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Asymétrie

Pack de Flamby King Size NestléFlanby, on a tous à y gagner

 

Il y a eu Le Général, il y a eu VGE, il y a eu Tonton, il y a eu Chichi, il y a eu Sarko puis il y a eu… Flanby. On ne choisit pas son surnom, on choisit encore moins ceux qui vous le donnent. Pour l’anecdote, c’est le socialiste Arnaud Montebourg qui, le premier, a affublé François Hollande de ce sobriquet si sympathique. C’est l’inconvénient d’organiser une primaire: les coups bas partent plus tôt, et sont susceptibles d’être recyclés par le camp d’en face. Les militants de droite ne se sont d’ailleurs pas gênés. On aurait du mal à le leur reprocher.

Flanby c’est excellent. Flanby, c’est exquis. Quel meilleur moyen de discréditer un candidat à la magistrature suprême que d’associer son image à celle d’un flan retourné dégoulinant de caramel. Très honnêtement, on ne voit pas. Tout y est, le gras synonyme d’oisiveté, la texture flasque pour la difficulté à choisir et à s’affirmer et enfin le caramel, péché de gourmandise et donc faiblesse dans notre morale chrétienne. Comme en plus Flanby est d’abord un produit pour les enfants, le surnom connote de surcroît l’immaturité. Une chose du coup est certaine, si le remuant Arnaud est  nommé ministre, il ne l’aura pas dû à des courbettes.

Tout cela n’a néanmoins pas empêché le candidat socialiste de gagner cette élection présidentielle. Chose intéressante d’ailleurs, il n’a jamais protesté contre ce surnom, ne s’est pas insurgé, n’a pas menacé de traîner qui que ce soit en justice. C’était intelligent. Rien de pire pour la victime de railleries que de protester contre les railleurs. Cela vaut aveu de faiblesse et attire au mieux la pitié, au pire de nouvelles salves de moqueries. Il aurait pu par contre répondre, pour tenter de réorienter les rires vers son adversaire. Si l’idée lui est venue, il a eu assez de lucidité pour en voir le danger. François Hollande a cherché pendant ses deux campagnes, pour l’investiture socialiste et la Présidence de la République, à être à la hauteur juste, c’est-à-dire à bonne distance des conflits partisans. Il ne pouvait donc se permettre de descendre sur un terrain si glissant, même par l’intermédiaire de ses militants.

Ne lui restait donc plus qu’à accepter, où à feindre d’ignorer ce surnom peu enviable. La chose peut sembler dure. Pourtant, si l’on y regarde de plus près, cela en valait sûrement la peine. En ne disant rien, François Hollande a montré de la force, de la solidité. Au lieu d’être démonté par de basses attaques ou de s’abaisser à leur niveau, il a hissé sa stature en ne leur accordant pas la moindre importance publiquement. Plus loin, les premières connotations attachées au désormais célèbre produit laitier sont peut-être en train de se faire oublier, du moins en partie. Ainsi, Flanby pourrait bien se transformer en force pour le nouveau Président, le sobriquet devenant finalement un atout en forme de capital sympathie.

Et la marque Flanby dans tout ça ? Elle s’est tout simplement payé un buzz à l’œil. Comme le dit la directrice marketing des produits frais du groupe Lactalis-Nestlé : « les gens entendent ou lisent très souvent le nom de notre marque et, avec un peu de chance, ils le gardent à l’esprit » (1). En paquet, sur assiette, sur buste, planant au-dessus du palais de l’Élysée ou en rayon à côté d’un certain camembert, on aura de plus beaucoup vu le produit en question, sans qu’il soit, lui, jamais réellement mis en danger. Si au marketing de Lactalis-Nestlé, on la joue prudent et on dit ne pas s’attendre à des hausses « impressionnantes » (1), difficile de nier qu’il s’agit là d’une belle affaire. La marque enregistre évidemment un beau gain de notoriété, sans coût financier ni d’image en outre.

Faut-il dès lors penser que Flanby, on a tous quelque part à y gagner ? L’ambitieux Arnaud sera en mesure de répondre à cette question mercredi.

 
Romain Pédron
(1) – streetpress.com

François Hollande : l’homme du centre de la présidentielle ?

 

Ce dimanche 15 avril, une semaine pile avant le premier tour de la présidentielle, a été l’occasion pour les deux poids lourds de l’élection présidentielle d’organiser chacun leurs grands meetings publics avec une particularité pour cette fois : le plein air ! Difficile de ne pas voir en arrière fond l’influence de Jean-Luc Mélenchon et de sa « prise de la Bastille ».

François Hollande sur l’esplanade du château de Vincennes, Nicolas Sarkozy sur la place de la Concorde : les deux candidats avaient prévu de parler à la même heure. Une épreuve pour tester la capacité des journalistes à tweeter sur deux meetings en même temps ? Ou un simulacre de second tour au mépris du 1er et des autres candidats ? En tout cas, la réalité est bien là, on ne pouvait pas écouter les deux candidats en même temps, on était obligé de choisir l’information que l’on voulait avoir, de voter avant d’avoir voté en quelque sorte.

