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FranceTV-Info-iPhoneFrancetv-info : l’information hybride

 

Voilà quatre mois que Francetv-Info.fr a fait son apparition sur le Web (et sur les smartphones). Une plateforme aux promesses ambitieuses qui s’inscrit dans le prolongement des évolutions médiatiques récentes.
Il s’agit d’une plateforme lancée par France Télévision avec l’envie de permettre à l’internaute de suivre l’actualité au moment même où elle se passe. L’accès au site ne nécessite pas de s’inscrire. Concrètement, dans la lignée de Twitter, on peut suivre un fil d’actualité constitué de courts messages émanant d’une équipe de journalistes et de points de bilan faits régulièrement sur l’ensemble des sujets chauds. Comme cela est possible sur Twitter, chaque post commence par un hash tag qui permet de retrouver rapidement les informations que l’on veut consulter. La plateforme veut ainsi proposer de l’actualité « sur mesure », c’est-à-dire que l’internaute peut aller directement aux informations qui l’intéressent via le mur d’actualité ou en allant sur les pages et les onglets qui regroupent les sujets qui font l’actualité sous formes d’articles plus longs et plus détaillés ou encore en parcourant les pages dédiées aux régions. Francetv-info tire ainsi profit du vaste réseau de rédactions de France Télévision puisque chaque région et chaque thème a son propre flux d’informations. Autre innovation, on peut directement interpeler les journalistes en leur envoyant une question ou une remarque. Là encore, on est dans le prolongement de Twitter et cela contribue au « sur mesure » prôné par Francetv-info.
Ainsi, Francetv-info propose de l’information en continu en mettant à disposition un journaliste qui répond en live aux possibles messages des lecteurs, des articles de fond, des liens vers d’autres sites d’analyse d’actualité ou encore des photos et des vidéos. C’est donc un hybride entre les chaînes télévisuelles d’information en continu et Twitter. De ces deux médias, Francetv-Info garde le foisonnement et l’ubiquité. Des chaînes d’information, Francetv-info conserve la légitimité et la crédibilité. Enfin, de Twitter, Francetv-info garde l’interactivité, la proximité avec les journalistes et la possibilité de ne voir que ce que l’on veut. Francetv-info cherche ainsi à réduire l’asymétrie qui existe entre journalistes et curieux autour du traitement de l’information.

 
Thomas Millard

De Lennon à Lego

 

Vous vous rappelez ce clip où John et Yoko marchaient dans la brume jusqu’à cette maison blanche dont Yoko ouvrait une à une les persiennes pendant que John se mettait à chanter : « Imagine there is no country… Imagine there is nothing to kill or die for… Imagine all the people living life in peace. » Elle avait un joli bandeau dans les cheveux, il avait une belle chemise à pois. C’était chouette, c’était plein d’espoir. Un peu puérile peut-être ? Evidemment puisque le propre de l’enfance, c’est d’imaginer, à foison et sans limites. Et, en imagination tout est possible, le meilleur inclus.

Cela, Lego le sait particulièrement bien. D’ailleurs, c’est sa raison d’être et son gagne-pain. Depuis 1932, la société danoise vend de l’imaginaire, ou plutôt des supports pour l’imaginaire, à des milliers d’enfants dans le monde entier. Et, pour ce faire, il faut aussi créer un imaginaire de ces supports de l’imaginaire. Vous suivez ? Il s’agit en fait de communiquer sur la marque Lego, tout simplement. Du coup, comme beaucoup d’autres, l’entreprise lance régulièrement des campagnes, et le fait généralement avec un certain brio, cette semaine encore.

Un certain nombre de sites, dont blogenblois.fr, ont ainsi donné à voir la dernière campagne du fabricant de jouets, réalisée par l’agence allemande Jung Von Matt. En bref, de simples briques de legos sont empilées dans un espace vide. Un logo de la marque les présente, tandis qu’un laconique « Imagine » restreint le sens de l’image. La chose pourrait s’arrêter là, et cela nous paraîtrait d’ailleurs intéressant, mais les publicitaires n’ont pas osé et ont donc décidé de faire quelques références : aux Tortues Ninja, à Lucky Luke ou encore à Astérix et Obélix.

