Com & Société, Politique

Instagram est-il un tremplin politique? Quand les internautes dénoncent le scandale des Ouïghours

Le 1er octobre 2020, vous ne l’avez sûrement pas raté, Instagram est devenu bleu. Sous l’impulsion d’un eurodéputé français, des dizaines de milliers d’utilisateurs ont montré leur solidarité envers les Ouïghours, une minorité musulmane persécutée et déportée dans l’est de la Chine, dans la province du Xinjiang. Retour sur une manifestation en ligne qui a secoué le monde médiatique et politique.
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Dolce & Gabbana devient l’ennemi public n°1 de la jeunesse chinoise

Raciste, dégradant, sexiste, offensant : ce sont tous les adjectifs qui sont en mesure de décrire la série de courtes vidéos de promotion de « The Great Show », un défilé organisé par Dolce & Gabbana à Shanghai. En effet, pour promouvoir l’événement, la marque à succès en Chine a diffusé sur les réseaux sociaux une série de petits films humoristiques nommée « chopsticks eating » (manger avec des baguettes). Contrairement à l’effet escompté, une vague de haine a frappé les joues luxueuses des deux fondateurs, Domenico Dolce et Stefano Gabbana. Image dégradée, boycott et messages haineux, dans quel état va donc finir la grande marque de luxe italienne ?

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WeChat VS Facebook : duel au sommet

Difficile pour nous aujourd’hui d’imaginer notre vie sans nos applis. Facebook, Instagram, Snapchat, Twitter, Uber, Messenger et bien d’autres rythment notre quotidien. Pourtant, en Chine, vous ne trouverez aucune de ses applis. La censure du gouvernement oblige les Chinois à créer leurs propres apps.
Un certain nombre d’acteurs ont ainsi commencé à copier les réseaux occidentaux pour fournir aux Chinois leur éventail d’applications. Mais en quelques années, un réseau s’est imposé comme la « super app » et pourrait bien avoir des conséquences sur nos réseaux occidentaux.
WeChat, la « super app » chinoise
En 2011, le groupe Tencent crée WeChat, qui n’est à l’origine, rien de plus qu’une application de messagerie, au même titre que WhatsApp ou Messenger. En à peine plus d’un an, 150 millions d’internautes se ruent sur l’application. Très vite, WeChat évolue et offre de plus en plus de services. Aujourd’hui, l’application réunit plus de 950 millions d’abonnés et a complètement bouleversé le quotidien de ses utilisateurs. En une seule application, WeChat concentre un nombre incalculable de services. Vous pouvez envoyer un message à un ami pour lui proposer de sortir, lui envoyer la photo d’un restaurant que vous aimeriez tester, réserver une table dans ce restaurant, payer la note à la fin du repas, noter la qualité du restaurant… et votre ami pourra même vous rembourser par message le lendemain, pendant que vous travaillerez avec vos collègues, toujours depuis l’application. En bref, vous pouvez tout faire !
Plus besoin d’un Facebook, d’un Amazon, d’un Instagram, d’un Paypal, d’un Slack ou d’un TripAdvisor quand vous avez WeChat. Le réseau social est conçu pour rendre ses usagers captifs : ils n’ont plus besoin de quitter l’application, que ce soit pour leur loisir ou pour leur vie professionnelle.
Pour mieux comprendre WeChat, nous vous proposons cette vidéo du NY Times, récapitulant très bien l’impact de l’application sur la vie des chinois.

Vers une « WeChatisation » occidentale ?
Arrivé dernièrement sur le marché européen, WeChat promet de faire bouger les lignes. Dans un premier temps, WeChat en Europe sera surtout destiné aux touristes chinois ayant pris l’habitude de payer leurs achats depuis l’application, ce qui implique que les banques et les commerçants acceptent le partenariat avec WeChat Pay. WeChat n’est pas le premier à s’implanter sur le marché européen en proposant son système de paiement. Alipay, le service proposé par le géant chinois Alibaba, a fait son apparition en France, permettant à 450 millions de Chinois de faire leurs achats depuis l’application. Avec WeChat Pay, ce sont plus de 150 millions de Chinois supplémentaires qui bénéficieront de ces avantages.
Cette adaptation des commerçants aux usages chinois pourrait bien amener les européens à reprendre le même modèle. Plus besoin d’argent liquide ou de carte bleue si tous les commerçants proposent de payer via une application permettant de tout faire. WeChat compte déjà plus de 200 millions d’utilisateurs étrangers, principalement en Asie du sud-est, mais pas seulement. Les occidentaux travaillant avec des partenaires chinois se rendent vite compte qu’il est plus facile de communiquer par WeChat, très répandu dans le domaine professionnel, que par E-mail, peu utilisé en Chine. L’essor de l’application chinoise en Amérique et en Europe pourrait donc se faire par la sphère professionnelle et le développement commercial lié au tourisme.
Facebook fait de la résistance
Nous étions habitués à voir le marché chinois copier le marché occidental, mais aujourd’hui, l’inverse pourrait bien se produire. Difficile d’imaginer que Facebook laissera WeChat lui prendre des parts de marché sans réagir. En témoignent les nouvelles fonctionnalités développées notamment sur Messenger. Il est désormais possible d’envoyer de l’argent directement depuis la messagerie de Facebook, ce qui n’est pas sans rappeler le système des « enveloppes rouges » du géant chinois. De même, Facebook a ouvert sa marketplace permettant de mettre en relation des acheteurs et des vendeurs de différents produits, sans pour autant permettre la transaction depuis la plateforme.
Facebook tente de rendre son public de plus en plus captif en lui proposant toujours plus de services. D’autant plus que Facebook a annoncé que son système publicitaire était arrivé à saturation : intégré plus de liens sponsorisés nuirait à l’expérience utilisateur et risquerait de leur faire perdre des internautes. Pour continuer à se développer, le réseau de Mark Zuckerberg doit trouver de nouveaux relais (98% des revenus de Facebook viennent de la pub). L’exemple de WeChat, dont le modèle économique repose principalement sur les commissions lors de transactions et la monétisation de leurs jeux (seuls 18% des revenus viennent de la pub) pourrait fortement inspirer Facebook.
Ces « super apps » posent toutefois un problème majeur, celui de l’utilisation des données. Une application dont on est captif et qui subvient à tous nos besoins récolte un nombre incalculable de données sur chaque utilisateur. On sait déjà que le gouvernement chinois profite des datas de WeChat pour surveiller sa population. Ainsi, les thèses de Michel Foucault dans son ouvrage Surveiller et Punir semblent trouver un sens nouveau. D’un régime disciplinaire, on passe à une surveillance plus discrète. Pour autant, chacun se sait sous surveillance en permanence. De quoi s’interroger quant aux effets d’une sorte de panoptisme digital.
Nicolas Morteau
Twitter : @N_Morteau
LinkedIn : Nicolas Morteau

