Logo de FastNCurious L'actualité
de la communication
par les étudiants
du Celsa.

Asymétrie

Christophe Barbier contre les anonymousQuand Christophe Barbier voit rouge

La nouvelle a fait l’effet d’une bombe parmi les addicts du streaming et du téléchargement compulsif : il y a quinze jours déjà, le grand, le tout puissant, le seul, l’unique Megaupload est mort. Nous ne faisons pas encore notre deuil, que les Anonymous nous vengent déjà. Bien drôle époque que nous vivons là ! On parle même de guerre digitale. Toujours est-il que « l’hack’tion » des Anonymous n’est pas du goût de tout le monde.
Lundi 23 janvier, sur I-Télé, Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L’Express, agressif et visiblement de mauvaise « humeur » s’en prenait en direct aux « corbeaux » du Net.
« C’est pas bien les lettres anonymes il faut avoir le courage d’apparaître au grand jour et de ne pas faire les coups en douce ! ».


L’humeur de Christophe Barbier – I Télé

L’homme à l’écharpe rouge s’amusait du slogan des Anonymous, désormais connu de tous* leur prêtant une toute autre mission : « nous qui voulons nous servir sans payer personne, ne pas rémunérer le travail d’autrui ». Menaçant de son doigt, comme on réprimande un enfant de 5 ans (attention pas beau pas bien !), Barbier ajoutait : « il faut dire à ces anonymes qu’ils ne sont pas des robins des bois, qu’ils ne sont pas là pour la liberté de la presse, la liberté de l’expression […] ils sont là simplement comme des voleurs. Anonymes, vous êtes des voleurs ! » Il semblerait que la présentatrice ait été plus perspicace : « Et bien il va falloir qu’on s’inquiète pour notre site internet ou le vôtre peut-être ». Mise en garde qui sonnait comme une prédiction ! Et l’inquisiteur (trop) confiant d’ajouter : « On est blindé ! pas de souci » ou comment s’enfoncer dans le ridicule. Quelques heures plus tard, le site de L’Express subissait les représailles de ce réquisitoire. Non pas par les Anonymous (semble-t-il) mais par une poignée de hackers fâchés d’avoir été la cible de cette chronique affligeante. Quand on n’a pas  « l’étoffe » d’un Christophe Barbier et qu’on préfère la cravate noire, cela ne plaît pas au directeur de l’Express. Pourtant la quête d’identité ne semble pas s’arrêter pour ce dernier qui prend un ton autrement plus condescendant (et imagine déjà une majorité parlementaire de pirates aux prochaines élections !) dans sa « Lettre aux Anonymous », qui ne s’est pas faite attendre: « Pas évident de distinguer les bons des méchants dans un univers d’anonymes […] Liberté de la presse, liberté d’expression : nous rejoignons bien entendu leur combat sur ce terrain ». ». Il semble qu’on retourne son éch… (pardon) sa veste ?


Lettre aux Anonymous, Christophe Barbier

Comment tolérer une telle asymétrie dans les propos du directeur d’un des médias les plus influents ? Il semblerait que l’homme se soit fourvoyé lors de son attaque envers les « Anonymes » pour finalement s’informer davantage et revenir sur ses paroles. Certes les Anonymous ne sont pas des anges, mais ils défendent bien la liberté d’expression et la liberté de la presse ; ce pourquoi ils se sont tout de suite désolidarisés de cette attaque contre L’Express.
Il est, très certainement, dommage que le directeur de L’Express ait fait un amalgame et ait assimilé de loyaux hacktivistes, défenseurs des révolutionnaires arabes, à des pirates informatiques de mauvais augure. Cette fausse note communicationnelle de Monsieur Barbier rappelle qu’un média se doit d’être sûr de ses informations et de ses sources, de prendre du recul, mais surtout qu’il doit être cohérent dans ses propos. Allez, 72 minutes de silence pour ce faux pas et on oublie ?

 
H.S.
 
* We are Anonymous. We are Legion. We do not forgive. We do not forget. Expect us (« Nous sommes Anonymes. Nous sommes Légion. Nous ne pardonnons pas. Nous n’oublions pas. Redoutez-nous »)
Crédits photo : ©Reflets

Couverture du livre de Jacques Séguéla, Le pouvoir dans la peau, paru en octobre 2011L’homme politique se doit d’être l’asymétrique

On se sent de plus en plus citoyen à mesure que les dimanches de vote approchent. On écoute les propositions des candidats et au passage, on regarde comment ces gens se montrent. A ce propos, je vous recommande la lecture du dernier livre de Jacques Séguéla, le publicitaire de la « force tranquille ». D’abord parce que c’est assez amusant de voir comment on peut parler en slogans, c’est-à-dire en mettant des allitérations et des formules chocs à tous les coins de pages et ensuite parce qu’on y trouve des jolies perspectives communicationnelles.

