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The Voice : Auditions à l'aveugle ou Tribunal aveugle ?

Pour une polémique assurée…

Samedi 3 février, les téléspectateurs du concours télévisé « The Voice » découvrent Mennel Ibtissem avec son interprétation de « Hallelujah ». La jeune femme de vingt-deux ans, un turban noué sur la tête, chante dans une version arabo-anglaise une chanson écrite par un compositeur juif. Tout un symbole.
Assise sur un petit banc, elle entonne la chanson, d’abord en anglais. Zazie buzze au bout de quelques notes, suivie par Obispo et Mika. Elle poursuit avec un couplet en arabe ; Florent Pagny se retourne. Mennel fait l’unanimité ; toute la salle est debout à la fin du morceau. C’est l’équipe de Mika que la jeune femme choisit d’intégrer. On la voit déjà en finale du concours.
Pourtant, après que des internautes ont retrouvé des messages teintés de complotisme postés par la candidate sur Twitter après les attentats de l’été 2016 en France, une violente polémique sur la légitimité de sa participation à l’émission éclate. Le 9 février, Mennel Ibtissem annonce dans une vidéo qu’elle se retire du concours.



VIDÉO : https://www.facebook.com/MennelOfficial/videos/1824330170953015/

 

… Surtout bien mélanger ce qui divise

« C’est devenu une routine, un attentat par semaine. Et toujours pour rester fidèle, le ‘terroriste‘ prend avec lui ses papiers d’identité. C’est vrai que quand on prépare un sale coup, on n’oublie surtout pas de prendre ses papiers #PrenezNousPourDesCons », écrit-elle le 15 juillet 2016, au lendemain de l’attentat de Nice sur la promenade des Anglais. Puis, le 26, après l’attentat de Saint-Etienne du Rouvray, elle poste : « Les vrais terroristes, c’est notre gouvernement. »
Sans hésitation aucune, ces propos sont condamnables ; ce n’est pas sur cela qu’il convient de s’interroger. En effet, c’est plutôt le traitement « spécial » qu’a reçu la jeune femme aux origines syriennes, qui porte un voile, et chante en arabe.
Une femme de confession musulmane qui tient des propos complotistes. La combinaison est parfaite pour déchaîner les passions.
Pourtant, avant même la découverte des Tweets de la jeune femme, certains internautes s’indignaient de la présence d’une femme voilée dans l’émission. Le débat qui a lieu aujourd’hui n’est donc pas cantonné aux propos complotistes de la jeune femme, mais est intimement lié à sa religion. Il cristallise toutes les tensions et les divisions autour de la question de l’Islam en France…
Ainsi, ce sont des paroles encore irréfléchies qui fusent, d’une interrogation quant à l’opportunité de chanter en arabe « par les temps qui courent » (Isabelle Morini-Bosc, chroniqueuse de TPMP), à la récupération de l’affaire par certains groupes politiques, qui lui prêtent des accointances directes avec les Islamistes.
Pourtant, il apparaît bien paradoxal que le port du voile mène à tant de polémiques, alors même que le principe de l’émission – durant la phase des auditions- est de sélectionner les candidats « à l’aveugle » ; le jury, dos à l’artiste, ne se retourne pour lui faire face que si sa voix lui plaît.
 

Faire taire ou dialoguer ?

Dans « Si tu écoutes, j’annule tout », le 13 février dernier, Guillaume Meurice appelle à « traiter toutes les conneries de manière équitable. » Là réside bien l’enjeu de ce débat. Il ajoute : « On a le droit de dire des conneries en France, mais pas quand on est musulman. » Est-ce qu’on est attentif à toutes les « conneries » que peuvent dire les Français non-musulmans ? Est-ce que les candidats à l’émission voient tous leurs profils scrutés de la même façon ?
Les personnalités françaises qui émirent des avis complotistes après le 11 septembre n’ont pas été radiées de la sphère publique, pas plus que celles qui tiennent quotidiennement des propos racistes, haineux, et révisionnistes.
 

On pourrait pourtant rétorquer à cela que ces Tweets ne collent pas à l’image familiale de l’émission, sensée se situer hors des débats houleux. Pourtant, c’est bien dans cette sphère-là que se situe un enjeu crucial. Le fait que Mennel sorte ainsi de l’aventure est bien significatif. Car les propos qu’elle a tenus, ce sont « ceux d’une fille de sa génération », nous dit Alban Elkaim dans un article pour le BondyBlog. Ce sont ceux d’une jeunesse qui se sent exclue.
Au lieu de faire taire sans essayer de comprendre ces voix que l’on n’aime guère écouter, il vaudrait mieux engager le dialogue. Au lieu d’offrir cette jeune fille d’un côté à ceux qui en font le symbole d’une France infestée par l’islamisme et de l’autre à ceux qui l’érigent en martyr, il vaudrait mieux en profiter pour lever certains tabous. Car il ne semble pas que ce soit avec ce type de décisions que l’on va apaiser le débat…
 

Juliette Jousset

 

Sources :

 

Crédits images :

  • Photo de Une : capture d’écran de l’émission « The Voice » diffusée le 3 février sur TF1, disponible en replay sur tf1.fr

Le New York Times se met au noir

Le 28 octobre 2017, le New York Times avait annoncé la mise en ligne d’une version expérimentale de son site sur le « dark web ». Ce choix audacieux soulève de nouveau la question de l’utilisation de nos données sur Internet et constitue une action décisive dans la stratégie de communication du New York Times qui, tout en s’engageant pour la liberté d’expression, opère un rafraichissement de son image. Retour sur cette décision.

L’utilisation du « dark web » : vers plus de liberté

En partie inspirée du blocage de leur site en Chine, depuis la publication d’une enquête portant sur l’évolution de la fortune du premier ministre chinois Wen Jiabao de 2003 à 2013, cette décision remet sur le tapis le débat de la prétendue liberté qu’offre Internet à ses utilisateurs. En effet, perçu et conçu à ses débuts comme un outil permettant une meilleure communication et une circulation de l’information pour tous, cette vision d’Internet a largement évolué, notamment depuis l’affaire Snowden en 2013.
Les internautes ont pris conscience de l’envergure de la logique de surveillance mondiale qui régit l’ensemble des moyens de communication aujourd’hui. Comme nous le savons, les données personnelles constituent le gagne-pain des géants du web tels que Google ou Facebook. Les options sont donc limitées pour les individus qui voudraient protéger leurs données.
La situation est également complexe pour les pays censurés comme la Corée du Nord ou la Chine, qui n’ont pas d’autres solutions pour s’informer que de contourner les lois imposées par le gouvernement. Ainsi, de nouveaux comportements apparaissent dans cette seconde ère de l’Internet, tels que l’utilisation du « dark web ».
Souvent vu à raison comme un lieu favorisant la prolifération de réseaux d’actions illégales (hackers, pédophiles, dealers de drogue, terroristes ou autres criminels), le « dark net » est bien plus que cela. Associé au réseau informatique superposé mondial et décentralisé Tor, il permet aux utilisateurs de se protéger d’une certaine forme de surveillance sur Internet, connue sous le nom d’analyse de trafic.
Cette analyse remet en cause le principe d’anonymat d’Internet, car elle est utilisée pour déterminer qui communique avec qui sur un réseau public et peut donc permettre à des personnes de traquer votre comportement et vos intérêts, souvent dans un but commercial ou de surveillance (comme l’a fait la NSA avec l’affaire Snowden).
Tor résout ce problème en offrant à ses utilisateurs une maîtrise des traces qu’il laisse en ligne. Il est notamment utilisé par les réseaux de lanceurs d’alertes, journalistes, avocats ou dissidents politiques afin d’échanger tout en contrôlant la sécurité de leurs données. Il permet également de contourner la censure sur Internet en permettant aux personnes l’utilisant d’accéder à des sites et contenus bloqués dans certaines zones du monde, comme dans le cas du New York Times.
Aujourd’hui davantage connu du grand public, on pourrait s’inquiéter de la popularisation de l’utilisation du « dark web », car si sa démocratisation est bénéfique aux usagers, on peut craindre que l’utilisation de ce réseau par les grandes entreprises, les médias et les sociétés Internet ne diminuent son but originel. En effet, comme le rappelle le média Wired « quand tout le monde est sur le « dark net », ce n’est plus une partie cachée, c’est juste le web ».
Le choix du New York Times s’inscrit dans cette logique, car le média new-yorkais est bien connu pour ses choix avant-gardistes qui risquent d’influencer ses compétiteurs. Cependant, bien que nous ne doutions pas du réel engagement du journal en faveur de la liberté d’expression, on ne peut s’empêcher de penser aux effets bénéfiques qu’aura cette décision en termes de ventes. Alors, engagement ou stratégie de marque ?

