1914-2014 : célébrer le début de la guerre est-il absurde ?

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1914-2014

 

2014 marque le début d’un cycle de célébrations qui devra durer quatre ans et qui a pour thème la Première Guerre mondiale. Célébrer ? Fêter ? Cela n’est-il pas un peu fort pour le début d’une guerre ?

Commémorer pour rassembler : « un temps d’introspection civique et de réflexion historique autour d’une mémoire unificatrice porteuse de valeurs. »[1]

Créé en 2012, le groupement d’intérêt public « la mission 14-18 » a pour vocation de stimuler et mettre en valeur les différentes actions liées à la commémoration de la Grande Guerre. Et il est important, en effet, de donner un sens à ces célébrations diverses. Épaulé par divers ministères, le groupement a donc bien une vocation publique, prouvant que l’État est fortement partie prenante du sens donné à la célébration. En effet, il est essentiel de donner une direction commune à ces projets commémoratifs. Or, insuffler des valeurs, des imaginaires, passe fortement par la communication du propos. La création du label « Centenaire » permet par exemple de rassembler des projets les plus divers.

Ne peut-on pas alors penser que dans une France éclatée, commémorer la Première Guerre mondiale est un formidable levier de rassemblement ? Dans « commémorer » on entend d’ailleurs bien le préfixe « co » qui signifie « avec » ; on « fait mémoire avec ». Rassembler autour d’une mémoire commune n’est-il pas le meilleur moyen de faire société ? On peut tout à fait mettre en perspective la mission 14-18 la question de « l’identité nationale » très en vogue lors du mandat de Nicolas Sarkozy. Loin de moi l’idée de faire l’amalgame et de mettre tout le monde dans le même panier, mais la mémoire commune est un moteur fort de l’unité nationale. Comme un vieux groupe d’amis, on se raconte les mêmes histoires à chaque rencontre afin de se rappeler que oui, on est soudé, et que oui, on a quelque chose en commun.

Malgré les débats qui divisent les historiens spécialistes, la majorité de la population française fait consensus sur les imaginaires liés à la Première Guerre mondiale. L’image du poilu protégeant femme et enfant de l’ennemi allemand a fait long feu. Et même si celle-ci est fausse, elle permet de rassembler. Contrairement à la Deuxième Guerre mondiale – et encore moins à la Guerre d’Algérie, encore taboue -, où la France n’apparaît pas aussi victorieuse, la Première Guerre mondiale rassemble.

« On ne peut « célébrer » aucune guerre. »[2]

Mais n’est-il pas suspect de commémorer, de célébrer le début d’une telle boucherie ? Lancer un tel cycle n’est-il pas absurde ? En effet, il est essentiel pour le groupement de faire preuve d’intelligence et de pédagogie. Car à fêter le début, la fin, les diverses batailles et actions militaires, on risque fortement de perdre le sens de la commémoration. Que commémore-t-on lorsque l’on commémore le début d’une guerre ?

Pour prendre  un contre-exemple parlant, le projet de Nicolas Sarkozy de faire du 11 novembre une journée de souvenir de tous les morts pour la patrie était complètement absurde. Elle mélangeait en effet des problématiques complètement différentes. En ceci, une journée du 11 novembre aurait fait de la commémoration un moment de pathos plus qu’un moment de réflexion commune. Comme le dit l’historienne Anne Jollet, « les enjeux politiciens poussent à des schématisations ou des omissions par rapport à des savoirs scientifiques, eux-mêmes soumis à leur temps. »[3] Si la mission est soutenue par des organes ministériels, il semble tout de même qu’elle fasse preuve d’une réelle force de communication tant dans sa clarté que dans la pertinence de ses propositions.

Il est en effet aisé de trouver des informations claires sur les objectifs de la mission et ses différents aspects, sans que le site ne soit larmoyant. Au contraire, il semble valoriser tant les projets d’archives que la création contemporaine (le théâtre en particulier) et de fait, ouvre de larges horizons de réflexion.

En somme, si « fêter » le début de la Grande Guerre est absolument étrange, il convient d’une part de différencier fêter et commémorer. La distinction de l’historien Antoine Prost est succincte tout autant que claire : « Célébrer, c’est se réjouir, se féliciter. Commémorer, c’est se rappeler »[4]. D’autre part, il est essentiel de prendre le temps de la réflexion plus que celui du pathos inutile.

 

Mathilde Vassor

Sources :
Le site du Centenaire
L’Humanité

[1] Dossier de presse « le centenaire de la première guerre mondiale », disponible sur www.centenaire.org
[2] L’historien Antoine Prost dans Entretiens croisés réalisés par Pierre Chaillan « Peut-on célébrer la guerre de 14-18 ? », 11 octobre 2013, l’Humanité, http://www.humanite.fr/debat-peut-celebrer-la-guerre-de-14-18
[3] Entretiens croisés réalisés par Pierre Chaillan « Peut-on célébrer la guerre de 14-18 ? », 11 octobre 2013, l’Humanité, http://www.humanite.fr/debat-peut-celebrer-la-guerre-de-14-18
[4] Ibid.

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