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Au début du mois, l’humoriste Florence Foresti a annoncé que les téléphones portables seraient interdits à son prochain spectacle, pour “éviter les enregistrements pirates et assurer le lien avec les spectateurs”. Elle est la première artiste Française à oser contrarier ainsi les usages du public. A l’aide du dispositif Yondr, les smartphones seront placés dans une pochette scellée électroniquement pendant la durée du spectacle, un système qui fut déjà mis en application lors de concerts de Jack White.
Un choix que beaucoup jugent, ainsi que J-M. Dumontet, producteur et propriétaire de plusieurs salles parisiennes, comme n’étant “pas très festif”. La mesure est certes radicale, mais s’avère nécessaire pour brider une habitude qui tient parfois de l’addiction. S’il en va d’un réflexe naturel de couper son téléphone au théâtre, au cinéma ou à l’opéra, brandir un écran allumé pendant un concert ou un one-woman show semble aujourd’hui relever d’un droit inaliénable. Quelle est la place du smartphone dans notre rapport au spectacle aujourd’hui?
 
Les pratiques actuelles des spectateurs sont d’autant plus paradoxales que c’est lors des spectacles à haut degré d’interaction qu’il paraît légitime de sortir son portable. En effet, à l’inverse de l’opéra ou de la pièce de théâtre qui ne laissent (quasi) aucune place à l’improvisation, et donc encore moins à l’expression du public, il n’est pas rare lors de concerts ou de one-woman shows que l’artiste s’adresse directement à un spectateur, voire l’invite sur scène. Cependant, les fans cachés derrière leurs portables ont bien peu de chance de croiser le regard de la vedette. A quoi bon être parvenus à franchir les barrières médiatiques qui les séparaient de cette dernière, si c’est pour, une fois face à elle, faire interférer le média constitué par le smartphone ?
A quoi bon payer une place aussi onéreuse et patienter plusieurs mois?
 

Le smartphone semble reporter le plaisir plus qu’il ne l’apporte

A vrai dire, le sentiment absurde soulevé par cette dernière question n’est peut-être pas tant suscité par l’usage du smartphone, que ce qui suscite justement son usage – en d’autres mots, à quoi bon patienter plusieurs mois pour le peu de souvenirs que peut laisser une seule soirée ? Le fait de conserver des photos et vidéos d’un spectacle est un plutôt bon moyen de transcender sa fugacité. Autrement, la soirée cède vite la place à un sentiment de vide; un rêve réalisé est un rêve qui prend fin. Les réseaux vont jusqu’à populariser l’expression de “Post Gig Depression” (“dépression post spectacle”) pour désigner cette frustration. Profiter de l’instant présent n’est pas si évident pour l’être humain, comme le rappelle P. Quignard dans Une journée de bonheur : l’injonction posée par carpe diem est elle-même paradoxale. Il s’agit de “cueillir le jour, de “l’arracherà la continuité du temps, à la manière qu’a le spectateur, avec son smartphone, de capturer des images de sa soirée pour les extraire du flot continuel des heures. Mais faire survivre ainsi le moment de la soirée dans la boîte-mémoire du téléphone revient à ne pas le vivre véritablement, à être moins engagé dans l’immédiateté du spectacle en pensant au lendemain. Les nouveaux outils de communication renforcent notre tendance à vivre en différé, et normalisent le fait que le multitâche s’infiltre dans tous les moments de la journée, au point de rationaliser le temps réservé aux loisirs. Est-ce qu’aujourd’hui le concert ou spectacle en lui-même ne suffit plus à composer un² moment de bonheur à la hauteur des mois d’attente qui le précèdent ?

Abolir la distance entre la star et soi

A la frustration d’ordre temporel due à la brièveté du spectacle s’ajoute une frustration d’ordre spatial: enfin présente dans la même salle que soi, la star demeure pourtant inatteignable.
En amont du concert, les médias tendent à mythifier l’idole, et la rencontrer pour de vrai relève souvent du rêve. L’anglicisme de « star » n’est pas anodin; ce mot d’un autre pays, lui-même inaccessible, ne désigne rien d’autre que l’étoile, astre qui accroche sa brillance dans un ciel dont elle a disparu. La plupart du temps où nous nous trouvons éblouis par notre star favorite, l’admirant dans les journaux ou à la télévision, celle-là n’est déjà plus; nous jouissons d’une lumière qu’elle a émise en d’autres temps. A travers les médias, la star est absente de son propre rapport au public, et ce manque entraîne le spectateur jusqu’au spectacle par la force d’un puissant désir. C’est même littéralement ce que désirer signifie, du latin, de-siderare, « cesser de contempler l’étoile », autrement dit la star, en tentant de l’atteindre. Mais l’expérience du spectacle ne suffit pas à satisfaire ce désir. En fait, la mythification de la star opérée par les médias en amont des spectacles n’est pas dépassée une fois dans la salle, mais plutôt transposée sur la scène; sous les feux des projecteurs, la star demeure souvent inaccessible.
Le zoom d’un smartphone est parfois le seul moyen de discerner son visage. Certes, le public du spectacle est moins nombreux que le public médiatique, mais la star en scène continue malgré tout à s’adresser plutôt à la masse qu’aux individus. A cette distance, on peine parfois à prendre conscience et à profiter du fait que l’idole soit exceptionnellement proche de soi. Dans cette mesure, l’usage des smartphones peut donner le sentiment de profiter davantage du spectacle. En prenant pour témoin le réseau de followers ou d’amis qui visionnera les « stories » sur Instagram ou bien Snapchat, le spectateur prend conscience de la réalité du spectacle. Et si l’on s’en tient à la philosophie de Spinoza, en suscitant l’envie d’autrui, on réactualise son propre désir, et la diffusion d’images du concert renforce alors la joie de se trouver au spectacle.
 
Par ailleurs, en créant ce désir auprès de ses contacts, le spectateur n’offre-t-il pas à l’artiste une publicité efficace ? Si Yondr, le “système [qui] protège les artistes et leurs créations (…) va vite se généraliser ”, selon Emilie Kindinis, la manager de F. Foresti, on ne peut réduire pour autant le smartphone à l’ennemi pour l’artiste de scène. La place du smartphone aux spectacles est sans doute à réglementer, mais la bannir n’est pas uniquement bénéfique pour les artistes. Cette privation peut dissuader de potentiels spectateurs, alors dépossédés d’une partie du spectacle, celle qui peut survivre à la soirée au travers de photos et de vidéos. L’ambition qu’affichent Yondr et Florence Foresti, sur le site de vente des places, de «vivre une expérience unique sans mobile» est un idéal auquel tous les spectacles ne sont pas prêts de se conformer.
Solène Planchais
 
Sources:

Au début du mois, l’humoriste Florence Foresti a annoncé que les téléphones portables seraient interdits à son prochain spectacle, pour “éviter les enregistrements pirates et assurer le lien avec les spectateurs”. Elle est la première artiste Française à oser contrarier ainsi les usages du public. A l’aide du dispositif Yondr, les smartphones seront placés dans une pochette scellée électroniquement pendant la durée du spectacle, un système qui fut déjà mis en application lors de concerts de Jack White.
Un choix que beaucoup jugent, ainsi que J-M. Dumontet, producteur et propriétaire de plusieurs salles parisiennes, comme n’étant “pas très festif”. La mesure est certes radicale, mais s’avère nécessaire pour brider une habitude qui tient parfois de l’addiction. S’il en va d’un réflexe naturel de couper son téléphone au théâtre, au cinéma ou à l’opéra, brandir un écran allumé pendant un concert ou un one-woman show semble aujourd’hui relever d’un droit inaliénable. Quelle est la place du smartphone dans notre rapport au spectacle aujourd’hui?
 
Les pratiques actuelles des spectateurs sont d’autant plus paradoxales que c’est lors des spectacles à haut degré d’interaction qu’il paraît légitime de sortir son portable. En effet, à l’inverse de l’opéra ou de la pièce de théâtre qui ne laissent (quasi) aucune place à l’improvisation, et donc encore moins à l’expression du public, il n’est pas rare lors de concerts ou de one-woman shows que l’artiste s’adresse directement à un spectateur, voire l’invite sur scène. Cependant, les fans cachés derrière leurs portables ont bien peu de chance de croiser le regard de la vedette. A quoi bon être parvenus à franchir les barrières médiatiques qui les séparaient de cette dernière, si c’est pour, une fois face à elle, faire interférer le média constitué par le smartphone ?
A quoi bon payer une place aussi onéreuse et patienter plusieurs mois?
 

