Société

Twitter et les comptes parodiques malveillants : un moyen légal d'usurpation d'identité ?

Dans le monde virtuel des réseaux sociaux, les rapports de force reposent sur l’immédiateté et la dépendance au nombre de vues et de partages. Ce qui est mis en avant ne l’est qu’à cause de sa viralité et non de sa véracité. De plus, le fait que le réseau social Twitter soit mondialisé fragilise l’établissement de lois internationales, visant à contrôler l’apparition de comptes malveillants qui parviennent, à travers l’interprétation de la politique du site, à la contourner.
Les personnes engagées : une surveillance constante et nécessaire des comptes parodiques usurpateurs
Même nom, même avatar, mais contenus opposés, c’est le moyen choisi par des anonymes pour semer la confusion et parvenir à convaincre les « followers » (littéralement « suiveurs ») des militants à revenir sur leurs positions politiques. Ainsi, le militant Américain et anti-Trump Ryan Knight, connu sur les réseaux sociaux par le surnom « Proud Resister » (résistant fier), a été victime d’une usurpation d’identité parodique d’une personne pro-Trump. Avec plus de 86 000 abonnés, il publie régulièrement sur Twitter pour maintenir la résistance anti-Trump.

 
Ce tweet du militant anti-Trump dénonce le risque des faux-comptes qui se font passer pour lui de manière parodique : « Des comptes feignant la résistance apparaissent en ce moment dans le but de discréditer nos efforts. Le compte ci-dessous utilise ma photo, mon nom et tweet de la « désinformation » pour semer le doute et diviser. Cela recommence comme en 2016. @Twitter ne peut autoriser cela. S.V.P. partagez et encouragez Twitter à supprimer @the_ryan_knight ».
 

Ce tweet du compte parodique de Ryan Knight prétend avoir fait semblant d’être un militant anti-Trump : « Trump est quelqu’un de super. Cette affaire de #Résistance est une perte de temps. Il est temps pour moi de retourner à ma vie normale. ». Ce tweet étant une réponse à un compte qui défend lui aussi la résistance anti-Trump, on peut voir que l’usurpateur cherche à diviser la collectivité anti-Trump, et qu’il cherche ainsi à perturber la fluidité de sa communication. Le compte usurpateur a depuis été suspendu après une semaine de nombreux signalements.
L’ambiguïté de la politique et des règles d’utilisation de Twitter
L’équipe de Twitter est consciente des risques d’usurpation d’identité et écrit ceci :

La fragilité de cette politique d’utilisation est que la mention explicite de la dimension parodique du compte est légitime, dans le cadre de la liberté d’expression. Dans le cas de Ryan Knight, l’usurpateur a changé son nom de « proud resister » en « paid resister » (résistant payé), mais a aussi spécifié dans sa biographie « (parody) », que l’on ne peut voir que si on va sur le compte en question, et qu’on prend le temps de lire sa description. Ainsi, il ne peut pas être attaqué, car il n’a pas le même pseudonyme.
Ces parodies malveillantes sont dangeureuses, car les tweets circulent de manière autonome (nul besoin d’aller sur le compte du propriétaire), et qu’une lecture rapide et passive du contenu (associé à son avatar) influence le récepteur. Ce dernier ne voit pas nécessairement la différence de pseudonyme et la confusion s’opère. Le récepteur peut être surpris du changement radical des propos de la personne qu’elle pensait légitime de suivre, ou  peut être amené à analyser la situation du point de vue opposé à ses positions initiales et ainsi douter de  la pertinence de ses positions. Puisque Ryan Knight lui semble être revenu sur ses positions, peut-être devrait-il en faire de même ?
La compréhension de cette dimension parodique « par l’audience ciblée » n’est absolument pas certaine, et ne peut être vérifiée. D’autre part, l’utilisation de Twitter dans sa politique des termes « similaires » et « de manière ambiguë ou trompeuse », montre  un manque de précision qui permet justement de contourner cette règle, avec pour défense les possibilités d’interprétations.
Les dangers des réseaux sociaux naissent sans avoir été devinés par Twitter au préalable, ainsi les contours de sa politique d’utilisation ne sont pas assez clairs pour pouvoir les prévenir au mieux. En revanche, les comptes parodiques malveillants passent entre les mailles du filet, grâce au flou juridique existant.
Alors, quelles limites entre la liberté d’expression et la légitimation des comptes parodiques ?

 

 
Si la liberté d’expression est défendue dans la politique de Twitter, elle s’effectue pour les utilisateurs au prix d’une lutte virtuelle qui sonne comme la loi du plus fort. Cela s’exprime par le degré d’efficacité dans la communication des idées, l’influence (les partages post-publication), la fréquence des publications et des interactions avec de potentiels « followers » et les followers que l’on parvient à acquérir dans un laps de temps court. Le contenu est disgracié au profit de la viralité et de la notoriété. Le processus devient plus fort que le contenu,  cela repose sur la logique même des réseaux sociaux.
L’utilisation du terme « conflit » montre que cela est partie constituante du réseau social, que ce soit de manière visible lors de débats, ou que ce soit de manière cachée à travers les comptes parodiques malveillants. Ces derniers peuvent paradoxalement pousser les militants à s’engager plus encore dans la communication de leurs idées, car ils se retrouvent dans une situation de double opposition. A la fois dans la défense de leurs idéaux dans une situation donnée, mais aussi dans la lutte contre les moyens d’usurpation légitimes de leur identité à travers la surveillance constante.  Ils encouragent aussi leurs « followers » à signaler les comptes usurpateurs malveillants : la suspension d’un compte est aussi un combat du nombre.
Ce problème est délicat, car l’interdiction de comptes parodiques mènerait à un contrôle constant de Twitter, et donc porterait atteinte à la liberté d’expression, dans un contexte où une large partie des comptes parodiques ne sont pas malveillants. Le signalement reste l’issue de secours, mais la rapidité de la diffusion des tweets, par rapport à la réaction bien plus lente des autorités questionne les nouveaux moyens de prévention, plus efficaces dans la lutte contre l’usurpation malveillante.
 
Romane Pinard
Twitter @RomanePnd
 
Sources :

La politique d’utilisation de Twitter : Comptes parodiques et Usurpation d’identité
Le Twitter de Ryan Knight et tweet publié le 20 octobre 2017
Le Twitter du compte parodique (depuis suspendu), tweet publié le 19 octobre 2017

Société

Who run the Internet ? Girls !

En ce mois de novembre 2017, le harcèlement sexuel est encore plus que jamais présent dans nos sociétés. Qu’il se manifeste au travail, à la fac, dans les transports en commun ou encore dans la rue, les femmes y sont chaque jour confrontées.

