La communication politique pour changer les habitudes culturelles des populations : le cas du Venezuela

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Le Venezuela traverse une grave crise depuis plusieurs années, en plus de la crise politique avec la contestation de Maduro par l’opposition, on a aussi affaire à une crise économique sans précédent. Le pays fait face à la chute des prix du pétrole avec beaucoup de difficulté, l’économie du pays ne s’étant pas assez diversifiée et reposant toujours trop sur la rente pétrolière du pays (qui est tout de même le premier producteur mondial de pétrole).

Traditionnellement au Venezuela, le secteur privé obtient des dollars à taux préférentiels du secteur public qui gère la vente de pétrole afin d’importer tout ce qui n’est pas produit localement. Il existe donc un contrôle des changes entre le bolivar (monnaie vénézuélienne) et le dollar, or le bolivar est surévalué depuis plusieurs années. Il est alors plus coûteux de produire localement que d’importer, ce que font donc presque toutes les entreprises vénézuéliennes. L’Etat est toujours celui qui distribue les dollars aux entreprises mais il fait face à des importations surfacturées. Certaines entreprises déclarent payer plus que ce qu’elles payent réellement pour importer. Résultat, la valeur des importations a été multipliée par 5 tandis que leur volume n’avait pas vraiment augmenté.

De plus, avec la crise financière de 2008, les cours du pétrole chutent et le pays est alors obligé de s’endetter pour payer ses importations. En outre, de récentes sanctions américaines empêchent le pays d’emprunter ou de vendre des obligations sur le marché financier américain, ce qui rapproche inexorablement le Venezuela du défaut de paiement, le gouvernement américain qualifiant le régime de Maduro de « dictatorial ». Le taux d’inflation au Venezuela est à présent proche des 2000%.

Dans ces conditions de crise et de pénuries, Maduro a entamé une communication visant à changer les habitudes alimentaires des Vénézuéliens. Pour faire face à la sous-nutrition grandissante, il enjoint la population à consommer des lapins depuis septembre 2017. Le problème auquel fait face cette prescription est que le lapin est vu comme un animal de compagnie et il est donc très apprécié à un niveau affectif par les Vénézuéliens. Pour faire face à cet obstacle, le gouvernement a multiplié les phrases choc à la télévision. Citons par exemple le ministre de l’agriculture, Freddy Bernal qui déclare « Il y a un problème culturel parce qu’on nous a appris que les lapins étaient des animaux mignons », or « Un lapin n’est pas un animal de compagnie. C’est deux kilos et demi de viande riche en protéines, sans cholestérol. » De fait, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture affirme que l’apport en protéines des lapins est plus important que celui des bovins ou des porcs. Il faut préciser que de nombreux obstacles se présentent en défaveur d’élevages de lapins au Venezuela comme les pénuries ou le manque de matériel, cages ou fils etc.

Les principaux opposants à Maduro ont critiqué le « plan lapin » en traitant la mesure d’ « absurde ». Henrique Capriles, ancien candidat de l’opposition à l’élection présidentielle demandant même si Maduro était « sérieux ».

Dans les faits, le plan s’est concrétisé par la distribution de lapereaux dans des communautés agricoles par le Ministère de l’Agriculture. Des envoyés du ministère qui se rendaient dans les coopératives afin d’enseigner l’élevage ont découvert des lapins qui avaient été nommés, qui portaient des petits nœuds de couleur et certains dormaient dans les lits des propriétaires… Le gouvernement a décidé de poursuivre la communication autour de ce plan avec des spots télévisés entre autres.

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire qu’un pouvoir communique afin de changer les habitudes alimentaires des citoyens. On peut citer comme grand exemple l’arrivée de la pomme de terre en France. La pomme de terre est originaire du Chili et elle n’arrive en Europe qu’au 16e siècle, elle reste cependant longtemps considérée comme une nourriture pour cochon. Les Allemands en donnaient à leurs prisonniers et c’est ainsi qu’Auguste Parmentier découvrit la pomme de terre lors de sa captivité en Westphalie. De retour en France, Parmentier planta des pommes de terre dans le jardin des Invalides dont il était pharmacien en chef. Louis XVI eut vent de cela et décida de populariser la pomme de terre qui pourrait permettre d’éviter les famines. Le Roi se présenta à un banquet paré de fleurs de pommes de terre et il en planta à Neuilly, plantations qu’il fit garder par ses troupes. Cela attira fortement l’attention des gens et certains se décidaient même à aller voler quelques tubercules, bien aidés par un relâchement volontaire de la surveillance, la nuit.

Les voleurs firent ainsi sans le savoir la promotion du produit qui se popularisa de plus en plus. Peut-être que la communication au sommet de l’Etat peut encore parvenir à changer des idées reçues et des habitudes culturelles, en tout cas les discours incitatifs ont rarement été aussi présents en politique. Reste à savoir s’ils peuvent être efficaces, en tenant compte de l’état économique d’un pays ou de la réalité des marchés financiers par exemple.

Thomas Gorrieri

 

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