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Culture

Fantasme et best-seller : Fifty Shades of Grey, Darker and Freed

 
Sujet clé des railleries et des critiques journalistiques, ce n’est pas grâce à son écriture fine et subtile, ni à la profondeur de sa trame que l’ouvrage doit son succès. Les sites du Figaro, d’Evene, ou de Slate.fr ne tarissent notamment pas de reproches et de satires. Alors, les 30 millions d’amis de Fifty Shades doivent-ils être jugés pour leur crime de lèse-majesté envers la littérature ?
Le « mommy porn » que constitue la trilogie d’ E. L. James fait fureur, il rend furieusement fans ses lecteurs, mais aussi et surtout ses lectrices pour lesquelles il semble être écrit. Il y est moins question de sexe trash que d’une bonne vieille histoire d’amour agrémentée de quelques détails qui croustillent. Un conte d’une légèreté SM consentie, irréductiblement basé sur certains fantasmes, pas seulement sexuels d’ailleurs. Quels sont alors ces fantasmes qui font frétiller les méninges des lectrices ? Et comment leur communication constitue-t-elle le moteur du succès de l’œuvre ?
Le fantasme de la beauté
Les protagonistes sont les archétypes d’une beauté clichée à fort impact sur le lectorat, une beauté déterminée aussi par l’imagination individuelle, au delà des indications du narrateur. Et ce n’est presque pas une exagération de dire que tous les personnages sont beaux dans le monde d’ E. L. James : les amis, les ennemis, les parents…
La beauté qui nous est communiquée tient alors en haleine le lecteur qui souvent s’y complaît ou veut y tendre.
Le fantasme de la profusion d’argent
On peut parler du principe de Cendrillon, car il est vrai que Fifty Shades conjugue parfaitement le concept de l’amant désiré et la notion de compte en banque bien fourni.
Pouvoir enfin s’offrir, ou se faire offrir le plus grand luxe, sur un coup de tête, en un coup de carte.
La trilogie nous place dans un monde doré où tout est possible, où tout est facile, en négatif d’un pouvoir de ne pas acheter ou de celui de s’endetter. La trilogie fait miroiter, fantasmer des biens et des services propres à une classe de privilégiés, des biens et services que l’on ne peut souvent que désirer et dont on ne peut souvent jouir qu’à travers l’histoire des autres.
Le fantasme de la relation sexuelle et sentimentale
Mais ce sont bien sûr l’ampleur des détails sexuels et le thème dominant de la soumission qui transmettent la fièvre acheteuse. Certaines féministes s’en offusquent mais pas de quoi hurler au scandale, le marquis de Sade ne fait pas parti du voyage des sens.
L’auteur utilise la complicité sexuelle des partenaires et la sensualité exacerbée pour éveiller le désir du lecteur. Elle communique surtout sur le fantasme de la violence érotique, thème central mais thème poli, soigné et consenti.
E.L James fait également palpiter le cœur des lectrices avec l’orgasme de tous les instants, car de sa première fois à toutes les autres, notre héroïne a trouvé le parfait amant, celui qui la fait crier et gémir de plaisir partout, avec tous les jouets. « Death by orgasm » (T.II, p.493) !
Les lectrices achètent ce qui les fait rêver, ce qui les excite, et apparemment la trilogie les fait assez vibrer pour sortir leur porte monnaie.
Mais cette trilogie est bien sûre parfumée à l’eau de rose et outre le sexe pur, les sentiments sont de rigueurs. Le fantasme de l’amour idyllique et de la sexualité torride font bien partie de l’imaginaire actif des lectrices, mais il est décisif de rajouter que l’un ne va pas sans l’autre. Sinon, autant aller voir de la pornographie gratuite sur Internet.
Et c’est pour ce cocktail explosif d’émotions et de sensations, un peu banal, un peu bâclé, mais qui fonctionne, que les lectrices ont cassé leur cochon.
La trilogie est donc basée sur un double processus de communication du fantasme : elle parle du désir mais éveille en même temps celui du lecteur. Ce qui est certain, c’est que les envies prennent vie pour l’auteur ainsi que pour les éditions Arrow books. La gente masculine s’enchantera peut-être d’une prochaine version cinématographique beaucoup plus imagée !
Alors, on peut très certainement contester la profondeur et la qualité de ce livre, mais il est assez bien mené et assez surprenant pour devenir un véritable phénomène social. Des millions de femmes (et d’hommes, mais beaucoup moins) s’affairent dans les librairies pour cet érotisme qui ne transcrit ni plus ni moins que le désir de voir ou de vivre une vie plus ardente. Une vie certes pas toujours bien écrite (et les lectrices s’en rendent compte) mais une vie fantasmée dans son rapport à la beauté, à l’argent, à la volupté et à l’amour, une vie qui fait à la fois rêver et frémir, une aventure.
Le fantasme fait alors best-seller.
 
Maxence Tauril
Sources :
Slate
Le Figaro

Guerilla Marketing, Scholz and Friends, Jobsintown, Street Marketing, Jay Conrad Levinson,
Publicité et marketing