 #BalanceTonPorc

Depuis quelques semaines, l’affaire du producteur Hollywoodien Harvey Weinstein enflamme les communautés d’internautes. Les répercussions sont telles qu’il est quasiment impossible aujourd’hui d’éviter cette abondance de tweets accompagnés du hashatg #BalanceTonPorc. Cet hashtag a été lancé le 13 octobre dernier par Sandra Muller, fondatrice et directrice de la rédaction de « La lettre de l’audiovisuel », un média à destination des professionnels des médias et des instances dirigeantes. Le but de l’initiative de la journaliste ? Inviter toutes les femmes à prendre la parole sur le sujet. En résultent alors des dénonciations en cascade, comme l’illustre le cas de la militante du PCF Julia Castanier, à l’origine de ce tweet : « J’avais 25 ans et j’étais attachée parlementaire. En allant vers l’hémicycle, @jeanlassalle m’a mis une main aux fesses. #balancetonporc ». Sa révélation a par la suite poussé d’autres femmes à dénoncer à leur tour le député.

Quand les réseaux sociaux deviennent une arme
Les réseaux sociaux jouent bel et bien un rôle important dans cet éveil de la parole des victimes. En août 2012, la communauté « Paye Ta Schnek » faisait son apparition sur Facebook. Son objectif, « lutter contre le harcèlement sexiste que subissent les femmes de tous genres, de la part d’hommes ». La page s’attèle à publier des remarques sexistes entendues ici et là ainsi que des témoignages de victimes, afin de dénoncer l’omniprésence du harcèlement au quotidien.

 

 
Sur Instagram également, le 29 août dernier Noa Jansma, une étudiante néerlandaise, donnait naissance au compte @dearcatcallers. Ce « projet d’art » comme elle-même l’a présenté, avait pour objectif de montrer à tous ceux qui n’en auraient pas encore conscience, la fréquence du harcèlement de rue dans la vie quotidienne d’une femme. Pendant un mois, elle a publié 22 selfies pris avec chaque homme l’interpellant dans la rue à coups de remarques obscènes et autres insultes déplacées. Il s’agissait pour elle, comme elle l’explique dans une interview pour Konbini, d’utiliser le selfie comme une arme lui permettant ainsi « d’entrer dans l’intimité » de ces hommes de la même manière qu’eux le font lorsqu’ils interpellent les femmes dans la rue.

Des plateformes de libération de la parole : vers une justice citoyenne des réseaux sociaux ?

Ainsi, sur Twitter, Facebook ou encore Instagram, les femmes profitent de la visibilité et de la liberté offerte par les réseaux pour enfin s’exprimer sur les violences subies quotidiennement. Ce phénomène de dénonciation par le biais des réseaux sociaux offre donc à ces derniers un nouveau statut : ils deviennent de véritables plateformes de libération de la parole. Mais le réseau social est-il le lieu adéquat pour dénoncer le harcèlement ? La question fait amplement débat. Éric Naullau, invité sur Europe 1 le 17 octobre dernier, affirme que la solution ne réside pas dans « un réseau social basé sur la délation, cela passe par la loi ».
Nous sommes donc face à une tentative de la part des femmes du monde entier de gérer le harcèlement en renversant le rapport de force à l’aide des réseaux sociaux. Cette nouvelle forme d’activisme pourrait être qualifiée de « médiactivisme », un terme initié par Dominique Cardon et Fabien Granjon dans leur ouvrage Médiactivistes paru en 2010. Nous entrons en effet dans une ère au sein de laquelle, grâce aux réseaux sociaux, chaque utilisateur peut désormais réagir librement et individuellement à une cause qui lui tient à cœur. Pour reprendre les dires des deux auteurs : « les collectifs d’internet se définissent moins par des valeurs partagées que par des engagements circonstanciés »
Dans l’article de Mediapart « Manifeste pour un journalisme citoyen » publié le 14 octobre dernier, François Serrano déclarait de la même façon à propos des réseaux sociaux : « Absolument tout citoyen ayant une conscience sociale et la volonté de s’exprimer a toute la légitimité pour assumer la responsabilité d’informer ses concitoyens, avec ses propres mots, sur des sujets qu’il connaît. » Le journaliste introduisait ici l’idée d’une nouvelle forme de journalisme permise par l’émergence des réseaux sociaux, qu’il qualifie de journalisme citoyen.

Les réseaux sociaux offrent ainsi un nouveau visage à l’information et au militantisme, et la dénonciation du harcèlement qui sévit actuellement en est le parfait exemple. Dès lors, ne pourrions-nous pas pousser la réflexion en parlant à notre tour d’une nouvelle forme de justice permise elle aussi par les réseaux sociaux ? Ne pourrions-nous pas là employer le terme de justice citoyenne ? Le débat reste ouvert.
Pauline Gosalbez
Twitter @p_gosalbez
Crédit image :
Photo de couverture : Vasava Design & Branding agency
Photo 1 : Issue du compte Twitter de Julia Castanier
Photo 2: Page Facebook de la communauté Paye Ta Schnek
Photo 3:  Compte Instagram @dearcatcallers
Sources :
Lauren Morello, « Science and sexism : In the eye of the Twitterstorm ». Nature, international weekly journal of science. 11 Novembre 2015. Consulté le 18/10/2017. 
Interview de Noa Jansma (@dearcatcallers) par Konbini mise en ligne et consultée le 22 Octobre 2017.

Interview de Éric Naullau & Éric Zemmour sur Europe 1 diffusée le 17 Octobre, vidéo consultée le 18 Octobre 2017. 
Pierre Le Coz. Le Gouvernement des émotions… et l’art de déjouer les manipulations. Armand Colin. 2014. EAN13 : 9782226256997. 
Dominique Cardon et Fabien Granjou. Médiactivistes. PFNSP Collection ‘Contester’. 2010. ISBN : 9782724611687.
François Serrano. « Manifeste pour un journalisme citoyen ». Mediapart. 14 Octobre 2017. Consulté le 18/10/2017. 

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Société

Stéréotypes : sous-estime-t-on le rôle des médias dans la création d’idées préconçues ?

Une partie de l’équipe Fast’n’Curious a pu se rendre, le 8 juin dernier, au siège du Défenseur des Droits, à l’occasion de la cérémonie de remise de prix du concours Zéro Cliché pour l’égalité filles-garçons, organisé par le CLEMI (Centre pour L’Éducation aux Médias et à l’Information). En donnant l’opportunité aux élèves de primaire, collège et lycée de s’intéresser aux clichés qui façonnent les mentalités dès l’enfance, ce concours a été l’occasion pour nous de réfléchir sur le rôle des médias dans leur création et banalisation dans les esprits.