Le smartphone semble reporter le plaisir plus qu’il ne l’apporte

A vrai dire, le sentiment absurde soulevé par cette dernière question n’est peut-être pas tant suscité par l’usage du smartphone, que ce qui suscite justement son usage – en d’autres mots, à quoi bon patienter plusieurs mois pour le peu de souvenirs que peut laisser une seule soirée ? Le fait de conserver des photos et vidéos d’un spectacle est un plutôt bon moyen de transcender sa fugacité. Autrement, la soirée cède vite la place à un sentiment de vide; un rêve réalisé est un rêve qui prend fin. Les réseaux vont jusqu’à populariser l’expression de “Post Gig Depression” (“dépression post spectacle”) pour désigner cette frustration. Profiter de l’instant présent n’est pas si évident pour l’être humain, comme le rappelle P. Quignard dans Une journée de bonheur : l’injonction posée par carpe diem est elle-même paradoxale. Il s’agit de “cueillir le jour, de “l’arracherà la continuité du temps, à la manière qu’a le spectateur, avec son smartphone, de capturer des images de sa soirée pour les extraire du flot continuel des heures. Mais faire survivre ainsi le moment de la soirée dans la boîte-mémoire du téléphone revient à ne pas le vivre véritablement, à être moins engagé dans l’immédiateté du spectacle en pensant au lendemain. Les nouveaux outils de communication renforcent notre tendance à vivre en différé, et normalisent le fait que le multitâche s’infiltre dans tous les moments de la journée, au point de rationaliser le temps réservé aux loisirs. Est-ce qu’aujourd’hui le concert ou spectacle en lui-même ne suffit plus à composer un² moment de bonheur à la hauteur des mois d’attente qui le précèdent ?

Abolir la distance entre la star et soi

A la frustration d’ordre temporel due à la brièveté du spectacle s’ajoute une frustration d’ordre spatial: enfin présente dans la même salle que soi, la star demeure pourtant inatteignable.
En amont du concert, les médias tendent à mythifier l’idole, et la rencontrer pour de vrai relève souvent du rêve. L’anglicisme de « star » n’est pas anodin; ce mot d’un autre pays, lui-même inaccessible, ne désigne rien d’autre que l’étoile, astre qui accroche sa brillance dans un ciel dont elle a disparu. La plupart du temps où nous nous trouvons éblouis par notre star favorite, l’admirant dans les journaux ou à la télévision, celle-là n’est déjà plus; nous jouissons d’une lumière qu’elle a émise en d’autres temps. A travers les médias, la star est absente de son propre rapport au public, et ce manque entraîne le spectateur jusqu’au spectacle par la force d’un puissant désir. C’est même littéralement ce que désirer signifie, du latin, de-siderare, « cesser de contempler l’étoile », autrement dit la star, en tentant de l’atteindre. Mais l’expérience du spectacle ne suffit pas à satisfaire ce désir. En fait, la mythification de la star opérée par les médias en amont des spectacles n’est pas dépassée une fois dans la salle, mais plutôt transposée sur la scène; sous les feux des projecteurs, la star demeure souvent inaccessible.
Le zoom d’un smartphone est parfois le seul moyen de discerner son visage. Certes, le public du spectacle est moins nombreux que le public médiatique, mais la star en scène continue malgré tout à s’adresser plutôt à la masse qu’aux individus. A cette distance, on peine parfois à prendre conscience et à profiter du fait que l’idole soit exceptionnellement proche de soi. Dans cette mesure, l’usage des smartphones peut donner le sentiment de profiter davantage du spectacle. En prenant pour témoin le réseau de followers ou d’amis qui visionnera les « stories » sur Instagram ou bien Snapchat, le spectateur prend conscience de la réalité du spectacle. Et si l’on s’en tient à la philosophie de Spinoza, en suscitant l’envie d’autrui, on réactualise son propre désir, et la diffusion d’images du concert renforce alors la joie de se trouver au spectacle.
 
Par ailleurs, en créant ce désir auprès de ses contacts, le spectateur n’offre-t-il pas à l’artiste une publicité efficace ? Si Yondr, le “système [qui] protège les artistes et leurs créations (…) va vite se généraliser ”, selon Emilie Kindinis, la manager de F. Foresti, on ne peut réduire pour autant le smartphone à l’ennemi pour l’artiste de scène. La place du smartphone aux spectacles est sans doute à réglementer, mais la bannir n’est pas uniquement bénéfique pour les artistes. Cette privation peut dissuader de potentiels spectateurs, alors dépossédés d’une partie du spectacle, celle qui peut survivre à la soirée au travers de photos et de vidéos. L’ambition qu’affichent Yondr et Florence Foresti, sur le site de vente des places, de «vivre une expérience unique sans mobile» est un idéal auquel tous les spectacles ne sont pas prêts de se conformer.
Solène Planchais
 
Sources:

Les intelligences conversationnelles : la mutation des liens sociaux ?

Nous entrons aujourd’hui dans une nouvelle ère : l’ère conversationnelle. Depuis la création des machines, l’Homme ne cesse d’évoluer avec elles, les utilise au quotidien pour rendre sa vie plus facile, et les améliore pour assouvir ses besoins. Depuis peu d’années, une nouvelle étape a été franchie : nous pouvons dorénavant converser avec nos machines. Les enceintes portatives, les téléphones portables, les ordinateurs, les systèmes informatiques se dotent de plus en plus d’une intelligence conversationnelle. Cette dernière entre en interaction avec les êtres humains et les aide en fonction de leurs besoins. Ainsi, la machine n’est plus accessoire, elle devient une personne à part entière.
Pour créer ces machines futuristes, les industriels se sont inspirés des auteurs de science-fiction et de leur vision d’un monde hyper-technologique et connecté. En parallèle, ces auteurs nous expliquent que cet univers utopique est semé d’un danger prépondérant : la fin des liens sociaux et des relations humaines telles que nous les connaissons aujourd’hui.
Quelle place ont alors ces machines intelligentes dans notre société ? En quoi changent-elles notre perception du monde et bouleversent-elles notre connexion aux autres ?
 

L’intelligence conversationnelle, c’est quoi ?


L’intelligence conversationnelle est une intelligence artificielle, donc informatique, qui peut converser avec les êtres humains. Les IC sont principalement programmées pour nous aider ponctuellement. Vous reconnaîtrez facilement les oeuvres d’Apple avec Siri, d’Amazon avec Alexa ou encore de Google et son fameux « Ok Google ». Ajouté à ceux-là, vous retrouvez le chatbot, plus populaire. Il s’agit d’un assistant virtuel qui répond à vos questions et trouve des solutions à vos problèmes ; il est majoritairement utilisé par les marques et entreprises pour faciliter le SAV à distance.
Xavier de Baillenx dans son article “L’émergence des intelligences conversationnelles”, publié dans le magazine hebdomadaire Stratégies, nous indique que, pour être performants, les appareils connectés doivent également afficher une certaine qualité de prestation, de compréhension des attentes et de résolution du client. Les intelligences conversationnelles doivent donc se spécialiser dans un domaine pour le connaître et résoudre ses moindres besoins.
Xavier de Baillenx affirme également qu’une machine doit notamment savoir analyser le contexte et avoir une mémoire. En effet, la mémoire humaine nous permet de créer des connexions entre plusieurs informations afin de donner une réponse utile en fonction du contexte : la machine doit savoir faire de même. Le cerveau humain est si performant que la création d’intelligences conversationnelles n’a de sens que si celles-ci parviennent à être à la hauteur. Mais en souhaitant imiter le cerveau pour le transposer aux machines, ne mettons-nous pas les relations humaines de côté ?

Une nouvelle forme de relations

Aujourd’hui, les intelligences conversationnelles nous accompagnent de plus en plus dans notre quotidien : pour faire une liste de courses, pour demander son chemin ou pour être conseillé. Aujourd’hui, les Hommes n’attendent pas que quelqu’un discute avec eux et les aide pour accomplir ces tâches. Aujourd’hui, le mot « relation », dans son sens social, qui était jusqu’ici employé pour définir les liens entre deux ou plusieurs êtres vivants, prend une nouvelle tournure. Aujourd’hui, des relations se créent entre Hommes et machines. En revanche, puisque ces dernières ne sont pas vivantes et n’ont pas (encore) de sentiments, ses relations avec l’Homme restent linéaires et basiques. Comme nous le rappelle Xavier de Baillenx, la qualité d’un service tient également à la compréhension du contexte de la situation ; les machines doivent avoir une certaine empathie pour les clients impatients, stressés ou en colère. Ainsi, l’existence même de relations entre l’Homme et la machine tend à remettre en cause la stabilité des relations entre les Hommes. Il n’en apparaît pas moins évident que celles-ci ne se valent pas.
Malgré tout, nous sommes passés d’interactions entre Hommes à travers une machine (mail,  réseaux sociaux) à une interaction directe avec la machine. Cette relation est encore unilatérale puisque la machine n’interpelle pas l’Homme. Pourtant, une certaine attache se crée et l’Homme commence doucement à ne plus pouvoir se passer des intelligences conversationnelles. Notre quotidien se transforme une nouvelle fois, en incluant cette fois-ci les machines comme individus.
 