« Gauche droite, tous pareils ! … », On a tous déjà entendu ça. Quoi qu’il en soit, dans le domaine de la com’ politique Séguéla transpose ce constat en écrivant que « Tous les candidats se ressemblent, mêmes complets gris, bleus ou noirs, mêmes tics, mêmes phrases, mêmes pensées, triste reflet de l’uniformité humaine. » (p. 97). Cruel constat. Plus tôt, il a cette formule surprenante au premier abord « Les mots porteurs ont une durée de vie que la surmédiatisation abrège. Hier, les slogans duraient des siècles : « Liberté, Egalité, Fraternité ». Aujourd’hui, ils survivent le temps d’une campagne, et encore ! » (p. 93).
Ces passages résument une grande partie de ce que l’on voit aujourd’hui dans les médias. Les candidats cherchent à créer l’asymétrie pour  être vus, reconnus et sortir du lot aux yeux des électeurs.

Rapide revue loin d’être exhaustive des asymétries possibles :

On peut décider de parler avec un accent et des lunettes caractéristiques (Eva Joly), avec des allures d’orateur charismatique et bourru surmontées d’une dose de mépris pour les journalistes (Jean-Luc Mélenchon) sur Twitter (Nadine Morano), depuis sa cuisine (Hervé Morin) ou en flirtant avec la xénophobie (Marine le Pen).

On peut aussi proposer de nouveaux mots. Sans parler de la « bravitude », en 2007, Ségolène Royal revendiquait son « Désir d’avenir ». Le mot « désir » n’avait jusque là jamais été utilisé en politique et connote quelque chose de vraiment impliquant, presque animal.

François Hollande opte d’abord pour l’image sage et réfléchie face aux attaques déstabilisantes de Martine Aubry lors des primaires socialistes. Le candidat veut aussi montrer qu’il incarnerait une Présidence plus rationnelle que celle qu’il dénonce aujourd’hui en exhibant sa simplicité. Le plus urgent pour lui est de prouver qu’il a du caractère pour sortir de cette mollesse qu’on lui reproche (notamment avec le discours du Bourget du 22/01/2012).

Créer l’asymétrie pour sortir du lot, c’est-à-dire exister aux dépens des autres. Cela implique donc d’interpeler et de discréditer les autres… Tous le tentent (ou presque) via les petites phrases pour déstabiliser et critiquer par médias interposés. Pourtant, c’est sans doute un débat de fond qu’il faudrait à la France. D’ailleurs, laissons les derniers mots à Séguéla. Après avoir parlé de cruauté et de calomnie : « De quoi dégoûter les Français. Dans ce carnage médiatique, la surprise pourrait bien venir de celle ou celui qui saura incarner une France digne. » (p. 134)

 

Thomas MILLARD

Crédits photo et source : Le pouvoir dans la peau, Jacques Séguéla, octobre 2011

Affichette du front de gauche Janvier 20122012 : Année du papier

Campagne des réseaux sociaux ! Génération Y à conquérir ! Election 3.0 ! Nadine Morano accro à Twitter ! Quelle mouche a donc piqué Jean-Luc Mélenchon pour qu’il décide de faire publier son programme aux éditions Librio ?

Oui, vous avez bien lu, le programme du Front de Gauche est disponible en librairie, imprimé sur de vraies feuilles, par de vraies imprimantes industrielles avec en prime une mignonne couverture en papier glacé toute pleine de rouge. Une erreur sûrement ! Même pas. Il s’en est déjà vendu 320 000 exemplaires. De quoi faire au moins sourciller le plus convaincu des technologistes, qui doit d’ailleurs commencer à voir apparaître quelques rides sur son front. L’engouement pour l’Indignez-vous de Stéphane Hessel, ses multiples traductions, son influence sur les manifestants de la Puerta del Sol ou de la City avaient dû en effet lui faire passer déjà quelques nuits difficiles.

Simple nostalgie révolutionnaire se rassure-t-il peut-être. L’imprimé a été le médium privilégié du socialisme du dix-neuvième siècle, une des conditions nécessaires à son développement. Ainsi, à ses arrières petits-enfants qui de nouveau se lèvent, le papier fournirait le sentiment d’une légitimité innée et un peu de l’aura des glorieux anciens. Il y a probablement de cela mais, cette explication suffit-elle ?