Du Guérilla marketing dans nos distributeurs

Quel est le topo ? Jobsintown, agence d’emploi allemande, a lancé l’an dernier une campagne publicitaire au slogan fatidique « Life’s too short for the wrong job », autrement dit, enfin autrement traduit : « La vie est trop courte pour se tromper de métier ». S’il est intéressant ici de revenir sur une campagne pourtant vieille d’un an, c’est qu’elle introduit une problématique ou plutôt un art de faire pub de plus en plus prisé chez les publicitaires du 21ème siècle, le guerilla marketing. Mais avant de revenir sur ce concept quelque peu flou et ténébreux, détaillons un peu plus les images. Zoomons.
Ce sont des affiches créées par l’agence Scholz and Friends (dont le siège social est basé à Berlin), faites pour tenir sur le côté de certaines machines de service (machine à café, juke box, machine à fabriquer les glaces et autres folies robotisées). Elles en révèlent l’intérieur fictif, où une personne logée à l’étroit œuvre sans relâche pour faire fonctionner l’appareil. La représentation de l’esclavagisme moderne, en somme. Les affiches ne manquent bien sûr pas de mentionner l’URL de jobsintown.de, site web où les visiteurs peuvent consulter des centaines d’offres d’emploi dans des secteurs divers et variés afin de trouver Le métier, the One, celui de ses rêves les plus fous. Le slogan prend alors tout son sens, la cohérence interne du message fonctionne, c’est bien, mais il n’est pas question de s’arrêter là pour notre analyse.
En effet, ces affichages colorés soulèvent la problématique tant actuelle de la publicité, qui se voudrait invisible dans une atmosphère de publiphobie ambiante : de nos jours, on n’aura jamais assez dit que la pub est capitaliste, image d’une consommation à gogo et de l’ère du « tout-tout de suite » etc. A l’image des « Reposeurs » masqués qui sévissent dans les métros de paris, la foule en a marre : trop de pub tue la pub.
D’où la naissance du concept ô combien guilleret du guerilla marketing (remarquez l’allitération en « gue »). Comment la publicité peut elle continuer à nous publiciser sans qu’on ne le remarque, comment peut elle agir tout en masquant ses rouages, comment la fin peut elle être possible sans les moyens ?
Le guerilla marketing semble être la solution à ce chiasme « fins visibles/moyens invisibles ». De plus en plus en vogue, le Guerilla marketing, c’est avant tout un concept lancé par le livre de Jay Conrad Levinson, qui y décrit un marketing créatif non conventionnel, aux méthodes peu conformistes, qui fait appel à des stratégies innovantes et peu onéreuses. Tout est dit. Ici, il prend son expression à travers le street-marketing afin de sortir des sentiers battus de la communication mais surtout, nous sortir de notre quotidienneté publicitaire. « Tout nouveau tout beau », la maxime est bien connue : les récepteurs n’y voient pas tant de la pub qu’un divertissement, tout en ingérant, avec les mêmes délices, la stratégie communicationnelle de l’annonceur. La pub se banalise, grâce au street marketing, elle opère dans la rue, au travail, au supermarché … vous l’aurez compris en un mot : dans nos environnements quotidiens. Ce melting-pot entre la publicité et la réalité urbaine, qui fonctionne assez bien si l’on en croit l’ascension croissante de ce mouvement tout neuf, est donc l‘avenir de la pub dépublicitarisée* de demain.
Enfin, tout ça est bien joli mais venons en au point clé de l’interprétation, celui là même qui permet de relier guerilla marketing et insertion voire carrément intrusion de la pub au creux de notre « intimité urbaine », oxymore si il en est. En effet, ici, double enchâssement qui renforce cette dissolution sémiotique de la publicité dans la réalité jusqu’à un effacement parfait des frontières entre ces deux domaines.
Primo, premier enchâssement dont j‘ai déjà parlé et reparlé, celui de la publicité au cœur de notre quotidien via le guérilla marketing.
Mais secundo, (et c’est là que ça devient intéressant), une mise en abîme du premier enchâssement dans un deuxième enchâssement : le quotidien doit dorénavant composer avec des particules de publicité ça et là qui se veulent « cachées », afin de ne pas brusquer le spectateur dans sa clôture communicationnelle. Ici donc, la vie quotidienne est capturée via le cadre de l’affiche qui se trouve inséré dans la machine : telle une radiographie, la pub nous révèle l’intérieur de la machine par effet de fausse transparence, elle capture notre quotidien au sein d’un cadre qui n’est autre que les délimitations de l’affiche pour mieux le faire fondre avec la réalité. Tel un effet caméléon qui s’ignore, l’affiche s’affiche dans un déni d’anachronisme urbain.
La guérilla marketing se trouve alors étagée à deux niveaux pour deux fois plus de transparence. Ou du moins illusion de transparence. La publicité n’est plus pub mais acte de notre quotidien. Le guérilla marketing est opérationnel.
Avec Scholz and Friends, vous ne regarderez plus vos distributeurs préférés de la même façon …
 
Claire Lacombe
* Concept inventé par Valérie Patrin-Leclere

Publicité et marketing

Jacques a dit : le client est Empereur

 
Ou So Ouest, l’anti-centre commercial.
« So Ouest, le centre commercial urbain chic qu’attendait l’Ouest parisien »
Ainsi se définit le nouveau complexe commercial qui a émergé du sol levalloisien cette année, affichant la motivation de servir le confort et le bien-être du Consommateur. Il ne s’agit plus ici d’un client lambda, mais bien d’un portefeuille-sur-pattes ayant reçu ses lettres de noblesse. Le client est Roi n’est-ce pas, eh bien So Ouest le reconnaît Empereur. L’Ouest parisien que vise le centre constitue en effet un vivier d’habitants aux revenus aisés, des quartiers de nantis qu’on ne présente plus. Les mots d’ordre, « confort » et « bien-être », sont exactement  ceux que rechercherait tout  hôtel de luxe. Cette analogie ressort d’autant plus avec le scintillement des quatre étoiles en dessous du nom So Ouest, et se veut constitutive de l’identité du centre… d’une contre-identité.
Le centre commercial non seulement s’adapte au terrain qui l’accueille, répondant à une attente, mais se démarque également en innovant. Eldorado d’hier,  sa raison d’être serait facilement caduque aujourd’hui quand il suffit de quelques clics au e-consommateur pour accéder à la caverne d’Ali Baba. Il devient alors impératif de justifier le déplacement de ce pantouflard : transposition de l’intérieur cosy qu’on lui fait quitter (cf la galerie de portraits au détour d’une allée et les puits de lumière naturelle), exotisme et rareté (marques phares étrangères comme Hollister ou Marks & Spencer), design et matériaux nobles (le guichet information devient un comptoir en marbre style Louis XV) et surtout, surtout, offre d’une qualité de services incomparable. Outre les i-pads en libre consultation, un personnel en veston rouge se tient également à sa disposition, lui indique aimablement telle enseigne, voire fait le pied de grue au service voiturier/scooturier. Un bus aux couleurs de So Ouest le ramène même jusqu’à la place de l’Etoile…à condition qu’il soit détenteur du sésame de fidélité. Faut pas (trop) rêver non plus.
C’est ainsi tout ce que promet le label « **** », sur les affiches de publicité tapissant les murs du métro…à l’opposé de l’imaginaire rattaché au centre commercial, glauque et commun, jalon du quotidien, telle une corvée devenue superflue grâce au e-commerce. Plus qu’un regroupement de magasins, le centre se constitue comme une destination à part entière, classée dans la catégorie des loisirs. Il prend la tangente de l’acte banal et presque animal de consommation, en affirmant un caractère exceptionnel, caractère dont la revendication appartient au monde du luxe, de ce qui est hors du commun. Sa nouvelle identité est bel et bien créée et consolidée par toute la stratégie de communication qui vise la personnalisation du centre, sa démarcation : le consommateur représenté par une jeune femme dans la campagne publicitaire se repose sur le sigle du centre. Celui-ci sert de soutien, on y prend appui, ce qui justifie la promesse de confort et de bien-être. Cette identité se décline aussi dans l’application So Ouest pour Smartphones et I-pads, surfant sur la vague de l’air du temps technologique. Elle devient même emphatique, créatrice de buzz par exemple à propos de l’ouverture du centre. Cette naissance officielle s’institue comme rendez-vous incontournable, prenant les allures d’un spectacle dont le concert de Yuksek marque justement le clou, et que les vidéos en ligne invitent à revivre.
So Ouest se renouvelle par la contre-identité, instituant une nouvelle ère d’hybridation des structures commerciales.
 