Quoi qu’il en soit, il s’agissait de montrer des possibles. La tâche était ardue et cela semble avoir galvanisé les créatifs allemands. En effet, contrairement à d’habitude, il ne fallait pas créer un univers symbolique autour d’un produit ou d’un ensemble de produits, mais montrer la possibilité de créer une gamme illimitée d’univers symboliques à partir d’un produit. Jouer, d’ailleurs, n’est-ce pas cela ? Manier des signes pour créer des réalités. Voilà pourquoi la mission est accomplie. L’agence a réussi à prouver qu’à partir de simples cubes emboîtables, il était possible de recréer un monde, celui des Tortues Ninja ou de Lucky Luke. Elle aurait été plus ambitieuse encore en se passant de ces références, mais le risque à prendre était sûrement trop grand. N’est pas autorisé à être Kandinsky qui le veut.

En travaillant ainsi, elle a également réussi à mettre en valeur son produit dans sa simplicité. Ce qu’on voit, ce sont de prosaïques legos, mais montrés ainsi ils donnent envie. Pas d’ambassadeurs de la marque, pas de lourd storytelling mais le produit, simplement le produit, et ses potentialités. Du coup, pas de problème d’attribution. Pas de séduction inutile, on sait qui s’exprime et on s’en rappelle. En outre, c’est à partir de ce produit qu’est créé le territoire de la marque. C’est un autre point fort de cette campagne. On ne fait pas entrer le produit dans un univers, on le fait créer lui-même cet univers et ainsi il en reste le centre, le point d’attraction, sur lequel se concentre l’attention du consommateur.

Mais, qui est le consommateur ? L’enfant, son parent, son grand-parent ? Pour les concepteurs de cette campagne, la réponse semble être assez claire. Le niveau d’abstraction du visuel comme du slogan les rendent peu accessibles à des bambins. C’est donc bien ici l’adulte qu’on vise, en lui donnant l’idée que son enfant va développer des capacités, accéder à des imaginaires. En somme, « le groupe Lego s’engage à développer la créativité des enfants par le jeu et l’apprentissage. » C’est écrit sur le site, noir sur blanc, et cela confirme au moins une chose : la publicité n’est pas un art. Il reste au moins cela à John…

 

Romain Pédron

Des-paroles-et-des-actes-les-politiques-s-y-bousculent_image_article_paysage_newDébats télévisés et présidentielle : quelle incidence du format sur le discours des candidats ?

 

Qui dit campagne présidentielle dit émissions de campagne : « Paroles de Candidat » sur TF1 et « Des paroles et des actes » sur France 2 reçoivent les principaux candidats à la présidentielle. Emissions de prime time, audiences fortes, commentées en live sur Twitter par des milliers de personnes (hashtags : #pdf #dpda). Elles sont des occasions uniques pour les candidats de faire entendre leur « parole » au plus grand nombre.

« Paroles de français » sur TF1, renommée « Paroles de candidat » pour la campagne présidentielle, est une émission où se confrontent des participants soigneusement choisis et un présidentiable. Ce dispositif est l’occasion pour le candidat de rebondir sur de nombreux sujets : agriculture, sécurité, enseignement, etc. Ainsi ce n’est pas Laurence Ferrari qui interviewe réellement le candidat, mais des Français, réduits à une simplicité facilitante pour l’émission : un homme, un problème, un sujet, une solution présentée par le candidat. Des journalistes sont aussi présents pour titiller les présidentiables sur des sujets plus complexes comme l’économie. L’image d’un dialogue simple entre le candidat et les personnes présentes donne à penser au spectateur que celui-ci est proche des problèmes des Français. Il ramène pourtant à une vision un peu populiste de la politique, à savoir que chaque problème personnel est forcément lié à un problème important de la société.

« Des paroles et des actes » sur France 2, présentée par David Pujadas, est une émission « pot-pourri », à la fois entre le talkshow à l’américaine, l’émission d’économie pure et le débat incisif entre journaliste et candidat ou candidat contre candidat. En ce sens, elle semble être un résumé rapide de toutes les épreuves que les candidats ont à passer dans cette campagne. L’aspect talkshow est donné par l’interview du début par la journaliste Nathalie Saint-Cricq : on attaque François Hollande sur son poids, Nicolas Sarkozy sur son « casse-toi pauvre con ». Cela est suivi par le questionnaire économique pointu de François Lenglet, puis par une interview plus institutionnelle avec Fabien Namias. Le présidentiable se retrouve ensuite à débattre avec un contradicteur, avant de reprendre l’émission point par point avec Franz-Olivier Giesbert et Hélène Jouan. En ce sens, c’est un bilan complet pour le candidat : image médiatique, économie, idées sur la politique et les institutions, capacité à débattre. Ce format semble pourtant diviser la politique en strates, rendant parfois difficile la vision d’un projet de société complet de la part des candidats.