Un marché économique prometteur

Dans le système économique, les intelligences conversationnelles ont un succès futur inéluctable. Elles ont déjà une certaine notoriété dans les grands groupes de GAFA (Google, Amazon, Facebook, Apple) qui ne peuvent plus se passer d’elles pour vendre leurs services et produits. Le marché séduit par ailleurs de plus en plus de secteurs, notamment celui de la radio. La catégorie “Business” du magazine Stratégies nous apprend que le groupe NRJ Global compte s’associer aux fabricants d’enceintes connectées dans le but d’attirer de nouveaux annonceurs vers le média radio. Le principe est simple : quand vous écouterez la radio sur votre enceinte et que viendra l’annonce des publicités, vous pourrez ajouter instantanément le produit promu à votre liste de courses. Toujours dans le but de faciliter la vie des consommateurs, le secteur de la radio prend l’innovation à son avantage et dynamise l’image du média. On sait alors que l’émergence des intelligences conversationnelles n’en est qu’à ses débuts et que leur place dans notre société ne cesse de grandir.

Vers un futur virtuel ?

En parallèle, les scénaristes et les auteurs de science-fiction voient toujours d’un oeil inquiet cette évolution technologique. Her réalisé par Spike Jonze, sortie en 2013, en est un parfait exemple. Ce film, détenteur de l’Oscar du meilleur scénario original en 2014, raconte l’histoire d’un homme qui tombe amoureux d’une intelligence artificielle (IA) provenant d’un système d’exploitation nommé OS. Le personnage principal entretient une relation passionnelle mais virtuelle avec cette IA. Peu à peu, on découvre que les OS deviennent de plus en plus performantes, a contrario du développement trop lent des humains. La machine surpasse l’Homme et décide de le quitter. Her ne dépeindrait-il pas ce que notre futur pourrait être un jour ?
 
Les intelligences artificielles d’aujourd’hui sont en voie d’avoir des sentiments et de créer des relations avec les humains. Il va de soi de se questionner sur l’avenir de nos liens sociaux : vont-ils se dégrader ? Les relations entre Hommes auront-elles le même principe qu’aujourd’hui ? Toutes les réponses à ces questions ne dépendent que de nous.
 
 
Mathilde Monnier.
https://www.linkedin.com/in/mathilde-monnier-09239b143/
 
Sources : 

  • Stratégies. L’émergence des intelligences conversationnelles, Xavier de Baillenx, S2C, 18 octobre 2018. 0180-6424.
  • Stratégies. NRJ sur une nouvelle voix. S2C, 27 septembre 2018. 0180-6424.

 
Crédits photos :
Nicolas Six / LE MONDE (https://www.lemonde.fr/pixels/article/2018/06/23/comparatif-homepod-echo-home-quelle-enceinte-connectee-choisir_5320100_4408996.html)
©digitalbusinessstop.com (https://siecledigital.fr/2018/01/04/siri-actualites-ios-11-2-5/)
Eze Sunday Eze (https://blog.markgrowth.com/how-chat-bots-can-help-you-increase-conversion-6561ba0b8ab0)

Le Venezuela traverse une grave crise depuis plusieurs années, en plus de la crise politique avec la contestation de Maduro par l’opposition, on a aussi affaire à une crise économique sans précédent. Le pays fait face à la chute des prix du pétrole avec beaucoup de difficulté, l’économie du pays ne s’étant pas assez diversifiée et reposant toujours trop sur la rente pétrolière du pays (qui est tout de même le premier producteur mondial de pétrole).

Traditionnellement au Venezuela, le secteur privé obtient des dollars à taux préférentiels du secteur public qui gère la vente de pétrole afin d’importer tout ce qui n’est pas produit localement. Il existe donc un contrôle des changes entre le bolivar (monnaie vénézuélienne) et le dollar, or le bolivar est surévalué depuis plusieurs années. Il est alors plus coûteux de produire localement que d’importer, ce que font donc presque toutes les entreprises vénézuéliennes. L’Etat est toujours celui qui distribue les dollars aux entreprises mais il fait face à des importations surfacturées. Certaines entreprises déclarent payer plus que ce qu’elles payent réellement pour importer. Résultat, la valeur des importations a été multipliée par 5 tandis que leur volume n’avait pas vraiment augmenté.

De plus, avec la crise financière de 2008, les cours du pétrole chutent et le pays est alors obligé de s’endetter pour payer ses importations. En outre, de récentes sanctions américaines empêchent le pays d’emprunter ou de vendre des obligations sur le marché financier américain, ce qui rapproche inexorablement le Venezuela du défaut de paiement, le gouvernement américain qualifiant le régime de Maduro de « dictatorial ». Le taux d’inflation au Venezuela est à présent proche des 2000%.

Dans ces conditions de crise et de pénuries, Maduro a entamé une communication visant à changer les habitudes alimentaires des Vénézuéliens. Pour faire face à la sous-nutrition grandissante, il enjoint la population à consommer des lapins depuis septembre 2017. Le problème auquel fait face cette prescription est que le lapin est vu comme un animal de compagnie et il est donc très apprécié à un niveau affectif par les Vénézuéliens. Pour faire face à cet obstacle, le gouvernement a multiplié les phrases choc à la télévision. Citons par exemple le ministre de l’agriculture, Freddy Bernal qui déclare « Il y a un problème culturel parce qu’on nous a appris que les lapins étaient des animaux mignons », or « Un lapin n’est pas un animal de compagnie. C’est deux kilos et demi de viande riche en protéines, sans cholestérol. » De fait, l’organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture affirme que l’apport en protéines des lapins est plus important que celui des bovins ou des porcs. Il faut préciser que de nombreux obstacles se présentent en défaveur d’élevages de lapins au Venezuela comme les pénuries ou le manque de matériel, cages ou fils etc.

Les principaux opposants à Maduro ont critiqué le « plan lapin » en traitant la mesure d’ « absurde ». Henrique Capriles, ancien candidat de l’opposition à l’élection présidentielle demandant même si Maduro était « sérieux ».

Dans les faits, le plan s’est concrétisé par la distribution de lapereaux dans des communautés agricoles par le Ministère de l’Agriculture. Des envoyés du ministère qui se rendaient dans les coopératives afin d’enseigner l’élevage ont découvert des lapins qui avaient été nommés, qui portaient des petits nœuds de couleur et certains dormaient dans les lits des propriétaires… Le gouvernement a décidé de poursuivre la communication autour de ce plan avec des spots télévisés entre autres.

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire qu’un pouvoir communique afin de changer les habitudes alimentaires des citoyens. On peut citer comme grand exemple l’arrivée de la pomme de terre en France. La pomme de terre est originaire du Chili et elle n’arrive en Europe qu’au 16e siècle, elle reste cependant longtemps considérée comme une nourriture pour cochon. Les Allemands en donnaient à leurs prisonniers et c’est ainsi qu’Auguste Parmentier découvrit la pomme de terre lors de sa captivité en Westphalie. De retour en France, Parmentier planta des pommes de terre dans le jardin des Invalides dont il était pharmacien en chef. Louis XVI eut vent de cela et décida de populariser la pomme de terre qui pourrait permettre d’éviter les famines. Le Roi se présenta à un banquet paré de fleurs de pommes de terre et il en planta à Neuilly, plantations qu’il fit garder par ses troupes. Cela attira fortement l’attention des gens et certains se décidaient même à aller voler quelques tubercules, bien aidés par un relâchement volontaire de la surveillance, la nuit.

Les voleurs firent ainsi sans le savoir la promotion du produit qui se popularisa de plus en plus. Peut-être que la communication au sommet de l’Etat peut encore parvenir à changer des idées reçues et des habitudes culturelles, en tout cas les discours incitatifs ont rarement été aussi présents en politique. Reste à savoir s’ils peuvent être efficaces, en tenant compte de l’état économique d’un pays ou de la réalité des marchés financiers par exemple.

