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Campagne ADMD pour l'euthanasie avec Sarkozy mars 2012Une campagne qui fait mourir les candidats à la présidentielle

 

L’euthanasie : voilà un mot qui fait peur, une idée qui fait frémir, un droit contesté. L’euthanasie, c’est le droit de mourir dignement quand il n’y a plus d’autre espoir que la souffrance et l’agonie. L’euthanasie est autorisée légalement en Belgique pour les patients en phase terminale mais elle est tolérée de manière plus ou moins explicite dans de nombreux pays européens tels que le Luxembourg, les Pays-Bas ou encore la Suisse. En France en revanche, l’euthanasie est considérée comme un assassinat, un empoisonnement prémédité passible de la peine de prison à perpétuité ; des textes législatifs élargissent néanmoins les possibilités de cessation de l’acharnement thérapeutique.

Selon un sondage réalisé en 2000, 70% du corps médical français se déclare favorable ou très favorable à l’exception d’euthanasie. Le 24 novembre 2009, les députés français ont cependant rejeté une proposition de loi présentée par le député socialiste Manuel Valls visant à légaliser l’euthanasie dans certaines conditions.

Si la majorité de l’ordre des médecins est prête à tolérer l’euthanasie pour les patients en phase terminale, il semble que les politiciens soient plus difficiles à convaincre. L’euthanasie est un sujet polémique ; l’idée d’autoriser la mort assistée d’un patient est souvent considérée comme amorale et assimilée à la violation de la loi sacrée de la vie humaine. Cependant quand il n’y a plus d’espoir, quand l’agonie se fait longue et douloureuse et que la mort n’est plus qu’une question de temps, le droit de mourir dignement est alors compréhensible.

C’était d’ailleurs le sujet de la dernière émission Sept à Huit au cours de laquelle les journalistes de TF1 recevaient le mari de Marie Deroubaix laquelle, atteinte de plusieurs tumeurs au cerveau, avait pris la décision de se faire euthanasier en Belgique pour éviter de souffrir et de faire souffrir son entourage. Quelques jours avant de s’éteindre, elle avait accordé une interview aux journalistes de TF1 pour expliquer les raisons de son choix : elle voulait ainsi montrer aux gens, et plus particulièrement aux hommes politiques français, les raisons de son choix pour permettre aux gens dans sa situation de bénéficier du droit de mourir dans les meilleures conditions possibles, dans la dignité et avec le soutien de ses proches.

C’est donc un acte militant que Marie Deroubaix a accompli peu avant sa mort. Comme elle, de nombreuses associations militent en faveur de l’euthanasie comme l’ADMD en France ou Dignitas en Suisse.

En période de campagne pour les présidentielles, ces associations tentent le tout pour le tout pour convaincre les hommes politiques de s’intéresser à la question de l’euthanasie et faire des propositions précises. L’Association pour le Droit de Mourir dans la Dignité organise d’ailleurs un rassemblement le 24 mars prochain sur la place de la République et encourage les malades à réclamer leur droit à la fin de vie dans la dignité. Comme on peut le lire sur leur site internet « l’ADMD entend obtenir qu’une loi légalisant l’aide active à mourir (euthanasie et auto-délivrance assistée) soit votée par le Parlement, comme le réclament 94 % des Français interrogés par l’institut de sondage Ifop en août 2011 ».

Il y a moins d’une semaine, l’ADMD lançait une campagne publicitaire choc interpelant le président de la République et certains candidats à la présidence de la République (tels que François Bayrou, candidat centriste du Modem et Marine Le Pen, candidate pour le Front National) en les représentant sur leur lit de mort.

« M. le candidat, doit-on vous mettre dans une telle position pour faire évoluer la vôtre sur la question de l’euthanasie ? » demande le message d’accompagnement des affiches publicitaires parues cette semaine dans Les Inrockuptibles.

La campagne choc de l’association cherche avant tout à susciter une réaction de la part des politiques qui délaissent littéralement cette question depuis l’échec de la proposition de loi de 2009. « Même si la population est largement en faveur de nos demandes, ces politiciens continuent de ne pas écouter » affirme Jean-Luc Romero, le président de l’ADMD. La campagne pour la présidentielle apparaît donc comme une opportunité à saisir pour parler de l’euthanasie et tenter de la replacer au cœur des débats.

Cette campagne a été beaucoup critiquée ces derniers jours ; les images ont été qualifiées « d’indignes » par Jean Leonetti, ministre des Affaires européennes et auteur de la loi actuellement en vigueur. De plus, l’absence de François Hollande sur les affiches suscite l’incompréhension et la suspicion d’un favoritisme envers le candidat socialiste.

Suite au lancement de la campagne, le président de l’ADMD convoque les candidats à la présidentielle à une rencontre publique à la fin du mois pour débattre de l’euthanasie. Si François Hollande a récemment affirmé qu’il était favorable à une révision de la loi pour les patients en phase terminale d’une maladie incurable, Nicolas Sarkozy reste quant à lui très ferme sur ces positions.

Quoiqu’il en soit, s’il est incontestable que cette question continue de faire des émules, il paraît peu probable de voir un réel changement dans les mentalités des politiques.