Sibylle Rousselot
Source :
 

Société

Sécuriser des courants d'air

 
S’il y a bien une chose dont internet ne s’accommode pas, c’est la sécurité ; en témoigne la récente vague d’indignations qui a agité les médias et les internautes concernant une hypothétique fuite de messages privés dans les fils d’actualité – publics – des utilisateurs de Facebook. En témoigne également cette étude menée par Havas Media sur les « Déconnectés 2.0 », selon laquelle 35 % des internautes considèreraient « l’insuffisance de la protection des données personnelles comme un frein à l’utilisation d’internet ».
De fait, un internaute est chaque jour confronté à une inscription qui requiert le saint des saints, le sésame : la combinaison identifiant/mot de passe. Passons sur le fait que le protocole utilisé dans la majorité des cas pour encrypter ces données – pour le moins sensibles – soit obsolète depuis sept à huit ans, mettons également de côté le fait que beaucoup de sites web stockent aujourd’hui les identifiants et mots de passe de leurs utilisateurs sans chiffrement aucun.
Restent alors des utilisateurs dont le réflexe demeure d’utiliser des identifiants simples et, pis que tout, d’utiliser les mêmes quels que soit le site en question : c’est alors autant de dominos, un maillon donnant accès à toute la chaîne. Pour exemple, en mai 2012, un jeune américain dénommé Chris Chaney a piraté des dizaines de boîtes mails de stars hollywoodiennes. Sa technique ? Celle d’un hacker ultra-brillant, doté de connaissances pointues dans les systèmes d’information ? Loin s’en faut. Il lui a suffi d’une unique adresse mail, et d’en retrouver le code grâce aux fameuses questions secrètes (dont les réponses se trouvent dans n’importe quel magazine people…) : il a paramétré le compte pour recevoir automatiquement tous les messages qui y étaient émis ou reçus, et a pu accéder à un répertoire complet d’autres comptes où s’infiltrer.
Mais, à la source, le premier problème est la confiance que l’on octroie à ces services en ligne : une start-up dérisoire pourrait trouver alléchant de vendre son carnet d’adresse pour renflouer ses caisses. Et quant aux mastodontes, tels que l’IEEE, les multiples scandales sur la fuite d’identifiants ne sont pas pour nous rassurer.
Au petit jeu de la sécurité sur internet, Macintosh a longtemps fait figure d’exception : pas de virus, pas d’infection, une sécurité optimale. On lui a volontiers opposé les déboires de Windows, perclus de virus.
Mais à l’heure où le Mac représente près de 12 % des ordinateurs et où l’iPhone représente 17 % des smartphones dans le monde, les attaques se multiplient contre le système d’Apple. Et là où Microsoft a acquis un savoir-faire et une expertise dans le domaine, Apple se trouve démuni, tant sur la plan technique que sur celui de la communication.
C’est en effet l’un de ses arguments-phares qui s’effondre, et la réaction de la première valorisation boursière au monde n’est pas pour accroître sa crédibilité : après la découverte du virus Flashback infectant 600 000 ordinateurs, il a fallu plus d’un mois à la firme pour proposer un correctif. Plusieurs éditeurs d’antivirus l’avaient devancé, de deux semaines pour le plus réactif.
Mais les acteurs de l’internet et des nouvelles technologies savent à quoi s’en tenir : rares sont ceux qui s’aventurent à communiquer sur la sécurité qu’ils proposent. Un exemple parlant ? La page d’accueil du Cloud (service de stockage en ligne) de Google, « Google Drive », vante l’accessibilité du service, la possibilité de partager ce que l’on y stocke, l’espace disponible, la facilité de collaboration autour d’un document…  Un absent, vous dites ? En effet, quid de la protection des documents ainsi mis en ligne ? Ne cherchez plus : le nom « Google » passe pour être une caution suffisante dans ce domaine. Pour être tout à fait honnête, Google aborde bien la question de la sécurité, avec cet argument : si votre ordinateur vient à imploser, pas de panique, tout est en ligne. Voilà tout. Rappelons qu’il n’a fallu que quelques heures au FBI pour saisir les serveurs de Megaupload (et donc leur contenu).
Le premier des risques aujourd’hui est la banalisation : l’illusion de sécurité diminue la vigilance des internautes, rentrer un mot de passe et un identifiant (couramment identiques pour plusieurs services) suffit souvent à nous faire croire que l’on possède l’unique clef d’une porte infranchissable ; sans penser une seconde à ceux qui s’introduisent par la porte de derrière, et sans s’imaginer que le propriétaire pourrait être demain celui qui ouvrira grand les fenêtres. Ajoutons que la multiplication des achats sur internet, donc la diffusion des données bancaires, tend à rendre la fuite de données personnelles nettement plus rentable. Enfin, on soulignera qu’a contrario, et à défaut d’éduquer les utilisateurs, une société comme Amazon ne manque pas d’ingéniosité pour s’assurer un contrôle total et sans partage sur ses livres électroniques, au point de pouvoir les effacer sur votre liseuse, et ce sans vous en avertir. Deux poids, deux mesures ?
 
