LETTRE OUVERTE ZUCKERBERG
Société

Lettre ou (ne) pas lettre : quand la lettre ouverte s'affirme

La lettre ouverte de Zola au président Félix Faure : « J’accuse ! » publiée le 13 janvier 1898, est un texte qui marque un tournant dans l’histoire de la lettre ouverte, car il démontre sa puissance en tant qu’outil communicationnel et argumentatif. C’est aussi grâce à cette lettre ouverte, que l’on peut repérer le premier paradoxe qui la compose.
Certes, cette lettre ouverte est une défense héroïque des principes démocratiques, prônés par Zola. Pourtant, ses motivations ne sont pas purement désintéressées. En effet, même si Zola est à cette période au sommet de sa carrière littéraire, il n’est pas pour autant reconnu par les « siens » du monde des lettres, comme le montrent ses nombreuses tentatives, qui se sont toutes soldées par des échecs, d’intégrer l’Académie Française. De même, ses « amis » politiques ne le prennent pas au sérieux, et lui reprochent de ternir la réalité sociale. A cet égard, la lettre ouverte de Zola est symbolique d’un concept paradoxal. Au-delà d’un coup de gueule politique, cette lettre virtuose traduit une volonté de faire ses preuves et de s’établir en tant qu’intellectuel reconnu.
Par conséquent, la lettre ouverte n’est pas qu’une revendication désintéressée, publiée dans l’intérêt du bien commun. Elle fait preuve d’une motivation plus égoïste, et d’une ribambelle de subterfuges lui permettant de se placer aujourd’hui comme un outil communicationnel efficace, qui a plus d’un tour dans sa manche.
La lettre ouverte, un oxymore
La lettre ouverte est un outil de communication bien plus subtil qu’il n’en a l’air. La première ruse, c’est la double dimension qu’elle recouvre. En effet, tout le paradoxe tient au fait qu’elle s’adresse à une personne en particulier, mais est ouverte à un lectorat bien plus immense. La correspondance dans son sens le plus commun est du domaine privé. Lorsque l’on écrit une lettre à son amant, celle-ci n’est pas normalement destinée à être publiée dans les médias. C’est intime. La lettre ouverte, c’est tout le contraire. Elle défie les règles traditionnelles de la correspondance, et à plusieurs niveaux.
L’élargissement des destinataires peut aussi appeler à une diversion. Prenons l’exemple de la lettre ouverte de Mark Zuckerberg et sa femme à sa fille. Le destinataire premier se veut être le nouveau-né, qui, soit-dit en passant, ne sait pas lire. Il est on ne peut plus clair, par le contenu de la lettre, que cette prise à parti n’est qu’une diversion pour annoncer une nouvelle qui n’a pas grand chose à voir avec une naissance ou l’amour paternel. La lettre ouverte est ici choisie dans le but de faire l’annonce d’une donation de l’auteur à sa propre fondation. Il dévoile donc un manifeste pour sa fondation.

 
Et puis … :

 
Tout l’intérêt de la lettre ouverte est dans sa double dimension communicationnelle : un destinataire premier, et un public secondaire.
La forme : l’ingrédient fondamental dans la recette de l’argumentation
La question qui se pose également, c’est pourquoi choisir la forme de la lettre ouverte pour s’exprimer, au lieu d’un article traditionnel mettant en exergue une opinion. Michel Leiris, dans la préface de L’âge de l’homme parle de la nécessité d’une : « forme qui soit fascinante pour autrui ». Au-delà du fond, cette forme est primordiale dans l’efficacité de l’argumentation. La lettre ouverte bénéficie de cette fascination du lecteur. Elle a plus d’impact dans l’imaginaire du public, et est bien plus attirante car elle promet un discours engagé, et parfois même dramatique. Cela fait partie de son contrat de lecture : elle soulève régulièrement une polémique, un point sensible, et s’inscrit donc dans la dimension du spectacle.

 
Cette lettre ouverte publiée dans Libération par Marwan Muhammad, ancien porte-parole du Collectif Contre l’Islamophobie en France, à l’attention du Premier ministre Manuel Valls, illustre parfaitement cette promesse de divertissement. Ponctuée d’un ton polémique et satirique dès la première phrase : « C’est difficile, pour un Premier ministre, de ne jamais décevoir. Et pourtant, un jour après l’autre, vous réussissez cette prouesse », Marwan Muhammad s’empare de la forme de la lettre ouverte pour faire pression sur le Premier Ministre.
Le but de l’auteur, c’est de convaincre ou de persuader. Dans les deux cas, la lettre ouverte doit faire appel à des procédés stylistiques méticuleusement choisis, afin de faire adhérer le destinataire premier mais aussi les lecteurs, aux positions de l’auteur. Sa double dimension communicationnelle est donc une forme habile, car elle permet une prise à témoin, ce qui engendre une pression sur le destinataire premier. Elle est à elle seule un exercice stylistique qui suscite différents enjeux.
Cette valeur littéraire de la lettre ouverte rejoint le premier point de l’article. Combinée à la promesse de polémique, et à la puissance rhétorique d’une lettre ouverte, cette dernière peut être aussi analysée en tant qu’apologie de l’auteur, par l’auteur lui-même. Il met en avant ses propres talents d’écriture et sa puissance à convaincre les foules. Toutefois, cet intérêt égoïste ne doit pas se faire ressentir à la lecture, d’où l’importance de la forme en tant que style, qui permet de voiler les différentes motivations de l’auteur.
Malheureusement, si une lettre ouverte n’est pas efficace, et ne convainc pas son lectorat, les retombées se font fortement sentir et la critique est directement adressée à l’auteur. Si l’on en revient à la lettre ouverte de Mark Zuckerberg, la stratégie de diversion n’a pas terriblement marché. Que ce soit sur Twitter ou dans les médias d’informations, l’auteur de la lettre a été moqué et critiqué. Les lecteurs ont eu l’impression de se faire berner. A force de vouloir se mettre en avant trop explicitement dans sa lettre, se positionnant comme le sauveur du monde, Mark Zuckerberg a transgressé certains codes de la lettre ouverte qui veulent que les intérêts égoïstes de l’auteur soient plus subtilement déguisés.

Les médias et la lettre ouverte : une belle histoire d’amour, en général
A cet égard, le rôle des médias est primordial dans le processus d’argumentation d’une lettre ouverte. Il n’y a pas de lettre ouverte sans publication médiatique. De plus, relevant de la dimension spectaculaire, c’est un outil de communication intéressant pour eux, car il associe information et fascination. Du côté de l’auteur, il lui est nécessaire de viser des médias de masse, afin d’accroître au maximum sa visibilité, et que sa lettre ouverte atteigne son destinataire premier. En effet, beaucoup de lettres ouvertes sont écrites et publiées chaque jour, sans avoir pourtant un réel impact car écrites par des « anonymes », des personnes inconnues du grand public. Paradoxalement, ce sont des lettres régulièrement adressées à des figures connues, politiques ou non, d’où l’importance d’accroître sa notoriété et par extension, l’écho de la lettre ouverte.

@GuillaumeGrlt témoigne par ce tweet du déséquilibre de la lettre ouverte, qui parfois, n’atteint pas le destinataire escompté, faute d’une couverture médiatique suffisante. Les réseaux sociaux sont l’une des causes mais également l’une des solutions à leur défi. Ils permettent à la fois l’accès à une petite notoriété – par exemple grâce au nombre de retweets ou de partages – qui augmentera la visibilité de la lettre, mais ils sont à la fois un mal. En effet, c’est à cause de cette densité d’informations permise par les réseaux sociaux que la lettre ouverte de @GuillaumeGrlt va peut-être se noyer.
La lettre ouverte : un outil de communication asymétrique
On pourrait comparer l’échange qu’implique la lettre ouverte à la métaphore du catch de Roland Barthes dans les Mythologies : « Sur le Ring et au fond même de leur ignominie volontaire, les catcheurs (…) sont pour quelques instants, la clef qui ouvre la Nature, le geste pur qui sépare le Bien du Mal, dévoile la figure d’une justice enfin intelligible ». De la même manière, les auteurs, durant le temps de la lecture, sont érigés en justiciers, défendant une cause qui leur est signifiante. C’est également un échange qui, s’il répond au code de la lettre ouverte, appartient au domaine du spectacle, comme le catch. Les auteurs seraient donc des catcheurs, qui paradoxalement n’affronteraient pas leur destinataire premier, mais un autre catcheur du public secondaire.
Effectivement, une lettre ouverte n’appelle pratiquement jamais à une réponse du destinataire premier par une autre lettre ouverte. Il peut y avoir un acte de riposte ou d’acceptation de la part du destinataire premier, mais il ne se retranscrira que très rarement par une autre lettre ouverte. Pourtant, si on prend la métaphore du catch, c’est qu’il y a une réponse, une correspondance de lettres ouvertes. La subtilité s’observe dans le glissement du destinataire secondaire qui devient émetteur. Prenons l’exemple de Bruno Lemaire et Germinal Peiro. Bruno Lemaire a écrit une lettre ouverte à l’attention du Président de la République (destinataire premier). En retour, il reçoit une réponse par lettre ouverte de Germinal Peiro (destinataire secondaire).