Thomas Gorrieri

 

Sources :

 
Crédits images :

Creapills, une pilule contre la passivité sur Facebook

Parvenir à se démarquer dans le flux d’informations en continu, sur un format numérique comme Facebook n’est pas une tâche facile. Creapills est parti d’une idée simple : profiter de la caractéristique d’échanges en temps réel sur les réseaux sociaux, pour relayer des idées dont l’aspect profondément innovateur et réfléchi marquent les esprits malgré le constant « scrolling » (défilement d’écran).
 

La création d’un micro univers

Créée en 2014 par Maxime Delmas, cette plateforme diffuse un contenu diversifié : qu’il s’agisse de publicités pour des produits originaux, de vidéos humoristiques ou encore d’articles diffusant des projets artistiques, Creapills nous emmène dans un univers parallèle qui vise à nous émerveiller dans un processus de découverte.
Si Creapills a réussi à se créer une marque et une réputation, c’est grâce au caractère unique de son contenu. Malgré le fait que ce n’est au départ qu’une plate-forme de diffusion de contenu, ses vidéos sont estampillées, soulignant le travail de recherche et de mise en forme (explications textuelles, traduction, montage) que nécessite le contenu proposé.


Exemple d’une vidéo diffusée par Creapills, mettant en avant un produit innovant et original

 
Avec plus de 1,6 millions d’abonnés sur Facebook, son succès a explosé. On peut distinguer trois raisons :  la première provient d’une stratégie de communication efficace, qui consiste à combiner d’une part une capacité à toucher le cœur (vidéos émouvantes, tendres, drôles), d’autre part une capacité à toucher la raison (vidéos touchant la morale, les innovations technologiques ou artistiques). La deuxième raison est que sur le marché de l’attention qu’impose le format de Facebook (et le numérique), la qualité professionnelle de leurs vidéos contraste avec des vidéos davantage amateures qui circulent sur le réseau social, ce qui permet de leur accorder plus de crédit, de temps et d’attention (le but est d’empêcher les internautes de « scroller »). Enfin, une dernière raison de son succès provient du fait que le contenu marque la mémoire sur une plus ou moins longue durée, malgré l’aspect éphémère que produit le réseau social instantané, car c’est un contenu qui nous apprend quelque chose, qui nous fait réfléchir, et que l’on ne voit nulle part ailleurs en dehors de Creapills.
Leur succès tient donc à leur capacité à informer différemment : le contenu est majoritairement publicitaire, mais ce sont des publicités qui racontent des histoires et qui nous rappellent notre propre société de consommation en montrant le côté positif de cette dernière, à savoir la démarche de l’innovation visant à rendre la vie plus confortable.
 

Des récepteurs actifs

Un autre point positif qu’il est nécessaire de souligner est que, au-delà de l’opportunité de divertissement, de découverte et d’un retour à un certain regard innocent, le contenu proposé par Creapills donne l’envie de créer à son tour et de réfléchir à ce qui fait une stratégie marketing réussie.
En effet, le travail de sous-titrage explicatif, de traduction de publicités étrangères, accompagné d’une certaine humanisation dans l’émotion ou l’intellectualisation que souhaitent susciter certaines publicités, rendent ces dernières plus accessibles. Par exemple, la vidéo ci-dessous est une publicité finlandaise, rendue accessible à une audience majoritairement française sur Facebook, et qui a pour but de faire réfléchir les internautes sur les impacts invisibles (pour eux) de leur comportement à travers leur utilisation de l’alcool :

 
L’internaute est aussi plus à même d’avoir une réception participative du contenu car, même si la vidéo démarre automatiquement sur les format Facebook ou Twitter, c’est l‘internaute qui décide de continuer de la regarder. Aussi, le site de Creapills suscite la participation de l’internaute grâce à des challenges d’innovations organisés, et grâce à la possibilité de soumettre ses idées et ses créations en contactant le site.
Cependant, cette participation active du récepteur est rendue nécessaire par le fait que, parfois, il est difficile de définir la frontière entre les bonnes innovations et les innovations qui demandent qu’on y réfléchisse à deux fois. En effet, si les produits mis en avant provoquent parfois un émerveillement à la façon de Denise dans Au Bonheur des Dames de Zola, les inventions d’ordre futuriste peuvent faire débat, comme par exemple dans cette vidéo ci-dessous montrant un restaurant automatisé dans lequel le contact humain se trouve considérablement réduit :

 
Ainsi, Maxime Delmas, le fondateur de Creapills, voit sa propre création comme une remise en ordre du « cabinet de curiosités » (comme il le dit dans son interview par Laurant Hausermann) que constitue internet.  Les vidéos retransmises par Creapills permettent ainsi à la fois d’apporter une satisfaction individuelle, un sentiment de revigoration de l’inspiration et du désir de créer, mais c’est aussi une satisfaction collective car elles sont un moyen de ramener des gens dans une intercommunication.
 

Romane Pinard

@RomanePnd sur Twitter
 
Sources

 

Crédits vidéos, page Facebook de Creapills

https://www.facebook.com/Creapills/videos/1808841952480484/
https://www.facebook.com/Creapills/videos/1764001650297848/
https://www.facebook.com/Creapills/videos/1810060055692007/
 

Crédits Image

« My way », ou le renversement des codes de la communication genrée dans l'industrie musicale américaine.

En s’associant avec le duo britannique de musique électronique One Bit, la jeune sœur de Miley Cyrus signe un titre aux sonorités pop-électro résolument dans l’air du temps, susceptible de plaire à un vaste public jeune. Mais ce futur « hit » survitaminé n’est pas seulement destiné à faire bouger les « clubbers » du monde entier : c’est surtout un vrai message traduisant le bouleversement des mœurs et des identités genrées, à destination de la jeunesse d’aujourd’hui. En alliant l’utile à l’agréable, Noah Cyrus fait carton plein.

L’atmosphère de la chanson s’installe dès les premières secondes du clip.

Quand les couleurs du genre s’affranchissent de leur identité normative

Dès l’introduction du clip musical, une image frappante annonce la couleur et la tonalité de la chanson qui va suivre : seules deux couleurs exclusives sont présentes : le rose et le bleu.

Le clip se déroule dans cette atmosphère très colorée et divisée entre les deux mondes, autour d’un dîner dans lequel les participants passent surtout leur temps à se déhancher dans tous les sens plutôt qu’à se restaurer.

Mais, très vite, on comprend que les normes habituelles sont détournées, voire totalement inversées : des hommes sont habillés en rose, dans des tenues très féminines, maquillés, des femmes sont vêtues de bleu.

Cette dualité chromatique de l’espace est présente tout au long du clip : du sol au plafond, objets compris, le rose et le bleu sont séparés. Même la table où sont rassemblés les protagonistes sépare les deux « clans », chacun du côté de la couleur qui le représente. Les personnages agissent de manière similaire, on note une unicité du genre, mais quelques stéréotypes sont néanmoins inversés : dans plusieurs scènes, les roses sont moins précieux et moins sages que les bleus.

Rose ou Bleu, pourquoi devoir choisir ?

En s’intéressant aux lyrics du morceau, on constate qu’il y a relativement peu de texte et que les mêmes phrases se répètent à de très nombreuses reprises, avec cependant quelques variantes, mais il est clair que le but de ces paroles peu fournies est d’insister sur le message véhiculé. Ainsi, le refrain « Pourquoi ne pouvons-nous pas faire cela ? » et ses variantes auxquelles elle rajoute « à ma façon » ou « mon chemin » symbolisant le principal message que la jeune chanteuse souhaite faire passer, est répété pas moins de dix-huit fois en l’espace des trois petites minutes de durée du clip. Cela accentue le désir de Noah Cyrus : montrer une jeunesse libre de s’affirmer comme elle le souhaite, sans tenir compte des pré-destinations qu’on assimile aux identités de genre. D’où le nom du titre « My Way », représentant la liberté de suivre le chemin que chaque jeune souhaiterait prendre.

C’est donc un texte d’une grande simplicité, avec un message clair, qui permet de comprendre sans difficulté la visée intentionnelle de ses créateurs. Ainsi, sans nécessairement être un public averti sur les questions du genre, toutes les franges de la société peuvent interpréter aisément la signification de la chanson.

Ceci n’est évidemment pas anodin : les concepteurs du clip souhaitent toucher l’ensemble de la population jeune, y compris les classes les moins favorisées et les classes très conservatrices, dans lesquelles les stéréotypes liés à l’identité genrée sont les plus puissants. Ce titre très « mainstream » n’a pas pour vocation à se limiter à une cible proche du microcosme californien, déjà très ouvert d’esprit et évolué sur ce terrain-là.

