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Le Moyen Âge dans la publicité : une valeur ajoutée pour les marques ?

Le camembert au lait cru Charles VII, du nom éponyme du célèbre roi de France du XVe siècle
Si dans l’inconscient collectif, le Moyen Âge sert — bien plus souvent à tort qu’à raison — de repoussoir (« On retourne au Moyen Âge ! »), les marques, au contraire, se servent à dessein de cette période à des fins communicationnelles, si bien que la Tour Jean Sans Peur à Paris a organisé une exposition traitant le sujet l’an passé. À rebours de l’opinion majoritaire sur le Moyen Âge, quel est donc l’intérêt que trouvent les marques à utiliser, plus ou moins finement, cette période de l’Histoire pour valoriser leurs produits dans leurs publicités ?

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Société

Nouvelles stratégies de communication en faveur de l’indépendantisme catalan

 
Dans le cadre de la célébration du Tricentenaire de la chute de Barcelone face à l’armée de Philippe V d’Espagne, en 1714, le gouvernement catalan a décidé de faire la liste des « répressions » orchestrées par Madrid depuis trois siècles contre son peuple. Cette commémoration historique se tiendra tout au long de l’année, à travers des représentations artistiques, expositions, et conférences sur le thème de l’histoire catalane depuis trois cent ans. Serait-ce une manière de réécrire l’Histoire en vue de la validation du référendum sur l’indépendance annoncé à l’automne 2014 ?
Un séminaire au titre accrocheur et orienté a été organisé à la mi-décembre à ce sujet pour commencer les festivités : « Espagne contre Catalogne : un regard historique (1714-2014) ». Jaume Sobreques, directeur de l’Institut d’Études Catalanes et du Centre d’Histoire contemporaine de Catalogne, grande figure médiatique catalane, est à l’origine de ce séminaire. Les deux entités qu’il dirige sont elles-mêmes rattachées à la Généralité, le gouvernement catalan, présidé par Artur Mas. En plus du séminaire, Jaume Sobreques a également annoncé la rédaction d’un inventaire des « trois cents années de torts de l’Espagne envers la Catalogne ». Les publications seront réalisées en parallèle à celle des dix-huit rapports sur les conséquences d’une possible indépendance de la Catalogne par le gouvernement catalan lui- même.
Pour les indépendantistes, dont Jaume Sobreques devient le porte-parole dans le cadre du Tricentenaire, ces commémorations doivent servir à « analyser avec des critères historiques, du XVIIIème siècle à nos jours, les conséquences de l’action politique, presque toujours répressive, de l’État espagnol vis-à-vis de la Catalogne (…) et les conditions d’oppression nationale dont a pâti le peuple catalan tout au long des siècles, ce qui a empêché le plein développement politique, social, culturel et économique de la Catalogne ».
Les objectifs du Tricentenaire paraissent ainsi évidents : prendre à parti le peuple catalan  au sujet de la relative oppression qu’il aurait vécu depuis trois siècles par l’État Espagnol, par le biais d’expositions et de conférences. Le 11 septembre 1714, date où la ville de Barcelone est tombée aux mains de Philippe V d’Espagne, donne en effet raison à la justification nationaliste de l’indépendantisme catalan. Elle est depuis 1886 le jour de la fête nationale catalane, La Diada. L’année 1714 est médiatisée et érigée en mythe collectif, symbolisant la perte des « libertés catalanes », et le début de l’humiliation face au reste de l’Espagne. Ce thème de l’oppression madrilène sur les catalans est par ailleurs ostensiblement remis à l’honneur dans la récente exposition du Born Centre Cultural (Born CC) à Barcelone, où sont reproduites les ruines de la ville en 1714, lors de la bataille contre l’armée espagnole. Ce musée, financé par le gouvernement régional, est d’ailleurs considéré par le reste de l’Espagne comme un véritable défi à la domination espagnole.
Le discours de « victimisation » du peuple catalan depuis 1714 semble être devenu un outil communicationnel puissant en faveur de la cause indépendantiste et de l’approbation du référendum de 2014, annoncé par Artur Mas malgré l’interdiction de Madrid. Comme le répète inlassablement le président de la Généralité, « il est temps que la Catalogne récupère ses libertés ». La stratégie de communication pour les indépendantistes semble donc basée sur un rappel constant de l’Histoire catalane de ces trois derniers siècles, sans quoi il serait impossible d’envisager l’avenir de la Catalogne. Artur Mas n’hésite pas à comparer à cette occasion le combat catalan pour l’indépendance à la lutte contre l’esclavage.
L’organisation de ce séminaire et la mise en place des différentes stratégies de communication autour de l’histoire catalane ont fait grandement polémique pour cette raison. Des partis politiques comme le Parti populaire (PPC), l’Union progrès et démocratie (UPyD) et Ciutadans ont porté plainte contre la mise en place de ce séminaire. Il enfreindrait le code pénal, constituant un « délit de provocation à la discrimination, la haine ou la violence ». De plus, des historiens reconnus tel John H. Elliott, ont par ailleurs qualifié le colloque d’« aberration », car selon eux il livrerait une interprétation biaisée et partielle de l’Histoire espagnole et catalane. Le Parti socialiste catalan considère également que ce séminaire et toutes les autres manifestations commémoratives prévues pour 2014 constitueraient un prétexte de plus pour attiser les tensions politiques et civiles catalanes à l’heure de la crise économique.
Cette forte médiatisation du Tricentenaire fera-t-elle évoluer, à terme, le projet de référendum d’Artur Mas ?
Toutefois il est évident que cette stratégie de communication reste efficace pour faire parler de la Catalogne comme entité indépendante du reste de l’Espagne, sur la scène politique européenne et internationale.
 