 
Premier coup de poing :

 
Deuxième coup de poing :

 
La correspondance de lettres ouvertes se manifeste dans un échange asymétrique de l’information mais aussi des émetteurs qui se battent à chaque fois contre des adversaires différents.
Il y a donc une double-asymétrie :

asymétrie de la réponse : forme de la lettre ouverte qui appelle une réponse d’une autre forme par le destinataire premier (actes, discours télévisé, promesse électorale…)
asymétrie des adversaires : un échange de lettres ouvertes est possible, sans qu’il y ait une correspondance entre destinataire premier et deuxième émetteur.

Clémence Midière
@Clemmidw
Sources :
Facebook « a letter to our daughter »
Courrier International : « Humour. Et si la fille de Mark Zuckerberg répondait à la lettre de son père? » -http://www.courrierinternational.com/dessin/humour-et-si-la-fille-de-mark-zuckerberg-repondait-la-lettre-de-son-pere
Libération : « Monsieur le Premier Ministre, vous incarnez la République du mépris » article de Marwan Muhammad – http://www.liberation.fr/debats/2016/01/25/monsieur-le-premier-ministre-vous-incarnez-la-republique-du-mepris_1428858
Twitter : Tweet de @GuillaumeGrlt
Brunolemaire.fr : « L’agriculture se meurt » : ma lettre à F. Hollande co-signée par 106 parlementaires » – https://www.brunolemaire.fr/actualites/577-l-agriculture-se-meurt.html
Parti-socialiste.fr : « Lettre ouverte de Germinal Peiro : réponse à la lettre ouverte de Bruno Lemaire » – http://archives.parti-socialiste.fr/articles/lettre-ouverte-de-germinal-peiro-reponse-la-lettre-ouverte-de-bruno-le-maire
Crédits images :
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Brunolemaire.fr
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Société

Des paroles et des pactes

L’interdépendance entre langage et société relève aujourd’hui de l’évidence tant les liens entre ces deux notions paraissent intrinsèques. Néanmoins, on assiste à un vrai regain d’intérêt pour la parole sur le long terme, la parole qui s’étale et qui prend le temps de prendre le temps. À contre courant du mouvement actuel qui tend à l’hyper-rapidité et à la consommation à vitesse grand V de contenu, la société renoue avec le langage et devient à nouveau éprise de ses (beaux) parleurs.
Questions pour mon champion
Comme chaque année, le journal La Croix vient de publier son baromètre annuel visant à étudier la relation entre Français et médias. Le résultat est sans appel : le désamour est bien réel et le panel médiatique subit un véritable discrédit par la population. Une nécessité de renouvellement s’impose et par conséquent de nouveaux formats apparaissent. Ces derniers tendent à remettre au goût du jour cette importance de la parole, et la pertinence du discours. Effectivement ce processus n’est qu’un retour à la pratique originelle de l’interview à la télévision mais dans une époque marquée par l’instantanéité des messages, pourquoi s’entêter à vouloir permettre la pérennité de tel ou tel discours ?
Ces formats déclenchent l’adhésion puisqu’il nous font la promesse d’une expérience nouvelle face aux médias. Poussez la porte de n’importe quelle boîte de production et vous verrez que la notion de “promesse” est quasiment obsessionnelle : proposer un concept au public c’est promettre une forme de contenu particulière qui correspond ou qui va créer une attente chez le spectateur.
Ce nouveau type d’émission recoupe un large panel de programmes : de la baignoire de Jeremstar, au café avec Michel Denisot en passant par le canapé de Mouloud Achour, il y a une véritable plongée dans l’intimité de la personne interviewée ;  c’est la promesse. Le succès de ces émissions réside en une équation très simple : voir sans être voyeur ; vous êtes intégrés dans la confession sans ressentir de gêne puisque le programme vous y autorise implicitement. De surcroît, la parole est au centre de ces programmes, décor minimaliste, mise en scène simpliste, tout est fait pour que le langage devienne l’épicentre de l’émission à tel point que l’on se permet le format long : 37 minutes de discussion entre Omar Sy et Mouloud Achour, 42 minutes entre Christiane Taubira et Michel Denisot. Cela en dit long sur la mutation actuelle et sur la tribune accordée à ces influenceurs contemporains : (presque) sans filtres on laisse libre court à la parole sans couper court à la pensée.

Regarder par le trou de la serrure
En prenant de la hauteur de vue sur nos écrans, des hypothèses peuvent expliquer le succès de ce retour au “free speech”. Il semble pertinent de parler de panoptique inversé ; concept inventé par Bentham afin de décrire la structure architecturale d’un pénitencier qui permet au gardien – situé au centre – de surveiller sans être vu, de tout entendre sans rien faire (cf schéma ci-dessous). Ce concept est si subtilement pensé qu’il engendre la création d’un sentiment de surveillance encore plus fort que la surveillance elle-même. Dans Surveiller et punir, Michel Foucault ré-actualise cette théorie et l’étend à des champs autrement plus vastes en parlant notamment de captation de l’intime. Le parallèle peut alors être fait entre la télévision et ses programmes de TV-réalité dans lesquels le gardien est symbolisé par la caméra ; l’oeil panoptique peut alors être associé aux médias en général, qui nous observent, nous surveillent, nous captent.

Dans ces nouveaux formats qui visent à libérer la parole, le téléspectateur devient à son tour le gardien. Tout est surveillé, certainement analysé, commenté et c’est cette complicité avec la caméra qui permet le succès de tels programmes. Emmanuelle de Champs, maître de conférence à Paris VIII affirme alors que : “Le panoptique, c’est avant tout le regard, un dispositif qui permet de « tout voir », mais c’est aussi l’écoute : pour Bentham, il faudrait également s’assurer que le gardien puisse « tout entendre », tout écouter, sans être lui-même entendu”. Le téléspectateur peut tout voir, en toute tranquillité et jouit à son tour de ce sentiment de surveillance qu’il ressent traditionnellement à son détriment comme le confirme un peu plus le baromètre de La Croix évoqué ci-dessus. Le temps d’une émission, les bras croisés, on décortique la parole d’un personnage bien souvent présenté les bras ballants, dans son plus simple appareil : la vérité.
L’impact d’un pacte
La confession impose l’instauration d’un pacte qui fait écho à la promesse dont nous parlions plus tôt dans cet article. À l’image des récits autobiographiques la notion de vérité semble être le moteur de ce type de programmes, il y a donc nécessité de certifier l’authenticité de la parole prononcée. Rousseau lui-même dans ses Confessions prononçait ceci : “Je veux montrer à mes semblables un homme dans toute la vérité de la nature; et cet homme, ce sera moi”, à l’heure où les hommes politiques sont pointés du doigt pour leur manque de transparence, intervenir dans ce genre d’émissions comme l’ont fait Manuel Valls ou encore Christiane Taubira, apparaît comme une occasion de paraître dénué de filtres. Toute la subtilité des programmes TV apparaît clairement au travers de cette mécanique : ce pacte, dont ni vous ni la TV ne parle, n’est pas formel ni officiel, et pourtant vous signez et vous l’acceptez au moment où vous regardez le programme : captation de votre intime.

Le succès de ces longs formats réside donc dans la création d’un pacte avec le spectateur. On se prend à adhérer à ces dévoilements psychologiques même si certaines séquences comme celle de Jean-François Copé sur le divan de “Marco” au bord des larmes frôlent le risible. Quoiqu’il en soit la parole reprend sa place dans le débat public et fort de son succès, ce nouveau type de format tend à se généraliser. Cela peut être considéré comme une façon intéressante de rebattre les cartes du jeu médiatique : certes ces interview peuvent être taxées d’opération communication mais elles ont le mérite de procurer le sentiment d’accessibilité à des personnages médiatiques justement caractérisées d’inaccessibles. Il est vrai que les présentateurs prennent parfois des allures de psychologues médiatiques mais en ces temps où la parole peine à être crédible, qui n’a pas besoin d’une bonne thérapie ? 
Jordan Moilim
Sources: 
TNS-Sofres/ La Croix; Baromètre 2016 de confiance des français dans les médias, 02/02/2016 
Michel Foucault, Surveiller et punir, 1975
Jean-Jacques Rousseau, Confessions, 1782
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Société

Communiquer la peste (et les épidémies en général)

Pour nombre d’entre nous, le concept d’épidémie est associé au souvenir du cours d’histoire médiévale suivi au collège, et en particulier à celui de la peste. Souvent fascinés par la peste noire, rares sont les élèves qui n’ont pas eu l’occasion de voir au moins une reproduction des dessins scientifiques de l’époque, détaillant les symptômes physiques des malades (en particulier les bubons !) et mettant en scène des médecins de peste aux terrifiants masques d’oiseaux. Entre 1347 et 1352, la peste noire a tué entre 30 et 50 % de la population européenne, faisant environ vingt-cinq millions de victimes. Si le souvenir de cette épidémie en particulier est aussi vif dans l’inconscient collectif plus de sept-cent ans après, c’est d’une part parce qu’elle a été particulièrement dévastatrice, mais aussi parce qu’elle est la première épidémie de l’histoire à avoir fait l’objet d’une description documentaire par les chroniqueurs contemporains et non plus seulement scientifiques.