Rose ou bleu, l’impossible choix de Noah Cyrus

Une réponse aux stéréotypes genrés du monde de la musique ?

La jeune artiste incite les Millenials, son cœur de cible, à franchir les limites, avec une dimension provocatrice : « Dites-moi encore une fois, continuez et franchissez cette ligne. Oserez-vous? ».

Ce sont les seules scènes où une autre couleur apparaît : Noah Cyrus porte une tenue blanche, synonyme de neutralité, lors des plans où elle est seule à l’image. Elle est positionnée au beau milieu de la limite entre les espaces rose et bleu, comme si elle ne pouvait se résoudre à choisir entre les deux couleurs emblématiques des stéréotypes de l’identité féminine et masculine. Le blanc représente également une certaine candeur de la jeune femme, qui souhaite faire passer un message de manière pacifique, sans avoir à choquer son auditoire pour marquer les esprits.

Enfin, on relève une opposition marquée entre le « nous », autrement dit les jeunes, qui se cherchent et devraient choisir leur position par rapport à ce que les autres voudraient leur imposer, à qui elle adresse les phrases utilisant le « vous » : « Ça doit être ce que vous dites, dites-vous » & « Vous pensez que vous savez mieux ». Dans le « vous », il est clair que ce n’est pas seulement la société qui est visée. Certains professionnels de la musique, très influents sur les mentalités des jeunes individus notamment, font eux-mêmes régner les clichés liés au genre dans leurs clips, comme par exemple dans le domaine du rap : Tyga, avec Make it nasty ; 50 Cent dans Disco Inferno ou encore Nelly avec Tip Drill.

My way constitue une réponse incisive à ces nombreux titres de rap qui réduisent la femme à un physique avantageux, dominée par la toute-puissance de l’homme, en l’occurrence le rappeur, qui reprend tous les codes de l’identité genrée masculine : agressif, fier, disposant du pouvoir et de l’argent, courageux, etc.

 

     Clip de « Make it nasty », de Tyga (2014)

Agée de seulement 18 ans, la sœur cadette de Miley Cyrus frappe un grand coup dans le monde de la musique en réduisant à néant tous les clichés de genre encore très présents dans les clips musicaux et dans un large pan de l’Amérique très conservateur. Un sujet de fond traité avec une légèreté déconcertante, à-même de séduire la jeune génération.

Sans tomber dans les travers de son ainée, Noah Cyrus incarne une rébellion en douceur des jeunes de son âge, qui aspirent à devenir ce qu’ils ont envie d’être, sans qu’on leur impose une quelconque norme à laquelle ils devraient se conformer, on pourrait parler de « Gender Flexibility ».

Mais a-t-elle véritablement ouvert la porte à un renversement des codes genrés dans les clips musicaux outre-Atlantique ? Verra-t-on ce type de créations artistiques se généraliser en 2018 et dans les années à venir ?

Alexandre Aymes

LinkedIn : @AlexandreAymes

Twitter : @alexaymes7

Sources:

« Noah Cyrus and One Bit share pink and blue video for « My Way », Substreammagazine.com, Molly Hudelson, 11/01/2018

« Noah Cyrus and one bit release epic ‘my way’ visual », MTV.com, 8/01/2018

« Noah Cyrus throws a dreamy pastel party in her ‘my way’ video », MTVtrl.com, Sydney Gore, 8/01/2018

« Miss Vogue meets Noah Cyrus », Vogue.com, Naomi Pike, 12/01/2018

« Les dix clips de rap les plus scandaleux », Booska-p.com, 26/07/2016

Crédits Photos :

Image 1 & 2 : captures écran Youtube clip « My Way », Ministry of Sound Recordings Limited

Image 3 : capture écran Dailymotion clip « Make it nasty »

Twitter et les comptes parodiques malveillants : un moyen légal d'usurpation d'identité ?

Dans le monde virtuel des réseaux sociaux, les rapports de force reposent sur l’immédiateté et la dépendance au nombre de vues et de partages. Ce qui est mis en avant ne l’est qu’à cause de sa viralité et non de sa véracité. De plus, le fait que le réseau social Twitter soit mondialisé fragilise l’établissement de lois internationales, visant à contrôler l’apparition de comptes malveillants qui parviennent, à travers l’interprétation de la politique du site, à la contourner.

Les personnes engagées : une surveillance constante et nécessaire des comptes parodiques usurpateurs

Même nom, même avatar, mais contenus opposés, c’est le moyen choisi par des anonymes pour semer la confusion et parvenir à convaincre les « followers » (littéralement « suiveurs ») des militants à revenir sur leurs positions politiques. Ainsi, le militant Américain et anti-Trump Ryan Knight, connu sur les réseaux sociaux par le surnom « Proud Resister » (résistant fier), a été victime d’une usurpation d’identité parodique d’une personne pro-Trump. Avec plus de 86 000 abonnés, il publie régulièrement sur Twitter pour maintenir la résistance anti-Trump.


 

Ce tweet du militant anti-Trump dénonce le risque des faux-comptes qui se font passer pour lui de manière parodique : « Des comptes feignant la résistance apparaissent en ce moment dans le but de discréditer nos efforts. Le compte ci-dessous utilise ma photo, mon nom et tweet de la « désinformation » pour semer le doute et diviser. Cela recommence comme en 2016. @Twitter ne peut autoriser cela. S.V.P. partagez et encouragez Twitter à supprimer @the_ryan_knight ».

 


Ce tweet du compte parodique de Ryan Knight prétend avoir fait semblant d’être un militant anti-Trump : « Trump est quelqu’un de super. Cette affaire de #Résistance est une perte de temps. Il est temps pour moi de retourner à ma vie normale. ». Ce tweet étant une réponse à un compte qui défend lui aussi la résistance anti-Trump, on peut voir que l’usurpateur cherche à diviser la collectivité anti-Trump, et qu’il cherche ainsi à perturber la fluidité de sa communication. Le compte usurpateur a depuis été suspendu après une semaine de nombreux signalements.

L’ambiguïté de la politique et des règles d’utilisation de Twitter

L’équipe de Twitter est consciente des risques d’usurpation d’identité et écrit ceci :


La fragilité de cette politique d’utilisation est que la mention explicite de la dimension parodique du compte est légitime, dans le cadre de la liberté d’expression. Dans le cas de Ryan Knight, l’usurpateur a changé son nom de « proud resister » en « paid resister » (résistant payé), mais a aussi spécifié dans sa biographie « (parody) », que l’on ne peut voir que si on va sur le compte en question, et qu’on prend le temps de lire sa description. Ainsi, il ne peut pas être attaqué, car il n’a pas le même pseudonyme.

Ces parodies malveillantes sont dangeureuses, car les tweets circulent de manière autonome (nul besoin d’aller sur le compte du propriétaire), et qu’une lecture rapide et passive du contenu (associé à son avatar) influence le récepteur. Ce dernier ne voit pas nécessairement la différence de pseudonyme et la confusion s’opère. Le récepteur peut être surpris du changement radical des propos de la personne qu’elle pensait légitime de suivre, ou  peut être amené à analyser la situation du point de vue opposé à ses positions initiales et ainsi douter de  la pertinence de ses positions. Puisque Ryan Knight lui semble être revenu sur ses positions, peut-être devrait-il en faire de même ?

La compréhension de cette dimension parodique « par l’audience ciblée » n’est absolument pas certaine, et ne peut être vérifiée. D’autre part, l’utilisation de Twitter dans sa politique des termes « similaires » et « de manière ambiguë ou trompeuse », montre  un manque de précision qui permet justement de contourner cette règle, avec pour défense les possibilités d’interprétations.

Les dangers des réseaux sociaux naissent sans avoir été devinés par Twitter au préalable, ainsi les contours de sa politique d’utilisation ne sont pas assez clairs pour pouvoir les prévenir au mieux. En revanche, les comptes parodiques malveillants passent entre les mailles du filet, grâce au flou juridique existant.

Alors, quelles limites entre la liberté d’expression et la légitimation des comptes parodiques ?

 

 

Si la liberté d’expression est défendue dans la politique de Twitter, elle s’effectue pour les utilisateurs au prix d’une lutte virtuelle qui sonne comme la loi du plus fort. Cela s’exprime par le degré d’efficacité dans la communication des idées, l’influence (les partages post-publication), la fréquence des publications et des interactions avec de potentiels « followers » et les followers que l’on parvient à acquérir dans un laps de temps court. Le contenu est disgracié au profit de la viralité et de la notoriété. Le processus devient plus fort que le contenu,  cela repose sur la logique même des réseaux sociaux.