 
 Charlotte Moronval

Detachment

Henry Barthes (Adrien Brody) est un jeune professeur d’anglais remplaçant. Chargé d’élèves plus que turbulents d’un lycée difficile de la banlieue new yorkaise, c’est dans un environnement hostile qu’il fait son apparition. Dans cet établissement, il fait la rencontre d’une proviseure à bout de nerfs et de profs désarmés devant le désintérêt flagrant des élèves, mais également celui du gouvernement américain qui a littéralement abandonné sa mission éducative.

« Jamais je n’ai senti, si avant, à la fois mon détachement de moi-même et ma présence au monde », une phrase d’Albert Camus reprise dans le film pour illustrer la position de détachement adoptée par ce professeur qui refuse de s’engager dans une cause perdue d’avance mais qui continue son combat dans l’espoir d’atteindre ces élèves qui ont délaissé les bancs de l’école pour leur rêves de richesse et de célébrité.

Henry Barthes (la référence à Roland Barthes est évidente) donne désespérément cours devant une classe virtuellement vide : des élèves qui ont métaphoriquement quitté la salle de classe par démotivation, manque d’intérêt ou tout simplement par réalisme concernant leur avenir et se sont réfugiés dans la violence verbale, la recherche de l’affrontement et la recherche des plaisirs instantanés.

Les professeurs, qui ressentent un véritable sentiment d’impuissance et d’abandon, se battent pourtant et refusent de déposer les armes. Par des moyens tout aussi brutaux que la violence morale à laquelle ils sont confrontés chaque jour, ces professeurs tentent de ramener leurs élèves à la raison, comme on peut le voir dans le passage où Lucy Liu annonce à une adolescente insouciante dont la moyenne est en chute libre, le futur sordide et dérisoire de pauvreté et de misère auquel elle – comme tous les autres – est destinée si elle ne se ressaisit pas. Encore une fois, on lit le désespoir de cette conseillère d’orientation qui se sent inutile face à cette jeunesse stoïque et impassible.

L’école américaine est en ruine, c’est le message porté par cette image sur laquelle se termine le film de Tony Kaye : une école qui s’effondre sur elle-même par l’absence de soins malgré les symptômes persistants qui n’ont cessé d’être dénoncés. Le gouvernement américain a complètement abandonné cet aspect de la politique pourtant primordial pour l’avenir du pays. Obama avait lui-même  déclaré qu’il ne fallait négliger « cette priorité nationale qu’est l’éducation, essentielle pour l’avenir de la nation ». « Détachment » montre la défaite d’un système scolaire américain dans lequel la jeunesse a perdu toute confiance et tout espoir de s’en sortir. Une problématique de l’éducation qui nous concerne nous Français aussi. Quels individus voulons-nous former pour prendre la relève demain ? Quelles chances donnera-t-on à nos enfants ?

En 2009, l’administration d’Obama a mis en place le plan d’action American Recovery and Reinvestment pour répondre à la crise économique actuelle. Ce plan a pour but de relancer la croissance par l’emploi en s’attardant notamment sur l’éducation. En effet, selon le Président Obama, pour que les États-Unis se relèvent de la crise, tous les citoyens doivent faire des études supérieures adaptées au marché du travail et le pays doit devenir le premier au monde dans l’achèvement des études secondaires et supérieures. En 2009, selon un rapport de l’OCDE, les Etats-Unis ont été classés au 16ème rang des pays de l’OCDE pour le taux d’obtention d’un diplôme de l’enseignement secondaire dans la population en âge typique de l’obtenir. C’est pourquoi 100 milliards de dollars du budget ont été alloués à l’éducation afin d’améliorer les conditions d’enseignement dans les collèges, lycées et universités, en particulier dans les établissements publics à faibles revenus, ainsi que pour venir en aide aux familles les plus en difficultés. Il reste à voir la portée de cette nouvelle action (en 2002 George Bush avait lancé le plan No Child Left Behind dont le bilan reste contrasté), le monde du cinéma avait déjà tiré la sonnette d’alarme en 1995 avec « Esprits Rebelles » de John N. Smith.

« Detachment » n’est pas sans rappeler le film récompensé par le Festival de Cannes en 2008 « Entre les murs » qui avait dressé un constat similaire, quoique moins dramatique mais pas pour le moins alarmant de l’école « à la Française ». Deux films à portée commune d’une véritable crise universelle de l’éducation qui se profile en ces temps difficiles et qui en appelleront certainement d’autres si les mesures prises ne se révèlent pas efficaces.

 

Camélia Docquin

Meetic Affiche Metro Parisien Saint ValentinComment ça, vous êtes célibataires ?

 

Vous n’y pensez pas quand même ? Pas avec ce que vous avez sous les yeux !

Il est effectivement difficile d’échapper aux campagnes diverses et variées que nous offrent les sites de rencontres en ce début d’année. Ces acteurs majeurs de notre réseau préféré semblent avoir décidé de se liguer contre un grand fléau de notre société : le célibat.

A croire que Meetic, Adopteunmec.com, Attractive World ont écouté aux portes lors des soirées du nouvel an, pour entendre les bonnes résolutions et les souhaits des milliers d’âmes seules en ce bas monde… Ou essaient-ils simplement de nous les souffler à l’oreille ?