L’engagement : une stratégie de communication qui paye

La stratégie est, selon Desaulniers, une combinaison de façons de faire, ordonnées en vue d’atteindre d’une manière optimale des cibles et des résultats souhaités. La stratégie est donc l’approche que va choisir l’entreprise en vue d’une victoire.
Depuis une dizaine d’années, les nouvelles exigences des consommateurs, investisseurs et leaders d’opinion en matière environnementale, sociale ou sociétale se sont durcies, poussant les entreprises à modifier leurs comportements. La vocation sociale des marques fait désormais partie des critères d’achat. Nombreuses sont donc les entreprises à intégrer dans leurs stratégies de communication, la Responsabilité Sociale de l’Entreprise (RSE).
Cette soudaine prise de conscience de la part des consommateurs est notamment due à la médiatisation de certains scandales comme le drame du Rana Plaza où la marque H&M avait révélé par erreur, l’extrême attention qu’elle portait à sa réputation depuis l’effondrement de cet immeuble qui avait fait un millier de morts en 2013. Malgré son engagement dans des programmes humanitaires avec l’Unicef, sa crédibilité reste bancale, car elle assurait ne plus utiliser cette main d’œuvre au Bangladesh.
Malgré la popularisation de ce mouvement éthique, les initiatives des marques et entreprises ne sont pas toujours accueillies avec ferveur, de par leur manque d’authenticité. Aujourd’hui, les entreprises doivent justifier de leur engagement par leurs stratégies de communication externe. Le consommateur n’est plus dupe, il exige la mise en place d’un véritable « contrat moral » et non pas d’une simple stratégie marketing.
Fondé en 1851, le New York Times possède lui une certaine légitimité dans sa volonté de favoriser l’accès à l’information pour tous : section « op-ed » pour les écrivains indépendants, mise en ligne gratuite de leurs articles dans leur intégralité. Suite à la victoire de Trump, le journal a également créé un bureau spécial d’investigation basé à Washington, afin de couvrir exclusivement la Maison Blanche. Une décision qualifiée par le président américain de « honte pour les médias » mais qui a permis au New York Times de réitérer son engagement en faveur de la circulation de l’information. Elle représente également une action de communication réussie, 348 000 nouveaux abonnements en ligne ayant été comptabilisés entre mai et juillet 2017.

Le journal continue avec habileté le déroulement de sa stratégie communicationnelle en adoptant une démarche d’ouverture et d’humilité face à la complexité des enjeux de RSE. Les engagements fédérateurs du quotidien s’inscrivent en cohérence avec la stratégie de l’entreprise et les évolutions numériques. Elle promet également d’être une base de discours honnête et stimulant avec l’ajout de nouvelles fonctionnalités comme les commentaires en ligne.
On a hâte de suivre les péripéties de cette version bêta du New York Times, qui nous assure « avoir prévu de partager les leçons apprises – et que nous allons apprendre- à propos de l’ajustement et la gestion d’une plateforme Onion ». On vous encourage également à leur faire un retour sur les éventuels bugs et améliorations en leur envoyant un e-mail à onion@nytimes.com. Exprimez vous !
Elise Batifort
Sources :

Crédits photos :

  1. Illustration de Kevin Zweerink
  2. Carlo Allegri/Reuters

Creapills, une pilule contre la passivité sur Facebook

Parvenir à se démarquer dans le flux d’informations en continu, sur un format numérique comme Facebook n’est pas une tâche facile. Creapills est parti d’une idée simple : profiter de la caractéristique d’échanges en temps réel sur les réseaux sociaux, pour relayer des idées dont l’aspect profondément innovateur et réfléchi marquent les esprits malgré le constant « scrolling » (défilement d’écran).
 

La création d’un micro univers

Créée en 2014 par Maxime Delmas, cette plateforme diffuse un contenu diversifié : qu’il s’agisse de publicités pour des produits originaux, de vidéos humoristiques ou encore d’articles diffusant des projets artistiques, Creapills nous emmène dans un univers parallèle qui vise à nous émerveiller dans un processus de découverte.
Si Creapills a réussi à se créer une marque et une réputation, c’est grâce au caractère unique de son contenu. Malgré le fait que ce n’est au départ qu’une plate-forme de diffusion de contenu, ses vidéos sont estampillées, soulignant le travail de recherche et de mise en forme (explications textuelles, traduction, montage) que nécessite le contenu proposé.


Exemple d’une vidéo diffusée par Creapills, mettant en avant un produit innovant et original

 
Avec plus de 1,6 millions d’abonnés sur Facebook, son succès a explosé. On peut distinguer trois raisons :  la première provient d’une stratégie de communication efficace, qui consiste à combiner d’une part une capacité à toucher le cœur (vidéos émouvantes, tendres, drôles), d’autre part une capacité à toucher la raison (vidéos touchant la morale, les innovations technologiques ou artistiques). La deuxième raison est que sur le marché de l’attention qu’impose le format de Facebook (et le numérique), la qualité professionnelle de leurs vidéos contraste avec des vidéos davantage amateures qui circulent sur le réseau social, ce qui permet de leur accorder plus de crédit, de temps et d’attention (le but est d’empêcher les internautes de « scroller »). Enfin, une dernière raison de son succès provient du fait que le contenu marque la mémoire sur une plus ou moins longue durée, malgré l’aspect éphémère que produit le réseau social instantané, car c’est un contenu qui nous apprend quelque chose, qui nous fait réfléchir, et que l’on ne voit nulle part ailleurs en dehors de Creapills.
Leur succès tient donc à leur capacité à informer différemment : le contenu est majoritairement publicitaire, mais ce sont des publicités qui racontent des histoires et qui nous rappellent notre propre société de consommation en montrant le côté positif de cette dernière, à savoir la démarche de l’innovation visant à rendre la vie plus confortable.
 