Médias et espace public : leur impact sur la création d’idées préconçues chez les jeunes

Nous sommes tous les jours confrontés aux messages médiatiques : dans l’espace publique via les panneaux publicitaires, affiches et kiosques à journaux; dans nos foyers, via Internet, la télévision, la radio, etc.; sur notre lieu de travail… Tous les canaux de diffusion d’informations nous atteignent, et sont susceptibles de véhiculer des idées qui n’ont, parfois, pour fondement, que leur notoriété, ou leur existence passée.
La publicité en est un exemple très concret. Les publicitaires raisonnent en termes de retombées potentielles, et surfent volontiers sur les stéréotypes pour arriver à leur fin : il faut attirer l’attention du consommateur, en l’approchant par l’évocation d’images, de faits ou de réalités quotidiennes susceptibles de résonner dans leur esprit. La technique publicitaire suivante, utilisée pour les produits de nettoyage, est récurrente, presque paradigmatique, mais surtout très évocatrice : il s’agit le plus souvent de mettre en scène une femme, chez elle, qui s’attache à nettoyer une partie de sa cuisine ou de sa salle de bain, en vain. C’est là que le produit en question intervient, enlevant tâches, saletés et autres ennemis de la bonne ménagère, lui redonnant sourire et énergie. Le publicitaire s’assure ainsi des retombées nombreuses, en s’appuyant sur un des piliers sociétaux les plus anciens : la femme est femme au foyer, récure, balaie et éponge. Naviguer sur les stéréotypes, c’est s’assurer que le contenu produit parle à tous, en faisant appel à une culture commune. Si du côté de la production, le mot d’ordre est « efficacité », le public instruit et averti pense « cliché », « archaïsme » et « misogynie ».
Le jeune public, lui, n’interprète pas ; il intègre juste l’image de la femme qui lui est donnée. C’est particulièrement flagrant en ce qui concerne les produits ménagers, associés à la femme, donc, mais aussi pour les produits de bricolage, dont l’utilisation est mise en scène par des hommes, ou encore pour les jouets.

Insidieusement, les petites filles apprennent qu’elles doivent jouer à la poupée, à la dinette, et se déguiser en princesse. Les garçons jouent aux super-héros, au docteur, ou bricolent. En somme, ils se familiarisent avec le rôle qu’ils seront amenés à jouer dans la société, une fois adultes. En surfant sur des idées préconçues et jugées pertinentes parce qu’historiques, les publicitaires agissent sur les mentalités des plus vulnérables et des plus influençables, les pérennisant.
Un des lauréats du concours Zéro Cliché, le Lycée Louis de Foix, à Bayonne, dénonce ces pratiques par une vidéo, déclarant sur fond d’images publicitaires : « à toi publicitaire, qui ne véhicules qu’une image sexy ou niaise de la femme. Toi qui la condamnes à nettoyer, balayer, cuisiner, à longueur de journée ». On redécouvre des publicités pour parfum ou pour produits ménagers bien connues, dont la misogynie a pu, pourtant, passer inaperçue : le consommateur, devant sa télévision, activité souvent associée à un temps de repos, se trouve en position de vulnérabilité.

Les médias, réellement fautifs dans la création des discriminations sexistes ?

La publicité n’est malheureusement qu’un canal de diffusion de ces clichés : la télévision ou Internet recèlent de multiples autres contenus (films, vidéo clips ou réseaux sociaux) eux aussi pétris de stéréotypes sexistes. Le Lycée Louis de Foix s’y intéresse également, en continuant : « à toi star de la pop qui prostitue ton image pour faire le buzz ». Shakira, Jennifer Lopez, ou Britney Spears, autant de stars mondialement connues, et références centrales dans la culture musicale des jeunes, déambulent dans leurs clips dans le plus simple appareil à coup de pauses lascives.

Emily Ratajkowski, que sa prestation dénudée dans le clip « Blurred Lines » de Robin Thicke a rendu célèbre, s’est paradoxalement attaquée à ces stéréotypes. Pour elle, qui a conscience des inégalités hommes-femmes et s’en estime être la victime, la discrimination ne se trouve pas tant dans l’usage que l’on fait du corps de la femme, mais plutôt dans la culpabilité qu’on l’incite à ressentir à la moindre mise en valeur de ses formes. Elle déplore que le terme « sexy » soit associé au terme « vulgaire » ; deux mots qu’elle positionne plutôt en antonymes. Une femme doit pouvoir s’afficher dans la tenue qu’elle veut, en bougeant son corps comme elle veut, sans se faire insulter ou juger. Partisane d’une désexualisation du corps de la femme, Emily estime que sa beauté doit pouvoir être exhibée sans être prise à parti. Etre sexy, c’est exprimer, d’une certaine façon, sa beauté, sa féminité. Au lieu de se dire « la prochaine fois, je mettrai un débardeur moins décolleté ! », elle pense que les femmes ne devraient tout simplement pas se sentir observées, épiées, objets de désir.
Ce discours féministe donne du fil à retordre aux conventionnelles ligne de combat adoptées contre les stéréotypes sexistes. Où placer la frontière entre liberté de la femme, et stéréotypes dégradants ? De plus, la vision d’Emily Ratajkowski, qui l’encourage à dévoiler sur ses réseaux sociaux des photos d’elles dévêtues, permet de relativiser la responsabilité des médias dans la création et la propagation des idées préconçues dans les mentalités. Internet par exemple devient alors une plateforme d’information, un moyen d’expression libre, permettant au contraire de dénoncer certaines injustices ou discriminations sexistes. En témoigne notamment le mouvement « free the nipple » (qui consiste à promouvoir l’exhibition des tétons sur les photos des femmes, dans l’idée de désexualiser la poitrine) qui s’est trouvé une place de choix sur Instagram. C’est également sur Internet que le nouveau blockbuster hollywoodien, Wonder Woman, réalisé par une femme, et mettant en scène une femme super-héroïne, a fait parler de lui et a été applaudi dans le monde entier en tant que succès mondial impliquant majoritairement des femmes.

L’éducation aux médias : la solution ?

