Médias, Société

Arcs-en-ciel sur petit écran : une histoire de la représentation des LGBTQ+

En juillet 2020, Netflix décide d’annuler sa production If Only qui devait se réaliser  en Turquie et s’articuler autour d’un personnage central homosexuel. Le Haut Conseil audiovisuel turc avait sommé la firme américaine de censurer la figure gay de la série, ce que Netflix a fermement refusé. Face à une telle résistance, le géant de l’audiovisuel a donc préféré étouffer son projet dans l’œuf. Cet acte fort remet en  perspective la question de la représentation des personnes LGBTQ+ dans les séries. On vous prépare donc un zapping des séries emblématiques qui ont mis en  lumière le spectre LGBTQ+. Installez-vous confortablement dans votre canapé, télécommande en main, et préparez-vous à binge-reader cet article.  Coming out à demi-mot pour les séries [Spoiler alert] La communauté LGBTQ+ a longtemps été sous-représentée dans les séries télévisées. Dans les années 1960 et 1970, la communauté queer était considérée comme déviante et comme le symptôme d’une maladie mentale dégénérative. Un âge plutôt obscurantiste où les personnages LGBTQ+ étaient cantonnés à des figures extravagantes, ridicules, indéniablement moquées, mais aussi, malveillantes et psychopathiques. Cette conception stigmatisante du spectre LGBTQ+ se diffusait à la vitesse de la lumière. À l’époque, les séries américaines étaient effectivement soumises au Television Code qui dictait ce qui était moralement acceptable, ou non, à l’écran. De ce fait, les personnages LGBTQ+ n’étaient qu’un écran de stéréotypes issus d’une vision hétéronormative. C’est à partir des années 1980, après la suppression du Television Code, que la  représentation de la communauté queer évolue sensiblement. Focus sur l’un des protagonistes de Dynasty, Steven Carrington, de la version de 1981. Dynasty est un  feuilleton américain qui retrace le parcours d’une riche famille de Denver – celle des Carrington – et de ses guerres de pouvoir avec d’autres familles puissantes. Steven  Carrington est le fils de l’influent magnat du pétrole : Blake Carrington. La relation entre le père et le fils est assez conflictuelle, notamment en raison de l’orientation sexuelle de Steven qui est ouvertement gay. La série a l’initiative honorable de faire de ce dernier un personnage central et relativement émancipé des clichés majeurs sur les homosexuels. L’ombre de l’homophobie de Blake Carrington pesant sur les épaules de son fils. IMAGE Au fil des saisons, l’on peut suivre les relations sentimentales que Steven tissent avec d’autres hommes, sur nos petits écrans. Grande avancée nous direz-vous ! Eh bien, oui et non. Les histoires d’amour finissent mal, encore plus pour celles entre personnes du même sexe. Les relations amoureuses du jeune homme ne sont jamais bien pérennes, et pour cause : la plupart de ses prétendants sont tués. Un schéma reproductif qui se banalise à l’époque parce que oui, vous l’aurez compris, la durée de vie d’un gay à l’écran n’est que très limitée. Cette tendance de l’époque à faire mourir les personnages LGBTQ+  montre qu’il y avait un profond malaise dans la visibilisation de cette communauté. Symboliquement, tuer ces personnages revenait à assassiner l’homosexualité elle-même.  Autre bémol : la représentation d’une homosexualité rétractable et curable. En effet, Steven perd sa virginité avec le personnage féminin de Claudia Blaisdel, plus âgée que lui. La série a ainsi participé à prosaïser l’idée selon laquelle la virginité – concept immensément sacralisé – d’un homme, même homosexuel, ne pouvait se perdre qu’avec une femme. De même, Steven se marie avec Samantha Josephine Dean (appelée Sammy-Jo) et a un enfant avec elle. Retour en arrière et bonjour les valeurs traditionnelles de la famille hétéronormée. Ce mariage se soldera par un divorce, et entre quelques  aventures avec le genre masculin, Steven retombera dans les bras de Claudia et l’épousera. Encore un mariage hétérosexuel pour le protagoniste gay de la série ? Hélas, oui. En termes de représentation, ces choix scénaristiques opèrent un véritable floutage sur l’homosexualité de Steven et a fortiori, renvoie l’image d’une homosexualité intrinsèquement fébrile que l’on peut facilement mettre sur pause. Durant les années 1980, la visibilisation du spectre LGBTQ+ était donc en progression, mais restait toutefois timide.   