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Culture

Les Fantômes de la Fantasmagorie selon Pierre Delavie, ou comment les tremblements de l’histoire s’exposent sur les pierres augustes du Grand Palais

 
Qu’est-ce qu’une « fantasmagorie » ?
 Pour le savoir, il convient (comme souvent quand on se pose une question fondamentale en termes d’études visuelles) de se retourner vers Walter Benjamin. Celui-ci la considère comme cet art pré-cinématographique qui consiste, par un jeu de lumière particulier, à faire apparaître les entités fantasmatiques, ectoplasmiques, fantomatiques d’une époque. C’est la version temporalisée du kaléidoscope, mais c’est également la version heuristique des spectacles de foire et de l’usage « sensoriel » des images. Aussi la « fantasmagorie » deviendra-t-elle, pour le philosophe, l’objet et la méthode, par excellence, dont la Modernité s’est dotée pour actualiser au passé la vérité de la Marchandise, de la Ville, de l’Argent ou de l’Accès.
Loin de se réduire à un jeu d’ombres, la fantasmagorie produit alors une connaissance à travers le choc de la rencontre entre les différentes strates d’une Histoire et de ses objectivations. Toute la théorie postmarxiste va mettre ses pas dans ce cheminement fantomal : le « spectre » du capitalisme et du marxisme, ou encore « les spectres de Marx », voient défiler une « hantologie » (Derrida) des textes et des figures d’un passé révélateur – comme dans un bain « échographique » (Derrida encore) – de corps et de corpus voués à revenir nous parler.
La fantasmagorie est une phénoménologie dansée
Mais la fantasmagorie peut également se voir comme une pratique qui trouve une formule expressive parfaite – technique (comme média), spirituelle (comme outil médiumnique) et artistique (comme medium d’expression) – dans la danse. L’agorie des phantasmes s’apparente alors à une chorégraphie de fantômes. Walter Benjamin ne s’y trompe pas :
« Il faut penser aux tableaux magnifiques d’Ensor où des spectres emplissent les rues des grandes villes : des petits bourgeois affublés de déguisements de carnaval, des masques enfarinés déformés, des couronnes de paillettes sur des fronts virevoltent à perte de vue. Ces tableaux ne sont peut-être rien d’autre que l’image de cette renaissance effrayante et chaotique en laquelle tant de gens placent leurs espérances. »
 Des tableaux d’Ensor à la mode des zombies (de Romero à Cosmopolis ou au comics-mis-en-série The Walking Dead), la peinture sociale continue au 21ème siècle d’afficher sa prédilection esthétique pour les motifs de la foule, de la « mobilisation » et de la procession de morts-vivants. Sauf que, accès et participation numériques obligent, la fantasmagorie 2.0. prend volontiers les habits de la mascarade et du carnaval cathartiquement gore que l’on appelle les « Zombie Walk ». Dans une sophistication électronique de la séance seventies du culte The Rocky Horror Picture Show, le spectacle fantomagorique se fait grandeur nature, au sens où les artères des métropoles déversent le flux symbolique des cortèges aux couleurs « emo dark » et aux ralliements « hémo-pride ».
Pierre Delavie et la « Néo »-fantasmagorie
Villes qui marchent ; rues qui s’étalent en corps-marchandises ; espaces marchands. Plus que jamais en 2014, la fantasmagorie désigne la culture du marché et le règne des industries culturelle. La salle de spectacle se fait spectrale, le magasin se fait magazine et la rubrique se fait rayon. Le Grand Magasin confond les lois du marché et du Musée.
 Pierre Delavie s’inscrit dans cette jeune tradition des transformations plastiques qui investit l’histoire attestée ou fantasmée des tectoniques urbaines et de leurs images. Manipulant les lieux à la fois comme un poète des matériaux et des murailles – citant la mythologie (Amphion) -, comme un analyste des rêves enfouis dans la pierre – citant la psychanalyse – et comme un conteur des fictions encapsulées dans les objets – citant la tradition des affabulations vraies, des trompe-l’œil et des grandes illusions -, Pierre Delavie rend vives et dansantes les pierres en les confrontant à leurs propres spectres intimes.
 Après le détournement de la Canebière (Marseille Capitale de la Culture 2013) et le chamboulement de l’Hôtel des Postes (Lille 3000 Fantatisc 2012), voilà que Pierre Delavie s’attaque au Grand Palais à l’occasion de la nouvelle grande exposition consacrée à Auguste, le premier Empereur romain.
Les Fantômes du Grand Palais
Et il est peu de dire que la fantasmagorie y est multiple. Elle décline tout le spectre des couches historiques, archéologiques et figurales qui traversent ce Monument de la Monumentalité qui s’appelle le Grand Palais. Alors que les forums (dont les agoras sont les spectres) de Rome sont directement évoqués au sein de l’exposition, l’œuvre de Pierre Delavie nous rappelle in foro externo l’influence « néo »-romaine de son édification à la fin du 19ème siècle. « Capitale du 19ème siècle », Paris est alors traversé par les avant-gardes de l’Art Nouveau qui triomphent sous l’Arc industriel et marchandisé des Expositions Universelles. En 2014, la nuit qui tombe sur la façade en fait refléter tous les fantômes :

