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Politique

Sarkozy : la présence d’une absence ou la construction d’un fantasme médiatique

 
Hegel remarque que tous les grands faits et les grands personnages de l’histoire adviennent toujours deux fois. La plupart des médias français semblent apprécier cette réflexion philosophique en célébrant eux-mêmes les « Cent jours » de notre ancien président de la République. En effet, force est de constater que depuis la rentrée, et d’avantage encore en cette période de crise que traverse l’UMP, l’orchestre médiatique gaulois s’applique sereinement à ressusciter celui qu’on pensait mort.
 
Dis, quand reviendras-tu ?
A l’heure où l’on s’apprête à célébrer les quinze ans de la mort de la chanteuse Barbara, la partition philarmonique des médias semble très bien correspondre aux paroles de la chanson Dis, Quand reviendras tu ? En effet, les journalistes ne se contentent pas de lire de la philosophie, mais s’inspireraient également les classiques de la musique française pour élaborer leur pensée. L’hymne nostalgique des médias en hommage à l’ancien Président n’est pas sans rappeler les paroles élégiaques de Barbara :
Au printemps tu verras je serai de retour (…)
Ton image me hante (…)
J’ai beau t’aimer encore, j’ai beau t’aimer toujours, j’ai beau n’aimer que toi, j’ai beau t’aimer d’amour, si tu ne comprends pas qu’il te faut revenir; je ferais de nous deux mes plus beaux souvenirs (…)
J’irais me réchauffer à un autre soleil (….)

 
Un second mandat dans les médias
Le 22 octobre dernier, on pouvait lire dans Libération la chronique de D.Schneidermann évoquant avec beaucoup d’humour et de réalisme la nostalgie des « sarkolâtres » et des « sarkophobes », tous en mal de buzz médiatiques souvent alimentés auparavant par Nicolas Sarkozy. Durant la semaine du 19 au 25 novembre, l’ancien chef de l’Etat aura fait la couverture de trois quotidiens nationaux (Libération, Le Monde, Le Parisien). Mais c’est l’hebdomadaire Le Point  qui sacralise cette tendance nostalgique pour Nicolas Sarkozy avec une couverture aussi percutante que révélatrice sur laquelle on peut lire le titre « Et le vainqueur est …Sarkozy» accompagné d’une photo de Sarkozy (100000 exemplaires vendus). Le Point avait déjà sorti un numéro titré « Coucou me revoilà… » (27 septembre), précédé par M Le Magazine du Monde avec un article sur Les Sarkozy « la vie d’après », et Le Figaro Magazine qui se demandait si il allait revenir (5 octobre).
Dans l’hebdomadaire ELLE du 26 octobre, où les journalistes M.Fitoussi et V.Toranian interview Carla Bruni Sarkozy, on ne sait pas qui est le véritable sujet de l’article : Carla bruni, ex-Première Dame et chanteuse, Carla Bruni, femme de Nicolas Sarkozy, ou Nicolas Sarkozy lui-même. En effet, le sous-titre « Son homme, l’Elysée, la campagne, la défaite, la maternité, son avenir… » traduit un intérêt particulier pour l’ancien Président. La maladresse des journalistes a été de définir Carla B-S à travers d’abord son mari et sa carrière. L’article n’est pas inintéressant lorsqu’arrive la question désormais incontournable sur le potentiel retour de son mari ; Carla B-S. répond : « C’est un retournement qui n’a rien avoir avec la réalité. C’est plutôt un emballement médiatique. ».
 
Fuis moi je te suis, suis moi je te fuis
Depuis la fin de son mandat, l’ancien chef de l’Etat semble avoir opté pour la discrétion médiatique,  une stratégie qu’il faut reconnaître efficace. On est passé de l’exclamation permanente et de l’agacement  aux chuchotements curieux de savoir ce qu’est devenu, ce que pense, ce que fait Nicolas Sarkozy. Les médias s’emparent de ce silence qu’ils rendent assourdissant (notamment le choix de l’ancien président de ne pas se prononcer sur son soutien à un candidat pour la présidence de l’UMP.).
Cette nostalgie consensuelle soulève malgré tout plusieurs paradoxes. En effet, les sondages révèlent que cette nostalgie ne serait pas partagée par l’opinion : un sondage CSA pour RTL montre que 55% des Français ne souhaitent pas le retour de Nicolas Sarkozy. Mais cette information n’a pas été correctement relayée dans les médias, ceux-là même qui font du retour possible de Sarkozy en politique un véritable acquis, selon un imaginaire collectif de la reconquête du pouvoir comme une norme historique établie (Pensons à Napoléon, De Gaulle…).  Autre paradoxe critique de ce fantasme médiatique : la mise à jour du jeu vicieux auquel se prêtent à merveille Nicolas Sarkozy et les médias, le fameux « fuis moi je te suis, suis moi je te fuis », splendide stratégie du chat et de la souris.
 
Instrumentalisation du chœur 
Au-delà de « l’emballement médiatique », cette stratégie ambivalente serait un excellent moyen pour l’ancien chef de l’Etat d’acquérir une nouvelle légitimité, c’est-à-dire une reconnaissance et une visibilité que lui confèreraient, malgré eux, les journalistes. En effet, les médias semblent être un excellent instrument de légitimation (ou de décrédibilisation) pour réhabiliter une figure politique, avant de préparer son éventuel retour. Mais ce « coup d’Etat » n’est pour le moment que médiatique et anecdotique. Il faut savoir s’en méfier. Bien que les contours de l’ombre qu’il porte encore sur la politique soient accentués dans le paysage médiatique,  Nicolas Sarkozy ne s’est plus exprimé publiquement sur sa carrière depuis une dernière interview en mai dernier. Or, les absents ne sont qu’un nom : il y a des moments où l’on doute de leur vie.
 
