux valeurs de l’Europe : partage, dialogue et amitié. Il suffit de se reposer sur le compte Twitter de la Commission Européenne (@EU_Commission). Dès le 20 décembre, jour soit disant décisif pour les relations entre la Pologne et la Commission, suite à l’activation du fameux article 7, l’exécutif européen opte pour une communication ouverte, claire et « clean ». Tout d’abord un live du discours du Président Jean-Claude Juncker, rendant compte des décisions prises par la Commission ainsi qu’une lettre adressée au Premier Ministre polonais Mateusz Morawiecki pour un dîner le 9 janvier 2018. Et pour la twittosphère avide d’information sur cet article 7, un petit lien vers un Q&A pour des explications sur ce formidable appareil juridique. Le 9 janvier, rebelote. Jean-Claude Juncker rencontre le Premier ministre polonais, et la Commission retweete Margaritis Schinas (porte-parole en chef du Président de la Commission) qui rend compte dans un tweet de ce merveilleux moment qui se serait déroulé dans une « friendly atmosphere » et qui aurait donné lieu à « a constructive discussion ». Splendide. L’Union Européenne, une institution qui promet un dialogue malgré les discordes. Les médias sont à mille lieux de cette vision des échanges. Il suffit de prendre les titres des articles qui traitent du 20 décembre 2017 : on y parle de « procédure sans précédent » (Le Monde), d’ultimatum (Le Figaro, Les Echos), on y lit que « L’Union Européenne perd patience » (Le Point) voire « La Pologne et l’Europe en route vers le clash » (Les Echos). Les tensions sont alors clairement mises en lumière et le conflit y gagne en ampleur. Dans le contexte actuel, il est difficile d’y voir clair entre ces deux traitements opposés du conflit. L’Union Européenne, face à l’affolante montée de l’euroscepticisme, se doit de véhiculer ses valeurs initiales et de montrer une institution aux engrenages parfaitement huilés, au risque de rendre sa communication trop lisse. Les médias, quant à eux, face à la concurrence, aux nouvelles tendances de consommation de l’information et à la course au buzz, doivent vendre le clash plus que le dialogue. Quel juste milieu ? Pas de réponse mais une institution qui piétine aussi bien juridiquement que communicationnellement, ce qui profite largement à une Pologne de plus en plus conservatrice.
 


 

Crédit photo : Capture d’écran Twitter @EU_Commision

Clémence DUVAL, europhile convaincue

 

Sources

 
Photo de couverture : Twitter @MargSchinas

YouTube dirty little secret : Logan Paul, la morale de l’argent sale.

Le dernier jour de 2017, alors qu’on pensait surement à autre chose qu’à la bêtise et l’horreur parfois abyssale que peut contenir internet, le YouTubeur Logan Paul a trouvé le moyen d’enfoncer encore un peu plus profond le clou de l’indécence, en nous faisant revenir sur la planète internet en 2018 la tête entre les mains, toujours plus indigné. Un bref rappel des faits.