Cette ambivalence du rôle des médias (instigateurs de stéréotypes et de préjugés, créateurs d’inégalités, ou moyen d’expression pour s’engager contre leur propagation ?) pose la question de l’attitude à adopter vis-à-vis de l’appréciation que l’on doit en faire.
« Le CLEMI s’efforce de donner aux médias un sens, un message, une portée, qui soient conformes à l’intérêt général, et surtout aux valeurs que nous portons, et aux principes juridiques que nous défendons tous. Le Défenseur s’est donc associé à cette première remise de prix Zéro clichés », a déclaré Jacques Toubon, alors qu’il s’exprimait devant l’audience réunie à l’occasion de la remise des prix.
Le Défenseur des Droits, qui désigne et l’institution dont la vocation est de « défendre les personnes dont les droits ne sont pas respectés » et de « permettre l’égalité de tous et toutes dans l’accès aux droits » (https://www.defenseurdesdroits.fr/fr/institution/organisation/defenseur), et son fondateur, Jacques Toubon, compte parmi les acteurs principaux de l’éducation des plus jeunes au développement d’un sens critique vis-à-vis des médias.
« Quand un droit existe, il est proclamé », explique Jacques Toubon, que nous avons pu rencontrer lors de l’évènement organisé par le CLEMI. Mais il arrive que ce droit ne soit pas rendu effectif. Le rôle du Défenseur des Droits est donc d’essayer « de mettre la réalité de notre vie quotidienne en conformité avec le droit », ajoute-t-il. « Ceci est particulièrement vrai sur un sujet très important pour une société comme la nôtre : les discriminations. Il y a beaucoup de situations dans lesquelles des personnes sont traitées de manière inégale, sont victimes d’inégalités de traitement, parce qu’elles présentent certaines caractéristiques qui entraînent la discrimination dont elles sont victimes. L’une de ces discriminations les plus fréquentes et massives, c’est l’inégalité qui existe dans le traitement qui est fait au détriment des femmes par rapport aux hommes. »
Si le Défenseur des Droits œuvre pour la condamnation de ces discriminations, et leur sanction, il s’attache également à combattre le problème à sa racine : « Lutter contre les discriminations par la loi et par l’application du droit, ça n’est pas suffisant », explique Jacques Toubon. « Ces discriminations viennent (…) des représentations, des stéréotypes, des idées que nous avons sur les autres, ou sur la manière dont existent les rapports, par exemple entre les femmes et les hommes. » poursuit-il. « Par les moyens du droit, on ne réussira jamais à lutter contre les discriminations véritablement. C’est parce qu’on se mettra à penser autrement, parce qu’on aura des réflexes différents, qu’on pourra dire que les discriminations reculent. (…) Ce que fait le CLEMI sur Zéro Cliché participe à ça ».

« Il faut que l’éducation qui est donnée [aux jeunes] soit une éducation qui systématiquement s’efforce de détruire ou déconstruire les stéréotypes et les préjugés. », conclut-il.
Alors, faut-il inculper les médias pour leur rôle dans la diffusion de stéréotypes sexistes, ou louer la liberté d’expression dont ils sont garants ? Le débat n’est pas tranché ; mais il éclaire sur la nécessité d’aider les jeunes à s’armer d’un sens critique vis-à-vis des informations qu’ils diffusent.
Alice DOMINE
Sources :
http://www.lennyletter.com/life/a265/baby-woman-emily-ratajkowski/
http://www.clemi.fr/fr/evenements/concours/concours-zerocliche-egalitefillesgarcons/palmares-2017.html

Société

Blanc sinon rien

Votre peau de couleur vous dérange ? Pas de problème ! Grâce aux comprimés Snowz de Seoul Secret, votre peau sera blanche comme neige. Plus rapide encore, rendez-vous sur l’application FaceApp qui vous fait un ravalement de façade en quelques secondes. Quant à Nivea, il y avait de quoi affoler la Toile en mars dernier avec son slogan « White is purity ». Entre badbuzz, incompréhension culturelle et véritable tendance — le blanchiment de la peau inquiète.
 
« Être blanc, c’est être un gagnant »
Avoir une peau claire est un critère de beauté répandu depuis des siècles parmi les aristocraties japonaise et française qui se distinguaient ainsi des paysans travaillant en plein air. Aujourd’hui encore, les ombrelles se multiplient en Asie dès les premiers rayons de soleil. Le culte de la blancheur est aussi visible dans certains pays d’Afrique depuis le XVIIIème siècle, période où les colons ont diffusé les canons de beauté européens. Ce symbole de succès et de beauté pousse les femmes à éclaircir leur peau au plus grand plaisir des marques et de leur portefeuille.
La marque Snowz a fait beaucoup de bruit lors de la sortie de son spot publicitaire en janvier 2016 avec le slogan “Être blanc, c’est être un gagnant”. Cette publicité jugée raciste par les internautes et qui a fait scandale en France semble en revanche n’avoir pas fait de vague en Thaïlande, pays d’origine de l’égérie de Snowz. Certes, les critères de beauté sont différents d’une culture à l’autre, mais aller jusqu’à dire qu’avoir la peau noire relève d’un manque d’hygiène, cela ne relève plus seulement de spécificités culturelles mais de racisme. Il y a ici de véritables enjeux sociétaux et sociaux relatifs au respect de soi et d’autrui dans un monde globalisé où toutes les différences sont des richesses.

 
“White is purity”
Le 31 mars 2017, on a pu penser – peut-être à tort – que Nivea voulait s’emparer de la tendance du blanchiment de la peau avec sa dernière promotion sur Facebook. Néanmoins, on s’interroge sur la véritable intention de la marque au vu du slogan plus qu’explicite « White is purity ». En voulant promouvoir son déodorant « Invisible for Black & White » au Moyen-Orient, la marque Nivea a fâché nombreux consommateurs qui se sont indignés sur les réseaux sociaux jusqu’à accuser la marque de racisme.

Ce sont les suprématistes blancs qui ont salué la publicité en commentant la publication par des images d’Hitler ou de Pepe the frog.
 
Nivea has chosen our side and the most liked comments are glorious. »
Nivea a choisi notre bord et les commentaires les plus aimés sont glorieux. »
 
Cela dit, contrairement à Snowz, Nivea s’est empressée de retirer la publicité en présentant ses excuses pour cette publication « trompeuse ».
“Nous sommes profondément désolés que quiconque ait été choqué par ce post. Après avoir compris que ce post était trompeur, nous l’avons immédiatement retiré. La diversité et l’égalité sont des valeurs fondamentales de Nivea.” Porte-parole de Nivea, site de la BBC.
 