Inévitables et imprévisibles, la plupart du temps traversées d’incertitude, de confusion et d’urgence, les périodes d’épidémies sont synonyme d’angoisse. La communication, notamment médiatique, est un enjeu crucial dans la gestion de ces crises. C’est particulièrement évident quand celle-ci échoue, en étant trop peu alarmiste par exemple, et retardant alors les contrôles sanitaires. Ce type d’erreurs dégradent fortement la confiance des populations envers les institutions de santé publique responsables, et génèrent des tensions sociales aux conséquences économiques et politiques désastreuses. Jean-Baptiste Fressoz fait un comparatif historique stimulant entre l’échec de la campagne de vaccination contre le virus H1N1 (la fameuse « grippe aviaire ») en 2009 et l’inoculation de la variole au XVIIIe siècle, en s’intéressant à la gestion des individus par l’idée de « risque ». Au-delà de la question de la gestion des corps, on peut se demander, en gardant à l’esprit l’échec fracassant de la communication sur la grippe aviaire, génératrice à la fois d’un climat d’angoisse et d’une vaccination marginale, les conséquences qu’aurait eues une mutation du virus H1N1 en un virus porteur de symptômes aussi graves que ceux de la variole…

Pendant des siècles, les stratégies de communication adoptées par les autorités publiques dans la gestion des épidémies de maladies infectieuses ont été fortement basées sur le déni et les grandes déclarations sensément rassurantes, suivies plus tard par des mesures de restriction s’imposant aux individus (quarantaine, isolation, hospitalisation obligatoire) et des sanctions sévères pour les personnes récalcitrantes. On observe depuis la Révolution Industrielle des efforts davantage concentrés autour de l’éducation et les messages prescriptifs. Néanmoins, force est de constater que c’est souvent dans l’extrême inverse que versent aujourd’hui nos sociétés contemporaines.
« Tout éclatement de pandémie ou flambée de maladie de grande ampleur devient rapidement un sujet brûlant d’actualité : la recherche se lance à folle allure, les résultats sont incertains, le traitement regorge parfois de détails saisissants, des mesures sont prises pour limiter la propagation. Une actualité débordante, venant trouver un terrain fertile, bien sûr, grâce à une dose de peur. » affirment Fang Xuanchang, Jia Hepeng et Katherine Nightingale sur SciDev.net. C’est dans les premières phases d’une épidémie que de nombreuses opportunités de « buzz » s’offrent aux journalistes. Avec des possibilités démultipliées d’interview de chercheurs et de médecins, et plus généralement la prédisposition des rédacteurs en chefs à publier des articles scientifiques en potentiel liens avec la nouvelle maladie, l’épidémie prend des proportions énormes dans le traitement de l’actualité sur une période donnée.
Il s’agit donc de trouver le juste équilibre entre une information efficace de la population relativement aux risques de la maladie en cours d’évolution, et le maintien d’un calme relatif. Dans un rapport de Médecins Sans Frontières sur une année de lutte contre Ebola, « peur » et « panique » sont les mots qui reviennent le plus fréquemment. « L’insistance des messages de prévention sur la gravité de la maladie a amené la population à penser que puisque celle-ci est toujours mortelle, il est inutile d’amener les malades aux centres de soins. Ceci, quand elle ne croyait pas, en plus, que les centres de soin accéléraient le décès » décrit Bernard Seytre dans une réflexion sur la stratégie de communication dans la gestion d’Ebola.

Mais malgré leur caractère globalement assez néfaste, il semblerait que la demande d’articles sensationnalistes soit bien réelle. Quelques heures à peine après le lancement d’alerte sur la propagation du virus Zika, le nombre de papiers sur la question était déjà vertigineux. « Zika : le monde en alerte face à cette épidémie mortelle » titre Le Figaro du 6 février 2016. Difficile de ne pas céder à l’inquiétude, ou au moins à curiosité face à un titre pareil. Alors on clique, on achète le magazine, et l’objectif est atteint. La question d’un traitement journalistique responsable des épidémies se pose alors légitimement. Expliquer les fondamentaux de la maladie, poser clairement l’état des connaissances scientifiques sur celle-ci, et d’emblée chercher à donner une certaine pertinence locale à une actualité internationale pour limiter les risques de diffusion peuvent constituer de premiers éléments de réponse.
Mariem Diané
Sources:
Sante-Afrique.fr
Scidev.net, comment communiquer sur une épidémie ou une pandémie,
Wikipédia, Peste noire
La vie des idées, Le risque et la multitude, Jean-Baptiste Fressoz, 16 mars 2010
Images:
Atlantico
AP Photo/Kyodo News
Democracy in Guina – Over Blog

NOTATION ETOILES
Société

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Noter… Pratique qui se développe d’abord en entreprise où les salariés sont gouvernés par des objectifs, puis évalués. Ce qui était limité à l’entreprise s’est ensuite insinué dans la société civile. Les gens se sont appropriés ce moyen de donner son avis, et avec eux est née une société de notation. Le numérique a permis de servir l’ambition du consumérisme, fournir une évaluation indépendante des biens et des services proposés.
Agréablement surpris **** / Sympathique *** / Peut mieux faire **
Une émission, un hôpital, un restaurant, un pays, un appartement, un film, un livre, un conducteur, un musée, un professeur, un élève et même une route. Aujourd’hui, tout le monde a des notes. Ces notes sont en général distribuées sous formes d’étoiles et se déclinent de plusieurs façons : avis, commentaires qui eux-mêmes sont jugés utiles ou non. Et oui, les notes des notes existent. Et nous notons également ceux qui notent. Omniprésentes sur le web, mais aussi dans les magazines, les émissions, ces notes ont un pouvoir énorme. Mais pour quelle légitimité ? Être noté par quelqu’un qui ne nous a pas compris, qui n’a pas les mêmes goûts que nous, ou qui simplement, s’était levé du pied gauche ce matin-là, est une grande source de frustration. Mais c’est la règle : tout le monde peut noter et se faire noter à son tour. Ainsi, cette société de notation diffuse, et c’est là sa légitimité, une logique méritocratique et démocratique. Si je m’estime satisfait, je donne une bonne note. Je suis personne, je suis tout le monde, j’ai le droit de donner mon avis. Hormis quelques exceptions, ces notes sont d’une apparente objectivité. Très appréciées des internautes, elles représentent un idéal de vérité, une expérience de consommation, un petit oasis de justice dans ce monde avide de profit … Ces formes d’évaluations donnent lieu à l’amélioration de produits, les producteurs prenant au sérieux ces évaluations et essayant de satisfaire leur consommateur. Ainsi, les notes peuvent être le reflet d’une démocratie et d’une méritocratie poussée à l’extrême. Mais à chaque extrême sa dérive.
La guerre des étoiles
Certains milieux sont soumis à une grande pression et notamment l’hôtellerie et la restauration, dont les notes et les avis agissent directement sur leur bon fonctionnement (le célèbre guide Michelin a dévoilé il y a quelques jours ses nouvelles critiques et étoiles, qui feront la gloire ou non de quelques centaines d’hôtels et de restaurants). Dans tous les milieux, les notes ont des effets sur les ventes. Les systèmes de notations sont présents dans la majorité des sites de e-commerce et bouleversent certains secteurs comme le tourisme, obligé à présent de compter avec la prise de parole des consommateurs. TripAdvisor, par exemple, collecte et publie les avis et conseils de touristes et connaît un succès énorme.

