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Politique

Vkontakte vs. Facebook, les enjeux politiques des nouveaux médias

Dans notre monde ultra connecté, il est aujourd’hui difficile d’échapper aux réseaux sociaux. Ils sont présents partout dans le monde et ont une influence de plus en plus importante dans le champ médiatique et politique. Avec ses 1,7 milliards d’utilisateurs, le géant américain Facebook semble être un leader indétrônable. Pourtant, s’il est le numéro 1 mondial, il n’est pas pour autant premier dans tous les pays. En Chine, le leader n’est autre que Sina Weibo, avec ses 309 millions d’utilisateurs, et en Russie, Ukraine et Biélorussie, il s’agit de Vkontakte (littéralement « en contact »), qui en compte plus de 100 millions. Ainsi, la maîtrise de l’information est devenue, au XXIème siècle, un enjeu essentiel pour les plus grandes puissances de notre monde.
Une concurrence Est-Ouest jusque dans les réseaux sociaux

Profil Vkontakte du fondateur de ce réseau, Pavel Durov

Profil Facebook du fondateur de ce réseau, Mark Zuckerberg

Vkontakte et Facebook semblent incarner une rupture symbolique, un fossé communicationnel entre la jeunesse de l’Est et de l’Ouest. Nous pourrions presque voir dans la création de ce réseau, deux ans seulement après celle de son homologue américain en 2006, la volonté assumée de se démarquer culturellement, en créant son propre modèle dans un contexte d’essor des nouveaux médias. Cette volonté de concurrencer coûte que coûte son rival historique n’est pas franchement un phénomène nouveau pour la Russie, bien au contraire.
Pourtant, et c’est bien là que réside tout le paradoxe de cette démarche, des similitudes troublantes existent entre les deux concurrents. Premièrement, le concept, puisque les deux sites sont destinés à la rédaction de messages publics comme privés, au partage de photos ou de vidéos, à la création de pages publiques, de groupes ou encore événements. La ressemblance réside aussi dans les couleurs dominantes et même dans l’agencement des sites et applications qui sont quasiment identiques.
Au-delà de la volonté de concurrencer le modèle américain, la création d’un réseau social national permet d’instaurer une forme d’autarcie communicationnelle, limitant ainsi l’influence culturelle extérieure.
Les réseaux sociaux, vecteurs de contestations politiques

Manifestations de décembre 2011 en Russie

Sur la scène internationale, la Russie est connue pour sa mainmise gouvernementale sur les médias. Ce contrôle s’exerce par exemple sur la production — la majorité des imprimeries sont propriété de l’État — mais aussi à travers la nomination de proches du gouvernement à la tête des principaux organes médiatiques, comme D. Kisselev, nommé par V. Poutine à la tête de Rossia Segodnia en 2013, et surtout par une forme de pression constante sur les journalistes.
Cependant, Internet et les nouveaux médias restaient des espaces de relative liberté, dont le contrôle échappait au gouvernement qui sous estimait sans doute le rôle potentiel de ceux-ci, du moins jusqu’en décembre 2011. À la suite d’élections législatives, aux résultats jugés frauduleux, la population décide de se rassembler dans la rue pour manifester. Dès lors, les réseaux sociaux, et notamment Vkontakte, sont montrés du doigt et accusés d’alimenter un esprit contestataire envers le régime, puisqu’ils ont le pouvoir de fédérer les masses, de rassembler la foule derrière certaines idées, mais aussi d’importer des principes et idéaux venus d’Occident; ils constituent par conséquent une menace envers l’ordre politique établi.
Vkontakte : Un espace de liberté ou un domaine contrôlé ?

Pavel Durov, fondateur de Vkontakte

Suite à ces événements, le gouvernement russe décide de resserrer l’étau autour d’Internet et des réseaux tels que Vkontakte. Cela se caractérise par exemple par la rédaction d’une loi « contre la calomnie », visant à éviter la diffusion de messages allant à l’encontre de l’ordre établi, limitant ainsi la contestation politique. De même, en 2014, Pavel Durov, le fondateur du réseau social russe est évincé au profit d’Igor Setchine et Alicher Ousmanov, deux proches de Vladimir Poutine. Son éviction a lieu dans un contexte bien particulier, celui du bras de fer avec l’Union Européenne et les États-Unis sur l’Ukraine. Ainsi, sur fond de conflit géopolitique, c’est bien une bataille communicationnelle qui se déroule et dont la clé semble être la maîtrise de l’information.
Pourtant, un problème demeure encore à ce jour pour le régime russe : l’impossibilité de censurer les contenus sur Internet, et donc sur Vkontakte. En effet, une forme de censure sur les journalistes restait possible tant que celle-ci s’exerçait de façon indirecte et ce, sur un nombre limité de personnes, et qu’elle ne nuisait pas à l’image du pays. Le problème des réseaux sociaux réside justement dans le fait que chacun peut produire du contenu, politique ou autre. Censurer les contenus sur Vkontakte reviendrait finalement à censurer une grande partie de la population elle-même, chose tout à fait impensable dans un État dont toute la communication étrangère est basée sur la volonté de véhiculer l’image d’une « démocratie » forte.
Aussi, la Russie – au même titre que les États-Unis et la Chine – semble avoir parfaitement compris les enjeux culturels, mais aussi politiques et stratégiques que représente la maîtrise de l’information à l’ère du numérique.
Lucille Gaudel
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Sources :
Chupin Ivan, Des médias aux ordres de Poutine ?, Savoir Agir, 2014, consulté le 27/12/2016 https://www.savoir-agir.org/IMG/pdf/SA28-ChupinIvan.pdf
Hénin Nicolas, La France Russe : Enquêtes sur les réseaux de Poutine, Fayard, 2016, 221370113X
Laroque Clémence, « Facebook, Vkontakte : quels dangers pour le gouvernement russe ? », Le Courrier de Russie , 20/01/2012, consulté le 26/12/2016 , http://www.lecourrierderussie.com/societe/gens/2012/01/vkontakte-facebook-dangersgouvernement
Lefilliâtre Jérôme, « Comment Poutine a mis la main sur Vkontakte, le Facebook russe », Challenges, Le 22/04/2014, consulté le 26/12/2016, http://www.challenges.fr/monde/ comment-poutine-a-mis-la-main-sur-vkontakte-le-facebook-russe_158593
« En Russie, Poutine accentue son contrôle sur les médias », Le Monde, 09/12/2013, consulté le 28/12/2016, http://www.lemonde.fr/europe/article/2013/12/09/vladimir-poutineaccentue-son-controle-sur-les-medias-russes_3528033_3214.html
« Les médias russes entre contrôle interne et propagande externe », 20 Minutes, 2/11/2014, consulté le 28/12/2016
Crédits photos :
– Profil Facebook de Mark Zuckerberg
– Profil Vkontakte de Pavel Durov
– Profil Instagram de Pavel Durov
– Reuters Pictures, Denis Sinyakov
 

Politique

Poutine et le storytelling : une recette surannée ?

À l’heure où la Russie se positionne de façon de plus en plus belliqueuse sur la scène internationale, l’importance de la figure de l’homme providentiel ne faiblit pas aux yeux du Kremlin. Ainsi, la diffusion d’images grandiloquentes et les mises en scène épiques autour du chef de l’État Vladimir Poutine se poursuit avec vigueur pour défendre l’aura d’un leader viril à l’énergie inépuisable.
Poutine chevauchant un étalon sauvage dans les steppes sibériennes, Poutine aux bras de sept mariées de la Place Rouge, Poutine le fusil à la main lors d’une chasse aux tigres … Ces clichés véhiculant les « exploits » de l’ex agent du KGB sont autant d’images familières aux citoyens russes et aux observateurs internationaux qui perpétuent l’édification d’un mythe contemporain autour de la figure du président de la Fédération de Russie.
Derrière la profusion des mèmes à l’effigie du chef de l’État se trouve une stratégie communicationnelle soignée. Celle-ci se décline sous la forme d’un storytelling qui connaît ses premières heures en 2000, lorsque Poutine publie une première autobiographie qui retrace sa trajectoire depuis la petite délinquance dans les rues de Leningrad jusqu’aux dorures du Kremlin.

