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Politique

Le débat réenchanté ?

« La politique c’est du jargon déclamé à longueur d’ondes par des clones encravatés »
« Nous voulons du contenu, des idées, des échanges exigeants »
Deux émetteurs différents pour un même message. Les jeunes youtubeurs à l’origine de la chaîne Osons Causer; et les moins jeunes signataires du manifeste lancé par le collectif Notre Primaire, semblent s’accorder sur un point : le débat politique doit être dépoussiéré dans sa forme, et reconquis dans ses idées.
Osons Causer et Notre Primaire : deux exemples de réenchantement du débat politique
D’un côté, il y a Osons Causer : une chaîne YouTube créée par trois étudiants aux valeurs « humanistes, émancipatrices et tout ce que tu veux », comptant près de 32 000 abonnés. Son ambition est d’aborder les sujets « chauds » d’actualité politique à travers des éclaircissements philosophiques, sociologiques et économiques – en somme éveiller l’esprit critique. Partant du constat sans équivoque: « la politique, c’est chiant », le jargon administratif et la langue de bois sont d’emblée pointés du doigt et mis au rebut. Le projet est de revenir aux fondements d’une démocratie vraie, basée sur un langage compréhensible par tous, un « blabla d’intérêt général ». Autrement dit, l’initiative réside en priorité dans la réactivation de la parole politique, avant toute action politique.

De l’autre, il y l’initiative de gauche Notre Primaire. Politiques (Daniel Cohn Bendit en tête) – mais aussi écrivains, sociologues et philosophes (Raphaël Glucksmann), sémiologues, cinéastes, syndicalistes – signent un manifeste pour une primaire à gauche en prévision de 2017. Mais ils ne se contentent pas de signer : une tournée de rencontres à travers le pays est organisée afin de redonner au débat une place centrale dans le processus de décision démocratique. Le site reprend les codes d’un blog où de nombreux signataires publient des tribunes et des articles qui, souvent, soulignent l’urgence d’agir et les lignes directrices d’un potentiel futur programme présidentiel. Il s’agit de « débloquer le débat » pour débloquer la vie politique française actuelle. Le succès de Notre Primaire n’est cependant pas garanti (on compte un peu plus de 78.000 signataires, loin des 150.000 attendus).
Il reste que nous sommes face à deux formes de réactivation démocratique : une qui s’adresse au peuple en quête de sens, l’autre au peuple en quête de renouveau électoral.

L’agora citoyenne renouvelée…
Les deux communautés ne sont donc pas de même nature (ou de même génération) – l’une s’inscrivant dans une tendance plus générale à l’expression libre sur les plateformes telles que YouTube et l’autre ayant une visée politique davantage orientée. Elles se sont néanmoins crées suite à un constat commun: la nécessité presque vitale d’une reconfiguration de la parole et de l’action politique. Il s’agit de « réenchanter » la pratique du débat pour lutter contre le « désenchantement » de la population vis-à-vis de la politique.
Ainsi on retrouve la même volonté de replacer le débat au service de l’intérêt public. Le postulat de départ est la constatation d’un manque total de confiance non pas envers la politique mais envers ceux qui l’exercent. Plus précisément, il traduit la lassitude que beaucoup ressentent face à l’état du débat actuel – dans les médias et sur les réseaux sociaux. En effet, à trop se prêter au jeu de l’infotainment ou à celui de Twitter, les acteurs politiques semblent négliger leur mission – car les nouvelles formes de communication ne laissent pas la place à l’explication, à la pédagogie, à la persuasion, détruites par les clashs à répétitions et les « petites phrases ».

Force est cependant de constater que ce modèle de communication politique basé sur l’immédiateté et l’omniprésence médiatique n’est pas prêt de disparaître. Alors, qui mieux que le peuple pour rallumer la flamme des débats politiques français ? Qui mieux que les citoyens, sur une chaîne YouTube ou lors des rencontres de Notre Primaire, pour remédier à cette inefficacité et à cette stagnation technocratique – grâce à la parole ?
L’espace public s’est « virtualisé » et crée une sorte d’agora 2.0, comme le dit Michel Serres. L’auteur, dans Petite Poucette, évoque la possibilité grâce au numérique de passer à une société « liquide », où les citoyens – s’émancipant de plus en plus des carcans établis par l’Etat – auraient chacun leur mot à dire, leur responsabilité à prendre.
Notre Primaire ayant lancé son initiative par une campagne digitale, avec le hashtag #NotrePrimaire et la publication du manifeste sur un site web dédié publiée sur Libération, et Osons Causer se coulant dans les usages les plus actuels du Web (se filmer « à la manière d’un Norman ou d’un Cyprien ») ; il est clair que ces deux initiatives s’inscrivent dans une logique de reconquête d’un débat citoyen par le biais du numérique et du Web, de réinvestissement de l’espace public par la diffusion d’une parole éclairée.

… au service d’une démocratie participative enclenchée ?
Outre l’utilisation commune du « nous » dans leurs dénominations respectives, les discours d’Osons Causer et de Notre Primaire frappent par leurs similitudes, malgré l’écart générationnel qui s’opère entre eux :
« Quand les dégoutés s’en vont, il ne reste que les dégoutants. Si le peuple se retire des affaires politiques, des véreux de toutes sortes se feront un plaisir de « gérer » pour eux et d’organiser notre dépossession. » (Osons Causer)
« Il n’y a pas de fatalité à l’impuissance politique. La France est riche de son énergie vitale et de ses talents qui aspirent à forger un avenir bienveillant » (Notre Primaire).
Des balbutiements de la démocratie participative lancée par Ségolène Royal dans sa campagne de 2007 à ces nouvelles initiatives, on voit bien que la quête est la même à travers les générations : le symbole de 68 Daniel Cohn-Bendit et les jeunes youtubeurs ont soif d’un débat qui donnerait au peuple l’envie et les moyens de se réengager.
Faustine Faure
@FaustineFaure
Sources :
Libération, “Débloquez le débat!”, 25/01/2016
Streetpress, Le petit buzz d’Osons Causer, la chaîne Youtube qui parle politique, Lucas Chedeville, 5/02/2016#

Accueil

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Chaîne Youtube d’Osons Causer 
Télérama, Les Youtubeurs de gauche mènent la contre-attaque, Erwan Desplanques, 15/02/2016 
Crédits photos :

Twitter
Youtube
http://archi.last-cry.com/dessin/?attachment_id=160
http://www.vie-publique.fr/focus/referendum-initiative-partagee-definitivement-adopte.html
 

Politique

Rohani: persona non grata ?

Il est des rencontres au sommet qui engendrent à la fois malaise généralisé et indignation transfrontalière. La visite officielle du Président iranien Hassan Rohani en Italie puis en France du 25 au 28 janvier aura marqué les esprits, tant l’opposition au régime des mollahs a été intense. Retour sur les principaux points de crispation et les débats soulevés par un voyage qui devait initialement profiter l’ouverture économique de l’Iran afin de signer de juteux contrats pour les industriels Européens.
Malaise dans la communication interculturelle
Le bal des couacs politiques et diplomatiques a été ouvert à Rome, lorsque les autorités italiennes ont décidé d’enfermer d’inestimables statues antiques féminines dénudées du Musée du Capitole dans des boîtes. Cette véritable « opération de com‘ » avait pour but de ne surtout pas bouleverser les habitudes visuelles et artistiques du Président iranien. Bien entendu, les réactions ont été immédiates et sans appel : des figures de l’opposition italienne au Ministre de la Culture Dario Franceschini, la mesure a été jugée « incompréhensible » et d’ « une totale idiotie et un sacrilège culturel », dixit Francesco Rutelli, ancien maire de Rome et ministre de la Culture. Plus dur encore, Luca Squeri, député du parti de droite Forza Italia, estime que « respecter les autres cultures, cela ne veut pas dire renier la nôtre ». Comme quoi, entre bienveillance diplomatique et raté interculturel, il n’y a qu’un pas.

Mises en scène macabres pour le respect des droits de l’Homme

Dès son arrivé à Paris, Hassan Rohani a du essuyer les plus vives critiques, tant de la société civile que de la classe politique. Principal sujet d’indignation en France : le non-respect des droits de l’Homme en Iran et la recrudescence des violations des libertés individuelles élémentaires. Pour protester contre la venue de Rohani et montrer leur dégoût, plusieurs centaines de personnes ont manifesté dans la capitale, place Denfert-Rochereau. Au delà des clivages partisans et des opinions individuelles, il convient de souligner l’ingéniosité et l’originalité des opposants à mettre en scène leur mécontentement. Dans une remorque spécialement conçue à cet effet, plusieurs personnes, toutes de jaune vêtues, paradaient la corde au cou, pour symboliser l’augmentation du nombre d’exécutions depuis l’arrivée au pouvoir de Hassan Rohani. A ce cortège pour le moins hétéroclite se sont joints plusieurs représentants charismatiques venus lutter contre la présence de Rohani dans le Pays des Droits de l’Homme : parmi eux, l’avocat Henri Leclerc, ex-président de la Ligue française pour la défense des droits de l’Homme et du Citoyen, l’ancienne secrétaire d’Etat Rama Yade ou encore le député européen d’EELV, José Bové.