Les notes sur internet deviennent le nerf de la guerre. Elles apportent à l’entreprise une publicité gratuite, lue et jugée véritable. Les meilleurs commentateurs, ces poules aux œufs d’or … Ce sont ces internautes qui laissent beaucoup d’avis et de notes positives. Les entreprises, présentes sur des sites comme Amazon (dix avis postés chaque minute dans le monde), ne les paient pas (ah l’éthique…) mais les couvrent de cadeaux. Elles s’offrent ainsi l’assurance d’une bonne publicité, pérenne, efficace et gratuite. Les notes apportent la gloire, la reconnaissance et le travail.
Ce pouvoir notable entraîne bien d’autres névroses. Les entreprises suppriment les mauvaises notes, en laissent des bonnes, engagent des cabinets d’e-réputation pour veiller à être toujours bien notée. Derrière la notation se cache un autre enjeu : la visibilité sur le web. Une bonne évaluation entraîne automatiquement une meilleure visibilité, synonyme de profit pour l’entreprise. Névrose contemporaine du rendre visible, logique perverse qui fait que nous recherchons la certification de la qualité plus que la qualité elle-même. Petit outil surprenant que les notes.

Surveiller, punir, noter …
La logique de l’évaluation va au-delà des sites marchands. Le fait de rendre visible des gestes, des actes ou des expériences par des notes entraîne tout à chacun dans une logique compétitive. Se sachant possiblement en danger, possiblement noté, et possiblement jugé, et sachant que cela peut être rendu visible, les entreprises repoussent leurs limites et s’engagent dans une course effrénée à la bonne note. Dans l’entreprise, les sanctions sont réelles et perceptibles : perte d’un travail, perte de confiance, redoublement à l’école. Sur la toile, et pour les autres entreprises, la sanction est plus insidieuse. Un hôtel ou un restaurant qui perd une étoile sur TripAdvisor sera moins bien répertorié et verra son chiffre d’affaire chuter, punis par les notes qui se révèlent être un instrument de tri, de hiérarchisation et de contrôle. Par exemple, sur l’application Uber, il est possible de noter les conducteurs et les clients en attribuant de une à cinq étoiles. Uber explique ce système par le fait que la notation permet de s’assurer que passagers et chauffeurs sont respectueux les uns des autres. Tout comme le conducteur peut subir des sanctions si ses avis sont négatifs, il peut également refuser la course d’un client ayant une mauvaise réputation … Surveillés et punis!
 

Notes : enfants d’une société malade ?
Ebay est le premier à reprendre ce système de notation pour l’appliquer à son site de vente en ligne, pour évaluer les vendeurs et avoir confiance dans l’achat. Le début de cette épidémie notoire est donc lié à la confiance, ou plutôt la méfiance. Globalisation, interconnexion, externalisation, délocalisation : des mots qui font toujours peur et qui font le nid du scepticisme. Si les notes connaissent un tel succès aujourd’hui, c’est parce qu’elles permettent a priori de s’assurer que la personne avec qui on est en contact – pour vendre, acheter, échanger – est fiable, bien notée. Et puisqu’on aime pouvoir se rassurer en choisissant un covoitureur cinq étoiles, on fait de même et on note. Certains moyens de notation restent secrets et parfois douteux, comme l’algorithme de Tripadvisor. Mais tout va bien, car tout le monde a en moyenne quatre étoiles sur cinq.
 

Victoire Coquet
Sources :
France Inter
Liberation
Crédits images : 
Astronoo.com
Capture d’écran
Ladepeche.fr

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SPORT
Société

Bienvenue en Corée du Sport

Quelque soit la période de l’année, tout le monde a la même résolution : faire du sport, perdre deux kilos, manger mieux etc. Le dictat du corps parfait est intact. Dans toutes les grandes villes de France fleurissent les offres à moindre coût pour aller bouger son c…
Le sport pas sport

Suite à la rencontre des prints Neoness, réseau de salles de sport low cost, la question suivante s’est posée : comment une salle de sport peut-elle présenter des « égéries » aussi peu attirantes ? Outre la volonté de jouer sur le « bad buzz »  les campagnes des centres de fitness des grandes métropoles se veulent drôles, percutantes voire cyniques dans le but marquer les esprits. Néanmoins, elles sont révélatrices d’une névrose de notre époque, qu’il n’est pas de bon ton de trop questionner.
Sport pour tous
Cette pub fait échos à celles de McDonald’s. L’idée : pas de chichis chez nous, « venez comme vous êtes ». Au contraire des boites de nuits, chez Neoness, dans tous les cas « tu rentres ». Pourtant, qui veut se reconnaître en cet homme en surpoids, portant un tutu et une baguette magique ? Qui sentira son estime regonflée par la possibilité d’intégrer sans encombre dans un club de fitness, à défaut d’être admis dans un night club… ? Etrange stratégie de la part de ces centres de fitness que de ne pas essayer de séduire et mettre en valeur son potentiel client, qui pourrait aller jogger gratuitement dans un parc. A croire que tout est permis, tant nos concitoyens ont l’obligation d’être beaux, fermes et sveltes.
Mais est-ce bien normal de se laisser parler ainsi ? Au programme : de l’impératif, du tutoiement, des slogans provocateurs. Autant de formules que d’incitations à suivre ce dictat du corps parfait.
Une mythologie contemporaine
Cependant derrière son second degré, la campagne tombe dans un écueil bien commun de notre époque, celui de marginaliser et stéréotyper un type d’individus. Ici, ce sont ceux partageant la caractéristique physique du surpoids qui sont montrés, voire moqués sournoisement. Et ce genre de publicités ne choque pas vraiment le citoyen lambda, tant le standard de beauté est devenu mythique, au sens barthésien. La tactique de Neoness n’est pas un flop, au contraire. (screen shot de twitter #neoness) En exposant en filigrane que le sport n’est pas toujours glamour, et qu’il n’y a pas que des jeunes filles mannequinesques dans les salles, il marquent un point. Ils ont pris le parti de ne mettre aucun miroir, de quoi attirer les moins à l’aise avec leurs reflets. Les corps imparfaits sont donc dissimulés, comme un tabou … Le mythe du corps parfait et par capillarité de l’exercice physique obligatoire n’est plus jamais remis en question, ce qui permet aux publicitaires une liberté presque absolue. Ce genre de campagne aurait-elle pu avoir lieu il y a cinquante ans, ou en zone rurale ? Pas sûr.

Pas d’excuse…?
Dans la campagne Club Med Gym, le hashtag « #pasdexcuse » en dit long. Comme s’il était inconcevable et inexcusable de ne pas faire de sport. Mais au fond qui nous adresse cette apostrophe comme un rappel à l’ordre ? En dehors du fait que la science a prouvé que l’activité physique était bénéfique pour la santé, quelle instance a le pouvoir de classification, de définition et de jugement ?
De plus, ces petits génies du marketing ont complètement ignoré les individus qui ne correspondaient pas à leur clients cibles. Ceux qui ne peuvent pas faire de sport, pour des raisons de santé par exemple. Ou tout simplement ceux qui n’ont pas les capacités ou le courage de courir un marathon ! Peuvent-ils être excusés ?
 

« Femme, femme, être une femme »
Une énième fois dans l’histoire de l’analyse de l’actualité communicationnelle, nous allons souligner ô combien les femmes sont présentées comme des coquilles vides, et ô combien elles sont souvent les premières à pâtir des travers de la société.

Le comble de la vanne est atteint dans la communication des centres de remise en forme X-Fit , où l’on peut voir des images de ventres poilus d’hommes « enceints ». Evidemment, rien de méchant au premier abord, car le slogan « arrêtez de vous mentir » est assez drôle… Mais le parallèle avec la maternité reste douteux, dans la mesure où ces ventres gonflés d’une mauvaise hygiène de vie et de longs mois de paresse néfaste sont présentés comme quelque chose d’éminemment disgracieux à éliminer.

Cette affiche très esthétisée présente une jeune femme souriante et sûre d’elle, qui nous regarde dans les yeux, et affirme « J’ai les yeux de ma mère. Pour le reste c’est Club Med Gym ». Ce message sous entend que la confiance en soi si visible chez cette femme découle de la satisfaction de son corps. La beauté ne serait qu’affaire d’entretien physique ? La formule « tout le reste » ne renvoyant qu’à son corps, la femme se voit (à nouveau) réduite à son enveloppe, à sa soumission au culte du corps, puisqu’elle n’est de toute façon rien d’autre qu’un objet de désir…
Bis repetitas
Ce qui est bizarre en écrivant ces lignes, c’est d’envisager que ces phrases ne résonnent plus. Que certains se disent « encore un truc féministe, on sait, c’est pas cool pour les filles ». Difficile de comprendre ce qui s’est passé pour que l’on se détourne de ces questions, alors que nous avons les clefs de lecture et les outils pour changer la donne. En plus du sexisme inhérent, ces publicités laissent penser que nous tendions vers une société uniformisée, où l’originalité elle-même s’est standardisée. La différence, soit-elle visible ou privée, est toujours plus violemment rejetée. Comme les salles de sport américaines Equinox l’affichent « My body, my biography » : il est donc recommandé d’être « normal » à l’intérieur et à l’extérieur pour vivre en paix. Ce qu’on peut se demander à la vue de toutes ces publicités, n’est pas simplement « est-ce normal de ne plus contester la marginalisation d’un type social (des « gros » des « moches », etc.) ? », car la réponse est évidente, mais bien « est-ce normal de ne plus contester l’uniformisation ? »
Julia Lasry
Sources :
Alix Leridon. « Bad Buzz bad buz whatcha gonna do? » in FASTNCURIOUS.
PARISCOMLIGHT
Femina
Crédits images :
Minute buzz
Twitter
X Fit
Club Med

Société

Twitter, de liberté à despotisme ?