Un culte étatique de la personnalité
La relance économique de la Russie initiée par Poutine lors de son premier mandat est à l’origine de sa réputation de sauveur de la nation. Cette légitimité du chef de l’État contraste fortement avec celle de son prédécesseur Boris Eltsine perçu comme souffreteux et alcoolique. En découle un désir de la part du Kremlin de perpétrer ce statut à travers une « communication du charisme » particulièrement bien huilée.
Cette communication plonge ses racines dans la propagande communiste stalinienne mais sait exploiter comme il se doit les médias contemporains. En témoigne la forte présence de Vladimir Poutine sur le Web. La vidéo du chef de l’État s’improvisant crooner en 2010 lors d’un dîner mondain ou le clip de promotion d’une agence de publicité où Poutine apparaît en détenu sont par exemple sanctionnée par trois millions de vues en deux jours.
Ces deux vidéos montrent une habilité du Kremlin dans la mobilisation des médias 2.0 dans sa stratégie communicationnelle. Elles attestent également d’un désir de faire écran autour de la personnalité du dirigeant. Les crispations liées au durcissement du régime depuis le début du troisième mandat amènent le pouvoir à vouloir substituer à l’image de l’homme d’État parfois clivant, une personnalité proche du peuple russe.
Cette propagande permet à Poutine s’offrir une image de politicien sérieux et inexorable. Elle lui permet également de s’affirmer comme une figure éternellement juvénile et moderne, qui contraste fortement avec le conservatisme et l’austérité de la politique proposée sur le plan intérieur par l’administration dont il est la tête.
Un simulacre mal dissimulé
Néanmoins, force est de constater que même en Russie, on ne s’y trompe pas. Les ficelles communicationnelles tirées par le Kremlin sont loin d’être aussi novatrices qu’on veut bien le dire, et le succès de Poutine n’est pas tant lié à la qualité de l’image qu’il véhicule qu’au très fort contrôle autour des médias.
L’univocité du discours autour du chef de l’État est perçue par une part non négligeable de la société russe (plus de 20%), notamment la classe moyenne, comme une manipulation grossière. Des initiatives telles que l’érection d’un buste de Poutine en empereur romain en Crimée témoignent du simulacre.

Une grande part des urbains éduqués se détachent ainsi de la figure présidentielle. À travers le prisme des médias étrangers, ils mesurent l’influence du pouvoir russe sur le débat démocratique et constatent l’accentuation de l’autoritarisme malgré les tentatives de charme de la part des dirigeants moscovites.
La désignation par Poutine du nouveau CEO du principal réseau social de Russie (VKontakte) et la réappropriation par le pouvoir des agences de presse les plus importantes, à l’instar de l’agence Ria Novisti, montrent une emprise quasi omnipotente du Kremlin sur le discours tenu autour du dirigeant.
Une influence qui se maintient par delà les frontières
Si cette méfiance se renforce en Russie, il n’en demeure pas moins que l’influence de Poutine à l’international continue de croître. En atteste l’éditorial du Monde du 30 décembre qui l’érige au statut d’homme le plus important de l’année 2016.
« Si D. Trump a monopolisé la « une » de l’actualité en 2016, le véritable homme de l’année qui s’achève est Vladimir Poutine. La course de fond que le président russe a engagée depuis maintenant seize ans pour remettre son pays au centre du jeu est en train de porter ses fruits de manière spectaculaire. » (Éditorial du Monde, 30/12/16)
Une telle prise de position à contre courant des autres principaux quotidiens (Donald Trump est pour beaucoup la personnalité majeure) est due notamment au rôle de premier plan joué par le dirigeant russe. Il s’est illustré dans le cadre des dossiers internationaux et a su encourager également une spectacularisation sa personne au sein des médias et sur le web.
Fougueux, autoritaire et tendanciellement belliqueux, Poutine incarne désormais dans l’imaginaire collectif l’homme politique ayant réussi, de même que son homologue outre Atlantique, à se hisser au-dessus de la pâleur des politiciens internationaux. Il semble incarner désormais une action politique narrativisée à l’extrême au point de rappeler parfois la fiction du cinéma d’espionnage.
La « poutinemania » qui se manifeste chez les dirigeants internationaux, à l’instar de François Fillon, ainsi que chez les internautes, montre que la figure de Vladimir Poutine n’en finit pas de susciter admiration et/ou fascination. Aujourd’hui, nous sommes en droit de spéculer : peut-être y aura t-il a un jour une place pour le grand Vladimir dans le panthéon de la pop culture occidentale ? Son ami et hôte fiscal Gérard Depardieu l’y attend de pied ferme.

Etienne Brunot
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Sources :
« Poutine, Homme de l’année », Editorial, 30/12/2016, Le Monde
« Un buste de Poutine en empereur romain érigé en « reconnaissance de l’annexion de la Crimée », 16/05/2015, Le Monde
« Dans la tête de Vladimir Poutine », Mahieu Salma d’après Michel El, chaninoff, 08/05/2015, Le Figaro
« Une guerre de communication ? La Russie entre propagande d’État et stéréotype occidentaux », Vivien Chauffaille, 09/12/2014, Avril 21
« Poutine, la victoire du culte de la personnalité ? », Stéphane Wojcik, 12/03/2012, Avril 21
Crédits photos:
1. Ouest France, Moscou. Un troisième mandat pour le président Poutine, Modifié le 27/09/2013 http://www.ouest-france.fr/sites/default/files/styles/image-640×360/public/2013/09/27/moscou.un-troisieme-mandat-pour-le-president-poutine.jpg
2: Extra extra, « Vladimir Putin is riding », 10 juillet 2014, http://www.extraextra.fr/wpcontent/uploads/2014/02/poutine-470×245.jpg
3 : https://img.rt.com/files/news/3f/56/50/00/28.jpg, Cast in faux bronze: ‘Emperor Putin’ monument revealed outside St. Petersburg, 17 Mai 2015
4: http://cabelkawan.jallet.org/wordpress/wp-content/uploads/2015/03/poutinebiche-500×326.jpg, Cabel Hawan, « 15 ans de Poutine ! », 26 mars 2015
 

Politique

Fillon et la refonte de la Sécurité Sociale : le premier faux-pas.

Fin novembre et contre toutes attentes, François Fillon l’emportait à la primaire de la droite et du centre, devenant ainsi le présidentiable du parti Les Républicains (LR). Cette victoire a sans doute été possible grâce à la réaffirmation d’une ligne droitière forte portée par un candidat aux convictions conservatrices assumées. Parmi les propositions de son programme, celle portant sur la modification des remboursements de la sécurité sociale a très rapidement fait du bruit dans le Landerneau.
Une remise en cause historique
Pour pallier le déficit de la sécurité sociale, Fillon a exprimé le souhait que seules les maladies chroniques et les infections longue durée soient remboursées par la sécurité sociale; le reste devrait dès lors être pris en charge par les mutuelles. Ce système implique donc des remboursements plus ou moins importants selon l’organisme auquel on souscrit. En somme, il s’agit de faire un pas vers la privatisation de la sécurité sociale en se rapprochant du modèle américain. Seuls les plus nécessiteux, c’est-à-dire les personnes aux revenus trop modestes pour se munir d’une mutuelle, seraient éligibles à une sorte de bouclier sanitaire qui leur fournirait une couverture maladie accrue gratuitement, les préservant ainsi de ce grand recul social.
Avec cette proposition, au départ bien inscrite dans son programme, Fillon est le premier candidat à remettre en question le système de santé français, pourtant plébiscité et pris en tant que modèle par d’autres pays. Ce projet n’a rien d’anecdotique puisque c’est l’esprit et la lettre d’une conquête sociale emblématique de après-guerre qui se trouvent menacés d’extinction. Dans l’article qui lui est consacré dans le journal Libération du 19 décembre 2016, Henri Guaino, député LR des Yvelines, dit à propos de cette réforme : « C’est une purge comme jamais proposée depuis la Seconde Guerre mondiale […] peut-être le pire programme de casse sociale qui a été imaginé depuis 1944 ». Fillon fait donc des mécontents dans tous les camps, y compris le sien. Sans doute parce que sa proposition tente d’effacer le socle du modèle social républicain établi.