On nous avait ainsi annoncé une « démonstration de force » des deux côtés qui devaient se mesurer au nombre de personnes présentes : Le PS annonce 100.000 badauds tandis que le discours de Nicolas Sarkozy aurait fait déplacer 150.000 personnes. Des chiffres à prendre avec précaution, car la police ne fait jamais d’estimations pour les meetings politiques.

En s’attardant plus précisément sur le fameux meeting de François Hollande, on peut noter que, bien qu’il n’ait jamais nommé de candidats, il s’est autant attaqué à Nicolas Sarkozy qu’à Jean-Luc Mélenchon. Le « vote utile » était bien le but avoué de l’événement, « un classique de fin de campagne », surtout à gauche. C’est ainsi que François Hollande a cité François Mitterrand, qui, avant le premier tour en 1981, disait : « Candidat des socialistes, je suis aussi le seul candidat de Gauche qui soit en mesure de l’emporter. Et je serai fort dans le scrutin du premier tour pour permettre de conduire le changement. Et c’est pourquoi je demande à ceux qui veulent le changement, à ceux qui veulent une autre politique un autre président, de me donner, dès le premier tour, tous les moyens de gagner l’élection présidentielle ».

Pourtant, il est évident que le programme de Jean-Luc Mélenchon est bien plus proche (idéologiquement et concrètement) de celui de François Mitterrand en 1981, que de celui de François Hollande aujourd’hui. Dans un paysage médiatique où François Bayrou paraît avoir été éclipsé, l’homme tampon, l’homme du centre qui se dessine est bien le candidat socialiste. En réalité, son positionnement est plus de l’ordre du parti radical, François Hollande est ainsi plus crédible quand il revendique l’héritage de Pierre Mendès France que quand il cite celui de Léon Blum. C’est en ce sens, que son clip de campagne a pu en désarçonner certains. Il est possible de penser – sans trop s’avancer – que si la montée de Jean-Luc Mélenchon avait été moins forte dans les sondages, un clip de campagne un peu plus classique nous aurait été proposé.

Au final, le meeting de F. Hollande n’a pas été une démonstration de force : aucune nouvelle mesure n’a été annoncée, l’ambiance ressemblait plus à la Fête de l’Humanité (malgré le prix des merguez !) qu’au meeting du Bourget.

Certains voient dans cette position d’équilibriste (ni trop à gauche, ni trop au centre) un révélateur de la mollesse supposée du candidat, voire une faiblesse qui pourrait lui être fatale. Pourtant, au regard de l’histoire de la Vème République, la modération au sein de leurs partis respectifs est une caractéristique récurrente de nos anciens présidents. On peut penser que la personnalité de Nicolas Sarkozy et son positionnement politique plus prononcé ont changé la donne, mais tant que le coup d’essai n’est pas confirmé par une réélection, aucune conclusion ne peut être tirée.

 
Ludivine Preneron
Crédits photo : ps71.org

Idoles

 

J’entends souvent pester contre le football. Trop de violence, trop d’argent, trop de médiatisation, répète-t-on à satiété. A entendre certains, on tiendrait presque là l’origine de tous les maux terrestre, ou du moins d’un bel échantillon. Alors, ils s’inquiètent, ils méprisent, ils s’insurgent, ils condamnent, ils dénoncent… Ils s’acharnent et pourtant il tourne, le ballon rond, il continue de tourner, et d’entraîner toujours autant d’enthousiasme et d’adhésion à sa suite. Alors quoi ? L’humanité est-elle devenue irréparablement vicieuse ?

Ce n’est apparemment pas l’avis de l’Archevêque de Rennes qui, pour la Pentecôte, a décidé d’organiser un grand rassemblement au Stade de le Route de Lorient, où se retrouvent d’habitude plutôt… les supporteurs du Stade Rennais (football club local pour les incultes en la matière, qu’on pardonnera vu le contexte). C’était sûrement beaucoup déjà pour certains défenseurs de la vertu dans le sport mais Mgr Pierre d’Ornellas ne s’est pas arrêté là : il a choisi d’axer la communication de l’événement sur la proximité entre football et foi.

Ainsi, l’agence Yeti a été mandatée pour concevoir plusieurs visuels, dont l’un représente un groupe de faux joueurs du Stade Rennais. Un des ces joueurs est photographié de dos, les bras en croix, portant un maillot sur lequel est inscrit « messie » et voit ses coéquipiers converger vers lui. En bas de l’affiche est inscrit : « un seul but : le rencontrer. » Pour le quotidien Ouest France, l’idée est simple : « le diocèse de Rennes joue l’humour pour la Pentecôte. » D’ailleurs, Yann Béguin, responsable de la campagne, le confirme : « on a choisi de jouer sur le décalage et sur l’humour. Cela participe à notre volonté de toucher un public plus large que celui de nos fidèles. » Et en effet, l’image surprend, interpelle et prête à sourire.