Ces émissions très regardées semblent être un passage obligé ou du moins voulu par tous les candidats : c’est le cas d’Eva Joly, dont le porte-parole Sergio Coronado dénonce « la logique sondagière » de France 2 qui n’a pas encore invité la candidate. On peut conclure par le fait qu’il est étonnant de remarquer qu’à l’heure du digital, la télévision semble encore être le principal média de la campagne présidentielle. Il est d’ailleurs le seul à être soumis à des temps de paroles (cf Les images et la spontanéité forcée, Thomas Millard, Asymétrie, December, 5th 2011).

 

Ludivine Preneron

Crédits photo : ©Ladmedia.fr

Je suis un « anti-communicant »

 

Début février, nous avons rencontré Maxime Verner, le déjà ex-étudiant du Celsa mais surtout le plus jeune candidat (22 ans) à l’élection présidentielle de 2012. Légèrement en retard, l’outsider nous dit apprendre plein de choses grâce à la campagne qu’il mène, son « école de la vie » comme il aime à le dire. A ce jour, Maxime Verner avait 302 promesses de signatures de maires de villages et de villes qui comptent entre 5 et 8000 habitants. [Il lui en manque aujourd’hui une centaine.] Il avait encore 180 rendez-vous prévus avec des élus dans le mois suivant… « Quand je fais un truc, je le fais à fond ». Pour le vérifier, suivez-le sur Twitter et soyez informés de tous ses voyages !

Croiser un candidat, en théorie, c’est pour parler de politique. Mais nous, nous avions plutôt à cœur de comprendre sa communication. Alors dans cet article, nous ne parlerons pas de la loi pour l’éligibilité des jeunes qu’il a fait passée en 2010, ni de l’Association des Jeunes de France, ni de son livre, ni de ses propositions pour la jeunesse, ni de celles sur l’économie, encore moins de celles à venir sur l’éthique. On trouve tout cela ici. Nous nous contenterons donc de dire qu’il est un candidat de proposition qui ne veut pas être président mais apporter un dynamisme à la campagne, des idées neuves et de vraies propositions pour un projet de société fondé autour d’une politique d’investissements sur la jeunesse. Car la politique, « c’est à tout le monde ». Il aime citer Camus (« La vraie générosité envers l’avenir consiste à tout donner au présent ») et faire le « V » avec ses doigts comme Verner mais c’est surtout « le signe le plus courageux et le plus symbolique » qu’il se puisse faire en temps de crise, Churchill le faisait en 1940.

Le « porte-voix de la jeunesse » se fout de l’image qu’il renvoie il s’en fout de la forme : « Ce qui [l]’intéresse, [le] passionne et ce qu’[il] veux faire, c’est ça : du fond ». D’où sa volonté de ne répondre qu’aux invitations d’émissions qui lui permettent réellement d’exprimer ses engagements. Par principe, il ne refuse pas les médias associatifs (et surtout pas FastNCurious). Il se dit lui-même « anti-communicant » et préfère largement Twitter à Facebook. Il y voit un lieu de rencontre et de débat avec des personnes influentes et y va quand il a un moment. Facebook, il ne s’en sert que comme d’un relais vers son site. D’ailleurs, 4000 personnes par jour vont sur son site (qu’il dit lui-même « mal foutu ») en venant de Facebook pour y découvrir ses articles et ses documents en PDF.

Lorsqu’il officialise ses programmes, il convie ceux qui le veulent. Comme les journalistes ne viennent que si leurs patrons le demandent, inutile de perdre du temps à leur courir après. De même, il dit ne pas être là pour diffuser sa pensée à des milliards de personnes mais plutôt pour débattre et convaincre ceux qui sont réellement ouverts à une politique audacieuse. En clair, il est disponible mais ne force personne à l’écouter. Il propose, à l’électorat et aux citoyens de disposer !