Pour preuve, certains ont commencé leur campagne en décembre 2011, histoire de bien être en place lors des lancés de cotillons. E-Darling reprend pour cela le concept et même les images de ces spots TV diffusés courant 2011, chacun basé sur le témoignage d’un couple formé grâce au site. Il propose alors pour la fin d’année une compilation épurée et élégante en noir et blanc, qui s’intègre parfaitement dans l’ambiance des fêtes de fin d’année où l’on ne demande souvent qu’un peu de magie pour y croire un peu…

En effet, une nouvelle année est souvent propice à un nouveau départ pour les personnes qui ne sont pas satisfaites de leur vie. Il est impensable pour ces sites de louper le coche puisqu’après le 1er janvier pointe le 14 février, date phare dans leur calendrier. Il y a donc beaucoup en jeu en un mois et demi en ce qui concerne le nombre de membres et la satisfaction des inscrits.

Pour cela, Meetic a décidé pour sa nouvelle campagne d’être tout sauf pragmatique. Au lieu de miser sur le sérieux et l’efficacité de ces services, le site s’est offert l’aide d’une réalisatrice renommée. Il profite de l’image et de la médiatisation de Maïwenn pour promouvoir son nouveau spot TV et tente alors de changer la nature même de ce spot publicitaire en lui donnant un caractère de court métrage. Ce ton plus artistique est un moyen de modifier  le regard du public : avoir envie de regarder une pub est rare, mais avoir envie de regarder une vidéo faite par une personnalité majeure du cinéma français d’aujourd’hui, c’est autre chose.

Ainsi, finissons sur une note poétique :

« Parce que moi je pense que l’amour, le vrai, il n’en a rien à faire des statistiques, et qu’il ne se trouve pas  forcément au bureau, dans mon immeuble ou au coin de ma rue. Moi, je pense que les belles rencontres, elles se font partout, mais surtout ailleurs. »


 
Justine Brisson
Crédits photo et video :
©Meetic.fr
©AttractiveWorld.net
©AdopteUnMec.com
©Edarling.fr

Publicité Axe Anarchy Déodorant pour Femme 1Publicité Axe Anarchy

 

« Boumchikawawa », ça vous dit quelque chose ? On connaît bien sûr tous, les déodorants Axe, leurs pouvoirs « attractifs » et leurs pubs sulfureuses dans lesquelles des hordes de mannequins aux jambes interminables se précipitent sur leur proie. Ces pubs mettent en scène les fantasmes des hommes de manière souvent caricaturale en maniant auto-dérision et fond de vérité. Et ça marche ! Axe est en effet le leader du marché de déodorants masculins, ses produits sont distribués dans plus de 60 pays et l’entreprise incarne aujourd’hui la marque de soin pour hommes la plus populaire au monde. L’orientation des campagnes Axe a permis au grand groupe de se forger une vraie identité, qui explique d’ailleurs son succès : le déodorant Axe est bien plus qu’un déodorant, il incarne la puissance séductrice des hommes. La raison d’un tel engouement ? Les noms des produits, toujours évocateurs (il suffit de se souvenir de la campagne pour le déodorant « Hot Fever » et son slogan « Qui a les plus grosses marracasses ? ») jouent pour beaucoup dans l’image de marque, mais ce sont les campagnes publicitaires qui mêlent tous les ingrédients clés de la réussite : le buzz, l’humour et le sexe. Les femmes sont toujours de superbes créatures de rêve, à moitié dénudées, qui révèlent leur instinct animal dès qu’elles se trouvent à proximité du déodorant miracle.

Les pubs Axe ont souvent été dénoncées par les organisations de défense de l’image de la femme ; la meute des chiennes de garde a ainsi déjà plusieurs fois dénoncé les campagnes de l’enseigne considérées comme « des publicités à caractère sexiste ». Elles sont même allées jusqu’à porter plainte auprès du « jury de déontologie publicitaire » en réclamant une modification du spot publicitaire « plus t’es clean, moins elles le sont ». Evidemment Axe joue sur le second degré : les pubs sont toujours caricaturales et ne se transposent jamais dans la vraie vie. Les femmes peuvent parfois se sentir blessées, mais dans la plupart des cas elles sont simplement amusées face au grotesque du fantasme masculin.

De toute manière cela a peu d’importance car mesdames, nous ne sommes pas la cible et Axe n’a jamais eu besoin du consentement des femmes pour vendre ses produits aux hommes.

Oui mais voilà ! Il y a eu récemment un brusque retournement de situation. Axe est arrivé là ou on ne l’attendait pas du tout : la marque de soin pour hommes par excellence change brusquement de stratégie et tente de conquérir le marché du déodorant féminin.

