Robert Ménard ou l’art de faire polémique

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Le 11 décembre dernier, Robert Ménard a une nouvelle fois fait polémique en publiant sur Twitter sa toute récente campagne d’affichage réclamant la desserte de Béziers par le TGV. Il y représente, notamment, la femme de manière dégradante. Ce n’est pas la première fois que Robert Ménard, maire de la cité héraultaise, choque par le biais de sa communication.

Dès sa publication sur les réseaux sociaux, la campagne d’affichage de la ville de Béziers a été qualifiée de choquante. Les affiches venaient à peine d’être rendues publiques, que déjà de nombreuses réactions se faisaient entendre. Dans la foulée de la publication de la campagne, de nombreuses plaintes ont été déposées. Les plaignants ? Marlène Schiappa, secrétaire d’État chargée de l’égalité entre les femmes et les hommes ; Les Jeunes Insoumis ou encore Laurence Rossignol, ancienne ministre des droits des femmes. Ce n’est pas la première fois que les campagnes d’affichage du maire de Bézier font débat entre propos intolérable et stratégie de communication.

Un caractère violent à l’égard des femmes

Bien que l’ensemble des affiches soient révoltantes, c’est surtout le caractère dégradant envers les femmes qui a retenu l’attention et offensé l’opinion publique. En effet, l’une de ces affiches illustre une femme ligotée sur des rails, hurlant à l’approche d’un train, accompagnée du commentaire : « Avec le TGV, elle aurait moins souffert ! ». La façon dont l’affiche a été construite laisse croire qu’elle s’inspirerait d’un fait divers datant de juin dernier. En Charente, un homme avait ligoté sa femme sur les rails du TGV Paris-Nantes et s’était allongé à côté d’elle avant qu’ils soient percutés et tués par le train. Cette interprétation de l’affiche la rend doublement polémique et fait écho à des chiffres qu’on aimerait ne pas avoir à rappeler. Une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint et une femme sur trois est victime de violences conjugales au cours de sa vie. Mais, ces chiffres, Robert Ménard ne les prend pas en compte et ne s’arrête pas là. En effet, sur une autre affiche, on peut voir un obstétricien qui tient dans ses mains un train avec en premier plan les jambes écartées d’une femme qui accouche avec le slogan : « Alors, t’accouches ? ». Ici, la communication publique du maire de Béziers met en scène la femme en tant que victime de violences. Il se sert du corps de celle-ci de manière humiliante afin de transmettre des messages populistes. Dans un contexte où la lutte pour les droits des femmes est prééminente, la campagne de communication de Robert Ménard est d’autant plus mal venue.

Une mauvaise communication de crise de la part de Robert Ménard

Pas d’excuse de la part de Robert Ménard qui conteste le caractère révoltant de sa toute nouvelle campagne. Et plutôt que de s’excuser, il dénonce même, sur son compte Twitter, des réactions « outrées et paranoïaques », qui « en disent long sur l’ordre moral qui plombe le pays ». « C’est de l’humour. Dans ce cas, il faut interdire Charlie Hebdo et brûler les revues Hara-Kiri », a-t-il également déclaré à l’AFP. Alors que le lien entre la campagne d’affichage et le fait-divers a été établi, Robert Ménard continue de protester et affirme qu’il s’agirait d’une affiche qui fait référence à l’univers du western. La mairie de Béziers a finalement retiré les affiches de la cité héraultaise. En effet, plus aucune affiche n’était visible dans la ville le lendemain de l’affichage. Par ailleurs, Robert Ménard, ainsi que son service communication, ont ajouté auprès de l’AFP que cette opération devait de toute façon être de courte durée.

Une stratégie de communication bien orchestré

Cette campagne de communication dérange, d’autant plus que Robert Ménard est coutumier du fait. En effet, ce n’est pas la première fois que le maire de Béziers suscite l’indignation avec des mesures controversées. Il s’est d’ailleurs fait une spécialité de déclencher des débats autour de campagnes d’affichages choc et de mesures politiques offensantes. Ainsi, Robert Ménard a déjà eu l’occasion, à plusieurs reprises, de placer sa commune au centre de l’actualité nationale. Après le couvre-feu réservé aux mineurs, l’armement des policiers prôné à coups d’affiches à sensation ou la protestation contre l’ouverture d’un centre de demandeurs d’asile à Béziers, les annonces polémiques de Robert Ménard semblent être parfaitement calculées. Selon Christian Delporte, historien des médias et spécialiste de la communication politique, ces annonces relèvent plutôt d’un communication habile de la part de l’élu d’extrême droite. Dans un entretien donné au Figaro en 2015, Christian Delporte explique : « Robert Ménard est un communicant : il sait comment attirer l’attention. […] Robert Ménard savait pertinemment que ses déclarations auraient un impact, c’était d’ailleurs son objectif. De ce point de vue, il s’inscrit dans la tradition de la provocation qui a cours au FN, dont Jean-Marie Le Pen est le parfait exemple : ses déclarations déclenchaient le brouhaha des médias mais constituaient autant de signes lancés à son électorat. » Lorsqu’il agit ainsi, le maire de Béziers a pour objectif de faire écho dans l’opinion publique et dans la sphère médiatique. Alors, créer la polémique est une façon, pour lui, de faire parler de sa commune. Et, il y parvient. Des statistiques concernant les élèves de confession musulmane à l’installation d’une crèche à la mairie en passant par une campagne d’affichage anti-migrants, jusqu’où Robert Ménard ira t-il ?

Sandrine Roul

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