Du coup, elle marque, elle s’imprime dans la mémoire du public. C’est la théorie mathématique de la communication : moins une information est attendue plus elle est intéressante. L’humour, dans un univers qu’il ne caractérise pas, est donc un moyen redoutablement efficace pour attirer l’attention. Le public n’est pas habitué à ce que les autorités religieuses usent de cette tonalité. Il est donc nécessairement marqué par le message. Par ailleurs, l’utilisation métaphorique de l’univers du football joue sur la même mécanique. Audacieuse, elle fait le « buzz, » et donc recette.

Cette métaphore est d’ailleurs particulièrement intéressante. Le choix du football n’est pas anodin, loin de là. En effet, s’il soulève autant de passion, d’enthousiasme et de controverses, c’est que ce sport a une place bien particulière dans nos sociétés. Il n’en est d’ailleurs plus tout à fait un sans doute ou plutôt, plus seulement un. Le football est un spectacle et donc une histoire que l’on raconte sur scène, mais aussi avant et après la représentation. Le parallèle se dresse aisément avec l’Évangile, qui est avant tout un récit, qu’on lit ou non en croyant. Ainsi, Lionel Messi, actuel superstar du football planétaire, n’est pas seulement un athlète doué mais aussi une figure mythologique, adulée par des milliers de gens. Sans faire d’un footballeur le nouveau Christ, il y a ici un lien fort et donc une résonance. En effet, la force du football, ce qui explique peut-être son hégémonie, c’est sans doute qu’il est un spectacle fait réalité, ou une réalité faite spectacle. Les personnages du roman du football sont réel, comme l’est le Christ pour le croyant. On touche là à un fantasme fondamental de l’humanité : voir son imaginaire devenir réalité.

Autre similarité, la religion, comme le football, n’est pas seulement un lien vertical, elle est aussi un lien horizontal. Le culte fait la communauté, la rassemble et la soude. Si la tenue d’un événement religieux dans un stade peut étonner en premier lieu, elle fait en fait entièrement sens si l’on y pense bien. Le stade est cet endroit où tous se rassemblent, se regardent, et se reconnaissent. Chose intéressante d’ailleurs, la télévision n’a jamais réussi à le vider. L’expérience du match à huis-clos télévisé est d’ailleurs toujours assez troublante pour l’amateur. C’est que le football, dans les travées ou devant la télévision, est comme la cérémonie religieuse un moment d’émotion collective intense, où l’on chante, où on exprime avec les autres des sentiments. Si le football a du succès, c’est aussi parce qu’il remplit cette fonction. Au détriment du culte, réduit à le copier ? Vaste question sans doute.

Quoi qu’il en soit, figures mythologiques ou pairs, un seul but en fin de compte : les rencontrer.

 

Romain Pédron

Sources :
Pentecoteensemble.fr
Yetibox.com

La voix universelle

 

En matière de programmes audiovisuels, l’achat de concepts étrangers est moins coûteux que la création originale et le plagiat, gage de succès. Super Nanny et A la recherche de la Nouvelle Star (Pop Idol) sur M6, Koh Lanta (Survivor) sur TF1… Plus récemment You can dance (So you think you can dance) sur NT1. La France est friande de ces importations. L’inverse est moins vrai. Les exportations françaises sont plus rares ,bien que Camera Café ou Kaamelott (société de production CALT) se soient vendus comme des petits pains sur les autres continents et que le Fort Boyard accueille vingt-cinq nationalités entre ses murs. Ce procédé apparaît comme un moyen intelligent de minimiser les risques pour les chaînes importatrices puisque le programme, déjà installé sur un territoire, donne a priori davantage de garanties qu’une nouvelle création onéreuse. La question qui se pose pour les sociétés de production internationales (Endemol ou Fremantle pour n’en citer que deux) est l’adaptabilité des programmes de création pour l’étranger.

Médiamétrie nous apprend, le 22 mars dernier, que le divertissement se hisse en seconde place du podium des genres les plus regardés dans le monde et qu’il compte pour 38% des « 10 meilleurs programmes tous pays confondus ». Véritable exutoire aux informations anxiogènes, le divertissement rend donc la télévision plus digeste pour le téléspectateur. Parmi eux, les formats musicaux – et tout particulièrement ceux qui s’évertuent à dégoter de nouveaux talents, sont les plus exportés : Got Talent figure dans les tops 10 de 11 pays* mais le dernier spécimen, qui crève nos écrans depuis peu et se hisse en pole position n’est autre que The Voice, véritable franchise internationale pour laquelle TF1 a signé un protocole d’accord début 2011. La version française, produite par Shine France est ainsi une adaptation de « The Voice of Holland » créé par John De Mol (Endemol) diffusé sur RTL4 aux Pays- Bas.