Quand les vues rendent aveugle

Le jeune homme de 22 ans alors en voyage au Japon a diffusé le 31 décembre une vidéo dans laquelle lui et ses « amis » se baladent dans la forêt d’Aokigahara, appelée la forêt des suicides. A cet instant de la vidéo, il dépasse déjà des limites juridiques car la forêt n’est pas ouverte aux touristes pour les baladent champêtres. De plus, à l’entrée, plusieurs signes sont disposés ainsi qu’une patrouille de gardes forestiers pour prévenir et dissuader les éventuelles âmes en peine qui franchissent chaque année le seuil de cette forêt.
On se doute donc que Logan P. a choisi cet endroit pour d’évidentes raisons, et que son but est bien que quelque chose de sensationnel lui arrive afin de remplir ses objectifs de notoriété toujours plus élevés. Bref. A la manière de Projet Blair witch, par chance ou pas, Logan et sa bande tombent bel et bien sur le corps d’un suicidé au milieu de la forêt. Première réaction, des rires et un « bring the camera closer ».
Le caméraman s’approche et fait des gros plans des mains, du corps, des affaires personnelles du cadavre (le visage restera flouté), et filme par alternance les réactions des compères visiblement en état de choc. Logan hurle à quel point c’est incroyable et que ce sera la première fois qu’une telle vidéo sera sur YouTube.
Il a donc déjà ici l’intention de diffuser ce qu’il vient de filmer. Puis, les 5 personnes quittent la forêt et font une pause saké sur le parking.
Il postera la vidéo quelques heures plus tard, juste le temps de pouvoir monter l’ensemble des plans, rajouter des bruitages pour couvrir les « fuck », et badigeonner le tout de fonds sonores larmoyants.
Pour tenter, si faire se peut, de comprendre cet événement, il semble nécessaire de dessiner les lignes du personnage de Logan Paul. Blond californien et muscles tendus, il est l’archétype américain du Disney Channel kid. Il s’est fait connaître avec son petit frère Jake en 2013 sur l’application de vidéo 6 seconds de Vine.

9,5 millions d’abonnés et quelques contrats publicitaires plus tard, Logan Paul alors âgé de 20 ans, déclare au Business Insider « I want to be the biggest entertainer in the world. That’s my deal. I’ll do whatever it takes to get that. As many hours as is needed. »
Lorsque Vine ferme fin 2016, il passe à YouTube avec la création de deux chaînes comme il est souvent coutume dans le métier : LoganPaulOfficiel, pour les vidéos officielles, chansons et autres délicatesses, et une autre pour la vie de tous les jours appelée « Logan Paul Vlogs », contraction de Video et blog, autrement dit, journal quotidien vidéo. Cumulant à elles deux 19 millions d’abonnés. Il est extrêmement performant et repousse à chaque fois les limites des blagues qu’il fait à ses amis. Il met également en scène de fausses disputes avec son frère Jake et ses autres amis YouTuber par vidéos monétisées interposées, rapportant de grosses recettes publicitaires à YouTube – leur employeur à hauteur de 45% – et à eux-mêmes.

YouTube’s puppet show

Car le vrai problème est là.
YouTube capitalise sur un surdoué de la vidéo qui peut cumuler près de 40 millions de vues par posts et Logan tourne tous les jours depuis plus de 400 jours des « épisodes » d’environ un quart d’heure. L’ énorme « fan base » de Logan se compose d’adolescents entre 12 et 19 ans, et peuvent présenter par leur jeune âge un manque de recul face à ce que peut dire ou faire leur idole.
Mais la vidéo a en majorité soulevé un vent d’indignation sur Twitter comme sur YouTube, sauf pour les fans fidèles qui soutiennent Logan Paul avec l’excuse de prévention contre le suicide formulée à la va-vite par le YouTubeur juste après la découverte du corps. PewDiePie, le YouTubeur le plus suivi (52,9 millions d’abonnés) a fait une vidéo montrant son indignation face au manque de discernement de Logan Paul, n’ayant pas eu la conscience et/ou l’humanité de ne pas mettre en ligne la vidéo, après surement plusieurs heures de montage par son équipe de production.
Mais une fois la vidéo montée et mise en ligne (dont le cache était d’ailleurs le corps du suicidé en fond et Logan faisant une grimace au premier plan), il reste encore, se dirait-on, la modération de YouTube qui ne peut décemment pas, vue l’audience de Logan Paul, laisser une vidéo morbide circuler et monter jusqu’à 6 millions de vues en quelques heures avec le titre racoleur (traduit) « On a trouvé un cadavre dans la forêt des suicidés » #Suicide #ForestJapan, sans au moins mettre une restriction d’âge. Si, YouTube a laissé tourner cette vidéo sur le compte de Logan, lui permettant même d’atteindre le #TopTrend alors que le contenu est contraire au règlement de YouTube. Après des jours de silence, YouTube a fini par donner à Logan Paul un « strike », c’est le plus faible avertissement bloquant simplement la monétisation de la vidéo et interdisant de diffuser des évènements en direct, et suite aux nombreux appels de la presse et coup de gueule des utilisateurs, a communiqué ceci :

La meilleure stratégie, c’est la léthargie.

