Médias, Société

Spectacle sans portable, spectacle insupportable ?

Au début du mois, l’humoriste Florence Foresti a annoncé que les téléphones portables seraient interdits à son prochain spectacle, pour “éviter les enregistrements pirates et assurer le lien avec les spectateurs”. Elle est la première artiste Française à oser contrarier ainsi les usages du public. A l’aide du dispositif Yondr, les smartphones seront placés dans une pochette scellée électroniquement pendant la durée du spectacle, un système qui fut déjà mis en application lors de concerts de Jack White.
Un choix que beaucoup jugent, ainsi que J-M. Dumontet, producteur et propriétaire de plusieurs salles parisiennes, comme n’étant “pas très festif”. La mesure est certes radicale, mais s’avère nécessaire pour brider une habitude qui tient parfois de l’addiction. S’il en va d’un réflexe naturel de couper son téléphone au théâtre, au cinéma ou à l’opéra, brandir un écran allumé pendant un concert ou un one-woman show semble aujourd’hui relever d’un droit inaliénable. Quelle est la place du smartphone dans notre rapport au spectacle aujourd’hui?

Médias, Société

Comment interpréter le virage éditorial de Konbini ?

 
Mardi dernier, Konbini a lancé sa première verticale d’information: Konbini News. Ce nouveau format entend diversifier les activités du site en proposant à ses internautes de nouveaux contenus médiatiques, plus orientés vers le genre du reportage. Cet exotisme konbinien, qui marque une rupture dans la ligne éditoriale du site web, ne masque-t-il pas la volonté du média de se forger une légitimité journalistique ?  

Agora, Médias

Le « Jeremstargate », ou le tribunal médiatique.

Lundi 15 janvier 2018, c’est un pavé dans la mare qui est jeté chez les fans de télé-réalité et du personnage de Jeremstar. Ce dernier est accusé de complicité dans une affaire de «  viol aggravé sur mineur, corruption sur mineur, atteinte sexuelle sur mineur, recours à la prostitution de mineur ». L’autre accusé s’appelle Pascal Cardonna, il se fait surnommer « Babybel » à travers les divers réseaux sociaux du blogueur, et est coordinateur numérique chez Radio France. Comment les deux hommes ont pu en arriver là ?

Agora, Médias, Société

Catherine Deneuve et #BalanceTonPorc, le rendez-vous médiatique manqué

La tribune du Monde signée par cent femmes, dont l’actrice Catherine Deneuve qu’on ne présente plus, réclamant un « droit d’importuner » — qui serait consubstantielle à la liberté sexuelle — a déclenché un tollé chez les féministes, comme chez certains observateurs touchés par le scandale de l’affaire Weinstein. L’occasion pour nous, blog sur l’actualité de la communication, de nous pencher sur les ressors médiatiques de cette indignation et la manière dont elle s’est manifestée, notamment sur les réseaux sociaux.

Médias

Creapills, une pilule contre la passivité sur Facebook

Parvenir à se démarquer dans le flux d’informations en continu, sur un format numérique comme Facebook n’est pas une tâche facile. Creapills est parti d’une idée simple : profiter de la caractéristique d’échanges en temps réel sur les réseaux sociaux, pour relayer des idées dont l’aspect profondément innovateur et réfléchi marquent les esprits malgré le constant « scrolling » (défilement d’écran).

Médias

La diabolisation par les médias : faire peur pour mieux faire vendre ?

Si la diabolisation prend historiquement ses racines dans la propagande, elle est aujourd’hui banalisée. Le lecteur contemporain possède davantage de sens critique que ses prédécesseurs n’en avaient lors de la Première Guerre mondiale, à la lecture du portrait journalistique d’un Allemand ennemi déshumanisé et monstrueux. Néanmoins, ce recours courant à la diabolisation dans les médias reste problématique : si elle engage une division du lectorat, elle s’appuie également sur des schémas de pensée mythologique sacralisant le dangereux au lieu d’y apporter des solutions.

Médias

« 1jour1actu » ou l’art d’expliquer l’actualité aux enfants : une étape dans la formation de leur esprit critique

Leur dire ou les protéger… c’est le dilemme auquel sont confrontés tout parent à qui l’enfant pose une question d’actualité délicate. En effet, il est parfois difficile de trouver les mots pour expliquer la réalité du monde aux enfants ; on ne veut pas se tromper, ou parfois, on ne sait pas forcément répondre. 1Jour1actu est un site de presse quotidienne, mis en place à la fin des années 1990 par des journalistes spécialisés dans la presse jeunesse, qui se charge d’une double mission : répondre aux interrogations des enfants et les initier à de nouveaux savoirs. Le principe est simple : un thème, une image, une explication.

