Société

SNCF et ubérisation: un train d'avance ?

La digitalisation du voyage
Alors que la SNCF va appliquer une augmentation de 2,6% sur le prix des billets de train le lendemain de Noël – augmentation jugée “particulièrement importante” par la presse au vu de la faiblesse de l’inflation (0,3% de novembre 2013 à novembre 2014, elle va dans le même temps et de façon assez étonnante mettre en place plusieurs partenariats avec des sites comme Airbnb, Ouicar et KidyGo. Des partenariats destinés à atténuer l’image d’une entreprise qui semble ne pas beaucoup se soucier du porte-feuille de ses usagers.
La SNCF met également en place un nouveau concept après son très remarqué TGV POP l’été dernier : « Le voyage qui rapporte de l’argent » pour reprendre l’expression de Franck Gervais, directeur général de Voyages-Sncf.com, dans une interview qui fait suite à des fuites dans la presse avant la révélation officielle de l’opération, et qui devait présenter « un nouveau business model avec les acteurs de l’économie collaborative ». A qui incombe la responsabilité de cette fuite ? Un mail envoyé aux principaux intéressés, à savoir les clients, la SNCF ayant court-circuité sa propre communication, une erreur inexcusable pour une entreprise de cette envergure.
En effet, la SNCF assure ne recevoir aucune commission de la part de ses différents partenaires. Pour elle, l’intérêt réside dans le fait de faire voyager les gens par différents moyens: KidyGo permet par exemple à des jeunes de se faire payer leur billet de train par les parents en échange de baby-sitting, ou Ouicar de louer sa voiture. Faire fonctionner l’économie collaborative semble être devenu le leitmotiv dominant du groupe, après une alliance assez réussie avec LePotCommun, start-up qui permet à chacun de payer sa part lors de l’organisation d’un voyage. La SNCF serait donc impuissante face à la montée irrésistible des prix, mais en contrepartie, elle mettrait tout en oeuvre pour limiter la casse.
Les bémols ? Alors que les déclarations pieuses de la SNCF se multiplient, l’entreprise aurait-elle oublié de préciser qu’elle avait pris une part majoritaire dans Ouicar ? Aurait-elle oublié, dans sa volonté louable de vouloir redonner du pouvoir d’achat aux passagers, qu’elle était avant tout une entreprise publique et à ce titre, dépendante de l’état, et qu’elle devait par conséquent participer avant tout au fonctionnement de l’économie nationale ?
C’est en tout cas ce que pensent ces partenaires de la SNCF, les hôteliers, qui ont immédiatement procédé à une levée de boucliers suite à cette infidélité assumée. En effet, Synorca, le syndicat des hôteliers s’interroge légitimement sur la question et se demande si c’est bien aux français de “payer le développement d’une société qui ne déclare que 5% de son chiffre d’affaires en France ». La SNCF a fait défection : comment se fait-il alors qu’elle ait frôlé l’uberisation ? (d’après la terminologie de Maurice Lévy, c’est à dire en train de voir que son activité était en train de disparaître face à l’émergence de nouveaux concurrents comme Blablacar).

Entre public et privé, erreur d’aiguillage
Quand le gouvernement et les politiques se saisissent de l’affaire, les réponses se font plus mesurées et les couacs se succèdent. A l’image de Bruno Le Roux pour qui « il ne faut pas mettre à mal les équilibres économiques de nos territoires ». De son côté, La SNCF bat en retraite et estime que l’émulation produite profiterait à tous et qu’elle ne recommandait pas à ses clients de réserver sur Airbnb, mais seulement d’y référencer leurs appartements. Le tout en promettant dans le même temps de rencontrer les principaux acteurs du secteur, avant d’annuler tout bonnement sa conférence de presse. Curieuse justification alors que dans le même temps les publicités pour le site d’Airbnb changent de cible. Dans une volonté de se mettre au diapason de la SNCF, et ainsi se situer du côté des hôtes, avec des slogans comme « Mon appart m’aide à financer ma start-up », il ne s’agit alors plus d’insister sur l’imaginaire traditionnel de la création de lien social, mais de se concentrer sur quelque chose de plus pragmatique; celui de gagner de l’argent. En somme la SNCF et Airbnb ont adopté ensemble un virage à pleine vitesse et la collision était inévitable.
Les nouveaux modèles digitaux de type partage se multiplient et rencontrent un succès certain auprès de consommateurs soumis à une pression économique constante, et qui voient d’un bon oeil l’ubérisation de la société. Les réactions des professionnels du secteur sont jugées sans détour comme des archaïsmes résistant à l’élan de l’innovation. Le blog “le décodeur” qui analyse les discours de marques met bien en lumière la stratégie des acteurs victimes de ce mouvement : l’opprobre, le bûcher sur la place publique “parce qu’ils trichent”. Ces discours ont cependant fait leur temps, le consommateur impétueux ne prend en compte désormais que son bénéfice direct, à savoir ici les économies faites.
L’ubérisation soi-disant plébiscitée par le consommateur est aujourd’hui en recherche d’une acceptation par la puissance publique, qui oscille entre imposition dans une volonté de protection d’un modèle qui fait aujourd’hui office de musée économique, ou libéralisation.
Jérémy Figlia