Des récepteurs actifs

Un autre point positif qu’il est nécessaire de souligner est que, au-delà de l’opportunité de divertissement, de découverte et d’un retour à un certain regard innocent, le contenu proposé par Creapills donne l’envie de créer à son tour et de réfléchir à ce qui fait une stratégie marketing réussie.
En effet, le travail de sous-titrage explicatif, de traduction de publicités étrangères, accompagné d’une certaine humanisation dans l’émotion ou l’intellectualisation que souhaitent susciter certaines publicités, rendent ces dernières plus accessibles. Par exemple, la vidéo ci-dessous est une publicité finlandaise, rendue accessible à une audience majoritairement française sur Facebook, et qui a pour but de faire réfléchir les internautes sur les impacts invisibles (pour eux) de leur comportement à travers leur utilisation de l’alcool :

 
L’internaute est aussi plus à même d’avoir une réception participative du contenu car, même si la vidéo démarre automatiquement sur les format Facebook ou Twitter, c’est l‘internaute qui décide de continuer de la regarder. Aussi, le site de Creapills suscite la participation de l’internaute grâce à des challenges d’innovations organisés, et grâce à la possibilité de soumettre ses idées et ses créations en contactant le site.
Cependant, cette participation active du récepteur est rendue nécessaire par le fait que, parfois, il est difficile de définir la frontière entre les bonnes innovations et les innovations qui demandent qu’on y réfléchisse à deux fois. En effet, si les produits mis en avant provoquent parfois un émerveillement à la façon de Denise dans Au Bonheur des Dames de Zola, les inventions d’ordre futuriste peuvent faire débat, comme par exemple dans cette vidéo ci-dessous montrant un restaurant automatisé dans lequel le contact humain se trouve considérablement réduit :

 
Ainsi, Maxime Delmas, le fondateur de Creapills, voit sa propre création comme une remise en ordre du « cabinet de curiosités » (comme il le dit dans son interview par Laurant Hausermann) que constitue internet.  Les vidéos retransmises par Creapills permettent ainsi à la fois d’apporter une satisfaction individuelle, un sentiment de revigoration de l’inspiration et du désir de créer, mais c’est aussi une satisfaction collective car elles sont un moyen de ramener des gens dans une intercommunication.
 

Romane Pinard

@RomanePnd sur Twitter
 
Sources

 

Crédits vidéos, page Facebook de Creapills

https://www.facebook.com/Creapills/videos/1808841952480484/
https://www.facebook.com/Creapills/videos/1764001650297848/
https://www.facebook.com/Creapills/videos/1810060055692007/
 

Crédits Image

Prendre un café à Central Perk en 2018

Il y a quelques jours, le hashtag #Friends a été « trending » sur Twitter, pendant que les tweets déferlaient sur la série culte. J’avais, bien entendu, beaucoup d’espoirs. Aurait-on enfin annoncé la suite de la série culte ? Va-t-on enfin savoir si Emma a une petite sœur ? Si Joey a percé au cinéma ? Si Phoebe est toujours avec Mike ? En soi, beaucoup de questions que je me pose quotidiennement. Mais la twittosphère se demande autre chose : peut-on toujours, en 2018, regarder Friends sans être mal à l’aise ?
 

Des valeurs d’un autre temps

En effet, Friends n’est qu’un (très bon) exemple de notre dilemme par rapport à l’ensemble des produits médiatiques datant d’avant les années 2000. Certes, ils véhiculent plusieurs clichés qu’on ne voit plus d’un très bon œil aujourd’hui, l’exemple le plus cité étant le père de Chandler – un homme homosexuel qui joue dans des comédies musicales flamboyantes, toujours habillé en femme – qui n’est pas une représentation très progressive ni de la communauté gay, ni de la communauté transgenre.
D’un autre côté, ces représentations viennent d’un autre temps, où le simple fait de représenter un homme gay (ou un couple lesbien avec un enfant, et par deux fois, une mère porteuse) était un progrès. Mais en même temps, cet autre temps est encore très proche de nous. De ce fait, certaines personnes gardent toujours ces mentalités, ce qui rend difficile la prise de recul. Vous voyez le problème ?
 

 

Millennials vs. The world

Mais ce n’est pas comme cela que cette division est présentée sur Twitter ou dans les journaux. Comme très souvent, le débat est remplacé par une opposition millennials/baby-boomers. Au lieu de réfléchir aux contenus médiatiques, le débat est déplacé vers les consommateurs et consommatrices. Alors, selon les opinions, les millennials (nés entre 80 et 2000) seraient trop sensibles et politiquement correct.e.s, ou bien les baby boomers (entre 46 et 64) seraient incapables d’évoluer avec leur temps.
L’image des millennials, très fantasmée par les médias traditionnels, ne correspond pas forcément à une réalité. Dans l’imaginaire médiatique, les millennials suivent tous les challenges (plus ou moins intelligents) des réseaux sociaux, ne s’informent plus qu’en 140 caractères, ont le temps de concentration d’une Vine. Et en effet, ce sont les médias qui ont popularisé cette figure : en 2013 déjà, le Time publiait un article de Joel Stein, « Millenials: The Me me me generation ». Dedans, il peint le portrait d’une génération où :
« Ils sont si convaincus de leur grandeur que des études du National Study of Youth and Religion ont montré que la guidance moral de 60% des millennials dans une situation donnée est qu’ils pourront juste sentir quelle est la bonne chose à faire ».

 
Une interprétation très étrange de statistiques qui ne montrent pas grand chose : que pensaient les générations passées de leur morale ? Que disent les 40% restants ? Ce concept du millennial est aussi soutenu par de nombreux sociologues, avec plus ou moins de succès : entre autres, Kathleen Shaputis parle de la « Peter Pan generation », une génération qui délaie les rites de passage à la vie adulte. Par rites de passage, elle désigne principalement le fait d’acquérir son indépendance financière et d’arrêter de vivre avec ses parents. Malgré tout, comme le fait remarquer Kimberly Palmer dans son article « The New Parent Trap », le coût de la vie et, aux Etats-Unis, des cours à l’université, limitent grandement cet accès à l’indépendance. En un mot, les analyses de certains sociologues, comme celles de nombreux médias, ont tendance à construire ce récit pour justifier les changements de la société. Les mutations de l’économie et des valeurs d’un temps sont effacées pour débattre à la place des individus, ce qui est plus facile, et beaucoup moins utile.

 

Se réapproprier pour mieux régner

Les articles qui ont envahi mes notifications à ce sujet ne donnent donc pas de réponse au problème initial, celui de l’appréciation des contenus médiatiques de la génération passée. Beaucoup de jeunes adultes regardent toujours Friends, parce qu’ils ont grandi avec, et que son aspect retro fait justement son charme. Regarder ces contenus comme avant n’est plus possible, principalement parce que ce n’est plus intéressant. Non, la société dans Friends n’est plus vraiment actuelle. C’est aussi pour ça que la série est qualifiée de série culte et de « meilleure série de tous les temps », et que la regarder rend nostalgique. Et même quand la génération de ceux qui peuvent être nostalgiques de leur enfance en regardant Friends sera passée, elle restera l’indémodable.
Citer Baudelaire pour un article sur Friends et les toasts à l’avocat est un peu prétentieux, mais il le dit mieux que moi : la beauté d’une œuvre, c’est « tirer l’éternel du transitoire ». Ce qui va rester des productions culturelles passées est ce qui résonnera toujours chez celles et ceux qui les regardent. Dans le cas de Friends, c’est le fait de se sentir un peu perdu.e dans la vie d’adulte et de ne pas être la personne qu’on imaginait être quand on aurait la vingtaine. Et ça, ce sont des sentiments que les millennials connaissent aujourd’hui par cœur.
 