Probablement pas. Ce qui se joue ici, c’est sûrement autre chose aussi. Afin de l’apercevoir, intéressons-nous un peu à l’écrit d’écran, c’est-à-dire à la forme sous laquelle apparaît l’écrit en tant que signes et textes sur les écrans de nos ordinateurs. Sur ces supports nouveaux, l’écriture, si elle ne perd son intemporel aspect d’image, la retrouve sur un mode intangible. Elle n’est plus à portée de main mais à portée de clic, insaisissable et disparue une fois la lecture terminée. Ainsi du programme du Parti Socialiste, où dans sa rubrique du site internet les thématiques se chassent sans cesse et successivement l’une l’autre dans un bandeau vertical.

Mais, qu’importe peut-être tant que le récepteur-électeur a reçu tous les messages qu’on voulait lui destiner ? C’est un peu court. C’est surtout oublier l’importance de la matérialité du texte, de sa géographie notamment, atomisée et fugace ici. Si l’écrit doit donner à voir le monde, cela passe par sa forme. Si cette forme s’échappe à tout instant alors c’est la représentation d’un réel saisissable qui nous échappe tout bonnement. Le contraire du livre en somme.

De poche ou de collection, il est en effet cet objet qui renferme en lui une représentation tangible et inamovible de ce réel, une représentation stable et rassurante et donc une représentation d’où faire démarrer une action, un engagement. On ne mène pas de bataille sans carte, l’idée semble conserver quelque actualité.

 

Romain Pédron

Source : Emmanuël Souchier, « L’écrit d’écran, pratiques d’écriture et informatique », Communications et langages n° 107 [ www.persee.fr ]

Hollande interviewé par des journalistesVers la fin du off ?

Début d’année, reprise de la campagne présidentielle – qui s’était un peu arrêtée avec la magie des fêtes – et comme d’habitude, cela ne commence pas par le meilleur. Le Parisien publie des propos attribués à François Hollande où celui-ci se met dans la peau de Nicolas Sarkozy : «Je suis le Président de l’échec, je suis un sale mec, mais dans cette période difficile, je suis le seul capable, j’ai le courage…». Cette déclaration, tenue en off, avait elle vocation à se retrouver dans la presse ?

De plus en plus malmené par les nouvelles technologies et les nouvelles formes de journalisme, le « off » est il encore une réalité ?

Si le « off » a été créé, c’est qu’il servait des intérêts. Dans le principe, il est une protection pour les hommes politiques, qui peuvent de temps en temps s’exprimer librement (ce qui sous-entend bien que ce n’est pas toujours ce qu’ils font quand ils sont interviewés de manière classique). Ainsi que pour les journalistes qui obtiennent des informations -qui même si elles ne sont pas publiables – apportent un ton à l’article et une relation de confiance souvent utile.

Le « off » inciterait donc au journalisme connivent, non critique, facile. En ce sens, les journalistes sont les premiers à défendre la publication du off dans leurs articles. C’est le cas de Maurice Szafran, dans l’introduction de son livre « OFF : Ce que Nicolas Sarkozy n’aurait jamais dû nous dire », qui écrit « le journalisme neutre, faussement objectif, nous fait mourir ». La publication du « off » serait l’anecdote, la petite information qui apporterait la touche finale à un article peu dynamique. Cette vision du journalisme à l’anglo-saxonne prône la transparence totale : « un président ou un candidat à la présidence n’a pas de vie privée » avait dit Bob Woodward (il fût à l’origine du scandale du Watergate).

Dans cette manière de penser le « off », on comprend bien que celui-ci serait toujours involontaire de la part du politique. C’est une pensée naïve. Cependant, il est sûr qu’au fur et à mesure que le « off » disparaît, les hommes politiques s’adaptent. C’est donc un nouveau canal de communication, avec un contrat à part qui s’est institué : « je te raconte quelque chose que tu vas publier comme si tu n’avais pas le droit de le faire ». Là, ce n’est plus les politiques ni les journalistes qui sont bernés mais bien les lecteurs. F. Hollande voulait-il se donner une nouvelle image plus combative en traitant N. Sarkozy de « sale mec » ? Ou tentait-il juste un trait d’humour pour construire une connivence plus forte avec les journalistes présents ? Difficile à savoir…

En soi, la question du on/off est en passe d’être tranchée : la frontière entre les deux a disparu. C’est la conséquence logique d’une société où les petites phrases en politique font bien plus vendre que les grands projets de société.