Sources: 
Libération, la hausse des tarifs SNCF est un « très mauvais signal » selon Royal, 4/01/2015 

Journal du net, Pourquoi voyagessncf.com s’allie avec Air BNB, et Kidygo, 14/12/2015 

Ecommerce mag, Voyages-sncf.com prend (vraiment) le train du collaboratif, 14/12/2015 

Le Parisien, la SNCF partenaire de d’AirBnB, Ouigo et Kidygo pour voyager moins cher, 15/12/2015 

Rue 89, la SNCF suspens son opération avec AirBnb, 15/12/2015
Le décodeur, l’uberisation se ressent-elle dans la communication des acteurs « traditionnels » ?, 10/09/2015

Crédits photos :

Uber

SNCF  

Société

Souvenez-vous d'oublier

Qui n’a jamais été tenté d’improviser une séance de spiritisme « juste pour voir » ? La tentative de s’affranchir de la contrainte ontologique n’est pas nouvelle. N’en déplaise aux amateurs de science-fiction, certains scientifiques vont même plus loin encore : ils réfléchissent à communiquer non pas avec le passé, mais avec le futur.
La construction d’Onkalo (« caverne » en finnois), projet validé jeudi 12 novembre 2015 par le gouvernement finlandais, s’inscrit pleinement dans cette problématique inédite. Il s’agira du premier site d’enfouissement permanent de déchets nucléaires radioactifs, une véritable petite ville souterraine composée de cinq kilomètres de galeries plongeant jusqu’à 500 mètres sous terre.
Sous nos pieds, le sanctuaire, protégé de l’instabilité de la surface (guerres, crises économiques, catastrophes naturelles, etc), a pour objectif d’assurer la destruction naturelle de la radioactivité des déchets. En d’autres termes, la durée de vie du site d’Onkalo doit être d’au moins 100 000 ans. Un véritable défi quand on sait que l’homme n’a jamais rien construit qui ait duré plus d’un dixième de ce temps.
Si ce projet pose effectivement de nombreuses questions purement techniques, il interroge également la communication à travers le prisme d’une temporalité à peine saisissable pour l’esprit humain. Comment faire comprendre aux êtres humains d’un lointain futur (compris entre 100 et 100 000 ans) que leur intrusion dans le site d’Onkalo n’est pas souhaitable puisqu’elle peut potentiellement être apocalyptique ? Comment expliquer le problème des déchets nucléaires radioactifs à une civilisation qui ne parlera pas la même langue, ne partagera pas les mêmes valeurs, ni les mêmes savoirs ?

Une photo pas très sexy, pour un projet pas très sexy..
On marche sur des œufs (t’aimes bien les omelettes ?)
L’environnement est si complexe, les comportements si imprévisibles, que les tentatives d’anticiper les évolutions des sociétés humaines sont, sinon vaines, en tout cas très fragiles (sauf pour Madame Irma). On ne peut même pas prédire dans quelle direction évoluera l’humanité : le progrès technique va-t-il se poursuivre indéfiniment ou au contraire va-t-on retomber dans un nouvel « âge de pierre » ?
Face à tant d’incertitudes, les scientifiques qui se sont penchés sur la question de savoir comment informer les générations (et civilisations) suivantes de ce lourd héritage qu’est Onkalo, se divisent en deux écoles.
Il y a, d’une part, ceux qui pensent qu’après avoir définitivement fermé Onkalo d’ici 2100, le site doit sombrer dans l’oubli. Ils partent du principe que la probabilité qu’une « intrusion humaine » se produise est finalement très faible et que tout indice sur l’existence du sanctuaire serait contre-productif puisqu’il ne ferait qu’augmenter cette probabilité.
A contrario, il y a ceux qui croient en un devoir d’informer les futurs humains en laissant ce qu’ils appellent des « marqueurs ».
Cher Papa Noël, je voudrais…un média inter-temporel
Dans ce cas pratique, c’est finalement la question du média qui est posée par les scientifiques qui se prononcent pour la mise en place de « marqueurs », en considérant le média comme un dispositif matériel qui configure une modalité d’échange. La problématique entourant le média semble s’être déplacée de la volonté de transcender l’Espace, c’est-à-dire d’abolir les frontières, vers l’ambition de dépasser l’indépassable : le Temps.
Certes, l’écriture est le premier média qui a permis à l’homme de s’affranchir des contraintes spatiale et, dans une certaine mesure, temporelle. Mais ce dépassement reste en pratique cantonné à des échelles de temps appréhendables. Or, il est ici question d’un temps plus géologique qu’humain. L’axe ci-dessous, inspiré par le très intéressant film-documentaire Into Eternity réalisé par Michael Madsen, permet de mieux cerner l’ampleur du projet.