Présenté sous la forme d’un « rapt architectural », ce tremblé facial révèle à la fois la parenté néo-romaine (voire néo-pompéienne) d’un palais feignant de s’ébouler et de s’ébrouer. Mais ce n’est pas tout. Pleinement benjaminienne, l’œuvre fantasmagorique arrête le temps de sa propre marche pour nous mettre face au réveil faussement immobile du bâtiment. Le rapt n’est pas qu’un enlèvement, fût-ce celui des Sabines, qui se cachent dans les creux de l’œuvre.

Le rapt est également un apport de sens. La fantasmagorie prend la forme d’une épiphanie,  d’une agoraphanie, pourrait-on dire pour faire trembler à notre tour la notion. L’espace public se révèle comme une place autre, traversée par les fantômes de l’histoire, les fantômes du pouvoir, les fantômes de la représentation elle-même :

De l’empereur Auguste à Charles De Gaulle, le Grand Palais devient un document et non plus seulement un monument. Dessiné à nouveaux traits par Pierre Delavie, le Palais s’offre dans les reflets d’une histoire de la Nation : visitée par l’événement originaire de son éternelle Révolution et du spectre de sa Libération, elle est travaillée par l’autre histoire qui ne passe pas, celle de sa puissance industrielle et coloniale.
Et Auguste dans tout ça ?
C’est là que s’accomplit le réveil sourd que contient toute fantasmagorie. En l’occurrence : à la fois Temple de la culture, de l’industrie, de la marchandise et de la machine, le Grand Palais hérite des Expositions Universelles parisiennes un sens de l’histoire dont le ressort politique était « mythique », « féérique » et « mystique », ici directement rapporté à la res gestae d’Octave.
La campagne de publicité affichée dans le métro est passionnante alors, qui met en « ombres » énigmatiques la figure de l’empereur exposée :

Au centre d’une arène agorique, le fantôme s’étoile comme un avatar qui revient du passé. Se voulant pop et geek, la campagne repose sur le teasing d’un self-tweet, à moins que ce soit Auguste qui lève son pouce face à Octave. Toujours est-il que le spectre du « like » se présente explicitement ici comme le doigt levé dans l’arène.
Sur la façade aérienne du Grand Palais, la fantasmagorie delavienne s’élève en écho avec cette campagne souterraine. Elle fait scintiller les enjeux encryptés dans les surfaces et révélés, non par quelque magie de la profondeur, mais par les vertus plastiques d’un tremblement ou d’un rapt des images : le Grand Palais célèbre la Puissance comme une « réserve » (Louis Marin) de sens multiples dont l’une des interprétations pourrait s’actualiser – ici et maintenant en 2014 – sous le nom provisoire de la « crise ».
Ictus plastiques et ectoplasmes
La crise est l’hypertrophie du choc. La fantasmagorie est la traduction esthétique du choc. Le vertige psychique du « mensonge urbain » devient ainsi avec Pierre Delavie la version plastique du fantôme de l’Histoire.
Et revoici Benjamin à nouveau, notre Ange de la nouveauté :
Une toute nouvelle pauvreté s’est abattue sur les hommes avec ce déploiement monstrueux de la technique. Et l’envers de cette pauvreté, c’est la richesse oppressante d’idées qui filtrent chez les gens – ou plutôt qui s’emparent d’eux – à travers le réveil de l’astrologie et de la sagesse yoga, de la christian science et de la chiromancie, du végétalisme et de la gnose, de la scholastique et du spiritisme. Car ce n’est pas un véritable réveil qui se produit, mais une galvanisation.
Dans le contexte de l’hémorragie financière et des économies exsangues, la fantasmagorie retrouve pleinement ici sa valeur benjaminienne de liquidation, de dynamitage, de déconstruction salutaire. Pierre Delavie nous montre ainsi que le rapt est avant tout un processus « galvanisateur » : c’est une émotion électrique au cœur de la Machine. Ghost in the shell…
Dialectique de la splendeur et de la décadence, du haut et des bas, du vrai et du faux, du vivant et du pétrifié, le montage photographique tente de fixer le mouvement du temps et de l’histoire dans les trémulations de la pierre dressée. Le « rapt » du Grand Palais peut ainsi se lire comme la fantasmagorie de la « Puissance » en crise.
Olivier Aïm
Maître de conférences au CELSA