 
Ludivine Preneron
 
Crédits photo :
©Sophie Levy

Profil facebook faux d'Adam Barak Janvier 2012Avec ou sans drogue, la Timeline c’est toujours aussi inutile

Ou inversement….
Quand un annonceur décide de s’approprier le nouveau Facebook Timeline, ça donne ? Une campagne anti-drogue basée sur une asymétrie « avant/après » ou plutôt « avec/sans ». L’idée est bonne et originale mais selon moi inefficace ou du moins, mal exploitée (sans compter qu’il y a violation du règlement du réseau social en ce qui concerne les « faux » profils). Inefficace, dans une perspective préventive, j’entends ! C’est en revanche une bonne « pub » pour l’IADA (l’Israël Anti-Drug Authority), qui en est à la base. Pour les ignares (comme moi), sachez qu’il s’agit d’une organisation israélienne quasi-gouvernementale, sous la coupe du Premier Ministre, mise en place en 1988, chargée de mener une véritable guerre contre la drogue et, plus récemment, contre l’abus d’alcool. Pour ce faire, elle conçoit et coordonne des campagnes de prévention et de sensibilisation, facilite l’accès aux cures et aux divers traitements, aide au respect de la loi, mène des recherches sur le sujet.

J’invite ceux qui ne seraient pas encore tombés sur le faux profil d’Adam Barak, à y jeter un œil. Le concept est bien trouvé : pas de meilleur moyen pour toucher les principaux intéressés que de s’immiscer dans leur petit monde virtuel, mais cela aurait certainement pu être utilisé à meilleur escient. Pas de quoi engendrer une réelle prise de conscience, ni de quoi vous choquer. En réalité, sept photos se battent en duel sur cette ligne du temps, censée opposer un an d’une vie « avec » drogue à un an d’une vie « sans ». En ce qui me concerne, cela m’a (presque) fait sourire. Quoique ! Au final, s’il n’y a rien d’attrayant, ni de risible (j’en conviens) dans la vie du Adam drogué de gauche, celle de l’Adam clean de droite n’est pas plus folichonne. Au même titre que la saga des « Martine », Adam va au cinéma, Adam joue au basket, Adam s’habille, Adam est pris en photo dans son lit le matin. Mouais… On a vu mieux en matière de sensibilisation ! Le Adam « sans » aurait pu réaliser de grands projets, avoir un job intéressant, voyager. Non. Il ne lui arrive rien, à tel point qu’il semble avoir trouvé refuge dans la drogue ! De même que la vie du Adam « avec » est bien loin de la réalité d’un toxicomane. Seule trace de sa débauche : un bang (vide), des mégots de joints et un visage complètement tuméfié. D’ailleurs, à voir le résultat, le type a plutôt l’air d’un consommateur de crack ou de crystal meth et non de cannabis. Comble de la maladresse, une des légendes : « anyone got shit to burn? im running low… »*. Soyons réalistes, c’est un profil Facebook, et non un réseau de dealers.

En revanche, il faut souligner la dimension psychologique de l’initiative. La drogue est un calvaire pour votre entourage, détruit ceux qui vous aiment et vous enferme dans la solitude, alors que sans elle vous vivez d’amour et d’eau fraîche, vous avez une vie sociale, des amis (pas toujours !). C’est tout de même un peu léger. Finalement, seuls ceux qui ont été confrontés à une telle situation dans leur entourage, avec un proche, saisiront toute l’ampleur de ce message. Or, le jeune collégien ou lycéen tenté par ses amis, sa curiosité ou la peur de paraître ringard, n’y verra aucune mise en garde effrayante, aucun frein réel.

Alors pourquoi ne pas être allé plus loin dans le parallèle ? Pourquoi ne pas en avoir montré plus ? Pour des raisons de mœurs, sûrement. Évidemment, à chaque société, à chaque communauté, sa propre jauge du politiquement correct, du honteux, du dégradant, du vice.
Or, si la campagne s’était adressée à une culture « occidentale », aurait-il fallu être plus trash pour autant ? Ce n’est pas si évident. De nos jours, plus c’est « gore », plus c’est drôle. À l’instar des images choc des paquets de cigarettes, que les buralistes d’Ile-de-France soupçonnaient de devenir « les nouvelles vignettes Panini », il n’est pas certain que cette campagne aurait eu de toute façon les effets escomptés.