Une idéologie libérale en guise de faux-semblant
En lieu et place du modèle actuel dans lequel chaque citoyen consent à un effort financier pour les autres, François Fillon propose de substituer une idéologie de responsabilisation et de souci des grands équilibres. Au point, là encore, de troubler son propre camp et de s’attirer les remontrances de ceux qui y voient une vision moralisatrice du salut par la souffrance. Aujourd’hui tout le monde a le droit à la même pres- tation sanitaire quel que soit sa situation financière. En cela, la sécurité sociale fran- çaise repose sur des valeurs de solidarité. Privatiser, entièrement ou partiellement la sécurité sociale, c’est défaire un pilier de l’État-providence. Donner la priorité aux mutuelles signifie effacer l’égalité entre tous et défavoriser davantage les plus précaires. En effet, d’après Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, cette réforme coûterait des milliers d’euros supplémentaires par an à chaque foyer. C’est donc l’instauration d’un système à deux vitesses que Fillon plébiscite : d’une part se trouveraient ceux qui ont les moyens de se payer le luxe d’être en bonne santé et d’autre part, ceux pour qui ce serait impossible.

L’homme rattrapé par son image
Les primaires républicaines s’adressaient à une fraction de la population. Mais une fois la victoire acquise, la véritable compétition implique de brasser un public bien plus large. Le jeu de la surenchère à droite n’est donc plus autant permis. Dans un souci de réalité et pour ne pas hypothéquer ses chances à la présidentielle, Fillon opère un renoncement malgré lui. Avec ce recul, c’est le spectre de l’homme transparent, pointé du doigt comme tel, sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, dont le courage et l’audace ne sont pas les premières vertus, qui revient. Quoi qu’il en soit, ce renoncement aura tôt fait d’apparaître aux yeux d’un grand nombre de citoyens comme le premier faux pas du grand favori de cette élection, mieux vaudrait alors pour lui que ce soit le seul !
Déborah MALKA
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Sources
BOFF Céline, « Sécurité Sociale : non, François Fillon ne fait pas marche arrière sur ses promesses », 20Minutes, publié le 13/ 12/ 2016, consulté le 21/ 12/ 2016. http:// www.20minutes.fr/economie/1980055-20161213-securite-sociale-non-francois-fillonfait-marche-arriere-promesses
BREZET Alexis, « Sarkozy-Fillon : cinq ans d’humiliations », Atlantico, mis en ligne le 23/ 12/ 2014, consulté le 21/ 12/ 2016. http://www.atlantico.fr/decryptage/sarkozyfillon-cinq-ans-humiliations-1919292.html
EQUY Laure, Interview d’Henri Guaino, Libération, publié le 19/ 12/ 2016, consulté le 21/ 12/ 2016.
FARGUES Laurent, « Sécurité sociale : pourquoi Fillon tarde tant à expliquer son programme », Challenges, mis en ligne le 09/ 12/ 2016, consulté le 21/ 12/ 2016. http:// www.challenges.fr/cs-articlebig/securite-sociale-pourquoi-fillon-tarde-tant-a-expliquer-son-programme_442102
France Info, « Quatre propositions de François Fillon sur la sécurité sociale », France Télévisions, mis en ligne le 12/ 12/ 2016, consulté le 21/ 12/ 2016. http://www.francetvinfo.fr/sante/maladie/quatre-propositions-de-francois-fillon-sur-la-securite-sociale_1965995.html
GODELUCK Solveig, « Santé : les propositions de Fillon font polémique », Les Echos, mis en ligne le 25/ 11/ 2016, consulté le 21/ 12/ 2016. http://www.lesechos.fr/ elections/primaire-a-droite/0211532561992-sante-les-propositions-de-fillon-font-polemique-2045768.php
LANDRE Marc, « Une pétition anti-Fillon de médecins « pour sauver la Sécu » cartonne sur le net », Le Figaro, mis en ligne le 21/ 12/ 2016, consulté le 21/ 12/ 2016. http://www.lefigaro.fr/conjoncture/2016/12/21/20002-20161221ARTFIG00009-unepetition-anti-fillon-de-medecins-pour-sauver-la-secu-cartonne-sur-le-net.php
« La réforme de la sécurité sociale vue (et revue) par François Fillon », Sciences et Avenir, mis en ligne le 14/ 12/ 2016, consulté le 21/ 12/ 2016. http://www.sciencesetavenir.fr/politique/la-reforme-de-la-securite-sociale-vue-et-revue-par-francoisfillon_108889
Crédits photo : Guillaume TC
Crédits dessins : Charles Fery

Politique

Taxe Youtube: ces rapports de force qui font changer la loi

« ACTA », « TAXE YOUTUBE », ces derniers temps, on parle beaucoup d’une harmonisation des règles nationales et européennes autour de la question de la monétisation des contenus sur Internet. En jeu : la détermination juridique du média Internet, carrefour des communications.  C’est un peu comme si on mettait un gardien et des clôtures autour du terrain vague ou l’on jouait tous, en toute liberté. Pas cool, mais c’est vrai qu’avant, après 18H, il ne fallait pas trop s’y aventurer, sur le terrain vague.
La « taxe YouTube » quant à elle, n’est qu’un premier piquet de la clôture.

Un piquet voté dans le cadre du projet de loi de finances rectificative (PLFR), mardi 6 Décembre, après un premier rejet en séance publique le 27 octobre dernier. Cette « taxe YouTube » tend à apporter une réponse au problème de la monétisation des contenus sur internet. Car lorsqu’une vidéo est mise en ligne sur Youtube, c’est Youtube qui en tire les bénéfices publicitaires. Ce n’est qu’après que l’hébergeur reverse, selon son bon vouloir, une rétribution au vidéaste/artiste/ayant droit.
La solution proposée par les députés : une taxe de 2% sur les revenus publicitaires des plateformes, avec un abattement prévu pour prendre en compte le caractère amateur de certains contenus publiés. Cette taxe s’élèvera à 10% pour les sites mettant à disposition du contenu pornographique ou ayant trait à « l’incitation à la violence ». De quoi retrouver le sourire lorsque qu’une vidéo d’origine inconnue viendra troubler le visionnage de votre websérie préférée EN PLEIN MILIEU. Une petite part des bénéfices générés par votre attention sollicitée ira à l’Etat.
Mais au-delà de cette seule taxe, la question est de savoir comment le territoire Internet va être réaménagé. Et en quoi cela va-t-il changer la donne pour ses acteurs, du simple utilisateur au professionnel de la communication par Internet ? Un bref survol des forces qui pèsent sur ce dossier s’impose.
L’Etat : à la recherche des ressources qui lui échappent
Le premier acteur est l’Etat, ou plutôt la dette qui enjoint les pouvoir publics à une fiscalité plus efficace. Mais à peine récoltée, déjà allouée : C’est le Centre National du cinéma et de l’image animée (CNC) qui sera bénéficiaire de la taxe, afin, pour l’établissement public, de remplir ses fonctions de promotion de la culture et d’aide à la création.
Surprenant, quand on sait qu’en 2012, un rapport du Sénat pointait la nécessaire « mise sous tension » du CNC. Il était requis dans ce rapport « un ajustement du niveau de dépenses [publiques] – et donc de recettes du CNC – compatible avec la situation actuelle des finances publiques ». Comprendre par là une réduction de budget sans réduire les missions du CNC, tout simplement.
Mais en fait on peut bel et bien voir dans la « taxe YouTube » l’effet de cette mise sous tension : on substitue l’aide directe d’Etat par une taxe directement allouée au CNC.  Ainsi, le CNC n’obtient pas un budget de la part de l’Etat pour une certaine mission, mais il tire ses revenus directement du marché dans lequel il réinvestit. Avec à la clef tout de même, une modification de taille : la publicité sur Internet va devenir plus chère. Soit pour les hébergeurs qui vont voir leur marge amputée de 2 à 10%, soit pour les annonceurs si la taxe leur est répercutée.
 
 Les hébergeurs : le cercle vertueux du développement
Le deuxième acteur, c’est l’ensemble des hébergeurs qui sont sous le régime du safe harbor : un principe juridique qui vise les plateformes qui n’interviennent pas activement dans la publication des contenus. Elles ne sont pas considérées comme responsables de ce que les utilisateurs mettent en ligne. Seule obligation, retirer les contenus si on le lui demande (ayants droit ou texte d’appel à la haine, etc…). Ainsi, absolument tout peut être uploadé sur YouTube et rester en ligne quelques jours, quelques semaines avant d’être retiré s’il y a une quelconque relation au droit d’auteur ou trop de réclamations.
Ces hébergeurs fonctionnent. Leur business est florissant. Ils sont, peut-on lire dans Les Echos, « devenus un véritable écosystème en ligne, au sein duquel la diversité, l’inventivité, l’innovation se développent, se nourrissent, s’auto entretiennent d’une manière inédite et singulière ». La crainte de leur côté est de voir l’interventionnisme de l’Etat casser leur modèle économique, avec à terme, des effets négatifs sur les utilisateurs : tant au niveau de l’accessibilité des contenus que dans la rétribution des vidéastes.
 
