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Société

Nabilla fait son mea culpa

« Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une intense trouille.
Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m’avait fait déserter.
Anéanti quant à la hauteur, quant à l’estime. »
Henri Michaux, Clown.
Voilà des mots qui doivent résonner à l’oreille de Nabilla comme une chanson bien connue, elle qui est passée de star de la télé-réalité à détenue. Après une longue retraite médiatique suite à ses déboires avec la justice, Nabilla est de retour. Mais elle a changé et entend bien le faire remarquer. Autobiographie, interview vérité sur TF1, changement de style… Toutes les occasions sont bonnes pour montrer à la France entière ô combien elle est désolée de tout ce qui a pu arriver… A quelques semaines à peine de son procès, est-ce bien étonnant ?
Le livre, outil du come-back réflexif
Si Nabilla revient sur le devant de la scène, ce n’est pas pour participer à une énième émission de télé réalité mais pour faire la promotion de son nouveau livre. En effet, à seulement 24 ans, la jeune femme sort une autobiographie. Habituellement, on écrit ce genre d’ouvrage bien plus tard, quand on a eu le temps de « vivre sa vie », à l’image de Rousseau qui commence à écrire ses Confessions à 53 ans. Mais comme le clame le titre de ce livre, pour Nabilla tout a été… Trop Vite.

 
Ecrire une autobiographie ou des confessions est une technique bien connue des personnalités dont la popularité est en déclin pour essayer de changer l’image que le grand public a d’eux, et ainsi d’orchestrer leur come-back. Une telle sortie est une très bonne occasion de renaître médiatiquement et d’attirer à nouveau l’attention. Nicolas Sarkozy par exemple, avec son livre La France pour la vie, fait son mea culpa et son autocritique tout en affirmant qu’il a changé. À quelques mois des élections présidentielles, cette publication de l’ancien président n’est pas surprenante. De même, si l’on repense à ce cher Rousseau et à ses Confessions, on se rend compte qu’il écrit cet ouvrage à une période de sa vie où ses écrits étaient de plus en plus contestés par ses pairs. Il a même dû s’exiler en Suisse car il était menacé d’arrestation. Il semble que la starlette de télé réalité ait d’ailleurs suivi le même chemin quelques siècles plus tard… Philosophe et star de la télé-réalité, même combat ! Et en un sens, Nabilla Benattia cherche à s’inscrire dans le prolongement d’un mythe ancien mais toujours d’actualité : celui de l’artiste maudit, si l’on peut qualifier d’artistique le parcours de l’ex bimbo de la télé-réalité.
Trop Vite permet à Nabilla de montrer au public qu’elle est capable de faire un retour réflexif sur son expérience, d’analyser la situation et de prendre conscience de ses erreurs. Choisir le livre comme instrument de communication n’est pas anodin puisqu’il est le média d’une certaine maturité, un média respecté, à la différence des télé-réalités auxquelles est habituée Nabilla. Avec ce livre, on peut dire que l’ex bimbo cherche à se racheter une conduite médiatique.

 
La confession face caméra
Comme chacun le sait, la sortie d’un tel livre s’accompagne de promotion et Nabilla, qui fuyait les caméras depuis plusieurs mois, fait aussi son retour à la télévision. Son passage dans l’émission Sept à Huit, première apparition à la télévision depuis très longtemps, n’est pas passé inaperçu. L’interview de Thierry Demaizière prend des allures d’interrogatoire et de confession, où le journaliste joue à la fois le rôle d’inspecteur et de confident. Cette interview a rassemblé jusqu’à 4,6 millions de téléspectateurs. Le 16 novembre 2014, le Sept à Huit avec l’interview de Thomas Vergara, le compagnon de la belle, avait rassemblé 5,6 millions de téléspectateurs de moyenne.

Premier élément de la rédemption de la starlette, avant même la prise de parole : son apparence. Pantalon blanc immaculé, chemise bleue simplissime, baskets, maquillage sobre, cheveux mi-longs… Nabilla est métamorphosée. Dans cette sobriété presque surjouée, la jeune femme cherche à faire amende honorable, à prouver qu’elle a changé et surtout mûri. Choisir de faire sa première apparition dans le portrait de Sept à Huit plutôt que dans des émissions comme Touche Pas à Mon Poste ou le Mad Mag, dans lesquelles elle avait plus l’habitude d’aller avant, reflète cette envie d’afficher une posture de star plus réfléchie, plus adulte.

Puis vient le temps de la confession. Nabilla avoue ne pas vraiment mériter sa célébrité et même si elle l’a toujours cherchée, petit à petit elle a fini par se sentir piégée, par ne plus l’assumer. Elle raconte: « J’étais pas une artiste, je ne savais pas chanter, je ne savais pas écrire. Donc j’ai fait avec ma personnalité qui est atypique et je me suis dit, tu n’as que ça, donc fais avec. » Mais ce jeu s’est vite retourné contre elle : les gens ne riaient pas avec elle mais contre elle. Devenue la risée du net, la cible de nombreuses insultes et de jugements incessants, Nabilla a découvert l’envers d’un décor qu’elle aimait tant. Cette confession semble donc se confondre avec une dénonciation de l’appareil médiatique, de sa puissance et de la force destructrice qu’il porte en lui. Nabilla rejette en partie la faute sur ce système où elle était « perdue » comme elle le répète à plusieurs reprises pendant l’interview. Elle se présente ici en victime du cirque médiatique dont elle fut le clown pour un temps et semble chercher à se décharger, en partie, de ses responsabilités alors que son jugement a lieu quelques semaines à peine après l’émission.
Enfin, au-delà de son apparence et de ses paroles, l’attitude de la jeune femme lors de l’interview nous montre que, même après sa retraite médiatique, elle sait encore jouer avec les caméras. Dans ses regards, on peut voir la performance médiatique du mea culpa à l’œuvre. Regard fuyant, larmes aux yeux et battements de cils innocents : Nabilla oscille entre émotion et séduction. Et si elle défend fermement son évolution, la jeune femme reste fidèle à elle-même et n’hésite pas à lâcher que la justice « c’est chiant ! »
La surexposition médiatique, la gloire, les paparazzis, à 24 ans, Nabilla a déjà tout connu. Aujourd’hui, elle signe un retour plus discret. Une stratégie millimétrée, et surtout très bien exécutée par l’ancienne bimbo habituée des caméras qui attend toujours son jugement définitif. Si elle nous revient assagie en apparence, elle brave tout de même les interdictions de voir Thomas Vergara ou de quitter le sol français (même si d’après elle la Suisse fait partie de la France alors il n’y a pas vraiment transgression). Et bien qu’elle affirme ne pas vouloir être un modèle pour qui que ce soit, une fois la notoriété acquise, on ne peut s’en débarrasser si facilement. La parole de célébrités comme Nabilla, qui a une influence surtout sur le jeune public, n’est pas anodine et si les mots sont prononcés en l’air, l’impact, lui, est toujours bien réel.
Clémence de Lampugnani
@Clemydelamp
LinkedIn
Sources :
Vince Murce, Le 28 avril 2016 Nabilla “un peu dégoûtée” quand elle revoit les images de ses car wash, telestar.fr
Olivier Aïm, Confidences, larmes, mea culpa… Nabilla ou le repentir comme performance médiatique, 15-04-2016
Nabilla : «Aujourd’hui, j’arrive à vivre avec 4000 € par mois» Par  Allyson Jouin-Claude, 10/04/2016
Le Figaro, « Sept à huit : jusqu’à 4,6 millions de téléspectateurs devant les confidences de Nabilla » par Damien Mercereau, 11.04.16
Crédits photos: 
TF1
Robert Laffont 
Instagram @nabillanew
 

Société

W3W: l'appli qui veut changer le monde en trois mots

« – Tu nous rejoins à dinde.ghetto.fourche ? – Je peux trop ap, suis à fermeture.papillote.grotte… – Dac on se dit rdv à 19h côté cave.orgasme.tétard alors ! »
Vous ne comprenez rien ? Rassurez-vous, c’est bien normal. Si ce langage très mystérieux semble tout droit tombé de l’absurde chapeau d’Eugène Ionesco, il pourrait bien pourtant imprégner notre quotidien dans quelques années. C’est le pari dingue des deux fondateurs britanniques de l’application What3Words, qui consiste à associer n’importe quel lieu à une combinaison de 3 mots. Déjà disponible en version web et en application pour iOS et Android, ce système de localisation innovant promet contribuer, sobrement, à « changer le monde ». FastNCurious quadrille la zone.

