[rev_slider alias=”clean-news-post-based1″][/rev_slider]

Politique

Zohran Mamdani sous le feu des médias en France

Par Jean-François Rodriguez

Depuis le mois de Novembre, s’il y a bien un homme du côté des États-Unis qui suscite l’intérêt des médias français (hormis notre cher Donald évidemment) c’est bien le nouveau maire de New York, Zohran Mamdani. Sur les réseaux sociaux d’abord, une véritable fascination s’est créée pour le récent élu. Devenu une fierté pour certains, il n’est qu’une honte pour d’autres. Dans les médias traditionnels, on s’est plus intéressé à ses méthodes de communication, ce qu’il représente face à l’administration de Trump ou même pour la gauche américaine. Mais très vite, dans certains médias et plateaux télé, une défiance générale est née contre le maire. Plongeons au cœur de cette vague médiatique, et essayons de voir s’il ne s’agit pas plutôt d’un acharnement médiatique à l’encontre de Zohran Mamdani. 

Un maire islamiste ? 

Au lendemain du 4 novembre, l’élection a fortement fait réagir sur les réseaux, si beaucoup de réactions positives furent postées, le maire est vite devenu une figure à diaboliser, une menace. Sur X, on trouve des montages photos de Zohran Mamdani qui l’associe aux terribles attentats du 11 septembre 2001. L’homme est un islamiste pour des figures de droite et d’extrême droite, des accusations graves, n’est-ce pas ? Pourtant les figures à l’origine de ces posts ne peuvent apporter aucune preuve.

Mais bon, ce sont les réseaux sociaux : ce type de dérapage y est devenu presque systématique. Normalement dans les médias traditionnels, la tonalité est un peu différente, plus institutionnelle, pourtant, sur CNews et LCI, il est de nouveau un islamiste. On trouve aussi des articles où il est l’incarnation de « l’entrisme islamique pur et dur ». Les attaques se multiplient dans la presse écrite et la télévision qui suivent le ton donné par les réseaux sociaux, où on y dépeint un homme proche des Frères musulmans et antisémite. La question de la véracité de ces propos a été posée à plusieurs journalistes, dont Cole Stangler (un journaliste franco-américain) pour qui ces affirmations ne se basent sur rien, et dont seules des personnes ignorantes du parcours de Mamdani et du contexte politique de New York peuvent affirmer cela. Il rajoute même que cela démontre une sorte de fantasme sur l’islam très « franco-français ».

Depuis, la moindre sortie publique du maire peut devenir le lieu de projection de ce fantasme. Par exemple, Mamdani a partagé sur ses réseaux une photo avec l’imam Siraj Wahha (c’est une figure historique de la communauté musulmane de New York). Immédiatement, cette rencontre est devenue une preuve de lien avec le radicalisme. Pourtant, rappelons que d’autres maires, comme Bloomberg ou De Blasio, ont également rencontré l’imam sans que cela ne suscite l’indignation.

Un  maire antisémite ? 

La critique médiatique ne se cantonne pas à de l’islamophobie envers le maire, mais à des accusations d’antisémitisme. La qualification de « maire antisémite » me vient de Bernard Henry qui se base sur les positions Pro-Palestine ou le soutien au boycott d’Israël de Mamdani. Face à cela, Cole Stranger réagit de nouveau en soulignant l’alliance avec le politicien Brad Lander, membre de l’aile gauche du Parti démocrate et juif. L’homme se décrit comme « un sioniste de gauche », et pour lui, Lander ne pourrait jamais accepter de s’allier et donc contredirait l’image d’un homme isolé et hostile aux juifs. 

Certaines vidéos ont également été sorties de leur contexte pour alimenter la polémique. En 2023, lors d’une convention des Socialistes démocrates d’Amérique, Mamdani dit ceci : « Pour faire en sorte que tout le monde se sente concerné par ces questions, nous devons les rendre locales, très concrètes. Nous devons faire comprendre que, lorsque la botte du NYPD vous appuie sur la nuque, c’est Tsahal qui l’a lacée ». Sur plusieurs plateaux et réseaux, ces images ont été interprétées comme une preuve d’antisémitisme, et c’est vrai que ces propos, sortis de leur contexte, alimentent l’idée antisémite d’un complot juif. 

On se met alors à entendre que : « dans la logique de Mamdani, la police new-yorkaise était secrètement entraînée par les Juifs » selon Marc Weitzmann dans Tout est Politique (le 5 novembre sur France Info). C’est de « l’antisémitisme pur et simple, sans fard » pour Bénard-Henri Lévy qui sera également repris sur CNews. Mais encore une fois, si on fouille un peu, les affirmations du maire se basent sur une réalité. Il y a bien des entraînements entre la police New-Yorkaise et l’armée Israélienne, qui sont, de surcroît, réguliers et documentés. De plus, le maire Mamdani s’est expliqué à plusieurs reprises sur ce point, précisant qu’il ne faisait que relayer une réalité factuelle, et non promouvoir une idéologie hostile.

Un acharnement médiatique, et franchement, c’est grave : 

La séquence qui a fait le plus réagir, c’est celle du 9 novembre sur FranceInfo : Alix Bouilhaguet, consacre une séquence d’interview à Manuel Bompard, coordinateur de La France insoumise, autour de Zohran Mamdani. Et là, elle n’énonce pas une, ni deux, mais trois affirmations erronées, présentées comme des faits : Mamdani aurait repris le slogan « Mondialiser l’Intifada », il aurait botté en touche lorsqu’on lui a demandé de condamner le 7 octobre, et aurait levé des fonds pour l’UNRWA, agence onusienne accusée de collusion avec le Hamas. Directement, Manuel Bompard conteste fermement chacune de ces affirmations, soulignant qu’elles ne reposent sur aucune vérification. 

Ce n’est que deux jours plus tard que Radio France publie enfin des corrections : Mamdani n’a jamais prononcé l’expression « Mondialiser l’Intifada », il n’évite pas de condamner le 7 octobre, et l’UNRWA n’a aucun lien direct avec le Hamas, les accusations provenant majoritairement d’Israël et des États-Unis. 

Si l’on observe l’ensemble des traitements médiatiques, il est clair que Zohran Mamdani a été soumis à un véritable acharnement en France. Entre les accusations non sourcées, les interprétations tendancieuses de photos et vidéos, l’amalgame systématique entre islamisme et islam modéré, et les contre-vérités répétées sur des sujets sensibles, les médias ont multiplié les occasions de diaboliser le maire. Des critiques déconnectées de la réalité new-yorkaise, les préoccupations principales pour ses électeurs étaient le logement, la vie chère et les transports, et non la politique internationale ou les débats idéologiques sur l’islam.

Mais cet acharnement médiatique n’est pas seulement problématique pour Mamdani : il révèle un manque de rigueur journalistique préoccupant, constaté jusque dans les chaînes d’information publique. La diffusion massive de contre-vérités et d’amalgames crée une vague de désinformation qui a des conséquences directes sur la perception du public et sur la qualité de notre débat démocratique, car c’est cela leur essence : « la mission fondamentale des médias : éclairer et enrichir le débat démocratique » écrivait Ignacio Ramonet (La Tyrannie De La Communication), pourtant le cas Mamdani nous donne la sensation de l’exact opposé.

Laisser un commentaire