 
Les ayants droits : préserver la création à l’époque du dématérialisé
Le troisième acteur, ce sont les ayants droits : producteurs, artistes, lobbies du cinéma et de la musique. Le système du safe harbor est un vrai problème pour eux, puisque la publication et la monétisation de ces œuvres (ou de leurs fragments comme pour les vidéos avec bande-son) leur échappe. Les hébergeurs leur reversent une rétribution par divers moyens. Pour l’industrie musicale par exemple, la somme reversée par Youtube s’élève à 634 millions de dollars en 2015 selon les chiffres de la Fédération Internationale de l’Industrie Musicale. Un montant dérisoire par rapport aux 5,6 milliards de revenus publicitaires estimés en 2013 pour Youtube. Les ayants droits réclament plus, un argument en leur faveur: dans les 50 vidéos les plus visionnées sur Youtube, seules trois ne sont pas des vidéos musicales postées par les artistes.
Avec la disparition des supports physiques, les ayants droits ont vu leurs revenus s’écrouler et ont été les grands perdants de la révolution numérique.
Les défenseurs des libertés sur Internet : pour qu’Internet reste un espace de liberté profitable au citoyen avant tout 
Enfin, poussés à l’extérieur du ring, on trouve les défenseurs des libertés sur Internet qui, eux aussi, ont leurs lobbies politiques et leurs organisations (citons la quadrature du net par exemple). Ils voient dans le durcissement des positions de chacun une menace. Il est par exemple de plus en plus difficile aux utilisateurs de passer outre l’agressivité du robot de YouTube lorsqu’ils publient des vidéos avec de la musique. Au-delà de YouTube se pose aussi la question de la propriété et de l’utilisation faites des données personnelles des internautes.

Parmi les défenseurs des libertés sur Internet, il y a aussi des forces politiques. Le parti pirate, d’origine Suédoise et présent dans plus de 30 pays, se place clairement du côté de l’extension des libertés sur le net. En 2015, l’eurodéputée du parti pirate allemand Julia Reda avait adressé un rapport de projet sur le droit d’auteur: un projet d’assouplissement du droit d’auteur en accord avec la ligne du Parti Pirate, jugé irrecevable par les ayants droits et sabordé, entre autres, par la France.
Communicant, ton média va changer
La bataille est lancée, en France comme en Europe. Du côté de quels intérêts va pencher la législation? L’ACTA (accord commercial anti-contrefaçon), en 2012, avait été jugé liberticide par un bon nombre d’acteurs du net. Après cette « taxe Youtube », une nouvelle proposition d’harmonisation du « droit d’auteur dans le marché unique numérique » sera discutée au Parlement Européen en 2017. Une proposition, qui, selon Sophian Fanen, en charge du dossier pour Les Jours, a été introduite « au pied de biche » par les lobbyistes de l’industrie musicale. Ça promet. 
Gaël Flaugère
LinkedIn
Sources : 
• Begeek.fr, youtube et revenus publicitaires, Décembre 2013
• Numerama, La France flingue le rapport de l’eurodéputée pirate Julia Reda, février 2015
• Les Jours, La fête du Stream S2E1, Décembre 2016
• Les Echos, Idées & Débats, Pourquoi une « taxe YouTube » est inepte, mercredi 14 décembre 2016  
• Le Monde, Économie et Entreprise, La « taxe YouTube » retente sa chance à l’Assemblée nationale, mercredi 7 décembre 2016
• Rapport du Senat, 3 octobre 2012, Le CNC : une “exception” budgétaire ? Disponible au format PDF
Crédits photos : 
Gaël Flaugère

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Politique

Matteo Renzi, la com à l'italienne

Dès son arrivée à la tête du Conseil des ministres, en février 2014, Matteo Renzi s’est imposé comme un virtuose de la communication. Avec plus de 2 millions d’abonnés sur Twitter, plus d’1 million de fans sur Facebook et même un compte Instagram, le jeune chef du gouvernement est aujourd’hui le dirigeant européen le plus suivi sur les réseaux sociaux. Il a ainsi transformé la communication politique italienne, passant d’une communication pyramidale à une communication en réseaux.
Sa stratégie de communication de proximité lui a permis de construire une forte communauté et ainsi de diffuser ses idées. En adoptant un style décontracté, que ce soit par son look ou sa façon de parler, Renzi a réussi à créer sa propre image de marque. Jusqu’ici admiré pour ses talents de communicant, l’ex-publicitaire a pourtant échoué lors de sa dernière campagne. Retour sur un flop à l’italienne…
Le Président du Conseil en campagne médiatique
Dans la continuité de ses hashtags #Italiariparte (faire repartir l’Italie) et #lavoltabuona (le bon moment), Renzi a amorcé une campagne massive placée sous le signe du changement pour promouvoir sa réforme, soumise au referendum le 4 décembre. Celle-ci propose une transformation assez importante de la Constitution. En effet, une volonté de renforcer le pouvoir exécutif et de mettre fin à l’instabilité politique propre à l’Italie depuis plus de soixante ans est clairement affichée. Pour cela, le projet de loi avait pour objectif de redéfinir intégralement le rôle du Sénat.
Afin de récolter un maximum de « Oui », le résidant du Palais Chigi s’est lancé dans une campagne qui a duré près de cinq mois afin de s’adresser à l’ensemble de la population. Il a ainsi déclaré vouloir employer un « langage simple pour parler de contenus compliqués ».
Et quoi de plus simple qu’une série de spots diffusée sur les réseaux sociaux ? Après avoir divulgué de courtes vidéos mettant en scène des Italiens disant « Sì » à la réforme, c’est à Firenze que Renzi a dévoilé les spots phares de sa campagne, à savoir celui de l’enfant et celui de la grand-mère. Tandis que l’enfant pense à un avenir impossible en Italie si les choses n’évoluent pas, la grand mère justifie tous les éléments du projet par « Si tu votes non, rien ne changera. ».

Sa stratégie est digne de celle d’une grande marque. Il utilise en effet la répétition d’un même discours par le biais de la grand-mère afin d’ancrer sa volonté de réforme dans l’esprit des électeurs. Mais vendre son programme politique, est-ce la meilleure façon de faire adhérer la population ?
Rien ne changera, sauf le Chef du gouvernement…
Le « non » l’a finalement emporté, et la campagne n’a donc pas porté ses fruits. Cet échec est-il dû aux propositions en elles-mêmes ou à une communication un peu trop personnalisée ? Si les Italiens, très attachés à la Constitution, n’étaient certes pas tous d’accord avec la réforme, Renzi a aussi sa part de responsabilité. En effet, de par ses résultats mitigés et sa façon de communiquer, il n’a pas toujours fait l’unanimité.
Il est parfois perçu comme un personnage arrogant à cause de son style et de son comportement, parfois un peu trop décontracté et sûr de lui. Cette attitude assez particulière pour un homme politique a même attirée les caméras du Petit Journal de Canal + qui, en 2015, lors d’une journée avec Martin Schulz, avait remarqué l’impolitesse du Chef du gouvernement italien. Celui-ci, après être arrivé en retard, a fait attendre le Président du Parlement Européen pour répondre à un appel et prendre un selfie avec de belles Italiennes.
Bref, une arrogance qui commence à agacer, d’autant plus pour cette campagne durant laquelle Matteo Renzi a mis en jeu sa démission, faisant passer la réforme pour un enjeu personnel beaucoup plus que pour un enjeu national. Cette personnalisation du projet a servi d’argument pour les opposants qui ont lancé leur propre spot, ironisant sur celui de Renzi, en allant même jusqu’à ré-utiliser le petit garçon pour réfuter tous les arguments en faveur du « Oui ». La publicité de Renzi n’a pas obtenu un grand succès, la contradiction entre l’enfant et la grand-mère ayant plus divisé que rassemblé.
Cette communication, peut-être trop simple pour un programme politique, s’est attirée les foudres de quelques Italiens qui ont créé une parodie de celle-ci, partagée avec le hashtag #Sevotino (si tu votes non).
La communication politique doit être unificatrice plus que personnelle. Être un bon communiquant ne suffit pas, d’autant plus que l’on reproche au « pro de la com » de n’être innovant que dans ses discours.
En effet, Renzi négligerait sa politique numérique et utiliserait peu l’innovation puissante que représente le web. La médiatisation avant le concret — Renzi en a payé les frais. Il est en effet parfois comparé à Silvio Berlusconi dans son rapport aux médias. Face à son échec, Matteo Renzi a finalement démissionné. Ce départ est encore une fois très médiatisé. Dans un énième spot, les bénéfices de mille jours d’un Renzi au pouvoir sont exaltés.