Culture

#MuseumWeek

Depuis lundi et pour une semaine, les musées européens ont entamé la #MuseumWeek en partenariat avec Twitter. Déjà présents sur la plupart des réseaux sociaux, le Centres Pompidou, le Tate londonienne, le Museo del Prado et quelques 600 autres musées d’Europe se sont donc donnés pour objectif de repenser l’expérience muséale grâce à une nouvelle stratégie de community management résolument tournée vers le social media. C’est sur Twitter, Mecque de l’instantanéité et du partage d’actualités, qu’ils ont choisi de donner rendez-vous au grand public.
Chaque jour, les musées participants se sont donc accordés sur un mot clé indiquant une thématique à suivre pour leurs publications ; c’est ainsi qu’ils on tour à tour proposé à leurs followers de découvrir les #CoulissesMW de leur musée préféré en publiant des photos de lieux ou d’oeuvres dont l’accès est normalement interdit au public, suivi d’une journée #QuizzMW,ou encore d’une journée dédiée aux œuvres coup de cœur #LoveMW. Une manière intéressante de changer du contenu habituel de leurs publications qui se cantonne souvent à de simples informations sur les expositions à venir.
Il s’agit donc d’une initiative qui permet aux nombreux musées participants de dépoussiérer leur image grâce à une stratégie social media proactive qui bouscule quelque peu les usages, puisque ce n’est plus ici le public qui va au musée mais bien le musée qui vient à la rencontre du public. Derrière cette stratégie donc, une volonté de proposer une expérience muséale toujours plus interactive mais aussi de gagner en visibilité et se rapprocher d’une cible jeune et connectée qui représente aujourd’hui une grande partie de leurs visiteurs.
Amandine Verdier
Sources
Le Monde

Culture

The Creation of Youth

Cette semaine a eu lieu la projection du film « Teenage » à la Gaité Lyrique sur l’histoire des sous-cultures adolescentes du XXe siècle. Je suis allé voir ce film qui fait suite à l’essai passionnant de Jon Savage Teenage : The Creation of Youth.
La semaine dernière encore, les lyrics des rappeurs U.S vibraient sur des rythmes de trap musique sur-vitaminé. Les jeunes parisiennes se déhanchaient sur les morceaux gangsta de Compton mixé par Brodinsky. Étrange. Et là encore, elles ne pouvaient pas être sérieuses, j’essayais de voir en elles des versions féminines de Chief Keef mais en vain.
Le fait est qu’on le retrouve partout, ce concept d’ironie qui semble coller à la jeunesse des 10 dernières années. Les sous-cultures ne durent plus et les NTIC semblent être devenue l’instrument du doute identitaire de la jeunesse. Les sous modes se propagent vites sur la toile, ce qui était subversif hier est vite ringard demain. Pas étonnant que les hipsters ne se considèrent plus comme tel. On est nous même mais pas trop non plus. Alors, difficile en 2014 de porter des convictions sur internet. Comme si la grande diffusion de nos opinions nous forçait à une distanciation de soi.
Le normcore, qu’il soit fanatise des médias jeunes ou réalité sociale, vient signaler un malaise de notre jeunesse. Il semble qu’il faille à tout prix disparaître, se fondre dans une masse indifférenciée. Alors, au regard de cette semaine, je vous demande ce qui restera de notre jeunesse ?
Arnaud Faure
Sources :
Libération
Gaité Lyrique
Jon Savage The Creation of Youth, Viking Books, 2007
Crédit: Steven Martin depuis leTeenage Flick’r group. Photo prise à Pompano Beach FL, USA 1993