Sources :
Davan-Soulas Melinda, WeChat, le réseau social multifonctions qui gère la vie des Chinois débarque en France, LCI, publié le 09/07/2017, consulté le 23/10/2017.
Fabrion Maxence, Proche des 2 milliards d’utilisateurs, Facebook voit son chiffre d’affaires augmenter de 49% au 1er trimestre, Frenchweb, publié le 04/05/2017, consulté le 23/10/2017.
How WeChat Became China’s App For Everything, Fast Company, publié le 01/02/2017, consulté le 24/10/2017.
Noisette Thierry, WeChat : « Notre stratégie pour nous développer en Europe », L’Obs, publié le 07/04/2016, consulté le 24/10/2017.
Crédits :
Crédit vidéo : The New York Times, How China Is Changing Your Internet | The New York Times, publié le 09/08/2016
Crédit photo : www.thedrum.com
 

Flops

Qui me lira ?

Le livre est un objet bien particulier. Attachant, symbolique, intime, il raconte parfois plus d’une histoire : la sienne et la nôtre. Partage, échange et lecture semblent alors former un cocktail qui va de soi. S’inspirant des campagnes de partage de livres qui agissent au Royaume Uni, The Fair, une société basée à Pékin, lance l’initiative Mobook : plus de 10 000 livres sont éparpillés près des transports en commun dans les grandes villes de Chine, prêts à être cueillis par d’avides lecteurs… Mais la réception manque curieusement et véritablement de poésie !
L’échec Mobook : une histoire qui finit mal
L’association Books on the Underground, fondé au Royaume-Uni, nous reconnecte avec la notion d’échange interpersonnel, émanant du livre. Le principe est simple : des livres sont déposés dans le métro presque tous les jours par des membres de l’association. Cette dernière est soutenue par de nombreux auteurs, éditeurs, mais aussi réalisateurs et acteurs. La participation d’Emma Watson à cette campagne en est l’exemple le plus récent. En novembre 2016, l’actrice a déposé dans le métro londonien une centaine d’exemplaires du même livre, Mom & Me & Mom de Maya Angelou, accompagnée d’une petite note explicative écrite de sa propre main. L’initiative est admirable mais surtout elle fonctionne ! Les passants étaient intrigués, l’échange s’est alors fait en toute habileté.

Mais lorsque le partage dépasse les frontières de l’Europe pour atteindre la Chine, le résultat s’avère moins positif, et de loin. Effectivement, The Fair lance sa propre campagne de bookcrossing dans les villes de Shanghai, Pékin, et Guangzhou, avec pour projet de l’étendre encore plus. Passant de 100 livres déposés par Emma Watson dans les métros londoniens à 10 000 livres répartis dans les transports publics de Chine, cette volonté d’incitation à la lecture prend une toute autre forme. Non seulement les passagers ne se sont pas emparés des livres mais surtout des plaintes ont fusé de toute part ! Et ce pour de multiples motifs : le manque de place dans le métro, le manque d’originalité, et la provenance trop occidentale de ce modèle… En résulte une campagne d’abord très réussie qui se transforme en un fiasco total.
La Chine, dépourvue de lyrisme ?
La démarche de bookcrossing, mise en place plus intensivement en Chine, en devient presque excessive et contraste avec la subtilité des actions menées par l’association anglo-saxonne. En cachant uniquement cent livres dans le métro et en invitant au partage, Emma Watson confère un aspect unique à chaque exemplaire et à la personne qui le trouvera. Poétique et attrayante, cette démarche communicationnelle joue sur l’effet boule de neige : un petit noyau de livres et de lecteurs qui se propage et s’agrandit. Dès lors, le côté brusque et soudain de la campagne Mobook détonne avec l’atmosphère offerte, originellement, par cette initiative. Le cœur du problème est rapidement identifié : l’idée est bonne, mais la cible ne lui correspond pas. D’une part, les métros circulant dans les grandes villes de Chine sont surpeuplés et ne permettent pas une activité de lecture paisible. Les réactions, intransigeantes et austères, dénoncent le « trouble de l’ordre public » ; et de ce fait de nombreux livres sont récupérés par le service de nettoyage du réseau de transports.