Vingt ans après, cette représentation était encore ponctuée de maladresses. Prenons l’exemple de la parente transgenre de Chandler Bing dans Friends. Le personnage est souvent mentionné et apparaît trois fois au cours de la saison 7, mais est toujours coloré d’ambiguïté. En effet, Helena Handbasket – anciennement Charles Bing – n’est jamais considérée comme une femme transgenre, mais est toujours représentée comme un père qui a fui ses responsabilités pour se travestir à Las Vegas et “jouer” à la drag queen.  Malheureusement, cette représentation maladroite et caricaturale des personnes  transgenres n’a que métastasé la confusion entre travestissement et transidentité. Dans une interview pour USA Today, la co-créatrice de Friends – Martha Kauffman – a d’ailleurs  exprimé qu’ils n’avaient “pas les connaissances sur les personnes transgenres à  l’époque”. Helena Handbasket interprétée par Kathleen Turner. Découvrez la timeline de quelques séries de la fin du 20ème siècle marquées par des personnages de la communauté LGBTQ+ en cliquant ici. Le twist des années 2000 Au début du 21ème siècle, la communauté queer se démocratise à l’écran. Cette représentation ascendante aurait pu être annulée à l’instar d’une série car la prise de risques était trop grande, mais non, elle a fièrement continué de crever l’écran. Queer as Folk en est un emblème. La version américaine suit les parcours de vie de cinq  protagonistes gays (Brian, Michael, Justin, Ted et Emmet), et d’un couple de lesbiennes (Melanie et Lindsay), dans la ville de Pittsburgh, en Pennsylvanie. La série est un  renouveau sans précédent car elle met en scène et au premier plan, le quotidien de la communauté homosexuelle. On passe du carnavalesque personnage type du “meilleur ami gay” à une bande soudée de meilleurs amis gays et lesbiens. Cette série innove dans sa représentation car elle se sacralise comme un Sex and the City queer. Les personnages de Queer as Folk (US). De Dawson – avec le personnage gay de Jack McPhee – à Buffy contre les vampires avec le mythique couple lesbien Tara et Willow, en passant par Grey’s Anatomy avec le mariage et l’homoparentalité féminine de Callie et Arizona, des symboles LGBTQ+ ont marqué les esprits. Découvrez la timeline des quelques séries du début des années 2000 marquées par des personnages de la communauté LGBTQ+ en cliquant ici. L’âge multicolore  Une dynastie plus tolérante   Depuis 2017, le reboot de la série Dynasty révise la représentation lacunaire des LGBTQ+ que proposait la version originale. La première différence à souligner est inéluctablement le retrait de l’homophobie qui animait le père de Steven Carrington. La relation père-fils est  désormais conflictuelle, mais pour d’autres raisons que l’orientation sexuelle de Steven. Bon point pour la série qui est dans l’air du temps et offre une figure parentale ouverte d’esprit et compréhensive. De même, le personnage de Sammy-Jo n’est plus féminin, mais masculin. Ce changement est significatif car le mariage hétérosexuel comme faux-fuyant – qui figurait dans la version originale – disparait de l’écran pour laisser place à une union homosexuelle entre Steven et Sammy-Jo. Une prouesse scénaristique qui redessine les contours du capital socio-visuel de cette série phare.  