Oscar Dassetto

 

Société

Google, ce grand méchant

 
Les fondements de l’affaire
 
Il est indéniable qu’aujourd’hui la presse française traverse une crise sans précédent. Le développement d’Internet et de la presse gratuite sont autant de facteurs explicatifs de la diminution du nombre de ventes des quotidiens(1). Le modèle économique de la presse tente tant bien que mal de s’adapter aux nouvelles exigences.
En 2010, le chiffre d’affaires publicitaire de la presse en ligne est estimé à 250 millions d’euros. Google, lui, annonce avoir gagné 1,2 milliard d’euros, uniquement en France. La presse française s’insurge : un tel bénéfice proviendrait de la publicité située dans l’onglet « actualités » du premier moteur de recherche mondial. On lui reproche de gagner de l’argent sur le dos d’une presse française en perte de financement. En effet, Google envoie les internautes directement vers l’actualité recherchée. Les publicités situées sur la page d’accueil des journaux, celles qui sont les plus rentables, sont de ce fait évitées.
L’Association de la presse d’Information Politique et Générale (IPG) regroupe les journaux les plus touchés par ce problème de référencement. S’inspirant d’une initiative allemande, l’IPG a émis un projet  de loi qui pousserait Google à reverser une grande partie de ses bénéfices à la presse française.
Mais les choses prennent vite une ampleur politique lorsque le gouvernement déclare vouloir prendre le projet en considération.
 

Un rapport de force inédit
 
Jusqu’ici les différends entre Géants d’Internet et Gouvernements s’étaient réglés en faveur de ces derniers. A l’instar de l’Union Européenne qui avait fait pression sur Facebook à cause de la protection des données personnelles.
Or, dans ce conflit économique et politique, Google refuse le consensus. La société californienne – dont le slogan est  don’t be evil  (Ne soyez pas malveillant)- menace tout simplement de désindexer l’ensemble de la presse française de son onglet « Actualités ».  Le moteur de recherche légitime sa posture au nom de la liberté d’Internet et de l’accès libre à l’information.
Cette posture  ne profite pas à Google, pourtant dominant dans ce rapport de force. En effet, l’entreprise renvoie une très mauvaise image  en tenant tête à un gouvernement. Et cette posture négative s’ajoute à un déficit de notoriété déjà très largement entamé par diverses polémiques entre la compagnie américaine et les utilisateurs. Comme les différends à propos des problèmes de confidentialité(2).
Le Géant a su se rendre indispensable ne serait-ce que par le fait qu’il se soit développé parallèlement à la démocratisation des usages d’Internet. Désormais intégré aux navigateurs Internet, il  n’a pas besoin de campagnes publicitaires massives pour être omniprésent.  Par conséquent, Google ne fait parler de lui qu’à chaque fois qu’il est lié à une polémique. Ce qui a tendance à ternir fortement son image. Sa communication semble ainsi être réduite aux annonces émises pour répondre aux conflits qui le mettent en cause. La pente dans laquelle la société de la Silicon Valley s’engage est dangereuse : menacer de censurer la presse française, qu’elle puisse le faire ou non, pourrait avoir un impact extrêmement négatif sur sa réputation.
 

La réaction de Google augmente le déficit d’image des géants d’Internet
 
Nous pouvons voir qu’il y a eu un glissement du regard posé sur les géants d’Internet ces dernières années. Ils sont désormais en perte de légitimité. Ils ne sont plus vus comme participant à une certaine utopie d’Internet. Celle qui fut construite à coup d’idées et d’actions instaurant une impression de liberté totale pour l’internaute. Ils sont aujourd’hui vus avec suspicion, notamment à cause de leur politique de traitement des données personnelles.
Leur communication fondée sur leur omniprésence sur Internet et dans le monde physique  est largement contrecarrée par des scandales mettant à mal leur image de protecteurs d’Internet. Il est donc intéressant de voir que c’est justement ainsi que Google se présente lorsqu’il répond au projet de loi française. Une censure de la presse française devient la seule réponse possible face à l’établissement d’une loi d’ordre économique taxant le moteur de recherche. Ainsi, paradoxalement, en prônant une posture de défense de l’idéal d’accès gratuit à l’information, Google dégage l’idée contraire, bien malgré lui. Cette menace de censure est éloignée de la légitimité de la demande de la presse française.
Encore une fois, l’image du Géant est dégradée, car cela le place irrémédiablement dans le camp des méchants, ceux qui veulent justement prendre le contrôle d’Internet.
 

Arthur Guillôme

(1) Sur une base 100, la distribution annuelle de quotidiens payants a baissé de quinze points entre 2001 et 2011 (chiffres OJD).
(2) Problème central et majeur qui n’est pas encore réglé comme le montre le dernier rapport de la CNIL.

Sources :
OWNI
Télérama
Les Ecrans

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Culture

Les Seigneurs de la communication

 
«Tout ce qui brille», «Le Nom des gens», «L’Arnacoeur», «Potiche», «Ma Part du Gâteau», «Les Seigneurs», la comédie sociale s’est imposée comme le genre à la mode du cinéma grand public: Deux jeunes adolescentes banlieusardes qui découvrent un monde de paillettes au-delà du périph’, un type fauché qui épouse une milliardaire, une fermeture de maternité, une fermeture d’usine, deux fermetures d’usines, trois fermetures d’usines : la comédie sociale a atterri sur la planète cinéma.
 