YouTube conseille donc si le contenu de la vidéo est inapproprié (c’est-à-dire en contradiction avec les règles établies par l’ entreprise elle-même) d’y mettre une restriction d’âge ou de prévenir le public en amont de la diffusion. L’ entreprise ne s’explique pas sur le fait qu’elle a décidé de ne pas enlever la vidéo elle-même. Logan l’a fait quelques jours plus tard. Les réactions en chaîne de personnalités influentes de YouTube s’exprimant sur le sujet ont généré énormément d’autres contenus dirigeant les internautes sur la plateforme, générant toujours plus de trafic. La vidéo étant supprimée du compte, les contenus qui en parlent prennent de la valeur, créant un cercle très rentable pour l’entreprise qui ne protège même plus sa poule aux œufs d’or.
Logan a récemment tenté des excuses dans une vidéo et un tweet maladroits où il n’a pu s’empêcher de parler de lui-même « Je ne l’ai pas fait pour les vues, j’en ai déjà bien assez ».

La vidéo se confond avec les autres vidéos d’humour sur les Pokémons faites précédemment au Japon par Logan et ne semble pas être prise au sérieux par le jeune homme. Il a d’ailleurs, avec l’accord de YouTube, monétisé sa vidéo d’excuse atteignant aujourd’hui les 35 millions de vues.
 
Plus qu’un échec communicationnel pour le YouTubeur à qui son jugement moral fait défaut, un nouvel aveu de faiblesse algorithmique de la part de YouTube, très souvent mis en cause ces derniers temps. En Août dernier, plusieurs annonceurs mécontents ont mis en cause l’algorithme car le référencement qu’il propose n’offre aucune diversité de contenu et ne fait qu’appuyer les vidéos les plus vues. Pourtant, l’entreprise ne semble avoir nullement l’intention ni de protéger ses employés, ni d’avoir de la considération pour les millions de gens qui chaque jour l’enrichissent. C’est un modèle économique basé sur la rentabilité pure et simple, qui un jour devra surement se heurter aux mouvements de consommation éthique et responsable ou simplement au ras-le-bol collectif, et pour cela devra revoir à peu près toutes ses lignes de code…
Priscille Dlp
Sources :

Crédits photos :

  1. Photo extraite du site www.knowyourmeme.com – capture de la vidéo
  2. LoganPaul Vine channel
  3. Phillip DeVeryStableGenius twitter account @PhillyD – 2 janvier 2018
  4. @LoganPaul twitter account

 
 

Viser la Lune ? Ça ne lui fait pas peur !

Donald Trump est le président le plus impopulaire que l’histoire des Etats-Unis ait connu : 60% de la population américaine se déclare insatisfaite de son action selon l’institut de sondage Gallup. Depuis quelques mois, des personnalités de son administration démissionnent comme Mike Dubke, l’ex directeur de communication de la Maison Blanche, ou encore Mickael Flynn, son ex conseiller à la sécurité intérieure. Une ambiance d’instabilité règne dans les plus hautes sphères du pouvoir. Pourtant, lundi 11 décembre 2017, le président a fait une déclaration pour le moins ambitieuse : à l’occasion du 45ème anniversaire de la dernière mission habitée sur la Lune (Apollo 17), il signe un décret où il accorde à la NASA d’accentuer ses efforts pour officialiser un retour des Etats-Unis sur la scène galactique : la Lune, puis Mars, voire même au-delà.
 

Is that making America great again ?