Natifs des années 90, sommes-nous déjà dépassés ? C’est l’impression que bon nombre d’entre nous pourrait ressentir face à Twitter. Pour nous, ce réseau social n’a longtemps été qu’une alternative sans intérêt à Facebook, utilisée principalement par nos petits frères de l’an 2000 qui y écrivaient sans retenue ce qui leur passaient par la tête. Pourtant, si en ce début 2016 toutes les entreprises, marques et personnages publics sont sur Twitter, c’est que son pouvoir d’influence est reconnu. A l’heure où même le gouvernement s’exprime en tweets, une question mérite d’être posée : Quelle place occupe Twitter dans le développement de l’identité des marques ? Focus sur sa puissance infinie.
Un réseau social décomplexé
Les « twittos » expriment leur avis sur tout, de la météo aux programmes télé, n’hésitant pas à être moqueurs ou à montrer leur désaccord sur tel ou tel sujet. Sujet qui se situe le plus souvent dans l’actualité de masse, du moins en ce qui concerne les tweets qui font le buzz. Là se cache d’ailleurs le secret du pouvoir dangereux de Twitter : la liberté totale, sans aucun scrupule, d’expression. En 140 caractères et sans autre forme d’analyse, les utilisateurs lambda n’hésitent pas à donner leur avis sur le dernier discours du premier ministre, ou encore la dernière campagne publicitaire de telle entreprise. D’ailleurs, le but de Twitter est initialement de pouvoir partager rapidement les derniers faits d’actualité : les twittos cherchent ainsi à faire le buzz en écrivant avant les autres le jeu de mots, la réflexion, la tournure de phrase qui collera parfaitement avec une situation du quotidien, ou bien le tout dernier scoop.
Un tweet qui réussit à faire le buzz, c’est un tweet qui fait rire par son sarcasme, auquel les utilisateurs du réseau social s’identifient. Un bon tweet réunit les twittos autour d’une pensée générale, dans la logique du « on est tous dans le même panier et on se serre les coudes ». Les entreprises ont vite compris comment exploiter cette tendance, de sorte que nous pouvons être certains que chaque grande entreprise, soucieuse de maîtriser son identité de marque, possède aujourd’hui son compte Twitter géré par une équipe de community managers. En twittant, l’entreprise interagit en effet directement avec ses potentiels clients ou collaborateurs, et renvoie ainsi une image d’entreprise moderne et soucieuse de répondre aux besoins de ceux-ci. En plus de mieux cibler ses consommateurs et leurs attentes, être active sur Twitter permet également à l’entreprise d’y contrôler son image…

Cauchemar des entreprises
Le problème, c’est que les twittos n‘hésitent pas à râler s’ils ne sont pas satisfaits, et que certains hashtags créés deviennent rapidement viraux, ternissant ainsi devant la twittosphère entière l’image de telle ou telle entreprise. Voulant alors re-fidéliser leurs consommateurs et redorer leur image, les entreprises suivent de très près les hashtags populaires les concernant, et s’en inspirent directement pour modifier une campagne, un produit, et même leur politique. Pensons au récent énorme scandale, sous le nom du hashtag #wheresrey, qui s’est produit sur Twitter. Suite à la sortie du film Star Wars VII, de nombreuses photos des rayons jouets ont circulé sur le réseau social. La raison ? Parmi tous les produits dérivés du film, presque aucun d’entre eux ne fait référence à la nouvelle héroïne de la saga, Rey. L’exemple le plus frappant est l’absence de Rey dans le jeu de Monopoly produit par Hasbro.

Les twittos ont dénoncé un sexisme rétrograde de la part des industriels du jouet et ceux-ci, ayant pris conscience de l’ampleur des dégâts, se sont emmêlé les pinceaux dans des excuses et des explications qui ne tiennent pas la route. Hasbro a finalement annoncé qu’une nouvelle vague de jouets, notamment de Monopoly, serait bientôt disponible avec, cette fois-ci, Rey bien présente (ce qui serait la moindre des choses).

Lucasfilm a d’ailleurs retardé la sortie de Star Wars VIII à mai 2017 afin de pouvoir y développer davantage l’importance du rôle de l’héroïne… Ainsi, si les twittos ont le pouvoir de faire plier Lucasfilm, on peut penser qu’ils ont un certain pouvoir de décision sur n’importe quelle entreprise.
Les bourreaux des plus grands, 53% d’adolescents ?
Plus de la moitié des utilisateurs de Twitter sont des adolescents. Des enfants de 12-13 ans dirigeraient alors le monde du business ? Pas exactement. Très actifs en matière de tweets et de création de hashtag viraux, les adolescents de Twitter ont une influence énorme sur ce dont ils sont consommateurs, comme certains programmes télé ou les producteurs de jeux vidéo. C’est ainsi qu’après avoir en septembre 2014 dit que ceux qui jouaient aux jeux vidéo « n’avaient rien d’autre à foutre de leur vie », l’animateur de Canal+ Antoine de Caunes avait dû trois jours plus tard s’excuser publiquement d’avoir tenu de tels propos. Ou alors que Microsoft a dû en 2013 revenir sur certains aspects de la Xbox one (notamment la connexion obligatoire à Internet) après sa commercialisation.
Alors les twittos, des despotes 2.0 ? Le terme est un peu fort, surtout qu’ils seraient plutôt des despotes inversés puisque ici, c’est la masse qui réussit à influencer et faire changer d’avis les « puissants » que sont les grosses entreprises. Sur Twitter, la démocratie a atteint son paroxysme : la masse fait peur et a le dernier mot. Les marques n’imposent plus leur produit à un public passif, mais s’adaptent aux caprices de ce public. Cependant, ne nous réjouissons pas trop vite : nous parlons là d’entreprises ou de personnages publics qui s’inspirent de Twitter pour construire leur identité de marque. Les vrais despotes, eux, n’ont que faire des hashtags les concernant, aussi viraux soient-ils.

Camille Pili
LinkedIn
Sources :
L’Obs, Xbox one: le grand cafouillage de Microsoft, 23/05/2013 
XboxFrance.com, XBOX one: la polémique sur les jeux d’occasion, 20/09/2013 
Le Figaro, Xbox one: face à la colère des joueurs, Microsoft fait marche arrière, 20/06/2013
Vidéo YouTube: CRUSOE 3 – Ep.18 : L’AVIS D’INTERNET ! – Fanta et Bob dans Minecraft
Syfantasy.com, Du Where is Rey au report de Star Wars VIII: Lucasfilm aurait-il sous estimé ses personnages ? 

Société

État d'urgence… atmosphérique

Que diriez-vous d’un monde où la conversation avec la voisine de palier ne porterait plus sur le temps qu’il fait, mais sur le taux de particules polluantes dans l’air prévu pour la journée ?
Ce scénario, qui semblerait post-apocalyptique pour un Français non-averti, est pourtant en train de se dérouler juste de l’autre côté du continent eurasiatique. Chaque matin, nombreux sont les Chinois qui consultent l’application « Air Quality China », indiquant le taux de PM 2,5 dans l’air, c’est-à-dire la quantité de particules polluantes mesurant moins de 2,5 micromètres de diamètres.
1, 2, 3…soleil ?
Cette habitude n’est pas qu’une nouvelle lubie originale et exotique, mais nécessaire à la survie des citadins chinois, quand on sait que des centaines de milliers de morts* sont, chaque année, imputées à la pollution en Chine. Ironie du calendrier, c’est pendant la COP 21 que Pékin a dû lancer, pour la première fois, une « alerte rouge » à la pollution atmosphérique. La densité de PM 2,5 avait atteint plus de 500 microgrammes par mètre cube, alors que l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) recommande un plafond moyen de 25 microgrammes par mètre cube pour 24 heures. En d’autres termes, la capitale chinoise avait un taux de ces petites particules particulièrement dangereuses pour la santé près de 20 fois supérieur à la quantité tolérée.