Depuis l’arrêt de Star Academy en 2008, faute d’audience, TF1 cherchait en vain un nouveau concept de télé-crochet. Le format se veut plus original et caractérisé par trois phases : un jury composé de quatre professionnels font, dans un premier temps, passer des « auditions à l’aveugle », installés dans quatre fauteuils rouges faisant dos aux candidats – auditions qui arrivent après des sélections, semblables à tout autre casting, effectuées en amont. Chaque juré est muni d’un « buzzer » qui lui permet de faire pivoter son siège pour signifier au candidat qu’il souhaite le recruter dans ses rangs. Si plusieurs « coachs » se tournent, c’est alors au candidat de faire son choix. Le temps de quelques secondes, les rôles s’inversent ! Lors de l’étape suivante, chaque équipe s’affronte en interne lors des « battles » dans un décor de ring de boxe. Puis arrivent les « live shows », phase commune à tout télé-crochet. Ce concept d’audition aveugle nourrit cependant le débat. Malgré un véritable effort de démythification des canons de beauté et des critères physiques de sélections des autres télé-crochets et castings en tout genre, il faut avouer que les pré-sélections et les « battles », quant à elles, ne se font pas à l’aveugle ! Il est ainsi tout à fait possible qu’un physique « hors critères » soit sélectionné lors de la première étape et renvoyé chez lui dès la deuxième. Kant disait que seule la bonne intention est morale, nous nous posons ainsi la question !

Des formats qui voyagent…

Une voie/voix qui s’universalise véritablement puisque The Voice a déjà été vendu et adapté dans une quarantaine de pays sur quatre continents, de l’Australie à l’Indonésie, de la Corée du Sud à la Macédoine en passant par l’Ukraine, de la Turquie à l’Argentine et bien entendu, des USA au Royaume-Uni ! Les résultats français sont remarquables : ce programme de divertissement s’impose comme le grand leader du moment sur le grand public, les ménagères et les 15-34 ans avec 8,2 millions de téléspectateurs soit 37,3% de part de marché pour le samedi 24 mars dernier**. The Voice se place ainsi au deuxième rang des meilleures performances historiques de la chaîne ; ce qui reste exceptionnel pour un samedi soir.

Pas d’asymétrie entre les différentes versions mais une certaine homogénéité au contraire ! Le choc des cultures n’est pas au rendez-vous (ou presque) lorsque l’on visionne les différentes versions et le programme est universel.

Test réalisé avec l’Albanie, la Corée du Sud, le Royaume-Uni ou les USA qui utilisent tous la même recette : des jurés qui se disputent les candidats retenus et se veulent amicaux, des performances accompagnées par des musiciens… Les USA, le Royaume-Uni, la France et la Corée du Sud semblent s’être accordés sur le même modèle de jury : une femme et trois hommes ! On retiendra également des profils et physiques atypiques parmi les candidats (pré-sélectionnés lors d’un casting, rappelons-le !) ou encore des hommes aux voix de femmes et inversement.

De la communication à la conversation

Le programme est à la pointe de la mutation des rôles du public, passé du statut de simples téléspectateurs à celui de participants actifs et créatifs. Il n’est plus seulement question de communication lorsqu’il s’agit de The Voice mais bien de conversation, de connexion, de transmédiation. Chaque émission met en avant la présence du programme sur les réseaux sociaux Twitter (proposant le hashtag #thevoice) et Facebook. Lors de la première saison de diffusion aux USA, en 2011, un « live-tweet » était même projeté sur nos écrans lors des live shows. Les différentes adaptations ont su prendre parti des transformations médiatiques pour en user à bon escient dans une stratégie marketing bien rodée ! Tendons-nous progressivement vers une mondialisation des formats TV ?

Harmony Suard
Sources :
* selon Médiamétrie
** selon TF1

FranceTV-Info-iPhoneFrancetv-info : l’information hybride

 

Voilà quatre mois que Francetv-Info.fr a fait son apparition sur le Web (et sur les smartphones). Une plateforme aux promesses ambitieuses qui s’inscrit dans le prolongement des évolutions médiatiques récentes.
Il s’agit d’une plateforme lancée par France Télévision avec l’envie de permettre à l’internaute de suivre l’actualité au moment même où elle se passe. L’accès au site ne nécessite pas de s’inscrire. Concrètement, dans la lignée de Twitter, on peut suivre un fil d’actualité constitué de courts messages émanant d’une équipe de journalistes et de points de bilan faits régulièrement sur l’ensemble des sujets chauds. Comme cela est possible sur Twitter, chaque post commence par un hash tag qui permet de retrouver rapidement les informations que l’on veut consulter. La plateforme veut ainsi proposer de l’actualité « sur mesure », c’est-à-dire que l’internaute peut aller directement aux informations qui l’intéressent via le mur d’actualité ou en allant sur les pages et les onglets qui regroupent les sujets qui font l’actualité sous formes d’articles plus longs et plus détaillés ou encore en parcourant les pages dédiées aux régions. Francetv-info tire ainsi profit du vaste réseau de rédactions de France Télévision puisque chaque région et chaque thème a son propre flux d’informations. Autre innovation, on peut directement interpeler les journalistes en leur envoyant une question ou une remarque. Là encore, on est dans le prolongement de Twitter et cela contribue au « sur mesure » prôné par Francetv-info.
Ainsi, Francetv-info propose de l’information en continu en mettant à disposition un journaliste qui répond en live aux possibles messages des lecteurs, des articles de fond, des liens vers d’autres sites d’analyse d’actualité ou encore des photos et des vidéos. C’est donc un hybride entre les chaînes télévisuelles d’information en continu et Twitter. De ces deux médias, Francetv-Info garde le foisonnement et l’ubiquité. Des chaînes d’information, Francetv-info conserve la légitimité et la crédibilité. Enfin, de Twitter, Francetv-info garde l’interactivité, la proximité avec les journalistes et la possibilité de ne voir que ce que l’on veut. Francetv-info cherche ainsi à réduire l’asymétrie qui existe entre journalistes et curieux autour du traitement de l’information.