What3Words : le concept en 3 mots
Personne ne s’attendait à ce que quelqu’un parvienne à remettre Mot de passe (France 2) et à son inépuisable animateur Patrick Sabatier au goût du jour. « What3Words » l’a fait. Mieux encore, il propose de révolutionner notre emprise sur le monde en divisant la planète en 57 trillions de carrés de 3m de côté (soit 57 mille milliards, c’est-à-dire 57 000 000 000 000 carrés).
À l’origine du projet, un constat simple : 75% des endroits sur la planète ne possèdent pas d’adresse spécifique ou disposent de « systèmes médiocres, compliqués ou incohérents » comme le précisent les initiateurs du projet. Des étendues naturelles (déserts, forêts etc.) aux provinces reculées en passant par les jardins publics ou les parkings, le quadrillage de la surface terrestre (et maritime !) permet de donner une adresse unique et précise à tous les lieux, habités ou non et de simplifier nombre d’activités : voyages, cartographie, commerce électronique, recherche immobilière ou même les festivals et autres événements.
Pour associer un lieu à une combinaison de 3 mots, l’algorithme utilisé par l’application pioche dans une base de 25 000 à 40 000 mots suivant les langues. Au préalable, les mots sont donc choisis, et ce grâce à un double système de sélection, à la fois humain et automatisé, qui répertorie les mots les plus appropriés. Aussi les concepteurs ont-ils privilégié des mots du registre courant en une à trois syllabes, afin de favoriser la mémorisation des lieux, aux dépens de l’adresse postale ou des coordonnées GPS dans le pire des cas.

Comme le précisent les sciences cognitives, la force de mémorisation par imagerie est optimale. Elle consiste à imaginer une histoire, un paysage à partir des données à mémoriser, et à se raconter l’histoire ou se balader dans ce paysage pour se les remémorer. Ainsi, What3Words s’adapte à nos capacités cognitives et fait travailler notre imaginaire.
Dans le monde de What3Words, chaque lieu possède 8 adresses, toutes différentes et uniques, dans les 8 langues du logiciel à ce jour. Impossible de s’y perdre, d’autant plus que les combinaisons semblables sont assez éloignées pour que chacun sache faire la différence entre kids.chill.out (Mischigan, USA) et kid.chill.out (Barcelona, ESP).
« Addressing the world »
Récompensé aux Tech Award 2015 pour son principe novateur et vecteur de changement, l’application n’est pas sans ambitions. « Adressing the world » (on notera la finesse du jeu de mot), telle est la prétention de What3Words, qui affirme son impact sur les plans économique, scientifique et social : voyage, livraison, navigation et aide humanitaire.
Une prétention qui pourrait être justifiée. En effet, si l’application est utile pour se repérer au quotidien sans connexion Internet nécessaire – trouver la bonne entrée ou votre place de parking – elle l’est également en situation de crise humanitaire (tremblements de terre, tsunamis…). Localiser un endroit, c’est avoir la capacité de se repérer certes, mais aussi d’être repéré plus précisément et donc d’être secouru plus efficacement.
Par ailleurs, l’adresse a un impact en terme de socialisation, puisqu’elle permet d’éviter la marginalisation de certains individus, habitants des provinces reculées ou des bidonvilles par exemple. Elle facilite l’échange de biens comme de paroles.
What3Words parie aussi sur l’avenir et perce dans la recherche spatiale avec le projet de quadriller Mars. Une application qui ne se suffit pas à garder les pieds sur Terre et qui ambitionne de faciliter les découvertes géospatiales.
Lancée grâce à un crouwdfunding impressionnant (5 millions de dollars), l’application n’est pas sans but lucratif. What3Words trouve son financement en proposant OneWords, qui permet de personnaliser une zone géographique. Cependant, un mystère demeure : est-il possible d’acheter certaines combinaisons ? Comme le souligne Slate.fr, difficile dans ce cas d’estimer la valeur de certaines adresses dans lesquels les mots reprennent tout leur sens, comme ‘’best.place.ever’’. Un enjeu monétaire, qui se révèle donc aussi être un enjeu communicationnel. De quoi réfléchir aux conséquences sur le langage d’un adressage en 3 mots décorrélés.
Vers une nouvelle utilisation du langage ?
What3Words c’est aussi une technologie au sens de l’humour cinglant. Ainsi, avec ce nouveau système, le siège du FN, rue des Suisses à Paris est localisé à ”rimer.noir.éliminer”, comme le précise Slate.fr et l’Elysée se voit rattaché à ”péage.zouk.éliminer”. De quoi développer tout un imaginaire autour des lieux et des institutions !
Mais par-delà ce constat sympathique, W3W pose des questions communicationnelles sérieuses. En associant aléatoirement des mots à un lieu, W3W détache le mot de sa signification. Par exemple, le mot « table » ne réfère plus à l’objet « table » mais à un objet d’une toute autre nature, ce qui peut sembler dévalorisant pour la langue, lui faisant perdre de sa profondeur.
La deuxième implication de ce système est qu’il rompt l’unité de lieu. Un lieu qui était auparavant unique (ex : La cathédrale Notre Dame de Paris) est désormais segmenté, fragmenté en divers endroits qui existent en soi, indépendamment de l’entité à laquelle ils appartiennent (environ 500 pour Notre-Dame de Paris).
Cependant, il s’agit de nuancer une approche pessimiste et rigoriste sur le langage. En effet, l’application substitue à des coordonnées GPS des mots. Cette bascule appartient donc à un mouvement d’élargissement du champ d’application du langage et de constituer un nouvel imaginaire autour des mots.
Bien entendu, la portée de ce système est dépendante de sa popularité et de sa prise en compte à l’échelle internationale, à commencer par les géants du milieu comme Google Maps, Mappy ou Waze.
What3Words est peut-être le seul projet progressiste qui repose sur le fait de mettre le gens dans des cases. L’exception qui confirme la règle ?
Fiona Todeschini
@FionaTodeschini
Sources :
Slate.fr, Dans quatre ans, voici à quoi votre journée très connectée ressemblera, 31/03/2016
What3Words
The Next Web, What3Words: share very precise locations via Google Maps with just 3 words, Paul Sawers
Mail Online, Better than GPS? The brilliant online gadget that identities every 10 sq ft patch of land on the planet – and gives each one its own unique three-word name (so what’s YOUR back garden called?), 22/ 02/2016
Crédits photos et vidéo :
What3Words

Société

Animaux de tous les pays, connectez-vous !

Les animaux : ils sont différents et uniques à la fois, incroyables, mignons, sauvages… On aime les découvrir dans 30 millions d’amis, les observer devant un documentaire d’Arte, jouer avec eux sur Nintendogs ou Angry Birds… Mais aujourd’hui, nos propres animaux prennent le relai et deviennent de nouveaux consommateurs !
Depuis un peu plus d’un an un nouveau marché émerge : applis, chaînes de télévisions dédiées… Bien loin des rayons jouets et autres salons ou concours dédiés, nos boules de poils passent désormais au numérique. Non épargnés par la vague des objets connectés, ils en possèdent eux aussi un certain panel. Vous pourrez par exemple discuter et distribuer des friandises à distance à votre chien avec Petchatz, une sorte de boitier mural équipé d’un petit écran. Dans le même esprit, PetCube, une application mobile, vous permet d’observer votre compagnon pendant votre absence et d’interagir avec lui. Inspiré du bracelet connecté, le collier Voyce vous donne des informations sur la santé de votre chien et sa condition physique.