Le pouvoir des archives contre la force obscure radioactive ?
Tenir informées les générations suivantes par l’archivage, par une externalisation de la mémoire en un sens, serait en fait un retour à la case départ. Le site d’Onkalo a été construit avec pour idée qu’après sa fermeture définitive prévue en 2100, il sera rendu totalement indépendant et ne requerra donc plus aucune intervention. C’est bien cette passivité absolue du site qui en fait une solution séduisante. Or, de la même façon que les entreposages provisoires actuels, les archives demandent une mise à jour régulière des informations mais aussi de la langue. Selon une étude de l’UNESCO (1997-2002), pas moins de 5500 langues sur les 6000 existantes disparaîtront d’ici un siècle, et se rangeront aux côtés desdites « langues mortes »*. Peut-on ainsi raisonnablement espérer une continuité de ce travail sur des milliers de générations à venir ?
La communication sauvera le monde !
Un des problèmes principaux dans la volonté d’informer sur l’existence du site par des « marqueurs », serait le temps nécessaire au décodage. Le cas des pyramides égyptiennes, dont l’énigme n’a toujours pas été entièrement résolue, l’illustre bien. Déchiffrer le langage d’une civilisation ancienne demande patience et acharnement, même pour des civilisations marquées par le progrès scientifique. Or, la découverte d’une poubelle radioactive offre très difficilement ce temps de réflexion.
Cette limite inhérente à la théorie des marqueurs peut être dépassée en pensant la dichotomie entre information et communication. L’idée serait moins d’informer par des explications, scripturales ou picturales, sur les risques liés à la radioactivité et sur la cause de l’érection d’un tel site, mais d’essayer de créer un sentiment de crainte, de faire ressentir à l’aventurier malheureux qu’il s’agit d’un lieu inhospitalier et qu’il vaudrait mieux rebrousser chemin. Se pose ici la question de l’existence ou de la possibilité de mettre en place des formes de communication qui convoquent l’affect de manière universelle.

On enterre nos déchets… mais pas nos centrales
Puisque nos générations ont exploité l’énergie nucléaire, il nous incombe de trouver une solution pour mettre les déchets à la poubelle. L’idée du tombeau nucléaire est séduisante, notamment parce qu’il ne demande plus aucune intervention humaine. Nombreux sont les pays nucléarisés qui se penchent sérieusement sur la question. La France réfléchit notamment à la mise en place d’un tel stockage souterrain à Bure.
On peut tenter de croire qu’aucune « intrusion humaine » n’aura lieu pour ces 100 000 prochaines années sur le site d’Onkalo, mais ce pari reste-t-il statistiquement raisonnable si de tels sites d’enfouissement se propagent ?
De quoi remettre en perspective les théories qui prétendent pallier au réchauffement climatique à travers l’exploitation de l’énergie nucléaire.

Aline Nippert
@AlineNippert
Sources :
* LECLERC, Jacques. « La mort des langues » dans L’aménagement linguistique dans le monde, Québec, TLFQ, Université Laval, 10 mai 2012, [http://www.axl.cefan.ulaval.ca/Langues/2vital_mortdeslangues.htm], (16 décembre 2015).
– Into Eternity, Michael Madsen (2010)
– Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/flash-eco/2015/11/12/97002-20151112FILWWW00263-nucleairedechets-1er-site-de-stockage-eternel.php
– Industrie et Technologies : http://www.industrie-techno.com/l-enfouissement-des-dechets-nucleaires-le-choix-de-tous-les-pays-nuclearises.40944
Crédits images :
– Into Eternity, Michael Madsen (2010)
– http://sanjindumisic.com/onkalo-spent-nuclear-fuel-repository-future-of-monuments/ 
– http://www.toonpool.com/cartoons/nuclear%20is%20good%20for%20you_44117
 

Fox News
Société

On a tiré sur… le New-York Times !