Margaux Le Joubioux
Sources
Le Point « Et le vainqueur est…Sarkozy » (22 novembre)
ELLE « Carla Bruni-Sarkozy : la nouvelle vie » (26 octobre)
Rebond de D.Schneidermann « Et si on créait un Sarkoparc ? » 22 octobre
Barbara, Dis quand reviendras tu ?
– Tombeau, Poésies de Mallarmé
 

Politique

Demain à la Une

 
Le journal satirique Charlie Hebdo a récemment publié son dernier numéro, aussi sulfureux que les précédents. Après s’être attaqué aux religions juive et musulmane, c’est au tour du christianisme. En effet, les Unes de presse sont de plus en plus chocs et agressives et l’exemple de Charlie Hebdo n’est plus un cas isolé. On constate, dans les unes de la presse française, une recrudescence des sujets chocs et des titres accrocheurs, le tout sur un parfum de scandale : le Figaro, le Point, Marianne ou encore le Nouvel Observateur… Tous ces journaux ont un point commun : l’utilisation du scandale et une agressivité latente des titres proposés. On se souvient du désormais célèbre « Casse-toi riche con » de Libération.
Le scandale serait-il devenu le nouvel opium du peuple ?
 
En effet, ce besoin de se montrer, voire d’exister puise ses sources dans la crise que vit actuellement la presse. La baisse du nombre de lecteurs oblige la presse à redoubler d’efficacité au niveau éditorial. Choisir un sujet polémique et  faire une Une « trash » est aujourd’hui devenu banal, que cela soit dans la presse quotidienne ou dans les magazines. Certains en ont même fait leur marque de fabrique. Charlie Hebdo fait encore et toujours parler de lui grâce à ses caricatures qui font polémique. De son côté, le magazine les Inrockuptibles traite l’information de façon décalée et  rock’n’roll, en assumant ainsi ce côté sulfureux. Le scandale fait couler beaucoup d’encre, notamment du côté des journalistes « bien-pensants », des philosophes ou mêmes des associations, qui s’insurgent, attaquent et ne font qu’alimenter la polémique.
Malgré les critiques, il semblerait que la recette fonctionne puisque ces titres accrocheurs tendent à maintenir la presse à flot. En effet, selon l’OJD les Inrocks se sont vendus  à 55 000 exemplaires par mois en 2011. Quant à Libération, le quotidien enregistre une forte progression de ses ventes la même année (5,3%).  « Casse toi riche con » s’est écoulé à 56 000 exemplaires, et le numéro de Charlie Hebdo caricaturant le Prophète musulman était épuisé en kiosque quelques heures après sa parution. L’audace et le scandale font donc bien recette.
En somme, l’audace, et l’agressivité des Unes françaises ne seraient qu’un moyen comme un autre d’attirer un lectorat de plus en plus friand des sujets polémiques. Les articles sont toujours des articles de fond, qui traitent de tous les aspects du sujet en donnant la parole aux avocats et aux détracteurs, comme en témoigne l’article du Point, du 1er novembre, qui titre « Cet islam qui gêne ».
Mais au-delà de cela, on peut également se demander si cette ligne éditoriale n’est pas simplement une volonté pour la presse de rassurer ses lecteurs sur son rôle de contre-pouvoir. En effet, dans un monde où Internet et les réseaux sociaux se proposent comme les médias de la libre parole, de la transparence et de la liberté, le rôle de la presse est mis à mal. On ne pense plus le journaliste comme garant de la liberté d’expression, de l’éthique et de la vérité, mais comme des hommes et femmes embourgeoisés dans leur rôle confortable auprès des personnes de pouvoir.
Cependant, on le voit, celui qui fut auparavant appelé le Quatrième pouvoir insiste, persiste, montrant ainsi qu’il a encore et toujours sa place dans un monde où Internet voudrait la loi.
Enfin, les opposants de ces Unes sont eux-mêmes pris au piège dans leurs contradictions puisque la polémique rend les sujets attrayants.  Ces mêmes personnes s’intéressent à la polémique et lisent ces articles.
La presse est désormais devenue adepte du célèbre adage : « Qu’on en parle en bien ou en mal, le principal c’est qu’on en parle ».
Reste à ne pas tomber dans le piège des bruits de couloirs et des rumeurs qui pourrait entacher le métier de journaliste. Affaire à suivre…
 
Laetitia Aïred
 
Sources

http://www.liberation.fr/medias/2012/09/19/les-caricatures-de-charlie-hebdo-suscitent-des-reactions-embarrassees_847323
http://lci.tf1.fr/politique/liberation-assume-sa-une-choc-sur-arnault-7512682.html
http://electronlibre.info/archives/spip.php?page=article&id_article=01245
http://www.ozap.com/actu/en-2011-les-inrockuptibles-est-le-magazine-d-actualite-qui-a-le-plus-progresse/439201
http://www.ozap.com/actu/les-ventes-du-quotidien-liberation-ont-explose-en-2011/439145
 