Société

The lion that broke the internet

Rappel des faits : le 1er juillet 2015, au Zimbabwe, Walter Palmer, un dentiste et chasseur américain abat Cecil, un lion à la crinière noire, star du parc national Hwange et sujet d’étude des chercheurs de l’université d’Oxford. Ce braconnage a duré plus de 40 heures. Walter Palmer a tout d’abord attiré l’animal à l’extérieur, du parc et l’a blessé avec une arbalète avant de le traquer et de l’abattre au fusil. Très vite, cet abattage a attiré l’attention des médias internationaux et a suscité l’indignation des défenseurs de l’environnement et de l’opinion publique. Résultat, l’affaire est remonté dans les sphères politiciennes et jusqu’aux tribunaux.
C’est précisément cette « attention », cette réaction des médias, qui a érigé ce fait divers en véritable phénomène médiatique, aujourd’hui connu et reconnu sous le verbatim « Cecil le Lion ».
Naissance du phénomène
Les mécanismes traditionnels de l’information se mettent en route
La première couverture médiatique de l’affaire Cecil le lion, concerne l’affaire elle-même. Dans les médias traditionnels, les articles expliquent comment le lion a pu être tué, quelle était sa particularité, et la somme que le dentiste a dépensé pour cette chasse. C’est après cette première couverture factuelle, que l’affaire Cecil le Lion va pouvoir commencer à circuler. Rapidement l’expression “Cecil the Lion” est reprise. La légitimité des médias traditionnels suffit à figer cette formule. Elle va ensuite jouer un rôle très important dans l’amplification du phénomène, puisqu’elle va permettre d’indexer et de retrouver toutes les réactions et tous les commentaires. La formule devient donc une porte d’entrée pour l’ensemble des réactions internationales.
Internet permet à tout un chacun de s’approprier le phénomène
Dans le cas de Cecil le Lion, les internautes sont les acteurs principaux de la viralité du phénomène. Ils se sont appropriés toutes les plateformes d’expression du web pour contribuer à l’écriture du phénomène Cecil le Lion.
Campagnes
Beaucoup de campagnes ont été lancées, avec des objectifs très variés à chaque fois. L’université d’Oxford, qui avait placé un collier GPS autour du cou du lion en 2008, afin de recueillir des données sur le mode de vie des lions et leur longévité, a lancé un appel aux dons pour “révolutionner” la protection des félins. Plusieurs associations de défense de la faune et de la flore ont crées leurs propres pétitions comme l’African Wildlife Foundation ou PETA. Et face à l’absence de campagnes réclamant la justice, des internautes se sont lancés. Cecil, célèbre lion à la crinière noire du Zimbabwe, tué pour 50 000 euros : demande à Barack Obama de faire condamner le dentiste. Même chose pour Extradite Minnesotan Walter Palmer to face justice in Zimbabwe, postée sur la plateforme de pétitions de la Maison Blanche. Cecil est également devenu l’illustration d’autres pétitions comme Justice for Cecil, help fight trophy hunting! ou Demand Justice for Cecil the Lion in Zimbabwe, qui militent pour l’interdiction des permis de chasse.
Réseaux sociaux
Entre les différentes pétitions et appels aux dons lancées par des organismes officielles et toutes celles lancées par des particuliers, il y a eu un vaste éparpillement des campagnes de mobilisation. Mais cette éparpillement est encore plus visible sur les réseaux sociaux, où un nombre pharaonique de pages et autres groupes ont été crées à l’effigie de Cecil.
Sur Facebook, parmi les 100 pages dédiées à Cecil, il y a :  Cecil the Lion, Justice for Cecil the Lion, CECIL the LION, Cecil : The Lion, Justice For Cecil the Lion, R.I.P. Cecil the Lion, Cecil, Lion. Parmi la trentaine de groupes, il y a RIP Cecil the lion… let’s tell the dentist he is a coward !, CECIL the Lion HUNTS Walter Palmer, Cecil the lion says “All Lives Matter”, Extradite Walter J. Palmer: Justice for Cecil the Lion, etc.
 
Sur Twitter, 53 comptes lui sont dédiés, dont : Cecil The Lion Game @lioncecilgame, Cecil_the_Lion @Lion_for_Truth, CecilTheLion @CecilTheLion, Justice For Cecil @justiceforcecil, Cecil Lion Festival @GurundoroFest, Cecil The Lion @lion_cecil…
 
Sur les réseaux sociaux, on voit une véritable volonté de réappropriation du phénomène. Signe d’une énorme volonté de mobilisation des internautes. Même s’il existe une première page ou un premier groupe, qui reprend la terminologie exacte « Cecil the Lion», beaucoup d’autres pages et groupes éclosent, avec à chaque fois, un effort du créateur ou de la créatrice pour trouver une manière de reformuler la terminologie, en jouant sur les majuscules, les signes de ponctuation, les tirets, en rajoutant des mots…

Forums
Mais bien au-delà des élans d’émotions et d’indignation, la mort de Cecil le Lion a généré beaucoup de commentaires et de débats. Les plus grands forums se sont tous retrouvés avec un, ou plusieurs, sujets mentionnant Cecil : American hunter illegally killed Cecil the Lion, Cecil the Lion as a non-killable beast in WoW, The killing of Cecil the Lion, Cecil the Lion, We need a tribute to Cecil the Lion in the game, The brother of Cecil the Lion, was killed by a hunter in Zimbabwe, this Saturday, announces CNN, Cecil the Lion Killed.
Vidéos
Et le phénomène Cecil le Lion n’a pas non plus échappé aux plateformes de vidéos. En dehors des reportages journalistiques, un florilège de vidéos sur les réactions qu’a provoqué l’affaire ont été postées : en allant des réactions de célébrités aux réactions d’internautes lambdas.  

Ce qui nous amène à notre 3ème et dernière partie sur le traitement médiatique de l’évènement médiatique lui-même de Cecil le Lion, et de la manière dont il a été couvert dans les médias.
Troisième niveau, le traitement médiatique du phénomène en tant que tel
Quand les figures médiatiques se mettent en scène et deviennent des leaders d’opinion
Ici le reportage journalistique porte plus sur le scandale qui a éclaté autour de l’affaire, que de la mort de Cecil en elle-même.

 
D’autres vidéos vont commencer à fleurir pour commenter la manière dont telle ou telle célébrité a réagi à la mort de Cecil. Des articles ont fleuri sur le même thème « Celebs React to the Heinous Murder of Cecil The Lion », avec une énumération des tweets. 

Le Figaro a fait un article sur l’acteur Arnold Schwarzenegger qui attaque le dentiste américain. Le Télégramme a couvert l’indignation de Brigitte Bardot le 1er août. Et dernièrement c’est la photo d’Ashley Benson, sur Instagram qui a réveillé la communauté pro-Cecil. A l’approche d’Halloween l’actrice poste une photo d’elle en costume de lion, avec comme légende “Help ! Can’t decide on my Halloween costume this year ! What do you guys think of this Cecil the Lion costume?” Très vite le message a fait un tollé, les internautes qualifiaient sa référence d’offensive et de mauvais. Cette anecdote a même fait l’objet d’un article, le 7 octobre sur PureBreak.
Dans d’autres vidéos, des internautes se filment en train de « découvrir » et de réagir pour la première fois, à la réaction de Jimmy Kimmel.
Ou encore la vidéo Jimmy Kimmel Chokes Up Over the Death of Cecil the Lion, dont le sujet n’est pas la mort du lion mais uniquement la réaction du présentateur vedette. Dans la vidéo Teens React to Cecil the Lion Killed, filme des jeunes devant un ordinateur et filme leur réaction « spontanée ». A ce stade, ce n’est plus la mort de Cecil le Lion qui est médiatisée, mais la réaction d’individus plus ou moins connus à sa mort.
Toutes ces réappropriations ont renforcé le phénomène, car elles ont généré de l’engagement et de l’identification. Les internautes se sentent investis dans le débat, et se sentent appartenir à une communauté.
Toutefois, la mobilisation sur Internet, a amené à des manifestations plus concrètes : devant la maison de Walter Palmer et devant son cabinet dentaire par exemple. Ces manifestations physiques ont continué à alimenter le phénomène. Elles ont rendu la mobilisation télégénique, et ont ainsi permis une couche supplémentaire de couverture médiatique.
Le méta-discours
Et puis il y a eu des articles sur le phénomène : comment Cecil le Lion a généré autant d’engagement et de réactions dans le monde occidental. Le 30 juillet, Marino Eccher écrit l’article « Why the death of Cecil the lion ran wild on the Internet ? ». Nous sommes seulement deux jours après la révélation de la mort, il énumère les réactions sur Internet (plus de 700 000 tweets et 1 million de recherches sur Googe, rien qu’aux Etats-Unis). Selon lui, l’histoire a été propagée par une poignée d’influenceurs sur les réseaux sociaux, des comptes qui agrègent à chaque fois des dizaines de millions de followers, comme des comptes de médias ou de célébrités, dont l’acteur Ricky Gervais. Fin août, la BBC2 dédie son émission Newsnight au phénomène, avec comme accroche “We look back on the killing of Cecil the Lion : did we overeact ? is social medial to blame ?” En effet, dans la naissance et la propagation du phénomène Cecil le Lion, les réseaux sociaux ont vraiment joué un rôle de tremplin. Le fait divers a été partagé et relayé sur les réseaux, avant d’atteindre par la suite le palier des médias traditionnels. Sans aucun doute, si un le braconnage de Cecil était arrivé avant l’existence des réseaux sociaux, il serait resté un fait divers et n’aurait pas pris cette ampleur phénoménale.
Aujourd’hui Cecil the lion est devenu un emblème. Une véritable communauté d’internautes émus par sa mort s’est crée, et depuis elle agit comme un vigile. D’autres cas de meurtres d’animaux sauvages été révélés, comme celui d’une girafe par la chasseuse américaine Sabrina Corgatelli). Chaque nouvel épisode judiciaire entre Walter Palmer et le Zimbabwe fait de nouveau l’objet d’articles, renouvelant une fois de plus le phénomène et les réactions des internautes. Des rumeurs et des intox ont même vu le jour : Cecil serait finalement bien en vie, ou son frère Jericho aurait été à son tour assassiné par un chasseur. Cette dernière intox a d’ailleurs fait l’objet d’un article, sur la formation et la déformation de la rumeur sur francetvinfo.fr.
Ainsi, le phénomène Cecil le Lion est devenu viral sur les plateformes web. L’institution de la formule « Cecil the lion » a permis de fixer ce phénomène et de lui permettre de circuler. La réappropriation des internautes a permis d’ériger ce fait divers jusqu’à un véritable évènement. Ces réappropriations ont crée un nouveau niveau dans l’affaire Cecil le Lion, avec une nouvelle couverture médiatique, qui a porté cette fois sur les vagues d’émoi. Il y a donc eu un mouvement de balancier entre les internautes et les médias traditionnels : les internautes ont crée le phénomène, qui a ensuite été relayé par les médias traditionnels, ce qui a alimenté de nouvelles réactions d’internautes etc… Et au fil de toute cette circulation médiatique, Cecil le Lion est devenu aujourd’hui un véritable objet culturel.
Cet article est un résumé d’une étude qui a été réalisée par Orlane Lebouteiller, Marion Parquet et Marie Mougin, dans le cadre du cours de sémiotique culturelle d’Internet, d’Etienne Candel, en décembre 2015.
Marie Mougin 