Le personnage de Sammy-Jo en 1981 et en 2017. POSE ouvre le bal  On ne présente plus Ryan Murphy, producteur de la série Glee, American Horror Story ou encore… POSE. La série américaine diffusée jusqu’en 2021 explore la culture « ball » à New York vers la fin des années 80 au travers d’un groupe d’ami·e·s trans et gay participant à des « ballrooms ». Il s’agit d’y défiler fièrement à l’image d’un mannequin à travers des compétitions mêlant danse, playback et costumes à thèmes. Si on laisse aisément ses problèmes au vestiaire, ils réapparaissent douloureusement au petit matin pour chacun d’entre eux. En effet, au fil des épisodes, la série évoque régulièrement des  sujets tabous et/ou douloureux comme le rejet familial, l’homophobie et la transphobie, l’identité de genre, la prostitution ou encore la séropositivité dans un New York hostile à la communauté LGBTQ+ et en proie aux violences. L’affiche de promotion de la série électrisante. Dès son lancement, la série est encensée par la critique et est accueillie à bras ouverts par le public, notamment grâce à la communauté LGBTQ+ qui revendique haut et fort son  authenticité. Effectivement, la série met en scène la plus grande distribution d’actrices transgenres de toute l’histoire de la télévision : pas moins de 5 actrices principales et pas moins de 140 autres personnes queer devant et derrière la caméra. La série révèle ainsi une poignée de stars transgenres issues d’une communauté longtemps invisibilisée à l’écran, devenues stars du jour au lendemain dans une industrie qui ne leur a jamais fait de cadeau. La majeure partie des épisodes sont écrits par celles directement concernées par la transidentité mettant à mal Hollywood et ses stéréotypes malveillants pour reprendre ce qui leur revient de droit, leurs histoires. En puisant dans leurs passés, elles nous transmettent des récits à l’émotion brute et authentique, impulsant à leurs  personnages des discours inspirants pour toute une nouvelle génération encline à la tolérance et la diversité.  Peu prise au sérieux car considérée comme une série de niche, Pose est parvenue à s’imposer brillamment dans un paysage médiatique conservateur, peu enclin à la différence grâce à l’adhésion du public et aux nombreuses récompenses remportées. La série est notamment nommée aux Golden Globes et aux Emmy Awards dans la catégorie  “meilleure série dramatique” et l’acteur Billy Porter remporte en 2019 l’Emmy Award du “meilleur acteur”. Il devient ainsi, par la même occasion, le premier homme ouvertement  homosexuel à gagner ce prix. Ryan Murphy, producteur de la série, déclare quant à lui : « Pose est l’une des choses dont je suis le plus fier dans ma vie ». Prenez la pose ! Délicieux venin  Diffusée en France sur la plateforme BrutX, la série phénomène Veneno venue d’Espagne  est rapidement devenue virale au-delà des frontières. La série est une biographie qui  explore la vie de Christina Ortiz Rodríguez, personnalité transgenre. Inconnue en France,  c’est en Espagne qu’elle cartonne sous le pseudonyme de la Veneno (Le Venin) dans les  années 90. Prostituée trans à Madrid puis repérée par la télévision espagnole, la Veneno  fait scandale et le public en redemande jusqu’à finalement se lasser quelques années plus  tard. La Veneno a pourtant fasciné toute une génération par son franc-parler et son  attitude provocante, en détonnant aussi par ses robes moulantes, sa plastique de rêve et  son maquillage haut en couleurs, révélant ainsi celles de la communauté arc-en-ciel.  Véritable icône LGBTQ+, la Veneno oscille entre rejet, admiration et raillerie de son  enfance modeste jusqu’aux plateaux de télévision. Jusqu’alors au sommet de sa gloire, elle sombrera peu à peu dans l’oubli et l’anonymat, véritable crève-cœur pour la star  fragile en mal d’affection.  