 
Thomas Millard

De Lennon à Lego

 

Vous vous rappelez ce clip où John et Yoko marchaient dans la brume jusqu’à cette maison blanche dont Yoko ouvrait une à une les persiennes pendant que John se mettait à chanter : « Imagine there is no country… Imagine there is nothing to kill or die for… Imagine all the people living life in peace. » Elle avait un joli bandeau dans les cheveux, il avait une belle chemise à pois. C’était chouette, c’était plein d’espoir. Un peu puérile peut-être ? Evidemment puisque le propre de l’enfance, c’est d’imaginer, à foison et sans limites. Et, en imagination tout est possible, le meilleur inclus.

Cela, Lego le sait particulièrement bien. D’ailleurs, c’est sa raison d’être et son gagne-pain. Depuis 1932, la société danoise vend de l’imaginaire, ou plutôt des supports pour l’imaginaire, à des milliers d’enfants dans le monde entier. Et, pour ce faire, il faut aussi créer un imaginaire de ces supports de l’imaginaire. Vous suivez ? Il s’agit en fait de communiquer sur la marque Lego, tout simplement. Du coup, comme beaucoup d’autres, l’entreprise lance régulièrement des campagnes, et le fait généralement avec un certain brio, cette semaine encore.

Un certain nombre de sites, dont blogenblois.fr, ont ainsi donné à voir la dernière campagne du fabricant de jouets, réalisée par l’agence allemande Jung Von Matt. En bref, de simples briques de legos sont empilées dans un espace vide. Un logo de la marque les présente, tandis qu’un laconique « Imagine » restreint le sens de l’image. La chose pourrait s’arrêter là, et cela nous paraîtrait d’ailleurs intéressant, mais les publicitaires n’ont pas osé et ont donc décidé de faire quelques références : aux Tortues Ninja, à Lucky Luke ou encore à Astérix et Obélix.

Quoi qu’il en soit, il s’agissait de montrer des possibles. La tâche était ardue et cela semble avoir galvanisé les créatifs allemands. En effet, contrairement à d’habitude, il ne fallait pas créer un univers symbolique autour d’un produit ou d’un ensemble de produits, mais montrer la possibilité de créer une gamme illimitée d’univers symboliques à partir d’un produit. Jouer, d’ailleurs, n’est-ce pas cela ? Manier des signes pour créer des réalités. Voilà pourquoi la mission est accomplie. L’agence a réussi à prouver qu’à partir de simples cubes emboîtables, il était possible de recréer un monde, celui des Tortues Ninja ou de Lucky Luke. Elle aurait été plus ambitieuse encore en se passant de ces références, mais le risque à prendre était sûrement trop grand. N’est pas autorisé à être Kandinsky qui le veut.

En travaillant ainsi, elle a également réussi à mettre en valeur son produit dans sa simplicité. Ce qu’on voit, ce sont de prosaïques legos, mais montrés ainsi ils donnent envie. Pas d’ambassadeurs de la marque, pas de lourd storytelling mais le produit, simplement le produit, et ses potentialités. Du coup, pas de problème d’attribution. Pas de séduction inutile, on sait qui s’exprime et on s’en rappelle. En outre, c’est à partir de ce produit qu’est créé le territoire de la marque. C’est un autre point fort de cette campagne. On ne fait pas entrer le produit dans un univers, on le fait créer lui-même cet univers et ainsi il en reste le centre, le point d’attraction, sur lequel se concentre l’attention du consommateur.

Mais, qui est le consommateur ? L’enfant, son parent, son grand-parent ? Pour les concepteurs de cette campagne, la réponse semble être assez claire. Le niveau d’abstraction du visuel comme du slogan les rendent peu accessibles à des bambins. C’est donc bien ici l’adulte qu’on vise, en lui donnant l’idée que son enfant va développer des capacités, accéder à des imaginaires. En somme, « le groupe Lego s’engage à développer la créativité des enfants par le jeu et l’apprentissage. » C’est écrit sur le site, noir sur blanc, et cela confirme au moins une chose : la publicité n’est pas un art. Il reste au moins cela à John…

 

Romain Pédron

Des-paroles-et-des-actes-les-politiques-s-y-bousculent_image_article_paysage_newDébats télévisés et présidentielle : quelle incidence du format sur le discours des candidats ?