De leur côté, les Femen, fidèles à leur réputation sulfureuse, ont mis en scène la fausse pendaison d’une militante sous un pont près de la Tour Eiffel mercredi 27 janvier, à l’occasion du passage du convoi du Président iranien dans les rues de la capitale. Connu pour ses opérations provocantes, le groupe d’activistes féministes s’en est donné à cœur joie pour dénoncer ces pratiques d’exécution moyenâgeuses. Pour parfaire cette esthétisation de la mise à mort, les Femen ont ajouté à leur scène de théâtre éphémère une large banderole professant : « Bienvenue Rohani, bourreau de la liberté ». Enfin, Inna Schevchenko, la leader du mouvement, a publié sur son compte Twitter : « We just wanted #Rouhani to feel like home #paris #iran #femen #freedom » (« Nous souhaitions simplement que Rohani se sente comme chez lui »).

La colère de la classe politique
Au delà d’une contestation sociale internationale, l’objectif de ces mobilisations hétérogènes était d’inciter François Hollande à aborder avec son homologue iranien les épineuses questions des libertés individuelles, de culte, d’orientation sexuelle ou encore des libertés de la presse, afin d’infléchir une situation jugée calamiteuse par les organismes internationaux. Dans son rapport annuel sur la situation du pays, Amnesty International dénonce, entre autre, des cas de torture, des procès inéquitables ou encore des discriminations ethniques ou religieuses en constante augmentation dans le pays.

Et la classe politique n’est pas en reste de ces contestations publiques. 65 parlementaires se sont emparés de leur plume afin de dénoncer publiquement, dans une lettre ouverte à François Hollande, l’accueil en grande pompe de Hassan Rohani. Il est ironique de constater que le Président iranien a réussi à faire s’entendre des députés issus de la majorité et des rangs de l’opposition, bien malgré lui. La lettre commence par un flamboyant « La théocratie iranienne est l’un des régimes les plus liberticides de la planète ». De quoi interpeller à la fois le Président de la République Française, mais aussi (et surtout ?) les citoyens français dans leur ensemble. Dans le contexte de prolongation de l’état d’urgence et d’une défiance d’une partie de la population face à une diminution des libertés individuelles depuis les attentats de novembre, la venue de Rohani était l’occasion idéale pour ces parlementaires de défendre leur conception de l’état de droit.
Un mal pour un bien ?
Si la visite diplomatique en Europe de Hassan Rohani a provoqué un mouvement d’indignation repris à la fois par les associations internationales, les membres de la société civile et les politiques, il ne faut cependant pas oublier que celle-ci avait avant tout un but purement économique. Les plus grands groupes industriels français, Airbus, Bouygues et Total en tête, ont largement bénéficié de cette venue quasi providentielle. La France se retrouve donc une nouvelle fois dans l’impasse : favoriser son développement économique ralenti par la crise, ou rester fidèle à ses idéaux séculaires ?
La force de la mobilisation contestataire

Des manifestations militantes, des simulacres de pendaisons, des parlementaires et des associations en colère… et pourtant, on ne peut que constater un traitement médiatique relativement mesuré de cette visite historique. En effet, malgré quelques levées de boucliers sur Twitter et certains articles accusateurs, ce sont en premier lieu les expressions physiques de la dénonciation qui constituent le principal canal de communication de l’exaspération et du rejet. Cette communication concrète et manifeste se révèle finalement bien plus efficace, car elle n’a pas eu besoin des biais traditionnels de médiatisation pour démontrer sa force. Ceci nous rappelle que parfois, l’engagement citoyen à lui seul permet de faire entendre sa voix, dans un contexte de surproduction de l’information par les médias traditionnels ou en ligne.
Céline Viegas
LinkedIn
Sources:
France Info, Visite de Rohani: la question des droits de l’homme en Iran reste en filigrane, Anne Patinec, 28/01/16
L’obs, Hassan Rohani en visite en France: n’oublions pas la répression des chrétiens en Iran, Donya Jam, 24/01/16
Le Monde, Cachons ces statutes qu’Hassan Rohani ne saurait voir, Philippe Ridet, 27/01/16
Swiss Info, Haro sur Matteo Renzi pour les statutes antiques, 27/01/16
Le Figaro, Visite du président iranien Hassan Rohani: lettre de 50 députés à François Hollande, 27/01/16
Le Point, Rohani à Paris: la fausse pendaison des Femen, 28/01/16
Crédits images:
http://www.franceinfo.fr
 
http://www.citizenside.com
 
http://www.youtube.com
 
http://www.twitter.com
 
http://lemonde.fr
 
http://lefigaro.fr

Politique

Salafistes, la puissance de l'image

Le mois de janvier a, comme toujours, connu de nombreuses publications ou sorties d’œuvres culturelles et politiques – et des polémiques qui les accompagnent. Les bruits autour d’un film sorti récemment sous un titre plutôt accrocheur et déstabilisant sont probablement parvenus à vos oreilles. Salafistes, un documentaire de François Margolin, nous plonge au cœur du djihadisme au Mali et a pour objectif principal de dévoiler la réalité d’une forme de terrorisme de beaucoup méconnue. 
 Pourquoi un tel tollé sur ce film qui a pour vocation d’être un documentaire sur un monde terroriste que trop peu connaissent ? 
 Un documentaire qui fait l’effet d’une bombe
Salafistes a été décemment sorti dans le contexte de tension politique que nous connaissons, à la suite des multiples attentats terroristes à l’échelle internationale depuis plus d’un an maintenant. Sa sortie était réfléchie et les réalisateurs étaient forcément conscients du débat que provoquerait la sortie du film. Et c’était bien là l’objectif affiché des réalisateurs, qui soulignent avant tout un acte citoyen, de salut public : parler des dessous du terrorisme, pour éveiller les consciences à des aspects méconnus du terrorisme et participer à l’enrichissement du débat autour du terrorisme en société. Mais en terme d’agenda médiatique, le film ne pouvait s’attendre à une semaine aussi chargée en terme de polémiques concernant le terrorisme.  En effet, il est révélé peut de temps avant l’intervention politique de Najat Vallaut Belkacem, ministre de l’Education nationale, dans le Supplément de Canal +, dans laquelle les propos d’Idriss Sihamedi, dirigeant de l’association humanitaire islamique Barakacity, font scandale.  
 La sortie de Salafistes s’inscrit donc dans un contexte tendu. Le documentaire retrace, du Sahel à la Syrie en passant par l’Irak et la Tunisie, la pensée de cette mouvance terroriste. Comme dans tout documentaire, François Margolin, assisté du journaliste mauritanien Lemine Ould M. Salem, affichent clairement leur volonté de révéler les dessous, même choquants, de cette organisme de terreur. Après visionnage, la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a déclaré déconseiller la diffusion du documentaire aux personnes de moins de 18 ans. Cette décision est-elle légitime de par la violence des scènes présentes dans le film ou cette censure est-elle une atteinte à la liberté de chacun d’être conscient des enjeux actuels ? 
 Un sujet clivant
 Le documentaire a essuyé de nombreuses réserves concernant la diffusion de la violence salafiste comme œuvre culturelle dans les salles de cinéma. Nombre de personnes ont dénoncé la présence de scènes trop choquantes, beaucoup d’autres ont aussi fait valoir que ce documentaire était en réalité une plate-forme de propagande gratuite pour Daesh. 
 Qu’en penser ? Si les avis divergent sur la question, la presse semble prendre parti à l’unanimité pour la défense la liberté d’expression. 
 Décrire ce film comme vecteur de la communication de Daech c’est faire le postulat que son public peut se laisser influencer par les propos tenus par les prédicateurs, s’insérer dans une vision tchakhotinienne avec un viol psychique du public et soustraire aux français leurs capacités réflexives. Les réalisateurs s’insurgent «  Dire que pour les adultes, cela va, mais pas pour les jeunes, c’est le principe même de la censure. Or, je pars du principe qu’il faut prendre les spectateurs pour des gens intelligents, quel que soit leur âge. » 
 Le langage des ministères oscille entre abérration devant la brutalité des images et dénonciation d’une présumée apologie du terrorisme…pour finalement aboutir à une exploitation dans un nombre restreint de salles réservé à un public majeur.  
 Si l’on condamne la violence du réalisme du documentaire de François Margolin, comment dès lors justifier du réalisme journalistique quotidien, parfois aussi choquant que le film Salafistes ? On pense notamment aux Unes récentes affichant la photo « choc » du petit Aylan sur les plages d’Egypte, ou encore de la récente campagne de Reporters Sans Frontières.