Léa Andolfi

 

Sources

  • Joel Stein, « Millennials: The Me Me Me Generation », Time, 20 mai 2013.
  • Kathleen Shaputis, The Crowded Nest Syndrome: Surviving the Return of Adult Children, Clutter Fairy Publishing, 2004.
  • Kimberly Palmer, « The New Parent Trap », US News, 12 décembre 2007.
  • Baudelaire, Écrits sur l’art (1845-55), Collection Livre de poche.

 

Crédits image

  • Photo de Rex Features
  • Photo tirée de ce tweet : @kirinokousakas
  • Photographie d’Andrew B. Myers pour TIME, styling de Joelle Litt
  • Photo de toast à l’avocat de Reprenez les commandes

 

La diabolisation par les médias : faire peur pour mieux faire vendre ?

Si la diabolisation prend historiquement ses racines dans la propagande, elle est aujourd’hui banalisée. Le lecteur contemporain possède davantage de sens critique que ses prédécesseurs n’en avaient lors de la Première Guerre mondiale, à la lecture du portrait journalistique d’un Allemand ennemi déshumanisé et monstrueux. Néanmoins, ce recours courant à la diabolisation dans les médias reste problématique : si elle engage une division du lectorat, elle s’appuie également sur des schémas de pensée mythologique sacralisant le dangereux au lieu d’y apporter des solutions.

Quand le mythe redessine le réel

Louis Queré dans Des miroirs équivoques rappelle la fonction sociale et identitaire des médias. Un média prend part à un univers d’intérêts et de rapport de force. Il a un rôle de fondation : véhiculer des idées préalablement conçues au sein d’une société, ou générer des idées qui influenceront la pensée commune.
En tout état de cause, le rôle du média n’est jamais neutre. Mais il l’est moins encore lorsque le média assume une part de démesure et choisi de diaboliser un individu, un groupe, ou une idée. La tâche d’un média étant d’informer plutôt que d’influencer, on est en droit de se questionner sur l’apport de ces représentations dichotomiques. Son point d’ancrage, c’est de dénoncer, ce qui est considéré par l’opinion publique comme une déviance aux « lois humaines » d’une société.
Ainsi, les manifestants contre la loi Devaquet, -loi visant à réformer les universités françaises-, sont, en 1986, désignés en ces termes par Louis Pauwels, fondateur du Figaro Magazine « d’enfants du rock débile, les béats de Coluche et de Renaud, ahuris par les saturnales de Touche pas à mon pote », et comme porteurs d’un « sida mental », expression qui marquera l’histoire de la presse française. Le « sida mental », dans ce cas de figure, signifie le poison destructeur, annihilant, ôtant les concernés de leurs facultés de réflexion.
Le cas Trump est différent. Mais il est également symptomatique de cette diabolisation de la part des médias, qui occulte la faculté de penser et d’agir rationnellement. La presse papier a relayé les alertes de comités de professionnels de santé, affirmant que Trump était un « danger imminent », un « narcissique malfaisant » qu’il fallait destituer à tout prix. Si les arguments avancés sont troublants, on peut se demander si la profusion d’articles sur le sujet et cela depuis plusieurs mois, jusqu’au démenti maladroitement proféré publiquement par Donald Trump, ne révèle pas d’un point de vue très subjectif, qui influence plus qu’il n’informe.

 

Vendre son âme aux français

Pour le lecteur héritier de la mentalité judéo-chrétienne, la figure du diable est facile à comprendre : c’est le mal, féroce, pernicieux. Il correspond, dans l’imaginaire collectif, à une apparence qui vacille entre l’homme et l’animal, aux traits grossiers et effrayants. Certains médias jouent régulièrement avec cette vision manichéenne. Cela répond à une nécessité économique : la peur et l’extraordinaire invitent à acheter.
Rien de plus naturel, lorsque l’on songe à la crise que traverse la presse en France. En 2015, les ventes papiers avaient chuté de 8,6%. Une compensation des ventes sur format digital ramène toutefois la baisse globale à 1,4%. Simultanément, la confiance du public envers les médias s’effrite. C’est en effet ce qu’affirme le « Baromètre 2017 de confiance des Français dans les médias » réalisé par TNS Sofres : pour plus d’un Français sur deux (55%), il y a des différences / les choses se sont passées différemment de la manière dont la télévision les raconte. Quant à Internet, seul 26% des Français en ont confiance, contre une majorité qui ne le juge pas crédible, retrouvant son niveau de 2006. Car la diabolisation, loin de toujours générer l’effet escompté, peut rebuter. Par effet pervers, la figure du diable attire également et forme, parfois contre la volonté première du journaliste, un public d’admirateurs.
Cette diabolisation est donc attisée par la nature paradoxale du public. Le consommateur d’un média cherche un contenu journalistique de qualité, mais ne se donne plus toujours le temps d’approfondir sa quête d’informations et de prendre le recul nécessaire.
Le journalisme serait-il réduit à la trop forte épuration de ses informations, rendant son contenu manichéen ? N’est-il plus voué qu’à influencer alors qu’il veut informer ?

 

Se faire l’avocat du diable

Le média ne doit pas renoncer à la mise en alerte mais il doit privilégier le fond sur la forme. La presse a, depuis les années 70, diabolisé les criminels et les tueurs en série afin de stimuler l’imaginaire des lecteurs, influençant la culture populaire et amenant à la création de films et séries sur le sujet. Le phénomène se décline aujourd’hui sous d’autres formes. Les attaques de Charlie Hebdo avait donné lieu à un traitement de l’information par BFMTV qui avait largement été questionné. En effet, l’opération des forces de l’ordre avait été scénarisée à la manière d’une traque hollywoodienne, dont l’issue ne pouvait être que la mort des fugitifs. Les médias ont évidemment été miroir d’une opinion publique horrifiée par l’extrême violence de l’attaque terroriste. Mais cette mise en scène ne s’est pas contentée d’en être le reflet. Le groupuscule terroriste ne s’est pas vu seulement attribuer le rôle de criminel, il s’est vu représenter celui d’un diable, de la bête immonde que l’on doit abattre. Or, déshumaniser, dépersonnaliser le terroriste, c’est risquer de passer à côté de toutes les raisons qui permettent de comprendre ce qui a pu arriver, et ainsi de ne pas régler les problèmes à leurs sources : la pauvreté générée par l’immigration, les failles de l’éducation nationale, ou les problèmes d’encadrement dans les prisons françaises. Ces causes ne sont qu’une explication partielle, et n’ont pas pour but de justifier l’horreur du crime proféré. Mais elles offrent des clefs de compréhension analytique.
La diabolisation dénonce la déviance aux « lois humaines », allant jusqu’au crime, mais refuse d’y apporter des réponses. Elle ne parvient qu’à satisfaire momentanément la frustration générée par l’injustice, la violence, la corruption, etc.
Prenant l’initiative de présenter le mal autrement, la philosophe juive Hannah Arendt s’était employée à présenter la normalité, voire l’« hypernormalité » de certains dirigeants nazis tels que Heinrich Himmler ou Adolf Eichmann. Elle précisait, dans une interview de 1964 avec Thilo Koch, que c’est « ce caractère soi-disant démoniaque du mal, lequel peut encore pour cette raison se réclamer de la légende de Lucifer l’ange déchu, qui exerce une force d’attraction si extraordinaire sur les hommes. »
Il est plus facile de stigmatiser un diable à forme humaine, qu’un homme singulièrement commun, même pas spécialement mauvais. Les médias, dans leur course à l’extraordinaire, refusent la banalité du mal. Or, si le mal est banal, il n’en est pas moins réel. Et le comprendre, c’est déjà commencer à lutter pour sa résolution.
Alice Pasche
Sources :