Société

Datas, algorithmes, robotisation: quand la machine s'empare de la création

Dans des temps ancestraux, l’Homme reléguait la machine et son intelligence au rang de chimères de science-fiction. La robotique n’était alors qu’un vaste sujet qui nourrissait des films d’anticipation aux allures de fin du monde. En ces temps-là, l’imagination et la création étaient d’irrationnelles vapeurs qui ne pouvaient émaner que de l’esprit de l’Etre humain.
30 mars 2016 : on apprend que l’équipe japonaise de l’agence McCann est la première à compter un membre d’un genre particulier. Celui-ci répond au doux nom de « AI-CD β » (pour Artificial Intelligence – Creative Director). Robot entièrement créé par l’équipe McCANN Millennials et issu du projet Creative Genome, il occupe le poste de Directeur de la Création. Bien qu’on s’y attendait un jour ou l’autre, cette nouvelle a pu dérouter plus d’un professionnel de la communication.
Imaginez cinq minutes le bazar dans l’open-space…
L’art, le propre de l’Homme ?

La question de l’interaction entre l’Homme et la machine alimente un débat de longue date en sciences de l’information et de la communication. Dans les années 1950, le mathématicien Norbert Wiener fonde la cybernétique, science qui se penche sur les processus de l’interaction par phénomène de rétroaction entre l’homme et la machine, et recherche in fine l’optimisation des systèmes de communication. Très peu de temps après, Alan Turing reprendra les travaux de Wiener et mettra au point un test destiné à déterminer si la conscience peut être simulée par un ordinateur. Avec ses travaux sur l’intelligence artificielle, Alan Turing jette les bases de l’informatique telle que nous la connaissons aujourd’hui.
Chercheurs comme artistes se saisissent de la question d’un art optimisé par la robotique, comme l’atteste par exemple l’exposition « Art Robotique », présentée à la Cité des Sciences et de l’industrie, à Paris en 2014.
Optimiser l’imagination ?

L’art robotique est-il un oxymore ? Professeure de philosophie, Charlie Renard traite justement de ce sujet dans l’un de ces articles, et s’interroge sur la question suivante : « que reste-t-il d’humain dans la création quand ce ne sont pas seulement les moyens mais le processus lui-même de création qui s’autonomise, s’automatise ? ». Derrière la prouesse technologique, c’est donc bien d’optimisation de la création qu’il s’agit. Mais peut-on réellement rationnaliser, optimiser l’imagination?
Les exemples de robots artistes sont bien nombreux. En 1973, Harold Cohen, professeur à l’Université de Californie, créé et développe AARON, un programme informatique capable de créer des œuvres d’art abstrait. Ses travaux ont fait l’objet de nombreuses expositions à travers le monde. Pour autant, la question de l’imagination de ce programme dans le processus créatif de ses œuvres reste à déterminer.
L’intelligence artificielle au service de la création touche tous les domaines artistiques. Par exemple, David Cope, musicologue et chercheur à l’Université de Californie, a créé dans les années 1990 un programme informatique compositeur de musique classique, nommé Emily Howell.
Plus récemment, une équipe de chercheurs japonais de l’université d’Hakodate a mis au point une intelligence artificielle capable d’écrire une nouvelle, grâce à des paramètres préétablis formant un algorithme. Celle-ci, intitulée tout bonnement « Le jour où une machine a écrit une nouvelle » a même été nominée à un prestigieux concours littéraire nippon, les Nikkei Hoshi Shinichi Literary Awards.
Prouesse technologique ou marketing ?
Tu nous a bien eu, Kevin
Ces nouvelles techniques de création au service du marketing posent évidemment la question de la standardisation de la culture et de l’influence du choix des consommateurs ? Si l’on rouvre les travaux d’Adorno sur la culture de masse, la publicité et les médias, celui-ci affirme que la culture de masse uniformise les aspirations et les goûts des classes sociales. Les technologies au service de la création d’une culture de masse ne feraient-elles alors de nous qu’un vaste troupeau de moutons de panurge ?
Sans tomber dans une telle paranoïa, on sait que quelques entreprises utilisent déjà ces algorithmes afin que leurs créations collent au mieux aux choix du consommateur. Vous avez aimé les fameux monologues-regard-caméra du délicieux Kevin Spacey dans la série House of Cards ? C’est normal, les algorithmes ont choisis pour vous cet acteur. Tout comme pour sa récente série Marseille, Netflix a utilisé ces programmes informatiques lors de la production pour déterminer le casting. Objectif : être certain de nous plaire.
Quand à AI-CD β, nouveau Directeur de la Création chez McCann au Japon, ses créateurs auraient élaboré un large panel de publicités télévisées primées, que l’intelligence artificielle exploiterait afin de cerner les tendances en matière de transmission du message publicitaire.
Quel avenir pour les métiers créatifs ?
Je vous présente la Team Créa du futur
Finalement, si le nouveau Directeur de la Création de l’agence McCann au Japon est l’aboutissement d’une véritable prouesse technologique, on comprend que la question de la substitution d’un humain à ce poste créatif – et plus technique comme l’on a pu le voir jusqu’alors – puisse remuer certaines angoisses chez les professionnels de la communication. De la même façon, Narrative Science a développé en 2014 le logiciel Quill, une intelligence artificielle capable de transformer des données brutes en articles de presse. Ce procédé a notamment été utilisé par le magazine américain Forbes.
Ce renouveau des pratiques professionnelles est synonyme des bouleversements entrainés par le progrès technique dans les structures de production des industries de l’information et de la communication. Tout cela constitue un processus perpétuel et intemporel où le nouveau élimine l’ancien, qui nous rappelle la fameuse « destruction créatrice » déjà théorisé par Joseph Schumpeter dans les années 1940 pour expliquer les cycles économiques, à l’époque de profondes mutations industrielles et technologiques. Coïncidence ? Je ne pense pas.
Mathilde Dupeyron
Linkedin 
Sources :
Julien Bordier et Igor Hansen-Love, L’Express, 24/01/15 
Pierre Fontaine, BFM Hightech, 26/03/16 
Martin Gayford, Technology Review, 15/02/16 
Korben, 25/02/10 
Llllitl, 30/03/16 
Charlie Renard, IPhilo, 12/12/15 
Crédit photos :
Banksy, New York Daily News 
Liberation 
Iphilo 
Genetics and culture
Télérama 
Les Inrocks

Société

The Voice et le storytelling

Le storytelling, largement théorisé aujourd’hui, est souvent réduit à des fins marketings, ou politiques. Or, cet « art de raconter les histoires » est omniprésent, et dans The Voice, c’est assez flagrant.
Effectivement, si l’on fait un peu de calcul, l’émission The Voice dure (sans compter les publicités) environ deux heures pour les auditions à l’aveugle. Or, chaque émission des auditions à l’aveugle comporte 13 candidats, qui ont 2 minutes top chrono pour convaincre leur coach. Ce qui revient en tout à 26 minutes de pures prestations musicales.
Que se passe t-il donc dans l’heure et demi qu’il reste ?
Eh bien, entre autres, du storytelling.