Alors quel avenir pour le Président du Conseil après ce flop politique ? Lors d’une interview pour le magazine Vanity Fair, il avait évoqué l’idée de se recycler en présentateur télé. Renzi présentateur de Grande Fratello, on adorerait voir ça… Ou pas !
Charlotte Delfeld
LinkedIn
Sources :
• DE LA ROCQUE Jean-Pierre. « Pourquoi Matteo Renzi a perdu son referendum en Italie ». challenges.fr. 5/12/2016. Consulté le 10/12/2016.
• GRASSO Aldo. « Renzi, la nonna, il bambino e gli spot (bruttini, ma concreti) per il sì al referendum: « Se voti no non cambierà nulla » ». corriere.it. 30/09/2016. Consulté le 10/12/2016.
• LA REPUBLICCA. « Renzi: ” Pronto a cambiare Italicum, referendum più importante Pronto” ». 29/09/2016. Consulté le 10/12/2016.
• Redazione News. « Dopo tutto questo ? Mi darò alla TV. ». vanityfair.it. 20/02/2014. Consulté le 11/12/2016.
• MARTEL Frédéric, « Matteo Renzi, l’as de la com’ numérique au grand flou politique. ». slate.fr. 18/10/2015. Consulté le 8/12/2016.
• TOSSERI Olivier. « Pour Matteo Renzi, révolutionner l’Italie, c’est d’abord communiquer ». lopinion.fr. 27/03/2014. Consulté le 8/12/2016
Crédits :
• Marc Hom pour Vanity Fair
• Twitter @matteorenzi

Politique

Ladies First !

Ça y est, le mandat de Barack Obama prend fin et apporte avec lui son lot d’incertitudes en vue de la future présidence de Donald Trump. En plus de tourner la page Barack Obama, les Américains vont également devoir dire au revoir à sa femme Michelle. Car pour nos amis transatlantiques, on ne peut omettre Michelle Obama quand on évoque le double mandat de son mari. Femme populaire, femme engagée, cette First Lady restera une figure mémorable de la Maison Blanche, peut-être grâce à une communication efficace. Dans une Amérique qui n’a toujours pas eu sa femme présidente, la figure de la First Lady intrigue, fascine, interroge. Si certaines femmes se sont faites discrètes lors de la présidence de leur mari, d’autres se sont saisies de cette fonction avec brio. Mais que se cache-t-il vraiment derrière ce titre si insolite ?
To be or not to be First Lady, that is the question
La First Lady occupe avant tout une fonction non officielle, entendons qu’elle ne touche aucun salaire. Elle peut donc n’être qu’une présence, sans aucun rôle à proprement parler, hormis celui d’hôtesse de la Maison Blanche. Étant dans une position de visibilité, la First Lady peut alors s’emparer de cette fonction pour soigner son image, et par là jouer un rôle essentiel dans la communication du président, jusqu’à être son meilleur atout.
À partir du moment où son mari est élu président des États-Unis, la première dame a cependant le devoir implicite de s’impliquer dans la vie politique de son pays, en défendant notamment des causes qui lui tiennent à cœur. On observe bien cet engagement forcé dans le gros titre des Inrocks « Quelle première dame sera Melania Trump ? », supposant par là que cette femme s’engagera du fait de la fonction qu’elle s’apprête à occuper. D’ailleurs, le mystère entourant Mrs Trump et sa discrétion dans la campagne présidentielle de son époux, lui ont presqu’ôté son titre de première dame au profit d’Ivanka Trump, fille de Donald, considérée plus légitime au titre de First Lady car beaucoup plus présente médiatiquement.
L’alter ego féminin du président ?
Directement liée au président des États-Unis – étant sinon sa femme, du moins une proche parente ou amie – la First Lady    a une fonction de représentation. Plus qu’une figurante dans le générique de l’histoire des États-Unis, la première dame porte des valeurs pour les Américains, représentant une certaine idée de la femme américaine. C’est pour cela que l’équipe de campagne de Donald Trump aurait insidieusement modifié le parcours académique de Melania Trump sur son site internet, afin qu’elle apparaisse plus instruite aux yeux de l’Amérique.
Sa communication est donc intrinsèquement liée à celle de l’homme d’État. Par effet de miroir, au président cool qu’a représenté Barack Obama, Michelle s’est illustrée comme étant une première dame aussi cool que son mari, enchaînant danses, rap et plateaux télévisés. Cette communication à l’unisson est donc doublement efficace, en témoigne l’imaginaire autour du couple Obama qui s’est soldé en août 2016 par le film First Date autour de leur première rencontre.

La First Lady peut avoir un rôle d’équilibre, pour combler les lacunes d’une communication imparfaite. On peut se souvenir du discours de Melania Trump sur les propos sexistes de son mari, essayant ainsi de rectifier le tir, de le transformer en honnête homme aux yeux du monde. Peine perdue, car ses propos interfèrent avec le discours clairement assumé du colosse Trump, décrédibilisant les propos de la fébrile Melania.
La First Lady est donc assimilée à son mari, pour le meilleur et pour le pire. Face aux futures réjouissances que promet Donald Trump, sa femme Melania déchaine les critiques et est régulièrement moquée sur son passé, sur son physique et sur ses propos, enregistrant un chiffre record d’impopularité pour une première dame. Elle est d’autant plus mal aimée qu’elle a été prise en flagrant délit de plagiat d’un discours de Michelle Obama lors de la convention républicaine de Cleveland.

Mais la First Lady peut aussi se détacher de l’image de son mari et voler de ses propres ailes politiques.
Lorsque l’engagement politique est fort, la First Lady est individualisée comme une femme politique à part entière. C’est le cas de Michelle Obama qui a allié ses forces à celles d’Hillary Clinton lors de la campagne présidentielle de 2016. La rumeur a ainsi couru que l’actuelle First Lady se présenterait à l’élection présidentielle de 2020 – rumeur vite démentie par Barack Obama. Cette femme laisse derrière elle un héritage propre, indépendamment de celui de l’actuel président. Elle a par exemple milité en faveur de l’accès à l’éducation pour toutes les jeunes filles dans le monde et est à l’origine de la campagne Let’s move pour lutter contre l’obésité.
De la même manière, Hillary Clinton a failli passer de la fonction d’ancienne First Lady à celle de First Woman President. La proximité avec la politique dans le passé de First Lady permet dans certains cas d’acquérir des compétences politiques et donc une légitimation pour se présenter à l’élection présidentielle.
Chic & politique : un cocktail gagnant ?
A l’ère de l’hypermédiatisation, la communication par l’image est essentielle pour une fonction caractérisée par sa visibilité médiatique. Déployer ses plus beaux sourires, arborer ses plus belles tenues; être First Lady c’est aussi un ton, un style original pour une communication à la hauteur.