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Politique

Les Umpardonnables

 
Désunion. Immobilisme. Guerre des chefs pour le pouvoir.
Voilà l’exact contraire d’une union pour un mouvement populaire. Et pourtant c’est bien l’image que véhiculent les prétendants à la présidence de l’UMP depuis maintenant plus d’une semaine et demie.
Une semaine et demie où la communication a montré plus que jamais son importance vitale, puisqu’au fond, c’est un enchaînement de faux pas, d’actions, et de déclarations hasardeuses qui met en péril l’avenir politique de Jean-François Copé, François Fillon, et de leur parti. Comment l’image d’un parti qui a gouverné la France durant les dix dernières années a-t-elle plus voler en éclats en quelques jours à peine ? Et surtout quels enseignements en tirer ?
La crise était prévisible : du fait des tensions internes travaillant l’UMP depuis des mois et aiguisées par les défaites cumulées des présidentielles et des législatives, du fait de la guerre d’influence qui avait déjà lieu entre Messieurs Copé et Fillon par le biais des motions, du fait enfin de l’ombre de Nicolas Sarkozy qui plane toujours au-dessus du parti.
Du reste, face aux multiples sondages réalisés auprès de sympathisants UMP donnant à penser une large victoire de François Fillon (prenons en exemple le sondage BVA publié le 16 novembre, annonçant que  67% des sympathisants UMP préféraient Fillon à Copé pour diriger l’UMP), les fins observateurs n’étaient pas dupes : tout simplement parce que les sympathisants ne sont pas les militants.
Les scores s’annonçant serrés, des deux côtés, on jouait la carte de la confiance : l’un pouvant s’appuyer sur de « bons » sondages, et l’autre sur la force de frappe de ses militants et ses réseaux d’influence. Aussi la soirée électorale du 18 novembre commençait bien : on avait tous en mémoire des scrutins indécis, comme l’élection présidentielle américaine de 2000, ou plus récemment le congrès de Reims du PS en 2008. Quand tout à coup, peu avant minuit Jean-François Copé prend la parole : « Les militants et militantes de l’UMP viennent aujourd’hui de m’apporter la majorité de leurs suffrages, et ainsi de m’élire président de l’UMP ». Alors, c’est l’engrenage : quelques minutes plus tard François Fillon prend la parole et revendique à son tour la victoire !  S’en suit un jeu où par seconds couteaux (on parle en communication de crise de « fusibles ») interposés le but consiste à renvoyer la balle dans le camp de l’autre à coup d’accusation de fraudes par ci, de magouille par là. Tout ceci pour apprendre que la Commission d’organisation et de contrôle des opérations électorales (COCOE) aurait oublié de prendre en compte les voix de l’Outre-Mer… La Twittosphère et les internautes se déchaînent, faisant de l’UMP la tête d’orage de tous les nuages de tags.
Superbe exercice de démocratie dans un contexte où le désaveu des Français pour le système politique atteint déjà un seuil alarmant : 60% disent que la démocratie ne fonctionne pas très bien ou pas bien du tout ; 52% ne font confiance ni à la droite ni à la gauche pour gouverner le pays (CEVIPOF–Baromètre confiance en politique – Octobre2011).
La violence de ce combat de personnes – qui a, vous le noterez, annihilé tout semblant de débat d’idée – aura au moins eu le mérite de mettre à nu François Fillon et Jean-François Copé : on a rarement l’occasion de voir les responsables politiques poussés à ce point au bout d’eux-mêmes, de leurs doutes, de leurs ambitions.
Mais qu’avons-nous découverts au bout du compte ? Des « présidentiables » prêts à tout sacrifier, y compris la démocratie, pour conquérir un pouvoir en lambeaux.
La proposition d’un référendum pour savoir s’il faut revoter, un « vote sur le vote » ironise Libé le 28 novembre, ne peut même plus donner l’illusion des bonnes intentions. Le mal est fait. Les cotes d’avenir de Fillon et Copé sont en chute libre (au 28 novembre, ils perdent six points chacun par rapport au mois dernier), et certains responsables de l’UMP commencent à lorgner du côté de l’UDI…
Un accord en amont pour une communication unie, transparente, et surtout prudente était pourtant possible.  Il aurait permis à l’UMP de donner une remarquable image d’unité, d’assurer sa survie, de garantir à son président la légitimité nécessaire, et de se prémunir contre le risque d’une élection façon « congrès de Reims ».
Au lieu de ça, nous avons vu les leaders de l’opposition devenir les meilleurs alliés du gouvernement.
 
Grégoire Noetinger

Politique

La Valls-mania : splendeurs et misères d’un virtuose de la communication

Camps de roms, émeutes, violences urbaines, tueries policières… L’effervescence politico-médiatique autour du Ministre de l’Intérieur révèle une fascination pour celui qui fut aussi le directeur de communication de la campagne de François Hollande,  à tel point que certains le rêvent déjà à Matignon.
 Comment ce virtuose de la communication parvient-il à incarner la figure du chef dans un gouvernement en recherche de leadership ?  Si l’actualité brûlante et le charisme du Ministre pèsent lourd dans la balance, M. Valls est toutefois parvenu à se tailler, seul,  un costume de leader du gouvernement.
Depuis l’été, les projecteurs sont braqués sur lui. Toujours  plus populaire, l’« hyperministre » ne cesse de séduire l’opinion et l’exécutif, et de s’attirer les sympathies de l’opposition. C’est à l’Université de la Rochelle que le  phénomène Valls s’est  déployé dans toute sa splendeur, à travers un discours ferme, aux accents sécuritaires : « Je continuerai à mener le démantèlement des campements là où il y a de la misère sociale et sanitaire, de l’insalubrité. » Manuel Valls, adepte des formules grinçantes, a même tonné que la gauche devrait rétablir l’ordre républicain dans les quartiers où il y a « un ordre de la jungle ».