 

Qui dit campagne présidentielle dit émissions de campagne : « Paroles de Candidat » sur TF1 et « Des paroles et des actes » sur France 2 reçoivent les principaux candidats à la présidentielle. Emissions de prime time, audiences fortes, commentées en live sur Twitter par des milliers de personnes (hashtags : #pdf #dpda). Elles sont des occasions uniques pour les candidats de faire entendre leur « parole » au plus grand nombre.

« Paroles de français » sur TF1, renommée « Paroles de candidat » pour la campagne présidentielle, est une émission où se confrontent des participants soigneusement choisis et un présidentiable. Ce dispositif est l’occasion pour le candidat de rebondir sur de nombreux sujets : agriculture, sécurité, enseignement, etc. Ainsi ce n’est pas Laurence Ferrari qui interviewe réellement le candidat, mais des Français, réduits à une simplicité facilitante pour l’émission : un homme, un problème, un sujet, une solution présentée par le candidat. Des journalistes sont aussi présents pour titiller les présidentiables sur des sujets plus complexes comme l’économie. L’image d’un dialogue simple entre le candidat et les personnes présentes donne à penser au spectateur que celui-ci est proche des problèmes des Français. Il ramène pourtant à une vision un peu populiste de la politique, à savoir que chaque problème personnel est forcément lié à un problème important de la société.

« Des paroles et des actes » sur France 2, présentée par David Pujadas, est une émission « pot-pourri », à la fois entre le talkshow à l’américaine, l’émission d’économie pure et le débat incisif entre journaliste et candidat ou candidat contre candidat. En ce sens, elle semble être un résumé rapide de toutes les épreuves que les candidats ont à passer dans cette campagne. L’aspect talkshow est donné par l’interview du début par la journaliste Nathalie Saint-Cricq : on attaque François Hollande sur son poids, Nicolas Sarkozy sur son « casse-toi pauvre con ». Cela est suivi par le questionnaire économique pointu de François Lenglet, puis par une interview plus institutionnelle avec Fabien Namias. Le présidentiable se retrouve ensuite à débattre avec un contradicteur, avant de reprendre l’émission point par point avec Franz-Olivier Giesbert et Hélène Jouan. En ce sens, c’est un bilan complet pour le candidat : image médiatique, économie, idées sur la politique et les institutions, capacité à débattre. Ce format semble pourtant diviser la politique en strates, rendant parfois difficile la vision d’un projet de société complet de la part des candidats.

Ces émissions très regardées semblent être un passage obligé ou du moins voulu par tous les candidats : c’est le cas d’Eva Joly, dont le porte-parole Sergio Coronado dénonce « la logique sondagière » de France 2 qui n’a pas encore invité la candidate. On peut conclure par le fait qu’il est étonnant de remarquer qu’à l’heure du digital, la télévision semble encore être le principal média de la campagne présidentielle. Il est d’ailleurs le seul à être soumis à des temps de paroles (cf Les images et la spontanéité forcée, Thomas Millard, Asymétrie, December, 5th 2011).

 

Ludivine Preneron

Crédits photo : ©Ladmedia.fr

Je suis un « anti-communicant »

 

Début février, nous avons rencontré Maxime Verner, le déjà ex-étudiant du Celsa mais surtout le plus jeune candidat (22 ans) à l’élection présidentielle de 2012. Légèrement en retard, l’outsider nous dit apprendre plein de choses grâce à la campagne qu’il mène, son « école de la vie » comme il aime à le dire. A ce jour, Maxime Verner avait 302 promesses de signatures de maires de villages et de villes qui comptent entre 5 et 8000 habitants. [Il lui en manque aujourd’hui une centaine.] Il avait encore 180 rendez-vous prévus avec des élus dans le mois suivant… « Quand je fais un truc, je le fais à fond ». Pour le vérifier, suivez-le sur Twitter et soyez informés de tous ses voyages !

Croiser un candidat, en théorie, c’est pour parler de politique. Mais nous, nous avions plutôt à cœur de comprendre sa communication. Alors dans cet article, nous ne parlerons pas de la loi pour l’éligibilité des jeunes qu’il a fait passée en 2010, ni de l’Association des Jeunes de France, ni de son livre, ni de ses propositions pour la jeunesse, ni de celles sur l’économie, encore moins de celles à venir sur l’éthique. On trouve tout cela ici. Nous nous contenterons donc de dire qu’il est un candidat de proposition qui ne veut pas être président mais apporter un dynamisme à la campagne, des idées neuves et de vraies propositions pour un projet de société fondé autour d’une politique d’investissements sur la jeunesse. Car la politique, « c’est à tout le monde ». Il aime citer Camus (« La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent ») et faire le « V » avec ses doigts comme Verner mais c’est surtout « le signe le plus courageux et le plus symbolique » qu’il se puisse faire en temps de crise, Churchill le faisait en 1940.