D’un esprit curieux, il voit que ce qui manque à la société, c’est de l’« humain ». Alors il va à la rencontre des gens physiquement. Il lit beaucoup et se nourrit de trois débats par semaine minimum. Il aime y croiser des gens, des passions et des projets qui viennent alimenter et consolider son propre système de pensée. Il précise d’ailleurs que sa communication et sa démarche se fondent avant tout sur l’humain et la générosité. Point trop d’argent, on peut faire un don à son association mais pas plus de cent euros, ainsi on reste fidèle à l’idée de l’association et Maxime Verner reste indépendant. Ses affiches ? C’est un architecte qui a une imprimerie qui les lui a imprimées. Quand il se déplace, il puise dans ses économies personnelles mais cela ne lui coûte pas trop cher puisqu’on lui prête des voitures et qu’il dort chez l’habitant. Et quand il rencontre des élus locaux, il leur parle et leur projette ses idées novatrices et ambitieuses. Il sait que les maires parlent entre eux et mise sur le « bouche à oreille » et le « téléphone arabe ».

 
Thomas Millard, Romain Pédron et Ludivine Préneron

Oiseaux pris en photo en contre-plongée volant tous ensembleTwitter, la parole qui fourmille

Jeudi soir, Marine Le Pen était invitée de l’émission politique de France 2 orchestrée par David Pujadas et intitulée « des Paroles et des Actes ». Cette émission a pour but de faire passer les candidats face aux mêmes chroniqueurs pour qu’ils puissent expliquer et défendre leurs propositions de manière équitable. Ainsi, comme c’est l’usage dans cette émission, la candidate du Front National a fait face aux différents chroniqueurs (Nathalie St Cricq, François Lenglet et Fabien Namias) et à deux contradicteurs (Henri Guaino et Jean-Luc Mélenchon). Jusqu’à 5,9 millions de téléspectateurs[1] ont assisté à cette somme d’échanges plus ou moins instructifs.

Parallèlement, sur Twitter, le hashtag[2] « #dpda » a été très employé. Plus de 11.000 twittos sévissaient sur la toile et plus de 42.000 tweets avec le hashtag de l’émission ont ainsi été postés. Ces Tweets étaient de natures très diverses. Certains étaient émis par des journaux et renvoyaient à des articles en ligne relatifs à ce que disaient les protagonistes du débat pour permettre de mieux comprendre ce qui se disait. D’autres étaient émis par des journalistes ou des acteurs politiques et apportaient une analyse sur le fond ou sur la forme du débat. Enfin, une bonne quantité de tweets provenaient de simples téléspectateurs à la culture politique plus ou moins fine qui regardaient le débat en attendant l’arrivée de Mélenchon avec une excitation pareille à celle que l’on ressent quand on attend le début d’un match de foot. A cause du petit nombre de caractères possibles pour chaque message (140), certains sonnaient comme des maximes politiques ne pouvant souffrir d’aucune objection. Il y avait aussi beaucoup de messages pour commenter la prestation de David Pujadas ou la chemise à carreaux d’une fille dans le public.

Twitter s’est ainsi présenté comme un prolongement de l’émission. Une plateforme interactive où chacun peut donner son avis immédiatement à tout le monde. Pas de hiérarchie ni d’encadrement des twittos, juste un fourmillement de paroles. Mais tellement de tweets qu’on ne peut en aucun cas tous les voir. Quelqu’un suggérait de faire comme dans l’émission qu’animait Marc Olivier Fogiel sur France 3 il y a quelques années : mettre en place un bandeau en bas de l’écran de France 2 pour diffuser les tweets à tous les téléspectateurs. Imaginez la vitesse de défilement des tweets ! Et si on sélectionnait les meilleurs ? C’est contraire à l’idée de Twitter qui consiste à réduire les asymétries de parole… Et d’ailleurs cela poserait des problèmes de réalisation.

 
Thomas Millard



[2] Thème du tweet précédé du symbole « # » pour en faire un mot clé. Ainsi, en un clic, on peut consulter tous les messages émis par les twittos du monde entier qui se rapportant à ce thème.

Le compte twitter de la campagne de Sarkozy en 2012@PrésidentdelaRépublique

Ça y est, la campagne est officiellement lancée ! Nicolas Sarkozy vient de se déclarer candidat à sa réélection à la tête de l’Etat. Les communicants sont contents. On peut enfin activer la machine, sortir l’artillerie, bref se servir de tout ce matériel sur lequel on lorgnait depuis de longs mois. Ainsi, est ouvert depuis le 15 février le nouveau compte Twitter du Président de la République (@NicolasSarkozy), sur lequel il nous fallait impérativement aller faire un petit tour.

