Tu seras un homme, mon fils

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« Nous traitons du malaise des mâles, des rites et des méthodes de séductions, des diverses manières de parvenir à se réaliser malgré une société féminisée, castratrice et généralement frustrante. »

Ainsi se présente un des nombreux sites florissants questionnant la masculinité, supposés apporter soutien et astuces quotidiennes à des hommes toujours plus opprimés par la matriarchie ambiante.

Femens et Menens, Féministes et Masculinistes

Parmi leurs faits d’armes, des articles utiles dans la vie de tous les jours, tels que « Fausses accusations de viols : les reconnaître et les éviter », ou le bienveillant « Pourquoi les tatouages visibles ne sont jamais une bonne idée ». Etrangement, ces deux articles, pourtant écrits et publiés par un site au public masculin, ne traitent que des femmes : on y apprend notamment que la femme tatouée perd de sa « Valeur sur le Marché Sexuel », et qu’« une femme tatouée est une femme endommagée. Une femme tatouée est une femme qui s’enlaidit volontairement. Une femme tatouée est une femme à problèmes ». Ce site, Néo-Masculin.fr, est à la fois anecdotique par son influence quasi inexistante, et édifiant en ce qu’il n’est que la partie émergée de l’iceberg. Ces signaux sont révélateurs d’une crise plus étendue et plus grave, dont la communication et les médias commencent à se saisir avec plus ou moins de subtilité : de la « masculinité ». Un mouvement de réflexion, né ou relancé conjointement du mouvement de libération de la parole des femmes, et des tueries de masse aux Etats-Unis, à l’issue desquelles il est parfois dit du tueur (comme une excuse) que les femmes le rejetaient.

Boys don’t cry

Certains s’en saisissent et en font un étendard, la transforment en questionnement universel et concernant chacun ; le New York Times en fait un long article, « The Boys are Not Albright ».

Les maux annoncés sont graves et les symptômes dénoncés par certains, révélateurs des normes d’une société : ne pleure pas, ne montre pas tes sentiments, sois fort et viril. Alors, vraie crise ou effet de mode, comme le « pinkwashing » ou « femwashing », cette tendance à faire coller la communication et la publicité aux valeurs du féminisme pour se « racheter une conscience » ou une image ?

La « masculinité », telle qu’elle est fantasmée dans un certain imaginaire collectif, fait l’objet de cours de communication, menée par des « pick-up artists », soit littéralement des hommes apprenant à « ramasser », soit draguer les femmes, souvent à grand renfort de lourdeur et de culture du viol. En transformant ainsi des clichés sexistes et machistes en codes communicationnels et sociaux, les « pick up artists » perpétuent et entretiennent cette « crise de la masculinité » qui, évidemment, est elle-même entretenue par la publicité, royaume du muscle, du regard lointain et du virilisme le plus dur. La réflexion sur ce qui ne devrait pas être considéré comme une crise mais plutôt comme une remise en question de codes dérangeants passe aussi par des paroles libres et des lieux de réflexion, à l’image du podcast « The Boys Club », animé par Myriam Haegel sur le site Madmoizelle.

Le questionnement sur le sujet n’est pas né avec #MeToo ou Balance ton Porc. Des interviews menées par Dominique Simonnet ou des articles universitaires témoignent du caractère cyclique de ces questions de genre, et de la complexité de ces dernières, notamment dans leur traitement médiatique, entre opportunisme publicitaire et volonté réelle (mais parfois maladroite) de bien faire.

Rafaëlle Dorangeon

@RafaelleDoran

Sources :

Crédits photos : 

  1. Captures d’écran du site Néo-Masculin
  2. Publicité Invictus, Paco Rabanne, copyright Il Etait une Pub
  3. Publicité copyright LG

 

 

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