Même si l’urgence de la situation est bien visible dans une ville où le soleil n’apparaît plus, l’accoutumance au phénomène est un véritable danger. Comment faire prendre conscience à la population chinoise qu’il est temps de réagir ?
(Fausse) bonne idée n°1 : utiliser la variable « prix »

Soldes : pour tout masque de protection acheté, une bouteille d’oxygène offerte !
La théorie économique néoclassique repose sur une théorie de la « valeur-utilité »**. En d’autres termes, tous les biens qui subissent une utilité et une contrainte de rareté, possèdent une valeur, donc un prix. Aussi quantité et prix sont-ils fortement corrélés : grossièrement, plus un bien est rare, plus le prix est important.
Dans un pareil contexte où l’air, élément nécessaire à notre survie, vient à manquer, quelques acteurs ont pu flairer l’opportunité. C’est ainsi qu’un restaurant de la ville de Zhangjiagang (Chine) ajoute une taxe d’un yuan par consommateur (environ 15 cents) pour l’air pur respiré. Vitaly Air, quant à elle, est une entreprise canadienne qui met en vente des bouteilles d’oxygène sur le marché chinois. Ces bouteilles d’air pur et frais de montagne auraient pour vertu de « booster la vitalité » (Enhancing Vitality) de ses utilisateurs.

Si on suit la logique néoclassique, le fait même de taxer ou de mettre en vente l’oxygène devrait mettre la puce à l’oreille des Chinois sur la raréfaction de l’air. Bien que des doutes sur l’efficacité de la communication par le prix semblent légitimes.
Bonne idée n°2 : le docu qui s’indigne, classique mais efficace
« Crie-le bien fort, use tes cordes vocales ! »***
Chai Jing, connue en tant qu’animatrice et reporter d’investigation phare pour la télévision d’État chinoise, quitte son poste de journaliste en 2013 après qu’elle a appris que l’enfant qu’elle portait devait être opéré d’une tumeur dès sa naissance, en grande partie à cause de la pollution atmosphérique. Elle décide de réaliser et d’autofinancer un documentaire pour attirer le regard de millions d’internautes sur le problème.
Le 28 février 2015, elle met en ligne son documentaire « China’s Haze : Under the Dome » (« La Chine dans la brume, sous le dôme »), qui mêle discours scientifiques, preuves statistiques, et anecdotes personnelles.

En l’espace de 24h, la vidéo est visionnée plus de 30 millions de fois**** et donne lieu à une vive agitation sur les réseaux sociaux chinois (en particulier WeChat, le réseau social le plus populaire en Chine). Outre l’inquiétude due à la pollution atmosphérique, cet engouement pourrait bien être significatif de la perception des Chinois sur les médias traditionnels. La réception du documentaire semble montrer que les Chinois cherchent sur Internet des informations que les médias traditionnels traiteraient de façon tempérée.
Mais le documentaire n’aura échappé à la censure du gouvernement que pendant trois jours de diffusion. Faut-il déplorer cette prohibition étatique ? N’a-t-elle pas justement, paradoxalement, permis de toucher un plus large public en faisant réagir les hautes instances gouvernementales de manière si radicale ?
Bonne idée n°3 : la créativité pour communiquer
D’autres voix émergent, à travers une communication originale et surprenante, pour dénoncer les conditions environnementales du pays. Ainsi, non loin de Shanghai, un collectif d’artistes et de militants s’est insurgé contre une pratique agricole répandue et évitable, qui génère une grande quantité de fumées noires. Si la paille peut avoir de nombreuses utilités (nourriture, engrais, matériau de construction), les agriculteurs ont l’habitude de la brûler à la fin des moissons, ce que le groupe d’artistes déplore par des œuvres créées à partir de ces « déchets » de paille.

Dans le même sens et bien qu’elle s’inscrive peu ou prou dans la tendance du greenwashing, la campagne de communication Breathe Again (Respirez à nouveau) lancée par une entreprise de systèmes de purification d’air, vise également à dénoncer la pollution en Chine. Les fumées d’usine qu’elle dénonce servent de support pour projeter des visages d’enfants, suffocants ou en pleurs.

Certes ces dénonciations sont prenantes et décalées, mais c’est une fois encore le relais des réseaux sociaux qui permet de rendre ces communications efficaces en touchant un large public.
Bonne idée n°4 : on n’demande qu’à en rire !
Juste pour le plaisir, la publicité pour les chauffe-eau écologiques de la marque Sakura, pointe le problème de pollution…de manière légère et décalée !

Sakura Musle 0514 from J. Walter Thompson Asia Pacific on Vimeo.

 
Aline Nippert
@AlineNimere
* D’après Les Echos
** Théorie subjective de la valeur chez les marginalistes (Walras, Jevons, Menger)
*** Issue de « L’hymne de nos campagnes », de Tryo
****D’après  Rue 89
Sources: 
– Mr Mondialisation

Des chinois utilisent la fumée des usines comme écran géant pour dénoncer la pollution


– Konbini
http://www.konbini.com/fr/tendances-2/chine-oxygene-luxe-commercialise/
– L’ADN
http://www.ladn.eu/actualites/pour-reduire-emissions-co2-prenez-vos-douches-2,article,27801.html
Crédit images: 
 
Vitalyair.com 
Mr Mondialisation 
France TV Info 

Société

Les réseaux sociaux: le Panthéon 2.0 ?

Janvier 2016…Hécatombe parmi les célébrités. Personne n’a pu échapper au calendrier funèbre de ces dernières semaines : 12 morts en deux semaines !
La musique perd l’incontestable ponte, David Bowie, mais aussi des membres de groupe de rock tels que Lemmy Kilmister (Mötorhead), et Glenn Frey (The Eagles), ainsi qu’une figure nationale avec Michel Delpech. Le monde de la mode s’émeut du décès d’André Courrèges et la littérature française de celui d’Alain Tournier. Le cinéma salue les carrières de Michel Galabru, acteur français populaire, du réalisateur italien Ettore Scola, et de l’acteur anglais Alan Rickman (Severus Rogue dans Harry Potter). La presse people, quant à elle, rend hommage à René Angelil, célèbre époux de Céline Dion.
D’ores et déjà, l’énumération de ces décès implique une typologie forte que l’on retrouve sur les réseaux sociaux, articulés autour de deux valeurs évidentes : la proximité et la notoriété. Elles déterminent toutes deux l’importance de la couverture médiatique. Plus un artiste est ancré nationalement, plus les médias nationaux vont relayer son décès. Et plus un artiste est mondialement connu et reconnu, plus sa mort va susciter de fortes réactions. La mort d’une personnalité célèbre peut donc être perçue comme un tremblement de terre médiatique dont les répliques sont essentiellement visibles sur les réseaux sociaux.
Le buzz médiatique
La mort d’une personnalité publique a, depuis que les médias existent, une importance sociale majeure. Les médias se chargent de l’annonce du décès et saturent les espaces médiatiques d’articles, de reportages et de témoignages en tout genre. Fort de leur étymologie, ils assurent le relais entre l’audience et les hommages rendus par les personnalités publiques. Un deuil national est comme amorcé par les médias au moment-même où l’information du décès est catapultée au sein de la population. Il y a quelques années encore, le buzz médiatique était provoqué par les journaux et la télévision (on se souvient de la retransmission à la télévision d’enterrements spectaculaires, comme celui de Claude François)

Les obsèques de Claude François – Archive INA par ina
 
De nos jours, les nouvelles technologies et les réseaux sociaux poursuivent cette trajectoire d’interpénétration entre public et intime, en faisant du décès des célébrités un évènement collectif dont on ne peut échapper et auquel tout le monde peut participer. Deux chercheurs américains, Horton et Wohl, ont dans les années 1960 tenté d’expliquer la relation privilégiée créé par le média (télévision notamment) entre la célébrité et l’audience grâce à la théorie des « interactions parasociales ». Les réseaux sociaux n’ont fait qu’amplifier ce phénomène puisqu’à travers le profil faussement spontané des stars, nous avons l’impression d’entretenir avec eux une relation de face-à-face. Il n’est donc pas étonnant que leur mort suscite un trouble chez certains. Mais l’effet de buzz est intéressant car l’émotion est rapidement déplacée de l’annonce du décès aux réactions engendrées par ce décès. On est touché de voir les autres touchés. Il y a comme une injonction dans ce tapage médiatique : « Toi aussi, tu dois te sentir concerné ! » La mort engendre une amplification de l’échange et du social sur un même thème commun. La facilité avec laquelle on peut liker, approuver, partager un hommage ou une pensée sur les réseaux sociaux conduit inévitablement à un buzz médiatique important. Ainsi, les réseaux sociaux, Facebook en tête de liste, ont permis aux internautes de n’être plus
seulement spectateurs mais aussi acteurs de ce buzz. Les hommages affluent, les Fandoms (communautés de fans) produisent de la matière médiatique et la population se fait auteur de l’information. La viralité des trois sigles « R.I.P. » (Rest In Peace/Repose En Paix) témoigne de cette nouvelle forme de deuil collectif, apparemment consensuel. Pour David Bowie, ce n’est pas moins de 3 millions de tweets comptabilisés en 4h !
Le tweet ou l’épitaphe 2.0