Danemark
Culture

Design, danois, decoflame

 
Børge Mogensen et Hans Wegner, dont nous fêtons cette année le centenaire, sont des figures emblématiques du design danois. Ayant tous deux suivi une formation en ébénisterie, ils ne manquent pas de mettre à l’honneur leur matière préférée dans leurs créations. Leur définition du design imprègne encore aujourd’hui la discipline : un mobilier en bois brut ou huilé, aux contours arrondis ; une recherche de confort.
Sobre et fonctionnel, tels sont les mots d’ordre. La Maison du Danemark leur a rendu hommage ce week-end (8 et 9 mars 2014). Un appartement éphémère scénographié par Pernille Picherit a été aménagé pour l’occasion. Cent cinquante produits issus de vingt-trois grandes marques danoises ont ainsi été exposés. Un « Ikea culturel », persiflent les plus cyniques, car l’originalité n’est pas au rendez-vous. Le caractère consensuel de l’exposition s’explique par une visée plus marketing qu’artistique. Il s’agissait pour ces marques d’accroître leur visibilité sur le marché français auprès d’un public d’avertis.
À la croisée du culturel et du marketing, cet événement témoigne des relations d’interdépendance qu’entretiennent ces deux secteurs.
 
Miléna Sintic

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Equipe féminine de football
Culture

Le sport féminin : un combat perdu d'avance ?

 
Nous avons encore tous en tête ces magnifiques commentaires de Philippe Candeloro pendant les Jeux Olympiques de Sotchi : « Je connais un anaconda qui serait bien allé embêter cette Cléopâtre canadienne »,  « Vous pourrez lui dire que c’est pas la seule à être excitée, elle a un joli sourire cette patineuse »,  « Elle a des airs de Monica Bellucci, avec un peu moins de poitrine mais bon… ».
Blagues lourdes comme celle de l’oncle un peu éméché aux repas de famille ou propos sexistes ? La question est difficile à trancher, mais elle a le mérite de reposer une question extrêmement importante : celle de la place du sport féminin à la télévision.
La ligne de défense France Télévisions
Philippe Candeloro n’en démord pas et le président de France Télévisions non plus : ce ne sont pas des propos sexistes car le patinage artistique se juge aussi sur le physique. Le président ajoute : on aime Candeloro justement parce qu’il est drôle même si pas toujours politiquement correct. Philippe Candeloro affirme lui-même ne jamais donner dans le « trash ».
Bizarrement, par contre, les propos relevant du physique concernent toujours les femmes. Pourtant et, jusqu’à preuve du contraire, dans le patinage artistique, il y a aussi des hommes. Mais leur physique semble avoir moins d’importance.
Un certain regard sur le sport féminin
Ce qui est en cause avant d’arriver à des raisons toutes matérielles c’est le regard des gens sur le sport féminin. Qu’ils soient directeurs des programmes, commentateurs ou simples téléspectateurs, le regard des hommes sur le sport féminin n’est souvent pas un regard bienveillant. On se souvient encore des propos de Jean-Michel Aulas, président du club de football lyonnais, qui affirmait que les femmes devaient retourner à leurs casseroles, avant de s’occuper de football. Pourtant, l’équipe féminine lyonnaise est l’une des meilleures de France.
Les performances sont là, la plupart du temps, mais peinent à changer ce regard dévalorisant sur le sport féminin, qui est plus ou moins révélateur du regard porté sur la femme en règle générale. On regarde le sport féminin différemment, on compare les performances à leurs homologues masculins, on juge leur physique beaucoup plus qu’on ne juge celui des hommes. Et puis, surtout, les femmes trouvent leur place à la télévision dans des sports qui sont dits « adaptés » pour elles : danse, gymnastique, patinage… Pour ce qui est du football, milieu malheureusement machiste par excellence, les femmes peinent encore à trouver leur place, malgré de très bonnes performances du football féminin français au niveau européen.
Le regard est sûrement la chose la plus difficile à faire évoluer, et la diffusion du sport féminin sur les chaînes publiques serait peut-être un bon moyen de le faire. Mais là aussi, les obstacles sont nombreux.
La diffusion sur les chaînes publiques : mission impossible ?
Il faut toutefois faire attention à ne pas peindre un tableau trop sombre. Pendant Roland Garros ou les Jeux Olympiques, le sport féminin trouve une bonne place sur France 2 et France 3. La natation par exemple, grâce aux performances de Laure Manaudou et des nouveaux talents de l’équipe de France comme Camille Muffat, fait de bonnes audiences. C’est le cas aussi pour l’athlétisme. Enfin, la finale féminine de Roland Garros ne démérite pas au niveau de l’audience par rapport à la finale masculine.
Mais ce sont ici des exemples de sport réputés « adaptés » aux femmes et pendant des événements sportifs spécifiques. Quand il s’agit de football ou de rugby, beaucoup de barrières se dressent. La première raison invoquée par les chaînes est souvent le manque d’audience, mais certains chiffres tendent à prouver le contraire. Lorsque D8 diffuse la demi-finale de la Coupe du monde 2011, elle réalise un des plus beaux scores de la TNT avec 2,8 millions de téléspectateurs. Les rencontres de rugby féminin font des audiences assurément correctes sur France 4 avec une montée en puissance pour des évènements comme la Coupe de France.
Quelle est la raison alors si ce n’est pas le manque d’audience ? Peut-être est-ce le manque d’audace. Eurosport s’est positionné sur ce marché tout comme Sport + qui diffuse, par exemple, du handball féminin (autre sport où les femmes s’en sortent extrêmement bien, mais les grands médias nationaux ne parlent pas, par exemple, de la coupe du monde féminine. Mais ces deux chaînes sont pour l’instant assez seules. La prise de risque est difficile dans le monde de la télévision car elle se solde souvent par une sanction au niveau des audiences et donc au niveau de l’achat de temps publicitaire par les annonceurs.
Le CSA a tenté d’apporter sa pierre à l’édifice en organisant le 1er février la Journée internationale du sport féminin. La mesure était incitative, les chaînes qui ont décidé de ne pas prendre part à cet événement n’ont pas été sanctionnées. L’idée fait alors son chemin dans la presse nationale et au sein des directions de chaînes. Profitons de la proximité avec la Journée de la femme pour dire avec le sourire : messieurs, ayez un peu d’audace !
 