D’autre part, la Chine est l’exemple même d’une société qui ne lit plus (ou très peu), notamment parce qu’elle privilégie la technologie. Un sondage mené par l’Académie Chinoise de la Presse et de l’Édition montre qu’un citoyen du pays a lu en moyenne moins de 5 livres au cours de l’année 2015, chiffre radicalement supérieur aux États-Unis, au Canada mais aussi en Corée du Sud, avec 11 livres lus par an, et 9 au Japon. Le concept marketing de Mobook est estimé illusoire et vain, dans la mesure où les communicants autour du sujet, tel que l’acteur Huang Xiaoming, ne lisent vraisemblablement pas non plus. La démarche tourne alors au ridicule et n’est plus considérée que comme une activité marketing, visant à promouvoir la société The Fair. Ce manque d’intérêt et ces conditions sont décidément peu propices à l’expansion et à la réussite d’une telle campagne.
Livre versus smartphone : une page qui se tourne ?
Autre facteur, autre problématique : la technologie a pris la relève depuis de nombreuses années dans de nombreux domaines. Le livre pourrait-il être dépassé ? Si le monde de l’édition tend à nous prouver que non, l’obsession pour les smartphones semble pourtant justifier en partie l’échec de Mobook. Les transports sont, par excellence, des lieux propices à la lecture et nous voyons constamment des voyageurs plongés dans leurs livres. Mais désormais les portables occupent bien souvent les mains des passagers, et cela se fait particulièrement ressentir en Chine. Les citoyens, le nez rivé sur leurs smartphones, préfèrent suivre les réseaux sociaux, regarder des émissions ou jouer à des jeux vidéos. La lecture se raréfie car elle n’est ici plus vue comme un plaisir, mais uniquement comme un moyen de réaliser des objectifs professionnels ou intellectuels.

Une question, quelque peu inquiétante, se pose : est-ce réellement la campagne Mobook qui est à l’origine de ce flop, ou bien le livre lui-même ? Murong Xuecun, écrivain chinois renommé, souligne le manque d’intérêt pour la lecture de la part de ses concitoyens. Néanmoins, il est loin de décrire une situation désespérée ; il encourage la poursuite d’initiatives de ce type, lesquelles sont, après tout, la clé pour retrouver l’essence même de la lecture, fondée sur l’échange et le partage. Alors attention ! Le livre n’a pas dit son dernier mot.
Madeline Dixneuf
Sources :
Books On The Undergroud, site officiel, consulté le 29/01/2017
http://booksontheunderground.co.uk/
French-china.org, Le partage de livre dans le métro fait un flop, publié le 17/11/2017, consulté le 29/01/2017
http://m.french.china.org.cn/french/doc_1_26361_2153068.html
ActuaLitté, Dans le métro la chasse aux livres façon Emma Watson finit mal, Nicolas Gary, publié le 19/11/2016, consulté le 29/01/2017
https://www.actualitte.com/article/monde-edition/chine-dans-le-metro-la-chasse-aux-livres-facon-emma-watson-finit-mal/68124
The Guardian, Emma Watson leaves free copies of Maya Angelou book on tube,
Alison Flood, publié le 3/11/2016, consulté le 30/01/2017
https://www.theguardian.com/books/2016/nov/03/emma-watson-free-copies-maya-angelou-books-on-tube-harry-potter
Crédits photos :
Actualitté.com
Facebook Books on the Underground
Au boudoir écarlate, sur ecommerce & co
French.China.org

Agora, Com & Société

Politique de l'enfant unique: de la propagande au marketing émotionnel

Le 1er janvier 2016, la fin de la politique de l’enfant unique a marqué un tournant dans l’histoire sociale de la Chine. Si cette politique a été vivement critiquée, elle n’en laisse pas moins place à une nouvelle forme de pression sociale que certaines citoyennes chinoises commencent à dénoncer. Dans sa rubrique Grand Reportage d’août 2016, le magazine Marie-Claire nous parle des « sheng-nu », les femmes qui restent, celles dont personne ne veut. Ces « sheng-nu » sont des femmes indépendantes de plus de 25 ans, dont la réussite professionnelle reste difficilement acceptée dans une Chine pourtant frappée par la modernité et les avancées économiques.
Dans cet article, Leta Hong Fincher, auteure du livre Leftover Woman, rend compte du phénomène : « La date de péremption est fixée à 25 ans, bien plus tôt qu’ailleurs. Et ce qui distingue réellement ce pays, c’est la propagande de l’État qui essaie de faire pression sur les actifs urbains afin qu’ils se marient, avec comme ultime objectif de faire des bébés « de qualité ».
La politique de l’enfant unique : la communication au service de la propagande
En 1979, le gouvernement chinois met en place la politique de l’enfant unique afin d’accélérer le développement du pays en évitant la surpopulation. Hormis les amendes exubérantes et les avortements tardifs autorisés par le gouvernement chinois pour les familles enfreignant la politique de l’enfant unique, un véritable système de propagande est mis en place. Des affiches de familles heureuses brandissant fièrement leur unique enfant sont placardées sur les murs. Des avantages considérables sont octroyés aux premiers nés, comme l’éducation gratuite et un système de santé peu couteux. Un vocabulaire de propagande se créé autour de ces enfants surnommés « les petits empereurs ». Le terme « d’enfants noirs » désignera les enfants nés de façon clandestine et n’ayant pas la possibilité d’exister au sein de la société (interdiction de s’inscrire à l’école, de travailler, de prendre les transports en commun…) Sur le plan social, le gouvernement lance en 1996, une campagne de sensibilisation à la contraception et envoie 8 millions de volontaires dans tout le pays afin de « prêcher la bonne parole ».