Le Ministre de l’Intérieur a profité d’une actualité estivale ultra-chargée.  Des émeutes d’Amiens en août aux règlements de compte en série à Marseille, en passant par les manifestations islamistes ou le double meurtre d’Echirolles, Manuel Valls  a pu mettre en œuvre son art de  manier le verbe et de maîtriser l’image, revêtant le costume du tribun et séduisant les médias. Il aurait ainsi donc  tenu le pari de l’alchimie complexe qu’est la communication politique, alors que les courbes de popularité de l’exécutif s’affaissent.

Cet accomplissement scelle une longue métamorphose, si on se souvient des premiers pas de M. Valls en politique à la tête des jeunes socialistes européens. Toutefois, il ne suffit pas à étouffer certains paradoxes : il n’est en effet  pas rare de lire dans la presse que la femme du Ministre, Anne Gravoin, influence les prises de position de son mari avec, dernièrement, une sortie  sur la « tolérance zéro » envers les SDF “fleurissant” sur les trottoirs, suite à une brève agression de la violoniste dans la rue. Si le Ministère a assuré qu’il n’y aurait aucune mesure privative, on se souvient  des déclarations de Mme Valls cet été à propos de la femme de Jean-Marc Ayrault,  affirmant qu’il était plus glamour d’être violoniste que « prof’ d’allemand ». Autant de couacs qui pourraient finir par porter préjudice à l’image de son mari.

Dans un paysage politique où le Premier Ministre peine à incarner l’autorité auprès de ses ministres, Manuel Valls apparaît, d’une certaine manière,  comme son héritier naturel, se saisissant des valeurs de courage et de fermeté dans un contexte de violences urbaines. Il joue aussi le rôle de l’homme d’action dans  un gouvernement trop souvent taxé d’ « attentisme ».

 Danaé DM

 

Big Bird Presidential Elections
Politique

The mood, the Bird and the Romney

 
Petit à petit, l’oiseau jaune faisait son nid.
En effet, le fameux Big Bird de l’émission Sesame street, créée en 1969, a peu à peu envahi les télévisions américaines (et même mondiales puisque certains épisodes de la série ont été diffusés dans plus de 140 pays). Les  fondateurs de l’émission avaient choisi d’utiliser des Muppets pour  présenter aux jeunes enfants de courts épisodes à buts pédagogique et culturel (apprendre l’alphabet en chantant par exemple). Les parents pouvaient du même coup en profiter pour prendre un peu de temps pour eux. En somme, l’émission quotidienne diffusée par la chaîne à financement public PBS évoque de tendres souvenirs à plus de 77 millions d’Américains.
Aussi, le candidat Mitt Romney avait-il sous-estimé cette importance culturelle et sociale lorsqu’il a annoncé au cours d’un débat avec Barack Obama qu’il supprimerait les subventions accordées à PBS une fois élu. Cela dans le but de réduire la dette.
De très nombreux Américains avaient été choqués par cette  affirmation. Certes, Mitt Romney s’était rapidement rattrapé en avouant son enthousiasme à l’égard de la série. Quelques jours plus tard il avait même déclaré qu’il était persuadé que PBS disposerait des fonds nécessaires pour s’autofinancer. Pourtant, son « I love Big Bird » n’avait pas suffi à calmer les Américains, scandalisés à l’idée qu’on puisse toucher à cette madeleine de Proust qu’est Sesame street.
Les réactions avaient  d’ailleurs été quasi instantanées sur les réseaux sociaux. Particulièrement sur Twitter où l’oiseau bleu avait pris  la défense de son cousin jaune.  En plus des deux comptes créés en commun suite à l’interview (@ FiredBigBird et @Big Bird), de nombreux utilisateurs avaient « tweeté » pour partager leur mécontentement face à cette atteinte.
Une Puppet march a même été organisée le 3  novembre dernier, juste avant les élections présidentielles. Elle a déployé  plus d’ un million de participants  dont 1000 professionnels  venus chargés de Muppets, mascottes et autres marionnettes colorées.
Mitt Romney en voulant résoudre un problème financier, avait donc porté atteinte à l’identité culturelle américaine. Les 77 millions d’Américains qui ont regardé la série durant leur enfance voient dans la suppression potentielle des subventions à PBS, l’annonce de la fin possible d’une émission  qui a réuni de nombreuses générations. Une émission qui a permis également à de nombreux parents de profiter de leurs enfants dans le calme. Qu’ils se rassurent, Sesame street était très peu financée par PBS et dispose d’assez de fonds et de partenaires pour s’autofinancer, du moins dans les prochaines années.
L’ancien candidat Mitt Romney s’était tout de même enfoncé une sacrée épine dans le pied en osant toucher à des figures emblématiques de la télévision américaine. Peut-être pensait-il rassurer les Américains, leur montrer que les coupures budgétaires n’affecteraient pas immédiatement leurs revenus. Dommage pour lui, ce coup médiatique n’avait certes pas été un coup de pub !
Même si cette polémique ne suffit pas à expliquer la victoire de Barack Obama,  ce-dernier avait  sauté sur l’occasion pour ridiculiser son concurrent. En effet, un clip publicitaire avait ainsi été confectionné sur l’avis de ses conseillers en communication. Il mettait en scène un Big Bird accusé par Mitt Romney d’être un grand criminel. Mais ce clip suggérait surtout aux spectateurs que le candidat républicain centrait le débat sur un problème qui n’en est pas un, n’osant pas s’attaquer à Wall Street directement.
Mais Big Bird, tout comme son jeune public, a préféré ne pas s’intéresser à la politique. Sesame street avait immédiatement annoncé qu’elle ne cautionnerait pas cette publicité et ne ferait pas apparaître publiquement les personnages du programme.
Avec la victoire de Barack Obama, les jeunes fans de Big Bird peuvent se tranquilliser. L’oiseau jaune continuera son vol sans se soucier de ses finances !
 