Pas question cette fois de présenter des femmes soumises au désir des hommes ! Non car pour la première dans l’histoire de la marque, l’avis des femmes est pris en compte et influence le scénario publicitaire. Le défi est incroyable : ne pas déstabiliser le marché masculin par une féminisation de l’image, tout en parvenant à lancer un message suffisamment positif envers les femmes pour qu’elles achètent le produit. Axe doit détruire son éternelle image virile et machiste. La nouvelle campagne publicitaire « Axe Anarchy » présente donc deux produits : un déodorant pour homme et un déodorant pour femme. La logique est la même que dans l’industrie du parfum avec la présentation symétrique « pour lui » et « pour elle ». La marque ne rompt pas totalement avec ses codes traditionnels : l’humour et le sexe restent les éléments fondateurs de la publicité. Il y a toutefois une différence de taille : il n’y a plus d’opposition homme / femme mais une logique de couple dans lequel les partenaires sont mutuellement attirés. Les femmes ne sont plus des proies mais des êtres humains à part entière. Exit les milliers de femmes pour un seul homme : place à l’égalité des sexes ! Image bien rangée pour une marque sulfureuse me direz-vous ? Axe reste tout de même dans le registre de l’excès en présentant l’attraction réciproque dans un cadre apocalyptique de fin du monde avec beaucoup d’humour. Le slogan « Unleash the chaos » (« libère le chaos ») associe l’idée d’attraction sexuelle à l’anarchie et au désastre. Ce qui aurait dû être un symbole d’harmonie devient alors la cause d’un chaos profond et irréversible. Défi pleinement relevé !

 
Charlotte Moronval
Crédits photo et video : ©Axe

Publicité Lejaby 4Un sauvetage au balcon

Cette histoire est celle d’un conte de fées. Elle parle de femmes, de dentelle, de couture et d’amour. Elle possède son méchant sorcier, ses rebondissements et son preux chevalier. Son action se déroule, comme dans Roméo et Juliette, sur des balcons. Mais ces balcons sont français. Ils sont pleins de monde, et bien protégés par des devantures de qualité. Cette histoire est celle de Lejaby.

Lejaby, fabricant de lingerie made in France, dont l’usine d’Yssingeaux, sur le point d’être fermée, a été sauvée in extremis par un fournisseur de Louis Vuitton (groupe LVMH). Alors, sauvetage politique, sauvetage médiatique ou sauvetage héroïque ? A qui, ou à quoi, doit-on le sauvetage de l’usine d’Yssingeaux et de ses 93 employés ?

Dans cette affaire, il convient tout d’abord de saluer la vaillance des 93 courageux salariés qui ont lutté sans relâche pour sauver leur emploi et leur cadre de travail. Cela faisait près de 3 semaines qu’ils étaient engagés dans une bataille sans merci afin d’empêcher la fermeture de leur usine. Plus que des dizaines d’employés, c’est « tout un territoire » qui s’est soulevé « pour défendre l’emploi industriel » de la région. Dans cette contestation, les Lejaby (comme il est devenu coutume de les appeler maintenant) ont pu compter sur le relai d’alliés de poids : les médias.

De ce point de vue, le sauvetage « lejabyien » pourrait être qualifié de médiatique. En effet, depuis le tout début de cette histoire, les conteurs sont là, qui vous relatent chacun des épisodes de cette épopée. Presse, radio, télévision, internet, blogs, réseaux sociaux : tous relayent l’information et mobilisent la France. Cette histoire de femmes touche les cœurs. Elle émeut particulièrement les Françaises (et les Français, par un lien de cause à effet), premières consommatrices de lingerie en Europe. Pas de surprise, donc, à ce que l’histoire de Lejaby, avec ses sous-vêtements de qualité française adaptés au goût national, les séduise. Derrière une région, c’est un pays qui a focalisé son attention sur le destin d’un fleuron du savoir-faire français. Et derrière la question des emplois, c’est un enjeu politique qui a point.

Après toutes les promesses de sauvetage non tenues, un échec n’était pas envisageable. On ne raconte jamais les défaites d’un chevalier. Ce sont ses victoires qui restent dans la mémoire collective. Et ça, notre héros le sait. Il le sait d’autant plus qu’il n’a pas droit à l’erreur. Ce n’est plus seulement une question de donjon et de dragon, c’en est aussi une de tournoi. Il n’est plus le seul hardi chevalier en lice. D’autres accourent autour de lui dans l’espoir de lui rafler son titre. Il doit prouver à sa princesse et à ses sujets qu’il mérite leur admiration. Il doit convaincre les scribes de raconter son histoire.

Et vu de cet angle, le sauvetage de Lejaby s’apparente plus à une action politique qu’à un acte social. Le repreneur de l’usine d’Yssingeaux n’est-il pas un fournisseur du groupe LVMH, dont le patron est un proche du chevalier ? Le chevalier n’aurait-il pas usé de l’influence qu’il a sur ses vassaux pour sauver la princesse ? De ce fait, n’utiliserait-il pas une victoire obtenue sans honneur pour tenter d’éclipser ses concurrents ? Et que vaudrait un chevalier sans honneur ?

Mais tout ceci n’est qu’un conte. Nous ne vivons pas au temps des chevaliers, des valeurs et de l’honneur. Aujourd’hui, seuls comptent les résultats, ces derniers ont permis le sauvetage de 93 emplois. Même si un des derniers bastions du made in France délocalise en Tunisie. Dans cette réussite, 3 acteurs ont joué : les intrépides employés de l’usine d’Yssingeaux, les politiques et les médias. Ce sont eux qui sont la clé de voûte de cette victoire. Car, sans eux, qui aurait relayé le message des salariés, et leur aurait permis de se faire entendre ? Et qui aurait permis aux personnalités politiques de faire de cette « affaire Lejaby » un enjeu de la présidentielle en diffusant largement leur parole ? Les médias ont eu sans conteste un rôle décisif dans ce sauvetage. Cependant, on ne peut amoindrir la part importante jouée par les hommes politiques et la lutte des employés dans ce dossier. Ce sauvetage est donc clairement tripartite : politique, médiatique et héroïque. Ou, si on veut en attribuer tout le mérite aux seuls travailleurs (ce qui pourrait s’avérer légitime), on peut dire que les Lejaby ont fait usage, pour sauver leurs postes, d’un excellent plan de communication !

