les Marseillais
Société

La télé-réalité, y en a (jamais) assez

 
Les Marseillais arrivent en moonwalk sur W9…
Si cela ne se voit toujours pas que l’été (et les vacances) approche, les chaînes de télévision, elles, nous le font remarquer grâce à leurs nouvelles émissions de télé-réalité qui débarquent sur nos écrans, comme chaque année à la même période. La nouvelle saison de Secret Story vient de débuter sur TF1, les Marseillais à Cancun continuent tranquillement de s’installer sur W9. En revanche, pour les Anges de la télé-réalité, le temps commence à se faire long sur NRJ 12.
La seconde saison des Marseillais est diffusée depuis quelques semaines sur la chaîne W9. Cette année, c’est à Cancun pour le fameux Spring Break qu’ils ont été envoyés et si nos Marseillais ne sont pas encore aussi célèbres que les Ch’tis, ils sont en passe de le devenir. En effet, les héros de cette série-réalité connaissent des records d’audience. Le jeudi 30 mai, ils ont réuni environ 720 000 téléspectateurs dès 18h55 avec un pic d’audience de 800 000 téléspectateurs, réalisant ainsi 4% des parts de marché auprès de l’ensemble du public, leur meilleure audience depuis son lancement selon la chaîne. Ils ont également repris la première place au niveau national auprès des moins de 25 ans avec un score de 17.8% sur cette cible.
 
Des audiences aussi difficiles (et inexistantes) que « la guerre de 78 »
C’est Jean-Marc Morandini qui doit être content puisqu’il est le premier à souffrir de ses audiences avec son émission Vous êtes en direct, un débrief de l’épisode des Anges de la télé-réalité diffusé juste avant, réalisé avec la présence de chroniqueurs dits « journalistes » pour des magazines tels que Closer ou Public.  En effet, en l’espace d’une semaine, le programme, diffusé à la même heure, a perdu 28% de son audience alors qu’en face, les audiences de Touche pas à mon poste et C à Vous ne sont pas du tout affectées. Si les Anges de la Télé-Réalité en ont lassé plus d’un, le système du débrief des Anges ne fonctionne plus du tout et la concurrence de la chaîne W9 ne va sûrement pas les aider.
Si la concurrence met en danger certains de ces programmes, plusieurs chaînes ont décidé de faire quelques changements dans leur programmation. Ainsi, l’épisode inédit des Anges est maintenant diffusé à 17h50 pour laisser le temps aux téléspectateurs de le regarder en entier avant de basculer sur TF1 à 18h15 pour la quotidienne de Secret Story et pour finir par les Marseillais à 19h. C’est tout un programme !
 
Il paraît que « les aigles ne volent pas avec les pigeons » 
S’ils sont diffusés à la même période, ces programmes de série-réalité comme Les Marseillais, Les Ch’tis et les Anges respectent les mêmes codes et présentent seulement quelques rares différences.
Les émissions sont toujours tournées dans les mêmes types de lieux, des lieux paradisiaques, célèbres et qui font rêver beaucoup de Français. On se rappelle notamment des cinq saisons des anges qui ont été tournées à Miami, à New York, à Los Angeles, Hawaï. Les Ch’tis, eux, ont passé du temps entre Ibiza, Mykonos et Las Vegas tandis que les Marseillais ont préféré Miami et Cancun. Des cadres idylliques, des destinations de rêve qui laissent peu de place à la (télé) réalité, quand on peut encore parler de réalité.
En effet, l’hyper scénarisation est omniprésente dans chacun de ces programmes, tellement présente que les téléspectateurs ont l’impression de suivre une série. Chaque épisode des Anges ou des Marseillais commence par un résumé des épisodes précédents et se termine par un résumé des prochains épisodes qui durent chacun plus de cinq minutes, et qui, au lieu de lasser les téléspectateurs, les fidélisent. On leur montre des scènes « chocs », des futures disputes entre candidats, un nouveau couple qui va se former, tout est fait pour « teaser » le spectateur chez lui. Quant aux épisodes, tout semble déjà préparé. Dans les Anges, un couple formé dans une précédente émission de télé-réalité, se sépare très rapidement au début de la saison pour que chacun aille ensuite se trouver une nouvelle cible. Que ce soit Les Anges, les Marseillais tout est scénarisé, voire trop, puisque les programmes sont souvent comparés à des telenovelas.
Mais ce sont les rediffusions à l’extrême qui aident ces programmes à trouver leur public. Les Anges ont le droit à une diffusion à 11h, puis 17h puis 20h, tout cela, dans la même journée puis un récapitulatif de tous les épisodes le dimanche en fin d’après-midi. Il en va de même pour les Marseillais diffusé tous les soirs à partir de 16h30 jusqu’à 19h. La seule différence c’est que ces derniers sont moins présents sur leur chaîne que les Anges sur NRJ 12. Rediffusés à outrance, ils « bénéficient » aussi d’une émission avant et après épisode avec Le Mag et Vous êtes en Direct qui servent de récap’ mais aussi de pseudo décryptage des épisodes précédents.
Les deux programmes présentent tout de même quelques différences puisque les Anges font appel à des anciens candidats de télé-réalité recyclés pour l’occasion alors que les Marseillais sont des inconnus choisis par la production qui forment une « équipe » à laquelle elle fera appel au fil des saisons. Si les Anges de la télé-réalité doivent défendre des pseudo projets professionnels puisqu’ils aspirent tous à devenir mannequins ou chanteurs et récolter de l’argent pour une association en allant toiletter des chiens ou nettoyer des yachts privés, les Marseillais, eux, effectuent des emplois saisonniers en tant que serveurs, barmaid ou danseurs. Des carrières qui font moins rêver mais auxquelles les jeunes téléspectateurs peuvent plus facilement s’identifier.
Mais finalement, tout est facilité par les perles et surtout les punchlines des candidats qui restent en tête, qui font rire et dont se moquent les téléspectateurs. Si on a souffert du « Non mais allô » chronique d’il y a quelques mois à cause de Nabilla, les Marseillais s’y sont mis aussi avec le « Y en a assez, fraté » utilisé à outrance par tous à Cancun, mais peut-être moins à Marseille en réalité…
Sabrina Azouz & Steven Clerima