Comment expliquer qu’un documentaire, qui respecte une même déontologie journalistique que le journalisme de la presse écrite, connaisse davantage de censure que la presse écrite nationale ? La violence de l’image est-elle acceptée quand elle est seule, au dépit du reportage de terrain qui repose tout entier sur elle ?
L’image tue
En refusant la diffusion du documentaire et en déplorant la présence d’une voix-off encline aux commentaires qui contre-balanceraient la logohrrée islamique, serait-ce sous-entendre que chacun des français est en puissance un terroriste ? Cela reviendrait à faire de l’image un vecteur plus puissant qu’elle ne l’est en réalité.
Dans Imaginaire et Post-modernité  Michel Maffesoli parle de l’image comme un mésocosme entre le microcosme personnel et le macrocosme collectif, «  un monde du milieu qui fait un lien, établit une relance » Ainsi l’image n’aurait donc, selon M. Maffesoli, aucune proximité avec ces idéologies, il n’y aurait donc aucune raison d’émettre des réserves sur les finalités que peuvent avoir la vue de ce film sur un public lambda dont l’horizon d’attente serait critique !
Dans la classe politique aussi bien que chez les journalistes ou dans l’opinion publique, le sujet est brûlant et inévitablement clivant. Cependant, si le but était de masquer dans les méandres du silence ce documentaire pour en limiter l’impact, l’importante couverture médiatique autour de ce film contribuera sans doute à provoquer l’effet inverse.
Jérémy Figlia 
Sources: 
http://www.bvoltaire.fr/dominiquejamet/salafistes-nest-censurant-realite-quon-change,2350001
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1475025-salafistes-interdit-aux-de-18-ans-insense-notre-2 documentaire-est-un-acte-citoyen.html 
http://www.msn.com/fr-ca/actualites/photos/salafistes-on-a-risqué-notre-vie-pour-montrer-ce-que-3 pensent-ces-gens/vi-BBoJxnh?refvid=BBoDbEc
Serge Tchakhotine, Le viol des foules

Politique

La course aux livres chez Les Républicains

Cela fait quelques temps que les médias français nous « alertent » sur la baisse générale du niveau intellectuel de notre classe politique. Elle a beau avoir fait ses classes à Sciences Po et à l’ENA, nombreux sont les journalistes qui se demandent où sont passés les De Gaulle, les Pompidou, les Mitterrand : nos grands hommes de lettres quoi ! La nostalgie du « c’était mieux avant » est caractéristique d’une bonne partie du système médiatique et de l’opinion ; ne comptez pas sur Eric Zemmour et Alain Finkielkraut pour redresser la barre, il est beaucoup plus aisé de briser la coque du bateau quand il est déjà en train de couler.
Soyons optimistes bon sang ! Assez des Anglo-Saxons pour nous descendre, l’ « auto french-bashing » n’a rien de bon, alors lâchons du lest et regardons un peu vers l’avenir. Tiens ! Par exemple, Jean-François Copé qui nous parle du Sursaut français dans son nouveau livre, ça ne vous donne pas envie d’y croire ? Non ? Vraiment ? Je ne sais pas ce qu’il vous faut alors. Notre Jean-François national travaille pourtant d’arrache-pied depuis plusieurs mois à la réalisation de son ouvrage. Experts, anthropologues, tous y sont passés pour l’aider à « révolutionner le logiciel politique » et enfin mettre sur la touche le vieux Juppé et l’autre excité de Sarkozy comme il aime si souvent le dire lorsque les caméras sont rangées.
« Je suis devenu la caricature de moi-même. J’étais omniprésent, avec un style qui forcément agace […] J’étais incapable d’être absent d’un clivage. »

Qui aurait bien pu dire que le style de Copé était agaçant ? Tout le monde se souvient de sa fameuse histoire hilarante du pain au chocolat. Je suis sûr que les Français de culture ou de confession musulmane ont dû apprécier et qu’ils en rigolent encore à table en famille. Une chose est sûr Jean-François, c’est qu’eux aussi, ils sont « profondément choqués » ! 
Mais Copé est loin d’être le premier à sortir un livre dans cette course à la présidentielle. François Fillon, lui aussi dans une perspective de retour sur le devant de la scène médiatique, est le premier d’entre eux avec Faire. Alors si on m’avait demandé de parier sur lui il y a quelques temps, jamais je n’aurais sorti ne serait-ce qu’un centime de ma poche : force est de constater que son ouvrage a connu un certain succès en librairie. A croire que l’ex-Premier ministre a gardé une image solide et un intérêt auprès d’une partie des Français malgré la guerre fratricide qu’a connu l’ancienne UMP. Rares sont les ouvrages d’hommes politiques qui atteignent de tels niveaux de vente ; environ 50 000 exemplaires vendus, – sans vouloir rentrer dans la guerre des chiffres qui a déjà fait polémique -, alors que les experts parlent de 3000 exemplaires en moyenne pour ce type d’ouvrage. A ce moment-là, on se demande qui peut bien faire baisser la moyenne des ventes ? Une rumeur veut qu’il y ait plus d’exemplaires du livre de Jean-Christophe Cambadélis sur les étagères du Publicis Drugstore que d’exemplaires vendus… Mais petit lot de consolation pour le président du Parti Socialiste, puisque la palme d’or revient à Christine Boutin et ses 58 exemplaires de Qu’est-ce qu’un parti chrétien démocrate ? Contrat de lecture explicite ne rime pas forcément avec foule de lecteurs. A bon entendeur.
« Je suis le seul à offrir une vraie rupture avec un projet complet de transformation de mon pays autour d’un concept puissant qui est la liberté. »
Il est vrai que Fillon est clairement dans la rupture avec Faire. Sans lui donner tort ou raison, le projet qu’il avance est radicalement libéral. Un projet que Nicolas Sarkozy n’hésite pas à qualifier de fou, mais de folle aussi la personne qui pense un jour être élue avec. Mais en fin de compte, peut être que ce discours de rupture plaît à bon nombre de Français à en croire les ventes de son livre. Affaire à suivre donc.
Autre personnalité qui a un discours qui plaît à droite, à savoir Bruno Le Maire. Fort de ses 95 000 ventes avec Jours de Pouvoir paru en 2013, l’outsider , comme les médias se plaisent à le nommer, a repris la plume récemment et est sur le point de nous proposer un nouvel ouvrage : Ne vous résignez pas !. L’homme qui a réussi à faire 30% face à Sarkozy lors de l’élection à la présidence du parti ne veut pas s’arrêter en si bon chemin. Le Maire espère réellement incarner le renouveau qu’il prône depuis déjà quelques temps. Vous l’aurez compris, il n’ira pas de main morte avec les camarades de son parti qui sont installés depuis longtemps. L’avenir nous dira si le phénomène Le Maire prendra plus de place dans le cœur des Français.
Vient le tour d’Alain Juppé dans un registre toutefois assez différent des autres. Le maire de Bordeaux en est déjà à son deuxième livre programmatique sur une série de quatre. Le « septuagénaire de gauche », pour faire du Sarkozy-dropping, vient tout juste de remettre le curseur à droite avec Pour un Etat fort, qui traite notamment des problématiques sécuritaires liées au terrorisme. L’ancien Premier ministre a d’ailleurs réservé une partie entière à ces dernières suite aux attentats de Paris de novembre dernier.
« Les Français ont parfois l’impression que l’Etat est absent lorsqu’il devrait être présent, et présent lorsqu’il devrait être absent. Revenons à l’essentiel. »
Le message est clair : un Etat plus fort avec le renforcement des pouvoirs régaliens mais un Etat plus petit dans une perspective de réduction de la sphère d’influence des pouvoirs publics. Un délicat mélange entre Etatisme et Libéralisme qu’il continue de maîtriser et qui le place encore aujourd’hui en tête de tous les sondages. A 10 mois des primaires de la droite et du centre, et avec encore deux livres à paraître et une stratégie de large rassemblement, Juppé pense qu’il a sa chance. En tous cas, il sait que c’est sa dernière pour accéder aux plus hautes fonctions, si tant est que la bulle Juppé n’explose pas en plein vol. Les favoris dans cette même position n’ont jamais vraiment eu de chance dans l’histoire politique française…
Enfin. Nous y voilà. Notre chouchou à tous, le trublion de la politique française, le Racine des Temps Modernes : Nicolas Sarkozy ! Tout comme ses compères, l’ancien Président de la République a publié un livre. Un livre qui restera à jamais gravé dans les mémoires. Tout comme Phèdre à sa sortie, La France pour la vie a essuyé de nombreuses critiques par l’ensemble de la presse avec ses petits couacs historiques. Même Le Figaro, qui pourrait de prime abord être un journal plutôt docile envers Sarkozy, s’amuse à décompter ses aveux de fautes commises pendant son passage à l’Elysée.
« Je ne suis décidément pas très doué pour l’écoute de moi-même ou des autres. »