  • Pierre-André Taguieff, Du diable en politique : Réflexions sur l’antilepénisme ordinaire, CNRS Éditions, 2014
  • Francetvinfo, « Selon les psychiatres américains, Donald Trump est un « narcissique malfaisant » » , 2017
  • Polémia, « Petite histoire des campagnes de diabolisation », 20 septembre 2013
  • Libération, « Louis Pauwels: Figaro-ci, dérapages-là. Le fondateur du «Figaro Magazine» est mort hier à 76 ans. », Anne Boulay, 29 janvier 1997
  • FastNCurious, « Le datajournalisme va-t-il sauver le média d’information ? », Clément Mellouet, 27 juin 2016
  • Katar France Insight, « Baromètre 2017 de la confiance des Français dans les media », Carine Marcé, 02 février 2017

Crédits photos :

  • Image 1 (de couverture) : Le point, « Les détournements de Walter Lewino : Mélenchon interdisant à Le Pen d’approcher la classe ouvrière. », Frédéric Lewino, 23 novembre 2013
  • Image 2 : Screenshot de InfoWars, « Yale psychiatrist : Trump could destroy the entire human species », 7 janvier 2018
  • Image 3 : « Lügenpresse : la confiance entre médias et citoyens allemands est rompue », dessin de Milady de Winter, 31 juillet 2016

Le préservatif et la pub

Depuis quelques jours, Manix a envahi les quais des métros parisiens. De gigantesques affiches aux teintes noires, blanches et bleues vantent la nouvelle gamme de préservatifs de la marque, avec pour slogan « smart = sexy ». On promet aux voyageurs des « sensations intactes », une « stimulation d’orgasme » ou encore un ébat « longue durée ».

Le chemin fut long pour admettre ce bout de latex dans la publicité…

L’« imperméable du sexe » dans l’Histoire

Les spécialistes datent l’invention du préservatif à 3000 ans avant JC, à l’époque où les soldats égyptiens utilisaient des boyaux de mouton ou des vessies de porc pour se protéger d’éventuelles maladies. Bien des siècles plus tard, en Asie, on utilise du papier de soie huilé, des écailles de tortue, ou encore du cuir.

Le premier préservatif en caoutchouc est inventé à la fin du XIXème, par la compagnie de pneumatiques Goodyear. Le modèle est lavable après usage et garanti cinq ans. Puis, en 1930, c’est l’apparition et la démocratisation de ce que nous connaissons toujours aujourd’hui : le préservatif en latex, en constante évolution depuis les années 1990 et l’invention de produits décorés, parfumés…

Briser le tabou

Ce n’est qu’en 1987 que Michèle Barzach, secrétaire d’Etat à la santé, autorise les publicités pour préservatifs. Celles-ci étaient interdites depuis la fin de la Première Guerre mondiale, assimilées à une propagande anti-nataliste.

Alors que le SIDA fait des ravages depuis une dizaine d’années partout dans le monde, l’objectif premier de la mise en avant de l’usage du préservatif est la sécurité et la protection. Une validation, toujours obligatoire aujourd’hui, par l’Agence de Sécurité sanitaire des produits de santé, est nécessaire pour diffuser ces publicités, au même titre que les médicaments et autres dispositifs médicaux. L’agence note que « les publicités en faveur des préservatifs doivent mentionner « Il est rappelé l’intérêt des préservatifs dans la prévention du VIH / SIDA et des autres IST » ».

La première publicité diffusée en France est réalisée par Jacques Séguéla pour Durex. On y voit une voiture qui bouge, arrêtée sur le bord d’une route. Un rire se fait entendre. Le spot se termine avec un slogan : « la sécurité au moment où l’on oublie tout », dans sa version belge, et « l’amour, faut pas en faire une maladie », dans sa version française. Cette publicité se fait remarquer comme sulfureuse pour l’époque.

Des études prouvaient que les hommes avaient encore honte de demander des préservatifs dans la rue. Jacques Séguéla, dans l’interview ci-dessous, raconte : « J’ai été pharmacien avant d’être publicitaire, et les hommes me passaient des petits mots à la caisse avec écrit « préservatifs ». La publicité doit déculpabiliser le consommateur car il n’y a pas de honte à mettre un préservatif. » Il s’agit, en effet, de briser un tabou, de changer les mentalités en faisant du préservatif un objet du quotidien, banalisé.

Jacques Séguéla – La Pub pour les préservatifs

 

Dans les années 1990, les publicités deviennent plus « sexy ». On allie plaisir et sécurité. Les spots misent sur la sensation et sont parfois teintés de pédagogie, comme dans cette publicité belge de 1995. Une femme fine, aux longs cheveux blonds, nous apprend à « rouler (le préservatif) sur la bête » :

 

Mais il faut avouer que les publicités pour préservatifs, comme tout ce qui touche plus ou moins au sexe, sont un terreau bien fertile pour l’humour. Les Inconnus s’en sont emparés pour faire un sketch caricaturant les publicités pour préservatifs dans quelques pays européens. C’est cadeau :

Les Inconnus – Les Préservatifs Européens

Sexe, plaisir et humour

Aujourd’hui, les publicités sont plus décomplexées. Elles alternent entre humour, performance et sécurité.

Ainsi, on peut penser à cette publicité pour Zazoo, qui met en scène un petit garçon qui fait un caprice à son père pour avoir des bonbons. Le père est exaspéré ; le petit crie partout. La conclusion est sans appel : « Utilisez des préservatifs ».

Mais l’évolution de la perception de l’usage du préservatif s’observe surtout dans les publicités qui mettent en scène le plaisir que celui-ci peut procurer. La publicité pour Hansaplast a rencontré un franc succès : on y voit un enfant demandant à sa mère la permission pour faire un tas de bêtises. A chaque fois, celle-ci lui crie « oui ! ». S’il n’y a pas de mise en scène de l’acte sexuel en soi, puisque l’on ne voit pas la mère qui crie dans sa chambre, on associe néanmoins le produit à la jouissance et à l’oubli de tout le reste, des responsabilités.

Hansaplast, toujours, dans une publicité tout en suggestion, nous vante la longueur des ébats permise par ses préservatifs.

Et la femme ?

Pourtant, notons bien que depuis le début de cet article, il n’est question que de préservatifs masculins. Quid des préservatifs pour femmes ? Il faut bien reconnaître que leur utilisation reste très (très) limitée. Fait assez révélateur : sur Condozone, le « n°1 de la capote en ligne », 35 préservatifs vegan sont proposés, contre 3 préservatifs féminins, et des dizaines pour hommes. A ce sujet, le domaine de la publicité reste muet…

Innovatrice, aux Etats-Unis, la marque FC2 a sorti cette année une publicité qui se veut un mode d’emploi mettant au placard les idées reçues sur ce mode de contraception féminine.

A quand une publicité pour préservatifs féminins dans les métros parisiens … ?

« Down and dirty with female condom »

Juliette Jousset

 

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Noël sera spectacular spectacular !