Alors, oui, nous entendrons certainement parler de ce « détournement de Timeline », mais pour ce qui est de la problématique de fond ? Pas sûr, parce que la réalité est beaucoup plus complexe que ce schéma binaire bien trop simpliste.

 
Harmony Suard
 

* « quelqu’un a de quoi fumer? j’ai presque plus rien… »
 
 

Micro et chronomètreLe CSA comme arbitre des joutes médiatiques de 2012

2012 ! La rubrique Asymétrie vous souhaite une très bonne année ! Profitez bien de ces trois centaines de jours à venir, on entend certains dire que ce sont les derniers… Mais avant la fin du monde, les citoyens prendront le temps d’élire celui ou celle qui présidera la  France jusqu’en 2017. Le pays ne prendra pas tant de temps que ça puisque le scrutin a lieu dans moins de cinq mois maintenant !

Dans un souci de démocratie et de représentation du pluralisme politique, le CSA (Conseil Supérieur de l’Audiovisuel) a défini les règles de la campagne de 2012. Elles sont entrées en vigueur hier !

 

Les règles* 

 

Pour les quelques temps à venir, l’opposition n’a donc plus seulement le droit à 50-70 % du temps de parole de la majorité (N. Sarkozy + UMP) :

Jusqu’au 20 mars, les candidats « déclarés » et « présumés » doivent avoir un temps d’antenne (c’est-à-dire une visibilité médiatique) et un temps de parole (c’est-à-dire d’expression directe de leurs messages dans les médias) équitables (« en rapport avec leur notoriété et leur influence, leur représentativité et leurs activités de campagne » selon les mots de l’ancien président du CSA, Dominique Baudis).

• Ensuite, jusqu’au 9 avril, les candidats ayant obtenu au moins 500 signatures devront disposer de temps d’antenne équitables et d’un temps de parole égaux.

• Enfin, le 10 avril s’ouvre officiellement la période de campagne officielle pendant laquelle temps d’antenne et temps de parole devront être rigoureusement identiques. Les conditions de programmation devront évidemment être comparables (pas de candidat à 3h du matin pour compenser un prime time sur un autre candidat…).

Cette équité se fait au sein de chaque chaîne sur des périodes bien délimitées. En somme, ce sont les mêmes règles que pour la campagne de 2007 à cette différence près que ces règles avaient été appliquées un mois plus tôt lors du précédent scrutin présidentiel.

Ah non, il y a un changement !

 

Une nouveauté importante

 

Jusqu’à hier, les temps de parole des soutiens  des candidats n’étaient pas comptabilisés s’ils n’appartenaient pas au parti du candidat. Maintenant : si ! Toutes les expressions d’opinion, toutes les analyses exprimées qui sont « manifestement favorables » à un candidat, que celles-ci émanent d’un spécialiste politique ou non sont comptabilisées.

Cette règle peut contribuer à améliorer la visibilité des « petits » candidats qui ont moins de soutien de grande notoriété que les principaux candidats. Le CSA espère peut être ainsi rééquilibrer la visibilité de tous les candidats.

 

Les choses sérieuses démarrent

 

Jusqu’au scrutin, la distribution du temps de parole va être surveillée avec plus de précision par le CSA, et ce de manière accrue à mesure que l’on approchera des échéances. On peut donc espérer que les candidats tenteront de rationaliser leur temps d’apparition médiatique en jouant moins le jeu des petites phrases -parfois amusant, certes, mais dont l’aspect guéguerre est indigne de l’importance du scrutin à venir- et en insistant d’avantage sur les questions de fond. Autrement dit, avec l’arbitrage du CSA qui vise à plus d’équité puis à plus d’égalité, un candidat ne peut plus s’en tenir aux phrases futiles pour se démarquer. En ces temps de crise, peut-être faut-il mieux briller par les compétences plutôt que par le succès lors des joutes verbales parfois superficielles et enfantines.

 
Thomas Millard

Montage photo de Steve Jobs sur une tablette IpadSaint Steve, priez pour nous

Ah les fêtes ! Temps d’amour, de réconciliation, de paix, de communion, de présents et… d’ennui profond. Ne le nions pas, nous avons tous regretté un jour de n’avoir plus six ans pour aller jouer dans la neige et échapper ainsi à Tatie racontant à Mamie les problèmes d’Albert, son pékinois préféré depuis la mort de Pachou, splendide bichon maltais écrasé par un conducteur de poids lourd peu scrupuleux. Heureusement, est arrivé un jour sous le sapin un nouveau jouet, le téléphone intelligent aka smart phone, grâce auquel nous pouvons désormais profiter de la vue déclinante de nos aînés pour discrètement retrouver, en plein dîner, notre espace transitionnel préféré: le Web !