Dès le début des années 2000, le ratio hommes/femmes se creuse et le gouvernement, craignant une “crise des célibataires”, change de positionnement. Il lance une campagne afin d’éviter l’avortement sélectif, les familles préférant avoir un garçon plutôt qu’une fille pour des raisons financières. Les délégués du planning familial, autrefois véritables agents de contrôle prônant la restriction des naissances, sont envoyés dans les campagnes afin de sensibiliser et rassurer les habitants sur la naissance d’une fille et ses conséquences. Effectivement, après la naissance d’une fille, les couples auront le droit d’avoir également un garçon, et toucheront des indemnités. Cette campagne, nommée « Appréciez les filles », consiste aussi à apprendre dès l’école aux jeunes enfants le « respect des filles » par des slogans et des cours dédiés, comme le montre ce reportage.
Vidéo de l’ina
Suite à ces nouvelles mesures et à cette campagne, les mentalités commencent à changer… C’est à partir de 2007 que les populations rurales osent manifester et demandent l’instauration de mesures d’assouplissement du contrôle des naissances. À la suite de ces événements, plusieurs démographes critiquent la politique de l’enfant unique. Celle-ci étant actuellement la raison d’un trop grand vieillissement de la population, elle représentait un risque grave pour l’économie du pays. Le 29 octobre 2015, à la suite d’un vote du Parti unique, tous les couples sont finalement autorisés à avoir deux enfants. Cet espoir de baby boom, nécessaire à la pérennité économique du pays, semble créer de façon inconsciente une nouvelle forme de pression sociale… celle d’avoir deux enfants.
Un retournement de situation, une aubaine pour les annonceurs
Toujours dans son dossier d’août 2016, sur le sujet des « sheng nu », Marie-Claire donne la parole à la sociologue Leta Hong Fincher qui précise que la fin de la politique de l’enfant unique, marquant une avancée sociale forte, ne va pas forcément de pair avec l’amélioration de la condition des femmes en Chine. « Cela n’empêchera pas la détermination du gouvernement à pousser les femmes actives à se marier et à procréer. En réalité, elles pourraient même subir une nouvelle pression, celle d’avoir deux enfants. » Ce retournement de situation fait place à un dispositif de communication instauré par l’État, que certaines entreprises vont reprendre à leur frais, soutenant ou dénonçant ces nouvelles normes sociales. Le gouvernement chinois a fait du 11 novembre la « journée officielle des célibataires » et organise des événements favorisant la rencontre amoureuse dans tout le pays, à l’image du Real Love Works Festival de Singapour. Plusieurs marques, notamment les sites de ventes en ligne, se servent du 11 novembre comme prétexte pour proposer des réductions et réaliser un chiffre d’affaires phénoménal.

Un véritable marché se déploie afin de venir en aide aux célibataires. L’une des principales tendances est celle du speed dating. Des sociétés spécialisées en ont fait leur gagne pain. A Shanghai, le parc du Peuple fonctionne d’une façon semblable à celle qu’aurait une application de rencontre grandeur nature. Cet espace a été mis au service des parents cherchant le conjoint idéal pour leur progéniture. Des petites annonces présentant des hommes et des femmes célibataires sont attachées un peu partout dans le parc, indiquant leur métier, leur situation financière, la possession ou non d’une voiture, leurs goûts, la classe socioprofessionnelle de leur famille… C’est sur ce lieu, qui peut sembler si étrange, que l’entreprise de cosmétique SK-II a lancé l’une de ses campagnes publicitaires de la série #ChangeDestiny. La campagne intitulée Mariage Market Takeover joue principalement sur l’émotion, les liens familiaux, l’empowerment féminin. Sur ce dernier point, on pourrait croire qu’elle s’est inspirée de la campagne d’Always, « Like a Girl ».

vidéo publicitaire chaine SK II
Dans ces spots publicitaires, la communication n’est plus axée sur le produit mais bien sur les valeurs de la marque. À aucun moment le produit n’apparait, seul le logo de la marque est présent. SK-II a fait le pari de cette nouvelle tendance en publicité, celle des marques mettant l’accent sur un insight consommateur social fort. Elle leur donne la parole. Le rapport est inversé. Ce n’est pas à nous, en tant que marque, de vous imposer d’être attentifs à notre message, mais à nous de vous comprendre, vous écouter, et nous adapter à vos besoins. Au niveau du scénario, ces publicités sont très accrocheuses car elles nous emmènent dans une histoire et nous font partager les sentiments de leurs protagonistes. Dans un contexte social aussi délicat que celui qui règne en Chine actuellement, ce positionnement publicitaire a plus que jamais sa place et sa pertinence.
Cependant, plus qu’un simple moyen de s’attirer les faveurs des consommateurs, les marques se placent désormais en tant qu’acteurs sociaux vecteurs de changement. Leur visibilité leur donnant la possibilité d’avoir un réel impact sur la société et de faire évoluer les mentalités.
Ici, le mal-être des « sheng-nu » est dénoncé d’une façon qui aura sans doute invité à la réflexion les personnes les stigmatisant de manière systématique. À l’heure où la communication, et particulièrement la publicité, peuvent être synonymes de mensonge et de manipulation dans les esprits, une réconciliation serait-elle possible ? Si l’on reconnait à la campagne Marriage Market Takeover la constitution d’un contre pouvoir face à des institutions gouvernementales fortes exerçant sur la vie des citoyennes une pression illégitime, la publicité trouve une utilité nouvelle. Une utilité qui pourrait redorer son image auprès des consommateurs.
Alice Rolland
LinkedIn
 
Sources :
• Marie-Claire : Par Katie Breen et Klaudia Lech Chine : Qui veut épouser ma fille ? Date de publication : 06/08/2016
• Blogspot : La politique de l’enfant unique en Chine 
 Laurène Reversat, Alix Trolliet et Léa Chauvot mercredi 21 janvier 2015
• Francetvinfo : Chine : trente ans de politique de l’enfant unique vus par les médias francophones Estelle Walton
 Mis à jour le 31/10/2015 | 07:10, publié le 31/10/2015 | 07:10
• Archives Ina
• Libération : Alibaba, vecteur puissant de la fièvre acheteuse en Chine par Raphaël Balenieri, correspondant à Pékin — 11 novembre 2016 à 16:46
Crédits :
georgiapoliticalreview.com
gizmodo.com
dailymail.co.uk

