Disparition du Guide Suprême iranien : libération ou condamnation ?
Article rédigé par Lilou Soulet
Regards braqués sur le Moyen-Orient. Lors de frappes israélo-américaines visant des dirigeants iraniens à Téhéran, il a succombé le 28 février 2026 à l’âge de 86 ans. L’annonce de la mort de l’ayatollah Khamenei retentit aux quatre coins du monde. Cet événement incite à faire un détour historique sur l’Iran pour mieux comprendre les enjeux internationaux actuels.
Des racines historiques anciennes
Son histoire remonte à des milliers d’années, dans un pays où se trouve l’une des civilisations les plus anciennes du monde. On retrouve ses premières traces sur les hauteurs de Sialk à côté de Kâshân dès la fin du VIIe siècle au IIIe millénaire av. J.-C. En avançant dans le temps, la région iranienne s’est construite en tant que grand Empire Perse dès l’Antiquité avec notamment durant VIe siècle av. J.-C la fondation de l’Empire achéménide, l’un des plus grands empires de l’histoire s’étendant du Moyen-Orient jusqu’à l’Inde. Affaibli sous la dynastie Qadjar durant le XIXe siècle, le pays aux ressources riches en pétrole est convoité et subit de plus en plus l’influence du Royaume-Uni et des Etats-Unis. C’est en 1925 que Reza Chah Pahlavi prend par la suite le pouvoir et décide de moderniser le pays de façon autoritaire. Le durcissement du régime par son fils Mohammad Reza Chah lui ayant succédé (1941 – 1979) et la répression de l’opposition, en particulier les agitations populaires et manifestations étudiantes, amplifient les mécontentements au sein de la population iranienne.
Quels sont les facteurs ayant mené à la Révolution Iranienne ?
Le 25 août 1941, les britanniques et les soviétiques envahissent le pays. Reza Chah abdique étant favorable à l’Allemagne et c’est son fils Mohammad Reza Chah Pahlavi qui lui succède.
Durant son règne, un tournant majeur se produit : le nouveau successeur se range du côté des occidentaux en opérant un coup d’État organisé avec l’aide de la CIA et du MI6 renversant le premier ministre Mohammad Mossadegh. Ce dernier avait nationalisé l’industrie pétrolière et menaçait ainsi les intérêts des américains et des britanniques. Ce rapprochement avec les USA s’explique par un contexte tendu, celui de la Guerre froide et d’une volonté des américains d’éviter à tout prix une révolution communiste. De ce fait, le Chah renforce la police politique (SAVAK), la surveillance et la censure. Accumulée à cela, la Révolution Blanche de 1960 lancée par le Chah avait pour objectif de moderniser le pays, par l’industrialisation et la réduction du pouvoir des religieux. En conséquence, cela a provoqué de nombreuses contestations. Face à une opposition croissante, le régime se durcit, devenant un régime dictatorial. C’est ce mécontentement accumulé qui a mené à la Révolution iranienne de 1979. Inéluctablement, cela a conduit à la fin de la dynastie Pahlavi, et le début du règne de Ruhollah Khomeini, transformant l’Iran en un État théocratique islamique. Ainsi, est née de cette Révolution islamiste, la République islamique d’Iran le 1er février 1979.

Le régime de Khamenei succède donc à celui de Khomeiny à sa mort, devenant dès 1989 le Guide suprême de la Révolution. Ce titre découle de la théorie du Wilayat al-Faqih, concept central dans le chiisme ayant été au cœur de la révolution iranienne de 1979. Selon cette théorie, “le faqih”, juriste théologien détient le pouvoir légitime de gouverner la communauté musulmane durant l’absence de l’Imam. Le guide suprême reçoit alors les pleins pouvoirs qu’il s’agisse du domaine religieux, politique, militaire, légal ou même moral concernant toutes les mesures prises par l’Etat.
Un régime qui fait face à de nombreux soubresauts
37 ans. C’est la longévité du pouvoir de Khamenei, confronté à de nombreuses crises toutefois.
Premièrement, et une des raisons expliquant les conflits actuels, concerne le programme nucléaire iranien. Depuis les années 1990-2000, l’Iran annonce ce programme comme étant un projet civil mais reste soupçonné d’être sous couvert d’intentions militaires. Alliée du Hezbollah (Liban), du régime syrien et de groupes armés anti-Israël, la possession iranienne nucléaire inquiète ses opposants : les Etats-Unis et Israël percevant une véritable menace existentielle. Néanmoins, le nucléaire n’explique pas à lui seul les conflits actuels qui touchent de nombreux pays du Moyen-Orient, s’inscrivant dans un contexte régional déjà instable, marqué par le conflit israélo-palestinien et par l’opposition entre l’Iran et Israël depuis la révolution islamique de 1979. L’Iran soutient, en effet, des groupes hostiles à Israël ce qui alimente une guerre indirecte dans la région. C’est dans ce contexte de rivalité que le Guide Suprême a perdu la vie, point culminant de décennies de tensions politiques, militaires et idéologiques.
Par ailleurs, le régime malgré son apparente stabilité durant ces années a régulièrement été contesté. Une des premières grandes révoltes après la Révolution de 1979 date de 1999 lorsque le journal réformateur Salam a été fermé entraînant de violentes manifestations étudiantes à Téhéran, en quête de libertés politiques. D’ailleurs cet événement a été marqué par la riposte des forces de l’ordre qui a conduit à des arrestations massives et comptant au moins 4 morts.
Les élections présidentielles de 2009 sont marquées aussi par le mouvement vert contestant les résultats considérés truqués par une grande partie de la population, suite à la victoire annoncée de Ahmadinejad réélu après son premier mandat présidentiel de 2005 à 2009. Il reste ainsi président jusqu’en 2013. Le problème n’est d’ailleurs devenu plus seulement politique mais social, par de grandes protestations dès 2019 à cause de la hausse du prix de l’essence. Des sanctions internationales et notamment américaines, imposées en particulier à cause du programme nucléaire, ont engendré une grave crise économique.

Enfin, la mort de Mahsa Amini en 2022 a provoqué de grandes manifestations revendiquant plus de liberté notamment concernant les droits des femmes, désirant la fin de la police religieuse. Cette jeune femme morte en détention avait été arrêtée pour un voile supposément mal ajusté.
Un futur incertain ?
La mort de l’ayatollah engendre ainsi de nombreuses questions quant à l’avenir du pays, déjà sur la piste d’un nouveau successeur, le fils d’Ali Khamenei. C’est l’Assemblée des experts, organe essentiel dans la politique iranienne composée de hauts dignitaires religieux qui se charge de cette mission. Effectivement, élisant le Guide Suprême, cet organe est lui-même élu au suffrage universel direct. Au-delà des défis sur le territoire national que devra affronter Mojtaba Khamenei, c’est aussi un devoir d’image étrangère hautement symbolique, renvoyant un message clair au monde entier quant à la stabilité du pouvoir malgré le chaos actuel.