 

D’ailleurs, le moment est propice. L’année se termine et blogueurs et médias la fouillent frénétiquement afin de nous attirer à eux à coups de rétrospectives, bilans et classements. Le besoin de sens génère du trafic, et ce jusque chez les publicitaires. Ainsi, Adweek propose depuis le 20 décembre un classement des campagnes virales de grandes entreprises ayant rencontré le plus de succès sur le Net, où les géants des télécommunications trustent presque parfaitement le podium et ses environs. Google y est premier, Apple troisième, Microsoft quatrième et Motorola cinquième. L’hégémonie serait totale sans la présence de Nike sur la deuxième marche.

 

Mais au fait, qu’est-ce que le viral ? De la publicité tout simplement, dont la spécificité et l’intérêt est d’être diffusée par ses destinataires eux-mêmes, sur les réseaux sociaux principalement. Pas d’espaces publicitaires à acheter pour les annonceurs mais une séduction devenue par contre impérative. En effet, il ne s’agit plus de profiter de temps de cerveau rendu disponible par les médias mais d’attirer ces cerveaux vers soi, ou plutôt vers ses annonces. Google a donc engagé Lady Gaga, Nike l’équipe de Retour vers le Futur et Microsoft un type assez inconscient pour se lancer du haut d’un tremplin savonneux dans une piscine de jardin en plastique placée vingt mètres plus loin. Motorola a lui été plus intellectuel et choisi la satire, avec une savoureuse référence au fameux clip réalisé par Ridley Scott  pour Apple en 1984 : « 2011 looks a lot like 1984 ».

 

Et, qu’en est-il d’Apple justement ? Il parle de lui, ou plutôt de la dernière déclinaison de lui : l’iPhone 4S. L’égocentrisme n’est rien de bien séduisant a priori, mais ici ça marche. Plus de 60 millions de personnes ont été voir la vidéo présentant la dernière version de l’iPhone, bien que celle-ci soit 5 fois plus longue que ses concurrentes. Cela soulève nécessairement des questions, sans réponses définitives bien entendu. Parmi les hypothèses avancées : l’amour. C’est la théorie de certains neuro-marketers, popularisée par le reportage Apple, la tyrannie du cool, diffusée le 13 décembre sur Arte. Les utilisateurs entretiendraient avec leur petit engin un rapport fait de crainte d’être abandonné et de jouissance de le retrouver à chaque fois qu’il se signale à leur attention. Certains en viendraient même à le caresser…

 

Mieux encore, cette relation n’est pas seulement bilatérale, elle est aussi communautaire. La pomme croquée serait en fait le symbole d’une nouvelle religion. A l’heure où les croyances traditionnelles déclinent, les marques prendraient le relais et chercheraient à répondre à leur place à nos besoins de liens horizontaux et verticaux. Du coup, rien d’étonnant à ce que la simple présentation d’un nouveau produit rassemble les foules. Si nous adorons la nouveauté, nos reliques doivent être des innovations. Les queues à l’entrée des Apple Stores les jours de lancement ressemblent d’ailleurs assez furieusement aux processions religieuses d’antan.

Vous ne savez pas à quoi ressemble une procession religieuse ? Demandez donc à Tatie et Mamie, elles se feront une joie de vous l’expliquer.

 
Romain Pédron

Chirac dans le métroChirac et l'inconscient français

« J’apprécie plus le pain, le pâté et le saucisson, que les limitations de vitesse »

 … Jacques Chirac

 

Le 15 décembre, le tribunal correctionnel de Paris a rendu une décision historique : la condamnation de l’ancien Président de la République, Jacques Chirac, à deux ans de prison avec sursis dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris de 1990 à 1995. Cette décision, bien que relayée par tous les grands médias, ne semble pas particulièrement choquer l’opinion publique française.

En effet, Jacques Chirac et les français c’est une longue histoire d’amour, qui dépasse les clivages politiques. Il est leur personnalité préférée depuis la fin de son mandat en 2007.

Parallèlement, la popularité de N. Sarkozy souffre des affaires Karachi et Bettencourt. Certes la crise économique rend la question de l’argent plus sensible, mais il est aisé d’observer un phénomène de deux poids deux mesures dans ces scandales. Existerait-il une tolérance particulière de l’opinion publique française à l’égard de Jacques Chirac ?