Ecouter les autres n’a jamais vraiment fait partie de ses qualités et c’est peut-être pour ça qu’il se retrouve de plus en plus esseulé au sein de son propre parti. Mais pour ne pas passer pour une mauvaise langue, rappelons que La France pour la vie est pour le moment le plus gros succès en termes de vente, ce qui nous montre bien qu’une partie non négligeable de l’électorat ne l’a pas encore lâché ; et que c’est cet électorat qui se déplacera massivement pour les primaires de novembre 2016.
Sarkozy est avant tout ici, dans un pur exercice de communication s’éloignant de l’exercice de style littéraire d’un Le Maire ou d’un Juppé. La France pour la vie ne propose d’ailleurs pas de véritable projet pour 2017 selon Jean-Pierre Raffarin, qui parle plutôt d’un immense mea culpa. Et l’auteur des maintenant fameuses raffarinades s’est adonné au plaisir de trouver un meilleur titre pour le livre de Sarkozy : « Désolé pour ce moment. » Du grand Mendès !
L’important quand un livre d’homme ou de femme politique sort en librairie, c’est d’analyser clairement le contrat de lecture qui est établi. Quels messages l’ouvrage veut-il nous faire passer ? A qui s’adresse-t-il ? Partant de là, il est déjà plus facile d’appréhender la stratégie qui sous-tend l’écriture.
Jean-François Copé tente de sortir de sa longue traversée du désert après avoir été contraint de quitter ses fonctions de président de l’UMP suite à l’affaire Bygmalion, en essayant de retrouver de la visibilité dans les médias grâce à la sortie de son livre. Mais cette volonté de retrouver le devant de la scène est accompagnée d’un désir de bousculer les habitudes de la classe politique en proposant une vision qui selon lui est complètement novatrice quitte à passer pour la condescendance en personne. François Fillon, qui est dans une meilleure position, cherche lui aussi à retrouver sa place dans les grands médias. Pour ce faire, il mise avant tout sur son projet politique pour 2017. En effet, son ouvrage est à mon sens le plus aboutit pour le moment en termes de propositions. Bruno Le Maire ne cherche pas vraiment une place médiatique puisqu’il est déjà dans une très bonne position, mais on pourrait dire qu’il tente de conserver ses avantages actuels tout en s’inscrivant dans la tradition politique littéraire. Alain Juppé quant à lui, développe une véritable stratégie de rassemblement. Il ratisse large en essayant de s’adresser à l’ensemble des Français mais sa dernière sortie littéraire nous montre qu’il a tout de même restreint sa cible « au peuple de droite », même si je n’aime pas cette expression, en envoyant un message sécuritaire fort afin de contrer la stratégie droitière de Sarkozy. L’ancien Président de la République pour finir, s’inscrit plutôt dans la même ligne que Copé dans le sens où tous deux essayent d’obtenir le pardon des Français pour leurs erreurs. Dans la vie, il y a deux types de personnes : ceux qui ont une vision et ceux qui s’excusent.
Quoi qu’il en soit, cet exercice d’écriture n’est pas réservé à Les Républicains puisque comme le rappelle Alain Duhamel, c’est un exercice quasi obligatoire dans l’optique d’une élection présidentielle dans un pays au lourd passé littéraire comme le nôtre. D’ailleurs, si l’on se penche sur les écrits politiques de ses vingt dernières années, la gauche (celle du Parti Socialiste) a été assez prolifique. Mais structurellement depuis quelques temps, cette même gauche est en panne d’idées, en panne de projets. En même temps, comment voulez-vous qu’elle véhicule des valeurs et des idées nouvelles avec un gouvernement qui s’est converti au social-libéralisme ? La gauche ne pense plus vraiment le monde de manière idéologique et la démission récente de Christiane Taubira est loin d’être une bonne nouvelle à mon sens pour la pensée socialiste peu importe ce que l’on en pense…
Antoine Gagnaire
@AntoineGagnaire
Sources :
http://www.lefigaro.fr/politique/le-scan/2016/01/19/25001-20160119ARTFIG00061-j-etais-la-caricature-de-moi-meme-cope-sort-du-silence-sur-le-divan-de-fogiel.php
http://lelab.europe1.fr/jean-francois-cope-profondement-choque-davoir-ete-si-souvent-profondement-choque-2650189
http://www.liberation.fr/debats/2016/01/27/la-strategie-du-livre-politique_1429401
http://www.lesinrocks.com/2016/01/24/actualite/les-30-phrases-%C3%A0-retenir-dans-le-nouveau-livre-de-nicolas-sarkozy-11800358/
http://www.lejdd.fr/Politique/Exclusif-Alain-Juppe-detaille-son-programme-pour-un-Etat-fort-766657
 http://actu.orange.fr/france/fillon-lr-je-reste-le-seul-a-offrir-une-vraie-rupture-afp_CNT000000hPnfZ.html
http://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/021668070274-70000-exemplaires-du-livre-de-sarkozy-ecoules-en-une-semaine-1197137.php
Crédits photos :
 AFP JEAN-SEBASTIEN EVRARD
AFP DOMINIQUE FAGET

Christine and the Queens
Politique

"She wants to be a man, a man … She wants to be born again, again"

Ce n’est pas l’histoire d’une femme qui aurait aimé être un homme, comme le chante Christine and The Queens, mais celle d’un homme qui souhaite devenir une femme. Dans The Danish Girl sorti en janvier 2016, Tom Hooper retrace la vie de la pionnière du mouvement transsexuel, l’artiste danoise Lili Elbe. Et comment ne pas avoir eu vent de Bruce Jenner, le beau-père de Kim Kardashian devenu il y a peu Caitlyn Jenner ? Si les transsexuels et transgenres – oui, il y a une différence – sont remis à l’honneur et tentent de légitimer leur choix, leur style de vie, qu’en est-il dans la réalité ? En parlons-nous tant que cela et les connaissons-nous vraiment si bien ?
The Danish Girl ou l’ode à la transsexualité et à la féminité
Ce début d’année commence fort avec un film qui risque d’être l’un des plus marquants de 2016 : The Danish Girl. Le film raconte la vie de Einar Wegener, un artiste danois qui en se travestissant en femme pour servir de modèle à sa femme Gerda Wegener, devient Lili Elbe. Prenant goût aux costumes et à l’attitude féminine, Lili se sent prisonnière de son corps masculin et décide de changer de sexe. Nous sommes en 1930 et la première femme transsexuelle est née. 86 ans plus tard, ce film nous interroge sur notre connaissance et notre position face aux transsexuels : Tom Hooper met en exergue la difficulté pour un homme ou une femme d’oser assumer sa véritable identité sexuelle et force est de constater que le sujet a encore une résonance terriblement actuelle en 2016.

Sa sortie fait également écho au tapage médiatique qui n’a de cesse depuis l’été 2015 autour de Caitlyn Jenner et de la couverture de Vanity Fair. Résonance médiatique d’autant plus forte que Caitlyn, ancien athlète, fait partie du clan extrêmement médiatisé des Kardashian. Rappelons tout de même que même s’il lui a fallu de l’audace pour s’assumer aux yeux du monde, Caitlyn ne s’est pas reposée sur ses lauriers et a lancé sa propre émission : I am Cait… diffusé sur E ! News, qui, malgré une faible audience, aurait permis à Caitlyn de toucher plusieurs millions de dollars. Alors, volonté de démocratiser l’image des transsexuels ou promotion de soi à la Kardashian ?
Précisons d’ailleurs que, bien évidemment, Caitlyn possède des mensurations parfaites : alors que de nombreux sites de mode vantent la diversité des femmes et non l’existence d’un type idéal, un homme qui décide de changer de sexe prend soin de ressembler à « la femme parfaite ». Pourtant, la volonté des transsexuels est d’être en adéquation avec leur corps et leur identité, et pas nécessairement avec un stéréotype. Le débat est sans fin…

L’art et la musique : refuge de ces oiseaux de nuit ?
Bien que le cas de Caitlyn Jenner soit l’expression –très médiatique et controversée- d’une volonté de normaliser les transsexuel(le)s, il n’en demeure pas moins que les mentalités ont toujours semblé méfiantes quant aux transgenres, les associant bien souvent aux bas fonds des grandes villes.
Toutefois, remercions 1968 qui a permis la libéralisation des mœurs et quelques années plus tard le développement du mouvement punk à New York, Londres et Paris, où se mélangent à la fois artistes, jeunes, homosexuels et transsexuels. Les chansons se veulent antihomophobies et antitransphobies. Des artistes comme David Bowie jouent eux aussi sur le côté androgyne de leur personnage, ou sur le flou autour de leur sexualité : ni homme, ni femme, juste soi. Christine and The Queens reprend ces idéaux dans, par exemple, sa chanson “Paradis Perdus”, qui raconte sa rencontre avec des drag queens à Londres.
D’autres au contraire, conscients du malaise qui gravite encore autour de la transsexualité, décident de se cacher : c’est le cas de Caroline Cossey qui en 1981 joue une James Bond Girl dans Rien que pour vos yeux. Un tabloïd américain dévoilera des années plus tard que Caroline était en réalité un garçon à la naissance. Après cette révélation, l’actrice reconnaît avoir envisagé le suicide.
 

Une transsexualité à la mode ?
Aujourd’hui encore, les transsexuels souffrent d’une image de marginaux et les témoignages douloureux sont nombreux. Néanmoins dans la mode, lieu de culte de la beauté et de la tendance, les créateurs tentent d’afficher une certaine ouverture d’esprit en prenant comme mannequins des femmes transsexuelles : c’est le cas d’Andreja Pejic qui pose pour le magazine féminin Vogue, ou encore de Léa T pour Givenchy. Mais encore une fois, on peut interroger la sincérité des créateurs et des magazines : s’agit-il vraiment d’affirmer son soutien à la cause des trans en les faisait défiler et en leur permettant de s’assumer dans leur nouveau corps et identité, ou bien s’agit-il de faire la promotion de sa marque en montrant au monde entier que l’on est ouvert à ces pratiques qui sont récusées par beaucoup ?