Flops

État d'urgence… atmosphérique

Que diriez-vous d’un monde où la conversation avec la voisine de palier ne porterait plus sur le temps qu’il fait, mais sur le taux de particules polluantes dans l’air prévu pour la journée ?
Ce scénario, qui semblerait post-apocalyptique pour un Français non-averti, est pourtant en train de se dérouler juste de l’autre côté du continent eurasiatique. Chaque matin, nombreux sont les Chinois qui consultent l’application « Air Quality China », indiquant le taux de PM 2,5 dans l’air, c’est-à-dire la quantité de particules polluantes mesurant moins de 2,5 micromètres de diamètres.
1, 2, 3…soleil ?
Cette habitude n’est pas qu’une nouvelle lubie originale et exotique, mais nécessaire à la survie des citadins chinois, quand on sait que des centaines de milliers de morts* sont, chaque année, imputées à la pollution en Chine. Ironie du calendrier, c’est pendant la COP 21 que Pékin a dû lancer, pour la première fois, une « alerte rouge » à la pollution atmosphérique. La densité de PM 2,5 avait atteint plus de 500 microgrammes par mètre cube, alors que l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) recommande un plafond moyen de 25 microgrammes par mètre cube pour 24 heures. En d’autres termes, la capitale chinoise avait un taux de ces petites particules particulièrement dangereuses pour la santé près de 20 fois supérieur à la quantité tolérée.

Même si l’urgence de la situation est bien visible dans une ville où le soleil n’apparaît plus, l’accoutumance au phénomène est un véritable danger. Comment faire prendre conscience à la population chinoise qu’il est temps de réagir ?
(Fausse) bonne idée n°1 : utiliser la variable « prix »

Soldes : pour tout masque de protection acheté, une bouteille d’oxygène offerte !
La théorie économique néoclassique repose sur une théorie de la « valeur-utilité »**. En d’autres termes, tous les biens qui subissent une utilité et une contrainte de rareté, possèdent une valeur, donc un prix. Aussi quantité et prix sont-ils fortement corrélés : grossièrement, plus un bien est rare, plus le prix est important.
Dans un pareil contexte où l’air, élément nécessaire à notre survie, vient à manquer, quelques acteurs ont pu flairer l’opportunité. C’est ainsi qu’un restaurant de la ville de Zhangjiagang (Chine) ajoute une taxe d’un yuan par consommateur (environ 15 cents) pour l’air pur respiré. Vitaly Air, quant à elle, est une entreprise canadienne qui met en vente des bouteilles d’oxygène sur le marché chinois. Ces bouteilles d’air pur et frais de montagne auraient pour vertu de « booster la vitalité » (Enhancing Vitality) de ses utilisateurs.

Si on suit la logique néoclassique, le fait même de taxer ou de mettre en vente l’oxygène devrait mettre la puce à l’oreille des Chinois sur la raréfaction de l’air. Bien que des doutes sur l’efficacité de la communication par le prix semblent légitimes.
Bonne idée n°2 : le docu qui s’indigne, classique mais efficace
« Crie-le bien fort, use tes cordes vocales ! »***
Chai Jing, connue en tant qu’animatrice et reporter d’investigation phare pour la télévision d’État chinoise, quitte son poste de journaliste en 2013 après qu’elle a appris que l’enfant qu’elle portait devait être opéré d’une tumeur dès sa naissance, en grande partie à cause de la pollution atmosphérique. Elle décide de réaliser et d’autofinancer un documentaire pour attirer le regard de millions d’internautes sur le problème.
Le 28 février 2015, elle met en ligne son documentaire « China’s Haze : Under the Dome » (« La Chine dans la brume, sous le dôme »), qui mêle discours scientifiques, preuves statistiques, et anecdotes personnelles.

En l’espace de 24h, la vidéo est visionnée plus de 30 millions de fois**** et donne lieu à une vive agitation sur les réseaux sociaux chinois (en particulier WeChat, le réseau social le plus populaire en Chine). Outre l’inquiétude due à la pollution atmosphérique, cet engouement pourrait bien être significatif de la perception des Chinois sur les médias traditionnels. La réception du documentaire semble montrer que les Chinois cherchent sur Internet des informations que les médias traditionnels traiteraient de façon tempérée.
Mais le documentaire n’aura échappé à la censure du gouvernement que pendant trois jours de diffusion. Faut-il déplorer cette prohibition étatique ? N’a-t-elle pas justement, paradoxalement, permis de toucher un plus large public en faisant réagir les hautes instances gouvernementales de manière si radicale ?
Bonne idée n°3 : la créativité pour communiquer
D’autres voix émergent, à travers une communication originale et surprenante, pour dénoncer les conditions environnementales du pays. Ainsi, non loin de Shanghai, un collectif d’artistes et de militants s’est insurgé contre une pratique agricole répandue et évitable, qui génère une grande quantité de fumées noires. Si la paille peut avoir de nombreuses utilités (nourriture, engrais, matériau de construction), les agriculteurs ont l’habitude de la brûler à la fin des moissons, ce que le groupe d’artistes déplore par des œuvres créées à partir de ces « déchets » de paille.

Dans le même sens et bien qu’elle s’inscrive peu ou prou dans la tendance du greenwashing, la campagne de communication Breathe Again (Respirez à nouveau) lancée par une entreprise de systèmes de purification d’air, vise également à dénoncer la pollution en Chine. Les fumées d’usine qu’elle dénonce servent de support pour projeter des visages d’enfants, suffocants ou en pleurs.

Certes ces dénonciations sont prenantes et décalées, mais c’est une fois encore le relais des réseaux sociaux qui permet de rendre ces communications efficaces en touchant un large public.
Bonne idée n°4 : on n’demande qu’à en rire !
Juste pour le plaisir, la publicité pour les chauffe-eau écologiques de la marque Sakura, pointe le problème de pollution…de manière légère et décalée !

Sakura Musle 0514 from J. Walter Thompson Asia Pacific on Vimeo.