The Voice : quelle télé réalité ?

Aujourd’hui très difficile à définir, la télé-réalité est pourtant un réel concept qui met à jour plusieurs éléments constitutifs, notamment décrit par Valérie Patrin-Leclère, maître de conférences au CELSA. The Voice appartient entièrement à cette catégorie, tout en s’en différenciant sur quelques points.
De prime abord, il y a une mise en situation de personnes volontaires et sélectionnées selon leur qualité – ici, le chant – qui ont envie de se montrer et qui sont filmées sur une période longue. C’est donc un programme excluant. Ensuite, le déroulement du programme repose sur une dynamique d’un jeu où l’on assiste à l’élimination progressive des candidats, jusqu’à un gagnant. Ce dernier, dans le cas de The Voice, obtient non une promesse de gain (quoique), mais une promesse de succès et de réussite dans le secteur de la musique, en ayant l’opportunité de sortir un album, mais aussi de participer à une tournée. Au cours de ce processus d’élimination, le téléspectateur va être invité à y prendre part, grâce un système de vote. Enfin, la diffusion va être faite par épisode s’étendant sur plusieurs mois.
Le modèle économique de cette émission est très intéressant, car, à l’instar de la Star Academy, The Voice se définit par sa diversification. Effectivement, au- delà de la publicité foisonnante, et des audiences mirobolantes (6.03 millions de personnes, soit 30.1% de part d’audience selon Médiamétrie pour le 2 avril), cette émission se décline en produits siglés, albums, tournées (The Voice Tour), …etc.

Toutefois, il est clair que The Voice se différencie de la télé-réalité clichée type Les Marseillais. Effectivement, cette émission renvoie davantage à la « télé coaching », aussi appelée, « la télé bonne fée ». A cet égard, elle n’a pas pour vocation de faire souffrir les candidats, mais plutôt de les aider.

Entre narrativité et récit

Concentrons-nous sur ce storytelling qui est omniprésent dans cette émission. Dans un premier temps, il est intéressant d’expliciter la nuance entre le récit et la narrativité. Philippe Marion, professeur à l’Université Catholique de Louvain, explique qu’un récit est un « bouleversement volontaire d’équilibre ». Autrement dit, pour qu’il y ait récit, il faut qu’il y ait un équilibre initial, une rupture, puis un équilibre final. Au contraire, la narrativité se contente d’un fragment de récit. Ce qui est intéressant dans The Voice, c’est que cette frontière devient plus confuse.

Les témoignages/commentaires pour les séquences des auditions à l’aveugle – la découverte des candidats – sont posés comme des récits, coincés dans un schéma répétitif  : un équilibre initial (le « avant the Voice ») : le candidat explique son métier, sa vie, depuis quand il chante. Il y a généralement un témoignage rapide des proches. Puis, la rupture (le « The Voice »), et enfin, l’équilibre final : ce que The Voice lui apporterait. Pour autant, cet équilibre final n’est qu’une condition, un souhait. Dès lors, on pourrait plutôt considérer ces témoignages comme de la narrativité, dans le sens où ils ne sont qu’une partie du récit. Il manque la transformation, qui perdure tout le long de la totalité des épisodes du programme.

Par conséquent, chacune des ces narrativités, chacun de ces storytellings, construit un seul et même récit : celui de l’émission The Voice. C’est sur cette économie du commentaire que The Voice bâtit la continuité des séquences. Autrement dit, l’équilibre final équivaut au dernier épisode de la saison, clôturant ainsi ces premiers témoignages.

Le storytelling comme clé de la réussite

Du côté du public : Tel le rêve américain, ce sont ces témoignages d’anonymes galopant vers la célébrité qui motivent les audiences. Le storytelling porte en lui le rêve caché de tout à chacun : la réussite. Nous pouvons tous nous reconnaître dans ces histoires personnelles, c’est le pouvoir d’identification du récit. À titre d’exemple, le dernier gagnant de The Voice (ci-dessus), Lilian Renaud, était fromager en Franche-Comté. Ces « success(ful) stories » ont un certain écho dans une France aujourd’hui imprégnée de défaitisme. Au-delà des pures prestations musicales, on regarde The Voice pour croire en la réussite, car c’est une émission qui parvient à vendre du rêve.
Du côté du candidat : Le storytelling, comme en politique ou en marketing est utilisé dans The Voice afin que chaque candidat anonyme venant dans le même but et ayant la même qualité – savoir chanter – puisse se différencier.
Comme nous l’avons dit plus tôt, le public est pris en compte dans le processus d’élimination. Dès lors qu’il est question de vote, il est implicitement question de campagne, et, ce storytelling est la première communication des candidats envers son public. Il va permettre de toucher, en racontant une anecdote autobiographique, et en jouant sur le registre dramatique. À cet égard, pour ces candidats, le storytelling ne consiste pas seulement à raconter une belle et émouvante histoire : c’est surtout une forme de communication destinée à mobiliser les émotions, et persuader le téléspectateur de voter pour lui et pas un autre.
On peut parler en un sens de « campagne » car cette phase de témoignages est réalisée dans les 4 premiers épisodes, avant même que les votes du public soient pris en compte. C’est le prémisse dans l’aventure The Voice qui introduit cette idée de compétition.
Bien évidemment, ce n’est pas une manipulation diabolisée, mais une dimension bien réelle du récit, inévitable lorsqu’il est question d’élimination. C’est le jeu.
Clémence Midière
@clemmidw
Sources:
Valérie Patrin-Leclère – Cours du CELSA
Philippe Marion – Conférence « Les territoires de la médiagénie » CELSA
Médiamétrie (audience)
Crédits photos:
MyTF1.fr