Paola Paci
Sources
LePoint
LeMonde
LeNouvelObservateur
LeMonde
Crédits photos : Bertrand Guay / AFP

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Culture

Aux anonymes la patrie reconnaissante : le Panthéon revisité par l’artiste JR.

 
L’un des monuments les plus célèbres de la capitale est actuellement au cœur de l’actualité du pays : si le président a annoncé le vendredi 21 février que les cendres de quatre figures de la Seconde Guerre Mondiale seraient transférées au Panthéon en 2015, une autre déclaration a fait parler du Panthéon. En effet, le Centre des monuments nationaux (CMN) a déclaré le 24 février que l’artiste de street-art JR allait orner le dôme d’une œuvre d’art.
Le président du CMN, Philippe Bélaval, a ainsi préféré l’art à la communication publicitaire : « Pour la première fois, les bâches d’un chantier d’un monument national deviendront le support d’une création artistique contemporaine, et non celui d’une campagne publicitaire lucrative » a déclaré le CMN. Ouf, les Parisiens peuvent respirer : ils ne verront donc pas de bâche Apple sur cet emblème national qu’est le Panthéon.
Le projet semble avoir tout pour plaire. C’est avant tout un dispositif participatif : dans le cadre du travail de JR intitulé « Inside Out », un camion va circuler dans toute la France pour prendre en photo ceux qui le voudront. On peut aussi envoyer son portrait via Internet sur un site dédié.

Ajoutons que le projet « Au Panthéon » témoigne d’une volonté plus large d’améliorer l’attractivité du lieu, ambition définie dans le rapport de Philippe Bélaval intitulé « Pour faire entrer le peuple au Panthéon ». Orner le dôme en travaux d’une œuvre d’art est également une manière de communiquer sur les valeurs républicaines dont le lieu est chargé. On voit bien en effet toute la portée symbolique de ce geste qui consiste à s’approprier le Temple et davantage, à y faire une entrée éphémère au côté des « hommes illustres ».
La bâche doit être inaugurée le 22 avril. L’opération, dont les internautes pourront suivre l’avancement sur Twitter (#AuPanthéon), saura-t-elle donner un nouveau souffle au monument, mal aimé des touristes ?
Lucie Detrain
Sources :
Au-pantheon.fr
Paris.fr