Notre regard s’est évidemment porté tout d’abord sur le papier peint. Rien de surprenant de ce côté là : un beau bleu monochrome, tout à fait UMP, tout à fait rassurant, mais un peu électrique, un peu numérique parce qu’on est quand même sur Twitter. La photo, ensuite, ne nous a pas étonnés non plus, c’est celle au bord de cette mer d’huile sur laquelle la France entière rêve de naviguer, au calme, vers de lointains et prometteurs horizons, guidée et sécurisée par ce Président serein et tout entier habité par sa fonction. Le slogan va d’ailleurs dans le même sens. « La France forte », cela accompagne bien la figure du capitaine et on serait presque entièrement rassuré sans un petit bémol, d’ordre typographique. « Forte » est en effet plus gros, beaucoup plus gros que « France ». Le nom est plus petit que son adjectif qualificatif, du coup la « France » paraît être moins forte que « forte ». Mais, ceci est un détail et il est temps de passer aux choses sérieuses.

La chose sérieuse, c’est la spécificité de la communication élyséenne sur Twitter. Là, on a été surpris ! Dès l’arrivée sur le profil du candidat, on vous indique que ce n’est pas lui qui vous parle : « Compte officiel de Nicolas Sarkozy. Ce compte est piloté par mon équipe de campagne », du moins la plupart du temps ( « Mes tweets personnels seront signés -NS »). Évidemment, on s’en serait douté, et c’est justement un des intérêts de la manœuvre. Nicolas  Sarkozy est honnête avec vous. Comme en 2007, il dit ce qu’il fait et il fait ce qu’il dit. Mieux encore, il est très occupé en ces temps de crise et Twitter n’est évidemment pas sa priorité. Il est responsable, déterminé, travailleur. Ce n’est pas un geek immature et à demi oisif. Néanmoins, il est aussi moderne. Il tweete de temps à autre, pour remercier @whitehouse notamment. Et, cette rareté, c’est aussi la distance, la distinction. Ce qui est rare est cher, précieux. De même que ce qui est loin. Ainsi, les guillemets encadrant les phrases clés de son discours les isolent-elles dans une solennité en contraste avec la  trivialité des autres posts sur le compte. Le discours est grandi, isolé, comme doit l’être le pouvoir, surtout présidentiel.

Globalement, c’est de la bonne com’, et dans com’ il y a aussi communion. La force du candidat Sarkozy est peut-être avant tout là, et ça se retrouve sur Twitter. « J’aime vos valeurs, j’aime vos montagnes. », « c’est par le travail et l’effort que nous garantirons notre modèle social », « s’il y a un blocage, je me tournerai vers le peuple et je lui demanderai de trancher », ces phrases extraites du discours d’Annecy ont été twittées en direct sur le compte officiel par l’équipe de campagne. Pas de chiffres, pas de pure rationalité mais de la croyance. Être en accord avec l’idéologie ou plutôt avec les idéologies, c’est la méthode ici. Ainsi, on retrouve toutes les thématiques qui fondent l’inconscient de la droite française mais aussi de beaucoup d’autres citoyens : traditionaliste, avec les montagnes, libérale, avec le travail et l’effort, ou gaulliste, avec la référence au référendum et au système de protection sociale. Ces thématiques, le Chef de l’État en devient en cette campagne l’incarnation, le garant. On retrouve la figure du héros, c’est-à-dire de l’homme qui porte sur lui les valeurs d’une société et les fait vivre. Ça avait marché en 2007, avec « la valeur travail » notamment. Nicolas Sarkozy était alors un homme frais, comparé à Jacques Chirac surtout, dont il avait pris grand soin de bien se démarquer. Mais, le contexte est désormais différent et on peut se demander si, aujourd’hui très bas dans les sondages, il a les moyens et le temps d’incarner de nouveau ces valeurs, de se refaire héros pour aller battre François Hollande, le candidat normal, le 6 mai prochain ? De la réponse à cette question dépend peut-être grandement le résultat de cette élection.