L’utilisation du terme « conflit » montre que cela est partie constituante du réseau social, que ce soit de manière visible lors de débats, ou que ce soit de manière cachée à travers les comptes parodiques malveillants. Ces derniers peuvent paradoxalement pousser les militants à s’engager plus encore dans la communication de leurs idées, car ils se retrouvent dans une situation de double opposition. A la fois dans la défense de leurs idéaux dans une situation donnée, mais aussi dans la lutte contre les moyens d’usurpation légitimes de leur identité à travers la surveillance constante.  Ils encouragent aussi leurs « followers » à signaler les comptes usurpateurs malveillants : la suspension d’un compte est aussi un combat du nombre.

Ce problème est délicat, car l’interdiction de comptes parodiques mènerait à un contrôle constant de Twitter, et donc porterait atteinte à la liberté d’expression, dans un contexte où une large partie des comptes parodiques ne sont pas malveillants. Le signalement reste l’issue de secours, mais la rapidité de la diffusion des tweets, par rapport à la réaction bien plus lente des autorités questionne les nouveaux moyens de prévention, plus efficaces dans la lutte contre l’usurpation malveillante.

 

Romane Pinard

Twitter @RomanePnd
 
Sources :

Stéréotypes : sous-estime-t-on le rôle des médias dans la création d’idées préconçues ?

Une partie de l’équipe Fast’n’Curious a pu se rendre, le 8 juin dernier, au siège du Défenseur des Droits, à l’occasion de la cérémonie de remise de prix du concours Zéro Cliché pour l’égalité filles-garçons, organisé par le CLEMI (Centre pour L’Éducation aux Médias et à l’Information). En donnant l’opportunité aux élèves de primaire, collège et lycée de s’intéresser aux clichés qui façonnent les mentalités dès l’enfance, ce concours a été l’occasion pour nous de réfléchir sur le rôle des médias dans leur création et banalisation dans les esprits.

Médias et espace public : leur impact sur la création d’idées préconçues chez les jeunes


Nous sommes tous les jours confrontés aux messages médiatiques : dans l’espace publique via les panneaux publicitaires, affiches et kiosques à journaux; dans nos foyers, via Internet, la télévision, la radio, etc.; sur notre lieu de travail… Tous les canaux de diffusion d’informations nous atteignent, et sont susceptibles de véhiculer des idées qui n’ont, parfois, pour fondement, que leur notoriété, ou leur existence passée.
La publicité en est un exemple très concret. Les publicitaires raisonnent en termes de retombées potentielles, et surfent volontiers sur les stéréotypes pour arriver à leur fin : il faut attirer l’attention du consommateur, en l’approchant par l’évocation d’images, de faits ou de réalités quotidiennes susceptibles de résonner dans leur esprit. La technique publicitaire suivante, utilisée pour les produits de nettoyage, est récurrente, presque paradigmatique, mais surtout très évocatrice : il s’agit le plus souvent de mettre en scène une femme, chez elle, qui s’attache à nettoyer une partie de sa cuisine ou de sa salle de bain, en vain. C’est là que le produit en question intervient, enlevant tâches, saletés et autres ennemis de la bonne ménagère, lui redonnant sourire et énergie. Le publicitaire s’assure ainsi des retombées nombreuses, en s’appuyant sur un des piliers sociétaux les plus anciens : la femme est femme au foyer, récure, balaie et éponge. Naviguer sur les stéréotypes, c’est s’assurer que le contenu produit parle à tous, en faisant appel à une culture commune. Si du côté de la production, le mot d’ordre est « efficacité », le public instruit et averti pense « cliché », « archaïsme » et « misogynie ».
Le jeune public, lui, n’interprète pas ; il intègre juste l’image de la femme qui lui est donnée. C’est particulièrement flagrant en ce qui concerne les produits ménagers, associés à la femme, donc, mais aussi pour les produits de bricolage, dont l’utilisation est mise en scène par des hommes, ou encore pour les jouets.

Insidieusement, les petites filles apprennent qu’elles doivent jouer à la poupée, à la dinette, et se déguiser en princesse. Les garçons jouent aux super-héros, au docteur, ou bricolent. En somme, ils se familiarisent avec le rôle qu’ils seront amenés à jouer dans la société, une fois adultes. En surfant sur des idées préconçues et jugées pertinentes parce qu’historiques, les publicitaires agissent sur les mentalités des plus vulnérables et des plus influençables, les pérennisant.
Un des lauréats du concours Zéro Cliché, le Lycée Louis de Foix, à Bayonne, dénonce ces pratiques par une vidéo, déclarant sur fond d’images publicitaires : « à toi publicitaire, qui ne véhicules qu’une image sexy ou niaise de la femme. Toi qui la condamnes à nettoyer, balayer, cuisiner, à longueur de journée ». On redécouvre des publicités pour parfum ou pour produits ménagers bien connues, dont la misogynie a pu, pourtant, passer inaperçue : le consommateur, devant sa télévision, activité souvent associée à un temps de repos, se trouve en position de vulnérabilité.

Les médias, réellement fautifs dans la création des discriminations sexistes ?


La publicité n’est malheureusement qu’un canal de diffusion de ces clichés : la télévision ou Internet recèlent de multiples autres contenus (films, vidéo clips ou réseaux sociaux) eux aussi pétris de stéréotypes sexistes. Le Lycée Louis de Foix s’y intéresse également, en continuant : « à toi star de la pop qui prostitue ton image pour faire le buzz ». Shakira, Jennifer Lopez, ou Britney Spears, autant de stars mondialement connues, et références centrales dans la culture musicale des jeunes, déambulent dans leurs clips dans le plus simple appareil à coup de pauses lascives.



Emily Ratajkowski, que sa prestation dénudée dans le clip « Blurred Lines » de Robin Thicke a rendu célèbre, s’est paradoxalement attaquée à ces stéréotypes. Pour elle, qui a conscience des inégalités hommes-femmes et s’en estime être la victime, la discrimination ne se trouve pas tant dans l’usage que l’on fait du corps de la femme, mais plutôt dans la culpabilité qu’on l’incite à ressentir à la moindre mise en valeur de ses formes. Elle déplore que le terme « sexy » soit associé au terme « vulgaire » ; deux mots qu’elle positionne plutôt en antonymes. Une femme doit pouvoir s’afficher dans la tenue qu’elle veut, en bougeant son corps comme elle veut, sans se faire insulter ou juger. Partisane d’une désexualisation du corps de la femme, Emily estime que sa beauté doit pouvoir être exhibée sans être prise à parti. Etre sexy, c’est exprimer, d’une certaine façon, sa beauté, sa féminité. Au lieu de se dire « la prochaine fois, je mettrai un débardeur moins décolleté ! », elle pense que les femmes ne devraient tout simplement pas se sentir observées, épiées, objets de désir.
Ce discours féministe donne du fil à retordre aux conventionnelles ligne de combat adoptées contre les stéréotypes sexistes. Où placer la frontière entre liberté de la femme, et stéréotypes dégradants ? De plus, la vision d’Emily Ratajkowski, qui l’encourage à dévoiler sur ses réseaux sociaux des photos d’elles dévêtues, permet de relativiser la responsabilité des médias dans la création et la propagation des idées préconçues dans les mentalités. Internet par exemple devient alors une plateforme d’information, un moyen d’expression libre, permettant au contraire de dénoncer certaines injustices ou discriminations sexistes. En témoigne notamment le mouvement « free the nipple » (qui consiste à promouvoir l’exhibition des tétons sur les photos des femmes, dans l’idée de désexualiser la poitrine) qui s’est trouvé une place de choix sur Instagram. C’est également sur Internet que le nouveau blockbuster hollywoodien, Wonder Woman, réalisé par une femme, et mettant en scène une femme super-héroïne, a fait parler de lui et a été applaudi dans le monde entier en tant que succès mondial impliquant majoritairement des femmes.

L’éducation aux médias : la solution ?


