« My way », ou le renversement des codes de la communication genrée dans l’industrie musicale américaine.

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En s’associant avec le duo britannique de musique électronique One Bit, la jeune sœur de Miley Cyrus signe un titre aux sonorités pop-électro résolument dans l’air du temps, susceptible de plaire à un vaste public jeune. Mais ce futur « hit » survitaminé n’est pas seulement destiné à faire bouger les « clubbers » du monde entier : c’est surtout un vrai message traduisant le bouleversement des mœurs et des identités genrées, à destination de la jeunesse d’aujourd’hui. En alliant l’utile à l’agréable, Noah Cyrus fait carton plein.

L’atmosphère de la chanson s’installe dès les premières secondes du clip.

Quand les couleurs du genre s’affranchissent de leur identité normative

Dès l’introduction du clip musical, une image frappante annonce la couleur et la tonalité de la chanson qui va suivre : seules deux couleurs exclusives sont présentes : le rose et le bleu.

Le clip se déroule dans cette atmosphère très colorée et divisée entre les deux mondes, autour d’un dîner dans lequel les participants passent surtout leur temps à se déhancher dans tous les sens plutôt qu’à se restaurer.

Mais, très vite, on comprend que les normes habituelles sont détournées, voire totalement inversées : des hommes sont habillés en rose, dans des tenues très féminines, maquillés, des femmes sont vêtues de bleu.

Cette dualité chromatique de l’espace est présente tout au long du clip : du sol au plafond, objets compris, le rose et le bleu sont séparés. Même la table où sont rassemblés les protagonistes sépare les deux « clans », chacun du côté de la couleur qui le représente. Les personnages agissent de manière similaire, on note une unicité du genre, mais quelques stéréotypes sont néanmoins inversés : dans plusieurs scènes, les roses sont moins précieux et moins sages que les bleus.

Rose ou Bleu, pourquoi devoir choisir ?

En s’intéressant aux lyrics du morceau, on constate qu’il y a relativement peu de texte et que les mêmes phrases se répètent à de très nombreuses reprises, avec cependant quelques variantes, mais il est clair que le but de ces paroles peu fournies est d’insister sur le message véhiculé. Ainsi, le refrain « Pourquoi ne pouvons-nous pas faire cela ? » et ses variantes auxquelles elle rajoute « à ma façon » ou « mon chemin » symbolisant le principal message que la jeune chanteuse souhaite faire passer, est répété pas moins de dix-huit fois en l’espace des trois petites minutes de durée du clip. Cela accentue le désir de Noah Cyrus : montrer une jeunesse libre de s’affirmer comme elle le souhaite, sans tenir compte des pré-destinations qu’on assimile aux identités de genre. D’où le nom du titre « My Way », représentant la liberté de suivre le chemin que chaque jeune souhaiterait prendre.

C’est donc un texte d’une grande simplicité, avec un message clair, qui permet de comprendre sans difficulté la visée intentionnelle de ses créateurs. Ainsi, sans nécessairement être un public averti sur les questions du genre, toutes les franges de la société peuvent interpréter aisément la signification de la chanson.

Ceci n’est évidemment pas anodin : les concepteurs du clip souhaitent toucher l’ensemble de la population jeune, y compris les classes les moins favorisées et les classes très conservatrices, dans lesquelles les stéréotypes liés à l’identité genrée sont les plus puissants. Ce titre très « mainstream » n’a pas pour vocation à se limiter à une cible proche du microcosme californien, déjà très ouvert d’esprit et évolué sur ce terrain-là.

Rose ou bleu, l’impossible choix de Noah Cyrus

Une réponse aux stéréotypes genrés du monde de la musique ?

La jeune artiste incite les Millenials, son cœur de cible, à franchir les limites, avec une dimension provocatrice : « Dites-moi encore une fois, continuez et franchissez cette ligne. Oserez-vous? ».

Ce sont les seules scènes où une autre couleur apparaît : Noah Cyrus porte une tenue blanche, synonyme de neutralité, lors des plans où elle est seule à l’image. Elle est positionnée au beau milieu de la limite entre les espaces rose et bleu, comme si elle ne pouvait se résoudre à choisir entre les deux couleurs emblématiques des stéréotypes de l’identité féminine et masculine. Le blanc représente également une certaine candeur de la jeune femme, qui souhaite faire passer un message de manière pacifique, sans avoir à choquer son auditoire pour marquer les esprits.

Enfin, on relève une opposition marquée entre le « nous », autrement dit les jeunes, qui se cherchent et devraient choisir leur position par rapport à ce que les autres voudraient leur imposer, à qui elle adresse les phrases utilisant le « vous » : « Ça doit être ce que vous dites, dites-vous » & « Vous pensez que vous savez mieux ». Dans le « vous », il est clair que ce n’est pas seulement la société qui est visée. Certains professionnels de la musique, très influents sur les mentalités des jeunes individus notamment, font eux-mêmes régner les clichés liés au genre dans leurs clips, comme par exemple dans le domaine du rap : Tyga, avec Make it nasty ; 50 Cent dans Disco Inferno ou encore Nelly avec Tip Drill.

My way constitue une réponse incisive à ces nombreux titres de rap qui réduisent la femme à un physique avantageux, dominée par la toute-puissance de l’homme, en l’occurrence le rappeur, qui reprend tous les codes de l’identité genrée masculine : agressif, fier, disposant du pouvoir et de l’argent, courageux, etc.

 

     Clip de « Make it nasty », de Tyga (2014)

Agée de seulement 18 ans, la sœur cadette de Miley Cyrus frappe un grand coup dans le monde de la musique en réduisant à néant tous les clichés de genre encore très présents dans les clips musicaux et dans un large pan de l’Amérique très conservateur. Un sujet de fond traité avec une légèreté déconcertante, à-même de séduire la jeune génération.

Sans tomber dans les travers de son ainée, Noah Cyrus incarne une rébellion en douceur des jeunes de son âge, qui aspirent à devenir ce qu’ils ont envie d’être, sans qu’on leur impose une quelconque norme à laquelle ils devraient se conformer, on pourrait parler de « Gender Flexibility ».

Mais a-t-elle véritablement ouvert la porte à un renversement des codes genrés dans les clips musicaux outre-Atlantique ? Verra-t-on ce type de créations artistiques se généraliser en 2018 et dans les années à venir ?

Alexandre Aymes

LinkedIn : @AlexandreAymes

Twitter : @alexaymes7

Sources:

« Noah Cyrus and One Bit share pink and blue video for « My Way », Substreammagazine.com, Molly Hudelson, 11/01/2018

« Noah Cyrus and one bit release epic ‘my way’ visual », MTV.com, 8/01/2018

« Noah Cyrus throws a dreamy pastel party in her ‘my way’ video », MTVtrl.com, Sydney Gore, 8/01/2018

« Miss Vogue meets Noah Cyrus », Vogue.com, Naomi Pike, 12/01/2018

« Les dix clips de rap les plus scandaleux », Booska-p.com, 26/07/2016

Crédits Photos :

Image 1 & 2 : captures écran Youtube clip « My Way », Ministry of Sound Recordings Limited

Image 3 : capture écran Dailymotion clip « Make it nasty »

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