 
Romain Pédron

Christophe Barbier contre les anonymousQuand Christophe Barbier voit rouge

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe parmi les addicts du streaming et du téléchargement compulsif : il y a quinze jours déjà, le grand, le tout puissant, le seul, l’unique Megaupload est mort. Nous ne faisons pas encore notre deuil, que les Anonymous nous vengent déjà. Bien drôle époque que nous vivons là ! On parle même de guerre digitale. Toujours est-il que « l’hack’tion » des Anonymous n’est pas du goût de tout le monde.
Lundi 23 janvier, sur I-Télé, Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L’Express, agressif et visiblement de mauvaise « humeur » s’en prenait en direct aux « corbeaux » du Net.
« C’est pas bien les lettres anonymes il faut avoir le courage d’apparaître au grand jour et de ne pas faire les coups en douce ! ».


L’humeur de Christophe Barbier – I Télé

L’homme à l’écharpe rouge s’amusait du slogan des Anonymous, désormais connu de tous* leur prêtant une toute autre mission : « nous qui voulons nous servir sans payer personne, ne pas rémunérer le travail d’autrui ». Menaçant de son doigt, comme on réprimande un enfant de 5 ans (attention pas beau pas bien !), Barbier ajoutait : « il faut dire à ces anonymes qu’ils ne sont pas des robins des bois, qu’ils ne sont pas là pour la liberté de la presse, la liberté de l’expression […] ils sont là simplement comme des voleurs. Anonymes, vous êtes des voleurs ! » Il semblerait que la présentatrice ait été plus perspicace : « Et bien il va falloir qu’on s’inquiète pour notre site internet ou le vôtre peut-être ». Mise en garde qui sonnait comme une prédiction ! Et l’inquisiteur (trop) confiant d’ajouter : « On est blindé ! pas de souci » ou comment s’enfoncer dans le ridicule. Quelques heures plus tard, le site de L’Express subissait les représailles de ce réquisitoire. Non pas par les Anonymous (semble-t-il) mais par une poignée de hackers fâchés d’avoir été la cible de cette chronique affligeante. Quand on n’a pas  « l’étoffe » d’un Christophe Barbier et qu’on préfère la cravate noire, cela ne plaît pas au directeur de l’Express. Pourtant la quête d’identité ne semble pas s’arrêter pour ce dernier qui prend un ton autrement plus condescendant (et imagine déjà une majorité parlementaire de pirates aux prochaines élections !) dans sa « Lettre aux Anonymous », qui ne s’est pas faite attendre: « Pas évident de distinguer les bons des méchants dans un univers d’anonymes […] Liberté de la presse, liberté d’expression : nous rejoignons bien entendu leur combat sur ce terrain ». ». Il semble qu’on retourne son éch… (pardon) sa veste ?


Lettre aux Anonymous, Christophe Barbier

Comment tolérer une telle asymétrie dans les propos du directeur d’un des médias les plus influents ? Il semblerait que l’homme se soit fourvoyé lors de son attaque envers les « Anonymes » pour finalement s’informer davantage et revenir sur ses paroles. Certes les Anonymous ne sont pas des anges, mais ils défendent bien la liberté d’expression et la liberté de la presse ; ce pourquoi ils se sont tout de suite désolidarisés de cette attaque contre L’Express.
Il est, très certainement, dommage que le directeur de L’Express ait fait un amalgame et ait assimilé de loyaux hacktivistes, défenseurs des révolutionnaires arabes, à des pirates informatiques de mauvais augure. Cette fausse note communicationnelle de Monsieur Barbier rappelle qu’un média se doit d’être sûr de ses informations et de ses sources, de prendre du recul, mais surtout qu’il doit être cohérent dans ses propos. Allez, 72 minutes de silence pour ce faux pas et on oublie ?

 
H.S.
 
* We are Anonymous. We are Legion. We do not forgive. We do not forget. Expect us (« Nous sommes Anonymes. Nous sommes Légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n’oublions pas. Redoutez-nous »)
Crédits photo : ©Reflets

Couverture du livre de Jacques Séguéla, Le pouvoir dans la peau, paru en octobre 2011L’homme politique se doit d’être l’asymétrique

On se sent de plus en plus citoyen à mesure que les dimanches de vote approchent. On écoute les propositions des candidats et au passage, on regarde comment ces gens se montrent. A ce propos, je vous recommande la lecture du dernier livre de Jacques Séguéla, le publicitaire de la « force tranquille ». D’abord parce que c’est assez amusant de voir comment on peut parler en slogans, c’est-à-dire en mettant des allitérations et des formules chocs à tous les coins de pages et ensuite parce qu’on y trouve des jolies perspectives communicationnelles.