Médias, Société

Instapoets VS Patriarchie

La plupart des articles du site de la photographe londonienne Georgie Wileman commencent par la même phrase : « l’endométriose touche une femme sur dix ». J’aimerais commencer cet article différemment : en moyenne, une femme doit attendre dix ans pour avoir un diagnostique correct d’endométriose.

Médias

Kevin Spacey face au tribunal médiatique

Depuis le 30 octobre dernier, dans le cadre de « l’affaire Weinstein », l’acteur de House of Cards, Kevin Spacey, est accusé de harcèlement et de nombreuses agressions sexuelles. Aujourd’hui, une série d’articles bousculent toujours les rubriques de l’ensemble des médias internationaux afin de déchoir l’acteur oscarisé de Hollywood. Dès les premières semaines qui ont suivi le début du scandale, l’acteur a tenté de réagir à travers un semblant de mea culpa – dans lequel il expliquait ne pas se souvenir de son comportement inapproprié à cause de l’alcool. Aujourd’hui, Kevin Spacey tente de nouveau de rendre des comptes au peuple en assainissant son image, au travers d’un séjour en cure de désintoxication sexuelle aux côtés de Harvey Weinstein. Au même moment, Hollywood, en pleine tempête médiatique, se désolidarise in extenso de l’acteur en cherchant à le faire disparaître le plus rapidement possible de ses archives. Ainsi, alors que la réaction de la justice se fera sûrement attendre encore un moment, l’opinion publique se donne le rôle d’une cyberpolice dont les règles semblent être fixées selon le degré d’indignation morale que suscite chaque affaire.
Justice et médias : les « associés-rivaux »
Si on parle souvent du rôle joué par les médias pour rendre les procès médiatiques, on parle beaucoup moins des médias comme d’une véritable instance judiciaire. Professeur en sciences politiques, Yves Poirmeur dans son ouvrage Justice et Médias (2012), analyse les dynamiques et rapports d’interdépendances entre les deux principaux acteurs de la démocratie qu’il qualifie d’« associés-rivaux ». Il explique comment dans nos démocraties, chaque instance régule les excès de l’autre. Les tribunaux sont ainsi souvent convoqués afin de juger les excès médiatiques : diffamation, discrimination, atteinte à la vie privée, etc. A l’inverse, dans le cadre de l’affaire Spacey, la presse se donne pour mission de rétablir la justice. Il s’agit de dénoncer, à travers le cas de l’interprète de Frank Underwood, comment la justice n’est pas au service des victimes, mais au service de ceux qui ont les moyens de se défendre. En France, selon le Parisien, 93% des plaintes de harcèlement sexuel sont classées sans suite, soit par manque de « preuves concrètes », soit parce que la justice fait planer sur la victime le spectre du doute et de la remise en question, voire de la culpabilité. Les médias, représentants présumés du « vrai peuple », se sentent donc investis de cette mission sacrée : rétablir la justice, là où l’instance judiciaire n’est qu’injustice.
Le 4ème pouvoir : tribunal du XXIème siècle
Si les médias ont toujours été pionniers dans la révélation de scandales, ils tendent de plus en plus à jouer le rôle de juge dans les affaires médiatiques. Lorsque les révélations sur Kevin Spacey éclatent en octobre dernier, la presse ne s’est pas contentée d’adopter la traditionnelle posture du lanceur d’alerte ou du crieur public ; elle a aussi eu un rôle axiologique en condamnant le comportement du prédateur. On voit donc comment par son devoir d’information, la presse a aussi lancé une forme de procédure judiciaire dans laquelle l’opinion publique serait l’autorité suprême. Concrètement, c’est par tout l’emballement populaire autour des #MeToo aux USA et #BalanceTonPorc en France des réseaux sociaux, que les révélations ont directement eu des répercussions concrètes sur l’image de l’artiste et celle de Hollywood. Par effet boule de neige, Kevin Spacey s’est vu ‘cancelled’ par toute l’industrie du cinéma, jusqu’à être effacé du prochain film de Ridley Scott alors que le tournage était déjà achevé. Et ce, sans aucune intervention de la justice. Le cas Spacey nous permet donc de démontrer que le 4ème pouvoir n’est pas mort mais plus fort que jamais depuis l’avènement des réseaux sociaux.

