Emma Watson ou la renaissance par le féminisme

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Il n’est pas toujours facile de trouver un second souffle après un début de carrière précoce et éclatant. Emma Watson, superstar de la saga Harry Potter dès ses 10 ans, a pourtant su s’en acquitter avec brio en troquant les traits d’Hermione Granger pour ceux d’une jeune actrice féministe et militante.

De cet engagement découle aujourd’hui une nouvelle image de la jeune femme qui paraît avoir réussi à s’émanciper de sa première notoriété. On pourrait même parler de métamorphose au regard des nombreuses récompenses et multiples engagements qui la séparent, à 26 ans, de son rôle de fillette surdouée au pays des sorciers.

Si la sincérité et le courage de son militantisme ne font aujourd’hui pas de doute, il n’en demeure pas moins qu’il permet à l’actrice de faire peau neuve. Derrière l’engagement vertueux semble demeurer pour la star l’opportunité du renouvellement de son image. Bien que Rupert Grint et Daniel Radcliffe, ses comparses sur le tournage d’Harry Potter, peinent à remotiver les assises de leur aura, Emma Watson maintient habilement les projecteurs sur elle par le truchement du féminisme.

Un engagement de bonne volonté

Après le dernier opus de la saga (Les reliques de la mort, partie 2) sorti en 2011, retrouver un rôle proportionné à sa célébrité n’est pas aisé pour Emma Watson. Plusieurs rôles mineurs et quelques interprétations significatives dans des films comme The Bling Ring de Sofia Coppola ou Le Monde de Charlie attestent de la difficulté de rester au sommet et de se détacher de l’image  de son double fictionnel qui lui colle à peau.

Si la mode semble à cet égard une opportunité ainsi que le montre l’activité de mannequinat de l’actrice, égérie de la marque Burberry à partir de  2010, Emma Watson ne semble pas vouloir se contenter du reliquat glamour de sa gloire passée. Il s’agit pour elle de créer un nouveau sens autour de sa notoriété en la mettant au profit d’une cause responsable et – accessoirement – valorisante.

L’actrice aspirante militante devient ainsi l’ambassadrice de bonne volonté de la campagne « HeforShe » qu’elle lance à l’ONU dans un discours remarquée pour sa ferveur à l’égard de l’égalité entre les sexes, le 20 septembre 2014. Deux mois plus tard, elle est nommée « célébrité féministe » par l’association américaine Foundation for Women. Ce titre illustre une transformation qui s’opère autour de l’image de l’actrice qui semble avoir réussi à paraître, par ses convictions, sous un nouveau jour.

Discours à d’Emma Watson à l’ONU – « Quand j’étais petite, je m’étonnais du fait qu’on m’appelle « autoritaire » parce que je voulais diriger nos pièces de théâtre ». Pour Emma Watson, féminisme et engagement artistique ne font qu’un. En découle une nouvelle image publique  où se mêlent les deux versants de sa personnalité, renouvelée aux yeux du public.

Une nouvelle image publique

Dès lors, ce n’est plus à propos d’Harry Potter qu’Emma Watson fait parler d’elle. En atteste, en mai 2015, la séance de questions réponses organisée pour les fans de la l’actrice britannique qui attire principalement des soutiens de la campagne HeforShe. Même constat avec les critiques qui lui sont adressées sur Twitter autour d’une photo topless dans Vanity Fair, perçue par certains comme un manifeste du corps-objet en rupture avec ses convictions féministes. Ces attaques montrent que c’est maintenant l’image de la militante avant celle de la star qui prime dans l’imaginaire collectif.

Cette nouvelle image, Emma Watson s’applique à la cultiver. Ainsi, elle affirme début 2016 vouloir prendre une année sabbatique pour « son développement personnel» et pour lancer un club de lecture féministe « Our Shared Self ». De même, dans les multiples interviews autour du blockbuster La Belle et la Bête dans lequel elle interprète la bien nommée Belle, elle ne manque pas de rappeler que c’est avant tout le caractère féministe du personnage qui a motivé son choix de prendre part au projet.

Emma Watson, seins nus dans Vanity Fair le 28/02/2017

Des soupçons mal placés

Pour autant, il convient de voir que toute suspicion à l’égard de l’authenticité de l’engagement d’Emma Watson serait mal placée. La constance de son militantisme (à 17 ans déjà, elle revendiquait sa part dans le combat féministe) malgré les difficultés d’un univers hollywoodien sous domination masculine montre la ferveur de ses convictions. Ainsi, elle n’a pas manqué de se rendre à Washington, le 21 janvier dernier, pour participer à la Women’s March à l‘encontre de la misogynie incarnée par Donald Trump et son administration.

On regrettera cependant l’instrumentalisation de cette nouvelle image de la star par ceux pour qui les bonnes actions de la jeune femme représentent un avantage financier. Ainsi, la Warner n’a pas manqué de s’emparer de l‘annonce du franc succès de l’actrice à la tribune de l’ONU. Elle a notamment relayé l’anecdote sur le blog de la franchise de JK Rowling afin de la convertir en un argument marketing de choix.

Etienne Brunot 

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Sources :

La Belle et la Bête : Emma Watson explique pourquoi c’est un film féministe, Éleanor Douet, RTL Girls, 17/02/2017

Emma Watson : la belle féministe, Margarte Macdonald, Paris Match, 14/02/2017

Quand Emma Watson ne peut pas être féministe car elle a des seins, Grégor Brandy, Slate, 06/03/2017

Journée de la femme : Emma Watson, une ambassadrice engagée, Le Monde des Sorcier de JK Rowling, 2014

Photos : 

Image 1 : Frazer Harrison, GETTY IMAGES NORTH AMERICA / AFP, 02/03 2017, Newsweek, « Emma Watson is having to defend her feminism. Again »

Image 2 : Tim Walker, Vanity Fair, 28/02/2017

 

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