« Gauche droite, tous pareils ! … », On a tous déjà entendu ça. Quoi qu’il en soit, dans le domaine de la com’ politique Séguéla transpose ce constat en écrivant que « Tous les candidats se ressemblent, mêmes complets gris, bleus ou noirs, mêmes tics, mêmes phrases, mêmes pensées, triste reflet de l’uniformité humaine. » (p. 97). Cruel constat. Plus tôt, il a cette formule surprenante au premier abord « Les mots porteurs ont une durée de vie que la surmédiatisation abrège. Hier, les slogans duraient des siècles : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Aujourd’hui, ils survivent le temps d’une campagne, et encore ! » (p. 93).
Ces passages résument une grande partie de ce que l’on voit aujourd’hui dans les médias. Les candidats cherchent à créer l’asymétrie pour  être vus, reconnus et sortir du lot aux yeux des électeurs.

Rapide revue loin d’être exhaustive des asymétries possibles :

On peut décider de parler avec un accent et des lunettes caractéristiques (Eva Joly), avec des allures d’orateur charismatique et bourru surmontées d’une dose de mépris pour les journalistes (Jean-Luc Mélenchon) sur Twitter (Nadine Morano), depuis sa cuisine (Hervé Morin) ou en flirtant avec la xénophobie (Marine le Pen).

On peut aussi proposer de nouveaux mots. Sans parler de la « bravitude », en 2007, Ségolène Royal revendiquait son « Désir d’avenir ». Le mot « désir » n’avait jusque là jamais été utilisé en politique et connote quelque chose de vraiment impliquant, presque animal.

François Hollande opte d’abord pour l’image sage et réfléchie face aux attaques déstabilisantes de Martine Aubry lors des primaires socialistes. Le candidat veut aussi montrer qu’il incarnerait une Présidence plus rationnelle que celle qu’il dénonce aujourd’hui en exhibant sa simplicité. Le plus urgent pour lui est de prouver qu’il a du caractère pour sortir de cette mollesse qu’on lui reproche (notamment avec le discours du Bourget du 22/01/2012).

Créer l’asymétrie pour sortir du lot, c’est-à-dire exister aux dépens des autres. Cela implique donc d’interpeler et de discréditer les autres… Tous le tentent (ou presque) via les petites phrases pour déstabiliser et critiquer par médias interposés. Pourtant, c’est sans doute un débat de fond qu’il faudrait à la France. D’ailleurs, laissons les derniers mots à Séguéla. Après avoir parlé de cruauté et de calomnie : « De quoi dégoûter les Français. Dans ce carnage médiatique, la surprise pourrait bien venir de celle ou celui qui saura incarner une France digne. » (p. 134)

 

Thomas MILLARD

Crédits photo et source : Le pouvoir dans la peau, Jacques Séguéla, octobre 2011

Affichette du front de gauche Janvier 20122012 : Année du papier

Campagne des réseaux sociaux ! Génération Y à conquérir ! Election 3.0 ! Nadine Morano accro à Twitter ! Quelle mouche a donc piqué Jean-Luc Mélenchon pour qu’il décide de faire publier son programme aux éditions Librio ?

Oui, vous avez bien lu, le programme du Front de Gauche est disponible en librairie, imprimé sur de vraies feuilles, par de vraies imprimantes industrielles avec en prime une mignonne couverture en papier glacé toute pleine de rouge. Une erreur sûrement ! Même pas. Il s’en est déjà vendu 320 000 exemplaires. De quoi faire au moins sourciller le plus convaincu des technologistes, qui doit d’ailleurs commencer à voir apparaître quelques rides sur son front. L’engouement pour l’Indignez-vous de Stéphane Hessel, ses multiples traductions, son influence sur les manifestants de la Puerta del Sol ou de la City avaient dû en effet lui faire passer déjà quelques nuits difficiles.

Simple nostalgie révolutionnaire se rassure-t-il peut-être. L’imprimé a été le médium privilégié du socialisme du dix-neuvième siècle, une des conditions nécessaires à son développement. Ainsi, à ses arrières petits-enfants qui de nouveau se lèvent, le papier fournirait le sentiment d’une légitimité innée et un peu de l’aura des glorieux anciens. Il y a probablement de cela mais, cette explication suffit-elle ?