95 ans que le géant américain n’avait pas publié d’édito en Une, ce fut chose faite ce samedi 5 décembre. En effet, suite aux attentats de San Bernardino datant du mercredi 2 décembre et ayant fait 14 morts, le troisième quotidien le plus lu aux États-Unis a décidé d’élever sa voix contre la circulation d’armes à feu dans le pays. Un véritable tollé communicationnel.
L’acte barbare qui a fait bondir les journalistes
L’acte a été perpétré par un couple, agissant sous l’effet de la propagande de l’État Islamique, au moyen d’armes à feu. Dans les colonnes des quotidiens américains, notamment du Huffington Post, celles-ci sont décrites comme un véritable “arsenal de guerre”.
Trois jours plus tard, c’est contre ces mêmes armes, que les civils peuvent se procurer de façon légale aux États-Unis, que la voix des journalistes du New York Times s’élève. “C’est un scandale et une honte nationale que des civils puissent acheter légalement des armes destinées spécifiquement à tuer des personnes avec une rapidité et une efficacité brutale”, peut-on lire en première page du journal.
Le Times new-yorkais prend pour cible les élus, qu’il juge trop laxistes face à la question du port d’armes au sein du pays. En effet, Barack Obama, durant ses deux mandats consécutifs, n’aura jamais su faire accepter le renforcement d’un ensemble des lois sur les armes. Sans parler des sympathisants républicains, à la tête du Congrès, qui reçoivent pour la plupart un soutien financier tout droit venu du lobby des armes, la NRA (National Rifle Association), et qui n’ont donc aucun intérêt à voir ces lois se consolider. Rappelons que les armes à feu font en moyenne 300 victimes et blessés par jour aux États-Unis.

Une prise de position se transforme en couac…
Malheureusement, si la prise de position du quotidien sur le sujet est tout à fait recevable, celui-ci multiplie les erreurs et décrédibilise alors son propre édito, le laissant, désarmé, aux mains de ses détracteurs.
Le premier problème se trouve sur le fond. Ainsi, le Huffington Post reproche à son concurrent son manque de courage quant à sa prise de position. En effet, le terme d’interdiction des armes à feu n’est à aucun moment mentionné dans l’édito, et c’est pourtant ce que le New York Times prône. Par ailleurs, le journal se trompe de cible en pointant du doigt les armes à feu, puisque la plupart des tueries aux USA ne sont pas perpétrées par ce type d’armes, mais bien par les armes de poing.
Erick Erickson, commentateur sur la chaîne CNN, s’est montré plus agressif en critiquant la forme: il a tiré sur la Une, invoquant un cruel manque de profondeur, avant de poster la photo sur Twitter. Il qualifie l’édito de “creux” et se vante d’avoir ajouté quelques trous à la page. Ainsi criblée de balles, la Une du journal prend l’allure d’un torchon.
 

Enfin, les quotidiens américains s’accordent pour remettre en cause l’efficacité d’une telle démarche. Pour rappel, lorsque le New York Times publie en 1920 un édito en Une, celui-ci a pour but de décrédibiliser la candidature du républicain Warren G. Harding à la Maison Blanche. Ce dernier finira par remporter les élections.
Cette façon de procéder semble donc trop cavalière et trop brutale pour avoir un réel impact en terme de communication. The Daily Beast écrit ainsi “Apparemment même le New York Times pense devoir gueuler pour être entendu.”. La qualité de l’information s’efface sous le poids de la colère.
Une cause pourtant bien défendue… par les autres.
Si le New York Times rate cette fois sa cible, la cause en a inspiré d’autres, notamment l’organisation MomsDemandAction, formée par des parents craignant pour la sécurité de leurs enfants dans les lieux publics, notamment à l’école. Cette association s’est implantée dans chacun des 50 états américains.