Société

Le coworking: les bienfaits de la communication

Notre époque voit se développer massivement l’entrepreneuriat : de plus en plus de personnes créent leur propre entreprise. Elles échappent ainsi au rebutant statut de salarié, jouissent d’une liberté totale puisqu’elles sont leur propre patron, et surtout, peuvent laisser parler leur créativité, leur imagination, et leur soif de créer. Mais face à la multiplication des entrepreneurs, un problème auparavant marginal s’est transformé en problème sociétal : l’isolement professionnel.
Travailler pour soi-même comporte de nombreux avantages, comme une disparition de la pression patronale ou une liberté totale dans la constitution de son emploi du temps. Mais on relève également un inconvénient majeur : l’absence de collègues de travail, qui entraîne une large diminution des relations sociales. Cette restriction du cercle social empêche toute constitution d’un réseau professionnel, mais elle rend également impossible tout échange de point de vue, et donc tout recul sur son projet. Et, plus précisément, l’isolement conduit à un état dépressif qui entraîne procrastination ou encore panne d’inspiration. N’oublions pas que l’être humain est un être de communication…
Pour contrer cet effet dévastateur, les entrepreneurs fuient leur canapé pour aller se réfugier dans des cybercafés ou des bibliothèques. Le but : être stimulé par un bain de foule. Mais si ces lieux sont effectivement bondés, ils n’y trouvent pas l’émulation recherchée : ils travaillent, certes, mais ils ne discutent pas et ne partagent donc pas leur travail avec les autres. C’est suivant ce constat que les espaces de coworking se sont largement développés ces dernières années.
Qu’est-ce qu’un espace de coworking ? C’est un lieu dans lequel des entrepreneurs de tous horizons viennent travailler, mais aussi échanger, apprendre, discuter et même s’associer. Travailler à son compte oui, travailler seul non ! Les entrepreneurs louent un poste dans un espace de coworking, en général au mois, afin de travailler dans un lieu simulant, aux côtés d’autres entrepreneurs. Antoine Amiel, fondateur de Learn Assembly, une startup qui accompagne des entreprises dans leur transformation digitale via des formations de type MOOC (Massive Open Online Course) ou encore blended learning (formation qui mixe présentiel et distanciel), explique que « le coworking, c’est le reflet d’un nouveau mode de travail. Un espace de coworking, bien plus qu’un lieu de travail, est un lieu de vie ».
Cependant attention, il est bon de rappeler que si le concept de coworking s’est démocratisé récemment, il n’a pas été inventé suite à la montée de l’entrepreneuriat ! Au 19e siècle déjà, les ateliers d’artistes étaient des collocations d’espace de travail : nous pouvons par exemple citer La Ruche, fondée par Alfred Boucher en 1902.
Aujourd’hui, où sont ces espaces de coworking et comment se sont-ils développés ? Il en existe des dizaines à Paris, qui ont chacun leur particularité. La Manufacture, par exemple,  est destiné aux auteurs (scénaristes, écrivains, journalistes…), tandis que La Cantine s’adresse davantage aux codeurs (développeurs, bloggeurs…). L’intérêt de différencier les espaces de coworking selon le milieu professionnel est de maximiser les échanges fructueux, c’est-à-dire les échanges aboutissant à des associations, ou tout simplement à un perfectionnement des projets grâce à l’avis des congénères. Mais outre ces différenciations, tous les espaces ont la même vocation – que le slogan de l’un d’eux, La Mutinerie, résume bien : « Libres ensemble » – et proposent les mêmes services : locations de salles, conférences, ou même cours.
Le coworking, c’est donc travailler dans un espace commun pour y partager ses idées et ses projets, et rencontrer des personnes avec qui s’associer. En somme, c’est transformer ses “concurrents” en alliés grâce à la communication !
Camille Pili
LinkedIn
Sources :
Antoine Amiel, fondateur de Learn Assembly
http://www.mutinerie.org/qu-est-ce-que-le-coworking/#.VwLm0bVe5K0
http://www.mutinerie.org/qu-est-ce-que-le-coworking/#.VwLnL7Ve5K0
http://www.mutinerie.org/
Crédit photo :
http://amft.io/2015/09/premier-espace-de-coworking-metropolitain/

Société

Hyperloop: le futur n'a jamais été aussi proche

Petite histoire non exhaustive de la mobilité
Si l’Homme s’est autant impliqué dans le perfectionnement et l’optimisation de ses moyens de transports, c’est pour amplifier le nombre et la qualité de ses déplacements. En France, comme ailleurs, la vitesse fut ainsi le moteur des réflexions sur la mobilité puisqu’elle garantit une certaine efficacité. Dès l’Antiquité romaine, on pava les routes pour faciliter les déplacements. L’industrialisation marqua, en Europe et aux Etats-Unis, une unification des territoires et une généralisation des transports. En 1842, le télégraphe électrique (Wheatstone et Cooke) permet de réguler le trafic des réseaux de chemins de fer et d’optimiser la mobilité. Puis en 1862, les Etats-Unis imaginent la première ligne de chemin de fer liant le Far West à l’Est industrialisé. La première guerre mondiale marquera un tournant dans l’histoire de la mobilité notamment en popularisant l’aviation, la première compagnie aérienne sera créée en 1921. L’Historique des transports et des réseaux serait encore long, d’autant plus que le train, par exemple, alimente encore tout un imaginaire littéraire (le Transsibérien, « l’Orient-Express », l’Indian Pacific ou le Rovos Rail pour ne citer qu’eux)
Tout le monde voudrait monter à bord du Darjeeling Limited avec Bill Murray !
L’Hyperloop
C’est dans ce contexte, qu’en 2013, Elon Musk, l’inventeur sud-africain des voitures électriques Tesla et du mode de paiement Paypal, présente son dernier projet, « l’Hyperloop » : un nouveau train se déplaçant à la vitesse du son, soit à 120O km/heure ! Ce train futuriste se présentera comme une capsule propulsée dans un tube et évoluant sur une plateforme électromagnétique soutenue à la surface par des pylônes. En élaboration depuis 2016 dans l’état californien, il permettrait dès 2020 de relier Los Angeles à San Francisco en 30 minutes (lorsque le trajet est d’environ 45 minutes en avion).
Il est déjà prévu qu’un Hyperloop soit ensuite construit en Europe, notamment entre Bratislava et Budapest, ce qui permettrait de réduire considérablement la durée du trajet (10 minutes au lieu de 2 heures en voiture). La Slovaquie est le premier pays à avoir signé avec l’entreprise « Hyperloop Transportation Technologies » mais on peut aisément imaginer une extension à toute l’Europe si la mise en place des infrastructures le permet.
   Hyperloop Transportation Technologies
Le discours d’escorte d’Elon Musk met l’accent sur certains avantages insoupçonnés de l’Hyperloop. En effet, il fait remarquer que l’optimisation du temps du trajet permettra une disponibilité optimale, avec des navettes régulières « qui partent dès que vous arrivez » (Elon Musk, septembre 2015). Cette disponibilité est perçue comme une véritable avancée dans la mesure où l’enjeu principal du trafic mondial est l’encombrement. En outre, il estime que le coût de l’Hyperloop San Francisco/Los Angeles sera nettement inférieur à celui de ses concurrents ferroviers : 6 milliards de dollars au lieu de 10 pour les autres compagnies. Et un prix au ticket autour de 20 dollars, accessible au plus grand nombre ! Néanmoins, le coût ainsi que le prix public sont aujourd’hui discutés par certains spécialistes. La dimension écologique est également non négligeable puisque l’Hyperloop, fonctionnerait grâce à des panneaux solaires et serait très peu gourmande en énergie.
Hyperloop Transportation Technologies
 
Une communication originale
Fort de son potentiel fantasmatique, le projet aux allures futuristes mobilise un large public, fan de high-tech et d’innovation. Ainsi, le projet est collaboratif, et repose en partie sur la plateforme « Jumpstartfund » où des talents du monde entier s’engagent à réfléchir au projet en échange de stock-options (rémunération variable en fonction du cours de l’action de l’entreprise). Hyperloop bénéfice donc de la réflexion de 400 nerds et ingénieurs impliqués gratuitement sur leur temps libre. Le choix originel de la Californie, proche de la Sillicon Valley, est donc stratégique car ses habitants sont célèbres pour y être les plus réceptifs aux nouvelles technologies. Amazon, Microsoft, Boeing, la Nasa et Aecom ont par ailleurs rejoint l’aventure. Actif sur les réseaux sociaux, et orchestrant savamment la révélation progressive d’informations sur le projet, Elon Musk se garantit une communauté séduite par l’idée d’une science-fiction devenue réalité. Les dessins et les vidéos accompagnant la présentation du projet surfent dès lors sur cet engouement.
Hyperloop Transportation Technologies
 La fin du voyage ?
 Parmi tous les superpouvoirs et les aptitudes olympiennes, le pouvoir de se déplacer à la vitesse de la lumière a toujours été un ardent désir humain. Arriver à temps lorsque nous sommes tous d’éternels retardataires, écourter la durée d’un trajet long et pénible, retourner chercher le pass Navigo oublié, bref anéantir les distances, autant d’avantages qu’offre la vélocité. Dans l’Antiquité, Hermès était le Dieu le plus rapide, messager et voyageur, grâce aux deux petites ailes accrochées à ses sandales. Puis les nouveaux héros des comics américains, post Seconde Guerre Mondiale, alimentèrent cet attrait pour la vitesse en imaginant des personnages tels que Flash ou Silver Surfer.
Il ne fait aucun doute que l’Hyperloop réaliserait cette aspiration. Cependant, cette innovation porte également en son sein la mort du voyage, pour ne pas dire la mort du lointain. Cette maîtrise consubstantielle de l’espace et du temps viendrait en effet anéantir la notion même de lointain en créant de nouveaux usages liés à la distance. Sa définition serait à relativiser, si l’on imagine un train dont les arrêts seraient les grandes capitales pour des durées dérisoires (25 minutes pour Londres et Bruxelles, 1h pour Berlin, 1h30 pour Rome…). L’Hyperloop engendrerait alors un monde on ne peut plus globalisé, où le plaisir de la distance, de l’évasion et du voyage, non pas comme fait mais comme déplacement, serait à repenser tout autrement. De ce fait, cela impliquerait nécessairement de nouvelles mobilités, et de nouveaux usages, modifiant l’urbanisme et la géographie telles que nous les connaissons. Lorsqu’on pense que certains trajets Paris/Lille sont plus rapides que Paris/Marne-la-Vallée, l’Hyperloop interroge par avance un nouveau nivellement dans la mobilité qui serait cette fois-ci à l’échelle internationale.
Emma Brierre
LinkedIn
Sources :
http://www.dailymail.co.uk/sciencetech/article-3493007/Hyperloop-coming-Europe-Superfast-tube-people-continent-just-25-minutes-2020.html
http://www.leblogducommunicant2-0.com/2016/01/29/hyperloop-comment-une-strategie-de-communication-est-elle-devenue-un-levier-daction-communautaire-pour-developper-une-entreprise-du-futur/
http://www.points-de-vue-alternatifs.com/l-habile-campagne-de-communication-sur-l-hyperloop
http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/hyperloop-le-train-supersonique-du-futur_1696881.html
http://www.sciencesetavenir.fr/high-tech/20130717.OBS9849/elon-musk-annonce-l-hyperloop-un-moyen-de-transport-revolutionnaire.html
http://www.latribune.fr/blogs/cercle-des-ingenieurs-economistes/20140905tribb778c713d/l-hyperloop-est-il-un-roman-de-science-fiction.html
 