Le mélange détonnant « cool et sérieux » de Michelle Obama a su porter ses fruits, et le capital sympathie qu’elle a su rassembler est probant. La mode a également son mot à dire dans le style de la First Lady. Mais il ne s’agit pas seulement de « faire beau », la First Lady n’étant certainement pas réduite à un physique ! La déclaration de Donald Trump « Ma femme ferait joli sur les portraits officiels ! » a fait parler d’elle, cristallisant son image de candidat sexiste. Caractérisée comme une « icône de la mode », Michelle Obama a fait le bonheur de grands couturiers, heureux que leurs vêtements portent les valeurs de la première dame. Et c’est à ce titre que de grands stylistes tels que Sophie Theallet et Tom Ford ont refusé d’habiller la nouvelle First Lady Trump, ne voulant pas associer leur marque à un président au discours raciste, sexiste et xénophobe.
Ce titre, aux limites bien floues, a donné lieu à des First Ladies différentes les unes des autres. Bavarde ou discrète, présente ou effacée, politicienne aguerrie ou aversion pour la politique, il y en a pour tous les goûts – et pour toutes les époques. Et comme dirait Beyoncé : « Who runs the world ? » Girls !
Diane Nivoley
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Sources :
• DANCOURT Anne-Charlotte, « Quelle première dame sera Melania Trump ? », Les Inrocks, mis en ligne le 13/11/2016, consulté le 04/12/2016.
• LAURENT SIMON Caroline, « Qui est vraiment Melania Trump ? », Elle, mis en ligne le 01/12/2016, consulté le 04/12/2016.
• KUCINSKAS Audrey, « Michelle Obama, les adieux d’une première dame exemplaire », L’Express, mis en ligne le 20/10/2016, consulté le 04/12/2016.
• PARIS Gilles, « Melania Trump, une First Lady qui tranchera avec Michelle Obama », Le Monde, mis en ligne le 11/11/2016, consulté le 04/12/2016.
• GBADAMASSI Falila, « Michelle Obama : une First Lady devenue très influente », FranceInfo, mis en ligne le 08/11/2016.
Crédits :
• Lawrence Jackson Abidjian911.com

Politique

Syria Charity: une stratégie de communication de choc pour sortir l'horreur de l'ombre

Les discours sur les vices et les vertus des outils de communication numériques occupent une place importante dans les discussions de la société. Aussi, il est compliqué de souligner les manifestations de leur pouvoir sans risquer de tenir des propos déjà désuets. Cependant, leur influence considérable sur notre rapport au monde nous pousse quotidiennement à en interroger notre utilisation ordinaire, pour tenter de saisir les nouveaux enjeux qu’ils esquissent (avec leurs promesses et leurs limites).
En ce sens, la couverture des évènements actuels à Alep en Syrie par les médias traditionnels et les réseaux sociaux démontre un nouveau rapport de force dans l’accès de l’information à l’espace public.
L’adage selon lequel la vérité serait la première victime de la guerre est elle toujours pertinente à l’aune de la société 2.0 ?
Alep : le silence des médias français.
Depuis plus de cinq ans, Alep est au centre d’un conflit qui a fait au moins 300.000 morts et engendré la pire crise humanitaire depuis la seconde guerre mondiale.
 Ces dernières semaines, de nombreux bombardements menés par l’armée du président syrien Bachar al Assad se sont multipliés à Alep, tuant quotidiennement des dizaines de civils ( sans compter les nombreux blessés qui ne disposent plus d’hôpitaux pour se faire soigner). Assiégée, la population ne peut s’échapper ni recevoir de l’aide. Ceci, dans le silence le plus total des médias français, focalisés sur Daesh et la lutte anti-terroriste.
« Les morts syriens ne sont qu’un chiffre, il n’auront jamais de visage ni de nom dans nos médias », regrette Ammar Abd Rabbo, journaliste indépendant d’origine syrienne et photographe reconnu.
Comment expliquer une telle omission ? Faut-il tout rejeter sur la fameuse « loi-du-mort- kilomètre » selon laquelle plus il y a de distance, plus notre indifférence face à un drame s’accroit? Dans le cas présent, ce serait oublier les barrières auxquelles se heurte le journaliste en temps de guerre. En effet, il est quasiment impossible de franchir la frontière syrienne, et seules quelques personnes ou marchandises arrivent à réaliser le trajet par des routes illégales et dangereuses.
De plus, les rédactions n’envoient plus de journalistes sur place depuis 2013, à cause du haut taux d’enlèvement ainsi que du danger de mort. Cette année, six journalistes ont été tués en Syrie et neuf sont emprisonnés, selon le recensement de l’organisation Reporters sans frontières.
Ces contraintes compliquent la couverture journalistique des dégâts sur la population civile, et posent les limites des médias dans leur rôle que résume Daniel Bougnoux par cette formule : être une « fenêtre ouverte sur le monde ».
Dès lors, qu’advient il des réalités qui peinent à sortir de l’ombre ? Parviennent elles jamais à atteindre la place publique et par extension, les consciences ?

« Partager pour dénoncer »
C’est la phrase qui accompagne chaque post Facebook de Syria Charity, une ONG d’aide humanitaire et médicale en Syrie dans les zones sinistrées. Sa particularité est d’avoir réussi, à travers les réseaux sociaux, à imposer au monde le quotidien d’Alep jusque là exclu de l’espace public. Longtemps restée confidentielle, sa page Facebook qui compte près de 735 000 abonnés est son principal outil de communication.
Pour créer du retentissement, Syria Charity mise sur une communication de choc. Chaque jour, les membres postent des vidéos insoutenables des bombardements et de leurs victimes, filmés pour la plupart via des Go-Pro fixées sur les casques des ambulanciers.
 Ces vidéos rencontrent un franc succès chez les internautes. La vidéo la plus célèbre datant de Juillet 2016, « plonger trois minutes au cœur de l’urgence et des bombardements à Alep » a été regardée 4.500.000 fois et partagée par plus de 73.000 personnes. À titre de comparaison, l’article du Monde consacré au même sujet a été partagé 29.000 fois dans le même laps de temps.
Cet engouement de la part des internautes a permis à Syria Charity de faire pression sur les médias traditionnels. Mis K-O sur le ring de l’espace public, ils ont commencé à couvrir l’évènement depuis un peu plus d’un mois, comme le rappelle la page Facebook de Syria Charity qui salue chacune de ces initiatives.

Ainsi, ce conflit qui n’avait aucune répercussion médiatique dans les journaux traditionnels a trouvé un espace de compensation sur les réseaux sociaux. Et ce, jusqu’à devenir le conflit le plus documenté de l’Histoire, du moins en terme d’images et de vidéos.
« Je pense que les réseaux sociaux sont là pour compenser, voire corriger un traitement médiatique dans lequel on ne voit pas assez la réalité du terrain. », a dit Mohammad Alolaiwy, président de Syria Charity.
Décidément, les réseaux sociaux ont encore un bel avenir devant eux, bien que leur impact soit à relativiser. Outre les nombreux dons qu’a reçu Syria Charity pour aider la population d’Alep, la sur- visibilité de ce massacre n’a entrainé aucune action concrète de la part de la communauté internationale pour faire cesser les bombardements.
Nous adressons donc une profonde pensée pour toutes ces victimes, prématurément arrachées à la vie par la cruauté de ce monde.
Liana Babluani
LinkedIn
Sources :
• France Culture , « Alep , trop d’empathie tue l’action ? » ( 30.11.2016)
• Regards, « Comment remettre la Syrie sous nos yeux » , ( 28 . 07. 2016 )
• Le Figaro , « Alep Est : la situation dégénère alors que plus aucun hôpital ne fonctionne » (21.11.2016)
Crédits :
• Photo 1 – Capture d’écran de la page Facebook Syria Charity ( 18 Juillet 2016)
• Photo 2 : Capture d’écran du site internet d’Arrêt sur Image ( 20.07.2016)
• Photo 3 : Capture d’écran de la page facebook de Syria Charity ( 2 Décembre 2016 )
• Vidéo 1 : Page Facebook Syria Charity (02.12.2016)
• Vidéo 2 :    Page Facebook AJ+ ( 13.12.2016 )