Soutenue par le Président Obama lui-même, qui apparaît dans l’une des vidéos du collectif Everytown for Gun Safety, l’organisation avait lancé en 2013 une campagne de pub très remarquée puisqu’elle mettait en scène des enfants armés. Un visuel choc allié à un puissant cynisme : on apprend sur l’une des affiches publicitaires que la vente de Kinder Surprise a été interdite à l’école pour la sécurité des enfants. Quelle ironie lorsque l’on sait que ceux-ci sont toujours menacés par la possible présence d’armes au sein des établissements !
Le combat ne s’arrête pas donc pas là pour ceux qui rêvent d’une législation plus ferme sur la circulation d’armes aux États-Unis. Mais les lecteurs du New York Times, eux, risquent d’attendre longtemps le prochain édito en Une. Rendez-vous dans 95 ans alors, au sein d’une Amérique qui sera peut-être enfin devenue une « gun free zone ».
Manon DEPUISET
@manon_dep
Sources :
New York Times, End the Gun Epidemic in America, 4 décembre 2015
Huffington Post, Le New York Times appelle à un contrôle des armes à feu dans un éditorial au vitriol, publié sur sa Une, 5 décembre 2015
Arrêt sur images, Armes à feux: édito (polémique) en Une du New York Times, 7 décembre 2015
Crédits photos: 
Arrêts sur Image 
MomsDemandActs 
Twitter

SOURIRE
Société

Le sourire est-il trop populaire ?

Si vous aussi on vous répète toujours de sourire sur les photos pour qu’on ne pense pas que vous faites la gueule, alors bienvenue au club. Quand est-ce que crier bêtement « cheese » avant la capture fatidique est devenu une norme, presque un rite de passage ? On savait que le fromage avait des vertus gustatives particulières mais au point de vous faire paraître heureux, vraiment ? On peut penser que le sourire transcrit le bonheur mais ne perd-t-il pas de son intérêt naturel par une capture qui n’a rien de spontanée ? Cheese ou smiley, analysons la place majeure et insoupçonnée de ce rictus.

SCANDAL
Société

Spin doctors VS Magistrat

Olivia Pope et sa bande de gladiateurs en costume ont contribué à faire connaître au grand public les spin doctors, des pros de la communication de crise. Le terme spin doctor nous vient du verbe anglais « to spin » qui veut dire « faire tourner » dans le sens de l’effet qu’on peut donner à une information. A l’origine, on retrouve plutôt les spin doctors dans les hautes sphères de la politique comme dans la série américaine « Scandal ». Aujourd’hui c’est dans les tribunaux qu’ils s’invitent aux côtés des avocats pour essayer d’influencer l’opinion publique.
Il était une fois des storytellers…

Les spin doctors sont avant tout des storytellers. Leur travail consiste à donner une bonne image de leurs clients en racontant une histoire au public. Ils doivent faire en sorte qu’on en dise du bien. En politique, cela se traduit par le fait de rendre un candidat séduisant aux yeux de l’électorat en racontant une histoire de ce dernier. Dans les tribunaux, ils ont toujours cette même fonction de storytellers sauf qu’ils doivent donner une bonne image de leurs clients poursuivis en justice. Pour cela, les spin doctors vont s’aider de tous les moyens de communication à leur disposition : tweets, communiqué de presse, mise en scène d’interview…
Les communicants de crise vont aussi scénariser la prise de parole de leurs clients pour qu’ils n’y prononcent pas un mot de travers qui pourrait écorner l’image de ces derniers. Ils définissent la stratégie à adopter avec leurs clients en travaillant main dans la main avec les avocats. Chacun son rôle, les spin doctors sont les spécialistes de l’image et les avocats se chargent du plan juridique. Il peut arriver que l’un s’efface au profit de l’autre. Ainsi, durant la phase d’instruction d’une enquête, l’avocat se concentre sur les avancés de l’enquête et laisse la place aux storytellers. Il arrive aussi que les spin doctors s’éclipsent pour ne pas donner l’impression qu’une parole est instrumentalisée comme cela a été le cas lors du procès de Dominique Strauss Khan pour proxénétisme.
Il était une fois des magistrats et des storytellers …