Quel est le point commun entre Hugh Jackman, Zac Efron, Noël et les Galeries Lafayette ? Pour répondre à cette question, il suffit d’évoquer le film The Greatest Showman qui sortira sur les écrans français le 24 janvier 2018. L’enseigne de grands magasins nous fait découvrir en avant-première l’univers surréaliste et spectaculaire du film, le tout étant mis en scène aussi bien en vitrines qu’à l’écran.
Le groupe l’écrit ainsi : « À l’occasion des fêtes de fin d’année 2017, les Galeries Lafayette vous invitent à retrouver votre âme d’enfant« . Magie, diseuse de bonne aventure, chorale et même tatouage éphémère (si si !), autant d’animations qui feront des immanquables courses de Noël un jeu d’enfant…
Aussi simple que ça ? Pas si sûr, du moins en coulisses… La campagne monstre qui a commencé depuis fin novembre est le fruit d’une stratégie communicationnelle très habile, s’appuyant sur le multimédia et l’expérience immersive. En somme, un univers à décliner sous toutes ses coutures et sur tous les formats.
 

De la refonte de l’identité visuelle …

D’abord, un bref retour en arrière s’impose : en janvier 2017, la direction artistique de la nouvelle campagne publicitaire des Galeries Lafayette avait déjà été confiée à Toiletpaper, magazine culte et label italien créés par l’artiste Maurizio Cattelan et le photographe Pierpaolo Ferrari. Rappelez-vous ces visuels acidulés, fun et rétro qui ne donnaient alors que le la des futures thématiques visuelles de l’entreprise. Guillaume Houzé, directeur image et communication de l’enseigne, avait alors commenté que « Toiletpaper [était] le partenaire idéal pour franchir aujourd’hui une nouvelle étape et renouer avec la liberté de ton et l’exubérance que véhicule la marque Galeries Lafayette ».
 



 
La collaboration avec Toiletpaper ne s’est d’ailleurs pas arrêtée en si bon chemin avec le film Noël Spectacular Spectacular mis en image par le duo italien. Diffusé entre le dimanche 19 novembre et le vendredi 15 décembre, il est décliné en deux versions, de 30 ou 10 secondes, selon les supports : grandes chaines, réseaux sociaux en multiscreen, ou encore digital et social media.
 

 
Mais que voit-on au juste dans ce spot publicitaire ? Outre le burlesque voire la folie assumée, il semble ne pas faire l’adhésion.
Sur les réseaux sociaux, ou directement en commentaire de la vidéo Youtube, certains reprochent à la vidéo de faire l’éloge des stéréotypes genrés de nos sociétés encore patriarcales : un gros plan sur un fessier féminin (assorti d’une petite queue de lapin…) ou une figure androgyne en guise de cible à escarpin. Pour autant, d’autres y voient une touche rebelle qui place sous les projecteurs la question de la transsexualité : les personnages l’incarnant occupent plusieurs fois l’écran.
 

Aux scénographies extérieures et intérieures des magasins

Mais pourquoi cet univers foisonnant de fête foraine sur fond de fantaisie et de glamour a-t-il envahi leurs magasins ? Tout simplement parce-que les Galeries Lafayette se sont associées à la prochaine comédie musicale de l’année (début 2018 pour la France) : The Greatest Showman, réalisé par Michael Gracey (d’abord réalisateur de spots publicitaires aux allures music-hallesques pour Lipton, Renault ou encore Peugeot) et dont la bande originale a été composée par les auteurs de La la land. Le film raconte l’histoire d’un visionnaire du show business qui a réussi par son imagination à révolutionner le monde du spectacle à l’échelle internationale.
 

 
L’enseigne de grands magasins a ainsi dédié le rez-de-chaussée Homme à une grande expérience immersive, des coulisses du film en passant par les répliques des costumes. Quant à la terrasse du magasin principal, on y trouve une montgolfière aux couleurs du long métrage.
 


 
Et ce n’est pas tout : c’est Beth Dito en personne (aka la chanteuse de Gossip) qui a inauguré les vitrines du navire amiral du boulevard Haussman. Le concert a marqué le lancement d’une expérience virtuelle dédiée aux visiteurs : grâce à l’Oculus Rift, il leur est possible, et ce jusqu’au 2 janvier 2018, de faire un tour en roller coaster sous la coupole des Galeries.
 


 
Bien plus qu’une campagne classique de communication, Les Galeries ont fait de cette opération une mise en scène magistrale en privilégiant la multiplicité des représentations, des plus innovantes aux plus ancestrales…
 

Un Noël 2.0… vraiment ?

Le Boulevard Haussman s’illumine pour la première fois depuis 20 ans et propose aux passants de « devenir acteurs de la féerie de Noël » en prenant le contrôle des lumières du boulevard. Ludique et…malin. En effet, une récente étude menée par BNP Paribas Real Estate vient de classer le boulevard Haussmann en deuxième position des artères commerçantes les plus fréquentées de la capitale (le quartier Haussmann dans son ensemble arrive même en tête). Agnès Vigneron, directrice du magasin Galeries Lafayette Paris-Haussmann et présidente de Haussmann Paris, précise que ce quartier représente « 3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et 50 millions de visiteurs par an ». Malin donc le contrôle des lumières colorées à la demande : il suffit d’un simple geste du doigt sur l’application PlayHaussmann pour devenir le « maître des lumières » et piloter à distance 49 arbres décorés et 5 kilomètres de LED.
 


 
En bref, Lafayette nous parle de magie depuis le début : dans son archéologie des médias, Yves Citton fait remarquer que le but ultime des médias est de nous faire voyager magiquement dans le temps et dans l’espace. Dans sa typologie, il emploie le terme de médiumnique pour se référer à l’occulte, au spiritisme ou à la magie… Justement, les Galeries nous proposent des animations qui semblent pour leur part tourner le dos à la modernité : magicien ou diseuse de bonne aventure viennent ainsi nous émerveiller entre deux courses ou contes de Noël par leurs tours de passe-passe
 


 
Que cette campagne publicitaire soit sur fond de tromperie ou non, tout est fait pour attirer le
« potentiel » client, lui prendre la main et l’inciter à toujours plus consommer. Cette année, les Galeries Lafayette mettent en scène leur propre fête de Noël qui sera « grandiose et spectaculaire ».
Andy Warhol avait vu juste : « Tous les grands magasins deviendront des musées et tous les musées, des grands magasins. »
 

Laura Legall

 

Sources :

 

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« Dis-moi ce que tu portes, je te dirai qui tu es »

Luxe n. m. : vient du latin luxus et se définit comme étant un « plaisir relativement coûteux qu’on s’offre sans vraie nécessité », c’est-à-dire « ce que l’on se permet d’une manière exceptionnelle pour se faire plaisir ». Comme le montre cette définition du Larousse, le luxe est donc exceptionnel : à la fois rare et cher, souvent inaccessible et réservé à une élite. Vaste programme. Dix ans après la crise des subprimes dont on garde encore des séquelles, et dans un monde où le bio se substitue au consumérisme, le marché de la location de luxe bat son plein. Rent the Runway, Panoply, Instant Luxe… tout autant de sites qui nous mettent le luxe à portée de main.
 