Le « porte-voix de la jeunesse » se fout de l’image qu’il renvoie il s’en fout de la forme : « Ce qui [l]’intéresse, [le] passionne et ce qu’[il] veux faire, c’est ça : du fond ». D’où sa volonté de ne répondre qu’aux invitations d’émissions qui lui permettent réellement d’exprimer ses engagements. Par principe, il ne refuse pas les médias associatifs (et surtout pas FastNCurious). Il se dit lui-même « anti-communicant » et préfère largement Twitter à Facebook. Il y voit un lieu de rencontre et de débat avec des personnes influentes et y va quand il a un moment. Facebook, il ne s’en sert que comme d’un relais vers son site. D’ailleurs, 4000 personnes par jour vont sur son site (qu’il dit lui-même « mal foutu ») en venant de Facebook pour y découvrir ses articles et ses documents en PDF.

Lorsqu’il officialise ses programmes, il convie ceux qui le veulent. Comme les journalistes ne viennent que si leurs patrons le demandent, inutile de perdre du temps à leur courir après. De même, il dit ne pas être là pour diffuser sa pensée à des milliards de personnes mais plutôt pour débattre et convaincre ceux qui sont réellement ouverts à une politique audacieuse. En clair, il est disponible mais ne force personne à l’écouter. Il propose, à l’électorat et aux citoyens de disposer !

D’un esprit curieux, il voit que ce qui manque à la société, c’est de l’« humain ». Alors il va à la rencontre des gens physiquement. Il lit beaucoup et se nourrit de trois débats par semaine minimum. Il aime y croiser des gens, des passions et des projets qui viennent alimenter et consolider son propre système de pensée. Il précise d’ailleurs que sa communication et sa démarche se fondent avant tout sur l’humain et la générosité. Point trop d’argent, on peut faire un don à son association mais pas plus de cent euros, ainsi on reste fidèle à l’idée de l’association et Maxime Verner reste indépendant. Ses affiches ? C’est un architecte qui a une imprimerie qui les lui a imprimées. Quand il se déplace, il puise dans ses économies personnelles mais cela ne lui coûte pas trop cher puisqu’on lui prête des voitures et qu’il dort chez l’habitant. Et quand il rencontre des élus locaux, il leur parle et leur projette ses idées novatrices et ambitieuses. Il sait que les maires parlent entre eux et mise sur le « bouche à oreille » et le « téléphone arabe ».

 
Thomas Millard, Romain Pédron et Ludivine Préneron

Oiseaux pris en photo en contre-plongée volant tous ensembleTwitter, la parole qui fourmille

Jeudi soir, Marine Le Pen était invitée de l’émission politique de France 2 orchestrée par David Pujadas et intitulée « des Paroles et des Actes ». Cette émission a pour but de faire passer les candidats face aux mêmes chroniqueurs pour qu’ils puissent expliquer et défendre leurs propositions de manière équitable. Ainsi, comme c’est l’usage dans cette émission, la candidate du Front National a fait face aux différents chroniqueurs (Nathalie St Cricq, François Lenglet et Fabien Namias) et à deux contradicteurs (Henri Guaino et Jean-Luc Mélenchon). Jusqu’à 5,9 millions de téléspectateurs[1] ont assisté à cette somme d’échanges plus ou moins instructifs.

Parallèlement, sur Twitter, le hashtag[2] « #dpda » a été très employé. Plus de 11.000 twittos sévissaient sur la toile et plus de 42.000 tweets avec le hashtag de l’émission ont ainsi été postés. Ces Tweets étaient de natures très diverses. Certains étaient émis par des journaux et renvoyaient à des articles en ligne relatifs à ce que disaient les protagonistes du débat pour permettre de mieux comprendre ce qui se disait. D’autres étaient émis par des journalistes ou des acteurs politiques et apportaient une analyse sur le fond ou sur la forme du débat. Enfin, une bonne quantité de tweets provenaient de simples téléspectateurs à la culture politique plus ou moins fine qui regardaient le débat en attendant l’arrivée de Mélenchon avec une excitation pareille à celle que l’on ressent quand on attend le début d’un match de foot. A cause du petit nombre de caractères possibles pour chaque message (140), certains sonnaient comme des maximes politiques ne pouvant souffrir d’aucune objection. Il y avait aussi beaucoup de messages pour commenter la prestation de David Pujadas ou la chemise à carreaux d’une fille dans le public.

Twitter s’est ainsi présenté comme un prolongement de l’émission. Une plateforme interactive où chacun peut donner son avis immédiatement à tout le monde. Pas de hiérarchie ni d’encadrement des twittos, juste un fourmillement de paroles. Mais tellement de tweets qu’on ne peut en aucun cas tous les voir. Quelqu’un suggérait de faire comme dans l’émission qu’animait Marc Olivier Fogiel sur France 3 il y a quelques années : mettre en place un bandeau en bas de l’écran de France 2 pour diffuser les tweets à tous les téléspectateurs. Imaginez la vitesse de défilement des tweets ! Et si on sélectionnait les meilleurs ? C’est contraire à l’idée de Twitter qui consiste à réduire les asymétries de parole… Et d’ailleurs cela poserait des problèmes de réalisation.