C’est la tendance de ces spécialistes de la communication à influencer l’opinion publique et attirer l’attention des journalistes qui entraîne une animosité des magistrats à leur égard. L’un des exemples les plus récents est l’affaire Bettencourt. Le 28 mai dernier, lors du dernier acte de cette saga judiciaire, un des juges a critiqué le fait que « la parole et la communication de Liliane Bettencourt ont été instrumentalisées ». Auparavant, lorsque les magistrats critiquaient la défense d’une des parties, ils se tournaient vers les avocats. Aujourd’hui, les spin doctors se trouvent dans leur ligne de mire. En effet, dans l’affaire Bettencourt, les juges considèrent qu’une série d’interviews de la milliardaire a été instrumentalisée. Il y aurait eu une mise en scène d’une interview donnée par Liliane Bettencourt en 2010 sur M6 avec Marc-Olivier Fogiel. Les communicants de Mme Bettencourt auraient proposé des modèles de questions et de réponses à l’animateur pour essayer de donner un certain angle à l’interview.
Cela ne s’arrête pas là. Toujours dans l’affaire Bettencourt, la fille de la milliardaire, Françoise Bettencourt-Meyers, a fait appel à des spin doctors pour le procès comme sa mère. Ainsi, lorsqu’elle est appelée à la barre pour témoigner, son intervention est totalement orchestrée. Ici, le rôle du spin doctor est de préparer sa cliente à faire face aux juges. Il ne s’agit plus de donner une bonne image à l’opinion publique mais de répondre aux attentes des juges, des réponses qui permettront de gagner l’affaire et tout cela sans se parjurer.
L’autre point important du travail des communicants de crise est d’attirer l’attention de la presse et surtout une attention favorable à leur client. Cela leur permet d’exercer une certaine « tension » sur les magistrats. « Notre boulot, c’est aussi d’amener des journalistes dans la salle d’audience » assène Guillaume Didier. « Pour un magistrat, la tension est beaucoup plus forte quand la presse est présente, encore plus aujourd’hui avec les tweets ».
Une efficacité variable
La principale mission du spin doctor, que ce soit en politique ou dans les tribunaux est d’influencer l’opinion publique pour leurs clients. Si cela peut avoir de véritable résultat en politique à travers la bonne communication d’un candidat et son élection au poste convoité, cela n’est pas forcément le cas dans une affaire juridique. En effet, on peut se demander si la bonne communication ou la bonne image du prévenu a vraiment une incidence sur le verdict des magistrats. Certes, ils auront peut-être la sympathie du public mais les juges se fieront plus aux faits et aux résultats de l’enquête pour rendre leur verdict.
Hawa Touré
Sources :
« Ces pros de la com qui défient les juges » in GQMagazine, mis en ligne le 09/11/15. Disponible sur :  http://www.gqmagazine.fr/pop-culture/gq-enquete/articles/enquete-qui-sont-les-communicants-de-crise/29597
Schneider Vanessa. « Les politiques sous influence » in LeMonde, mis en ligne le 04/10/13. Disponible sur http://www.lemonde.fr/m-actu/article/2013/10/04/les-politiques-sous-influence_3489100_4497186.html
https://fr.wikipedia.org/wiki/Spin_doctor
Crédits images : 
actuseries.fr
gqmagazine.fr
lemonde.fr

Société

Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris: un événement hybride entre violence et communication