 
Julie Escurignan
Crédits photo : ©Lejaby
Sources :
Libelyon.fr

LesEchos.fr

LeParisien.fr

Personnages formant le personnage du logo anonymousWe are Anonymous.

Depuis la fermeture du site Megaupload par le FBI le 19 janvier dernier, on ne finit plus d’entendre de ce groupe d’hacktivistes : Anonymous. Project Chanology, Operation Payback, Operation Blackout : qui sont ces défenseurs de l’Internet libre?

Avec le succès de ses dernières opérations, notamment le piratage du site internet du ministère de la défense syrien en Août 2011, Anonymous est devenu un véritable état d’esprit. Anonymous n’est pas le nom du collectif à proprement parlé, le terme renvoie à un concept partagé par ses membres. Ses manifestants se représentent par un homme en costume cravate noir, sans tête. Sans visage donc sans identité, un anonyme, quelqu’un comme vous et moi.

Ce choix du logo n’est certainement pas dû au hasard, comme en témoigne l’organisation du groupe. En effet, Anonymous est un collectif, il n’y a pas de leader. C’est un regroupement d’internautes anonymes qui défendent les mêmes valeurs. Comme sur l’image, chacun est libre de participer ; ceux qui ne le souhaitent pas se tiennent en retrait. En fait, la plupart des anonymes sont de simples utilisateurs ; seulement un faible pourcentage de hackeurs « professionnels » contribue régulièrement aux opérations spéciales. Le fonctionnement est simple : un anonyme propose une intervention, et s’il y a suffisamment d’internautes qui souhaitent participer, l’opération est lancée, sinon l’idée est abandonnée. Le nombre d’hacktivistes varie selon les opérations, certaines en impliquent une douzaine, d’autres plusieurs milliers. La portée de l’attaque est d’autant plus forte que les participants sont nombreux.

L’anonyme est en costume-cravate noir, qui n’est pas sans rappeler l’uniforme des Men In Black, ce groupe de personnages présents dans le collectif américain dont le but serait de protéger l’humanité contre les attaques extra-terrestres. Les anonymes affirment être des défenseurs qui se battent contre les congressistes qui adoptent les lois attaquant les droits des internautes, comme celle de la SOPA (Stop Online Piracy Act). Ce projet de loi vise à élargir les capacités d’application du droit d’auteur et des ayants droit pour lutter contre sa violation en ligne et les contrefaçons. Récemment, Anonymous a piraté les sites internet des grands groupes signataires du SOPA.

La protection des données sur Internet est l’une des valeurs revendiquées par le groupe d’hacktivistes, c’est pourquoi les actions sont organisées de manière à ce qu’il soit presque impossible de déterminer les personnes à l’origine des attaques et leur provenance. En fait, les anonymes ne sont qu’une ombre qui plane sur la toile. C’est le message porté par leur slogan : « We are Anonymous. We are legion. We do not forgive. We do net forget. Expect us » (Nous sommes Anonymous. Nous sommes une legion. Nous ne pardonnons pas. Nous n’oublions pas. Préparez-vous). Cependant, le site Paypal, victime d’un hack d’Anonymous a déclaré avoir livré au FBI 1 000 adresses IP permettant d’identifier des internautes ayant soutenu l’attaque.

Les Anonymes apparaissent parfois sous le masque de Guy Fawkes, l’un des protagonistes de « Conspiration des poudres », dont l’action avait pour but de protester contre la politique du roi en matière de religion, jugée intolérante, en faisant exploser le palais de Westminster. Guy Fawkes a notamment inspiré Alan Moore et David Lloyd, les créateurs de la bande dessinée « V for Vendetta ». Cependant, Anonymous est contre l’utilisation de la violence dans ses interventions.

La principale critique envers l’action de cette communauté est celle du couvert d’anonymat et les dérives que cela entraîne. Suite à la fermeture de Megaupload par exemple, Anonymous a décidé de lancer l’opération Blackout dont la communication a été plus que confuse. En effet, plusieurs vidéos ont annoncé le blocage des sites de Facebook, Twitter et Youtube. Il s’agissait en fait de faux ; puisqu’Anonymous est contre l’attaque des médias qu’il considère comme le moyen d’expression des Internautes. L’information a été par la suite reprise par de nombreux sites d’information. Même si le collectif jouit d’un soutien de la part des internautes, l’absence de leadership au sein de ce collectif rend parfois le message des Anonymes obscur, et il devient de plus en plus difficile de faire la distinction entre les actions d’Anonymous et les attaques violentes d’hackeurs qui se revendiquent de la communauté. En tout cas, devant une telle popularité, il serait peut-être temps qu’Anonymous sorte enfin de son anonymat.

 

C.D.