Cette ambivalence du rôle des médias (instigateurs de stéréotypes et de préjugés, créateurs d’inégalités, ou moyen d’expression pour s’engager contre leur propagation ?) pose la question de l’attitude à adopter vis-à-vis de l’appréciation que l’on doit en faire.
« Le CLEMI s’efforce de donner aux médias un sens, un message, une portée, qui soient conformes à l’intérêt général, et surtout aux valeurs que nous portons, et aux principes juridiques que nous défendons tous. Le Défenseur s’est donc associé à cette première remise de prix Zéro clichés », a déclaré Jacques Toubon, alors qu’il s’exprimait devant l’audience réunie à l’occasion de la remise des prix.
Le Défenseur des Droits, qui désigne et l’institution dont la vocation est de « défendre les personnes dont les droits ne sont pas respectés » et de « permettre l’égalité de tous et toutes dans l’accès aux droits » (https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/institution/organisation/defenseur), et son fondateur, Jacques Toubon, compte parmi les acteurs principaux de l’éducation des plus jeunes au développement d’un sens critique vis-à-vis des médias.
« Quand un droit existe, il est proclamé », explique Jacques Toubon, que nous avons pu rencontrer lors de l’évènement organisé par le CLEMI. Mais il arrive que ce droit ne soit pas rendu effectif. Le rôle du Défenseur des Droits est donc d’essayer « de mettre la réalité de notre vie quotidienne en conformité avec le droit », ajoute-t-il. « Ceci est particulièrement vrai sur un sujet très important pour une société comme la nôtre : les discriminations. Il y a beaucoup de situations dans lesquelles des personnes sont traitées de manière inégale, sont victimes d’inégalités de traitement, parce qu’elles présentent certaines caractéristiques qui entraînent la discrimination dont elles sont victimes. L’une de ces discriminations les plus fréquentes et massives, c’est l’inégalité qui existe dans le traitement qui est fait au détriment des femmes par rapport aux hommes. »
Si le Défenseur des Droits œuvre pour la condamnation de ces discriminations, et leur sanction, il s’attache également à combattre le problème à sa racine : « Lutter contre les discriminations par la loi et par l’application du droit, ça n’est pas suffisant », explique Jacques Toubon. « Ces discriminations viennent (…) des représentations, des stéréotypes, des idées que nous avons sur les autres, ou sur la manière dont existent les rapports, par exemple entre les femmes et les hommes. » poursuit-il. « Par les moyens du droit, on ne réussira jamais à lutter contre les discriminations véritablement. C’est parce qu’on se mettra à penser autrement, parce qu’on aura des réflexes différents, qu’on pourra dire que les discriminations reculent. (…) Ce que fait le CLEMI sur Zéro Cliché participe à ça ».



« Il faut que l’éducation qui est donnée [aux jeunes] soit une éducation qui systématiquement s’efforce de détruire ou déconstruire les stéréotypes et les préjugés. », conclut-il.
Alors, faut-il inculper les médias pour leur rôle dans la diffusion de stéréotypes sexistes, ou louer la liberté d’expression dont ils sont garants ? Le débat n’est pas tranché ; mais il éclaire sur la nécessité d’aider les jeunes à s’armer d’un sens critique vis-à-vis des informations qu’ils diffusent.

Alice DOMINE

Sources :
http://www.lennyletter.com/life/a265/baby-woman-emily-ratajkowski/
http://www.clemi.fr/fr/evenements/concours/concours-zerocliche-egalitefillesgarcons/palmares-2017.html

C’est la crise dans le milieu de la publicité programmatique

Le 20 mars 2017, Havas UK annonce la suspension de la diffusion de ses campagnes publicitaires sur Youtube à la suite de captures d’écran montrant que ses clients apparaissaient sur des contenus offensants. Une décision importante lorsque l’on sait que l’agence avait investi plus de 200 millions d’euros dans la publicité digitale. Mais c’est surtout un coup dur pour Google, qui depuis fait face à de nombreux retraits de grandes marques. Le début d’une crise, qui remet en question l’efficacité de l’algorithme de programmation Google et sa capacité à contrôler ses contenus.

Une programmation algorithmique en principe efficace

La présence des annonceurs sur Google peut être faite de deux manières : par le placement de liens sur des sites web, ou via une programmation algorithmique automatique. L’algorithme utilise le big data pour proposer la bonne publicité à la bonne personne au bon moment. Cette technique permet de cibler efficacement l’internaute, notamment sur le contenu vidéo qui est de plus en plus demandé (Youtube est la plateforme vidéo de Google).

Lorsque l’on navigue sur Youtube, la bannière publicitaire qui apparaît sur la vidéo est très précisément choisie par cet algorithme, en fonction de nos dernières recherches ou de notre shopping en ligne. La programmation algorithmique a le double avantage de coûter moins cher à l’annonceur (qui limite ses placements en les ciblant), mais aussi de paraître moins intrusif pour l’internaute dans un contexte de généralisation des Ad blockers. L’internaute rejette la publicité moins rapide- ment ce qui renforce son efficacité. C’est l’apparition de ces bannières sur des contenus offensants qui est à l’origine de la crise entre annonceurs et Google.

Quelques chiffres nous montrent l’explosion et la quasi systématicité de la publicité programmatique pour les marques. Selon l’Observatoire de l’ePub, 631 millions d’euros ont été investis dans ce domaine en 2016, une hausse de 51% par rapport à l’année précédente.

La réputation des marques en jeu

Toutefois, les marques refusent d’apparaître en bannière sur des contenus racistes, homophobes ou encore antisémites. L’image de la marque peut être abîmée par un contenu qu’elle n’a pas choisi elle-même. Adweek a très vite réagi en réalisant un sondage sur 502 internautes. 40% d’entre eux apprécieront moins la marque après l’avoir vue aux côtés d’un contenu offensant, et 36% pensent que la marque soutient le contenu outrageant du fait de sa présence. Premier flop pour les marques dont l’image fragile se détériore.

adweek.com

Selon Henry Ford « Les deux choses les plus importantes n’apparaissent pas au bilan de l’entreprise : sa réputation et ses hommes ! ». Elle est essentielle à l’entreprise, c’est ce qui lui permet d’avoir la confiance des consommateurs et des investisseurs. Apparaître en bannière d’un contenu choquant, c’est abîmer son image auprès de l’internaute, mais aussi auprès de toute sa communauté. En effet, la problématique est digitale et il s’agit tout d’abord de l’e-réputation de l’entreprise. Les parties prenantes (clients, salariés, partenaires…) interagissent sur les réseaux sociaux. Cela donne lieu à des conversations, positives ou négatives, que les marques ne peuvent pas forcément contrôler ou influencer.

Lorsqu’une capture d’écran montrant une marque en bannière d’un contenu injurieux circule sur ces réseaux par exemple, les conséquences sont difficilement maîtrisables. Quelques captures seulement (l’apparition de marques sur des contenus offensants n’est pas systématique) sont nécessaires pour que la machine des partages et des commentaires se mette en marche. Les réseaux sociaux permettent aux marques de toucher directement les internautes, mais ils peuvent de leur côté façonner dans un sens ou dans un autre leur réputation. À travers ces enjeux, on comprend bien la réaction épidermique des marques face à ce genre d’apparition.

Ainsi, suite au retrait d’Havas, General Motors a par exemple suspendu sa présence sur Youtube « jusqu’à ce que Google adhère aux standards de notre marque ». Walmart a déclaré que « le contenu auquel nous sommes associés est épouvantable et contre les valeurs de notre entreprise », et somme Google de « rectifier la situation immédiatement ». Des déclarations qui sonnent comme des ultimatums posés au géant du web.

Matt Brittin, Président Business & Operations de Google, a présenté ses excuses, selon The Financial Times. « Nous avons une révision en cours en vue d’une amélioration. Nous sommes en train d’accélérer le process. ». Une maigre promesse qui fait suite à un mail du même acabit envoyé aux entreprises. Le contenu même de Youtube est difficilement maitrisable, avec 400h téléchargées par minute. Un véritable flop pour Google qui déçoit ses annonceur et perd des revenus publicitaires de plus en plus importants.



Une pratique par essence risquée

Selon Denise Colalella, responsable de la publicité à NBC Universal, la publicité programmatique est « une épée à double tranchant » : efficace, mais présentant encore beaucoup de risques. Nous sommes arrivés à un tournant dans l’histoire de la publicité, ce moment où les annonceurs considèrent Youtube comme presque aussi important que la télévision mais se heurtent à la dimension incontrôlable de l’algorithme. À force de considérer les individus comme un ensemble de données, on oublie que certains de leurs aspects ne sont pas quantifiables et même le meilleur des algorithmes ne peut anticiper toutes les réactions. La responsabilité est celle de Google, mais peut-être aussi des agences ayant trop misé sur la programmation publicitaire.

Quoi qu’il en soit, Google ne peut aujourd’hui plus se définir comme une « tech companie ». C’est une plateforme media, qui doit assurer un contrôle de ses contenus et ne peut plus revendiquer une neutralité. En effet, c’est indispensable pour les annonceurs qui placent leurs publicités sur ces plateformes. Google, comme Facebook, est un « éditeur », qui doit assurer la transparence et la sécurité de ses placements publicitaires, comme l’explique Carl Erik Kjærsgaard, Directeur marketing chez Blackwood Seven.