Plus beau, plus blanc
Dans un autre registre, l’application FaceApp tout juste lancée en janvier 2017, a aussi été accusée de racisme. Elle devait simplement rendre les utilisateurs “beaux” en les faisant sourire, vieillir ou rajeunir mais l’ajout d’un filtre “hot” (sexy) a fait le buzz puisque ce dernier blanchissait la peau. La blancheur de peau a effectivement été assimilée par l’application comme un signe naturel de beauté.

Le fondateur de FaceApp, Yaroslav Goncharov, s’est excusé face aux médias et a qualifié l’incident de « problème sérieux ». Pour apaiser les tensions en vue d’une rectification de l’application, le filtre a été renommé « spark » (étincelle).
 
Oups, je n’ai pas fait exprès, …
Ces exemples font état d’une tendance inquiétante qui continue de croître et où le type caucasien devient la norme de beauté dans le monde. Des femmes vont même jusqu’à enduire sur leur visage des préparations maison contenant de l’eau de javel.
Des marques comme Seoul Secret, Nivea, FaceApp et bien d’autres qui suivent cette tendance essaient de répondre à un besoin alimenté par la mondialisation et l’industrie audiovisuelle mais cautionnent par la même occasion ces pratiques contre nature et racistes.
Les marques sont de plus en plus proches de leurs consommateurs et ont donc, par leur pouvoir d’influence et de prescription, une véritable responsabilité notamment en matière de santé. Ainsi, les followers des blogueuses beauté n’hésitent pas à se couvrir le visage de produits conseillés par les youtubeuses. Néanmoins, en octobre 2015 les fans d’EnjoyPhoenix ont fait les frais d’un masque recommandé par la blogueuse, à base de cannelle qui causait des brûlures. Suite à ce scandale, beaucoup de youtubeuses ont pris conscience de cette responsabilité qui les incombe envers leurs fans, qui sont pour la plupart des adolescent(e)s.
Par ailleurs, au vu des valeurs de Nivea, qui promeut toutes les formes de beauté féminines, il était très étonnant de retrouver la marque au cœur d’un pareil scandale de racisme. Lapsus ou réelle erreur de communication? La question demeure car ce n’est pas la première fois que Nivea est accusée de la sorte. En 2011, la marque de cosmétiques incitait déjà les américains à se « reciviliser » en abandonnant barbe et coupe afro.

Buzz ou badbuzz, on parle des marques et elles s’en réjouissent. De plus, il semble que, dans ce contexte d’alerte permanente, la véritable catharsis a lieu à travers le scandale. Celui-ci devient le défouloir de toute une société avide de mouvement, d’intolérable et de diversion face au morne quotidien. Les foules peuvent prendre les marques comme boucs émissaires de leur violence et surtout de leur liberté d’expression quand elles ne les considèrent pas comme leurs plus proches amies.
Le badbuzz est généralement craint par toute entreprise, cependant on se demande parfois s’il n’est pas voulu. Dans certains cas, cette exposition médiatique semble même révéler les fantasmes cachés des marques. Chassez le naturel, il revient au galop.
 
Voiry Flore
 
Crédits :
http://nofi.fr/2015/09/le-blanchissement-de-la-peau-un-complexe-dinferiorite/23216
Capture d’écran compte Twitter Nivea
Capture d’écran compte Twitter FaceApp
Publicité Nivea
 
SOURCES :
• LEFRANÇOIS Carole
Publié le 02/03/2016
“Sur les docks” : la mode du blanchiment de la peau auscultée par France Culture »
 
• DUVAL Jean-Baptiste
Publié le 20/04/2017
Comment les grands groupes se transforment en machines à bad buzz malgré eux »
 
• BAPAUME Virginie
Publié le 16/03/2017
« Beauté noire : les dangers du blanchiment de la peau »
 
• La rédaction de France TV
Publié le 06/04/2017
« »Le blanc, c’est la pureté » : accusé de racisme, Nivea retire une publicité »
 
• La rédaction Il était une pub
Publié le 12/01/2016
« Scandale : la pub thaïlandaise raciste pour Snowz »
 
• La rédaction Le Monde
Publié le 25/04/2017
« L’application à succès FaceApp, qui rend les gens « sexys », accusée de racisme »
 
• LORRIAUX Aude
Publié le 19/08/2011
« Nivea retire une publicité accusée de racisme »

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Société

Touché… Coulé !

Si les bad buzz de Touche Pas à Mon Poste font bien souvent le buzz, celui du 18 mai s’abat tel une épée de Damoclès sur l’émission phare de C8 et en particulier sur le présentateur Cyril Hanouna. L’affaire secoue les médias, les annonceurs, les associations LGBT, les téléspectateurs, le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA)… posant ainsi la question de la survie de l’émission ou du moins de la légitimité du présentateur à garder sa place. Il n’est pas ici question d’entrer dans le débat de savoir si oui ou non le canular de Cyril Hanouna était homophobe mais bien d’adopter une vision communicationnelle des faits.
« J’aime charrier, c’est même devenu ma marque de fabrique » Cyril Hanouna
Comme le confie le présentateur, la provocation est emblématique de TPMP. Malgré son succès que l’on évalue à 1,5 million de téléspectateurs chaque soir, les limites sont trop souvent franchies, ce qui confère à l’émission une réputation de plus en plus controversée. Un des faits les plus marquants fut le baiser (forcé) du chroniqueur Jean-Michel Maire sur les seins de Soraya Riffi. Mais pourquoi l’émission continue-t-elle à jouer avec le feu vous demandez-vous ? C’est en partie parce que cette « prise de risque » demeure un moyen efficace de maintenir l’audience pour une émission dans laquelle le contenu n’a pas de réel fondement.

Quel mécanisme se cache derrière tout ça ? Ce modèle s’inscrit dans une stratégie bien construite, qui rappelle notamment celle de la télé-réalité et qui consiste en la mise en scène du clash. En effet, le scandale, le voyeurisme ou encore le croustillant sont autant d’éléments qui attirent les téléspectateurs et qui incitent par la même à la critique. TPMP ne cherche pas l’adhésion de tous mais bien au contraire la confrontation, les élans médiatiques ou encore le bouche-à-oreille ; et c’est en cela que l’émission est alimentée jour après jour comme si de rien n’était. Ce mécanisme participe d’une forme d’économie du remplissage incarnée par l’omniprésence du commentaire que l’on retrouve également dans les émissions de télé-réalité.
 
L’heure est grave !