Opération Ikea Metro Auber Janvier 2012Quand Ikea invente la téléréalité… sans la télé

La population était déjà habituée à voir Ikéa meubler son métro en mettant à disposition sur les quais quelques canapés, pour le plus grand plaisir de son séant. En janvier, le grand magasin a carrément décidé de construire un appartement dans le ventre de Paris. Pour 54m2, évidemment, il faut un peu de place : le hall de la station Auber, spacieux et fréquenté, était le lieu rêvé pour cette opération.

Rien de très original direz-vous ? N’importe quel magasin Ikéa digne de ce nom nous fait entrer dans un immense espace aménagé de façon à ce que l’on ait l’impression de suivre la route du magicien d’Oz. On retrouve à différents endroits du magasin des coins totalement aménagés, généralement appelés « Votre chez vous » : on nous met en situation toute l’ingéniosité des produits Ikéa, avec quelques livres en suédois, évidemment, pour donner un peu de caractère à la pièce. Du coup, on est tellement enjoué par l’ameublement et la décoration de ces petits appartements que l’on prendrait bien le tout pour notre studio tout gris tout pas beau, même les livres en suédois s’il le faut.

Bref, ils sont forts chez Ikéa, et ce depuis longtemps, le but ici n’est pas de revenir sur ce point mais bien de présenter ce que les fjords ont encore inspiré à nos nordiques préférés.

Alors, quelle est la différence à Auber ?

En tant que véritable Curious, vous avez commencé cet article en regardant les photos et vous vous êtes dit : ben ça va, tranquille la fille sous la couette. Rien d’osé dans cela tout simplement parce que ce lit fut le sien pendant 6 jours. Ainsi, il y a bien une petite différence avec les aménagements en magasin : ici, si vous tournez le robinet, l’eau coule ! Détail révélateur d’une installation bien réelle : l’endroit a servi de maison pour 5 colocataires du 9 au 14 janvier.

Le premier avantage de l’opération est évident : si vous ne venez pas à Ikéa, Ikéa viendra à vous ; du pure street marketing par l’agence Ubi Bene (comme toujours). Ensuite, que faites-vous lorsque vous vous installez dans un nouvel appartement ? Une fête, bien sûr. Il suffisait d’aller jouer sur la page Facebook d’Ikéa pour gagner sa soirée dans le métro – so hype – et venir accompagné de 12 de nos amis.

Ainsi, nous avons là un concept très osé de la marque qui nous pose en plein de coeur de l’espace public un véritable aquarium humain. De larges espaces transparents ont été intégrés dans les cloisons de la construction pour permettre aux passants de regarder un peu ce qu’il se passe là-dedans… Pour mieux admirer la décoration, un appartement témoin, comme ceux des magasins, a été construit juste à côté de la colocation, histoire de ne pas trop chambouler les habitudes de leurs chers clients.

En plus des vitres installées, on peut souligner qu’il y avait des caméras branchées aux quatre coins de l’appartement, pour tout enregistrer de l’expérience.

A quand le lancement de la société de production Ikéa, spécialisée dans la téléréalité ?

 
Justine Brisson
 
La pub sur le site Ikéa

Campagne Dolce&Gabbana choquanteLe shockvertising

Vous n’avez rien demandé à personne. En bon citoyen intégré à la société sur-consommatrice vous avez parfaitement intégré la présence des publicités dans votre milieu naturel, vous ne les voyez même plus, vous avez renoncé à vous battre contre cette hyper-publicitarisation qui vous envahie. Selon certaines agences, les Français subiraient entre 600 et 800 messages publicitaires par jour (2 500 selon la « Brigade anti-pub »).

Face à une telle omniprésence, les spectateurs sont devenus hostiles : la lassitude a peu à peu gagné les Français qui sont désormais passifs quant à l’abondance de ces messages.

Les entreprises, de leur côté, tentent désespérément de capter votre attention dans cette jungle où la compétition est rude. Certains misent sur l’humour, d’autres sur le glamour mais dans le meilleur des cas, une publicité ne retient notre attention que quelques instants. Il n’y a pas à tergiverser : celles qui nous sortent de notre torpeur habituelle, sont d’une toute autre nature. Vous les avez certainement déjà remarquées… Elles nous offusquent, nous terrorisent parfois. Elles se fondent dans la masse de slogans et de réclames pour mieux nous frapper.

Certaines affiches cherchent en effet à nous choquer, non par pur plaisir sadique mais par désir de sensibilisation et de lutte pour des causes nobles : combat contre l’exclusion, les violences conjugales, le tabagisme, la protection de l’environnement et des animaux, la faim dans le monde… Le spectateur ressent alors souvent un tel malaise qu’il accepte de faire un don pour soulager sa conscience.

Jusque là rien de bien nouveau, il existerait deux grandes familles publicitaires : celles qui nous vendent un produit en nous attirant et celles qui défendent une cause en nous choquant. L’une nous manipule, l’autre nous sensibilise. L’une incite à l’achat, l’autre nous pousse à nous remettre en cause. Ces deux ensembles semblent donc complètement distincts. La réalité est bien sûr beaucoup plus compliquée.