La réponse est certainement positive. La communication chiraquienne autour de ce scandale, couplée à la construction de son personnage médiatique pendant sa carrière, lui ont permis de conserver une certaine aura malgré les différentes affaires qui ont émaillé son parcours.

A l’automne 2010, Chirac, la ville de Paris, et l’UMP ont signé un accord les engageant à rembourser la mairie de Paris à hauteur de 2,2 millions d’euros. Celle-ci, en échange, ne se constituera pas partie civile. Un arrangement rendu public sous forme d’aveu de culpabilité, qui a pourtant reçu l’adhésion de l’opinion. Jacques Chirac rembourse, accepte la sanction (en refusant de faire appel) et dit prendre ce jugement « avec sérénité » bien qu’il se défende toujours d’être coupable.

Une histoire ancienne, qui semble être vue comme une erreur de parcours tout au plus. Pourtant, certaines personnalités politiques ont chuté pour bien moins que ça. Le personnage sympathique, jovial, convivial et en accord avec l’inconscient français fonctionne bien comme une protection pour l’ancien Président.

Jacques Chirac, toujours plus capitaine que réel acteur. Des hommes susceptibles de sauter à sa place : Dominique de Villepin pour le CPE, Alain Juppé pour l’affaire de la mairie de Paris. Jamais de petites phrases. Homme politique à l’ancienne, cultivé, distingué. Une vraie hauteur de vue en somme.
A l’ancienne peut-être, mais toujours préoccupé par le fait d’être en accord avec la France et ses aspirations. En 2003, il dit non à la guerre en Irak et rassure l’orgueil français. Nous sommes encore de ces nations qui peuvent dire non à la première puissance mondiale nous insuffle t-il.
Aujourd’hui malade, il n’inspire pourtant pas la pitié. Il garde cette étiquette un peu gaullienne de grand homme politique, qui savait faire passer ses décisions avec intelligence et diplomatie et qui n’allait jamais en force contre la rue.

Jacques Chirac aimait le pouvoir, l’argent et les femmes. Les Français ne lui en veulent pas car il n’a jamais rompu publiquement le contrat qu’il avait passé avec eux. Peu importe que les politiques dérogent à la loi, tant qu’ils le font dans les règles de l’art. La communication politique entre alors en jeu pour perpétuer le mythe.

 
Ludivine Preneron

Pochette Pink Floyd - Femmes peintesVotez Pink Floyd

En tant que grande fan des Floyd (merci papa), je me devais de décortiquer les asymétries qui les entourent ces derniers temps. Rien de nouveau sous le soleil : Pink Floyd, ce sont deux cents millions d’albums vendus à travers la planète, dont quarante-cinq millions pour The Dark Side of the Moon en 1973, quatorze albums studio, trois albums live, et de multiples récompenses.

Mais, être considéré comme l’un des groupes les plus avant-gardistes ne signifie pas accepter sans compter les nouvelles pratiques de consommation de la musique… jusqu’à ce que ces dernières servent une de leurs plus grosses campagnes de communication. Je dis bien « campagne » puisque c’est le terme employé par EMI Music, l’écurie des Floyd depuis 1967 (rachetée il y a peu par Vivendi Universal).

On se souviendra de la bataille judiciaire de 2009-2010 menée par nos british préférés contre leur maison de disque, qui avait débouché sur la victoire du groupe. Pink Floyd refusait la vente de leurs œuvres sous toute autre forme que leur version originale. Il y avait alors discorde quant à l’application des termes du contrat signé entre les deux parties en 1999, remis en cause avec l’arrivée des plateformes de téléchargement sur le net. Faute d’entente, certains albums et chansons, postérieurs à The Dark Side of The Moon, avaient été retirés d’iTunes, Amazon, Music Me, entre autres. Si la principale raison devait être avant tout financière (la vente des titres à l’unité est plus avantageuse pour la maison de disque que pour le groupe), l’argument avancé par les avocats des Floyd n’était autre que la cohérence de ces « albums-concepts ». On peut aisément le comprendre, il suffit de réécouter Animals ou The Wall.