En toute honnêteté, ne voyons-nous pas des femmes qui défilent ? Pour la majorité, il est impossible de savoir qu’elles étaient des hommes à la naissance, et nous ne pouvons qu’admirer leur beauté.
Et si la mode joue de plus en plus sur le non-genre et l’aspect unisexe de ses collections et qu’on pourrait penser qu’elle serait un moyen pour les transsexuels de libérer leur image et ainsi de « normaliser » leur choix, ne soyons pas dupes. On s’aperçoit bien vite qu’en dehors des projecteurs, cette acceptation est moins évidente et que l’on a davantage tendance à admirer un mannequin transsexuel, parfait, que ceux que l’on croise dans la rue jugés fantasques.
Si l’art et la mode permettent aux transsexuels de trouver grâce aux yeux du public et de faire accepter une certaine différence, les taux de suicide élevés et le mal-être lié au rejet de ces personnes nous prouve qu’il ne suffit pas de quelques stars et coups d’éclats médiatiques pour faire accepter pleinement la transsexualité, et qu’un travail de fond doit être réalisé par la société sur ses préjugés.
Ludivine Xatart
Sources :
Vanity Fair : http://www.vanityfair.fr/timeline-transgenres-popculture#a1950 : « Une histoire des transgenres dans la pop culture ».

Télérama : http://www.telerama.fr/musique/christine-and-the-queens-j-adorerais-etre-une-icone-gay,111590.php
Konbini : http://www.konbini.com/fr/tendances-2/avenir-mode-non-genre/ : « L’avenir de la mode réside-t-il dans le non-genre ».
MetroNews: http://www.metronews.fr/info/suicide-depression-une-premiere-etude-sur-les-souffrances-des-transsexuels/mnks!NHjNLWE0wAAlM/
Crédits images :
The BRCW Reviex
Boston Globe
planettransgender.com
www.hapersbazaar.com

OBAMA POLITIQUE PLEURER
Politique

Pleure si t'es un homme (politique)

D’aucuns s’amuseraient à constater que nos hommes politiques aiment la transparence… Pas celle qui les oblige à répondre du nombre de zéro sur leurs factures, évidemment, mais désormais la mode est à l’émotion ; on laisse voir, on laisse transparaître. Beaucoup de choses se bousculent sur le visage de nos représentants : l’anxiété, la colère, le soulagement – on se souvient du long soupir de Xavier Bertrand après sa victoire aux Régionales, par exemple. Mais surtout, en politique, on pleure.
Aux larmes citoyens !
Lorsque l’on sait comment les utiliser, les larmes peuvent être un redoutable outil de communication, et Barack Obama est le maître incontesté du maniement lacrymal. Le 5 janvier 2016, alors qu’il présente son plan de contrôle des armes à feu et évoque les trop nombreuses victimes de fusillades, il essuie une larme, puis une autre … « Every time I think about those kids, it gets me mad / A chaque fois que je pense à ces enfants, ça me met en colère », avoue-t-il avant d’enchaîner finalement sur la nécessité de construire une société plus sûre. L’instant est bref, le symbole est fort, les médias s’emballent. Les heures suivantes, on s’évertue à analyser ce comportement. Après tout, Obama n’en est pas à son premier coup d’essai. Lors de sa réélection ou pendant un concert d’Aretha Franklin, on a souvent vu le président américain avec les yeux humides. Alors s’agit-il cette fois d’une manipulation ou d’un véritable élan de chagrin ? Sincere or not sincere, that’s the question. Mais qu’il s’agisse d’une manœuvre politique ou d’un sentiment authentique, les pleurs d’Obama sont efficaces, au point que Donald Trump lui-même déclare sur Fox News croire en la sincérité du président.
Une vieille tradition
En France aussi on pleure, et depuis longtemps. Sous la Révolution, les députés essuyaient des larmes de ferveur lorsqu’ils prêtaient serment à la Constitution. Pendant la Restauration, elles étaient dotées d’une valeur curative, voire expiatoire face aux crimes de la Terreur. Cependant, dans la seconde moitié du XIXème siècle, elles deviennent une caractéristique spécifiquement féminine et il est ordonné aux hommes de pouvoir de savoir se maîtriser en public. Pleurer devient une affaire privée et seul le deuil autorise un peu plus d’épanchement.
Aujourd’hui, bien que ces occasions restent très ponctuelles, il n’est pas si rare de voir une personnalité verser quelques larmes. Mais il est de bon ton de les verser comme il se doit, sans se laisser submerger. Ainsi, les sanglots de Ségolène Royal lors de la défaite de la gauche aux élections législatives de 1993, pudiquement filmés en contre-jour, ont-ils fortement marqué les esprits ?

 
A larmes égales ?
Pour bien communiquer, il faut donc bien pleurer, mais pas seulement. Il faut savoir choisir sa cause. Les larmes sont à double tranchant et peuvent facilement susciter rires ou agacement plutôt qu’empathie. Les joues mouillées d’un Poutine ému après sa réélection a eu moins d’impact que la voix vacillante de Laurent Fabius pendant la COP21 lorsqu’il déclarait : « J’ai une pensée particulière, enfin, pour tous ceux, ministres, négociateurs, militants, qui auraient voulu être là, en cette circonstance probablement historique, mais qui ont agi et lutté sans pouvoir connaître ce jour ». L’émotion du ministre devient l’expression de son engagement pour une cause collective. De la même façon, le visage défait de François Hollande lors des attentats de janvier, ou sa voix cassée lors de ceux de novembre traduisaient d’une manière impressionnante les sentiments d’horreur et de stupeur qui s’étaient emparés des Français.
Girls don’t cry
Malgré tout, l’exercice n’est pas aisé pour tout le monde. Le fait de pleurer étant profondément féminisé, le journal Le Monde remarque que les femmes politiques « doivent constamment balayer les critiques sexistes qui font rapidement des larmes féminines un aveu de faiblesse ». Une femme essuyant ses larmes ne bousculera pas tant les esprits que s’il s’était agi de l’un de ses homologues masculins. Celle-ci étant moins soumise au diktat de la maîtrise de soi, ses pleurs seront perçus – visuellement autant que symboliquement – comme moins spectaculaires. Pourtant, comme le remarque Yann Barthes dans le Petit Journal, les femmes sont plus enclines à pleurer pour « des causes assez profondes et humaines ».
Pleurer donc, n’est pas si rare en politique. Mais il s’agit d’un acte de communication non-verbal strictement codifié. La transparence des émotions est finement élaborée et si les larmes peuvent être authentiques, la manière de les mettre en scène – sans effusion – nécessite sans doute quelque entraînement.
Marie Philippon 
Sources :
« Les larmes politiques », Le Petit Journal du 06/01/16 – http://www.canalplus.fr/c-emissions/c-le-petit-journal/pid6515-le-petit-journal.html?vid=1348093
Fanny Arlandis, « Larmes politiques », Le Monde, 14/01/16 –  http://abonnes.lemonde.fr/politique/article/2016/01/14/larmes-politiques_4847620_823448.html
Emilie Laystary, « Duflot, Royal, Fillon : les larmes des hommes et femmes politiques », RTL, 17/07/2013 – http://www.rtl.fr/actu/politique/duflot-royal-fillon-les-larmes-des-hommes-et-femmes-politiques-7763204606
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Reuters
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MANUEL VALLS ON N'EST PAS COUCHES
Politique

