Damien Hirst, star des jeux olympiques ?

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Damien Hirst Requin

 

Le Tate Modern, l’emblématique musée d’art moderne de Londres, se prépare à accueillir Damien Hirst pour une rétrospective dans le cadre du London Festival 2012, l’olympiade culturelle qui est le pendant des JO. C’est donc l’enfant terrible de l’art contemporain, comme on aime à l’appeler, qui représentera la créativité façon british. Un choix qui ne fait pas l’unanimité outre-Manche, où l’artiste est souvent critiqué pour son style excessif et son habilité à amasser de grosses sommes d’argent. La presse britannique s’interroge donc. Était-il judicieux de proposer, aux hordes de touristes qui vont envahir la capitale cet été, Damien Hirst, ses crânes de diamants et ses animaux nageant dans le formol ?

Damien Who ?

La légende veut que l’artiste le mieux payé du monde, ait passé sa plus tendre enfance dans un quartier populaire de Leeds. Attiré par l’art, il entre avec difficulté à l’université de Leeds, puis intègre le Goldsmiths College. Au cours de sa deuxième année, il organise une exposition dans un entrepôt, Freeze, qui est restée dans les annales comme l’élément fondateur des Young British Artists, symbolisant le renouveau de l’art moderne en Grande Bretagne. Damien Hirst est alors remarqué par Charles Saatchi, le collectionneur et marchand d’art britannique, qui le soutient financièrement sur ses premiers projets. Naît ainsi « The Physical Impossiblity of Death in The Mind of Someone Living » son œuvre la plus connue qui consiste en un énorme requin plongé dans du formol à l’intérieur d’une cage en verre. L’installation devient le symbole du style Hirst et de l’art moderne anglais en général. Sa carrière est alors lancée.

Le business Hirst

Aujourd’hui il est devenu l’artiste le plus rentable au monde. Selon le Sunday Times, Hirst pèserait plus de 330 millions de dollars. Il est passé du statut d’artiste à celui d’homme d’affaires et n’a besoin de personne pour gérer sa fortune comme il l’a prouvé lors d’une vente aux enchères en 2008 où il a vendu plus de 200 œuvres sans passer par les galeries et les marchands d’art. Une opération qui lui a permis d’empocher plus de 140 millions d’euros. Par ailleurs, l’artiste est aussi adepte des coups marketing et des stratégies de communication bien huilées. Pour son dernier projet Spot Paintings, une série de 300 peintures représentant des rangs de points de couleurs différentes, il investit les onze galeries Gargosian situées un peu partout dans le monde. Damien Hirst va même jusqu’à organiser un jeu concours. Il propose à ceux qui auront visité les onze galeries Gargosian de gagner une de ses œuvres signées à la manière d’une popstar ou d’un Warhol.

C’est donc tout cela qui semble gêner chez Hirst. En effet, il est souvent critiqué pour son côté excessif et ostentatoire, pour sa manière d’occuper sans cesse l’espace médiatique en laissant peu de place à ses camarades. Même son mentor des premières années, Charles Saatchi regrette qu’il préfère faire « du divertissement plutôt que de l’art ». Une critique reprise depuis longtemps par le mouvement Stuckism né en réaction au groupe des Young British Artists avec comme slogan « a dead shark isn’t art » (en référence à l’œuvre de Hirst). De plus, on lui reproche également d’avoir fait appel à des assistants sur Spot Paintings, car cela « l’embêtait profondément » de peindre plus de 3000 points à la main. Tout cela quand il n’est pas tout simplement accusé de plagiat bien sûr.

Mettre à l’honneur Hirst pendant la période des Jeux Olympiques est donc assez discuté. Si on s’accorde pour dire que l’appréciation de son œuvre est plutôt une histoire de goûts et de couleurs, en revanche la presse britannique craint que, du fait de sa renommée mondiale, il éclipse toutes les autres expositions prévues pendant la période des Jeux Olympiques. En effet l’olympiade culturelle a été pensée comme une démonstration de la créativité britannique, profitant de la forte affluence de visiteurs pour proposer des activités culturelles et montrer ce qui se fait de mieux au royaume de sa Majesté. Le fait que le Tate Modern choisisse ce moment pour lancer sa rétrospective sur Damien Hirst peut être vu comme une volonté de faire de l’artiste le symbole de l’art moderne britannique.

Une chose est sûre cependant, que l’on aime ou pas, son exposition s’annonce déjà comme un temps fort de cette olympiade culturelle. Ainsi, laissons donc aux visiteurs le soin de juger par eux-mêmes de la valeur de son art. Les déçus pourront toujours se consoler autre part, pourquoi pas dans le sport après tout.

 

Pauline Legrand

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