 
Aline Nippert
@AlineNimere
* D’après Les Echos
** Théorie subjective de la valeur chez les marginalistes (Walras, Jevons, Menger)
*** Issue de « L’hymne de nos campagnes », de Tryo
****D’après  Rue 89
Sources: 
– Mr Mondialisation

Des chinois utilisent la fumée des usines comme écran géant pour dénoncer la pollution


– Konbini
http://www.konbini.com/fr/tendances-2/chine-oxygene-luxe-commercialise/
– L’ADN
http://www.ladn.eu/actualites/pour-reduire-emissions-co2-prenez-vos-douches-2,article,27801.html
Crédit images: 
 
Vitalyair.com 
Mr Mondialisation 
France TV Info 

Com & Société

Comment s'exporte le Made In France à Shanghai ?

 
Figure incontournable, le Made in France n’a jamais été  autant  dans les esprits depuis qu’Arnaud Montebourg s’en est institué le fervent défenseur. On se souvient en effet de l’ancien ministre du redressement productif posant fièrement en marinière Armor Lux à la une du Parisien Magazine du 19 octobre 2012, montre Herbelin au poignet et blender Moulinex en main, le tout sur fond bleu blanc rouge.
Lorsque l’on parle Made in France, on pense luxe, automobile, vin et gastronomie. Mais Chanel et Peugeot sont loin d’être les seules marques représentantes du Made in France, et l’on peut également citer Saint Michel, les couteaux Laguiole, ou encore les fromages d’Isigny.
Cependant, si le « produire français » existe depuis longtemps, la notion a  évolué et est aujourd’hui porteuse de certaines valeurs. En effet si le Made in France, comme son nom l’indique, fait référence à une production française, le terme est aujourd’hui également devenu synonyme d’authenticité, de qualité, d’élégance et de savoir-faire. Le Made in France est donc un idéal de consommation pour certains, mais c’est avant tout une histoire d’identité nationale.
Qu’en est-il du Made in France à l’étranger ?
Si le Made in France a une signification particulière pour les citoyens français, il en prend une toute autre lorsqu’il s’agit du déplacement des produits hors de leur berceau de production. Lorsqu’il s’exporte, le « Made in » devient en effet vecteur d’une certaine ethnicité : un produit Made in France n’aura pas tant de caractère ethnique en France, or il en sera différemment d’un produit Made in France dans un pays étranger. 
Si le Made in France est en vogue, ce n’est également pas sans raisons. La crise économique a  encouragé un retour à l’artisanat et le Made in France jouit ainsi d’une image positive à l’étranger, avec des produits associés à une notion de qualité, elle-même liée à ces valeurs artisanales. Cette notion, très appréciée des étrangers, se décroche de la production de masse (Made in China) et donne dès lors tout son sens au Made in France, qui ne prend sens qu’au regard du label Made in China connu de tous.
Comment les marques utilisent-elles le Made in France à des fins communicationnelles et marketing ?
Si les marques françaises ont su se démarquer sur leur territoire avec une frange de la population accordant de plus en plus d’importance au « consommer français », comment s’exporte le Made in France ? Prenons l’exemple de Shanghai. En plein boom économique, de plus en plus de marques françaises n’hésitent pas à s’y implanter. La ville est en effet très attrayante pour nos marques et entreprises Made in France : en plein essor, celle-ci dispose encore d’une certaine liberté d’idées, et suscite le désir des marques. En bref : une ville où l’opportunité est à portée de main. Aujourd’hui, la french touch est partout présente dans la métropole et les marques françaises ont bien cerné l’enthousiasme que génère ce je-ne-sais-quoi français qui parvient particulièrement bien à trouver son public.
On peut ainsi citer l’exemple de la marque DS (groupe automobile PSA) avec l’ouverture de ses showrooms et le design de ses véhicules basés sur le luxe à la française. Aujourd’hui, pas moins de vingt-six points de vente ont été ouverts dans les villes chinoises, telles que Pékin, Canton et Shenzen. 

Toujours dans le domaine de l’automobile, citons le cas de Renault qui a accompagné le lancement de sa Renault Zoe d’une campagne print mettant en scène le produit en  plein cœur de Shanghai. On peut voir ici le rapprochement entre le dynamisme de la ville (vitesse des passants, espace saturé d’enseignes) et le dynamisme du produit, le côté innovant de la voiture (100% électrique, 0 émission, 0 bruit) en lien avec la ville de Shanghai, ville de l’innovation.

Si l’on s’intéresse maintenant au luxe, c’est au tour d’Yves Saint Laurent d’utiliser la ville de Shanghai pour le lancement de son parfum Black Opium. Dans le spot publicitaire dédié au parfum, tout nous paraît grand et saturé en lumière, à l’image de la ville : grandes routes, grand hall d’hôtel et grand tunnel.

Au tour désormais de la mode : la marque nippone Uniqlo a également lancé un nouveau partenariat mondial avec la marque française au style chic très parisien Inès de la Fressange, et cela pour la saison automne hiver 2014-2015, témoignant à nouveau de l’attrait suscité chez les étrangers par le style à la française. 
Avec ces nombreux exemples, la ville de Shanghai, forte d’une image dynamique, d’innovation et de vitesse où tout est encore possible, apparaît alors pour les marques comme the place to be. Ces dernières ont su s’y installer, faire vendre leurs produits et se pérenniser en tant que marques porteuses des valeurs Made In France là où on ne l’aurait pas forcément deviné. On en viendrait presque à se demander si le style américain ne se serait pas essoufflé. 
Pauline Flamant
Sources :
Influencia.net
news.autojournal.fr
lesechos.fr
Crédits images : 
rézolumiere.ning.com
Renault
Youtube.com

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Société

Vous ne passerez pas!