Lu, Chanel, EasyJet, DisneyLand, Petit Navire, Bosch, Décathlon, Pringles, Guerlain, Orange, SFR, et bien d’autres encore ont ancré sur Twitter dès le lundi 22 mai leur volonté de retirer leurs publicités du créneau horaire de l’émission. Une des questions que l’on se pose est : l’émission phare de C8 va t-elle survivre ? Le monde médiatique est orchestré de telle sorte que sans l’apport financier des annonceurs, il est compliqué de survivre.
Pour avoir un ordre d’idée, TPMP coûte à la chaîne 80 000 euros par jour et les rentrées quotidiennes des investissements publicitaires s’élèvent d’ordinaire à 150 000 euros (selon les chiffres du journal Le Monde). Suite à l’annonce mercredi 24 mai de la régie publicitaire de Canal +, Touche Pas à Mon Poste a été diffusée sans aucune publicité. Cyril Hanouna prend la situation avec le sourire. Néanmoins, comme le soulève Pierre-Jean Bozo, directeur général de l’Union des annonceurs, « les marques vont demander des engagements du producteur et de la chaîne pour qu’il n’y ait plus ce genre de dérapages » avant de revenir.

 
Un déferlement médiatique

 

Si lors des précédents scandales le malaise était déjà présent, la donne n’est pas de la même ampleur pour celle du 18 mai. Les articles fusent dans la presse généraliste, les internautes se déchaînent sur les réseaux sociaux, le CSA intervient sur Twitter, les youtubers n’hésitent pas à manifester leur avis cinglant sur les faits, les associations LGBT suivent l’affaire de près, les chroniqueurs radio rebondissent sur le scandale… Vous l’aurez compris, le monde médiatique (au sens large) a les yeux rivés sur cette affaire.
Il suffit simplement de se rendre sur l’outil Google Trends pour se rendre compte statistiquement que le l’intérêt pour le sujet a subi une montée faramineuse.
Si à première vue l’émission semble être au plus bas, il est possible que la médiatisation massive de ce bad buzz serve finalement la promotion de l’émission et permette une rétention des plus fidèles téléspectateurs.

 

Un rythme d’accusation contrasté
Le contraste entre les délais d’instruction du CSA et les réactions sur les réseaux sociaux, ainsi que le retrait massif des publicités des annonceurs est frappant. Dans un monde où l’information passe par une oreille et ressort immédiatement par l’autre, une mise en cause tardive de TPMP aura nécessairement un impact moindre que si elle était effectuée à « chaud ». Le CSA n’a pas attendu d’utiliser Twitter pour diffuser un message de redirection vers sa page destinée aux plaintes mais désormais les 25 000 individus veulent des résultats.

 

Nous observons alors une contradiction temporelle entre la viralité que permet le réseau social et les moyens d’actions du CSA. En effet, comme nous pouvons le constater sur le communiqué de presse du 23 mai, il ne peut agir sans l’intervention d’un rapporteur indépendant.
 
Une tentative d’apaisement ?
La lettre ouverte de Cyril Hanouna publiée dans Libération le 23 mai a été tardive mais entendue, de même que les excuses de la patronne de la régie, Francine Mayer, auprès des annonceurs. La nouvelle secrétaire d’État, Marlène Schiappa, a de son côté annoncé vouloir rencontrer Cyril Hanouna : « au lieu d’appeler à sa démission, je souhaite être dans un dialogue avec lui » affirme t- elle. Marlène Schiappa considère que devant une audience composée en grande majorité de jeunes, l’homme a une grande responsabilité à tenir.
À suivre…
 
Pauline Baron
www.linkedin.com/in/pauline-baron-45826a136
Sources
Joël Morio, « C8 à la merci de Cyril Hanouna », Le Monde, 26/05/17, http://www.lemonde.fr/televisions-radio/article/2017/05/26/c8-a-la-merci-de-cyril-hanouna_5134483_1655027.html

Cyril Hanouna : «Ce sketch n’avait pas lieu d’être», Libération, 23/05/17, http://www.liberation.fr/futurs/2017/05/23/cyril-hanouna-ce-sketch-n-avait-pas-lieu-d-etre_1571758
Marin Chassagnon & Anthony Berthelier, « La liste des annonceurs qui lâchent Hanouna et TPMP s’allonge, C8 essaye de sauver les meubles », Huffington Post, 23/05/17, http://www.huffingtonpost.fr/2017/05/23/la-liste-des-annonceurs-qui-lachent-hanouna-et-tpmp-sallonge-c_a_22105066/
« Affaire Hanouna, que fait le Conseil supérieur de l’audiovisuel ? », Le Monde, 27/05/17, http://www.lemonde.fr/idees/article/2017/05/27/affaire-hanouna-que-fait-le-csa_5134727_3232.html
Jamal Henni, « La publicité dans les émissions de Cyril Hanouna suspendue « pour un temps » », BFM Business, 25/05/17 http://bfmbusiness.bfmtv.com/entreprise/la-publicite-dans-les-emissions-de-cyril-hanouna-suspendue-pour-un-temps-1171788.html
« Homophobie dans TPMP : la secrétaire d’Etat Marlène Schiappa veut rencontrer Hanouna », Le Parisien, 27/05/17, http://www.leparisien.fr/culture-loisirs/tv/homophobie-dans-tpmp-la-secretaire-d-etat-marlene-schiappa-veut-rencontrer-hanouna-27-05-2017-6988647.php
 
Crédits photo
http://www.lexpress.fr/actualite/medias/hanouna-et-l-homophobie-l-animateur-multiplie-les-sequences-jugees-humiliantes_1909903.html
http://images.midilibre.fr/images/2017/05/23/1511371_772_une-hanouna_667x333.png?v=1 Capture d’écran Twitter Orange France https://twitter.com/Orange_France/with_replies Capture d’écran Twitter Guerlain, https://twitter.com/Guerlain/with_replies

Capture d’écran Google Trends, https://trends.google.fr/trends/explore?date=today%203-m&q=%2Fm%2F0h96rwf
Captures d’écran Twitter CSAudiovisuel, https://twitter.com/csaudiovisuel

Société

Les eldorados contemporains : voyage en terre inconnue

À l’ère de l’abolition de la notion de distance, voyager est une activité facile. Grâce à Internet, réserver un billet d’avion ou un logement devient un jeu d’enfant. Mais qu’est-ce que voyager après tout ? Du simple séjour touristique à l’expatriation prolongée, tout un imaginaire du voyage se déploie, jusqu’à doter certains pays étrangers d’une aura particulière, en les hissant presque au rang d’eldorados. Certaines destinations semblent pourvues d’une réelle force d’attraction touristique, jusqu’à devenir le graal du voyageur.
Le voyage est mis en scène, non plus comme une simple activité touristique mais comme mode de vie, véritable catharsis du monde contemporain. Cette communication autour de destinations prétendument rêvées est incontestablement un appel à partir. Proposition de vie meilleure ou e-tourisme ?
 