Manuel Valls dans "On n'est pas couché" : le triomphe de l'infotainment

L’annonce a surpris et suscité de nombreuses réactions : Manuel Valls invité de Laurent Ruquier samedi 16 janvier dans « On n’est pas couché ». Le talk show à succès de France 2 (l’émission réunit régulièrement plus d’un million de téléspectateurs), a beaucoup fait parler ces derniers temps. On lui a notamment reproché ses thématiques identitaires et ses chroniqueurs peu sympathiques à l’égard des invités. Beaucoup d’entre eux, excédés, ont d’ailleurs déjà quitté le plateau en pleine émission. Mais que vient donc y faire le Premier ministre ?
Une pratique ancienne mais qui surprend toujours
L’infotainment définit un programme mêlant information et divertissement. C’est le cas de l’émission médiatique et politique de Laurent Ruquier. En effet, l’émission suit le modèle du talk show à l’américaine. Elle est le lieu de débats entre les invités et les chroniqueurs Yann Moix et Léa Salamé.
La présence de personnalités politiques dans des programmes tels que « On n’est pas couché » n’est pas nouvelle. On a déjà pu constater l’attrait des politiques pour ce type d’émissions moins formelles. On se souvient de Valérie Giscard d’Estaing jouant de l’accordéon pour séduire la miss météo du « Grand Journal », ou encore, de Ardisson demandant à Michel Rocard si « sucer c’est tromper » dans son émission «Tout le monde en parle ».
Si la pratique n’est pas nouvelle, elle étonne encore en France. Beaucoup ont en effet, été surpris d’apprendre que pour la première fois, un Premier ministre en fonction allait se prêter au jeu de l’infotainment. Si la pratique surprend encore l’hexagone, elle est parfois banale à l’étranger, notamment aux États-Unis. C’est pourquoi personne ne s’est vraiment étonné d’entendre Barack Obama parler sous-vêtements avec Jerry Seinfeld.
Le choix de l’infotainment
On cerne vite les raisons du succès de l’infotainment. Ce type de média permet en premier lieu de cibler un public particulier. Un public assez large, qui ne regarde pas forcément les émissions politiques. Pour le politique, il s’agit alors d’une occasion en or pour tenter d’améliorer son image.
Pour Manuel Valls, les enjeux sont multiples. La figure du Premier ministre est contestée dans l’opinion. Il a l’image d’un homme dur, souvent tendu et sur les nerfs. Dans « On n’est pas couché », Manuel Valls aura du temps. Il disposera d’un temps plus long et moins formel que celui du discours pour tenter de créer un lien avec le public.
Séduire par le biais de l’infotainment n’est pas chose facile. On pourrait dire à celui qui s’y prête que c’est à ses risques et périls. Il est vrai que beaucoup ont péri. Citons le cas tristement fameux de Nadine Morano, punie de régionales par son propre parti, après avoir affirmé que la France est un  « pays de race blanche » dans l’émission de Ruquier. Les risques de l’infotainment sont grands. Il faut prendre garde à ne pas se laisser déstabiliser et encore moins ridiculiser, notamment par les chroniqueurs féroces d’ « On est pas couché ».
Pour séduire, il faut trouver à Manuel Valls beaucoup de prudence, mais également, de l’humour et de l’aisance. Un faux pas dans une émission pouvant coûter cher.
Désacralisation de la politique
Certains politiques refusent de prendre part aux émissions d’infotainment. Ils estiment que le politique n’a pas sa place dans ce média. C’est par exemple le cas de Nicolas Sarkozy qui estime que le politique doit porter une « parole plus solennelle ». On peut comprendre cette position. D’autant plus, lorsque l’on connaît les risques que ce média entraîne et la liste des personnes qui s’y sont brûlées les ailes.
Toutefois, dans le contexte actuel de crise de la démocratie qu’évoque Pierre Rosanvallon dans son ouvrage La contre-démocratie, la désacralisation induite par l’infotainment est-elle forcément négative ? Certains voient dans l’infotainment une réponse à la volonté de renouveau du discours politique qu’ont les français. Auquel cas, désacralisation ne rimerait pas forcément avec dévalorisation. Au contraire, cela contribuerait à réduire la distance entre le politique et ses électeurs.
Nous sommes face à un dilemme, le dilemme de l’opinion. Les français veulent des politiques plus proches d’eux, plus à même de les comprendre, mais pas trop non plus. Un politique trop comme nous devient risible, il perd tout prestige, toute hauteur. On ne peut que constater à quel point la stratégie d’ « homme normal » de François Hollande n’a pas fonctionné.
Seul le temps montrera si la prestation de Manuel Valls a convaincu. Nous espérons en tous cas qu’il s’est préalablement prêté à un excellent média-training.
Yasmine Guitoune
Sources :
Perrine Mouterde. Manuel Valls à « On n’est pas couché » : quand les politiques font le pari de l’infotainment, 14/01/16. Consulté le 15/01/16.
Simon Auffret. « On n’est pas couché », passage obligé pour les politiques ?, 07/10/15. Consulté le 10/10/2015. http://www.lemonde.fr/les-decodeurs/article/2015/10/07/on-n-est-pas-couche-est-elle-vraiment-une-emission-polemique_4784242_4355770.html
Raphaëlle Bacqué. « On n’est pas couché », arène hétéroclite toujours plus orientée, 07/10/15. Consulté le 10/10/15. http://www.lemonde.fr/actualite-medias/article/2015/10/07/le-fiel-du-samedi-soir_4784575_3236.html
Nicolas Berrod. Valls chez Ruquier : quand les politiques osent l’ « infotainment », le 15/01/16. Consulté le 15/01/16. http://www.lesechos.fr/politique-societe/politique/021623270952-valls-chez-ruquier-quand-les-politiques-osent-linfotainment-1192850.php
Crédits images : 
Photo de une : France 2

Politique

DSK – 20 kilos

Nous sommes en mai 2011, la France et le monde sont secoués par une affaire qui aura des répercussions au sein des plus hautes institutions et auprès d’hommes politique haut placés : vous l’aurez deviné, c’est l’affaire DSK.
Les médias s’en saisissent à l’aide d’image de surveillance, d’images de “reconstitutions” (souvent floues, couleur sépia comme dans un épisode d’Enquêtes Impossibles sur NT1). Mais un média s’est fait connaître à ce moment-là pour avoir entièrement recrée la scène en animation, j’ai nommé le média taïwanais Next Media Animation.
Next Media Animation : le futur de l’info ?
La première fois que NMA s’est fait connaître à l’international, c’était effectivement avec l’affaire DSK en 2011. Malgré la gravité de l’affaire, la reconstitution réalisée par ce média est extrêmement comique. Le premier détail étonnant que nous pouvons relever a trait à la femme de chambre, censée représenter Nafissatou Diallo : son avatar a la peau blanche. Il est peu probable que NMA veuille faire preuve de racisme. Ils ont surement juste des avatars pré-établis qu’ils réutilisent pour chaque animation. Ou peut-être n’ont-ils pas considéré ce détail come important. Autre détail, DSK semble étrangement bien plus mince que d’ordinaire. C’est amusant mais cela montre encore une fois un manque flagrant de réalisme.

Mais ces animations révèlent quand même un fait nouveau : les reconstitutions de la sorte sont un nouveau média. D’ailleurs le nom “Next Media Animation” met en avant d’un point de vue sémiotique annonce l’aspect futuriste du studio par le mot “next”. NMA serait une nouvelle source d’information.
“C’est une autre culture”
Prenons un évènement, plus récent, aussi reconstitué par NMA : l’attentat évité de justesse dans le Thalys, le 21 août 2015. À en croire la vidéo, le tireur était torse nu, Mark Moogalian se serait pris (et aurait survécu à) une balle dans la tête et le tireur aurait fini ligoté comme une paupiette. En somme, l’animation simplifie et fausse considérablement les faits.
Les faits sont d’autant plus échenillés qu’ils sont accompagnés de textes colorés avec des effets “pop”, voire même cinématographiques à vocation de parodie de blockbuster. Par exemple, Spencer Stone, un des soldats ayant désarmé le terroriste est renommé en toute simplicité “GI Joe” avec un effet chromé.

Mais cette abondance de typographies ne nous est pas étrangère. Elle est en effet très fréquente dans tout type d’émissions de télévision au Japon, à Taïwan, en Chine ou encore en Corée du Sud. Ces pays ont une forte culture de l’image accompagnée d’idéogrammes colorés et animés. À l’inverse, les Européens prennent le parti de la sobriété. Nous pouvons prendre l’exemple de BFMTV dont le code couleur est relativement sobre et ne change pas : des lettres blanches sur une bannière bleue située en bas de l’écran. La culture occidentale sous-tend donc une autre sémiologie de l’information et de l’image. Mais dans le cas de NMA, il ne s’agit plus uniquement de sémiologie, il s’agit d’une toute nouvelle façon d’informer.
Divertir vs. Informer
Dans le cas de Next Media Animation, il s’agirait donc peut-être d’une nouvelle forme d’information, le studio taïwanais a passé des accords avec TomoNews, une chaîne Youtube qui se présente comme étant la chaîne réunissant “les nouvelles les plus divertissantes d’internet”. Ils accolent donc des micro-faits d’information avec des évènements qui changent la face du monde. De plus, l’idée de “nouvelle divertissante” semble peu adéquat, surtout quand cela traite de sujet très sensibles, tels les attentats de Paris, le 13 novembre.
TomoNews US relaie dorénavant toutes les vidéos d’informations de NMA et les attentats de Paris n’y échappent pas. Ils ont donc publié “Paris terror attacks : woman played dead over an hour survive Bataclan theater shootout” (Les attentats de paris : femme joue la morte plus d’une heure survivre fusillade du théâtre Bataclan). La reconstitution est plus que sortie et tout aussi erronée. Selon la reconstitution, deux des terroristes seraient arrivés par la scène : une information complètement fausse. Ensuite les images donnent une tournure presque mélodramatique à l’évènement. La musique, un morceau de piano digne de scènes de tromperies dans un soap opera, aspire la dernière once de réalisme.
L’horreur est mise à distance, voire supprimée, nous passons à une reconstitution 3D digne du jeu vidéo Desperate Housewives. Pourtant, la notion de “news” y est affichée. La frontière entre l’information et le divertissement est effacée : ils ont bel et bien la vocation d’informer. Néanmoins, il dénaturent l’information, notamment à cause de la scène de fin.

Cette image est pour le moins extravagante, la Mort tient une glace à la fraise et prend un selfie avec un obèse en chemise léopard, pendant qu’une sorte de géant vert tape la pose, allongé sur le logo de TomoNews.) De quoi retirer toute crédibilité aux faits que le média prétend reconstituer.
Colombe Courau
Sources :
Chaine Youtube TomoNews US
Crédits images :
Captures d’écrans de vidéos de Next Media Animation

Politique

Quand les éléments de langage se déchaînent

Fin 2014, le gouvernement lançait le Kit Repas Famille, un pense-bête expliquant les actions du gouvernement pour chaque sujet politique qui pourrait naître d’un repas en société. Les vignettes sont destinées à prouver que la politique gouvernementale fonctionne et à discréditer les phrases toutes faites. À défaut de vérifier les réalités qui se cachent derrière chaque thème, il est intéressant de voir que les acteurs politiques prennent au sérieux les « éléments de langage » qui émanent de la doxa. Qu’en est-il de ceux des politiques ? En quoi se distinguent-ils ?
De simples poli-tics de langage ?
A priori, l’élément de langage est une formule ou un message reproductible par chaque membre d’un gouvernement. La clarté est de rigueur. Il est un ressort de la communication politique qui fonctionne sur la continuité et la synchronisation. Quel que soit l’intervenant, grâce à l’élément de langage, c’est l’entité décisionnelle et le choix du groupe qui s’expriment à travers lui. De cette manière, les divergences pouvant exister au sein d’une famille politique sont masquées.
Si l’on s’en tient à la définition de Jacques Séguéla, les éléments de langage sont des « petites phrases préparées à l’avance par l’entourage d’un homme politique ou par les communicants pour servir soit de répartie, soit de point d’ancrage dans un débat. ». Bien évidemment, le publicitaire en écrivait pour François Mitterrand mais il n’était pas le seul à mettre la main à la pâte : Jacques Attali, Laurent Fabius et bien d’autres faisaient passer des petites notes avec leurs suggestions. Aujourd’hui, les choses se sont légèrement professionnalisées. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer les méthodes du conseiller en communication du Président de La République, Gaspard Gantzer. Ses pratiques furent révélées par Un Temps de Président, un documentaire réalisé par Yves Jeuland.