Probablement pas. Ce qui se joue ici, c’est sûrement autre chose aussi. Afin de l’apercevoir, intéressons-nous un peu à l’écrit d’écran, c’est-à-dire à la forme sous laquelle apparaît l’écrit en tant que signes et textes sur les écrans de nos ordinateurs. Sur ces supports nouveaux, l’écriture, si elle ne perd son intemporel aspect d’image, la retrouve sur un mode intangible. Elle n’est plus à portée de main mais à portée de clic, insaisissable et disparue une fois la lecture terminée. Ainsi du programme du Parti Socialiste, où dans sa rubrique du site internet les thématiques se chassent sans cesse et successivement l’une l’autre dans un bandeau vertical.

Mais, qu’importe peut-être tant que le récepteur-électeur a reçu tous les messages qu’on voulait lui destiner ? C’est un peu court. C’est surtout oublier l’importance de la matérialité du texte, de sa géographie notamment, atomisée et fugace ici. Si l’écrit doit donner à voir le monde, cela passe par sa forme. Si cette forme s’échappe à tout instant alors c’est la représentation d’un réel saisissable qui nous échappe tout bonnement. Le contraire du livre en somme.

De poche ou de collection, il est en effet cet objet qui renferme en lui une représentation tangible et inamovible de ce réel, une représentation stable et rassurante et donc une représentation d’où faire démarrer une action, un engagement. On ne mène pas de bataille sans carte, l’idée semble conserver quelque actualité.

 

Romain Pédron

Source : Emmanuël Souchier, « L’écrit d’écran, pratiques d’écriture et informatique », Communications et langages n° 107 [ www.persee.fr ]

Hollande interviewé par des journalistesVers la fin du off ?

Début d’année, reprise de la campagne présidentielle – qui s’était un peu arrêtée avec la magie des fêtes – et comme d’habitude, cela ne commence pas par le meilleur. Le Parisien publie des propos attribués à François Hollande où celui-ci se met dans la peau de Nicolas Sarkozy : «Je suis le Président de l’échec, je suis un sale mec, mais dans cette période difficile, je suis le seul capable, j’ai le courage…». Cette déclaration, tenue en off, avait elle vocation à se retrouver dans la presse ?

De plus en plus malmené par les nouvelles technologies et les nouvelles formes de journalisme, le « off » est il encore une réalité ?

Si le « off » a été créé, c’est qu’il servait des intérêts. Dans le principe, il est une protection pour les hommes politiques, qui peuvent de temps en temps s’exprimer librement (ce qui sous-entend bien que ce n’est pas toujours ce qu’ils font quand ils sont interviewés de manière classique). Ainsi que pour les journalistes qui obtiennent des informations -qui même si elles ne sont pas publiables – apportent un ton à l’article et une relation de confiance souvent utile.

Le « off » inciterait donc au journalisme connivent, non critique, facile. En ce sens, les journalistes sont les premiers à défendre la publication du off dans leurs articles. C’est le cas de Maurice Szafran, dans l’introduction de son livre « OFF : Ce que Nicolas Sarkozy n’aurait jamais dû nous dire », qui écrit « le journalisme neutre, faussement objectif, nous fait mourir ». La publication du « off » serait l’anecdote, la petite information qui apporterait la touche finale à un article peu dynamique. Cette vision du journalisme à l’anglo-saxonne prône la transparence totale : « un président ou un candidat à la présidence n’a pas de vie privée » avait dit Bob Woodward (il fût à l’origine du scandale du Watergate).

Dans cette manière de penser le « off », on comprend bien que celui-ci serait toujours involontaire de la part du politique. C’est une pensée naïve. Cependant, il est sûr qu’au fur et à mesure que le « off » disparaît, les hommes politiques s’adaptent. C’est donc un nouveau canal de communication, avec un contrat à part qui s’est institué : « je te raconte quelque chose que tu vas publier comme si tu n’avais pas le droit de le faire ». Là, ce n’est plus les politiques ni les journalistes qui sont bernés mais bien les lecteurs. F. Hollande voulait-il se donner une nouvelle image plus combative en traitant N. Sarkozy de « sale mec » ? Ou tentait-il juste un trait d’humour pour construire une connivence plus forte avec les journalistes présents ? Difficile à savoir…

En soi, la question du on/off est en passe d’être tranchée : la frontière entre les deux a disparu. C’est la conséquence logique d’une société où les petites phrases en politique font bien plus vendre que les grands projets de société.

 
Ludivine Preneron
 
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