(In)communication européenne : comment repenser la crise ?

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À l’initiative de l’association Cels’Agora (Celsa), des spécialistes de l’Union Européenne et des professionnels de la communication seront réunis le 7 novembre 2018 pour parler de « L’Incommunication Européenne », lors d’un colloque gratuit et ouvert à tous. Avant de réserver vos places grâce au lien en bas de page, cet article vous propose de soulever en quelques minutes certains enjeux de cette communication institutionnelle, en reprenant le programme de l’événement.

14h – Introduction

L’Union Européenne est « unie dans la diversité ». C’est du moins sa devise qui, depuis sa première utilisation en 2000, semble peu à peu perdre son sens. La montée de l’euroscepticisme, le Brexit ou le cas italien montrent que la diversité peut entraver le sentiment d’appartenance au groupe européen. Ce groupe, c’est 510 millions de citoyens pour 28 pays différents (en comptant le Royaume-Uni). Comment prouver que cette diversité peut être féconde ? C’est précisément ce que l’Union Européenne n’a pas réussi à faire pour le moment. Selon Cels’agora : « L’Union Européenne n’arrive pas à mobiliser les populations. Elle peine à s’éloigner d’un jargon technocratique, ce qui nuit à sa volonté de transparence ». La communication européenne est opaque, ne séduit pas, alors qu’elle est l’un des principaux outils en mesure de redonner un souffle au projet européen.

14h15 – Informer n’est pas communiquer : l’incommunication européenne

De fait, parler d’incommunication européenne, c’est dire que l’UE n’existe pas à l’échelle des citoyens. Dans un monde où l’ensemble de l’information se diffuse presque sans contrôle avec Internet, « l’enjeu est moins de partager ce que l’on a en commun que d’apprendre à gérer les différences qui nous séparent » pour reprendre les termes employés dans Informer n’est pas Communiquer de Dominique Wolton, premier intervenant du colloque et théoricien de la notion d’incommunication.

L’incommunication, c’est synthétiquement l’incapacité à mettre en œuvre cette cohabitation. Dans le cas de l’UE, c’est laisser la diversité d’informations et d’opinions se développer en opposition les unes aux autres. Par l’incommunication, cette Europe se condamne à rester une succession de couches culturelles incapables de former une identité commune.

Le problème n’est donc pas de caractère informationnel, mais communicationnel : les messages se diffusent mais ne se rencontrent pas. Le philosophe Jean-Marc Ferry, défend justement le besoin d’une « culture publique commune » : permettre le débat public européen pour donner un sens à son idéal démocratique. En laissant ses détracteurs et défenseurs s’affronter sans cadre, elle détériore le lien entre ses citoyens et elle-même : l’incommunication entraîne une contestation inévitable de l’institution.

15h20 – Quel rapport des citoyens à l’Union ? L’opinion publique à l’échelle européenne

Ce malaise entre les citoyens et l’UE se ressent notamment lorsque l’institution est mise directement en cause, lors de référendums ou d’élections. D’une part, la contestation peut être très virulente, comme l’a montré le « non » français au référendum sur la constitution européenne de 2005, mais, surtout, le taux de participation y est souvent bas et tend à diminuer avec le temps.

Taux de participation aux élections européennes de 1979 à 2014

Au-delà donc de la contestation, plutôt naturelle, il y a un phénomène de désintéressement progressif vis-à-vis de l’institution.

Dans les discours, l’Europe devient alors surtout une entité administrative obscure, plutôt qu’une réelle union fédératrice. Les fake news sur le coût de l’Europe pour les citoyens britanniques pendant le Brexit, ou les propos anti-européens du ministre italien Mattéo Salvini, témoignent de la facilité à faire de l’institution un acteur illégitime et dangereux.

L’UE étant presque incapable d’être active dans sa communication, son image auprès des citoyens se construit à l’échelle nationale : les avis des personnalités politiques locales sont plus largement diffusés et susceptibles d’influencer l’opinion des citoyens dans chaque pays. Or une telle démarche entraîne au minimum 28 visions différentes de l’Europe, sans outils pour les faire cohabiter.

15h45 – l’Union Européenne : 60 ans d’incommunication ? État des lieux et bilan

Si les intervenants se chargeront de dresser un bilan plus élaboré, l’actualité peut nous révéler certains aspects de ces 60 années d’incommunication. Le 22 octobre 2018, l’Élysée a fait savoir que la commémoration du 11 novembre, en présence des chefs d’état français et allemand, n’aura pas « une dimension trop militaire ». Cela a déclenché les foudres d’une partie des réseaux sociaux, entre autres avec l’idée que la victoire française ne doit pas être minimisée.

61 ans après le traité de Rome, le fait qu’une célébration franco-allemande de la Grande Guerre prenne la forme d’un deuil commun face à l’hécatombe européenne, plutôt que celle d’une affirmation martiale de la victoire française choque. Il n’y a presque pas pour l’instant d’histoire commune européenne, l’histoire se pense toujours du point de vue des nations. Populariser l’histoire de l’Europe, c’est d’ailleurs un des quatre grands chantiers que Dominique Wolton suggérait pour revitaliser le projet européen.

16h45 – Pause

Pourquoi ne pas profiter de cette pause pour regarder la page de l’association ?

17h15 – Quelle communication pour l’Union Européenne ? Puis 17h35 : Quelle communication pour l’Europe de demain ?

À partir d’ici, ce n’est plus de mon ressort. Vous avez eu l’avis subjectif d’un étudiant, je ne peux que vous encourager à aller au colloque pour approfondir toutes ces questions et débattre avec des professionnels de la question. Si vous ne pouvez pas y aller ; discutez, débattez et pensez la communication européenne sur toutes les plateformes : que vous soyez pour ou contre, vous participerez à sa construction en permettant la cohabitation des idées.

18h35 – Conclusion

Pour conclure, voici les dernières infos pratiques :

– 7 novembre 2018, 14-19h

– 31 rue Peclet 75015, Paris (Mairie du XVème arrondissement de Paris)

– Lien billetterie : https://www.eventbrite.fr/e/billets-lincommunication-europeenne-colloque-51722255659?aff=ebdssbdestsearch&fbclid=IwAR1ynB1GOQ9QIA9YLIjmY6x61beVl7zQT24E92zkyjk6YftwGfpbckmGKv4

– Lien page Cels’agora : https://www.facebook.com/Celsagora-316761842159398/?eid=ARA8FeshmZV1ipugKVFk4Kk3hgBe8b2UXlDwuSZ2R1FOIeR6duJxxChkXU_txyK6QSlKy0B_8Rj03nLI

Bibliographie :

  • Dominique Wolton. Informer n’est pas communiquer. CNRS Éditions, 2009. 978-2-271-06820-0.
  • Michael Malherbe. « La communication peut-elle relancer l’Union Européenne ? ». lacomeuropeenne.fr. 1er octobre 2018. Consulté le 26/10/2018.
  • Edouard de Mareschal. « 11 novembre : l’Élysée ne veut pas de célébration trop « militaire » de l’armistice ». Le Figaro. 22 octobre 2018. Consulté le 23/10/2018.
  • Michael Malherbe. « Comment réduire l’incommunication entre les Européens ? ». lacomeuropeenne.fr. 16 octobre 2017. Consulté le 26/10/2018.

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