Pauline St Mac
Sources :
Huffington Post, ici et là
Usatoday
Washington Post

Politique

Un pas en avant, deux pas en arrière…

 
Entre chili con carne, nucléaire, cannabis, les membres du jeune gouvernement Ayrault s’expriment à leur guise au détriment de sa cohérence et de sa crédibilité.
Six mois après la victoire de François Hollande, une suite de maladresses donne l’impression que le nouveau gouvernement a bien du mal à donner l’image d’une équipe forte et soudée.
Prenons le cas Peillon. Dès le 17 mai 2012, soit 24 heures après sa nomination, le tout nouveau ministre de l’Éducation crée la polémique en annonçant sans crier gare le retour de la semaine de cinq jours pour les élèves du primaire, prenant de court ses nouveaux collègues.
Difficile de savoir si Vincent Peillon avait prévu l’impact de sa déclaration. Mais, sa détermination à vouloir faire passer une loi sans que parents et professionnels du secteur n’aient été consultés a eu son petit effet. Et le Premier ministre de corriger le tir le lendemain : « la méthode, c’est la concertation » . Apparemment, les élans de Vincent Peillon ne plaisent pas… bien qu’ils entrent dans la logique des propositions de campagne du candidat Hollande. Le ministre n’irait-t-il pas un peu trop vite ?
L’annonce soudaine de cette réforme arrive alors comme un cheveu sur une soupe pas tout à fait prête. Elle inaugure surtout la série de couacs dans la communication du gouvernement.
En bon chef, Jean-Marc Ayrault veille et semble toujours là pour rattraper les écarts de ses ministres. C’est ainsi que le 14 octobre dernier, le même ministre de l’Éducation affirme au micro de France Inter (Tous politiques) qu’il était favorable à l’ouverture d’un débat sur la dépénalisation du cannabis. Encore une fois, les réactions ne se font pas attendre, notamment sur les réseaux sociaux… Là où le ministre affirme plus tard qu’il ne faisait qu’émettre un avis personnel indépendant de la politique du gouvernement, la rapide et virulente réaction d’ Ayrault laisse entrevoir la profondeur du problème communicationnel qui sclérose son équipe.
« Lorsqu’ils sont à la radio et la télévision, ils doivent défendre à la fois la politique de leur ministère et la politique du gouvernement, et rien d’autre »
D’autant plus que le Premier ministre avait déjà du subir les foudres de la droite lorsque, le 5 juin dernier, la ministre de l’Egalité des territoires et du Logement Cécile Duflot laissait également entendre ses positions quant au statut pénal du cannabis . Au-delà du recours récurrent au joker de « l’opinion personnelle qui n’engage personne d’autre », ne faut-il pas voir dans les déclarations de l’ex-secrétaire nationale d’Europe Écologie les Verts une tentative d’insuffler ses idées au sein du gouvernement au profit de son parti d’origine ? Faut-il voir à travers les « bourdes » dans la politique du gouvernement l’absence d’une cohésion et d’une cohérence ?
Ces dissonances entre membres du gouvernement créent une véritable cacophonie qui met en doute la crédibilité du premier gouvernement socialiste depuis 2002. L’opposition UMP ne se garde pas d’ailleurs de le souligner comme si la perche lui était constamment tendue.
Le désordre ministériel semble alors arriver à son paroxysme lorsque le 24 octobre dernier le Premier ministre lui-même devient un « élément perturbateur ». En effet, ce jour-là Jean-Marc Ayrault devance les Sages et annonce un jour avant la prise de décision du Conseil Constitutionnel le sort de la loi Duflot sur le logement social. L’UMP profite de cette nouvelle fausse note pour dénoncer ce qu’elle considère comme une « négation de l’indépendance de l’institution ». Notons que le Premier ministre présentera ses excuses le lendemain à l’Assemblée : « Je me suis peut-être trompé en anticipant un peu ». Peut-être…
Libération sanctionne ce nouveau faux pas avec sa une « Les Apprentis » du 25 octobre 2012. La photographie rend encore plus claire la référence au film de Pierre Salvadori. Faut-il donc considérer les fautes du gouvernement comme de simples erreurs de jeunesse ?
En outre, le Premier ministre semble être la cible d’un « Ayrault bashing ». Il répond à ses détracteurs en dénonçant des « chroniques de démolition quotidienne ». Jean-Marc Ayrault précise tout de même que tout cela ne l’intéresse pas. Mais, son intérêt devrait peut-être (justement) se porter sur les problèmes de communication et le manque de cohésion de son équipe ? Surtout si on prend en compte sa mauvaise cote de popularité sans cesse mise en avant dans les médias.
 
