Jacques a dit tous aux champs !

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Le XXIe siècle est définitivement une ère « verte ». Le biologique sous toutes ses formes est des plus tendance, les documentaires pleuvent à propos des agriculteurs qui ont la vie de plus en plus dure, mais surtout, envers et contre tout, le Salon de l’Agriculture fait toujours autant parler de lui après des siècles d’existence. Il faut savoir en effet que ce salon est issu d’un Concours Général Agricole, dont le premier a été lancé en 1870 à Paris. Dédié aux concours d’animaux, il a progressivement évolué en une présentation des animaux et produits du terroir, à l’image de ce qu’on connaît aujourd’hui (même si la tradition du concours demeure). C’est aujourd’hui la plus grande manifestation agricole française, qui a accueilli en 2011 pas loin de 680 000 visiteurs.

Et pourtant, ce n’est pas la nature qui attire visiteurs et journalistes à sillonner les allées au milieu du foin, des vaches et des producteurs vendeurs, mais bien plutôt l’aspect très politique de cet évènement. Si Mitterrand avait l’habitude de faire tous les ans un pèlerinage à la Roche de Solutré, Jacques Chirac a lui instauré une sorte de norme pour les politiques, celle d’apparaître au salon de l’agriculture. L’ancien Président y est en effet apparu chaque année durant toute sa carrière politique, où les médias ont notamment pu remarquer son amour des pommes. En 2008, Nicolas Sarkozy avait souhaité reprendre ce rituel en s’y rendant à son tour peu de temps après son élection, au début de son quinquennat. Avait alors eu lieu le dérapage hyper médiatisé que l’on sait du fameux « casse-toi pauvre con » lancé par le Président, dont il allait entendre parler pendant des années.  Suite à cet épisode, le salon de l’agriculture fut plus médiatisé que jamais, dans la logique désormais de dénicher le « buzz ». Et cette année, année électorale oblige, les politiques étaient plus présents que jamais à la porte de Versailles. Mais on peut du coup se demander qui a influencé l’autre : les politiques, sachant l’ampleur communicationnelle de cet évènement, se sont-ils sentis obligés d’y apparaître ? Ou bien, voyant le nombre de candidats prêts à visiter le salon, les médias se sont-ils mobilisés en masse afin d’être sûrs de ne pas louper l’évènement important qui aurait pu avoir lieu ?

En tous les cas cette année, le salon de l’agriculture s’incruste partout sur internet. Depuis l’inauguration Samedi 25 Février par Nicolas Sarkozy, les agriculteurs ont pu accueillir François Bayrou le Dimanche 26, François Hollande le Mardi 28, Jean-Luc Mélenchon le Mercredi 29, Eva Joly le Jeudi 1er Mars ou encore Marine Le Pen le Vendredi 2. Mais on a pu aussi y voir François Fillon, Ségolène Royal, Dominique de Villepin… Lorsque le rituel croise la période électorale, l’évènementiel devient une arme que personne ne veut laisser au hasard. Pourtant ce n’est pas toujours à leur avantage, comme le prouve l’exemple de Marine Le Pen qui a eu un accueil très chaleureux de ses sympathisants mais a également dû affronter une discussion musclée avec les responsables de la filière viande, suite à ses déclarations au sujet de la viande distribuée en Ile de France qui serait, selon la candidate, exclusivement hallal à l’insu des citoyens. De quoi relancer la polémique sur l’abattage des animaux et mécontenter les agriculteurs dépendants de cette activité.

Le salon de l’agriculture semble donc une étape communicationnelle et médiatique obligée, particulièrement en cette année 2012, bien qu’il ne soit pas forcément un bienfait pour le candidat politiquement parlant. Ce qui montre bien que si le lien entre politique et communication est nécessaire, leur adéquation n’est pas si aisée.

 

Héloïse Hamard

Crédits photo :
©AFP

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