Politique

L'IVG, un droit mis en danger

Le droit à l’interruption volontaire de grossesse existe en France depuis la loi Veil de 1975. Mais la montée en puissance de mouvements comme la Manif pour tous, les Survivants, ou encore de certaines associations catholiques nous indique qu’une partie du peuple français, et ce, quarante et un ans plus tard, n’est toujours pas prête à accepter ce que cette loi prône: le droit au choix.
Un malentendu originel
Désormais complètement légal (dans un délai de 12 semaines de grossesse), l’avortement est accessible à toutes les femmes en France. Dès lors, les « pro-life », qui n’ont toujours pas digéré cette loi, semblent s’être donnés pour objectif de sauver des vies en dissuadant par diverses techniques de manipulation des femmes d’avoir recours à l’IVG, notamment en les attirant insidieusement vers le choix de la grossesse.
L’angoisse principale des « anti-choix », comme on peut tout aussi bien les nommer, semble être que la femme qui avorte ne soit pas consciente de ce que ce geste représente, car ce dernier aurait été banalisé par sa légalisation. L’argument de « l’avortement de confort » est, entre autres, régulièrement repris dans les médias, alors même que les « pro choix » n’ont jamais nié le fait que l’avortement soit une épreuve difficile à traverser. En 1975 déjà, et devant les députés, Simone Veil revenait sur ce point en déclarant: « Je le dis avec toute ma conviction : l’avortement doit rester l’exception, l’ultime recours pour des situations sans issue. (…) aucune femme ne recourt de gaieté de cœur à l’avortement. Il suffit d’écouter les femmes. »
Une façon très particulière de conseiller…
Les pro-life sont nombreux et organisés. Ils se sont emparés des moyens de communication modernes avec succès. IVG.net est le site le plus connu du genre. Ses méthodes relèvent de la désinformation et de la dissimulation: il s’agit d’apparaître sous la forme d’un site officiel et neutre, en se gardant bien de préciser ses influences, et tout en travaillant à ce que les femmes intègrent qu’en allant se faire avorter, elles sont en passe de commettre un crime.
Il s’agit tout d’abord de bien choisir son vocabulaire, ce qui consiste par exemple à parler d’enfant, plutôt que d’embryon. Le partenaire masculin sera évidemment immédiatement qualifié de père. C’est ensuite une rhétorique bien ficelée qui est déployée : s’attarder sur la taille du fœtus, sur le fait que son cœur bat déjà, ou encore sur le fait qu’à x semaines, les oreilles sont déjà formées (rendez-vous compte). IVG.net sait aussi très bien cibler ses victimes. En effet, comme les adolescentes enceintes peuvent être particulièrement tentées par l’IVG, le site s’attache à renseigner les jeunes filles à propos des différentes aides qui permettent d’élever un enfant: « Alors le RSA, je sais pas si vous vous imaginez mais c’est quand même une bonne petite somme qui vous arrive tous les mois et avec ça vous avez de quoi nourrir votre enfant ».
AfterBaiz.com ou encore testpositif.com sont des sites plus récents qui cherchent à « réinformer sur la sexualité ». Ils visent les jeunes avec leurs couleurs vives et un ton décomplexé. Notons que le fondateur d’AfterBaiz.com est le directeur artistique de la Manif pour tous. Quant aux Survivants, leur rhétorique fait de chacun de nous des « rescapés » puisqu’un enfant sur cinq ne voit pas le jour pour cause… d’IVG.
Enfin, la désinformation pro-life va jusqu’à la diffusion de fausses photos de bébés avortés. IVG.net se décline en chaîne YouTube (SOS ivg), use et abuse de la publicité sur les réseaux sociaux (page Facebook « IVG: vous hésitez ? Venez en parler ! »), et propose également un numéro vert mis à la disposition des femmes se posant des questions sur l’interruption volontaire de grossesse. Quel que soit le média, des méthodes similaires sont employées, comme le prouve Guillaume Meurice lorsqu’il décide d’appeler ce numéro vert pour sa chronique sur France Inter.

Et du côté de la loi ?
Ce site s’adressant aux femmes sur le mode de l’intimidation et de la déresponsabilisation était jusqu’en janvier 2016 le premier référencé sur Google avec le mot clé « IVG ». C’est grâce à l’implication du webzine Madmoizelle, et à l’action de Najat Vallaud-Belkacem que le site a perdu sa première place : c’est désormais le site officiel du gouvernement qui apparaît en premier. Néanmoins, IVG.net reste dans le top 3 des recherches et repasse parfois momentanément en tête. La guerre du référencement n’est donc pas terminée.
Un délit d’entrave à l’IVG existe déjà depuis 2014. Ainsi, le fait de chercher à empêcher une femme d’accéder à un établissement médicalisé pour pratiquer une IVG ou s’informer est passible de deux ans de prison et de 30 000 euros d’amende. Afin d’aller plus loin et d’empêcher ces sites internet d’exister en tout légalité, Laurence Rossignol, ministre des Familles, de l’Enfance et des Droits des Femmes, a proposé d’instaurer un délit d’entrave « numérique » à l’IVG début 2016, visant directement les sites de propagande pro-vie. Après que le Sénat a écarté cette extension du délit d’entrave par un avis défavorable en commission, les citoyens se sont mobilisés et rassemblés autour d’une pétition en sa faveur. Le 28 novembre, alors que l’extension doit enfin être débattue au Parlement, le président de la Conférence des évêques de France (CEF), Mgr Georges Pontier, demande officiellement à François Hollande de s’opposer à cette réforme, sans succès, car le texte a été adopté par l’Assemblée nationale le 1er décembre avec le soutien de l’ensemble de la gauche et d’une majorité de centristes, et ce malgré l’opposition de la droite qui en appelait à la liberté d’expression. Le 7 décembre, c’est au tour du Sénat d’adopter la proposition, avec 176 voix pour et 123 contre. Il reste désormais à voir comment ce projet va se concrétiser et comment vont réagir les responsables des sites visés.

En 2016, l’IVG n’est pas encore un droit acquis
Vous l’aurez compris, l’IVG est un droit qui, même en France, a encore bien besoin d’être protégé et défendu contre la désinformation. La manipulation guette chaque femme rendue vulnérable par une grossesse non souhaitée. Elle est un mal pour un bien selon les anti-IVG. En effet, manipuler une femme, c’est bien peu de choses, face au sentiment du devoir accompli, face à toutes ces vies « sauvées ».
Est-ce accomplir quelque chose de « bien » que de dissuader une femme d’avorter, est-ce que l’embryon doit être sauvé à tout prix, au risque de gâcher la vie d’une femme qui n’a pas l’envie, la force ou bien les ressources nécessaires pour élever un enfant ? Quid des enfants rejetés, malaimés ?
Toutes ces questions ne semblent pas être au cœur des préoccupations des regroupements pro- vie, qui, bien loin de se mourir, sont de plus en plus visibles. Le combat pour le choix n’est pas terminé. Rappelons par exemple que François Fillon, vainqueur des primaires de la droite il y a quelques jours, estime que l’IVG n’est pas un droit fondamental. La vigilance reste de mise afin qu’à l’avenir le site officiel du gouvernement ou celui du planning familial ne deviennent pas des repères d’anti-choix.
Pour une information non-partisane et respectueuse: ivg.social-sante.gouv.fr ou planning-familial.org
Camille Frouin
Sources :
• RICHE Sophie, « La nouvelle stratégie des anti-IVG », madmoizelle.com, 29/06/2016, consulté le 26/11/2016
• BALLET Virginie, « IVG: le « délit d’entrave numérique » écarté par le Sénat », libération.fr, 29/09/2016, consulté le 26/11/2016
• CHAMBRAUD Cécile et DUPONT Gaëlle, « Le débat sur l’avortement se crispe », 29/11/2016, consulté le 29/11/2016
• ivg.net
• afterbaiz.com 
• testpositif.com
• Vidéo YouTube France Inter, 12/10/2016 « Avec les anti-IVG – Le Moment Meurice »
Crédits :
• Twitter @lessurviivants
• Facebook , capture d’écran « IVG: vous hésitez ? Venez en parler ! »