Société

#RIPTWITTER: quel avenir pour l'oiseau bleu ?

Twitter est considéré comme un géant des réseaux sociaux. Bien moins important, certes, que le roi Facebook, le réseau à l’oiseau a tout de même une place de choix dans le coeur de ses utilisateurs. Mais justement, son problème semble être aujourd’hui de  réussir à conquérir de nouveaux publics, de convaincre qu’il vaut la peine qu’on s’intéresse à lui.
Un nombre d’utilisateurs qui ne s’envole pas
Début février, Twitter annonçait que son nombre d’utilisateurs, s’élevant à 320 millions, avait stagné par rapport au trimestre précédent. Le groupe n’a jamais réellement dégagé de bénéfice: son modèle économique est encore peu rentable. Il est surtout basé sur la publicité qui représente 63% des revenus (tweets, trending topics et comptes sponsorisés) mais, comme l’expliquait Cédric Deniaud, co-responsable du site mediassociaux.fr, au journal LaCroix, « Sans audience, il est difficile de trouver une stratégie pour cibler les internautes autant que les annonceurs ». Les données publiées dans les tweets sont également jugées moins personnelles que sur Facebook par les annonceurs et donc les tweets sont moins attractifs. Twitter a perdu plus de 500 millions de dollars sur l’année 2015 indique un rapport de l’AFP. Ces problèmes financiers ajoutent donc une pression supplémentaire à Twitter: les investisseurs commencent à perdre patience et leurs inquiétudes quant à la croissance du réseau social ne font, elles, qu’augmenter. Parallèlement, l’action ne cesse de chuter depuis le début de l’année. Elle a perdu 80 % de sa valeur depuis ses sommets en décembre 2013, juste après son introduction en Bourse.
Le pourquoi du comment
Pourquoi Twitter n’attire plus ? Ce réseau social a été un réel succès à sa création: il a rapidement rassemblé un million d’utilisateurs et en deux ans, on comptait déjà deux milliards de tweets. Et même si Stromae chante que « l’amour est comme l’oiseau de Twitter, on est bleu de lui seulement pour quarante-huit heures », le site de microblogging ne semble pas si facile à utiliser pour tout le monde. En effet, Twitter est perçu comme un réseau social trop compliqué à appréhender. Les twittos eux-mêmes le reconnaissent, comme le montre ce tweet :

Twitter a en effet des codes bien ancrés: les RT, #LT, #NP, w/, #FF et autres #TBT peuvent décourager des utilisateurs novices pour lesquels on ne prend pas la peine de préciser ces spécificités. Et fil d’actualité instantané, qui plait beaucoup aux initiés, peut constituer un réel obstacle car sa rapidité et son instantanéité le rende parfois difficile à suivre par rapport à celui de Facebook par exemple.
En outre, l’utilité de Twitter n’est pas non plus une évidence pour les internautes. Pour beaucoup, Twitter est souvent associé avec le fait de raconter sa vie aux yeux du monde entier, or soit ils n’en ont pas envie ou ne considèrent pas avoir une vie assez intéressante pour le faire. En outre, certains ne voient pas pourquoi rajouter un réseau social à leur vie numérique déjà bien remplie, il semble que Facebook suffise à un grand nombre d’internautes. Ainsi, Twitter semblerait trop complexe à utiliser et pas assez utile pour que l’on mérite de s’y intéresser.
Il est intéressant de remarquer un phénomène étonnant, actuellement en pleine croissance, sur Facebook : des pages comme Urban Hit ou Les FDP du Net, pour ne citer qu’elles, rencontrent un réel succès en publiant majoritairement des captures d’écrans… de tweets ! Cette tendance montre bien l’intérêt qu’ont les utilisateurs de Facebook pour l’univers, souvent drôle et décalé, de Twitter. Ces publications peuvent avoir plusieurs effets pour le réseau à l’oiseau: elles peuvent permettre d’attirer du public en le médiatisant ainsi ou bien, au contraire, conforter les internautes dans l’idée qu’ils n’ont pas besoin de s’y inscrire puisqu’ils ont accès aux tweets via Facebook. Ce phénomène permet donc de  constater que les utilisateurs de Facebook pourraient être un terreau fertile pour Twitter qui doit donc réfléchir à la façon de leur donner envie de s’inscrire sur la plateforme.

Le changement n’est pas chose aisée
Si Twitter a besoin de changer pour attirer de nouveaux utilisateurs, il faut réussir à le faire sans mécontenter les utilisateurs actuels. En effet, si Twitter peine à attirer de nouvelles recrues, celles qu’il a déjà enrôlé sont totalement convaincues par le fonctionnement du réseau, à tel point que le moindre changement évoqué fait toujours l’effet d’une bombe. Ainsi plus tôt cette année, l’annonce du passage de 140 caractères à 10 000 avait fait débat sur le réseau, tout comme le passage du « favori » au « like » ou encore récemment le changement du fonctionnement du fil d’actualité qui a déclenché le hashtag #RIPTwitter tant il révolte certains utilisateurs. Ces changements tendent, en effet, à rapprocher Twitter de Facebook. Or bon nombre des aficionados de Twitter, sont fermement accrochés à la différence de Twitter par rapport au réseau de Mark Zuckerberg, les twittos n’hésitant d’ailleurs pas à railler Facebook dès qu’ils le peuvent.  Ces changements apparaissent donc comme une violation du contrat de lecture que proposait Twitter à sa création et permettent ainsi de voir à quel point il peut-être difficile de le modifier, l’importance qu’il peut avoir aux yeux des utilisateurs.

En plus de ces changements qui touchent au fonctionnement même de la plateforme, Twitter essaye aussi de proposer de nouvelles fonctionnalités. Ainsi, l’onglet « Momens » a été lancé aux Etats-Unis dans une version test. Le principe est le suivant: les tweets sont regroupés par thème afin de faciliter le suivi de l’actualité, un peu à la manière d’une story sur Snapchat. Cette vidéo permet de mieux comprendre le concept de Moment. Twitter a donc choisi de tabler sur un de ses points forts : l’actualité. En effet, nombre d’utilisateurs sont sur ce réseau afin de pouvoir suivre ce qui se passe en temps réel (les informations sont très souvent diffusées sur Twitter avant n’importe quel média traditionnel), tout en essayant de simplifier le suivi de cette actualité sans pour autant heurter le fonctionnement actuel, puisqu’il s’agit d’une fonctionnalité qui vient s’ajouter aux autres.