Zoélie Dupérier
Sources :
Lemonde.fr
Elborncentrecultural.bcn.cat
tricentenari.bcn.cat
Crédit photo :  DR

Archives

Jacques a dit : « Au cinéma comme dans la vie »

 
Quel est le point commun entre Abraham Lincoln, Alfred Hitchcock, Edith Piaf, Margaret Thatcher, Marie-Antoinette, Henri IV et Nelson Mandela ? Après avoir marqué leur époque, ils sont tous devenus des stars du grand écran. Dans des adaptations plus ou moins fidèles à la réalité (jusqu’au désarmant Abraham Lincoln : chasseur de vampires), on met en scène leur vie forcément palpitante, puisque relevant du mythe historique. Le genre connait un succès particulier en ce moment, et les producteurs d’Hollywood en raffolent. Alors, fausse bonne idée commerciale ou vrai renouveau cinématographique ?
Du point de vue communicationnel, la formule présente un double avantage. On propose aux spectateurs à la fois un divertissement classique, avec ses promesses d’action, d’humour, d’amour et de péripéties, tout en jouant sur le côté instructif. Une sorte de C’est pas sorcier du septième art en somme (en un peu mieux quand même). Tout bénéf donc pour la promo, où on vise à la fois le public intello qui voudrait en savoir plus sur la guerre de Sécession ou la Révolution française, et le spectateur lambda qui cherche à se détendre en fin de semaine à coups de pop-corn et de blockbusters. Un double horizon d’attente qui permet d’élargir au maximum les publics visés.
 En l’adaptant au cinéma, on rend l’Histoire vivante car incarnée par des personnages en chair et en os,  et par conséquent plus intéressante car soudain bien plus proche de nous. À tel point que Steven Spielberg a offert des milliers de DVD de son film Lincoln aux écoles américaines, comme support d’enseignement. Mais dans quelle mesure peut-on considérer ces adaptations comme de l’information pure ? Si pour Adorno les arts se consument les uns au contact des autres, ici c’est tout bonnement le réel qui se consume au contact de la fiction. Le spectateur est soudain placé dans la position de décrypteur, souvent jusqu’à la paranoïa. Alors que dans une fiction pure il est invité à tirer des vérités générales de l’artifice assumé, ici au contraire il s’attache à débusquer le faux, l’inexact, l’approximatif d’un récit qui se revendique comme entièrement authentique. D’où les éternels reproches : « ça ne s’est surement pas passé comme ça », « le personnage n’était pas ressemblant » à la sortie des salles.
Ce procédé mérite qu’on s’y attarde, car depuis quelques temps il semble marquer plus largement tout un pan de la communication médiatique. Faux-vrais témoignages dans les pubs pour dentifrice, multiplication des émissions de scripted reality à la télévision, on est désormais à la recherche du Vrai, même (surtout ?) quand celui-ci est factice. Reste à l’audience de faire la part des choses, en attendant la sortie du prochain film.
 
Marine Siguier