Khady So

Politique

Quand les gazouillis sonnent comme un « Heil »

 
Tout le monde aime les chants d’oiseaux. C’est doux, apaisant, bucolique, et idéal pour animer un trajet en ascenseur. Il existe cependant des moments où une performance aviaire tombe vraiment mal, comme par exemple un lendemain de beuverie.
Cette comparaison douteuse m’amène à parler du hashtag le plus discuté de la mi-octobre, j’ai nommé #UnBonJuif.
Commençons par un petit rappel des faits pour ceux que les drames de Twitter ne captivent guère. Le 10 octobre, ce tag apparait parmi les tendances du jour sur le réseau social, chaque mention étant associée à une blague plus ou moins antisémite, allant de l’éculée vanne nasale à des références nettement odieuses. SOS Racisme et l’UEJF (Union des Etudiants Juifs de France) réagissent six jours plus tard devant le maintien du phénomène, la seconde peinant à contacter Twitter (qui ne dispose pas d’une antenne française) pour finalement obtenir le 18 un entretien téléphonique avec sa direction des affaires publiques.
Le soutien préalable de Christine Taubira, ainsi que la menace d’un référé contre l’entreprise californienne, permettent d’obtenir la promesse de suspension d’une trentaine des comptes aux tweets les plus insultants (sur environ 1600) sans que Twitter n’accepte de divulguer les coordonnés des abonnés fautifs, pour enfin tenter durant quelques jours de se rétracter sur la démarche entière. Les propriétaires du réseau se retranchaient en effet derrière leur simple qualité de « médiateur », preuve à l’appui dans leurs Conditions Générales d’Utilisation.
Il ne s’agit pas ici de discuter la portée d’un antisémitisme français, pas plus que le mythe récurrent du « complot juif ». Faisons cependant un bref détour historique, en nous rappelant que la République – la nôtre comme les précédentes – n’est pas exactement étrangère à ce type de dérive. Ainsi la France des années 30 voyait fuser contre le Front Populaire des critiques nettement plus calomnieuses. Si le traumatisme de la décennie suivante a rendu de tels propos tabous, il reste l’évidence que Desproges n’aurait certainement pas eu un tel succès avec son « On me dit que des Juifs se sont glissés dans la salle » s’il n’avait pas touché du doigt un problème de fond.
En 2012, ce sont les agressions récentes contre la communauté juive, ainsi que la montée parallèle d’une forme d’islamophobie, qui rendent inévitables les réactions à un état de fait amplifié par l’instantanéité du social networking.
Et c’est là qu’est le Couac (Couac… Oiseaux… Non ?) et avec lui le point qui nous intéresse vraiment. Les dérapages racistes n’ont rien de nouveau sur Internet – il existe aussi sur Twitter #UnBonNoir et #UnBonMusulman, passés relativement inaperçus jusqu’ici. Ce qui l’est en revanche, c’est le pas historique effectué sur ce réseau, qui a pour la première fois modéré les messages de ses utilisateurs, comme il avait promis de le faire en début d’année.
Le 18, jour du coup de fil de l’UEJF en Californie, Twitter suspendait le compte d’un groupe néo-nazi outre Rhin à la demande de la police allemande – il existe en effet une seconde voie pour supprimer des tweets illégaux, prévue pour les instances gouvernementales.
Alors, maintenant que Twitter a cédé en France également, #UnBonJuif annonce-t-il une nouvelle attitude vis-à-vis des réseaux sociaux, où tout dérapage pourra être rectifié par une plainte ? Il est difficile de ne pas déceler le danger pour la liberté d’expression, malgré la banalité de l’argument.
Et si les attaques pour incitation à la haine raciale deviennent monnaie courante, pourquoi pas les poursuites en diffamation ? L’un des outils essentiels en matière de communication pourrait changer profondément sa nature, s’il évoluait en champ de bataille judiciaire.
 
Léo Fauvel
Crédits photo : © Jaubert / Sipa
 

Activists "Femen" take part in a protest against Italian Prime Minister Silvio Berlusconi in Kiev
Politique

Jakadi montrez vos seins !