Face à l’enjeu déterminant de réunir une plus grande communauté d’utilisateurs, Twitter doit réussir à allier innovation, simplicité et communication. Comme nous le montre la création de Moments, il semble que Twitter ait réalisé qu’il était maintenant en concurrence avec des réseaux sociaux largement basés sur l’image comme Instagram, Snapchat ou encore Vine qui réussissent, eux, à attirer des cibles plus jeunes. Néanmoins, cette fonctionnalité n’étant pas basée sur l’ego comme le sont en grande majorité les réseaux de l’image, nous pouvons douter de son succès auprès d’un public plus jeune.  En investissant dans Periscope, Twitter avait pourtant marqué un bon point dans cette stratégie de l’image et de la vidéo. Malgré cette mauvaise passe entendra-t-on encore longtemps gazouiller l’oiseau bleu ? #lavenirnousledira
Clémence de Lampugnani
@Clemydelamp
Sources:
Constance Léon, La Croix « Twitter cherche encore son #modèle économique »  
Le Monde.fr avec AFP pour lemonde.fr « Le nombre d’utilisateurs de Twitter a stagné à 320 millions au 4e trimestre »
GB avec AFP RelaxNews pour clubic.com « Pour éviter de stagner, Twitter veut se transformer »
Thomas Coëffé  pour le blogdumodérateur « Nouveauté: Twitter moments, pour découvrir les principaux événements et actualités du moment »
Crédits photos: 
Twitter
Urban Hit / Facebook 
http://thewrap.com 
 

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Non classé, Société

L'intelligence artificielle ou les limites d'un rêve prométhéen

En 1968, apparaissait sur nos écrans le fameux « 2001, L’Odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick, où HAL, un ordinateur à l’intelligence artificielle exceptionnelle, menaçait déjà l’homme de se retourner contre lui. Depuis, l’intelligence artificielle, terme créé en 1956, a été le sujet de nombreux films de science-fiction, dont « A.I, Artificial Intelligence », film de Steven Spielberg sorti en 2001, où David, un robot de 11 ans doté de sensibilité et d’émotions, est adopté dans une famille humaine. Aujourd’hui il ne s’agit plus de science-fiction mais les mêmes questions reviennent : ces robots servent-ils les hommes où sont-ils destinés à se retourner contre eux, en développant une intelligence que les concepteurs n’avaient pas soupçonnée ? Risquent-ils de remplacer les hommes au sein de l’économie mondiale ? La tension entre progrès et inversion des rôles est plus palpable que jamais.
L’intelligence artificielle ou comment se simplifier la vie
L’intelligence artificielle, ou « AI », vise à reproduire le fonctionnement du cerveau humain. Cela ne concerne donc pas les robots ménagers autonomes, mais bien les machines, les robots, dont l’attitude est troublante de similitude avec les humains.
D’un côté nous avons des robots à part entière, dotés d’intelligence et de réflexion, et de l’autre, des machines mises au service des hommes pour améliorer leurs capacités et les accompagner au quotidien. Ainsi, des start-ups comme « BrainCo », développent un serre-tête nommé « Mind Control », capable de détecter les ondes cérébrales afin d’améliorer les facultés de concentration et la détection d’éventuelles maladies. Le terme de « Mind Control » fait frémir : qui nous dit que nous aurons encore le contrôle sur notre propre cerveau ?

Les progrès que l’intelligence artificielle pourrait permettre dans le domaine de la santé sont mis en avant par beaucoup de concepteurs : dans « A.I, Artificial Intelligence », David est conçu pour venir en aide à son frère adoptif, cryogénisé en attendant de trouver un remède pour soigner sa maladie grave. L’intelligence artificielle est vue ici comme un moyen de palier les « défauts » de l’homme, ici son incapacité à soigner une maladie grave.
D’ailleurs, comment justifier la conception de machines capables de reproduire nos actions, nos réflexions, si ce n’est dans le but de simplifier notre quotidien ? C’est ce à quoi répond la chaîne de télévision chinoise Shangai Dragon TV concernant son programme, Xiaolce, une intelligence artificielle qui présente la météo depuis décembre 2015. Il s’agit d’un écran géant, dont la voix jugée « très humaine », enchante les téléspectateurs. Xiaolce est en mesure de commenter les actualités en temps réel, grâce à une base de données sans cesse actualisée. Le groupe chinois assure que les présentateurs ne seront pas amenés à disparaître mais que Xiaolce pourrait leur apporter des analyses plus complètes et rapides. Affaire à suivre…
Et que diriez-vous d’un robot capable de dresser un argumentaire pour contester votre PV ? C’est ce que propose depuis fin 2015 la plateforme anglaise « DoNotPay » : à travers un jeu de questions-réponses, un robot dresse, gratuitement, une liste des réponses qui vous permettront d’éviter de payer un PV non justifié. Pas sûr que cela enchante les autorités.
« J’ai dépassé les limites, aisément, facilement »
Si l’homme a la prétention de développer un outil –qui représente un prolongement de soi- à son image, est-il capable de créer une machine sensible, se posant les mêmes questions éthiques que lui ?
Dans « The Island », film de Michael Bay, les concepteurs de clones se rendent compte que s’ils ne sont dotés d’aucun souvenir, d’aucun sentiment, alors ils périclitent plus rapidement. Cela met en exergue un constat essentiel : l’homme n’est pas que raisonnement purement logique et mathématique, il est aussi passion et incertitude. Et c’est ce que tentent de développer les chercheurs : l’intelligence comprend l’adaptation à un milieu et à des situations particulières. Or la tâche n’est pas si aisée.
Ce souci d’éthique s’est retrouvé lors de la conception des Google Cars,  prototype de voiture roulant… sans chauffeur ! Si cette invention enchante plusieurs constructeurs automobiles, les inquiétudes fusent elles aussi : comment va-t-elle réagir si elle doit faire le choix entre éviter un obstacle et renverser 10 personnes ? En machine logique et rationnelle, elle choisirait plutôt de sauver la vie de 10 personnes, plus importante numériquement, que celle du passager qu’elle transporte. Cela signifie également qu’un humain confie sa vie à une machine : au-delà même du service que cette voiture pourrait lui permettre d’effectuer, l’homme se retrouve en dépendance totale d’un algorithme sur pneus.

Le signe d’une humanité en mal de relations ?
Au fond, à quoi bon créer une intelligence artificielle ? Nous évoluons dans une société caractérisée par la vitesse, la rentabilité, le profit, et le progrès se met au service de ces enjeux. Déjà au XIXème siècle, les industriels mettaient au point des machines effectuant un travail répétitif destiné à produire davantage. Et déjà le danger de la mécanisation massive se dessinait : en créant des objets pour accompagner les hommes, on créait des objets qui les surpassaient et à terme les remplaçaient. Ne voit-on pas une résurgence de ces risques, à l’aune du XXIème siècle ? Ne révèle-t-elle pas une mégalomanie ? Une défaillance dans nos relations sociales ?
Spike Jonze pointe du doigt ce déséquilibre entre humains et technologie dans son film « Her »: Théodore Twombly est dévasté suite à une déception amoureuse. Il fait alors l’acquisition d’un système d’exploitation informatique qui s’adapte à chaque utilisateur. Le sien s’appelle Samantha, reflet féminin de Théodore. Mais peut-on tomber amoureux d’une « présence » non humaine, d’une intelligence que l’on ne peut rattacher à aucun corps matériel? Car Samantha se révèle être plus qu’un programme, elle se développe progressivement et en se connectant avec le reste du monde, prend conscience de ce qu’elle est et de son impossibilité à appartenir physiquement à ce monde. Comme les humains, elle s’enrichit et grandit grâce à ce qu’elle lit, mais elle reste à un état artificiel, là où l’homme s’accomplit grâce à une intelligence réelle.

Le fait de créer de telles machines, plus performantes, sensibles, fines et réfléchies, nous met face à notre propre condition : comme si l’on créait un monde artificiel car l’on juge que notre monde est insuffisant, imparfait. Or n’est-ce pas cette imperfection qui fait notre richesse, et qui nous permet de nous remettre en cause, d’évoluer ? A trop vouloir révolutionner le monde, on risque de retourner ces inventions contre nous, alors mêmes qu’elles sont censées nous faciliter l’existence. Peut-être est-il préférable d’évoluer dans un monde imparfait que dans un monde que nous ne contrôlerons plus.
Ludivine Xatart
Sources :
-Larousse : « Intelligence artificielle »
-ADN : « Un robot avocat qui fait sauter les contraventions »
« Le cerveau : nouvelle frontière de l’informatique ? »
« Chine : une intelligence artificielle présente la météo »
-L’Express : « Voiture sans chauffeur : mais qui commande ? »
« L’intelligence artificielle » : http://www.lexpress.fr/actualite/sciences/intelligence-artificielle_1550708.html
Crédits photos :
-Studio de production créative Manipula : manipula.art.br 
-AFP pour challenges.fr : http://www.challenges.fr/societe/20160109.AFP2390/controler-le-cerveau-nouvelle-frontiere-de-la-technologie.html
-« Google cars », Elijah Nouvelage pour L’Express : http://lexpansion.lexpress.fr/high-tech/voiture-sans-chauffeur-mais-qui-commande_1761965.html

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