 
C’est officiel. Le 28 septembre, Instagram a intégré la redoutable liste noire des sites interdits en Chine continentale. Le célèbre réseau social, fondé sur le partage d’images et de vidéos, rejoint ses compatriotes américains Facebook, Youtube, et Twitter à la frontière… « Vous ne passerez pas ! » C’est par cette réplique culte du grand Gandalf que se résume le dialogue entre Pékin et les États-Unis en matière de digital, à quelques exceptions près. Certes, il ne s’agit pas d’un affrontement entre un magicien et une créature démoniaque, mais Pékin semble mener une véritable lutte pour exclure les concurrents occidentaux de son territoire. Retour sur les faits qui lui sont reprochés.
Les autorités chinoises ont décidé fin août de modifier les règles du jeu politique de Hong-Kong. Les candidats aux élections de 2017 seront préalablement choisis par le comité électoral chinois  avant d’être présentés à la population de l’ex-colonie britannique. Indignés par cette disposition jugée profondément liberticide et contraire aux « standards internationaux du suffrage universel », les premiers manifestants sont descendus dans les rues dès le 22 septembre. Principalement d’origine étudiante, le mouvement de contestation n’a cessé de grandir.  Le ralliement du mouvement de désobéissance civile Occupy Central le 28 septembre a permis aux manifestations d’acquérir une plus grande visibilité. Fondée en 2013 par  Benny Tai Yiu-ting, professeur de droit, cette organisation pro-démocrate a offert à la révolution des parapluies d’Hong-Kong une couverture médiatique sans précédent, notamment sur Instagram.
Plus de 60 000 publications mentionnant le tag #occupycentral ont été recensées au 15 octobre. La plateforme de partage d’images était un des seuls lieux du cyberespace qui donnait à voir la violence des répressions policières, dont les attaques aux gaz lacrymogènes. Chaque mois, Instagram regroupe plus de 150 millions d’usagers. Les statistiques officielles quant aux utilisateurs chinois demeurent inexistantes, mais le fondateur Kevin Systrom a déclaré qu’en 2011, l’application était téléchargée près de 100 000 fois par semaine en Chine. L’intérêt que portent les internautes à ce réseau social paraît donc difficilement contestable.
Une question reste pourtant sans réponse : cette décision est-elle définitive ?  Les autorités chinoises, en l’interdisant, ont voulu parer à une éventuelle propagation du « virus démocratique » en Chine continentale. Si l’on se tourne vers les événements antérieurs, la réponse est claire. Cinq ans plus tôt, en 2009, les émeutes ethniques survenues dans la région du Xinjiang ont entraîné la fermeture immédiate de Facebook et de Twitter, qui restent aujourd’hui inaccessibles pour l’internaute chinois moyen. Assimiler les politiques autoritaires de Pékin seulement à une idéologie liberticide semble toutefois réducteur pour comprendre la situation.
En effet, le comportement sectaire de la Chine sur le plan digital paraît tout à fait logique du point de vue économique. Il s’agit moins d’une opposition aux Américains que d’une profonde envie de la part de la Chine d’apposer son empreinte sur l’Internet mondial. L’enquête de terrain menée chez les géants du net chinois par Frédéric Martel en avril 2014 permet d’y voir plus clair.  En théorie, rien n’interdit à un site américain d’être présent sur l’Internet chinois, mais les autorités ont réussi à bloquer une bonne partie de ses concurrents grâce à des accidents politiques. La fermeture précédemment évoquée de Facebook et de Twitter en 2009 coïncide plutôt bien avec le lancement des premiers « weibos » (sites de micro-blogging) par Sina, le plus grand portail de divertissement du pays. De nombreux équivalents aux autres services connus en occident sont disponibles, Renren (équivalent de Facebook), Youku (YouTube), QQ (MSN), Meituan (Groupon), Weixin (WhatsApp), et le plus connu, Baidu (Google). Ces sites, qui reposent sur des fonctionnalités identiques aux originaux, ressemblent plus à des clones qu’à des innovations dignes de ce nom.
Comment échouer quand on imite un modèle qui marche mondialement ? Avec plus de 630 millions d’internautes, le cyberespace chinois représente un marché particulièrement fructueux, où les enjeux économiques s’avèrent être tout aussi importants que les autres. L’Internet chinois mérite peut-être son surnom de « Great Firewall » (grande muraille virtuelle) mais comme l’a expliqué Frédéric Martel suite à ses investigations dans ce qu’on pourrait appeler « la silicon valley chinoise », il est nécessaire de passer au-delà  du simple constat de censure généralisée pour comprendre les agissements des autorités. Il ne s’agit pas seulement d’une alternative à l’internet occidental mais d’un patriotisme qui se décline sur le mode économique.
Le comportement de la Chine paraît presque pathologique. La grande puissance mondiale serait-elle atteinte du syndrome “Docteur Jekyll et Mr Hyde” ? À la fois omniprésente dans la mondialisation des échanges productifs et hyper-protectrice dans le secteur digital… Si la qualité de la croissance est assurée au détriment de la parole, la liberté de communiquer est une illusion bien cher payée !
 