 
Début septembre, le mouvement féministe ukrainien Femen a ouvert un centre à Paris. Le principe de l’organisation consiste à faire défiler ses membres seins nus pour attirer l’attention sur des problèmes aussi divers que le racisme, la pornographie, la pauvreté, le sexisme, la liberté de la presse… Depuis 2008, Femen a bénéficié d’une couverture médiatique considérable, avec des retombées relativement positives. Cependant un malaise subsiste, d’où les nombreuses polémiques qui accompagnent chacun de leurs happenings.
Reconnaissons leur d’abord de nombreux mérites : en exposant leur délicat épiderme à des températures parfois glaciales, ces jeunes femmes ont su insuffler au mouvement féministe une nouvelle dynamique, et une modernisation plus que nécessaire. Les nombreux échecs de communication des associations plus anciennes (on repense au tollé général provoqué par la suppression du « mademoiselle » dans les documents administratifs) avaient eu des conséquences déplorables sur l’évolution des mentalités. Le stéréotype de la féministe agressive et prompte à l’émasculation systématique de tout symbole un tant soit peu phallique persiste (peut-être même plus encore aujourd’hui qu’il y a 30 ans). Avec pour conséquence l’émergence de toute une génération de femmes qui au mieux ne se reconnaissent pas dans ces revendications, au pire se déclarent – aberrant paradoxe – antiféministes. A ce titre, le feedback plutôt bienveillant que suscite l’action des Femen apparaît comme un exploit. En rendant le militantisme plus glamour, elles permettent une identification massive qui n’était pas forcément rendue possible par les actions éparses d’intellectuelles souvent peu charismatiques. C’est donc ironiquement en féminisant le féminisme qu’elles ont réussi à se faire entendre, mais c’est bien là que réside le problème.
Au cours de chacune de leurs manifestations, le corps est certes mis en valeur. Cependant, il est plus exposé en tant qu’objet de désir que somme naturelle des attributs féminins. Presque toutes les manifestantes sont jeunes, souvent belles et relativement minces. Pas de rides, pas de gras : l’acte militant se doit d’être esthétique. Mais du coup, le message revendiqué est subverti : consciemment ou non, les militantes font valoir leur sexualité plutôt que leur féminité. Quand certaines féministes manifestent affublées de fausses barbes pour dénoncer l’absurdité de la domination masculine dans certains domaines, les Femen adoptent un processus inverse. Elles soulignent non pas une absence d’attributs masculins comme obstacle dérisoire à l’égalité des sexes, mais au contraire une féminité outil d’émancipation car sexuellement désirable. Et si le succès de cette communication est fulgurant sur le court terme, les conséquences sur les valeurs défendues sont plus ambiguës. Ainsi, ce que les Femen gagnent en visibilité, elles risquent de le perdre en crédibilité. On assiste de plus en plus à une dynamique contre-productive : lors des happenings, les regards sont bien plus souvent rivés sur les seins que sur les banderoles (certaines photos de reportage se révèlent assez comiques de ce point de vue : voire l’image ci-dessus). En faisant (malgré elles ?) de la concupiscence généralisée la base de l’efficacité de leur organisation, elles utilisent les ressorts sexistes les plus archaïques du système contre lequel elles prétendent lutter.
Ce paradoxe formel se retrouve également sur le fond. Leurs campagnes ont certes le mérite d’avoir attiré l’attention de nombreux médias à travers le monde, mais posent néanmoins problème. Ici, il apparaît souvent que la communication prime sur l’information. De fait, chaque article évoquant le combat des Femen s’attache en moyenne davantage à décrire leur mode d’action qu’à détailler les causes défendues. C’est d’autant plus dommage que celles-ci sont légitimes et mériteraient de bénéficier beaucoup plus de l’engouement généralisé autour du mouvement. De plus, la diversité de leurs actions entraine fatalement quelques dérapages. Ainsi, pour protester contre la décision du tribunal dans l’affaire des Pussy Riot, des activistes ont scié par erreur une croix catholique, et non orthodoxe, dans le centre-ville de Kiev, suscitant une indignation généralisée. Preuve qu’une notoriété internationale ne fait pas tout, et que l’approximation n’a pas sa place au cœur d’une telle exposition médiatique.
Pour les associations ou les ONG, les campagnes de communication sont d’autant plus importantes et délicates que les retombées ne concernent pas l’image d’une marque ou d’un produit, mais bien l’évolution des mentalités de toute une société. Les erreurs de communication se payent donc cher dans la mesure où elles nuisent à la diffusion de revendications qui sont pourtant souvent fondamentalement justes. Savoir être percutant sans être racoleur, tout en privilégiant la diffusion de l’information : là résident les principaux défis de l’action militante aujourd’hui.
 
 Marine Siguier

Romney Accepts Party Nomination At The Republican National Convention
Politique

Clint Eastwood et la chaise vide

 
Dans la course aux électeurs américains, les stars hollywoodiennes jouent un rôle majeur : la bataille entre Barack Obama et Mitt Romney n’est pas seulement politique, elle est très people : c’est à qui comptera dans ses rangs le plus de soutiens de personnalités.
Jusqu’ici, c’est plutôt le parti démocrate qui gagne, Barack Obama peut se vanter de recueillir par exemple le soutien de Léonardo Dicaprio, Will I Am ou encore Kirsten Dunst.
L’apparition de Clint Eastwood, le jeudi 30 août, à la convention républicaine devait donc probablement être très attendue par le camp Mitt Romney. Après tout, l’homme est un réalisateur et acteur dont la renommée n’est pas à discuter, et donc un argument assez lourd pour les républicains.
Mais voilà, la prestation de Clint Eastwood a pour le moins laissé à désirer. En effet, le discours du réalisateur est décousu, il cherche ses mots, bafouille et les 5 minutes prévues se transforment en un quart d’heure interminable. Mais le clou du spectacle, si l’on peut dire, est la petite (vraiment petite) mise en scène que Clint nous a offerte : pour pouvoir critiquer la politique de Barack Obama, il décide d’utiliser la chaise vide disposée près de son pupitre, et de s’y adresser sporadiquement comme si Obama y était assis. Il lui pose des questions, lui demande de se justifier, se tourne même soudainement vers la chaise pour lui dire « What do you mean, « shut up » ? » comme si son Barack fictif l’avait interrompu. Rapidement, on se demande même si les républicains qui s’esclaffent dans la salle rient véritablement avec Clint ou s’ils rient de Clint. Un silence gêné accompagne même certaines de ses phrases.
Il faut dire que le coup de la chaise vide et de l’ami (ennemi ?) imaginaire, c’est quand même une idée bizarre … non, Clint ?
Alors Clint Eastwood a-t-il ruiné la convention républicaine et les espoirs de Mitt Romney ? En tout cas la chose a, comme toujours, beaucoup fait réagir les internautes. En vrac, un compte twitter @InvisibleObama a été ouvert (associé à une page facebook), des photos parodiant Clint et sa chaise ont tourné sur le web, et bien sûr les twittos y sont allés de leurs sarcasmes en 140 caractères !
Mais les électeurs républicains ont-ils été véritablement déçus par ce discours plutôt ridicule ? En fait, en ayant tant fait parler de lui, Clint Eastwood a peut-être simplement réussi (probablement sans le vouloir) à graver dans l’esprit des citoyens américains qu’il soutenait Mitt Romney, et c’est exactement ce qu’on lui demandait. Après tout, Clint Eastwood est, et restera, un vétéran du cinéma américain et un discours raté (qu’il a tout de même prononcé du haut de ses 82 ans) ne saurait nous le faire oublier.
Bien sûr, si le soutien de telle ou telle star pour un parti pourrait faire pencher la balance, on peut quand même espérer que ce ne sont pas les stars qui font la politique aux Etats-Unis, que ce n’est pas un chanteur ou une actrice qui va déterminer le vote des électeurs américains.
Alors pour quel combat voteront vraiment les électeurs américains, Mitt Romney VS Barack Obama ou « Clint Eastwood et le bide de la chaise vide » VS « la bande de stars hollywoodiennes fidèles au démocrate » ?
En tout cas si Mitt est élu, Clint ne pourra vraiment pas s’en féliciter !
 