Le projet d’un retour des astronautes américains sur la Lune n’est pas nouveau, Trump n’invente rien. Les précédents présidents américains l’avaient déjà énoncé. Barack Obama voulait ouvrir le chapitre de la conquête martienne à la fin de son second mandat, et George W. Bush avait annoncé en 2004 une éminente détermination à refaire marcher les américains sur la Lune d’ici 2020. Sans succès, car faute de budget.
Par la signature de ce décret, Trump acte une politique de recentrage sur les Etats-Unis. Cela entre en totale cohérence avec son leitmotiv « America first » : il souhaite que les américains demeurent les leaders mondiaux dans tous les domaines. Dans son discours lors de la cérémonie de signature, il affirme que ce projet « va redonner des emplois et que nous adorons les emplois ! ».
Stratégiquement parlant, cette reconquête spatiale est une occasion en or pour Donald Trump : il redore son blason en réactivant les perpétuels fantasmes de retourner sur la Lune. Ainsi il enorgueillit l’esprit pionnier des Américains, qui aiment être les premiers dans tout et « rêver grand ». Au cours d’une cérémonie au ton solennel, derrière son pupitre, il utilise un vocabulaire mélioratif et simple : « great », « big », « strong ». Il cherche ici à toucher le plus grand nombre de personnes avec des outils de communication efficaces, spécifiques à la plupart des discours politiques américains.
Sa déclaration n’est pas qu’un simple « coup de com’ », elle s’axe sur des objectifs scientifiques précis et ancre l’Amérique dans une course polarisée face à la Chine, qui de son côté, est déterminée à envoyer des humains sur la Lune d’ici 2036. Pourtant, le financement et le coût de ce projet restent flous, nous en saurons sûrement plus dans les mois à venir. Ce qui est certain, c’est qu’il va coûter très cher, car la distance jusqu’à Mars est d’environ 76 millions de kilomètres, donc ce projet relève autant de la prouesse technique que de la prouesse budgétaire.
 

 

Sciences will always be our future

Il faut également comprendre que cette volonté de retourner sur la Lune, et même de voir plus loin n’est pas une lubie mégalomane, comme on pourrait le penser venant de Trump. C’est un projet scientifique gigantesque certes, mais soutenu par des sociétés privées telles que SpaceX ou Moon Express, qui elles, auraient les moyens de le financer.
A long terme, installer une base lunaire fixe pourrait aider les scientifiques à obtenir des images plus précises de la Terre et ce serait donc un moyen de mieux étudier les risques auxquels elle est exposée. Aussi, selon certains spécialistes, engager une mission habitée conséquente sur la Lune pourrait permettre de mieux viser Mars, qui serait alors à une distance moins importante par rapport à la Terre.
Les opportunités y seraient éminemment nombreuses, mais celle qui retiendrait notre attention serait la potentielle présence d’eau qui pourrait être exploitable, dans le sens où elle pourrait créer de nouvelles (hypothétiques) activités comme le tourisme spatial, la production d’oxygène et de nourriture.
 

 
Peu importe ce que l’on pense par rapport à Trump, son projet de reconquête spatiale ne tombe pas des nues et s’inscrit dans une véritable volonté de faire avancer la science et de placer les Etats-Unis sur un espace géostratégique majeur. Il faut savoir que sans les explorations de l’espace, nous ne pourrions pas vivre comme nous le faisons actuellement. Les satellites, Internet, le téléphone : tout vient de là-haut…
Malgré tout, quelques objections pourraient être formulées. Le projet est grandiose, mais est-il réellement viable pour les Etats-Unis actuellement, compte tenu les nombreuses polémiques qu’engendre la gestion du président ? Est-ce véritablement une priorité quand on sait que des millions de personnes n’ont pas de sécurité sociale et vivent dans une précarité alarmante ?
 

Florence Arnaud

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Sources

 

Crédits photo

  • Photo 1 (Couverture) : Carlos Barria / REUTERS
  • Photo 2 : Carlos Barria / REUTERS
  • Photo 3 : Robert Viglasky / National Geographic Channels
  • Photo 4 : NASA