La série offre une visibilité sans pareille à la communauté trans, inexistante sur le petit  écran durant des décennies. Javier Ambrossi et son compagnon Javier Calvo, tous deux  auteurs et réalisateurs de la série, entendent le mot “trans” pour la première fois – mais ignorent totalement sa signification – lorsqu’ils découvrent la Veneno à la télévision : « J’ai  découvert La Veneno à la télé quand j’étais gamin, elle hurlait qu’elle était trans, et je ne  savais pas ce que c’était. Par sa façon de s’exprimer si imparfaite mais si puissante, elle  donnait de la visibilité à une communauté isolée et privée de droits ». Rendre visible toute une communauté, vaincre l’exclusion et le sentiment d’isolement, autant de paris réussis grâce à l’énorme succès en Espagne de la série, sortie sur grand écran et détrônant le film Tenet de Christopher Nolan au box-office ibérique. La série a également permis de relancer un projet de loi sur les droits des personnes trans, défendu par le parti espagnol de gauche Podemos.  Quand la fiction soutient la réalité. Découvrez la timeline de quelques séries annonciatrices d’une nouvelle ère en cliquant ici. Récemment, la nouvelle étude du collectif GLAAD (Gay and Lesbian Alliance Against  Defamation) – qui effectue une veille médiatique méticuleuse – rapporte qu’en 2020, le  taux de représentation des personnages LGBTQ+ récurrents est passé de 10,2 à 9,1%.  Concrètement, la pandémie a également confiné la communauté queer et son élan de  représentativité. Néanmoins, la visibilisation de la communauté LGBTQ+ n’a cessé  d’évoluer depuis ces soixante dernières années. La prochaine décennie qui se présente à  nous s’annonce donc prometteuse et rayonnante. La série Genera+ion, créée par Zelda et  Daniel Barnz, en est la pierre angulaire. Elle offre effectivement un bouquet de figures  queer et les représente avec justesse. Un modèle qui pourrait peut-être inspirer les séries  françaises, qui sous-exploitent la thématique LGBTQ+. À suivre…   Nasser GOONOO
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Rap et communication : quand les rappeurs s’emparent de l’espace médiatique

Des clips vidéo de plus en plus travaillés, de nombreux partenariats avec des marques de luxe, des évènements promotionnels de grande ampleur… Il est clair que d’importants changements en termes de communication se profilent dans le milieu du rap et de la musique urbaine. Rapide tour d’horizon des plus grands coups marketing des figures emblématiques du rap, aujourd’hui devenus de véritables champions de la communication.
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#Metoo, #balancetonbar, à l’ère du féminisme des hashtags et des réseaux sociaux

En 2017, un hashtag prend de l’ampleur aux Etats-Unis, puis dans le monde entier, pour symboliser finalement le début d’une ère : #Metoo. Lancé suite aux scandales de harcèlements et d’agressions sexuelles par le producteur de cinéma américain Harvey Weinstein, il a ouvert, depuis sa création, la porte aux témoignages et lancements d’alerte au sein de la communauté féministe. Leur point commun ? Le moyen de diffusion, et surtout la forme. Les réseaux sociaux, et tout particulièrement la plateforme Twitter, sont devenus les vecteurs privilégiés d’une nouvelle parole, matérialisée par l’usage du #. Entre 2017 et 2018, #MeToo et #BalancetonPorc comptabilisent ainsi à eux seuls respectivement 17,2 millions et 930 000 tweets. Des chiffres vertigineux qui visibilisent une réalité jusqu’alors tue, et donnent, enfin, la parole aux victimes de violences sexuelles et sexistes.
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Scepticisme scientifique : vers un monde de post-vérité ?

On dit souvent « ce n’est pas la fin du monde » … mais qu’en est-il réellement ? La dernière comédie apocalyptique « Don’t look up : déni cosmique », disponible sur Netflix, tente d’y voir plus clair tout en alertant sur les dérives de notre société. Parmi elles, la réception des vérités scientifiques auprès de l’opinion publique. Analyse de ce phénomène, sous le prisme de la pensée d’Etienne Klein et son essai « Le goût du vrai ».
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