Le luxe 2.0 : « L’usage prime sur l’acquisition » *


L’idée est simple : rendre le luxe accessible à toutes et à tous. Comment ? Grâce à un abonnement, quotidien, hebdomadaire ou mensuel, le sac Chanel ou la robe Valentino sont désormais faciles d’accès. Une offre permet même d’essayer les vêtements avant de les louer pour quelques jours. L’un de ces sites, l’Habibliothèque, l’illustre bien : comme dans une bibliothèque, on peut emprunter un ou deux vêtements pour quelque temps. Un verre malencontreux se renverse sur une veste en fourrure Gucci ? Pas de problème, il n’y a qu’une franchise à payer. Un coup de cœur pour un vêtement dont vous ne pouvez plus vous séparer ? Ne vous inquiétez pas, vous pouvez l’acheter ! En résumé, il s’agit de s’amuser : au lieu d’investir 400 euros dans un manteau le plus sobre possible pour rentabiliser l’investissement un maximum – le manteau multicolore ne tiendra pas plus d’un hiver c’est évident, il s’agit désormais d’offrir à chacun de vivre le plaisir du luxe en toute liberté.

« Oubliez le prince, gardez les chaussures »

 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
« Les nouveaux services de location de produits de luxe permettent à des Cendrillon d’un soir de se parer pour le bal », résume Julie El Ghouzzi, directrice du Centre du luxe et de la création. A l’image de Cendrillon, la mode permet désormais de vivre une expérience de consommation unique. En effet, si la consommation est la satisfaction de ses besoins, elle a également une fonction symbolique dans les interactions sociales car comme le dit Veblen, « la possession et les richesses confèrent l’honneur. »
 
Dans une ère où le personal branding est primordial, la location de vêtements ou d’accessoires de luxe permet donc également d’entretenir son image sur les réseaux sociaux. Ce concept peut se définir comme une pratique qui consiste à promouvoir son image à l’aide d’outils marketing et communicationnels habituellement utilisés pour une marque. Il s’agit donc d’abord d’élaborer une histoire, puis de trouver des « points de rupture », d’analyser ses échecs et enfin de romancer cette structure. Certains sites internet proposent même de créer le personal branding d’une personne. Dans ce contexte, quoi de mieux qu’un sac Lanvin sur une photo Instagram pour relancer sa communication personnelle ?

Pour une économie de la mode collaborative et responsable


« On porte en moyenne un vêtement sept fois. Des dizaines et des dizaines de fois pour des basiques, une à zéro fois pour des pièces plus extravagantes. » explique la cofondatrice de Panoply.com. Qu’on soit une acheteuse compulsive ou à la recherche de LA pièce intemporelle, désormais la raison s’est substituée à la passion. Après avoir vu son placard déborder et avoir constaté qu’on mettait toutes les semaines les trois mêmes pulls et les deux mêmes jeans, il nous reste deux options : se dire qu’« on ne sait jamais, un jour on le mettra sûrement » ou tout balancer, vendre ou donner. C’est cette réaction que les sites comme Vestiaire collective, Videdressing.com et Vinted ont anticipée : débarrassez-vous de vos vêtements, enrichissez-vous et faites des heureux !
 
 
« Le luxe en quête d’un modèle plus éthique » titraient Les Echos le 4 octobre dernier, suite à l’étude réalisée par Mazars sur la transparence et le respect de l’environnement désormais requis par les Millenials. On attend donc du luxe et de la mode qu’ils soient le lieu de cette exigence. Et redonner une seconde vie aux vêtements, quoi de plus écologique ? Terminée la « fast fashion », la passion boulimique pour les fringues, aujourd’hui la consommation est collaborative : arrondir ses fins de mois et préserver l’environnement, voilà le nouvel objectif. Et à l’heure où la quête de lien social est prégnante, tous ces enjeux réunis en un seul ont donné naissance à l’économie collaborative. Airbnb, Autolib, Uber, Cityscoot, KissKissBankBank… Tant d’entreprises qui bouleversent notre économie dite « classique ». Désormais les valeurs qui priment sur le marché sont devenues non-marchandes : convivialité, entraide, partage, gratuité… Utopie ou véritable révolution ? Matthieu Letaert, auteur d’Homo cooperans 2.0, reste prudent : « J’y vois les bases d’une potentielle révolution (…) tout dépend de ce qu’on en fera. »
 
To be continued…
Hélène de Vogüé
LinkedIn 
Sources :
* Delphine le Goff in Stratégies « Luxe à louer », jeudi 7 décembre 2017

Crédits photos :

  1. Film « Confessions d’une accro au shopping »
  2. Capture d’écran du site La Panoplie
  3. Film Walt Disney Cendrillon

Brigitte Macron au zoo de Beauval ou la diplomatie du panda

Le 4 août 2017, en plein été, la France s’émeut de la naissance d’un panda au zoo de Beauval. Cette naissance est on ne peut plus miraculeuse que cette espèce en voie de disparition a une période de libido très restreinte : 3 jours par an. Le 4 décembre 2017, nouvelle vague d’émotion : le petit panda a été baptisé par sa co-marraine, Brigitte Macron, lors d’une cérémonie officielle. La médiatisation et le caractère diplomatique de l’évènement questionnent le réel centre d’attention : est-ce le bébé panda ou est-ce la Première Dame ?
 

Une cérémonie au zoo dérape en cirque médiatique : paillettes et émotions autour de la First Lady française

Le traitement médiatique de cet évènement met en avant des photos de Brigitte Macron attendrie devant un bébé panda. Ce primat de l’image dans le traitement médiatique efface donc une facette majeure de la cérémonie : il s’agit de la première intervention officielle de Brigitte Macron en tant que Première dame. Il est possible, par exemple, d’avoir de nombreux détails sur sa tenue, son sourire et son enthousiasme, mais il y a eu peu de mentions de son discours. Certains organes de presse, spécialisés dans les « people », vont jusqu’à décrire sa tenue par rapport à sa dernière apparition, en mentionnant le bébé panda uniquement comme un arrière-plan « mignon » de l’évènement. Cela cantonne le rôle de Première dame à celui d’une simple question d’apparence. Brigitte Macron est alors plus traitée en « people » qu’en personnalité politique. Ce phénomène se retrouve dans de nombreux pays. Il est facile de prendre l’exemple de Melania Trump, dont le rôle transparaît en majeure partie via les photos officielles. Une des grands problématiques la concernant, au lendemain de l’élection de Donald Trump, fut le boycott de nombreux couturiers : qui pour habiller la First Lady ? Ce rôle prédominant du vestimentaire réduit bel et bien le rôle de Première dame à son apparence. Force est de constater que dans la charte du statut de Première dame, publiée par l’Elysée en août 2017, le rôle de Brigitte Macron reste celui d’une accompagnatrice, même s’il souligne ses responsabilités et la possibilité de se voir confier des missions par le Président. D’où la prédominance de l’image dans le traitement médiatique : la Première dame serait là pour « faire figure ». Ce baptême est donc également un baptême médiatique : une cérémonie officielle uniquement traitée en images.