Les marques ont compris que le meilleur moyen de se différencier de la concurrence était de recourir à une stratégie plus agressive à l’égard des consommateurs. C’est la stratégie adoptée par Benetton sous l’égide du photographe Oliviero Toscani. Celui-ci a renoncé à l’idée de vendre du rêve ; pour lui la publicité « ne vend pas des produits ni des idées, mais un modèle frelaté et hypnotique du bonheur ». Exit donc le mythe de la publicité qui défendrait des valeurs et une vraie image de marque, place à la créativité, à la liberté d’expression et aux images fortes. Les photos de Toscani sont toujours percutantes, choquantes et contraires à l’opinion publique.

Une nouvelle technique publicitaire est donc en plein essor : le shockvertising. Exploiter les tabous de la société : le sexe, le racisme, la violence, la mort, la maladie pour faire la promotion d’un produit qui n’a aucun lien avec ces grands thèmes de société. Les publicitaires utilisent des éléments qui ne passent pas inaperçus dans le but de susciter des émotions négatives chez les consommateurs (révolte, tristesse, colère).

Pourquoi les marques cherchent-elles à choquer leurs clients potentiels ? En quoi cela est-il favorable à la vente ?

Le shockvertising est en réalité très efficace car le fait de troubler les spectateurs renforce la mémorisation et donc l’efficacité de la technique marchande. Ces campagnes entrainent la confusion chez celui qui les regarde car aucun lien apparent ne semble lier l’idée du message au produit lui-même ; cela oblige donc les spectateurs à réfléchir sur la connexion entre les deux. On peut prendre l’exemple de l’affiche Dolce Gabbana qui montre une scène de viol, ou encore la marque de vêtement Sisley qui est très connue pour ses publicités outrancières dans lesquelles les thèmes de la drogue et du sexe sont très souvent repris. On y voit notamment des jeunes filles en train de « sniffer » un T-Shirt blanc comme s’il s’agissait de cocaïne. D’autre part, une publicité censurée crée du scandale et attise ainsi la curiosité des consommateurs qui chercheront par tous les moyens à voir ce qui semble si dérangeant ; ce fut le cas pour les affiches de campagnes contre le Sida sur lesquelles la maladie était comparée à Hitler, Staline et Hussein.

Le shockvertising est une technique publicitaire controversée et souvent dénoncée.

Jusqu’où les marques sont-elles prêtes à aller pour nous inciter à l’achat ? Les valeurs morales que nous partageons peuvent-elles être irrespectueusement utilisées à des fins commerciales ? Les publicitaires se défendent en affirmant que la liberté d’expression et la créativité sont les bases de leur métier. De plus, l’argument marketing est incontestable : les campagnes choquantes font parler d’elles et donc des marques qu’elles représentent. Attention tout de même car donner un nom à une technique (le shockvertising), ne la rend pas légitime pour autant et les dérives sont fréquentes. Ames sensibles s’abstenir.

 

Charlotte Moronval

 

Crédits photo : ©Dolce&Gabbana – ©Aids – ©Sisley

Une galette des roisLa ralette des moi

En ce début d’année 2012, dans ce blog sérieux et cette rubrique d’actualité, j’aurais pu intituler cet article Zoom sur la crise !, vous parler de la morosité de ces dernières fêtes, des dernières tendances, du renouveau dans les campagnes de communication. Oui, sur tout cela j’aurais pu écrire, mais aujourd’hui, je vais faire comme tout le monde : je vais vous parler de la Galette des Rois. Durant ces temps d’épiphanie, le sujet est on ne peut plus d’actualité. La Galette est partout sur nos écrans. Tous les journaux en font mention, une à deux fois par jour ; les émissions et  documentaires ne sont pas épargnés. La Galette est le centre de toutes les attentions : comment est-elle faite ? Où ? Par qui ? Avec  quelles fèves ?

Et pourtant, la Galette, tradition ancestrale, est intégrée dans nos habitudes de consommation. Tous les ans, à date fixe, nous pensons à partager la Galette, en famille, entre amis, dans les clubs et les associations. Elle est devenue le lieu d’habitudes immuables qui perdurent et se perpétuent. . Elle s’est transformée en objet infra-ordinaire : on y pense sans y penser. La Galette des rois est devenue un symbole de sociabilité, d’amitié, de partage et d’échange.

La vieille dame fait l’unanimité. Elle n’a pas de détracteur. Personne n’ose se dresser contre une telle tradition : cela équivaudrait à contester l’existence du Père Noël ! Non, mêmes les diététiciens se taisent. En cette période de l’année, propice aux ripailles et aux réjouissances, la contestation serait malvenue.

Mais alors, si l’habitude de la Galette nous est constitutive, si elle est ancrée en nous comme un fossile dans son caillou, s’il ne nous viendrait pas à l’esprit d’oublier la Galette un 6 janvier, d’où provient la nécessité d’être si loquace ? On remarquera que la publicité, quant à elle, ne s’empare pas de cet objet : à part les panneaux dans les grands magasins, nous incite-t-on par des campagnes appuyées de marketing à en acheter ?