Les téléspectateurs furent étonnés de voir Gaspard Gantzer dicter à une journaliste de TF1 les mots-clés de son reportage. Pour qualifier cette relation entre les journalistes et leur sources, Eugénie Saitta, spécialiste des sciences de la communication, parle d’une « rhétorique du cynisme » : les journalistes finissent par s’y faire ! Les communicants cherchent la saillie, l’homme politique tranche et les journalistes l’utilisent. Les politiques ont trouvé comment influencer les médias discrètement.
En politique, l’improvisation n’est pas conseillée. D’après Séguéla, lorsque les résultats tombent, le politique sait de quelle manière il doit réagir : il y a des éléments de langage pour une éventuelle victoire comme pour une éventuelle défaite. En plus de fournir du texte, les éléments de langage présentent le double avantage d’assurer une cohérence entre les prises de parole mais aussi d’augmenter l’efficacité et l’exposition d’une idée par la répétition. Entre une gauche divisée et des Républicains qui cherchent encore un ténor, l’élément de langage paraît être un outil parfait pour feindre l’unité. L’efficacité d’un argumentaire est plus forte si tout le monde martèle la même chose à l’unisson. Une idée répétée est aussi efficace qu’un slogan placardé.

N’y-a-t-il pas un risque de vulgariser les idées ? Le wording politique est aseptisé. Le consensus droite-gauche qui existe depuis la fracture des grands clivages idéologiques autour de l’économie de marché a brouillé le monde politique de ses marqueurs sémantiques. Ainsi, la formule « J’aime l’entreprise », employée par le Premier ministre, aurait pu être prononcée par un centriste comme par un Républicain. Au sein du gouvernement de Manuel Valls, on peut aussi observer des divergences qui sont réprimées : ceux qui ne suivent pas la ligne décidée se font taper sur les doigts. Pour s’en rendre compte, il suffit de se souvenir des remontrances faites à Christiane Taubira après qu’elles se soit prononcé contre la déchéance de la nationalité. Dès lors que les avis ne peuvent plus s’opposer librement, il y a peut-être une défaite de la pensée.
Entre stratégie et démagogie : comment atterrir sur le bandeau de BFMTV ?
Généralement, les médias n’hésitent pas à critiquer les éléments de langage. Pour le voir, il suffit de regarder les compilations qu’en fait Le Petit Journal. À croire qu’il est l’ennemi numéro 1 de la communication politique moderne !
Ce bashing est compréhensible. Il ne faut pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages : les gens prennent les éléments de langage pour ce qu’ils sont. Le disque semble rayé : on parle d’un discours fatigué qui émane d’une pensée énarchique qui s’est usée avec le temps. La doxa imagine que l’élément de langage est antinomique avec l’honnêteté.
Pourquoi peut-on être sûr que les politiques continueront à utiliser ce procédé ? Pour répondre, il faut d’abord revenir à la définition de l’élément de langage.
Selon le vice-président d’Havas, les années 80 ont constitué l’âge d’or de la publicité : tout le monde était séduit par le pouvoir du marketing et de la pub. Toutefois, selon Pierre Lefébure, maître de conférence en sciences politiques, les éléments de langage ne «[refont] surface [qu’]en 2008/2009 car il y a une volonté de la part de Nicolas Sarkozy et de ses équipes de rationaliser la communication et de maîtriser son environnement”. La seconde moitié des années 2000 est marquée par deux phénomènes qui changent radicalement les dispositifs d’information : l’émergence des chaînes d’information en continu et les réseaux sociaux. Il serait faux de penser que l’utilisation massive d’éléments de langage est purement choisie. Il faut aussi les penser en termes de contraintes. Il y a une responsabilité des médias dans la massification des éléments de langage car les fenêtres d’expression sont plus courtes.

Quand on obtient 30 secondes d’antenne à la télévision, les éléments de langage sont indispensables. Ce sont des estocades : soudains et rapides, ils ont une forme parfaite pour la rhétorique politicienne. Tout comme sur Twitter, il faut réduire le nombre de caractères pour pouvoir accéder aux très convoités bandeaux de BFMTV.
Selon les études de Damon Mayaffre, chercheur au CNRS, le vocabulaire présidentiel se serait déprécié au fil du temps en raison de ces nouvelles contraintes médiatiques. Aujourd’hui, les politiques sont dans la performance : ils utilisent à outrance les phrases verbales et le pronom personnel « je ».
L’élément de langage : diable ou diabolisé ?
Si les éléments de langage sont diabolisés c’est parce qu’ils sont attachés à une définition simplificatrice : on les associe spontanément « aux petites phrases » pré-élaborées que l’on voit sortir de la bouche des politiques à chaque zapping.

Dans cette définition, on ne parle que de la partie visible des éléments de langage. On ne parle pas des argumentaires. Autrement dit, on n’essaye pas d’extraire la démonstration étayée qui se cache derrière et qui vise à soutenir ou à contredire un projet. Aujourd’hui, aller au combat sans communication est une faute professionnelle car c’est laisser son adversaire partir avec un avantage.
Mais il ne faut jamais abuser des bonnes choses ! Les éléments de langage seraient très utiles si on n’en créait pas en quantité industrielle. Dans un premier temps, ils font passer une idée complexe par un message simple : le travail d’un conseiller se résume à dégrossir la matière brute pour en créer une à la portée de l’opinion publique. Frank Louvrier, ancien conseiller de l’ex-président de la République, Nicolas Sarkozy, rappelle que “Quand vous êtes Ministre, vous ne connaissez pas tous les sujets. Si vous allez à une émission matinale d’une radio, on risque de vous interroger sur un sujet compliqué, qui n’est pas forcément votre domaine de compétence, et il faut pourtant répondre”.
Pour la majorité précédente, les éléments de langage étaient surnommés « le prompteur », aujourd’hui on les regroupe sous l’intitulé « l’essentiel ». Ce dernier rappelle qu’un élément de langage peut permettre d’échapper à une situation de crise en évitant de lourds dommages.
À ce niveau de responsabilité, tous les professionnels semblent d’accord pour dire qu’une improvisation est impossible. L’improvisation est un fantasme car il est impossible de priver le débat d’un cadre de pensée rappelé sans cesse par les éléments de langage. D’ailleurs, les politologues reprochent souvent au Président de se laisser guider par les communicants alors qu’il serait doué pour l’improvisation.
On confond souvent « éléments de langage », « formules », « petites phrases » et « argumentaires » : il n’y pas de définition fixe car il n’y pas une unique manière de créer des éléments de langage. Ces formulations font sens pour des acteurs du champ politique et du champ médiatique mais aussi pour ceux qui se trouvent à leurs intersections. Les communicants produisent des énoncés en anticipant leurs conditions de circulation médiatique et leurs conditions de réception. Ce sont pour ainsi dire des ingénieurs du symbole. Ils manient les signes comme des maîtres. Ces données nous permettent de mettre en relief la place prépondérante prise par la communication au sein du monde politique et du monde médiatique. On en viendrait presque à croire qu’ils contrôlent les foules.
Ameziane Bouzid
Sources :
« Le Langage politique malade de ses mots », Frédéric Vallois, Le Huffington post, 20/11/2014 : http://www.huffingtonpost.fr/frederic-vallois/langage-politique-malade-de-ses-mots_b_6190388.html
« Les Dix éléments de langage que vous entendrez ce soir », Le Service politique, Libération, 22/03/2015 : http://www.liberation.fr/france/2015/03/22/les-dix-elements-de-langage-que-vous-entendrez-ce-soir_1226056
« Les « petites phrases » Et « éléments de langage » : des catégories en tension ou l’impossible contrôle de la parole par les spécialistes de la communication », Dossier: Les « Petites Phrases » en Politique , Caroline Ollivier-Yaniv, 01/06/2011 : http://www.necplus.eu/action/displayAbstract?fromPage=online 
« Éléments de langage pour soirée électorale : mode d’emploi », Jacques Séguéla, Atlantico, 16/10/2011 : http://www.atlantico.fr/decryptage/elements-langage-primaire-ps-holland-aubry-mode-emploi-203608.html
« “Un temps de président” : la communication politique dans le collimateur », 08/10 /2015, France 24 : https://www.youtube.com/watch?v=yP9TfAWTVeA
« Doc Hollande : dictée d’éléments de langage (F3) », Arretsurimage.net, 29/09/2015 : http://www.arretsurimages.net/breves/2015-09-29/Doc-Hollande-dictee-d-elements-de-langage-F3-id19305
Crédits images :
– Le Monde, L’actu en patates, Martin Vidberg
– Ray Clid
– Kit Repas Famille : www.gouvernement.fr
– Chaunu