Claire Sarfati
Crédits photo : ©Photo by Mark Wilson/Getty Images

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Politique

Votez Hank !

 
Soyons d’emblée très clairs, ceci n’est pas un article sur les Lolcats. Certes, le phénomène est intéressant, notamment lorsqu’on a des affinités avec le genre félin, mais il y a plus original : Hank.
Hank est un sympathique chat américain qui ambitionne de… faire son entrée au Sénat sous peu. Et, il a un programme : « make our homes and our future a better and brighter place, we don’t need to start at the top – we need to start right here with ourselves ». Mais, vous dites-vous à raison, c’est quoi ce bazar (pour ne surtout pas utiliser un autre terme) !
Eh bien ce bazar, ce sont tout de même 26 000 likers et pas loin de 2 000 followers. Imaginez donc si Hank s’était présenté à la présidentielle, histoire de titiller un peu Barack et Mitt…. Hélas, Hank n’a pas de jolie et populaire épouse pour rattraper les éventuels dérapages d’alliés ultra-misogynes à moitié déments. Du coup, il a décidé de la jouer modeste et se contente, pour cette fois, d’être candidat au Sénat pour l’état de Virginie, « the homeland of George Washington », comme il aime à le rappeler. D’ailleurs, c’est de là que lui viendrait son inspiration. « Virginia has shown the kind of can-do attitude that has kept this country great », si on l’en croit.
Nul besoin d’un brevet de lecture-entre-les-lignes pour y voir clair : à l’image d’un Obama, Hank se rêve en homme d’État et aborde clairement son passage (éventuel) au Sénat comme une simple étape vers un destin superbe, pour ne pas dire éclatant. Du coup, il soigne sa communication, avec tout de même une bonne dose de suivisme, notons-le bien. Ainsi, à l’image des candidats républicains et démocrates, notre chat est présent et bien actif sur les réseaux sociaux, comme mentionné plus haut. Cependant, il faut aller un peu plus loin dans l’analyse pour comprendre les ressorts de sa stratégie.
Au-delà donc des célébrissimes Twitter et Facebook, Hank a un blog : Hankforsenate.com. S’y trouvent, dans l’ordre : sa profession de foi, sa biographie, des communiqués de presse à disposition des journalistes mais aussi des photos de ses soutiens et une boutique où acheter divers produits à son effigie (mugs, t-shirts, pins, etc). Sous la photo de tête, où il pose les yeux au ciel devant la bannière étoilée, il est aussi proposé de s’investir dans la campagne de Hank, en passant des appels ou en faisant du porte-à-porte notamment. Rien que de très habituel outre-manche en somme. Dans cette lignée, il a d’ailleurs fait réaliser un clip vidéo, dont l’intention n’est autre que celle-ci : «showing America that we finally have a candidate who will help bring our country back
Malgré si peu d’originalité, Hank fait bel et bien le buzz. A tel point que des opposants apparaissent et se mettent à produire des vidéos à charge, où ils prétendent qu’il n’a jamais été capable de produire son certificat de naissance ou encore qu’il n’a jamais servi dans l’armée malgré ses dires. Comment expliquer un tel phénomène médiatique ? C’est que, peut-être, à l’heure du début de la campagne présidentielle américaine, quelque chose cloche dans la politique aux États-Unis, et notamment dans sa communication. En dépit de leur sophistication, les sites internet des deux candidats à la Maison Blanche ressemblent sur bien des aspects à celui de Hank : poses stéréotypées des candidats, très habituelles rubriques take action ou get involved, communiqués de presse, boutique, etc. De même, les réseaux sociaux sont exploités, voire surexploités, au point que Mitt Romney est présent sur sept d’entre eux et Barack Obama sur neuf, comme si la quantité faisait la qualité, comme s’il fallait surtout et avant tout occuper le terrain.
A côté de cela, c’est aussi la caricature du calibrage au millimètre réalisé par les équipes de campagne que les internautes ont sans doute appréciée, la charge contre cette volonté de totale maîtrise qui aboutit à des communications superficielles et stéréotypées, à la franche limite du ridicule. Ainsi, la rhétorique hankienne rappelle tristement celles des vrais candidats qui, naïvement inspirées de la publicité ou des blockbusters, sonnent parfois terriblement creux. De même, les attaques portées contre Hank rappellent grandement celles de certains républicains contre Obama au début de son mandat. Le canular devient là le fait de plusieurs voix et renforce ainsi la satire.
En somme, s’il est drôle, Hank n’a rien d’un Lolcat. Il a bien plus à voir avec Swift et La Fontaine, à moins que ce ne soit Perrault et son Chat Botté. On peut toujours rêver.
 
Romain Pédron
Sources :
Hank for senate.com
Hank for Senate – “The greatest land of all”
Canines for a feline free tomorrow – “Hank for Senate ? No way !”