Moi-même, à cet instant, j’écris sur la Galette. J’écris sur la Galette et vous lisez cet article. J’écris sur la Galette et cela m’arrange autant de disserter sur ce thème que vous de le lire. J’écris sur ce sujet car cela m’évite d’avoir à traiter des sujets graves, cela me dispense de parler d’économie, de politique ou de finance. J’écris car entre un thème facile, attractif pour une majorité, et un thème rébarbatif qui ne touchera qu’un public ciblé, j’ai la même attitude que les médias actuels : je suis lâche et paresseuse. Et pourtant, de la même manière que les téléspectateurs regardent un reportage sur la fabrication de la Galette avec plaisir et soulagement, les lecteurs ressentent des sensations analogues en consultant un article qui ne les replonge pas dans leurs problèmes quotidiens. Car, de fait, ce n’est pas en répétant aux gens quels sont leurs problèmes que cela leur apportera une solution. Alors, nous cherchons la distraction. Et la Galette des rois est un thème distrayant. Distrayant, festif et joyeux.

C’est un sujet qui devient tellement omniprésent dans les premières semaines de janvier que personne ne peut échapper à ce flot incessant d’informations. Personne ne peut ignorer que c’est la période des rois, qu’il est temps d’acheter une Galette. Il devient donc inutile d’en faire la publicité. Nous la faisons tous maintenant. Médias, consommateurs, lecteur, téléspectateurs, blogueurs.

La Galette est un marronnier qui permet d’occulter l’actualité nationale et internationale. En France et dans le monde, il ne se passe plus rien : c’est l’époque des rois. Nous en viendrions  presque à oublier que, pendant ce temps, la Terre tourne, les guerres continuent, les famines se prolongent, les morts s’amassent, les crises se creusent, les débats font rage.  Dans les médias, la Galette a, comme on dit, bon dos : elle jette un voile opaque sur les évènements nouveaux, sur nos difficultés et sur le reste du monde. Elle nous fait dormir, nous fait rêver… Mais, ne serait-il pas temps de nous réveiller ? Le monde ne nous attend pas pour vivre.

Gardons nous d’oublier qu’un arbre peut troubler notre vue et cacher la forêt.
Bon appétit et Excellente année à tous !
 
Julie Escurignan
 
Crédits photo : © J.Riou/photocuisine/Corbis/J.Riou

Annonce de la mort de Kim Jong II à la télévision par une présentatrice en pleursL'art des médias nord-coréens

Le dictateur Nord Coréen Kim Jong Il est mort le 17 décembre dernier à la suite d’une crise cardiaque à l’âge de 69 ans. Après 17 ans d’un règne sans partage, c’est son plus jeune fils Kim Jong-eun qui prendra sa place en tant que « Dirigeant Suprême de la République populaire démocratique de Corée».

L’annonce en direct de la disparition du « Cher Dirigeant » par la télévision d’état KRT a donné lieu à  une nouvelle démonstration du puissant appareil de propagande nord-coréen. A l’écran, la mort de Kim Jong Il est présentée comme un véritable drame national. La présentatrice,  mise en scène en tenue de deuil sur fond de montagnes et de forêt, peine, à grand renfort de pathos, à annoncer la nouvelle : le soleil de la nation est mort. D’un ton grave et solennel, elle déclame fastidieusement ses quelques lignes tout en ravalant ses larmes : « nous faisons cette annonce avec une grande tristesse ». On s’attend presque à la voir s’effondrer de désespoir. Au regard des conditions de vie catastrophiques des Nord-Coréens, il est difficile de ne pas se demander si la jeune femme pense réellement ce qu’elle clame. En tout cas, sa prestation médiatique ne doit rien laisser paraître.

Le choix de l’arrière-plan n’est non plus pas anodin puisqu’il s’agit du mont Paektu, décor de nombreuses légendes coréennes, notamment la légende officielle qui raconte la naissance du dirigeant nord-coréen. Ce jour-là, un grand glacier du mont Paektu aurait émis un son mystérieux, pour ensuite se briser et laisser échapper un double arc-en-ciel. Puis la plus haute étoile du ciel serait apparue. Tout un symbole donc : éternité et immortalité d’un dirigeant et d’une dynastie qui veille, qu’ils le veuillent ou non, sur tous les coréens. Le dirigeant est mort mais son pouvoir reste immuable tout comme les forces de la nature.

Un arrière-plan unique, immobile, standard comme sur beaucoup de chaînes d’Etats totalitaires. Il n’y aura rien de plus à voir que ce que l’on nous donnera à voir, c’est-à-dire rien. Rien du quotidien du peuple nord-coréen qui meurt de faim. Rien de la misère et rien de la répression. Malgré les images de coréens hystériques à l’annonce de la mort du dictateur qui ont circulé sur les médias étrangers, on peut imaginer une réalité bien différente de ce fond immobile et de cette présentatrice éplorée.

Cette mise en scène ne change en rien des thèmes habituellement abordés sur KRT qui, comme tout bon média de propagande, traite essentiellement et glorifie tous les faits et gestes du « Dirigeant Bien-Aimé ». Il n’est donc pas absurde de supposer une  annonce réglée comme du papier millimétré. On aurait pu espérer un relâchement dans l’appareillage médiatique de l’Etat mais cette mise en scène et l’ensemble des images que nous avons pu observer nous prouve que la mort de Kim Jong Il ne menace pas pour autant la stabilité de ce régime dictatorial. Ce qui est sûr c’est que même après son décès, l’ombre de Kim Jong Il plane toujours sur la Corée du Nord.

 

C.D.

 
Crédits photo : ©20 minutes