«Je n’ai jamais imaginé un monde sans lui. Il est monté dans le cosmos, d’où il venait. Au revoir David Bowie»
Des nouveaux héros collectifs
Il semblerait que le décès d’une personnalité publique conduise à une résurgence de l’Histoire : dans un premier temps parce que l’on prend conscience que, non, cette célébrité de mon enfance n’était en fait pas immortelle et dans un second temps, parce que sa mort s’immisce dans notre temporalité intime à travers un passé désormais consacré comme souvenir. La mort d’une personnalité semble donc secouée nos repères et peut-être est-ce l’une des raisons pour laquelle le buzz émotionnel paraît consensuel. La mort d’Alan Rickman a suscité de vives émotions, essentiellement pour son rôle de Rogue dans Harry Potter qui est non seulement la source de multiples Fandoms mais aussi la fiction de toute une génération. Les réseaux sociaux, à travers les hommages rendus, paraissent intronisés unanimement la personnalité décédée en vantant ses mérites et ses qualités aux yeux de tous. On assiste à la création de nouveaux mythes par les médias et par les internautes, chacun se relayant l’un l’autre. Libération a, par exemple, pointé du doigt l’emballement médiatique autour de prétendus dons posthumes de David Bowie à un organisme contre le cancer. Il s’est avéré que c’était une fausse information née du buzz médiatique. Le réseau social apparaît alors comme un nouveau Panthéon 2.0 dans lequel la personnalité publique est louée par une communauté nouvelle et universelle.
Une démocratisation de l’hommage ?
Cette nécrologie et cette cérémonie funèbre 2.0 reprend ainsi les codes des rites funéraires qui entouraient déjà les célébrités (2 millions de Parisiens avait suivi le cortège funéraire de Victor Hugo en 1885 !), c’est un mouvement de foule systématisé et amplifié sur les réseaux sociaux. Elle donne l’illusion d’une cohésion autour du deuil dont internet se fait l’exutoire. Mais, pourtant, les internautes ne sont pas tous touchés au même degré, ils ne sont même pas forcément tous touchés, simplement l’adhésion est en quelque sorte forcée ou induite par le « réseau ». Via le buzz, il pousse à jouer de l’émotion, mais il donne aussi la parole aux hommages plus privés et personnels. En cela, l’hommage est fortement démocratisé. Mais démocratisation ne rime pas nécessairement avec unanimité, ainsi, les hommages ne touchent véritablement que les initiés, et bon nombre de gens échappent au buzz médiatique engendré par le décès. D’autres profitent de ce buzz pour s’en amuser, comme un retour du réseau social sur lui-même. L’hécatombe de Janvier, puisque quasi absurde, a ainsi amusé beaucoup d’internautes :


On le savait : la vie d’une personnalité publique appartient un peu à tout le monde. Désormais sa mort aussi, puisqu’elle crée un consensus médiatique plus important encore que lorsque la célébrité était en vie. Exposé à tous, le décès devient une nouvelle et dernière occasion aux internautes de commenter, saluer, critiquer, examiner l’existence d’une personne qu’ils auront souvent admiré. Peut-être est-ce en connaissance de cause que la mort de David Bowie a été annoncée en premier sur sa page Fan Facebook, comme si lui-même s’adressait une dernière fois directement à ses fans du monde entier.
Emma Brierre
Linkedin
Sources :
http://communication.revues.org/3530
https://questionsdecommunication.revues.org/2631?lang=en#tocto2n2
http://www.topito.com/top-tweet-hecatombe-people
 
 

Euronews
Société

Muselière obligatoire pour médias dangereux

Après s’être attaqué au tribunal constitutionnel, réduisant à quasi néant ses pouvoirs, le gouvernement polonais en place depuis le 25 octobre dernier s’est trouvé une nouvelle cible: les médias. Le but ? Museler les contre-pouvoirs en place en Pologne, au grand dam de Bruxelles et du modèle européen de démocratie libérale.
Quand repoloniser rime avec coloniser
Au pouvoir depuis le 16 novembre dernier, le parti conservateur PiS “Droit et justice”, emmené par Jaroslaw Kaczynski, ne perd pas de temps. En effet, deux réformes, hautement controversées ont vu le jour en l’espace de deux mois: l’une concerne le Tribunal constitutionnel, l’autre se lance à l’assaut des médias. Le 30 décembre, le président Andrzej Duda a promulgué une loi qui se décline en trois points: la nomination des dirigeants des médias publics par le ministre du trésor, la suppression du principe de mandat à durée déterminée et enfin la suppression des concours ouverts pour désigner les patrons des médias.
Le PiS suit tout simplement son programme de “repolonisation” de la presse, qui consiste à arracher les médias publics à leurs financeurs étrangers, notamment allemands. Ces mêmes médias publics deviennent alors des institutions culturelles nationales, soumises au contrôle des autorités gouvernementales.
La Pologne opère un glissement vers une démocratie autoritaire, sans pour autant que l’on puisse qualifier la prise de pouvoir du PiS de “coup d’état”, puisque le résultat émane des urnes. Le message sous-jacent est limpide pour les opposants: les médias sont maintenant les petits soldats du gouvernement.
Sous prétexte de libérer la Pologne d’un vieux joug allemand, qui se manifeste aujourd’hui par le financement des médias, le PiS au pouvoir s’autorise à franchir les limites. Pour l’intérêt de tous à long terme, le gouvernement n’hésite pas à bafouer les principes à la base du modèle de démocratie libérale. Ainsi, le PiS et son programme de “repolonisation” est parvenu à gagner le coeur de ces électeurs qui souffrent de la pauvreté et d’une industrie qui peine à s’imposer sur la scène européenne.
Touche pas à mes médias

Les conséquences n’ont pas tardé à pointer le bout de leur nez: Kamil Dabrowa, patron de la radio publique polonaise Radio Jedynka, s’est vu être destitué de ses fonctions pour avoir contesté la série de réformes sur les médias publics. Il avait en effet pris le parti de diffuser l’hymne européen sur son antenne, afin de dénoncer la politique restrictive du pouvoir en place.
Il n’est pas le seul à avoir fait les frais de cette nouvelle loi, Jacek Tacik, reporter sur la première chaîne de télévision publique polonaise, n’a pas tardé à recevoir sa lettre de licenciement. Le motif ? Sur le papier, un renouveau de la télévision publique dans lequel il n’a pas son rôle à jouer. Dans les faits, Tacik est l’auteur d’un reportage sur les migrants en Hongrie, suite auquel il avait été agressé par la police hongroise, le sujet étant plus que sensible dans le pays. Seulement voilà, avec le nouveau parti au pouvoir, la Pologne s’est faite l’alliée de la Hongrie, et Tacik en subit les conséquences.
Le gouvernement considère que les médias ne répondent plus aux attentes de la population polonaise. Le ministre de la culture, Krzysztof Czabanski, explique que ceux-ci ne se sentent plus en phase avec les journalistes, qui arborent souvent un ton moqueur. Comble de l’ironie, l’objectivité des médias publics est elle aussi remise en cause, par ce gouvernement qui veut avoir le contrôle de l’information. Le contrôle serait meilleur garant de l’objectivité que la liberté ? C’est en tout cas ce que veut nous faire croire le PiS.
Ces licenciements abusifs constituent une atteinte directe à la liberté d’expression, qui était pourtant l’un des plus gros succès de l’après 1989 dans le pays. La transmission des savoirs et de l’information en général, pour laquelle les médias sont missionnés, est maintenant biaisée par la mainmise de PiS sur ceux-ci.
Plusieurs manifestations pour lutter contre la réforme sur les médias publics ont déjà eu lieu à Varsovie, et si elles ne semblent guère avoir stoppé les ultra-conservateurs au pouvoir, elles peuvent se targuer de s’être faites entendre à Bruxelles, siège des institutions de l’Union européenne.
L’Union Européenne comme dernier rempart
Cette atteinte à l’une des libertés fondamentales n’a pas manqué de faire réagir l’Union Européenne, qui en a même profité pour redorer une image un tant soit peu écornée ces derniers temps. L’instance apparait pour les contre-pouvoirs polonais comme le symbole de la démocratie et de la liberté. Bruxelles a convoqué le Président polonais en grande pompe ce 13 janvier afin qu’il s’explique sur les dernières lois promulguées dans son pays. Le leader du parti a du, lui, défendre sa politique le 19 janvier. L’union européenne estime que le respect de l’Etat de droit, et donc de la démocratie, est directement remis en question par les gouvernants polonais.
Si pour l’instant aucune sanction n’est tombée, Bruxelles pourrait bien mettre en marche une procédure pour atteinte à l’Etat de droit.
Pourquoi alors une réaction si rapide et parfois jugée trop dure? D’abord, parce que la Pologne marche sur les pas de la Hongrie. En effet, le président hongrois Viktor Orbàn a lui aussi muselé la presse dans son pays, et l’Union européenne a trop tardé à réagir. Maintenant, elle se trouve face à deux alliés et est donc dans l’impossibilité de priver la Pologne de son droit de vote au sein de l’organisation. Mais encore, Bruxelles sait que les défenseurs de la liberté des médias publics en Pologne comptent sur elle, preuve en est que les manifestants arboraient les couleurs du drapeau européen dans les rue de Varsovie. Aujourd’hui menacée par les aspirations nationalistes de certains pays de l’Europe de l’Est, l’Union européenne redore son blason et s’approprie des valeurs de liberté et de démocratie qui lui avaient presque été retirées.
L’Europe saura-t-elle remettre ses petits soldats sur le droit chemin ?
Manon DEPUISET
LinkedIn 
@manon_dep
Sources:
Le Figaro, La rue polonaise manifeste pour « des médias libres », 10/01/2016
Le Monde, Tribunal constitutionnel, médias: les réformes controversées menées en Pologne, 18/01/2016
France TV Info, Pologne: les conservateurs au pouvoir mettent les médias au pas, 19/01/2016
Crédits photos:
Euronews
La Croix