Tribunal médiatique ou populisme médiatique ?
Le 3 juillet, lors de son discours au Congrès de Versailles, Emmanuel Macron glissait la recommandation suivante :
« J’appelle à la retenue, à en finir avec cette recherche incessante du scandale, avec le viol permanent de la présomption d’innocence, avec cette chasse à l’homme où parfois les réputations sont détruites. »
Il introduit alors malgré lui deux éléments de réflexion intéressants au sujet du tribunal médiatique : d’abord, sur son accusation à l’égard des médias, à constamment chercher le scandale ; mais aussi dans son analyse purement judiciaire du viol de la présomption d’innocence.
Il semble avant tout pertinent de rappeler l’intérêt des médias de masse à créer le scandale et à susciter l’indignation morale de l’opinion : faire du profit. C’est justement ce que théorise le philosophe Eric Deschavanne dans un article pour le journal en ligne Atlantico. Pour lui, la logique est simple : plus l’indignation est grande, plus il y a de buzz et plus il y a de bénéfice. C’est le « populisme médiatique ». Ainsi, tous les médias dits moralisateurs ne sont en ce sens, guidés que par un impératif de rentabilité, dont le scandale people est le principal carburant. L’affaire Kevin Spacey est donc une aubaine pour la presse internationale, puisqu’elle est l’exemple-type de ce qui marche le mieux : la mort médiatique d’un privilégié vivant dans l’aisance.

Une libération de la parole au détriment de la présomption d’innocence
De plus, pour le Président de la République, le dévoilement de scandales s’apparente à une chasse à l’homme qui violerait la présomption d’innocence. Il est clair que le rôle de tribunal médiatique endossé par l’opinion publique pose avant tout un problème éthique sur la privation du droit à la présomption d’innocence. Si les médias disent prendre des pincettes dans la divulgation d’informations au travers d’Unes de journaux comme « Kevin Spacey : présumé-agresseur » ou « Kevin Spacey accusé d’agressions sexuelles sur mineurs », ces expressions journalistiques sont en réalité tout à fait oxymoriques. En effet, une fois cette formule de précaution mentionnée, le reste de l’article s’attache à démontrer la véracité des accusations et incarne le catalyseur de vagues de tweets dénonçant le comportement de l’acteur, jugé de fait comme coupable.
Pourtant, si ce problème éthique sur la présomption d’innocence peut effectivement faire débat, il ne s’agit pas de tomber dans une réflexion réac’. Que la démarche entreprise par le 4ème pouvoir soit populiste ou non, n’oublions pas qu’elle permet avant tout une libération de la parole et qu’elle incarne une arme de taille dans la lutte contre les injustices et les abus permis par le système. En somme, le phénomène du tribunal médiatique ne peut être caricaturé comme une chasse aux sorcières ou apparenté à un simple lynchage médiatique de name and shaming. Il incarne au contraire la forme la plus pure d’une forme de démocratie selon laquelle la parole serait reconquise par les oubliés, au détriment des plus privilégiés mais au profit d’une communication sociale plus juste.
Thibault Grison
Sources :
Podcasts

Podcast, Le débat de midi sur France Inter, « Médias et justice : je t’aime, moi non plus ? », Dorothée Barba, 25 juillet 2017

Ouvrages

Yves Poirmeur, Justice et Médias, 2012, ed. L.G.D.J.

Sites web 

France Info, « Accusé d’agressions sexuelles, Kevin Spacey est définitivement écarté par Netflix de « House of Cards » », franceinfo avec AFP, novembre 2017
Elysée.fr, Discours du président de la république devant le parlement réuni en congrès, 3 juillet 2017
Atlantico, « Pourquoi il faut résister au populisme médiatique », Eric Deschavanne, Février 2017
Le temps, « «Fillongate» ou «tribunal médiatique»? Ces questions qui minent la droite française », Richard Werly, Janvier 2017

Crédits images :

Image 1 (photo de couverture) : Scoop Whoop, “16 Badass House Of Cards Quotes That You Can Use Everyday”, Mai 2015
Image 2 : Pascal Lachenaud pour l’AFP, Emmanuel Macron assailli par les journalistes, avril 2017
Image 3 : Photo-montage de captures de titres d’articles (Les Inrockuptibles, Konbini, Le Monde)