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Connasse
Culture

“Connasse” : vipère à point

 
Court, simple, efficace.
Et entre guillemets, puisque c’est ainsi que les autres l’appellent : dans la rue, dans les cafés, dans les taxis et tout autre lieu où elle tente d’étendre son territoire. A l’origine, “connasse” est le dérivé féminin de “connard”, provenant à son tour de “conneau-connaud” : triple idiot. Mais, bien vite, ce n’est plus un manque de vivacité intellectuelle que l’on désigne par ce terme mais un comportement sociétal répréhensible, une attitude irrespectueuse, choquante. Et c’est à son paroxysme que l’actrice Camille Cottin pousse le sens de cette définition.
Il faut avouer qu’elle était faite pour cela : mince, lookée, le visage dur ; elle a bel et bien la tête de l’emploi tant sur les formes que sur le fond (pas que de teint). Coutumière du monde des arts dramatiques puisque fille d’une directrice de théâtre à Londres, Camille Cottin maîtrise ainsi le jeu (de l’acteur) et, cartes sur table, gagne le jackpot lors du casting “Connasse” de Canal +. De là, s’en suit une montée des marches éclair, phénomène déjà répété sur la chaîne lorsque ses formats courts savent allier qualité et intelligence communicationnelle (Kyan Khojandi, avec sa série Bref, demeure l’un des meilleurs exemples de l’incroyable ascension d’un comédien grâce à la diffusion d’un format réduit au Grand Journal). Ses vidéos sont d’abord diffusées au Before du Grand Journal et obtiennent leur succès. Un échange est ensuite effectué entre le programme “Pendant ce temps” du Studio Bagel (de qualité, pourtant) et “Connasse” au Grand Journal où les vidéos sont désormais non seulement rediffusées à une heure de grande écoute (Canal + reste un des leaders de cette case horaire) mais déchaînent également les clics sur Youtube (déjà plus de 10 millions de vues sur la chaîne).
Il faut dire que la formule partait gagnante. Les punchlines sont de plus en plus prisées et recherchées aujourd’hui dans les médias, alliant non seulement provocation – et donc potentiellement buzz – mais également format court, regardable de multiples fois et aisément, à la chaîne. « Connasse » rappelle par exemple les snipers d’émissions en direct, tels que Fabrice Eboué dans l’émission « T’empêches tout le monde de dormir » ou Baffie aux côtés d’Ardisson.
De plus, le programme allie deux constructions ingénieuses de la caméra cachée : le scénario – il faut évidemment que certaines blagues soient préméditées pour s’assurer de leur qualité, mais également mettre en scène des situations afin d’en engendrer d’autres – et l’improvisation, car, et c’est bien là tout l’intérêt d’une caméra cachée, la part d’imprévisible en demeure le point le plus intéressant, surtout quand l’actrice sait y faire.
La “Connasse” ne révolutionne pas non plus la télévision : une vague réminiscence des vidéos de Lafesse s’opère curieusement, ces dernières plus exemplaires en ce qu’elles étaient totalement improvisées et peut-être moins dérangeantes car placées sous le ton exclusif de l’humour (et de l’attitude sympathique du comédien). Pour le côté “franc du collier” et un peu dérangeant, le style “interview de Mezrahi” nous revient également vite en mémoire. En somme, une combinaison de deux recettes passées gagnantes pour un succès assuré…

Mais – car il y en a toujours un – l’efficacité du programme reste discutable.
Tout d’abord, évidemment, pour ce qui est du risque majeur de la caméra cachée : le succès. Faisant parler d’elle, l’actrice ne risque peut-être pas sa place – ce genre de programme implicitement éponyme se construit à partir d’une figure fixe – mais son émission. Comment continuer à être efficace là où tout le monde peut potentiellement vous reconnaître ? Soit ce programme doit dès aujourd’hui chercher une alternative pour ne pas se laisser rattraper par sa propre réussite, soit il se condamne consciemment et volontairement à ne durer qu’un temps (et quel dommage !).
L’émission réinterroge également une énième fois le « politiquement correct ». Il faut y aller “à fond” dans la garicitude comme l’explique Camille Cottin, exposer clairement son attitude scandaleuse aux autres et tendre vers un extrême qui ne prête pas à confusion, éviter une demi-mesure qui pourrait conduire à des situations quelque peu embarrassantes. Mais ces comportements, lorsqu’ils tendent à l’irrespect et risquent de heurter les autres, posent problème. Quand, au cours d’un speed dating, la Connasse dit au garçon qui tente de lancer une conversation avec elle « T’étais roux quand t’étais petit ? C’est pour ça que quand t’arrives, y’a un air de victime ! », on est certes amusés mais non moins gênés. Et pourtant, on regarde. Toujours ce plaisir de l’obscène et du voyeurisme au sein des médias qui vient nous rattraper. On n’acquiesce certes pas systématiquement, mais on ne peut se résoudre à ne pas voir. L’émission joue malicieusement sur ce paradoxe dérangeant-attirant, et à cela, nous faut-il applaudir ?