L’entre-deux ne marche pas
 
Depuis environ deux ans, nous assistons à l’émergence d’un nouvel entre-deux cinématographique: la comédie sociale. Dès février 2011, Télérama pointait la cristallisation de certaines thématiques sociales dans le cinéma français: «morosité de la banlieue, lutte syndicale, condition ouvrière, problème des retraites, engagement politique, identité»: le politico-social déteint sur le cinéma pour modifier la comédie à la française. Même la caméra parisiano-centrée de Cédric Klapisch va faire un tour à Dunkerque. La comédie sociale est un genre qui confronte, qui oppose et qui rassemble les catégories socio-professionnelles. Dans le monde de la comédie sociale, on tombe dans le manichéen, le combat du bien contre le mal. On simplifie les problématiques compliquées en les survolant. Parler du milieu ouvrier, pourquoi pas, encore faut-il que ce soit avec justesse. Le cinéma n’a pas de limites tant qu’il est comestible, mais quoi de plus indigeste que le dernier Klapisch? On prend comme point de départ la complexité des rapports sociaux pour les dépeindre à gros coups de pinceaux stéréotypés : pour ne donner qu’un exemple, l’héroïne du film qui se bat contre la fermeture de son usine s’appelle France. Pourtant, le genre plaît et bat des records d’audience.
 
Comment expliquer ce succès ?
 
En effet, la comédie sociale a le mérite d’amener les français au cinéma: 3 798 089 entrées pour L’Arnacoeur, 2 318 100 pour Potiche et presque 4 millions pour Les Seigneurs. Le cinéma moderne et actuel veut toucher le français moyen : c’est le cinéma de la fiche de paie, le cinéma qui rentre dans les chaumières pour emprunter de l’expérience et du concret, le quotidien d’une femme de ménage (Ma Part du Gâteau), les revendications sociales des syndicats ouvriers (Potiche). Pour Guillemette Odicino de Télérama, «L’air du temps, entre morosité et engagement, donne paradoxalement un coup de fouet aux comédies sociales, qui s’emparent de thèmes d’actualité avec légèreté.» Dans un monde en fracture social, on veut de l’union, on la recherche.
 
Comment communiquer sur l’événement ?
 
La communication est le pilier du succès de la dernière comédie du genre: Les Seigneurs. On y joue au foot pour sauver une usine de sardines de méchants capitalistes. Pour communiquer sur votre film, choisissez sept têtes d’affiches dont deux qui font parties des personnalités préférées des Français (Franck Dubosc et Gad Elmaleh), trois comédiens à la mode avec option «Canal+» (Ramzy Bedia, Claudia Tagbo et le Comte de Bouderbala), une étoile montante (JoeyStarr), un «classique» (José Garcia) et la nouvelle coqueluche césarisée du cinéma français: Omar Sy. Votre fleuron d’acteurs réuni, vous les dirigerez chez Arthur pour y faire rire la galerie. Le rire sera en effet votre principal outil de communication: il faut communiquer sur «comédie» et non sur «social». Le message doit être «Venez vous amuser» et non «Venez vous amuser, on parlera de vos problèmes». On ne doit pas parler du social mais on peut le montrer, la bande originale est justement faite pour cela car l’image frappe, le spectateur doit comprendre qu’il rira, c’est d’ailleurs pour cela qu’il paie sa place de cinéma: la détente avant tout. Le rire amène les premier spectateurs dans les salles, le social se charge de rabattre les suivants grâce au bouche-à-oreille. La comédie sociale parle des gens pour les gens: le rire n’est là que pour assurer un socle de spectateurs désireux de s’amuser. La communication est de plus en plus éloignée du film lui-même et à l’arrivée seul compte le nombre d’entrées.
 
Steven Clérima
Sources:
Pages Wikipedia de tous les films cités dans l’article.
Article de Guillemette Odicino pour Télérama n°3188 (consulté le 22/10/12)

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Publicité et marketing

Deux anglais à Levallois Perret

 
Avec E. Leclerc, Marks and Spencer partagent la tête d’affiche de l’ouverture du nouveau centre commercial de l’ouest parisien : So Ouest, l’occasion de revenir sur l’histoire française du groupe anglais.
 
2001, quand Marks & Spencer filent à l’anglaise
 
Après 25 ans de présence sur le territoire français, la marque avait brutalement fermé ses 18 magasins, laissant un souvenir médiocre dans l’hexagone. 1700 salariés avaient alors été licenciés par l’envoi d’un simple e-mail de la direction. Une méthode peu glorieuse qui a nécessairement entaché l’image de la marque. Le retour de M&S en France, n’est pas tant l’occasion de se remémorer la déception des salariés de l’époque. Les nouveaux dirigeants préfèrent s’étendre sur le manque éprouvé durant toutes ces années par leurs pauvres consommateurs, amateurs de l’English way of life. Malgré ce triste départ au goût de chômage et de lutte salariale, la marque serait restée ancrée dans l’esprit des français.
 
The English touch
 
Si la majeure partie de l’activité de Mark and Spencers  se réalise dans son berceau, la marque a conscience de l’importance de s’ouvrir à l’étranger. S’exporter rend le groupe moins dépendant du marché d’un seul pays. De plus, qui dit exportation, dit exportation de la culture anglaise comme argument de vente auprès des étrangers. La marque a tout intérêt à jouer de son English style dans les 42 pays qu’elle a investis.
Marks and Spencers, pour beaucoup de consommateurs, c’est un peu d’Angleterre à la maison. Il est vrai que l’île n’est pas réputée pour sa gastronomie et est souvent moquée pour sa Jelly (dessert translucide non identifié). Pourtant, la marque a su tirer partie de son origine et profite encore des amateurs de scones, thés et marques emblématiques telle que Mc Vitie’s. Elle attire également par ses vêtements réputés classiques mais bien coupés, et de bon rapport qualité-prix. L’efficacité anglo-saxonne en somme!

 
Une image de Marks & Spencer bien soignée
 
Marks and Spencer, c’est d’abord le nom d’une société qu’on devine riche en histoire. On imagine la montée de ces deux immigrés en Angleterre, qui en 1884, ont bâti les bases solides de la firme qui n’a cessé de se développer ensuite. Mais c’est aussi un acronyme : M&S, de plus en plus utilisé par la firme elle même. Une signature qui s’impose parmi d’autres marques de grande notoriété (H&M, J&B, D&G). L’utilisation d’un camaïeu de vert pour le logo parait judicieuse, surtout lorsqu’on propose un large choix en alimentation (McDonald’s l’a bien compris il y a quelques années). Bref, l’image de M&S est moderne, simple, épurée, donc efficace.
Rayon vêtements, Marks and Spencer proposent, ce qu’ils appellent eux-mêmes différentes “marques” aux ciblages différenciés. Autograph est, par exemple, la marque plus jeune qui s’exporte le mieux à l’étranger, tandis que Classic est ostensiblement orientée seniors. Créer ses propres marques permet à M&S de mettre en valeur la variété et la cohérence de son offre. La firme semble être présente sur tous les fronts et se suffire à elle même. Pourquoi aller dans d’autres magasins puisqu’on peut tous manger M&S, s’habiller M&S et décorer sa maison M&S ?
 