Société

(1) Nouveau message de Dieu

Non, ceci n’est pas une énième intervention des témoins de Jéhovah,  je ne chercherai pas à influencer un quelconque point de vue religieux, j’ai bien trop peur de toute représaille miraculeuse. Mais parce qu’aujourd’hui religion rime avec communication, il semble que la modernité technologique touche directement la foi. Nos réseaux de partage se présentent alors comme un outil éminemment pertinent dans une logique de mise en relation, d’échanges et même d’évangélisation. Mais est-ce toujours en accord avec l’éthique inculquée par la morale religieuse souvent basée sur la discrétion ? Tour d’horizon des cieux 2.0.
I believe i can tweete
Sœur Nathalie Becquart, spécialiste des réseaux sociaux pour l’Eglise de France, affirme que ce serait dans la nature de la religion catholique de communiquer, Dieu étant trinitaire donc communication en Lui-même. Les versets courts de la Bible, sont parfaitement appropriées et adaptables aux modalités d’expression propre à Twitter.
Hervé Giraud, 54 ans, décrit son métier d’évêque comme le fait « d’annoncer l’Evangile et de le commenter ».  Très actif sur le réseau social, ses « tweet-homélies » nourrissent ses 1091 fidèles followers. « Autrefois, on était sur la place publique, aujourd’hui il faut habiter l’arène numérique », explique Monseigneur Giraud. « L’idée est de semer une goutte spirituelle sur les réseaux sociaux, en proposant une pensée incisive, incitative mais pas impérative. »
Le débat fut le même pour le media prédécesseur d’internet, la télévision. Si regarder la messe par retransmission télévisuelle était d’abord destiné aux personnes invalides et malades, aujourd’hui cela touche bon nombre de croyants . A ce sujet, le pape Benoît XVI était clair : “… celui qui assiste à ces retransmissions doit savoir que, dans des conditions normales, il ne satisfait pas au précepte dominical. En effet, le langage de l’image représente la réalité, mais il ne la reproduit pas en elle-même. » (cf. Exhortation post-synodale sur l’Eucharistie, 2007).
Si Benoit XVI pouvait apparaître quelque peu archaïque dans sa réticence au monde 2.0, il n’en est pas de même pour le dit évolutionniste François. Quand Benoît XVI prônait le silence et le recueillement pour une communication réussie, le nouveau pape accueille avec bienveillance ses alliés Facebook et Twitter qui participent amplement à sa popularité actuelle. François, de son nom twittos @pontifex, s’adonne donc à l’apprentissage de ces nouveaux langages dans une perspective d’innovation. Oubliez Pôle Emploi et postulez au poste de Community Manager pour le Vatican, il paraît que ce domaine est en pleine expansion.

St Facebook, priez pour nous
Les réseaux sociaux sont donc le fer de lance de la Nouvelle Evangélisation. Ils permettent aux croyants de se réunir, de s’exprimer et de se confier sans contrainte.
L’avenir est aux réseaux sociaux dans leur dimension communautaire, d’ou la multiplicité de groupes Facebook pour des événements comme les Journées Mondiales de la Jeunesse (JMJ) qui réunissent à ce jour plus de 120 000 membres. Les réseaux sociaux s’affichent aussi comme le support idéal pour partager des causes qui tiennent à cœur, le sort des Chrétiens d’Orient par exemple, en mettant en photo de profil le symbole du noun par solidarité chrétienne.

 

Tout comme le fameux #PrayforParis avait suivi la mise en place d’une photo de profil aux couleurs du drapeau français. A ce propos nous avons interrogé Domitille, jeune croyante catholique connectée :  « Evidemment, on est sur des groupes de prières, c’est un peu le mode 2.0 pour se retrouver, et oui on participe à des événements via Facebook (messe des Etudiants à Notre-Dame de Paris, JMJ, messe en l’honneur de quelqu’un en particulier, etc), cela permet de lier l’utile à l’agréable. On peut également suivre des blogueurs cathos (du type Koz Toujours, Padreblog) qui ont souvent des pages Facebook, ou des assos religieuses. Les cathos sont des jeunes comme les autres, et donc utilisent les réseaux sociaux comme les autres. Le monde se modernise, et la religion s’adapte du coup ».

Catho Style par Spi0n
 
 
Dieu débarque également dans votre AppStore, avec notamment cette toute dernière application Hozana. Comment ça, vous ne connaissez pas ? Cette application chrétienne se donne pour vocation d’utiliser le web comme un réseau de prières.

 
 
Une autre application se distingue sur le web : Praywithme.com qui permet de donner des prières et d’en recevoir à travers le monde entier. 

 
On pourrait également évoquer concernant la religion musulmane, les divers groupes de soutien pour le Ramadan. Car si les savants religieux préfèrent les canaux de communication traditionnels, les mises en réseaux de musulmans sont multiples. Tout comme le catholicisme, l’islam s’est d’ailleurs clairement développée avec les réseaux sociaux, elle incarne d’ailleurs d’autant plus l’avant-gardisme de la pratique de la foi concernant l’utilisation d’internet. A cet effet, UmmaUnited, le réseau social premium du monde musulman se présente comme « une fenêtre ouverte sur l’universalité fraternelle », selon Zouhair Amri son cofondateur. On y trouve aussi bien des groupes de travail, de discussions en ligne, que des vidéos de recherche d’emplois, de logements mais aussi… des plateformes pour trouver l’âme sœur ! Ce qui distingue ce réseau de Facebook ou Twitter est son caractère confidentiel : les écrits et photos sont garantis non visibles sur les moteurs de recherche. Cette discrétion plaît aux musulmans connectés car elle est en accord avec le principe de réserve de l’éthique religieuse musulmane.
Au final, il semblerait que les réseaux sociaux représentent tout de même des outils de l’immédiateté tandis que la religion au contraire prône la prise de temps, la maturation.
Pourtant selon Sœur Nathalie Becquart, un phénomène contraire aux préjugés est à observer : plus on utilise ces outils, plus les gens sentent qu’il faut remettre de l’incarnation. La visée de ces contacts virtuels reste donc la rencontre en direct en amont ou en aval. On te laisse le temps de méditer tout cela. En attendant, lève toi et tweete.
Ségolène Montcel
Sources :
Geneviève Delrue. « Les religions et les réseaux sociaux », in RFI, mis en ligne le 16/12/12  
Stéphanie Le Bars. « Les tweets-homélies de Mgr Giraud, évêque de Soisson », in LeMonde, mis en ligne le 23/12/11 
Pray with me
« L’appli Hozana – Coming soon, prie avec tes amis ! »
 
Crédits images : 
http://ethique-tic.fr/2013/habemustweetum/index.html
https://www.bakchich.info/international/2013/06/07/arabie-saoudite-twitter-c-est-perdre-son-ame-62497
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