Le politiquement correct est une expression terriblement compliquée et dangereuse à employer car elle représente tout ce que l’on cherche à éviter pour faire venir l’audience. Peut-être le correct dans ce genre d’émission est-il précisément ce qui serait ne pas censé l’être ? Compliqué paradoxe.
Cette émission, elle, a au moins le mérite de nous faire rire. Mais de la télévision ou du personnage de Camille Cottin, laquelle est réellement la plus “Connasse” ?…
 
Chloé Letourneur
Sources :
Atilf.fr
La chaine Youtube Connasse
Liberation.fr
Youtube.com : Lafesse
Crédits photos :
© Jeff Lanet

Culture

RIsing star : la social tv sur le devant de la scène

 
M6 avance ses pions sur le grand échiquier des programmes TV. Dans quelques mois, la chaîne lancera « Rising Star », un télé-crochet nouvelle génération. Pour espérer rivaliser avec The Voice et TF1 – dont la saison 3 cartonne actuellement – M6 mise sur un programme totalement interactif, qui marquera peut-être une vraie révolution dans l’ère de la social TV.
 « Le premier concours de chant 100% interactif »
Star Academy, X Factor ou la Nouvelle Star… on ne compte désormais plus les émissions musicales du genre passées à la trappe ou reléguées au second plan. Pourtant, avec Rising Star, l’adaptation directe d’un concept israélien à gros succès, M6 veut marquer les esprits. Plus qu’un simple talent show aux codes vus et revus, l’émission se présente comme un spectacle musical où le téléspectateur est roi.
Bien loin des fauteuils rouges qu’il faut retourner, les candidats – en solo ou en groupe – se présenteront devant un immense mur digital, symbole des téléspectateurs. Ce sont ces derniers, devant leur poste et via une application dédiée, qui décideront si oui ou non le chanteur mérite que le mur se lève et laisse apparaître un vrai public et le jury, dont le rôle sera a priori moins décisif qu’à l’accoutumée. Les rumeurs vont d’ailleurs bon train sur la composition de celui-ci : M.Pokora, Linda Lemay, Cathy Guetta ou encore – et c’est plus surprenant – Lenny Kravitz, seraient pressentis.
Un vote gratuit et immédiat
Ce concept d’interactivité totale avec les téléspectateurs va de pair avec l’idée d’un vote gratuit et immédiat. Dans la continuité d’une retransmission en direct des tweets, le téléspectateur pourra donner son avis en temps réel et aura, par là même, la chance de voir apparaître son visage – du moins sa photo de profil Facebook – sur le fameux mur digital.
Les appels et SMS surtaxés ainsi que les longues minutes de remplissage des animateurs dans l’attente des résultats ne seront plus qu’un lointain souvenir. M6 veut réussir un tour de force conséquent : faire que chacun devienne acteur de l’émission et, de fait, cultive un sentiment de quasi appartenance au spectacle. Grâce au lourd dispositif technique mis en place par la chaîne, tout un chacun pourra, depuis son canapé, laisser aller sa spontanéité et se sentir influent sur le cours du télé-crochet en question. Le second écran qu’est le smartphone ou la tablette tactile, fondateur de la notion de social TV, n’apparaît plus ici comme un simple accessoire éventuel, mais bel et bien comme un facteur nécessaire au déroulement de l’émission. « Sans le second écran, pas de show », commentait d’ailleurs le PDG de la maison de production du programme israélien.

Vers une révolution des pratiques télévisuelles ?
L’avènement des réseaux sociaux, et notamment de Twitter, a doublement impacté les programmes de divertissement à la télévision. D’un premier côté, les téléspectateurs ne se contentent plus de regarder, ils commentent et réagissent en direct. De l’autre, et dans un système de cause à effet, les producteurs se lancent dans une course aux tweets effrénée où générer du discours devient un objectif à part entière. De plus en plus, certains tweets, soigneusement sélectionnés, apparaissent à l’écran pour amplifier cette idée d’interactivité, si chère aux téléspectateurs actuels.
C’est en cela que Rising Star s’avère être incroyablement dans l’air du temps. Mais plus encore, le prochain programme d’M6  pourrait marquer un réel tournant, voire une révolution, dans les pratiques télévisuelles. Pour la première fois, et grâce à Internet, le téléspectateur est placé au centre d’une émission. Cette valorisation du plus grand nombre pourrait bien devenir, à terme, une constante des divertissements et s’imposer comme un facteur de réussite. En Israël, le programme rassemblait chaque semaine près de 50% de parts de marché.
Il semblerait que M6 veuille s’imposer comme le précurseur français de cette social TV dernière génération puisque la chaîne lancera début mars en prime time « Qu’est-ce que je sais vraiment ? », un quizz télévisé présenté par Stéphane Plaza et Karine Lemarchand, dont la singularité est de faire participer les téléspectateurs depuis leur second écran.
 