Voyager avec les yeux
En tant qu’internautes, nous sommes sans arrêt sollicités par de nombreuses images. À l’heure de l’hypermédiatisation, le partage des photos de vacances est une pratique courante. Les réseaux sociaux sont l’écrin parfait pour cela : par exemple, Instagram, en tant que média de l’image, permet de raconter photographiquement une aventure vécue. S’instaure alors une sorte de storytelling du voyage : il s’agit de montrer l’ailleurs pour sortir de son quotidien, tout en magnifiant le lieu photographié et ainsi effectuer un voyage d’abord visuel. De nombreux bloggeurs partagent leurs périples sur les réseaux sociaux, devenus les guides touristiques 2.0.

Les réseaux sociaux sont alors les instigateurs d’invitation au voyage virtuel. Des sites web spécifiques au voyage font leur apparition, afin de partager un imaginaire commun. C’est le cas du site web « Topito Voyage », qui se présente sans prétention avec la formule « L’expertise de Topito pour parler aux voyageurs. Des listes pour sourire, découvrir, et tuer le temps dans le train (dans l’avion, ce n’est pas prudent) ». Le mouvement de scroll voulu par le principe de la liste permet de faire défiler toutes les destinations éventuelles et ainsi d’ouvrir le champ des possibles. Le site web nous fait voyager en 10 ou 20 points, et toujours avec humour. Topito Voyage n’a pas de vocation touristique mais adopte un autre ton pour parler à tous les férus de voyage.

Voir c’est bien, mais faire c’est mieux. Quand on est invité à voyager virtuellement, comment passer de l’image à la réalité ?
 
L’expatriation enchantée
La communication autour de destinations lointaines n’est pas seulement affaire de quelques photographies : c’est un appel au rêve, et parfois à l’exil. Les paysages présentés dans les photographies des agences de voyage, dans les guides touristiques, ou encore sur les réseaux sociaux, sont souvent idylliques. On nous glisse sous les yeux des paysages grandioses, épurés et souvent sans signe de présence humaine. Cette situation contraste grandement avec nos cadres de vie, urbanisés, désenchantés par la quotidienneté. Au centre du discours, la photographie parle d’elle-même et suscite un fort désir d’évasion.

Cette photo vous fait rêver ? Ce paysage vous dit quelque chose sans jamais y avoir mis les pieds ? C’est normal. Cette photographie reprend tous les codes de la destination idéale : éloignement géographique, pureté du paysage, couleurs resplendissantes, sans aucune trace de passage humain. En outre, certains pays ont la côte, et pour cause : leur situation souvent littorale en fait des lieux paradisiaques dans l’imaginaire commun et participe de notre représentation de l’exotisme. Considérées comme idylliques de par leur décor, certaines destinations prennent une dimension d’idéal dans l’inconscient collectif. Ainsi, cette idéalité visuelle façonne un imaginaire de l’expatriation positive et même bénéfique. L’expatriation apparaît alors comme enchantée, bénéfique pour le voyageur. Celui-ci est appelé à partir, et à vivre une expérience unique.
C’est ce sur quoi Airbnb s’appuie pour communiquer : en promettant une « expérience » singulière, le site web prône des valeurs de partage et de solidarité en dépouillant presque son discours de valeur marchande. Le voyageur n’est plus un consommateur ni un touriste mais un jeune explorateur de type « backpacker » en quête d’expériences de vie. Airbnb dépasse la notion de tourisme pour proposer des savoir-faire individualisés, petits morceaux de vie partagés généreusement.

Expériences de vie narrées, témoignages, tout est réuni pour appeler le voyageur à s’expatrier pour son bien. Quand certains rêvent de tout plaquer et partir, d’autres le font réellement.
 
Pourquoi pas vous ?
Certaines destinations, comme la Nouvelle-Zélande, semblent idéales pour s’expatrier. La force d’attraction touristique de ce pays vient du fait qu’il semble éloigné des problèmes politiques et sociétaux contemporains que nous vivons aujourd’hui. L’émission 66 minutes s’est concentrée sur les expatriés français en Nouvelle-Zélande dans un reportage intitulé « Grand format : Auckland, Nouvelle-Zélande, le nouveau rêve français ». Par le biais de récits de reconversions réussies et de nouveaux départs féconds, le pays apparaît comme un renouveau pour les Français venus s’y installer.
Rien n’y semble difficile et tout y semble possible. À travers différents profils tels qu’une jeune fille d’une vingtaine d’années, un couple qui attend un enfant, une famille nombreuse, le reportage dévoile un programme de vie dont le slogan pourrait être « un nouveau pays pour une nouvelle vie ». Ces personnes lambda démontrent qu’au-delà de l’image d’eldorado de la Nouvelle-Zélande, une autre vie vous attend peut-être ailleurs.
L’imaginaire du voyage est prégnant sur Internet et les réseaux sociaux. Entre rêve et réalité, le voyage apparaît comme un moyen de se détacher de son quotidien désabusé et d’embrasser la diversité qu’offre le monde. Comme le dit le dicton « L’herbe est toujours plus verte ailleurs ».
 
Diane Nivoley
https://www.linkedin.com/in/diane-nivoley/
 
Sources :
http://www.6play.fr/66-minutes-p_825/grand-format-emission-du-09-avril-c_11674396
Crédits :
Compte Instagram de « travelmehappy »
Photographie de Promovacances
Topito Voyage
Airbnb

Société

Netflix présente : « Secrets de communication »

Protagoniste : La firme Netflix est un service de vidéo à la demande avec abonnement âgé de 20 ans. Elle comptait, aux dernières nouvelles, environ 900 000 clients en France, soit le premier SVOD dans l’hexagone et 93 millions d’abonnés dans le monde.
Synopsis : Tout sourit à Netflix qui connaît un succès mondial retentissant, notamment grâce à sa communication… Mais quel est son secret ?

Société

Netflix : une communication "made in USA"

Lancé le 15 septembre 2014 en France, Netflix débarquait dans le paysage de la VOD (vidéo à la demande) avec pour ambition de chambouler le paysage vidéoludique français. Deux ans et demi plus tard et de nombreuses campagnes promotionnelles déployées, Netflix a-t-il réussi son pari d’américaniser la consommation de SVOD en France?

