Les sites pour « Suggar Daddies » : remise en cause de normes communicationnelles.

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Depuis septembre, le site Richmeetbeautiful a créé la polémique par deux fois. En Belgique, en septembre dernier déjà, puis en France à la mi-octobre. À chaque fois, ce sont des affichages publicitaires tractés devant des universités, par des véhicules liés à la marque.

 

Le cœur du problème

 Ce qui choque de prime abord, c’est le rapprochement très naturel que l’on peut établir entre cet affichage et du pur et simple proxénétisme. En effet, le nom du site signifie « des riches rencontrent des beautés ». Il sousentend un échange financier entre deux individus : A savoir, de l’argent contre du charme et du sexe. Sinon, pourquoi préciser ces critères ?

Il est assez clair que le site en question se différencie déjà des autres sites de rencontre, comme meetic, qui ne font pas des échanges économico-sexuel leur particularité. Le mot « meetic » renvoie avant tout aux rencontres possibles, et non à l’aspect matériel particulier d’une relation.

Le fait que l’affichage s’adresse directement aux étudiant(e)s et qu’il circule à proximité des universités est un autre facteur qui a déclenché la polémique. Des associations étudiantes en Belgique ont accusé le site d’utiliser la précarisation estudiantine pour promouvoir des rapports tarifés. Ces rapports qui permettraient aux étudiants d’avoir une sécurité financière et d’échapper par exemple (comme noté sur l’affiche) aux prêts étudiants.

 

Quelle est la logique publicitaire du site ?

 On peut raisonnablement penser que les responsables du site savent, au moment où ils décident de cette campagne de publicité, qu’elle va déclencher une polémique, ainsi que des débats dans l’opinion publique portant sur sa moralité, et sur des aspects juridiques. Le risque pris par Richmeetsbeautiful est donc énorme, car si l’on parvient à prouver qu’il s’agit de proxénétisme, le site qui se targue de mettre en relation des étudiants précaires et des personnes aisées peut être poursuivi, en Belgique comme en France, où le proxénétisme est interdit.

Richmeetbeautiful semble jouer sur une ambiguïté dans les termes utilisés, comme dans les couleurs et l’image exploités dans la publicité. En effet, celle-ci est rouge et or, la typographie ressemble davantage à l’univers pornographique qu’à d’autres sites de rencontres.

Il semble que les responsables de Richmeetbeautiful ont fait de : « Il n’y a pas de mauvaise publicité » leur adage  et la polémique créée est peut-être totalement calculée pour donner plus de visibilité au site. Les chiffres d’inscription au site ont considérablement augmenté depuis la polémique, ce qui semble montrer que cette stratégie est peut-être gagnante pour le site à court terme.

 

Comment le site se défend-t-il ?

 Le patron, un norvégien nommé Sigurd Vedal, se défend de créer un appel à la prostitution : « Nous sommes un site parfaitement légal […] Nous respectons la loi et ceux qui viennent sur notre site le font volontairement […] On ne promeut pas la prostitution, mais l’aspect financier fait partie de toutes relations« 

Cependant dans le descriptif du site, des formules comme « la sugar baby vaut son pesant d’or » sont assez éloquentes. De plus, des journalistes en immersion sur le site ont pu réaliser à quel point le montant de la transaction était rapidement discuté avec l’immense majorité des profils rencontrés. Dans les descriptifs des profils, il y a déjà pour les sugar daddies l’indication de leur revenus annuels et de leur patrimoine, tandis que pour les sugar babies, une case à cocher répond au style de vie attendu (c’est-à-dire au montant espéré de la relation).

Pour les défenseurs du site, la base de toute relation humaine est l’échange, qui peut très bien être de nature matérielle, tant que tout le monde y trouve son compte. Mais avec cette logique, on oublie un peu vite que le site attire en majorité des profils d’étudiant(e)s, en situation de précarité et qui n’ont pas ou ne pensent pas avoir d’autres choix. Le site lui-même donne les chiffres suivants : 68% des femmes inscrites sont des étudiantes âgées de 18 à 26 ans et 75% des membres sont des femmes.

Il faut noter que la stratégie marketing a quelque peu évolué entre la polémique belge et la polémique française puisque désormais sur l’affichage, un couple remplace la femme en soutien-gorge de l’ancienne affiche. Le PDG du site semble vouloir donner des gages de bonne volonté en affirmant aussi lutter contre toute forme de prostitution présente sur le site. Mais cet objectif paraît assez hypocrite, puisque les discussions sur les rémunérations pourront toujours avoir lieu en dehors de la plateforme.

Bien évidemment, le risque encouru avec ce genre de site est la banalisation d’une prostitution estudiantine qui ne dit pas son nom. C’est bien cela qui a semblé inquiéter l’opinion publique et les médias.

 

 Sources :

Floriane Valdavron :  « On s’est fait passer pour une « sugar baby » sur RichMeetBeautiful : de la prostitution à l’état pur » publié par Marianne  –  Publié le 30/10/2017 à 19:16 et lu le 9/11/2017

« Sugar daddy » : « Richmeetbeautiful » avait déjà créé la polémique en Belgique » par l’Obs publié le 26/10/2017 et lu le 10/11/2017

Louise Couvelaire :  « Derrière la polémique Rich Meet Beautiful, le phénomène des « sugar babies » par Le Monde, publié le 27/10/2017 et lu le 10/11/2017

 

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