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Secret story is back !

 
Amateurs de culture télévisuelle, réjouissez-vous : l’émission qui rythme vos étés reprend vendredi. L’occasion de revenir sur la pierre angulaire de la télé réalité qu’est le fameux casting. Eternelle prise de tête des producteurs, c’est lui qui va faire du concept initial un succès fulgurant ou un flop retentissant (R.I.P « le Carré Viiip »). Des candidats pas assez charismatiques ou trop mous et c’est le drame : le téléspectateur vaque à des activités plus productives. Du coup, on cherche désespérément la recette miracle pour créer ce mélange optimal de « personnalités » qui donnera un coup de fouet aux audiences. Le problème, c’est qu’une fois le subtil dosage trouvé, il est usé jusqu’à la corde. Chaque année donc, on prend les mêmes et on recommence. En apparence un seul mot d’ordre : DI-VER-SI-TE des profils. En réalité, on a affaire à une sélection calibrée au millimètre pour toucher à la fois la ménagère, les jeunes, les vieux, la masse et les minorités (et on dit bien TOUTES les minorités : visibles ou non, ethniques ou religieuses, même les chauves ont eu leur candidat l’année dernière en la personne du charismatique Kevin). Vous pensez voir des candidats à l’écran ? Vous avez surtout affaire à des arguments massues, qui visent à prouver que non, la chaine n’est ni homophobe, ni raciste, ni âgiste, ni sexiste, ni même débile. Alors, quel grand cru nous réservent-ils cette année ?  Typologie d’une crétinerie annoncée :
-le vieux :

Il est là pour ratisser une audience un peu plus large. Non ce genre d’émission ne s’adresse pas exclusivement aux 13-17 ans, puisque de charmants trentenaires peuvent y participer !  C’est la touche de maturité censée crédibiliser le show et « vieillir » un peu son image. Le problème ? Le vieux aussi a cinq ans d’âge mental.
-l’hystérique :

Elle crie. Tout le temps, contre tout le monde, du matin au soir. Son rôle est provoquer un sentiment d’antipathie et de montrer en creux que si les autres participants ne sont pas très futés au moins eux sont paisibles. Le téléspectateur peut facilement l’identifier comme la méchante, et dans un huis clos où rien ne se passe, elle permet de relancer l’action au moindre signe de vaisselle mal faite ou de brosse à dent déplacée.
-la victime :

Peut-être l’archétype le plus pervers de ce genre d’émission. La victime, c’est celle que tout le monde déteste et qui a tout le temps les yeux rouges. Mais attention, le but n’est pas de susciter de la compassion : on s’aperçoit très vite qu’elle est encore plus détestée que l’hystérique, par les autres participants comme par le public. Chaque année on assiste donc au même lynchage programmé, notamment sur les réseaux sociaux. Bien pratique, car cette haine facilite la cohésion d’une communauté autour d’un rejet commun.
-le génie :

C’est la caution intello, pour parer aux reproches habituels sur la nature abrutissante du programme. « J’ai passé mon bac à 14 ans », « J’ai un QI d’Einstein », voilà pour la minute culture, et tant pis si au bout de deux semaines le génie en question se balade à poil avec son slip sur la tête.
-la bimbo :

 Elle est la valeur sure de la téléréalité, car elle provoque invariablement les mêmes réactions épidermiques : concupiscence, jalousie et mépris, un cocktail explosif qui fait à tous les coups grimper l’audimat.  C’est elle qui buzz le plus, il lui suffit pour cela d’allier syntaxe approximative et décolletés plongeants.
-le gay :

Là encore, le personnage est au-delà de la caricature. C’est la commère de la maison, il adore Madonna et les Uggs, aucun cliché n’est trop énorme. Paradoxalement son homosexualité n’est jamais évoquée directement de quelque manière que ce soit au cours de l’émission. Peut-être par peur de choquer un public plus « conventionnel » ? Dans tous les cas, ces contradictions révèlent un marketing de niche finalement pas très gay friendly.
Cette année encore on peut parier que les équipes de production reprendront dans les grandes lignes ce schéma de base qui a fait le succès de Secret Story. Il n’est cependant pas exclu que de nouvelles trouvailles soient au programme, histoire de renouveler un concept qui commence à s’essouffler. Les paris sont ouverts !
 
Marine Siguier

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