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Politique

=3 : l'apprentissage de la démocratie 2.0

Les origines
Youtube naît en 2005 et avec lui la deuxième génération d’Internet : celui des réseaux sociaux, des memes, des lolcats. Le site est d’abord empli de vidéos courtes d’animaux, de chutes plus ou moins drôles dignes de Vidéo Gag, bref de vidéos qui se distinguent par leur aspect brut, sans aucun montage.   
Pourtant, dès l’automne, deux individus décident brusquement d’utiliser la plateforme pour se mettre en scène et de diffuser leur talent d’humoristes, ou plutôt d’entertainers. C’est ainsi que naît la chaîne SMOSH, création de Ian Hecox et Andrew Padilla qui connaît un succès fulgurant : ce sont les premiers youtubeurs. Ils lancent un phénomène qui marque durablement notre utilisation d’Internet, une forme de stand-up renouvelé grâce à la liberté totale de format dont ils bénéficient.
Un concept novateur
En 2009, un inconnu, héritier de SMOSH, crée sa chaîne et publie sa première vidéo, avec en guise de vignette, un dessin fait sur Paint et comme titre « Kick his a$$ » (« botte-lui le cul »). Il s’agit de Ray William Johnson qui crée là un nouveau concept : le commentaire de vidéos issues d’Internet. Cette formule connaît un énorme succès et en fait une des chaînes les plus regardées et suivies au monde ; plus particulièrement, son concept novateur va être repris et décliné par des milliers de youtubeurs, comme Mathieu Sommet ou Antoine Daniel en France.

Le roi est mort, vive le roi
Après cinq années de gloire, Ray William Johnson provoque en 2014 un coup de tonnerre sur Youtube en annonçant son départ : il ne présentera plus le désormais célébrissime show « Equals Three ».

La raison invoquée ? Ray pense avoir fait le tour de son personnage et veut passer à quelque chose de nouveau. Toutefois il ne souhaite pas abandonner un projet qui est toujours très populaire et annonce donc être à la recherche d’un nouveau présentateur. L’épisode récolte plus de 10 millions de vues et des milliers de commentaires éplorés sur le départ de Ray. Le nombre impressionnant d’articles et de vidéos consacrés à son départ montre que =3 était devenu un incontournable de la pop culture. Le Daily Dot va jusqu’à affirmer: « It’s the end of an Internet era.” (“C’est la fin d’une époque sur Internet”).

La relève
C’est finalement plus de quatre mois plus tard qu’Equals Three revient, avec comme nouveau présentateur le jeune inconnu Robby Motz, dans un épisode en partenariat avec Jenna Marbles, youtubeuse américaine renommée.

Si le début fut difficile pour Robby, largement critiqué et considéré comme un présentateur de niveau inférieur à Ray, finalement le jeune homme parvient à s’imposer et à trouver son rythme. De plus en plus populaire, son départ au terme de son contrat d’un an au sein du studio Equals Three provoquera à nouveau tristesse et nostalgie chez les amateurs du show.

La pomme de la discorde
Ray William Johnson avait prévu que tous les humoristes faisant part du Equals Three Studios feraient au moins une saison de =3. Robby devait donc laisser sa place.
Ray publie alors une vidéo qui est probablement la plus grande erreur de communication de sa carrière puisqu’elle nourrira un fort ressentiment de sa communauté envers le créateur du show.

Dans « Who’s gonna host Equals Three ? » Ray laisse entendre qu’au lieu de passer par des fastidieuses auditions comme il a dû le faire pour recruter Robby Motz, cette fois il va laisser le choix à ses abonnés qui pourront choisir entre tous les humoristes qui font un sketch dans la vidéo. Les deux noms les plus récurrents dans les commentaires sont alors soit Jules (la jeune femme blonde) soit Carlos (le jeune homme brun en veste orange).
En fait, ces mots exacts sont : « Je vais laisser les acteurs de Booze Lightyear  [une autre production des studios] jouer, et vous pourrez voir qui vous aimez ». Seulement, les internautes se sont enthousiasmés et ont cru qu’ils auraient leur mot à dire. Ainsi, Ray William Johnson aurait pour la première fois sur Youtube laissé les viewers faire un choix décisif pour le contenu de la chaîne.
 

La vidéo suivante « And the New Host is… », très attendue, paraît le 28 juillet et déçoit énormément les abonnés. En effet, le nouveau présentateur n’est autre que Kaja Martin, une des créatrices du studio, qui avait été très peu plébiscitée dans l’épisode précédent.
Ray W. Johnson avait choisi la présentatrice d’avance, sans tenir compte des avis des abonnés qui étaient à ses yeux purement consultatifs. Ceux-ci ne lui pardonneront pas de leur avoir laissé croire qu’ils pouvaient être partie prenante dans la création du studio. L’énorme déception est visible à travers les votes, qui pour la première fois dans l’histoire de la chaîne sont très majoritairement négatifs.

L’incompréhension domine dans les commentaires, les internautes se plaignant que leur choix n’ait pas été pris en compte :

Seulement, beaucoup affirment que comme Robby à ses débuts, Kaja doit faire face à une vague de rejet qui par la suite s’éteindra.
 
Un âpre combat
Et Kaja reprend cet argument à de nombreuses reprises dans ses vidéos suivantes, affirmant ne pas s’inquiéter outre mesure des commentaires négatifs qu’elle reçoit. Pourtant, loin de disparaître, le mécontentement grandit : si les vidéos qui suivent obtiennent une majorité de votes positifs, ce n’est que de justesse. D’ailleurs, la seule vidéo véritablement plébiscitée est celle dans laquelle elle annonce son départ en tant que présentatrice du show.
Le nombre d’abonnés baisse également, tout comme le nombre de vues. Un épisode de Ray atteignait jusqu’aux 10 millions de vues, ceux de Kaja ne parviennent jamais au million. Quant aux commentaires, ils sont en très grande majorité négatifs.
Un tournant s’opère dès mi-septembre 2015, quand le nombre de dislikes redevient plus élevé et que les abonnés expriment de plus en plus leur lassitude envers Kaja. Une certaine mode apparaît, celle de commenter à chaque vidéo de Kaja « Came, disliked, left ».

 
 
Malgré ce constat préoccupant pour le show, de manière inexplicable, Ray William Johnson s’obstine à maintenir son amie en place. Les viewers s’étonnent de plus en plus du silence assourdissant du créateur de la chaîne, au moment où l’impopularité du show devient criante : aucune vidéo n’a un ratio de votes positif depuis le 15 septembre. Les internautes montrent leur incompréhension (pour ceux qui persistent à regarder les vidéos du studio) à travers les commentaires.

 
Le nombre de vues ne cesse de s’effondrer et les abonnés perdent clairement patience :

 
La pérennité de ces critiques est  exceptionnelle : alors que tout « bad buzz » finit en général au bout d’un certain temps par s’éteindre sur Youtube, le phénomène persiste depuis des mois sur la chaîne, c’est-à-dire une éternité sur Internet.
L’happy ending de Noël
La situation devenait intenable : d’abord pour les fans qui ne comprenaient pas que leur avis soit à ce point ignoré, mais aussi pour le studio, qui ne peut pas continuer à exister si le nombre de vues et d’abonnés s’effondrent sans cesse. Finalement, après cinq mois de présentation et malgré une manifeste répugnance à mettre ainsi fin au contrat de Kaja Martin, celle-ci annonce son départ.

La vidéo, intitulée « Big Announcement », amène plus de vues que d’habitude et pour la première fois depuis des mois est largement plébiscitée.

Enfin, le nouveau présentateur prend place : ce n’est autre que Carlos, l’humoriste le plus apprécié lors de la vidéo du vote. Deux semaines avant Noël, il présente pour la première fois =3.

Et c’est un véritable succès ! Le nombre de dislikes est très faible alors que les commentaires félicitent unanimement le nouveau présentateur. Seulement, =3 a du mal à se remettre du ravage causé par Kaja Martin : les vues, si elles sont un peu plus nombreuses, n’atteignent toujours pas le million. Carlos a réussi à enrayer les critiques et probablement la disparition programmée du show, mais il reste encore beaucoup à faire pour que =3 retrouve son lustre d’antan.
Le sort d’Equals Three montre les ravages que peut faire une erreur de communication ; si Ray n’avait pas laissé croire qu’un choix était possible, peut-être que Kaja Martin aurait été accueillie bien plus favorablement. Toutefois, la persistance des critiques montre qu’elle n’était réellement pas de taille à présenter le show, et Ray a commis alors une deuxième erreur. En s’enfonçant dans un silence obstiné qui lui permettait d’ignorer le problème, il a suscité incompréhension et colère chez ses fans dont beaucoup ont préféré arrêter de suivre le show. Or une émission ne vit que grâce à son public et ne peut donc se permettre de l’ignorer. Toutefois, l’histoire d’Equals Three montre que Youtube reste un média démocratique où les spectateurs parviennent, de gré ou de force, à se faire entendre.
 
Myriam Mariotte
Source
https://en.wikipedia.org/wiki/YouTube
https://www.youtube.com/channel/UCGt7X90Au6BV8rf49BiM6D
https://www.youtube.com/watch?v=ygufbVxFvcw