Politique

10 jours pour signer

FastNCurious prend position en soutien à Amnesty International 
10, 9, 8, 7, 6, 5, 4… il reste trois jours à Amnesty International France pour récolter un maximum de signatures dans le cadre de son rendez-vous annuel 10 jours pour signer, grande campagne de sensibilisation en faveur de ceux dont les droits sont bafoués (du 2 au 11 décembre). Bien plus qu’un appel à la tolérance et à la compréhension de la part des dignitaires et responsables politiques de chaque pays concerné, signer, c’est reconnaître la responsabilité de certains régimes vis-à-vis de leurs citoyens, les privant de leur droit le plus fondamental : la liberté de s’exprimer.
Signer, c’est dire non aux persécutions que journalistes, reporters, blogueurs, écrivains, photographes, musiciens, graffeurs, instituteurs, et l’ensemble de la société civile subissent au quotidien dans leur pays. Signer, c’est dire non aux arrestations pour contestation et critique d’un régime, c’est dire non à l’emprisonnement sans jugement, c’est dire non aux exactions commises à l’égard de minorités privées de droits.
Mais signer, c’est aussi dire oui. Dire oui à la démocratie. Dire oui aux bouffées d’air frais dans un monde où l’asphyxie est alarmante.
« Liberté, j’oublie ton nom »
Eric Chol, du Courrier International, en introduction d’un dossier en soutien à l’action menée par Amnesty International, écrit qu’ « entre l’essor des classes moyennes et la propagation de nouvelles techniques de communication, les dictateurs n’avaient qu’à bien se tenir. Un quart de siècle [après la victoire du libéralisme politique] la roue a tourné… sans faire progresser les libertés. Nous vivons une grande régression ». Le constat est probant : le désir de démocratie s’essouffle, les voix des peuples sont étouffées et des plumes trop libres sont censurées sans aucune justification.
C’est face à ce virage totalitaire tragique qui laisse un grand nombre de victimes en hausse derrière lui, que l’Organisation Internationale Non Gouvernementale (OING) Amnesty International se mobilise pour mettre en lumière dix situations inhumaines contre lesquelles il est de notre devoir de s’insurger.
Du lanceur d’alerte Edward Snowden sur les pratiques illégales des services de renseignements américains, à l’ex-journaliste turque Eren Keskin, opposante au régime d’Erdogan et défenseur des droits des kurdes, en passant par le photojournaliste égyptien Shawkan, le camerounais Fomusoh Ivo Feh ou encore la communauté homosexuelle maghrébine, les portraits des victimes de persécutions et de l’absence de protection juridique sont détaillés sur amnesty.fr.

Le pouvoir de la société civile est grand, ne le sous-estimons pas. C’est ensemble que nous inverserons les tendances : la dictature du nombre au service du bien commun. C’est en substance le message d’Amnesty International, qui donne la possibilité à tout un chacun de rallier une cause par le biais d’une signature 2.0. Une fois le nombre de soutiens recommandé obtenu – qui semble varier en selon l’ordre de priorité que confère l’OING à chaque situation – des signaux d’alarme seront envoyés aux autorités dirigeantes des pays en question, par courrier ou via les réseaux sociaux, afin de les interpeller sur leurs pratiques.
Notre regard est une arme beaucoup plus puissante que ce que l’on croit
A cela, viennent s’ajouter un ensemble d’actions collectives organisées par les pouvoirs publics, les associations, les entreprises, visant à sensibiliser un public à petite échelle autour d’ateliers, et à récolter des signatures papier. Il est important d’apporter un soutien moral à ces personnes afin qu’elles continuent à se dresser contre le joug de l’oppresseur, à se battre pour défendre et faire valoir leurs droits. Nos droits, auxquels sera consacrée la journée du 10 décembre prochain.
Notre contribution est bien maigre, mais elle a le mérite d’exister.
On signe, et vous ?
Antoine Heuveline
 
Sources :

Courrier International
amnesty.fr

 
Crédits images :

Writeathon

 

Politique

Sondages d'opinion: entre influence et critique, au cœur de la communication politique.

Le premier tour de la droite et du centre, les présidentielles américaines ou encore le Brexit. Point commun de ces scrutins: le grand raté des sondages. Cette réminiscence de la critique des estimations d’opinion en 2016 fait écho à d’autres scrutins majeurs comme celui du 21 avril 2002, premier tour des présidentielles. Des questions sur le rôle et l’influence des sondages se posent, ainsi que sur leur place dans la sphère médiatique et la communication politique.

Sondages d’opinions: encadrés mais critiqués
Selon la loi du 25 avril 2016 le sondage d’opinion ou sondage politique est « quelle que soit sa dénomination, une enquête statistique visant à donner une indication quantitative à une date déterminée, des opinions, souhaits, attitudes ou comportements d’une population par l’interrogation d’un échantillon ». Des obligations méthodologiques légales encadrent leur réalisation et la diffusion dans les médias. Par exemple, aucun sondage d’opinion ne doit être diffusé la veille et le jour d’un scrutin.
Leur interdiction à l’approche d’un scrutin est bien la preuve de leur influence sur l’opinion des électeurs. Et si les grands échecs sondagiers parlent d’eux-mêmes, de nombreux intellectuels se sont penchés sur les sondages d’opinions et leurs limites. Preuve que cette critique n’est pas récente, Herbert Blumer (sociologue américain) est à l’origine de la première critique des sondages en 1947 lors d’une session de l’American Sociological Association. Plus récemment Daniel Gaixe (politiste français) s’interrogeait sur l’exactitude des résultats notamment en ce qui concerne la faible proportion des non-réponses, qui ne selon lui ne permette pas une retranscription exacte de l’opinion publique. Patrick Lehingue quant à lui dans son ouvrage Sondages, souriez vous êtes manipulés (2011, ed. Graffic – Bruno Leprince) met en avant les répercussions possibles des sondages sur le vote.
Sondages d’opinions: plus de quantitatif, moins de qualitatif
Les sondages politiques, dont l’objectif premier est d’informer les citoyens et de jauger l’opinion à un instant T, ont un rôle central dans la sphère médiatique. Ils sont présents sur toutes les chaînes d’informations, journaux, sites internet, réseaux sociaux, qui les utilisent comme preuve ou comme point de départ à leurs débats. Le nombre important d’instituts de sondages (Elabe, Harris interactive, Odoxa, Opinionway, Ifop, BVA, Kantar-Sofres…) est une réponse à la forte demande des médias et de la population. Les sites d’information en continu sont friands de nouveaux sondages en permanence, pour avoir une évolution « en direct » de l’opinion publique suite à un meeting, une interview, un tweet. Le succès des sondages politiques est contradictoire avec l’essence du vote, personnel. Si les citoyens s’intéressent tant aux sondages, leur vote peut être influencé par les intentions de votes de leurs compatriotes. Dans ce cas, le vote de conviction est affaibli au profit d’un vote de réaction.
Par exemple, des études ont montré que la sous-estimation des intentions de vote pour Jean- Marie Le Pen en 2002 ont finalement conduit à son succès. Pensant que ce dernier n’allait jamais « passer » au second tour, une partie de l’électorat aurait voté pour lui, plus par contestation que par réelle adhésion à son programme politique et ses valeurs.

Sondages d’opinions: un instrument au service de la communication politique
L’influence des sondages sur le vote des électeurs est alors utilisée par les personnels politiques qui les intègrent dans leur stratégie de communication, tantôt pour appuyer leurs propos, tantôt pour les critiquer. Ainsi le New York Times, le jour de l’élection américaine (le 08/11/2016) a mis en ligne un sondage, estimant Hillary Clinton en tête avec 45,9% des intentions de vote contre 42,8% pour Donald Trump afin d’appuyer les propos allant dans le sens d’une victoire sans conteste de la candidate Clinton. La majorité des médias confirment ce qui paraît être une évidence, peut être pour ne pas prendre de risque ou parce que les sondages s’imposent aux journalistes comme seul indicateur de la dynamique de campagne. L’objectivation des propos par les sondages permet donc à des estimations d’être perçues comme des informations fiables et incontestables. Cette ambivalence dans la communication politique marque alors le pouvoir que peuvent avoir ces estimations chiffrées dans la campagne et donc l’élection d’un candidat. La vive critique qui leur est faite ne semble pas pour autant présager leur disparition du paysage politique et médiatique puisque courtisés ou critiqués, les sondages d’opinions font la Une.
Dans une société toujours à la recherche ou à la poursuite de chiffres, les sondages sont souvent pris comme valeur absolue. Suite aux quelques grandes erreurs, la confiance de l’électorat en ces estimations est affaiblie, peut-être est-ce un mal pour un bien, une défiance vis à vis des sondages synonyme d’une reprise de pouvoir des citoyens vis à vis de leur réflexion politique…
Xuan NGUYEN MAZEL
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Sources:
Direction de l’Information Légale et Administrative. Vie Publique. Les sondages d’opinion. Mis à jour le 2 mai 2016, consulté le 22/11/2016.
Association les amis du monde diplomatique. Compte rendu du colloque critique des sondages. Novembre 2001, consulté le 22/11/2016.
Gouvernement.fr. Service d’Information du Gouvernement (SIG). Consulté le 22/11/2016.
The New York Times, Latest election polls 2016, Wilson Andrews, Josh Katz et Jugal Patel. Mis en ligne le 08/11/2016. Consulté le 03/12/2016.
Crédits photo:
Unes Le Point, Daily Mirror, New York Post
Philippe TASTET
Azam