Seulement Pink Floyd est une véritable poule aux œufs d’or pour EMI Music. Ainsi, apprenait-on le 4 janvier dernier qu’un accord a finalement été signé. Exit l’épisode judiciaire. La major est désormais autorisée à proposer à la vente les titres indépendamment des albums. Je m’interroge : est-ce un hasard si ce rebondissement se profile peu avant le lancement du projet de remasterisation? Absolument pas, puisque celui-ci s’est décidé dans le même temps. Digne d’une élection présidentielle destinée à rallier les partisans et à en démarcher de nouveaux, cette campagne « Why Pink Floyd » planifie la sortie des différents coffrets selon un savant programme, du 26 septembre dernier au 27 février 2012, pleine période de fêtes. En bref, un gros coup marketing qui fera le plaisir des plus grands fans.

Pour l’occasion, un plan de communication impressionnant a été développé : un site internet participatif (offrant aux fans l’opportunité de répondre à la fameuse question « Pourquoi Pink Floyd ? »), une newsletter, un teaser diffusé sur le net,


une publicité pour la télévision britannique,

une chasse « aux trésors » – ou plutôt « aux affiches » reprenant les pochettes des 14 albums – dans divers villes du Royaume Uni, ou encore, la création d’une application officielle. Le jour du lancement, on pouvait également voir voler le fameux « cochon gonflable », Algie, au-dessus de l’usine désaffectée de Battersea (Londres) : un clin d’œil au visuel de l’album Animals.

Bref, si avec tout ça, vous ne trouvez pas encore de bonnes raisons de vous précipiter sur ces petits bijoux, monsieur le directeur d’EMI, pourquoi Pink Floyd? « Parce que leur musique est sans égal et que ces merveilleuses nouvelles parutions permettront aux fans de redécouvrir leur incroyable héritage et montreront qu’on ne se lasse jamais d’apprécier une telle qualité artistique ».

Alors à quand la signature d’une convention avec Deezer afin que nous puissions également apprécier cette qualité artistique en streaming ? Prochaine étape ?

 
Harmony Suard
Crédits Photo : ©Tony Mai/Phyllis Cohen/Pink Floyd

James Natchwey en pleine actionLes images et la spontanéité forcée

Avant la guerre du Vietnam, pour des raisons surtout techniques, les images mettaient plus de temps à arriver devant les yeux des citoyens occidentaux que maintenant. Certaines étaient mêmes censurées par les autorités.

Depuis, et ce de manière toujours plus affirmée, les images débordent et s’offrent à la vue des citoyens en même temps qu’à celle des gouvernants.

Pendant  la guerre du Vietnam, les autorités n’ont pas pu museler les appareils de presse comme elles l’avaient fait dans les guerres précédentes. Les photos et les reportages effectués in situ ont embarrassé le pouvoir et provoqué bien des émois dans les populations du monde entier. La photo d’une petite fille en larmes fuyant dans l’ardeur des flammes est gravée dans les mémoires et imprimée sur tous les livres d’Histoire. Cette photo avait été prise par un journaliste professionnel de l’agence Assiociated Press, elle avait ensuite été transmise par avion au bureau de l’agence pour être publiée dans les journaux.

Faisons un saut dans le temps. Au début de l’année 2004, l’opinion publique mondiale est choquée par les photos d’humiliations infligées aux prisonniers d’Abou Graïb par des soldats américains. La diffusion de ces clichés repose sur un tout autre ressort. Ce sont les tortionnaires eux-mêmes qui produisent les images et décident de les partager avec leur famille (via CD ou Internet) et c’est un citoyen comme un autre qui a augmenté leur diffusion à l’ensemble de la population et des médias. La diffusion est alors beaucoup plus rapide.

Avec les réseaux sociaux et tout ce que permet Internet, les gouvernements n’ont plus les images et les informations les premiers. Pire : ils n’ont plus de « moment tampon » pour réfléchir et ils doivent réagir aux productions médiatiques au moment-même où les lecteurs de journaux et les internautes les découvrent.

Quelques exemples ? Et bien, rappelez-vous de la gêne occasionnée par la circulation des images de la pendaison de Saddam Hussein. Ou bien cette année, une heure après la mort de Kadhafi, le fait que l’on ait pu voir sa dépouille pleine de sang relayée sur un nombre incalculable de sites en a gêné plus d’un.

Comment réagir à ce genre d’images ? Difficile à dire, quoi qu’il en soit, les informations circulent librement dans la plupart des pays occidentaux, et les médias d’aujourd’hui ainsi que notre manière de les utiliser forcent à plus de spontanéité dans la communication des gouvernants.

 
Thomas Millard
Sources :
Rémy Rieffel, Que sont les médias ?, Folio, p 115
Jaquette du film sur James Nachtwey « War Photographer » par Christian Frei