Karina Issaouni
Sources
lemonde.fr
kriisiis.fr
SMART, enquête sur les internets – Frédéric Martel, éditions Stock, 2014
Crédits Photos :
The Lord of the Rings, The Fellowship of the Ring, 2001, Peter Jackson

Com & Société

The Chinese dream

Une campagne de lutte anti-corruption
La campagne de lutte anti-corruption bat son plein en Chine. En excluant la semaine dernière Liu Tienan, l’un des principaux conseillers économiques du parti, le président de la Chine populaire Xio Jiping affirme à nouveau sa volonté de mettre fin aux « énormes pots-de-vin » que reçoit la bureaucratie afin de prôner une vie plus saine, étrangère à toutes les décadences passées. Grâce aux révélations de sa maîtresse, les médias officiels avaient en effet publiés les trésors de cet homme qui possédait près de 25 diamants, 4,5 kg d’or et d’autres nombreux cadeaux. Cette lutte anti-corruption fut lancée par Xio Jiping à son arrivée au pouvoir, lorsqu’il a déclaré qu’il serait intransigeant sur le fait qu’il fallait désormais « frapper les petites mouches comme les grands tigres en matière de corruption ».
Mais loin de ne s’en prendre qu’à la bureaucratie, le président s’attaque également aux marques de luxe. Frappées de plein fouet par cette stigmatisation, celles-ci ont vu à l’approche des fêtes de Noël leurs chiffres d’affaires dégringoler à cause de cette nouvelle adéquation entre le luxe et la décadence réprimée par le pouvoir en place.
Une nouvelle stratégie de marque
La campagne anti-gaspillage incite ainsi les marques de luxe à envisager et à adopter une nouvelle stratégie de communication. Après le fameux « American Dream », voici « The Chinese Dream ». Ce rêve est synonyme de réussite, d’accomplissement, de gloire surtout, et tout cela par la simple force du poignet. Afin de véhiculer une image positive de leurs produits, les marques innovent en présentant dans leurs publicités non plus des égéries mais des « self made men ». Il est loin le temps des campagnes publicitaires clinquantes, où la célébrité du moment portait le dernier sac Vuitton. Désormais, le choix des célébrités repose principalement sur leur réussite professionnelle plus que sur un facteur luxe.
Mercedes-Benz a par exemple organisé une campagne de « Dream Makers » sur Sina Weibo, connue pour favoriser les professionnels de la création aux dépends des stars de cinéma. Cette campagne met ainsi en vedette un personnage adulé par les consommateurs, en cela qu’elle explique comment elle en est parvenu à un tel succès et qu’elle redonne espoir dans un marché économique mondial aujourd’hui en difficulté. Le dur labeur et la vision créative sont récompensés  à la place des paillettes et du glamour. On admire alors leur philosophie de vie. Pour plus de succès, Mercedes-Benz  demande même à ses utilisateurs de participer en racontant leurs rêves avec la possibilité ensuite de gagner une voiture.
Cette même stratégie a été utilisée par la marque Johnnie Walker, une célèbre marque de whisky, dans sa campagne intitulée « Game Changer » qui met en scène entre autre Ma Yonsong le fondateur de MAD architects, et le lauréat du prix du scénario de Cannes et réalisateur Jia Zhangke. Ces publicités sont innovantes puisqu’elles ne présentent plus simplement des produits mais proposent également des conseils pour bien réussir dans la vie.En plus des créatifs, ce sont également des athlètes professionnels qui sont utilisés. On peut citer le célèbre champion olympique d’escrime Lei Sheng, le couturier Guo Pei, le photographe Xiao Quan et le painiste Zhao Yinyin. La campagne « Pinnacle moment » contait ainsi le moment de couronnement de leur vie ainsi que le chemin emprunté pour y parvenir.
The Chinese Dream
Derrière l’emprunt de ces « self made men » se cache bien sur l’espoir des marques de s’éloigner de l’adéquation luxe / corruption martelée par Xio Jiping. L’effet recherché est de dissocier le luxe du délabrement moral, de la décadence et du vice pour le requalifier et l’associer à la beauté et à l’artisanat. Une image positive est alors véhiculée par leurs produits de qualité en faisant l’éloge du travail acharné et de la créativité. Ces publicités permettent alors de doter le produit d’une singularité propre : en effet, le consommateur peut plus facilement s’identifier à lui et se l’approprier. La richesse matérielle est donc sublimée par une satisfaction personnelle et par un sentiment d’accomplissement qui viennent se greffer à l’achat.
En utilisant les espoirs des consommateurs, cette nouvelle stratégie marketing érige en valeur suprême le travail. Elle polie également l’image des marques de luxe en donnant un revers positif à leur simple représentation de richesse, celle de réussite et de bonheur. On est donc bien en plein « Chinese Dream ».
Laura de Carné
 
Sources:
–       Le Figaro magazine
–       Le Monde magazine
–       L’agence marketing chine
Photo Carlos Barria, reuters

Les Fast

Vend bébé pour un Iphone… ou pas !

« Ca coûte un bras », disait l’autre. Un couple chinois est actuellement poursuivi par le tribunal de Shanghai pour avoir vendu aux enchères leur fille tout juste née pour faire l’acquisition d’un IPhone dernière génération et de chaussures de sports de marque.
Selon le Jiefang Daily les parents au chômage, appelés M. Teng et Mme Zhang, ont posté en ligne juin 2013 une annonce qui laissait entendre qu’ils se sépareraient de leur bébé contre 50,000 yuans (3600€). Après une grossesse cachée, un accouchement maison et une petite transaction, ils ont utilisé leur carte bancaire fraîchement créditée pour une série d’achats sur internet, ce qui a permis aux enquêteurs chinois de les retrouver facilement.
Ce qui interpelle, c’est bien l’achat de l’IPhone, et on ne manque pas de rappeler dans la presse cet autre fait divers sordide du jeune garçon chinois qui avait vendu son rein pour pouvoir s’acheter un IPhone 5. Rapprochement maladroit ? En effet, un lien de causalité étrange apparaît : le prix de vente l’IPhone pousserait les gens, et particulièrement les Chinois à commettre le pire. Plus ? En Chine un smartphone coûte en moyenne 75 euros contre 5288 yuan (652 euros) pour le 5s et 4488 yuan (553 euros) pour le 5c.
« La faute à Apple » ?
Rimond Leïla
Sources :
www.telegraph.co.uk
www.lexpress.fr
www.washingtontimes.com
www.lefigaro.fr
Images :
www.gizmodo.fr
www.lci.tf1.fr