Le Come Back
 
Il y a un an, la marque faisait son retour remarqué sur, ce qu’on n’a cessé de rappeler alors,  “la plus belle avenue du monde”. La soirée d’ouverture du magasin conviait de nombreux journalistes chez leurs voisins de pallier, le Fouquet’s, au 99 avenue des Champs Elysées. On peut dès lors se permettre d’établir un rapprochement entre cette invitation et l’enthousiasme des médias pour le retour de la marque en France. Le jour de son ouverture, une file d’attente de presque mille personnes s’étalait devant le nouveau magasin. C’est peu comparé aux disciples Apple, mais il n’y a pas de quoi rougir tout de même. L’objectif des dirigeants était alors d’atteindre une forte visibilité, plus que de réels résultats commerciaux (sur lesquels ils sont assez discrets, sauf quand il s’agit de rappeler leurs ventes exceptionnelles de sandwichs). Ce magasin a parfois déçu les consommateurs car il était incomplet. Et pour cause, il a surtout servi de vitrine, de teaser, avant l’ouverture de ses grands frères. Il annonçait également l’ouverture du site de vente par internet en français. La société aime rappeler qu’elle table sur une stratégie “Brick and mortar”.
 
M&S à l’Ouest
 
Fort de ses 7000 mètres carrés, le Marks and Spencer, qui a ouvert dans le nouveau centre commercial de Levallois Perret, est le plus grand du groupe en Europe continentale. So Ouest est sans doute un bon écrin pour la marque avec un emplacement avantageux, peu éloigné de la capitale. La marque bénéficie également de la communication importante du centre commercial (aux 54 314 “j’aime” sur facebook à l’heure actuelle).
Aux nombreuses publicités annonçant l’arrivée d’un nouveau centre commercial “4 étoiles” dans les couloirs du métro, se sont donc ajoutées celles de Marks and Spencer. La marque britannique communique sur ses deux activités principales : le prêt à porter féminin et l’alimentaire. Les affiches 4 par 3 mettent en scène des mannequins féminins aux physiques très variés, rhabillées pour l’hiver. D’autres jouent sur un genre de photos très en vogue en ce moment : de gros plans sur des plats ou des muffins alléchants. Le style et simple, moderne, en cohérence avec l’image de la société britannique. Ajoutez à cela des recettes de “cuisine British” sur le site internet de la marque, l’Angleterre passerait presque pour le pays de la gastronomie !
Marks & Spencers souhaite continuer son expansion en île de France avec l’ouverture prochaine de magasins dans le 15ème arrondissement et dans les Hauts-de-Seine. On est encore loin des 18 magasins d’avant 2001, mais un retour par étapes est conseillé pour éviter d’autres traumatismes.
 
Agathe Laurent
Sources :
MarkandSpencer.fr, ici et là
Le Monde
Courrier International
Stratégies
L’Express
Wikipedia
Le Nouvel Obs
Les Echos
Bondy Blog
LSA
Crédits photo : © Marks & Spencer
 

Mitt Romney Style Parody
Culture

Do you have the Romney Style ?

 
L’Amérique a voté : Barack Obama a été préféré à son concurrent Mitt Romney. Mais revenons sur cette élection qui a tenu en haleine le monde entier. Campagne présidentielle oblige, la parodie était à l’honneur sur le web, où tous les coups sont permis. La Toile proposait alors aux spectateurs de cette course à la présidence de déterminer qui des deux avait le meilleur style.
Collegehumor, le must du divertissement et du détournement de vidéos en tout genre, a su encore une fois surfer sur la vague de l’humour. Le blog s’est penché sur la politique américaine en diffusant une parodie du clip « Gangnam Style » du rappeur coréen Psy, mettant en scène Mitt Romney, à voir sur :