 

« Cherchez la femme » : Brigitte Macron, meilleure alliée du Président

Brigitte Macron est co-marraine du panda avec Peng Liyuan, Première Dame chinoise. Ce baptême illustre donc bien plus qu’une naissance miraculeuse au sein d’une espèce en voie de disparition. Ces deux femmes endossent un rôle important qui est celui de renforcer les liens diplomatiques. Dans son discours, Brigitte Macron s’adresse en effet directement à son homologue chinoise et souligne leur rôle commun, qui est de « faire prospérer l’amitié franco-chinoise ». Elle conclut même son discours par un au revoir chaleureux : « je vous dis, Madame, merci et à bientôt ». Si Peng Liyuan n’était présente qu’au travers du vice ministre chinois des Affaires Etrangères, Brigitte Macron anticipe le lien amical qu’elle pourra développer dès janvier 2018 lors de la visite officielle d’Emmanuel Macron en Chine. Le baptême du bébé panda peut en effet être vu comme le prétexte d’un meeting diplomatique. Cela à cause de la présence du secrétaire d’Etat auprès du ministre des Affaires Etrangères, du vice ministre chinois des Affaires Etrangères, ou encore de Jean-Pierre Raffarin, ancien premier ministre et spécialiste de la Chine. De plus, Brigitte Macron déclare être « très émue qu’on [lui]ait confié ce devoir par rapport à la Chine, c’est aussi une très grande responsabilité ». Les termes « devoir » et « responsabilité » sont très forts et significatifs : la présence de la Première dame ne se justifie pas uniquement par son rôle de marraine d’un bébé panda. Elle endosse un rôle diplomatique bien plus important que ce que les apparences people peuvent montrer. Dans son discours, elle compare ce type d’évènement à « l’illustration du dialogue toujours fécond entre nos deux peuples qui se regardent, s’écoutent et se comprennent depuis deux siècles ». Quid du bébé panda ? Brigitte Macron semble être là pour renforcer les liens diplomatiques.

Un panda symbolique tout aussi bien que politique

En 2012, sous la présidence Sarkozy, la Chine a prêté à la France un couple de pandas géants en signe d’amitié diplomatique. C’est ce même couple qui a donné naissance à son petit en août dernier, grâce à une insémination artificielle. Prêter des pandas géants n’est pas rare, c’est une pratique commune dans la diplomatie chinoise depuis le VIIe siècle. Aujourd’hui, ces prêts sont codifiés : le prêt dure dix ans au maximum, contre une somme d’argent annuelle dépendant du taux de fréquentation des zoos en question. Il est alors aisé de filer une métaphore sur la vitalité du lien diplomatique franco-chinois à travers ce couple de pandas qui a donné la vie. De plus, le nom choisi par les Premières Dames est Yuan Meng, qui signifie « réalisation d’un rêve ou d’un souhait ». Dans ce baptême, tout pousse à souligner le renforcement et l’enrichissement d’une amitié diplomatique tournée vers l’avenir, amenée à se développer. Ainsi, la naissance de Yuan Meng est bien plus qu’un miracle pour la survie de l’espèce, il témoigne d’un rebondissement dans les liens diplomatiques entre la France et la Chine.
La naissance de ce bébé panda dépasse la simplicité d’un moment de tendresse, ou d’un moment « people » pour Brigitte Macron : le baptême de Yuan Meng est le baptême politique et diplomatique de son statut de Première dame, promis à un rôle aussi bien en France qu’à l’international.
 

Clémence Duval

Sources :
« Brigitte Macron a baptisé le bébé panda prêté par la Chine «Yuan Meng» », Le Figaro, Arthur Berdah (le 04/12/17)

« Brigitte Macron émue : Radieuse devant un bébé panda aussi mignon que farouche », PurePeople, (le 04/12/17)

« En images, Brigitte Macron a baptisé le bébé panda de Beauval », Paris Match, Emilie Cabot (le 04/12/17)
« Zoo de Beauval : Brigitte Macron baptise le bébé panda, un symbole diplomatique », RTL, Sarah Belien (le 04/12/17) 
Crédits photos: 
Photo 1) Abaca
Photo 2) Thibault Camus / POOL/ AFP
Photo 3) AFP

Starbucks président ! Quand les marques s’engagent dans des causes d’intérêt public

En janvier dernier, juste après son élection, Donald Trump s’exprimait sur la nouvelle politique anti-immigration qu’il souhaitait mettre en place. Immédiatement, ont répondu en opposition plusieurs entreprises américaines comme Starbucks et Airbnb. L’une proposant de recruter 10 000 réfugiés d’ici 5 ans, l’autre d’héberger gratuitement les voyageurs interdits d’entrée aux Etats-Unis.
Nous avons vu se mettre en place une forme de communication de plus en plus commune, ici en réaction aux décisions de politique migratoire prises par le président. Les marques ne se privent pas de montrer leur accord ou désaccord, et de se positionner sur des causes d’intérêt public autres que l’environnement, notamment avec la création de fondation. L’année dernière, durant les élections présidentielles américaines, Ben & Jerry’s invitait d’ailleurs les Américains à voter pour la « démocratie », en cachant seulement à demi-mot leur position.
 

 

Mais pourquoi les marques prennent-elles autant de place dans l’espace public ?

Afin d’éclairer cela, il faut revenir au fondement de la définition de l’espace public. Selon le sociologue Français Dominique Wolton, précédé par Jürgen Habermas et Emmanuel Kant, l’espace public se définissait de la façon suivante : « C’est le lieu, accessible à tous les citoyens, où un public s’assemble pour formuler une opinion publique. L’échange discursif de positions raisonnables sur les problèmes d’intérêts généraux permet de dégager une opinion publique. » On pourrait donc penser une définition de l’espace public proche de celle de l’agora ou du forum, réservé à une parole citoyenne libre.
Pourtant les marques, entreprises privées, tenues par des impératifs mercantiles pénètrent de plus en plus cette sphère. Par exemple, les profils de marque sur Facebook permettent de multiples interactions : on peut devenir « ami » avec Oasis, ou encore avoir une conversation avec RedBull. Les marques créent avec leurs consommateurs une relation de proximité qui leur permet de faire peser davantage leur prise de position. On peut d’ailleurs questionner leur légitimité à faire cela, d’autant plus que leurs impératifs de rentabilité risquent de toute manière de biaiser leurs discours.
 

La marque dépasse sa seule fonction de marque pour se glisser dans les interstices laissés vide par l’État

Mais si cela ne venait pas d’ailleurs… L’influence systémique des marques et du consommateur a peut-être fait naître l’écoute du bruit grandissant d’une demande d’engagement fort de la part des marques. On peut notamment penser à l’exemple de Procter&Gamble, la multinationale américaine qui avait lancé sa campagne #LikeAGirl pour la marque Always et prenait alors le parti d’exprimer sa volonté de militer en faveur de l’égalité entre les sexes.

 
Cela fait d’ailleurs écho à une des théories développées dans Le bonheur paradoxal de Gilles Lipovestky, publié en 2006, portant sur l’état de déréliction dans lequel la société se trouve. Méfiant quant aux capacités de l’Etat à résoudre les « problèmes sociaux » et en conflit sur les grands thématiques sociales, les consommateurs cherchent des repères. Ainsi, les marques auraient tendance à vouloir montrer aux consommateurs qu’elles forment un pilier stable mais aussi qu’elles choisissent de donner et de s’engager sans y être contraintes, ce qui participe à la création de valeur de la marque et à sa notoriété.
Il semblerait donc que l’espace public devienne un espace où cohabitent sphère publique et sphère privée, un lieu où il semble toujours important de questionner l’engagement d’une marque. Leur participation à l’économie ou leur investissement dans des causes humanitaires est devenu une réalité, mais pourront-elles participer à résorber les problèmes de société profonds qui ne sont pas d’ordre matériel, comme l’égalité femmes-hommes ? Là est peut-être leur limite.
 

Priscille ATTELEYN

 

Sources :

 

Crédits Photo et Vidéo :