En une soirée, le 13 novembre dernier, les attaques de l’Etat islamique (EI) à Paris ont tué 130 personnes. Depuis 1980, 57 victimes d’attentats étaient à déplorer en France. Tout est dit. En janvier, la liberté d’expression, la laïcité, l’intégration, l’éducation avaient nourri les débats. Cette fois, la pensée s’est figée. Le mode opératoire a été sophistiqué. Il a synchronisé assassinats à bout portant et prise d’otage de plusieurs heures, ce dans des lieux différents et emblématiques de notre art de vivre. La mise en scène qui en a résulté rappelle à quel point le terrorisme se donne toujours en tant qu’hybride entre violence et communication. Elle souligne aussi, désormais, la propension de ce « spectacle » à s’inscrire dans notre système informationnel en continu. Outre la dimension communicationnelle dont elles sont donc porteuses, ces actions terroristes peuvent se concevoir comme le marqueur de deux mécanismes de redimensionnement simultanés et interdépendants : d’une part un décloisonnement géographique entre «  ici » et « là-bas », d’autre part une série de basculements politiques et psychologiques qui ne sont pas sans poser question.
En consacrant le continuum opérationnel entre « ici » et « là-bas », c’est-à-dire entre nos terrasses de café ou salles de concert et la géopolitique du Moyen-Orient, l’EI a exhibé sa marque de fabrique. Deux points sont ici essentiels. Premièrement, cette violence nomade, interne-externe aux Etats, située entre guerre de religions, d’intérêt et de civilisation, plonge ses racines dans tous les comptes non soldés des colonisations et prédations des empires qui se sont succédé et confrontés dans la région depuis l’Empire Ottoman. Deuxièmement, en pariant à la fois sur la radicalisation des populations d’origine arabo-musulmanes en Occident (et surtout en France) et sur un djihad de proximité contre tous les régimes « apostats » de la région, l’EI capitalise aussi sur la tendance répétée des grandes puissances à sous-estimer la capacité phénoménale du terrorisme islamiste à s’adapter à l’Histoire, à muter tel un virus (car l’EI n’est pas Al Qaida). D’autant qu’aucune des aventures militaires entreprises depuis 35 ans (de l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979 aux actuelles frappes aériennes en Syrie et en Irak) ne s’est jamais accompagnée du moindre projet politique crédible et constructif à l’attention des populations. Ensuite, la force d’attraction de l’EI conçu comme utopie, et son prestige auprès de ses cibles se nourrissent en permanence de deux processus : d’un côté une lutte militaire héroïque contre les aviations les plus puissantes du monde et de l’autre la « perte de sens » qui affecterait nos sociétés consuméristes et oublieuses de toute transcendance. En ce sens, l’irruption de la figure du kamikaze est porteuse un message : donner à sa propre mort un sens que sa vie n’aura jamais. C’est donc une combinatoire inédite qui confère au terrorisme de l’EI sa média génie macabre : un socle territorial irako-syrien à partir duquel une mystique de la conquête et une vision eschatologique de l’Histoire font que commettre des attentats à l’étranger signifie à la fois riposte militaire et propagande.
Pierre Nora a parlé récemment d’une « signification historique géante » dépassant la « péripétie ». Il est vrai que la profonde blessure collective infligée à notre démocratie induit une série de basculements politiques et psychologiques qui ne sont pas anodins au sein de notre société où le « nous » s’est fragilisé. La tension est inhérente à la rencontre entre Etat de droit et état d’urgence ; le lien est ténu entre désordre sécuritaire et désordre électoral. Alors que dire de la proclamation répétée d’un état de « guerre » par François Hollande ? D’ordinaire, toute crise appelle de la part des politiques des discours régulateurs qui oscillent entre logiques d’identification (émotion, pathos…) et stratégies de distanciation (rationalité, explication…). Si ces discours parviennent à construire une relation avec le public, ils vivifient l’image du politique. D’autant que les institutions de la Vème République y sont propices. L’embellie sondagière de l’Elysée le montre. Pourtant, la sociologie du terrorisme de l’EI évoquée plus haut ne peut que rendre très illusoire cette performance communicationnelle, car il est impossible de contrôler durablement l’interprétation qui sera faite (dans l’opinion, dans les médias) des tensions fatales qui sont à l’œuvre entre deuil et guerre, entre Etat de droit / état d’urgence. Surtout si d’autres actes se produisent.
Isabelle Le Breton
Maître de conférences au CELSA
LinkedIn 

Tintin - Capitaine Haddock
Société

"Nom d'une pipe en bois!" : petite apologie du gros mot

Qu’il soit vulgaire, injurieux, scatologique ou encore précautionneusement déguisé en euphémisme, le gros mot verbalise et dévoile l’émotion. Il remplit principalement une fonction « expressive ou émotive » au sens où l’entend Jakobson, c’est-à-dire qu’il tend à une « expression directe de l’attitude du sujet à l’égard de ce dont il parle. » Cette forme de « lâcher-prise » n’est pas toujours la bienvenue dans les lieux de débat politique et de confrontation des opinions privées. C’est alors toute la question de la légitimité et de la crédibilité d’une parole publique émue qui est soulevée à travers l’exemple précis de l’usage du gros mot.
Quand le gros mot se fait petit
Le gros mot a la vie dure et le chemin qu’il tente de se frayer dans l’espace public est semé d’embûches. Alors que la bienséance, la courtoisie et la retenue prêchent la bonne parole, le gros mot fait tache. Il est le mot qui choque, le mot de trop, celui qui scandalise et se fait remarquer jusqu’à frôler l’indécence. Lorsqu’il surgit du discours dans le théâtre médiatique du politiquement correct, il s’habille d’insolence et revêt son plus beau vêtement : la provocation. Proscrit par le bon usage, pointé du doigt comme outil linguistique indigne et licencieux, il est classé dans la catégorie des intolérables. Pourtant, il fait partie de ces rares termes à caractère démocratique qui échappent à la règle du marquage social. Il navigue à travers tous les milieux sociaux, sans exception. Semblable à un flagrant délit d’humanité, le gros mot s’inscrit dans un système sémiotique partagé par tous. Dans l’espace privé, grossièretés, insultes et noms d’oiseaux fusent à tout bout de champ, qu’importe les origines et les milieux sociaux. Le pape n’a-t-il pas déjà juré en se cognant le petit doigt de pied contre le coin d’un meuble mal placé ?
Cependant, le gros mot ne parvient pas à se faire accepter dignement dans l’espace public. La violence symbolique qu’il porte est jugée outrageante et semble mettre en péril l’acte même de communication. Il prend le risque de mettre un terme à l’échange, pousse dangereusement à la confrontation tant verbale que physique, peut délégitimer des propos bien choisis et faire crier à l’indignation lorsqu’il se fait insultant. Citons l’exemple de  Nigel Farage, président de UKIP (parti  indépendantistedu Royaume-Uni) s’écriant lors d’une session du Parlement européen que le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a « le charisme d’une lavette humide et l’apparence d’un petit employé de banque ».
Seuls les réseaux sociaux, qui échappent à la censure contrairement aux médias audiovisuels, semblent tolérer le recours au juron. Illustration avec le site Fbomb.co qui recense en direct l’emploi du terme « fuck » sur Twitter à partir d’une carte interactive.
« Mat » alors !
Le gros mot effraie non seulement parce qu’il est violent, mais peut-être surtout parce qu’il met à nu. Le mot est gros parce qu’il n’a pas été affiné, moulé, façonné pour un cadre lisse et ordonné. Il est celui qui est cru, brut, frontal, celui qui dévoile une réalité sans masque. Il est le grand absent de la plupart des discours politiques et intellectualistes qui font la part belle à la rhétorique et à la grandiloquence. Les stratégies de communication politique valorisent la retenue et la maîtrise des mots comme des émotions. Les dérapages outrageants ou grossiers ne pardonnent pas et font rapidement polémique. En témoigne l’entreprise de justification de Nathalie Kosciusko-Morizet après qu’elle a délibérément qualifié les climato-sceptiques de « connards » sur le plateau du Grand Journal.