Pour les pourfendeurs de la musique « commerciale », quelques éclaircissements sur ce hit issu de la culture virale qui a littéralement explosé l’audience. Créé par le rappeur coréen Park Jae Sang, alias Psy, le clip, sans pour autant porter une critique sérieuse, moque la vie bling-bling d’un district huppé de Séoul, Gangnam. Psy y danse de manière insolite dans divers endroits du quartier. Véritable révélation, le clip diffusé sur YouTube est rapidement devenu le plus aimé et la huitième vidéo la plus vue de toute l’histoire du site.
Un succès opportun semble-il, au détournement.
Le procédé est simple : mélangez argent, bling-bling, une bonne dose de mépris et d’extravagance … et vous obtenez une caricature grossière de Mitt Romney. Grossière, mais après tout, c’est bien comme ça qu’on les aime.
Un sosie du candidat républicain vante le « Mitt Romney Style » en respectant l’essence du Gangnam Style « Dress classy, dance cheesy ». La chorégraphie de Psy est en effet reprise dans cette parodie fonctionnant en miroir, reprenant chaque élément du clip initial en les adaptant: lorsque Psy marche sous la neige, Romney déambule sous une pluie de dollars. Sa fortune, estimée à 250 millions de dollars, est en effet l’élément central de la caricature. Chevaux de course, dîners mondains, cigares, champagne, polo, tout y passe.
Son slogan : « Richesse, extravagance, c’est Mitt ! Profits, investissements, c’est Mitt ! Vous devriez m’élire tellement j’ai d’argent ». Sa religion mormone n’y coupe pas non plus. Comme l’a dit l’autre, on peut rire de tout.
L’actuel président n’a pas non plus échappé à ce déferlement. Une vidéo le visant a rapidement suivie celle de Romney. Dans le même ordre d’idée, Obama y est présenté comme un menteur jetant l’argent des Américains par les fenêtres. Mais le procédé est différent ; ce n’est non pas un acteur qui intervient dans le clip, mais un chanteur parlant d’Obama. Il est intéressant de comparer les deux procédés : l’intention est la même et, dans le fond, les dispositifs sont proches. L’effet créé est également différent : l’incarnation de Mitt Romney donne un sens plus direct à la critique puisque le personnage lui-même chante ses goûts honnis et vante un style qui déplaît profondément. Dans le clip visant Obama, l’intervention d’un personnage extérieur se rapproche davantage d’une simple critique émise par n’importe quel artiste, comme on en voit régulièrement. L’efficacité du « Romney Style » est intrinsèquement liée cette incarnation.
La satyre du politique ne date pas d’hier, mais aujourd’hui les évènements sont plus faciles à détourner et à diffuser. N’importe qui peut poster sa vidéo, sa parodie et la partager. Dans ce cas précis, on observe l’apparition de plateformes spécialisées dans la parodie et le détournement en tout genre, tels Collegehumor. L’impact de cette parodie a bien sûr été quasiment inexistant sur la scène politique et s’inscrit dans la longue liste des reprises du Gangnam Style, qui se prête apparemment bien à la parodie en tout genre ! La prolifération de telles vidéos est davantage intéressante car elle amène un premier constat : la parodie est devenu un mode de communication répandu et populaire.
Elle a aussi permis d’illustrer les nombreux impairs de la communication électorale de Romney : ses gaffes répétées (rappelons-nous de son pari « à 10 000$ » avec Rick Perry ), ses phrases cultes « J’aime virer les gens », « Je ne me préoccupe pas des pauvres »  , « Ma femme a quelques Cadillac » mises hors contexte ont permis la construction d’une image désastreuse au niveau des relations publiques, conduisant à tout occulter de sa réussite professionnelle et de ses talents de businessman. Le Romney Style illustre ce que ses erreurs de com’ lui ont coûté : l’association à une image d’homme ultra riche, extravagant, méprisant. Et cela suffit à la parodie : le rire n’a pas besoin d’argumentation.
Quoiqu’il en soit, Gangnam style, Romney style ou Obama style, si vous ne connaissez pas encore la choré, il n’est pas trop tard pour vous y mettre.
 
Bénédicte Mano
Sources :
Collegehumor
« AVEC STYLE – Barack Obama et Mitt Romney parodiés » – Bigbrowser
Minutebuzz
Newsone

Société

Jacques a dit : les chaises sont comme Facebook

 
En ce moment, Jacques nous dit que  « Les chaises sont comme Facebook »
On admettra que sur le coup tout cela laisse un peu perplexe !
Cette précieuse information n’est autre que le message délivré par la toute première campagne publicitaire du célèbre réseau social. Elle a suscité beaucoup de réactions sur Internet mais pour ceux qui ne l’auraient pas encore remarqué, Facebook propose, depuis le 4 octobre dernier, de partager un très beau clip d’une minute et demi à la gloire des objets de tous les jours, des éléments qui nous lient : les sonnettes, les pistes de danse, le basketball…
« The things that connect us », c’est d’abord la représentation d’un monde paisible, où tout le monde s’aime et partage. Mais c’est surtout un message, et quel message ! Les chaises sont comme Facebook.
Audacieuse, ridicule, absurde, exagérée… la formule ne laisse pas indifférent.
En capitalisant sur le symbolisme, Facebook se réaffirme comme un partenaire du quotidien , fédérateur, créateur de lien et gardien de valeurs essentielles telles que  l’amitié, l’amour, la fraternité…  Souvenez-vous du slogan d’origine :
« Facebook vous permet de rester en contact avec les personnes qui comptent dans votre vie ».
Cette démarche inédite de l’entreprise américaine interroge sa place auprès du public. Aujourd’hui plus que jamais, celle-ci reste ambiguë. Entreprise ? Outil ? Réseau ? Média? L’hyperprésence du site Internet a tendance à masquer son identité ou du moins à la rendre floue.
Facebook, qui profite certainement de ces zones d’ombre, se trouve aujourd’hui à une étape décisive de son histoire. Cette campagne officielle semble définir le positionnement adopté par le média. Après une actualité mouvementée (une entrée en bourse décevante, des tentatives hasardeuses pour séduire les investisseurs et un scandale touchant au tabou de la confidentialité), la rentrée  est l’occasion de soigner image et cote de popularité.

Pour ce faire, la marque Facebook nous raconte des histoires.
Le réseau nous dit qu’il est un média sans dire qu’il est un média. Lorsque l’on regarde cette vidéo attentivement, on remarque rapidement une absence totale des dispositifs de communication modernes. Ordinateurs, mobiles, écrans sont proscrits. Le spot effectue une série de métaphores in absentia qui viennent minimiser la présence des NTIC mais sont tout autant de références aux media au sens premier du terme.  Le mot et le logo Facebook n’apparaissent respectivement qu’une seule fois.
Pendant longtemps, les concepts marketings ont seriné combien la répétition de la marque ou du produit avaient leur importance dans la publicité. Ici tout est dans la substitution. Cette vidéo ce n’est pas l’histoire du média Facebook, c’est une histoire des hommes et des objets. Presque à la manière d’un récit mythologique, elle nous raconte, nous explique pourquoi tous ces objets sont là, et dans quels maux universels ils trouvent leur origine :
« L’univers : il est vaste et sombre ce qui nous fait nous demander si nous sommes seuls. Alors peut-être que si nous construisons toutes ces choses c’est pour nous rappeler que nous ne le sommes pas. »
Pour qualifier la stratégie adoptée par le réseau : des histoires et non pas une.  Le storytelling n’est pas seulement au centre de ce clip ; il est au cœur de toute la stratégie de visibilité déployée par Facebook. En août 2012, le réseau social lançait www.facebookstories.com, une plateforme indépendante destinée à recueillir et diffuser les récits de personnes utilisant Facebook de manière extraordinaire. C’est à ce jour le seul site Internet – en dehors du réseau – où la marque communique sur elle-même.
Là encore, le propos est ambitieux. Un mot d’ordre : viralité.
Tout en masquant son hyperprésence, le réseau se présente comme un point de contact. Plus d’un milliard d’individus forment désormais l’immense constellation qu’est Facebook. La marque illustre cela par le néologisme « virality » ou la capacité de pouvoir toucher différemment les individus, immédiatement et en tout lieu :
« We’re tackling a phenomenon that dense network of connections creates: the ability for an idea, a song, a picture — anything — to spread nearly anywhere, nearly immediately ».
Jacques ne sait pas si les chaises sont comme Facebook. Mais une chose est sûre, le réseau veut s’imposer durablement comme un médiateur, le ciment qui unit les individus en dedans et, – comme l’illustre par exemple sa participation à la gay pride de San Francisco  – en dehors du média.
 