Céline MALE
Sources
Metronews
L’express
M6
Télérama
Sourcephoto

can't remember to forget you shakira rihanna
Culture

Shakira & Rihanna : quand chanson rime avec provocation

 
Alors que nous sommes emmitouflés dans nos manteaux, écharpes et bonnets, Rihanna et Shakira nous réchauffent avec leur duo muy caliente, Can’t Remember To Forget You. Se hissant au sommet des charts dans plus de 30 pays, le duo est un véritable succès commercial. Si les paroles et la musique de la chanson n’ont rien de sulfureux (il s’agit d’une histoire d’amour tumultueuse entre un homme et une femme), le vidéo-clip qui accompagne le titre fait l’objet de nombreuses polémiques à travers le monde. Qualifié de choquant et dérangeant par la presse, il a cependant été visionné près de 100 millions de fois sur Youtube en seulement 10 jours. Provoquer serait-il devenu synonyme de communiquer ?

Shakira n’avait pas sorti d’album depuis maintenant trois ans, préférant se consacrer à son fils et son mari. Elle revient aujourd’hui aux côtés d’une autre machine à tubes, Rihanna. Le 13 janvier dernier, les deux chanteuses ont dévoilé Can’t Remember To Forget You, titre qu’elles qualifient comme un cocktail « de pop-rock et de ska » tandis que les critiques musicaux le définissent surtout comme un mélange improbable de sonorités. Même les fans de Shakira se disent déçus par la chanson et surtout par la performance de Rihanna. Reine du scandale, cette dernière ternirait l’image de l’artiste colombienne. En effet, Rihanna a pour habitude d’utiliser la provocation comme stratégie de communication – on peut notamment penser au succès des clips de S&M mettant en scène des pratiques sadomasochistes ou de We Found Love, où la chanteuse se drogue et se mutile. Shakira, elle, communique tout autrement. Mère de famille exemplaire, égérie de la marque de dentifrice Colgate, interprète de l’hymne officiel de la Coupe du Monde de Football en Afrique du Sud et défenseure des droits des enfants en Amérique Latine, Shakira adopte une stratégie de communication autour de son mode de vie sain. Dans le vidéo-clip de Can’t Remember To Forget You, la chanteuse a choisi d’utiliser une toute autre méthode pour communiquer : la provocation.
Le clip, réalisé par Joseph Kahn, met en scène les deux chanteuses, très légèrement vêtues, dans des situations plutôt ambiguës. La vidéo ne raconte pas d’histoire, il s’agit d’une succession d’images montrant Shakira et Rihanna, plus sexy que jamais, s’enlaçant, se déhanchant contre un mur et se caressant sur un lit. Néanmoins, afin de donner à la vidéo une dimension musicale (il s’agit tout de même de promouvoir une chanson), le réalisateur a mêlé à toutes ces images sensuelles, une scène semblant sortir de nulle part, où Shakira joue de la guitare. Choqué par le caractère érotique de la vidéo, le conseiller de la Famille de Colombie, Marco Fidel Ramirez, s’est mis en tête d’interdire sa diffusion. Il a particulièrement insisté sur le fait que les étreintes des deux chanteuses encourageaient l’homosexualité, ce qui lui semble intolérable – il faut rappeler que l’État colombien s’est formellement opposé au projet de loi pour l’instauration du mariage entre personnes du même sexe. Marco Fidel Ramirez a par ailleurs déclaré que Shakira donnait un « exemple pitoyable à la jeunesse du pays ». Toute cette polémique questionne les limites et la pertinence de cette stratégie de communication. Pour des artistes maintstream comme Rihanna ou Shakira, provoquer peut s’avérer être un jeu dangereux. On peut notamment penser que si l’État colombien venait à censurer la clip de Can’t Remember To Forget You, d’autres mesures pourraient être prises comme l’annulation des concerts de Shakira dans le pays. Cela représenterait un manque à gagner pour la star et surtout pour sa maison de disques. A trop vouloir être caliente, Shakira pourrait se brûler…
 
Lisa Brunet
Sources :
chartsinfrance.net
Crédits photos :
huffpost.com
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