 
Thomas Millard



[2] Thème du tweet précédé du symbole « # » pour en faire un mot clé. Ainsi, en un clic, on peut consulter tous les messages émis par les twittos du monde entier qui se rapportant à ce thème.

Le compte twitter de la campagne de Sarkozy en 2012@PrésidentdelaRépublique

Ça y est, la campagne est officiellement lancée ! Nicolas Sarkozy vient de se déclarer candidat à sa réélection à la tête de l’Etat. Les communicants sont contents. On peut enfin activer la machine, sortir l’artillerie, bref se servir de tout ce matériel sur lequel on lorgnait depuis de longs mois. Ainsi, est ouvert depuis le 15 février le nouveau compte Twitter du Président de la République (@NicolasSarkozy), sur lequel il nous fallait impérativement aller faire un petit tour.

Notre regard s’est évidemment porté tout d’abord sur le papier peint. Rien de surprenant de ce côté là : un beau bleu monochrome, tout à fait UMP, tout à fait rassurant, mais un peu électrique, un peu numérique parce qu’on est quand même sur Twitter. La photo, ensuite, ne nous a pas étonnés non plus, c’est celle au bord de cette mer d’huile sur laquelle la France entière rêve de naviguer, au calme, vers de lointains et prometteurs horizons, guidée et sécurisée par ce Président serein et tout entier habité par sa fonction. Le slogan va d’ailleurs dans le même sens. « La France forte », cela accompagne bien la figure du capitaine et on serait presque entièrement rassuré sans un petit bémol, d’ordre typographique. « Forte » est en effet plus gros, beaucoup plus gros que « France ». Le nom est plus petit que son adjectif qualificatif, du coup la « France » paraît être moins forte que « forte ». Mais, ceci est un détail et il est temps de passer aux choses sérieuses.

La chose sérieuse, c’est la spécificité de la communication élyséenne sur Twitter. Là, on a été surpris ! Dès l’arrivée sur le profil du candidat, on vous indique que ce n’est pas lui qui vous parle : « Compte officiel de Nicolas Sarkozy. Ce compte est piloté par mon équipe de campagne », du moins la plupart du temps ( « Mes tweets personnels seront signés -NS »). Évidemment, on s’en serait douté, et c’est justement un des intérêts de la manœuvre. Nicolas  Sarkozy est honnête avec vous. Comme en 2007, il dit ce qu’il fait et il fait ce qu’il dit. Mieux encore, il est très occupé en ces temps de crise et Twitter n’est évidemment pas sa priorité. Il est responsable, déterminé, travailleur. Ce n’est pas un geek immature et à demi oisif. Néanmoins, il est aussi moderne. Il tweete de temps à autre, pour remercier @whitehouse notamment. Et, cette rareté, c’est aussi la distance, la distinction. Ce qui est rare est cher, précieux. De même que ce qui est loin. Ainsi, les guillemets encadrant les phrases clés de son discours les isolent-elles dans une solennité en contraste avec la  trivialité des autres posts sur le compte. Le discours est grandi, isolé, comme doit l’être le pouvoir, surtout présidentiel.

Globalement, c’est de la bonne com’, et dans com’ il y a aussi communion. La force du candidat Sarkozy est peut-être avant tout là, et ça se retrouve sur Twitter. « J’aime vos valeurs, j’aime vos montagnes. », « c’est par le travail et l’effort que nous garantirons notre modèle social », « s’il y a un blocage, je me tournerai vers le peuple et je lui demanderai de trancher », ces phrases extraites du discours d’Annecy ont été twittées en direct sur le compte officiel par l’équipe de campagne. Pas de chiffres, pas de pure rationalité mais de la croyance. Être en accord avec l’idéologie ou plutôt avec les idéologies, c’est la méthode ici. Ainsi, on retrouve toutes les thématiques qui fondent l’inconscient de la droite française mais aussi de beaucoup d’autres citoyens : traditionaliste, avec les montagnes, libérale, avec le travail et l’effort, ou gaulliste, avec la référence au référendum et au système de protection sociale. Ces thématiques, le Chef de l’État en devient en cette campagne l’incarnation, le garant. On retrouve la figure du héros, c’est-à-dire de l’homme qui porte sur lui les valeurs d’une société et les fait vivre. Ça avait marché en 2007, avec « la valeur travail » notamment. Nicolas Sarkozy était alors un homme frais, comparé à Jacques Chirac surtout, dont il avait pris grand soin de bien se démarquer. Mais, le contexte est désormais différent et on peut se demander si, aujourd’hui très bas dans les sondages, il a les moyens et le temps d’incarner de nouveau ces valeurs, de se refaire héros pour aller battre François Hollande, le candidat normal, le 6 mai prochain ? De la réponse à cette question dépend peut-être grandement le résultat de cette élection.

 
Romain Pédron