Esther Pondy

Culture

Le jeu vidéo : un produit culturel pas comme les autres

 

L’an dernier, à cette même date, ils étaient 180 000. 180 000 à se presser aux portes du salon Paris Games Week, dont la 3ème édition s’est déroulée cette année à la Porte de Versailles du 31 octobre au 4 novembre. Un chiffre impressionnant pour un produit culturel qui ne cesse de croître : le jeu vidéo.
En effet, si autrefois le jeu vidéo était synonyme de repli sur soi et si jouer était une activité marginale,  l’industrie vidéo-ludique se retrouve à présent propulsée sur les devants de la scène. Le jeu vidéo sur l’année 2011 représente 2,7 milliards € de chiffre d’affaire, et ce seulement en France. Le produit culturel le plus vendu en 2011 n’est ni un livre, ni un film… mais un jeu, Call of Duty : Modern Warfare 3, qui a récolté en 5 jours de commercialisation la bagatelle de 775 millions de dollars. Mais ce qui attire l’attention, ce n’est plus seulement l’importance que prennent ces grosses franchises du jeu vidéo. Ces dernières années, en effet, le jeu vidéo traverse de profonds changements. De plus, on ne vend pas un jeu vidéo comme on vendrait un autre produit : les enjeux sont différents, les techniques également.
L’évolution des joueurs est manifeste, et bat en brèche tous les clichés. Tout d’abord, on peut noter que tout le monde joue. 63 % des Français de 10 ans et plus ont joué aux jeux vidéo. L’âge moyen des joueurs est de 35 ans et est en constante augmentation. Il va donc falloir apprendre à s’adresser à de nouveaux joueurs, plus vieux, et qui ne rentrent donc plus dans la cible visée par la communication traditionnellement plus orientée vers les adolescents. C’est ce qu’a compris avant les autres le japonais Nintendo, avec sa Wii, dont les multiples programmes pour garder la ligne et un esprit vif (Dr Kawashima) ont rencontré un franc succès chez les joueurs plus âgés.

La deuxième évolution dément elle aussi un préjugé depuis longtemps ancré. En effet, 52% des joueurs sont… des joueuses. Le public masculin n’est plus prédominant, et les développeurs et éditeurs l’ont compris : il s’agit de produire des jeux qui plairont aux filles ! Plaire aux petites filles donc, avec beaucoup de jeux « girly » estampillés Barbie ou Littlepetshop, mais aussi aux plus grandes : le contenu des jeux ne mise plus tout sur la violence, et s’enrichit de cette nouvelle identité du public. Cela se traduit dans les jeux même par l’apparition de personnages féminins principaux aux personnalités fortes, qui change des stéréotypes sexualisés qu’ils endossaient auparavant. Toutefois, la sexualisation du marché est toujours forte, et les efforts ne sont que des pistes qu’il faut continuer à explorer. Par exemple, Jade de Beyond Good and Evil, est une journaliste-reporter-aventurière qui va dévoiler à ses lecteurs un bien sombre complot… Bien loin d’une Lara Croft dont le seul intérêt sont ses atours  qui attirent la gente masculine.

Au delà de ce changement de public, le jeu change aussi de pratique. On ne joue plus de la même manière. Tout d’abord, on ne joue plus seul, on joue en réseau. 73% des joueurs pratiquent le jeu en ligne. Cette mise en commun du jeu contribue à créer de véritables communautés qui échangent et influent sur le jeu avec un pouvoir colossal, parfois même trop important. L’année passée le studio Bioware, et son jeu Mass Effect 3 en ont fait les frais : les fans, déçus devant la fin de la trilogie qui ne tenait pas toutes ses promesses, ont tenu à faire entendre leur voix. Ces fans, par leurs actions sur les forums du jeu, sur les réseaux sociaux et sur ces outils « online » mis à leur disposition, ont fini par obtenir gain de cause. En effet, le studio a décidé de modifier son jeu en ligne pour en changer la fin ! Cela pose d’énormes questions : à qui appartient l’œuvre vidéo-ludique ? Ce comportement et cet engouement semble là encore propre au jeu vidéo : il est peu concevable d’aller voir un réalisateur pour aller lui demander de modifier la fin de son film !

Mais le changement de pratique vidéo-ludique se ressent par dessus tout sur l’évolution des supports. Le jeu traditionnel est amené peu à peu à disparaître.

Le nouveau marché est axé autour de deux supports principaux : les réseaux sociaux, et les smartphones et tablettes.
En ce qui concerne les réseaux sociaux, Facebook a pris une longueur d’avance, avec une application dédiée aux jeux, appelée Games Feed. Le succès est au rendez-vous : Sur Facebook, 350 millions de joueurs jouent ensemble, soit 53 % des utilisateurs.
Le marché des jeux sur portable est en pleine expansion. Ce seul marché a dégagé 5,2 milliards  d’euros de chiffre d’affaire dans le monde en 2011. Et certains « hits » en récoltent les fruits : les petits oiseaux énervés d’Angry Birds se sont plus vendus en 3 ans que Mario en 30 ans.
Les effets, prenant une telle ampleur, ne pouvaient rester circonscrits au seul milieu des jeux vidéo. La communication elle-même lorgne de plus en plus du côté du jeu, via l’ « advergaming ». Il s’agit de divertir, tout en faisant passer un message ou en vendant une marque. Cela peut se faire en introduisant le message dans un jeu (très présent dans les jeux sportifs ou automobiles), ou en faisant passer le message via une forme vidéo-ludique. (Cela est très présent sur Internet, notamment sur Facebook.)
Au vu de toutes ces évolutions, le marché culturel étrange et grandissant du jeu a probablement encore de beaux jours devant lui…
 
 Clément Francfort
 

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