Médias

Guillaume Meurice : L'humour comme média

Fin août, l’équipe de Si tu écoutes, j’annule tout, émission quotidienne qui traite de l’actualité avec humour, feint de ne pas reconduire le programme pour l’année suivante. Le canular ne dure que quelques jours, jusqu’à l’annonce de leur nouvelle émission : Par Jupiter!, mais l’émoi provoqué chez les auditeurs de la chaîne est bien révélateur du succès rencontré.
Parmi les chroniqueurs de cette émission-phare diffusée sur France Inter, on compte Guillaume Meurice. Devenu une figure médiatique adorée par certains et détestée par d’autres, il est bien un des emblèmes de ce que l’on pourrait appeler l’information par l’humour, qui fleurit depuis quelques années. Essayons donc de comprendre les ressorts d’un tel phénomène.
Le « comique d’investigation »
Contrairement à ses acolytes, Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek, Guillaume Meurice n’a pas de formation de journaliste. Son domaine, c’est le théâtre, l’humour, avant d’être celui de l’information.
Meurice, c’est tout d’abord un genre bien particulier : celui de la chronique, de quatre à cinq minutes, composée d’entretiens entrecoupés de commentaires. Le caractère quotidien de ces chroniques instaure une notion de rendez-vous avec ses auditeurs, rendez-vous qui peut même être différé grâce aux podcasts et à YouTube.
Les entretiens sont recueillis sur le principe du micro-trottoir et traitent d’un point d’actualité bien précis. Meurice arpente salons, marchés, magasins…pour interroger les Français sur des sujets aux titres aussi variés que « La haute couture connectée », « Raquel Garrido, l’insoumise aux impôts », ou encore « Hamon nous vivant ». Si les sujets choisis ne sont pas drôles en eux-mêmes, c’est la façon dont Guillaume Meurice décortique le raisonnement des gens interviewés qui fait rire. Il pousse leurs logiques jusqu’au bout en posant des questions souvent absurdes, qui amènent des réponses qui le sont d’autant plus. Ainsi, lorsqu’il demande, dans sa chronique du 11 octobre 2017, enregistrée sur le marché de Grenelle, dans le 15ème arrondissement de Paris, si faire des compliments à une femme deux fois par jour sur sa poitrine, c’est du harcèlement, il se voit répondre que non…
Est-ce méchant ? Non, selon lui : c’est caricatural. Le but n’est pas de ridiculiser les gens, qui ne sont pas nommés ni montrés lorsqu’ils ne sont pas des figures politiques, mais bien de mettre en évidence certains problèmes de notre société. Ses chroniques sont des enquêtes de terrain présentées à la manière d’un édito comique qui n’ont d’autre but que de nous interpeller.
Le phénomène Meurice
La force de Guillaume Meurice, c’est aussi une très grande présence sur internet. On lui compte 106 000 followers sur Twitter et plus 300 000 likes sur Facebook, mais aussi un site internet, qui contient sa biographie, ses chroniques, ses dates de spectacle. Toutes ses publications sont innervées d’une bonne dose d’humour. Même dans la rubrique « Biographie » de son site, on peut voir une photo de lui nourrisson, avec, en légende, « 14 juin 1981. Naissance. Date de victoire électorale de la gauche (à l’époque représentée par le Parti Socialiste) ». Comme si rien n’était sérieux : l’informatif est toujours drôle.
Mais cette forte présence sur la toile lui permet également de bénéficier d’une grande visibilité et d’entretenir un rapport assez particulier avec ses auditeurs. Car si, en commentaires de ses chroniques, on trouve des posts encourageants, reconnaissants et enthousiastes, on trouve également de nombreuses critiques négatives. Meurice raconte également recevoir de nombreux messages d’insultes en messages privés.
L’idée d’un homme avec lequel on puisse interagir, débattre, et donc finalement assez proche de nous participe grandement de la popularité du chroniqueur.

L’humour comme média
Guillaume Meurice déclare lui-même « Mon média, c’est l’humour, c’est mon moyen d’expression ». A la fin d’une chronique de ses chroniques, on a certes bien ri, mais l’on a également appris des choses. Il s’agit de déposer un filtre comique sur la réalité, pour la rendre plus supportable, en quelque sorte. C’est un autre regard que l’on pose sur l’actualité, qui n’a plus rien à voir avec les formats traditionnels de l’information.
Il nous fait rire de ce qui devrait nous faire « pleurer », ou en tous cas nous attrister, et donc, a priori, nous rebuter : la corruption des élus, le nationalisme, le sexisme…
Mais Guillaume Meurice, c’est aussi une vision, presque une philosophie de vie. Rire coûte que coûte. Même dans les moments les plus graves. Ainsi, on peut réécouter sa chronique « Reporter de guerre en terrasse », enregistrée le 16 novembre 2015, où il demande notamment à un « Jean Moulin de caféine », c’est à dire à un « résistant » qui continue de fréquenter les terrasses malgré les attentats, si, « se faire assassiner en terrasse », ce n’est pas finalement payer son café 2,60 euros…
 
Guillaume Meurice, on aime ou pas. Mais on ne peut nier l’importance de figures comme lui dans le champ médiatique français, totalement libres de leurs paroles, exprimant leurs opinions avec conviction tout en étant ouvertes au débat.
Juliette Jousset
Sources : 

Bruno Denaes, Invités politiques « coupés » et humour « sélectif » ?, Le rendez-vous du médiateur, 26/05/2017.
Rossana Di Vincenzo, Charlie Hebdo, Restos du coeur… Avec Guillaume Meurice, on peut rire de tout sur France Inter, 07/072015.
Biographie Guillaume Meurice
Audrey Kucinskas, France Inter : Guillaume Meurice, le « Bisounours » de l’humour noir, 23/09/2017.
Audrey Kucinskas, Comment l’équipe de « Si tu écoutes, j’annule tout » a affolé France Inter, 23/082017.

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