Mais alors, comment éviter ce genre de dérives si ce n’est en essayant d’améliorer l’algorithme ? Début avril, Youtube a annoncé accepter que des entreprises tierces exercent un rôle de « gendarme » pour contrôler les nouveaux contenus. Des entreprises comme Integral Ad Science ou Double Verify ont donc scellé des partenariats avec Google, cependant en l’état actuel du développement technologique il semble impossible que tous les contenus puissent être vérifiés à temps.

Louise Cordier

@LouisyCordier
LinkedIn
Sources
Brands and Media Agencies Send Google an Ultimatum: Evolve or Else, Patrick Coffee, publié le 24/03/17 et lu le 28/03
What Consumers Really Think About YouTube’s Offensive Content Problem and Its Advertisers, Christopher Heine, publié et lu le 28/03/17
More Big Advertisers Suspend Google Ads Over Offensive Videos, Jack Neff, publié le 24/03/2017 et lu le 28/03/2017
Havas UK stoppe la pub sur Google et YouTube à cause de contenus indésirables, Philippe Guerrier, publié le 20/03/2017 lu le 28/03
Définition : Algorithme d’optimisation publicitaire Ecrit par B.Bathelot, mis à jour le 1 mars 2017, lu le 28/03
La publicité programmatique, l’arme fatale des annonceurs Par Sylvain Rolland publié le 31/01/2016 , lu le 28/03
• Communication, edition OpenBook par Olivier Aïm et Stephane Billet, p. 212 à 215
 
Crédits photos
Image Sondage Adweek : What Consumers Really Think About YouTube’s Offensive Content Problem and Its Advertisers, Christopher Heine, publié et lu le 28/03/17
Capture d’écran youtube publié le 28/03 et lu le 28/03
Photo de couverture, publié le 24 juin 2016, vue le 28/03/17

La photographie politique : une communication par l'art qui nuit aux politiques ?

La photographie politique se situe au croisement de l’art et de la communication, et cette hybridité en fait un subtil vecteur de significations fortes. L’œil du photographe fait jaillir une beauté de l’image qui n’est pas innocente, tout en restant sujette à l’interprétation. Ce pouvoir de l’image ne vient-­il pas déranger et contrarier l’ethos des hommes politiques ?

Loin des clichés, une ouverture du sens par l’image-message

Habitué de certains politiques, le photojournaliste connaît leur gestuelle et attend de figer dans l’objectif la plus emblématique et la plus signifiante. Jeux d’ombres et de regards, mais aussi de positions, la photo peuvent matérialiser des tensions ou bien se faire métaphore prophétique. L’image permet de signifier, plus directement et plus fortement. Sa qualité doit permettre une réception plus favorable des citoyens et étrangers. « J’ai souvent remarqué que, sans doute livré à sa fougue, ce premier ministre [Manuel Valls] respecte rarement le protocole en laissant le président marcher devant lui. Je considère ce «coude-­à-­coude » comme une photographie prémonitoire, depuis l’instant où je l’ai faite », déclare Jean-­Claude Coutausse, photojournaliste pour Le Monde. La beauté de la photographie peut se montrer cruelle quand elle vient dénoncer un comportement ou une attitude… A chaque fois elle vient en effet traduire une opinion: la parole muette du photographe.

Parce qu’elle est image, qu’elle donne à voir de manière uniforme, totale et directe, la photographie politique est une communication subtile et subite. C’est en cela qu’elle est indicielle, et participe de cette « couche primaire » de la communication qu’évoque Daniel Bougnoux. Mais son message ne se lie pas uniquement, il est aussi à déchiffrer.



Les portraits d’Obama mis en regard sont saisissants et contribuent à la nostalgie ressentie suite à son départ. Après huit ans de présidence, ce diptyque frappe par l’évolution qu’il signifie. De face, l’ancien président semble s’adresser directement aux citoyens, ses traits durcis et ses cheveux blanchis matérialisant le travail effectué. Le président neuf, empli d’idéaux et d’espérance qu’il semble incarner dans le premier portrait, n’existe qu’au regard du second où les traces de fatigue, d’usure, mais également de maturité sont perceptibles. Tout le sens de cette photographie ressort de l’association de ces deux portraits en miroir, symboliquement fort, marquant le début et la fin d’une ère. Elle permet également de souligner le parti pris du photographe politique, visiblement attaché à sa muse, qu’il voit s’éloigner avec nostalgie.

C’est en tout cas l’une des interprétations que l’on peut faire de ce diptyque, puisque les stratégies de communication reposant sur les œuvres d’art jouent de cette polysémie. La photographie politique cherche donc à servir certains intérêts, mais n’ancre pas totalement un sujet dans une réalité précise.

Du subjectif à l’objectif : la destruction d’un ethos ?

Mais la photographie politique pose la question de l’ethos de l’homme politique. Elle peut remettre en question l’ethos officiel qu’il s’est construit et que lui construisent conseillers et communicants. C’est en cela qu’elle est crainte, et que chaque homme politique cherche à la maîtriser, pour maîtriser à travers elle leur image. A propos d’un cliché qu’il a fait de François Hollande, Jean-­Paul Coutausse dira que « L’autofocus de [sa] caméra se bloque sur l’encadrement de la portière de la voiture officielle. L’image qui est ainsi suggérée correspond mieux au personnage qu’[il] connaît. Le physique de cet homme ne raconte pas bien sa complexité ». Le photojournaliste d’intérêt est en effet celui qui dévoile un pan de réalité oblique, qui s’intéresse à l’homme. A l’homme tel qu’il est, et donc sous un angle peu habituel. Ainsi, « pas question de [se] placer sur l’axe officiel de prise de vue, trop bien préparé par la communication» pendant le meeting que Nicolas Sarkozy fera au Trocadéro en mai 2012.

Depuis « l’hyperprésidence » de ce dernier, le contrôle des images présidentielles en France s’est trouvé renforcé. Ce contrôle se traduit d’abord par un protocole, qui cantonne les journalistes à un seul angle de vue autorisé uniformisant les photos de chacun ; par l’AFP ensuite qui sélectionne les clichés diffusés selon leur pertinence à l’égard de l’actualité.

Alors le photojournaliste se faufile, déjoue parfois les attendus pour obtenir des images défendues. Discret, il parvient à s’immiscer dans le quotidien de la vie professionnelle des politiques, et parce que « la présence du photographe est admise, assumée, oubliée », il saisit non plus des personnages qui se mettent en scène mais des images subtiles et porteuses de sens.



Cette phrase de Raymond Depardon prend ici tout son sens: « La photo est essentielle dans l’image des hommes politiques. Devant une photo, les gens peuvent mieux ressentir leur vérité ». C’est pourquoi l’auteur de la photo officielle de F. Hollande a voulu le montrer comme mal à l’aise dans son corps, voire timide, les bras ballants, afin de donner plus de naturel et de transparence à la pose.

Toutefois, le photographe demeure un intermédiaire : ses choix sont ceux d’une mise en scène de la situation et de la réalité. Sa subjectivité artistique, son but et ses intérêts rentrent en compte dans son travail et dans la photo qu’il soumet à notre regard. De même que le politique peut influer sur les choix scénographiques des portraits réalisés, à l’image de ces clichés de Donald Trump (pas encore Président des Etats-­Unis), homme d’affaire et homme politique qui a une main mise sur sa communication. Que l’on soit raillé ou bien couvert d’éloges suite à un cliché, la puissance de l’image est telle que les enjeux autour du photojournalisme sont grandissants, et que ses libertés parfois remises en question.



Ici, nous voyons clairement que D. Trump n’est pas le même homme.

Rappelons enfin que l’objectif premier du photojournaliste n’est pas tant de nuire ou soutenir, mais de porter un regard singulier sur l’actualité et de partager sa vision du monde politique. Ses clichés font part d’une réflexion sur la vie politique, ils attirent notre attention et la retiennent en saisissant l’imperceptible. Par son regard décalé, le photojournaliste fait émerger une nouvelle compréhension de l’actualité et de ses enjeux.

Lucie Couturier

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Sources :
­‐ « Jean-­Claude Coutausse, douze années de photographie politique au Monde », Le Monde, juin 2016.
‐ « La photographie, entre art et politique », Paul Grunelius, Profondeur de champs, janvier 2014.
­‐ Emission « Com en politique » (LCP), via CSA, « L’image présidentielle dans les médias ».
Crédits :
‐ Le Times
‐ L’Internaute
‐ Le Monde