Société

Burger King : Roi des Forêts

Ah Burger King ! Son fameux Whopper et ses coups de com géniaux ! Franchement, qui n’aime pas Burger King ? Qui ? Eh bien laissez-moi vous éclairer : les arbres ! En effet, Mighty Earth et plusieurs autres ONG ont accusé le géant du burger de participer fortement à la déforestation en Amérique du Sud, mettant en danger espèces et autochtones. Alors, pas si cool BK ?
Com c’est drôle

La firme au célèbre Whopper s’attire régulièrement la sympathie des consommateurs grâce à ses campagnes originales et bien pensées. Associée à l’agence Buzzman depuis 2014, elle ravie les amateurs de communication décalée et humoristique. Une com au poil à laquelle, jusqu’à alors, on ne reprochait rien. On pense notamment aux bâches lors de l’aménagement de leurs restaurants qui reprenaient les tweets d’internautes promettant de faire n’importe quoi si un restaurant ouvrait vers chez eux. Ou encore de leur petite gué-guerre avec McDonald’s au travers d’affiches et de spots. Dernier en date, le dentifrice au goût Whopper pour le premier avril : le buzz assuré. La chaîne de restaurants commettait alors un sans-faute. Mais…

Faites entrer l’accusé
Mais en mars dernier, dans la quasi indifférence générale, on apprenait qu’une ONG lançait une sérieuse alerte sur la politique de développement durable de Burger King. En effet, les filières de production de soja qui nourrissent le bétail à l’origine de leur fameux steak cuit à la flamme, participent à une déforestation systématique au Brésil et en Bolivie. Car la demande en soja, importée en Europe car fameuse pour l’élevage des bovins de nos contrées, ne cesse d’augmenter. Et pour satisfaire la demande, il faut de la place, ainsi les entreprises d’agro-alimentaire achètent d’immenses territoires de forêt vierge et les brûlent pour remplacer le tout par des champs de soja. L’ensemble avec l’aval des gouvernements. Ces entreprises vont d’ailleurs jusqu’à encourager les fermiers locaux à faire de même. Enfin, cela passe par des traders (opérateur de marché) et des marchés financiers. 50% de la végétation de Cerrado, la zone où opèrent les fournisseurs de Burger King, Bunge et Cargill (entreprises de négoces de matières premières), a disparu.

 

Mighty Earth souligne que grâce à ses recherches, les observations de terrain, la géolocalisation et les images satellites, les liens sont très clairs. Quid des pesticides répandus en avion sur de larges zones menaçant paresseux, jaguars et tapirs. Mais aussi les tribus habitants la forêt. Pratiques d’un autre siècle. En cause également, l’huile de palme utilisée dans leurs produits, responsable de déforestation massive en Indonésie.
Com des idiots
Burger King, détenu par le fonds d’investissement brésilien 3G Capital, a refusé d’arrêter d’acheter des matières premières produites sur des zones déforestées ou rasées. En clair : on ne change rien. Bunge, n’a pas jugé opportun de faire de déclaration. Qui en a quelque chose à faire après tout ? Seul Cargill a rappelé ses objectifs en termes de développement durable : fin de la déforestation pour 2030. Des dégâts peuvent encore être faits d’ici là ! Burger King fait donc l’autruche : son capital sympathie est énorme et sa communication tellement habile. En quoi quelques milliers d’hectares de forêt changeraient quelque chose ? Sur leur site internet, aucune mention de leur politique de développement durable, pas d’objectifs, rien. Burger King n’y prête donc pas la moindre attention, alors même que notre période est heureusement au développement durable et à la responsabilité sociétale. OSEF comme disent les jeunes.
McDonald’s, bien plus controversé que Burger King, possède pourtant une telle politique, des objectifs et tente de réduire son impact écologique. Je cite : « Nous nous engageons à sensibiliser le public à l’échelle mondiale, peut-être pouvez-vous participer à un effort significatif ? ». D’autres s’y sensibilisent également, à l’instar de KFC ou encore de Subway.

Subway par exemple n’utilise plus que de l’huile de palme certifiée et « souhaite se […] concentrer sur des initiatives durables concernant […] la traçabilité et la gestion de sa chaîne d’approvisionnement. ». À l’identique de Nutella qui, ancien gros déforestateur en Indonésie, a changé son fusil d’épaule en 2015 pour n’employer plus que de l’huile de palme certifiée. KFC, plus radical, l’a supprimé de sa chaîne de production afin de lutter contre la déforestation.
Oui, Burger King, c’est plutôt bon et c’est sympa, ça fait rire. Mais aujourd’hui chacun doit faire un effort et participer à créer un monde plus juste, plus sain. Une enseigne aussi importante que Burger King a donc un véritable devoir de transparence et de réponse : d’où proviennent vos matières premières ? Pourtant il semble que ce genre d’exactions soit tellement courant que personne n’en a plus rien à faire. Il est vrai que l’Amérique du Sud c’est très loin, mais tout de même. Cessons d’accorder notre confiance à des marques qui mettent en péril notre bien commun, ce sont des milliers d’hectares de forêt qui disparaissent, impactant forcément la vie de chacun, accélérant le réchauffement climatique. Voilà ce qui devrait faire le buzz.
Alexane DAVID
Sources :
• VALO Martine, « Burger King, « roi de la déforestation » », Le Monde. Posté le 07/03/17. Consulté le 03/04/17.
• McDonalds. Consulté le 03/04/17.
• Subway. Consulté le 05/4/17.
• Emmanuel Perrin, « Huile de palme : KFC s’engage à lutter contre la déforestation », Maxisciences Posté le 11/01/11. Consulté le 05/04/17.
• « Burger King achète des farines animales dans d’anciennes forêts tropicales », Pieuvre.ca. Posté le 02/03/17. Consulté le 03/04/17.
• Sabine Rabourdin, « Soja : de l’Amazonie à l’entrecôte », Zéro Déforestation Consulté le 05/04/17.
 
Crédit photos :
• Image 1 : Buzzman
• Image 2 : Buzzman
• Image 3 : Mighty Earth
• Image 4 : McDonald’s
• PHOTO DE COUVERTURE : Capture d’écran du compte Twitter de Sum of Us

Société

L’environnement pris dans tous les sens

À en croire les réactions sur les réseaux sociaux, cette nouvelle a provoqué hilarité, enthousiasme, choc, interrogation… Quoi qu’il en soit, la récente mobilisation de Pornhub pour la préservation des pandas suscite une certaine curiosité. Ce moyen marginal extrêmement osé pour sensibiliser les citoyens à la préservation des animaux en voie d’extinction rompt totalement avec les dispositifs classiques d’appel au don ou des campagnes « choc » des ONG. Néanmoins, nous allons voir que l’émergence de formes alternatives de mobilisation pour la planète n’en est pas à ses balbutiements.