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Formats spéciaux

Rêveries du consommateur solitaire

Par Marius Prud’Homme, Participant au concours FastN’Curious sur le thème de la folie et coup de coeur du jury

Mur blanc. Notre rêveur se réveille. La lumière ardente des six faisceaux blancs au-dessus de sa tête lui brûlent la rétine. Il se sent embrumé, pris dans un sommeil artificiel.

Il se lève. “Tiens ! le ciel est blanc ; ça alors ! Le sol aussi !” se dit-il en lui-même. Il avance. Là, debout devant lui, il voit passer un spectre poussant un étrange objet métallique ; notre rêveur peine à reconnaître. Il se dit: “est-ce un rêve ? Ici-bas, non seulement les chevaux ne tirent plus les chars, mais encore, ce sont les Hommes qui les poussent ! Quel monde étrange !”

Il continue. Soudain, notre rêveur se souvient qu’il cherche quelque chose : “Ah, mais je cherche quelque chose ?” Mais que cherche-t-il ? “Mais quoi ?” Peut-être le bonheur qui sait ? Il se penche vers l’étagère qui lui fait face. Là se dressent des bocaux pleins de morceaux de ferraille. Il constate que ces bocaux sont sûrement trop petits pour contenir le bonheur. Il interpelle un spectre qui se tient au bout de l’allée.

“- À quoi servent ces bouts de ferrailles ?

Bienveillant le spectre lui explique que ce sont des ***, qu’ils servent à relier des feuilles ensemble, à une condition : qu’il n’y ait pas trop de feuilles — bien entendu, mais qu’il y en ai le taux minimal — allez savoir, l’on peut trouver des fous qui n’en attacherait qu’une seule avec elle-même : ils feraient chose vaine ; ce que le font la plupart des fous d’ailleurs.

“Alors comme ça, je pourrais écrire une histoire sur des feuilles et les relier ensemble à l’aide de cet ustensile ?”

Révolté, le spectre lui répondit précisément en ces termes et la discussion se déroula fidèlement comme suit :

“- Surtout pas malheureux ! Sauf si vous êtes un écrivain — bien sûr ! Êtes-vous un écrivain ?

– Non, enfin je ne crois pas. Pourquoi, devrais-je ?

– J’ai oublié de vous le notifier — cela me semblait évident : cet ustensile sert à relier des choses sérieuses ! Enfin, en vérité il paraît que vous pouvez relier des choses futiles, mais on vous prendrait pour un fou. Mais — qui êtes-vous, que faites-vous ?

-Moi je suis rêveur, enfin je crois.

-Et en quoi cela consiste Monsieur ?

-Oh et bien cela, tout dépend de vous !”

Notre rêveur continue sa course folle. À l’angle d’une autre allée, il fait la rencontre d’un autre spectre.

“- Est-ce là que se trouve le bonheur ? Demande notre rêveur.

– Pour certains oui.

– Et pour les autres alors ?

– Et pour les autres, ils s’en abreuvent et pourtant ça les tue. Ils peuvent même parfois en devenir fou.

-Et pourquoi alors en boire si on ne peut pas savoir ?

– Parce qu’il faut bien jouer ! C’est un drôle de jeu de hasard, où beaucoup perdent. En fait tout le monde perd, mais souvent ceux qui le savent n’en font rien.

– Il faut être bien triste pour se livrer à un tel jeu.

– Peut-être… tiens passe-moi cette bouteille derrière toi.”

Notre rêveur, bonhomme, se retourne pour s’exécuter. Une fois sa marchandise récupérée le spectre s’en va sans mot dire.

Plus loin, notre rêveur rencontre de nouveau un spectre. Celui-ci semble moins loquace. Il répète “à moi”. Notre rêveur en a peur, il préfère garder une distance. Devant une étagère pratiquement vide et se dit : “tiens, cette étrange boîte colorée me laisse pantois. Ses couleurs m’évoquent beaucoup de joie ! Le singe à casquette dessiné dessus semble heureux, il sourit.”

À peine tend-il la main que le spectre le bouscule en criant “à moi !”. Notre rêveur l’interroge alors sur ses motivations.

“- Vous aussi êtes venus chercher le bonheur ?

– Pousse-toi ! C’est à moi ce que tu regardes !

– En vertu de quoi ?

– C’est moi qui l’ai vu le premier, alors il est à moi ! Puis vous avez voulu profiter de ma générosité, c’est parce que je l’ai vu que vous avez voulu le prendre ! Avouez !

– Partageons-le ?

– Ah ça certainement pas !”

Le spectre se saisit du paquet et s’enfuit. Notre rêveur en arrive finalement à cette conclusion : il semblerait que, parmi tous les spectres qu’il a croisés, aucun n’avait trouvé le bonheur. Pourtant tous le cherchaient avec, au moins, la même énergie que lui.

***

*grésillements*

“Radio-Italiana-Franca, le canal-radio littéraire franco-italien le moins écouté de toutes les années
70 !”

*grésillements*

“Pietro Desnos Pasolini, après la lecture de ce court texte, intitulé les Rêveries du consommateur solitaire, comment abordez-vous ce sujet : la folie et la littérature ?

P.D.Pasolini, avec un fort accent italien : Je me permets de… rebondir… sur la petite histoire d’abord… Je crois que parfois on dit que la folie se manifeste par l’écart… à la norme… à la logique… au bon sens même.

Alors on pourrait en effet… déjà… reprocher à cette histoire que trop d’écart ne s’appelle pas plus folie… que bêtise.

– Et sur le lien entre folie et littérature ?

– Là… il me semble que la folie… la transe ou la poésie c’est… la vérité… celle qui guérit Artaud au
grand amphithéâtre de la Sorbonne…

– Et peut-être aussi ce qui le rend malade ?

– Oui… aussi… de surcroît.”

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