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« What the FIAC ? »

Présentée comme le rendez-vous incontournable des amateurs d’art, la Foire Internationale d’Art Contemporain est une institution, un passage (presque) obligé.
Samedi, 17h, fin d’une journée intense à la mine des galeristes. Premier arrêt, le stand marchand : on y vend des totebags à l’inscription « What the Fiac » : le ton est donné.

L’esprit semble étonnamment jeune. A la première galerie, des œuvres en briques (Judith Hopf) et des colonnes de béton, provoquent un grincement de dents attendri : l’art contemporain ne peut pas toujours être pris au sérieux. Une semaine avant la manifestation, l’esthétisme d’un carton surmonté d’un plastique froissé posé comme en équilibre avait été le début d’une série de photos portant l’inscription « Fiac ? » dans ma story Instagram. Je continue donc naturellement cet exercice. Confusion : plus personne ne sait si j’y suis vraiment ou si je rigole encore. Je jure que, cette fois-ci, j’y suis.

Tièdes réactions à chaud ou l’effet « fiacstagram »

Alors que je prends en photo une œuvre semblable à un amas de ceintures dégoulinant sur un socle miroir, un homme s’approche et, d’un air mélancolico-méprisant, me lance : « c’est à vendre ça hein, c’est une œuvre… ! ». Décontenancée, je lui réponds que je m’en doute, tâchant de prendre un ton las.
Cet incident ne fera que corroborer ce que les messes basses du public semblent prédire : certains visiteurs sont incrédules.
Un peu plus loin, une œuvre de Toni Martelli (1), entre La Série des Gazing Balls de Koons et l’esprit pop de Warhol, attire la foule.
C’est une sculpture de femme, façon antique, agrémentée de bananes («four seasons»). Voyant l’attroupement, la galeriste d’abord amusée, répond aux questions : non, on ne peut pas toucher, non ce ne sont pas de vraies bananes, elles sont en bronze, non on ne peut pas vérifier en touchant. Beaucoup de photos sont prises, Instagram en témoignera. Après m’être agenouillée près d’une petite pousse de verdure (qui s’avérera être une œuvre du même artiste), je surprends la galeriste à valoriser les œuvres présentées par rapport à leur « instagramgénie ». Il est vrai que beaucoup d’œuvres rentrent parfaitement dans cette esthétique pop consensuelle. Le néon jaune « what if women ruled the world” (Yael Bartana) finira parmi les œuvres les plus postées sur les réseaux : normal, il y a des néons et un message pseudo « féministe ». Les œuvres du genre ne manqueront pas (« no justice no peace » par l’américain Sam Durant ou miroirs à inscriptions « i am here » par le danois Jeppe Hein) : toutes remportent un franc succès chez les visiteurs qui se photographient devant. Des tee-shirts peints à l’effigie d’Obama (Ry Rocklen), une toile retournée dont on ne voit que le blanc et le bois, accrochée de biais et la caserne imaginée par Alexandre Betak ciblent le même public.
D’autres travaux finiront d’acter ce constat d’un art qui finalement n’est créé que pour correspondre aux réseaux, et par extension, au marché : une loi de Say inversée
Devant une photo de gélules de médicaments, à l’esthétique, là encore, résolument pop (Damian Hirst), un homme m’aborde. Nous discutons de ces foires et de leurs microcosmes : grand choix d’œuvres, mais au fond pas beaucoup de surprises. Nous tombons d’accord sur le fait que, cette année, et en comparaison avec ArtParis, les visiteurs sont moins bien informés et les artistes manquent pour interagir avec le public. Cela joue peut-être sur cette impression de grande comédie parodique. Des photographies de danseuses espagnoles ficelées à la Araki (presque du plagiat) confirmeront le fait que, décidément, la foire manque de médiateurs.
19 heures : un dernier tour avec mes amis, juste avant que les vigiles nous indiquent la sortie, nous conduira à une ultime rencontre résumant à elle seule le flou dans lequel la foire plonge les non-collectionneurs. Un homme élégant nous arrête : « j’ai une invitation mais je viens d’arriver…S’il y a une seule chose à voir à la Fiac cette année, qu’est-ce que c’est ? ».
Les yeux pleins d’espoir, il nous fixe. Blanc, désarroi, regards perdus et incrédules, on se surprend à souffler, bras ballants : « bonne question… », « il y a du Picasso…à la galerie de l’angle là-bas, allez-y, c’est une valeur sure ». Étonné mais pressé, il nous remercie, répète presque machinalement que, oui ça ne fait pas de mal un petit Picasso puis tourne les talons, direction les tableaux de maîtres…

 Dés(illusion) : de l’art pour le marché

Du côté de certains groupes artistiques parisiens, une amertume croît pour cet art jugé « formaté » et son marché. Quelques jours après la fiac, je décidai d’aller à la rencontre de ces réfractaires : direction Le Silencio pour la soirée La Fondation, en partenariat avec Aemergence. Ma rencontre avec Deed Julius, parodiant Le baiser de l’artiste d’Orlan par la formule moins poétique mais impactante « la baise est de l’artiste », fut teintée de cynisme. Sacha Morzy, un autre artiste, avait collé de petites gommettes rouges sur les murs de la fiac, dénonçant la marchandisation des artistes, les prix exorbitants, en bref un système malade et sanguinaire…
La FIAC sert avant tout le marché de l’art : attirer les collectionneurs et les spéculateurs est son but premier. Le caractère médiagénique des œuvres participe à ce savant dosage. C’est précisément là où peut se trouver la déception pour les visiteurs abordant le lieu comme un musée concentré pour un tour d’horizon artistique, car même si certains artistes reconnus sont toujours représentés (2), ils n’offrent au fond rien de nouveau à l’habitué des musées.
D’autres artistes présentés reflètent, et c’est intéressant, les tendances actuelles : Lou Prouvost, exposée au Palais de Tokyo cet été, Grayson Perry surreprésenté par la galerie londonienne Victoria Miro et son exposition à la Monnaie de Paris, ou encore Kehindey Wiley, peintre du portrait officiel de Barack Obama.
D’un côté des valeurs sûres, d’un autre les coqueluches du marché, symboles de « ce qui se fait » et de ce qui a la cote mais pas seulement… On peut aussi y découvrir quelques artistes comme Ambera Wellman ou Sarah Van der Beek. Tout n’est pas perdu.


  1. Cet artiste doué pour susciter l’étonnement, a notamment planté son « sleepwalker » (un homme taille réelle en slip, bras en avant et yeux fermés) en plein passage sur la high line de New York.
  2. Picasso, Miro, De Stael, Dubuffet, Warhol, Basquiat, Mapplethorpe, Robert Longo, Sophie Calle, Ben, Koons…





Lisa Gnaedig
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