C’est certainement à cause de son côté libertaire qu’il s’attire les foudres de la censure. Au printemps 2013, Vladimir Poutine s’en prend aux expressions grossières en interdisant leur usage au théâtre, dans les films et dans les médias russes. Les disques, œuvres littéraires ou artistiques contenant des grossièretés se voient habillés d’une étiquette mentionnant la présence de termes outrageants. C’est l’argot russe (appelé « mat ») qui est visé à travers cette loi. Le « mat » désigne à la fois l’acte sexuel, les organes génitaux féminins et masculins. Il est employé de manière quotidienne en Russie, par des ouvriers comme par des intellectuels. L’application de cette loi controversée vise à renforcer le conservatisme d’un État démesurément autoritaire qui se donne le droit de pousser dans l’oubli tout ce qui est au fondement de la démocratie.
Art et argot
Le gros mot s’érige alors en tant que véritable moyen de contestation et de contre-pouvoir. S’il a du mal à s’imposer en tant que tel dans les sphères médiatiques et politiques, il fait de l’art un nouvel espace public dans lequel il peut exprimer plus librement sa valeur émancipatrice. Il se fait déterminant dans le milieu du rap français qui, ayant acquis une certaine légitimité, le médiatise et en fait un allié. Par exemple, dans son titre « L’aigle ne chasse pas les mouches », le rappeur MC Solaar donne au gros mot une force nouvelle tout en permettant à la poésie de ne pas se scléroser.

De Médine à la Mecque, armé du stylo bic
Mon stylo nique, Sheitan et les ânes porteurs du style oblique
On dit qu’il faut battre le fer quand il est chaud
On dit qu’il faut battre le frère quand il est faux
Donc sur papier je couche.
À coup sur, je touche, fais mouche
Car l’aigle ne chasse pas les mouches !
Même s’il n’est pas une fin en soi, le gros mot est un outil langagier fort, capable d’éveiller les consciences et de signifier à un collectif des émotions personnelles. Il est la rondeur sur laquelle on s’accorde ou se désaccorde, ce « trop plein de sens » qu’on prononce tous et qui quelque part, nous lie à travers l’acte de parole. Certains s’entêteront à ne pas reconnaître les valeurs qu’il porte mais finalement qu’importe, car comme dirait Brassens: « le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con ».
Émilie Beraud
LinkedIn 
Sources :
Huffington Post: « Poutine interdit les gros mots »
Le scan politique du Figaro, « Pour NKM, les climatosceptiques sont des « connards » »
Thierry Paquot, L’espace public
Crédits photo:
http://www.madmoizelle.com/
 
 

Meme cat
Société

Adopte un lolcat

Les chats les plus drôles d’Internet débarquent dans la communication. Un doux mélange entre le rire, LOL, acronyme de Laughting Out Loud, et le chat, nous donne le lolcat, une sorte de chat rigolo. D’un phénomène a priori spontané et sans visée commerciale, il est devenu un réel atout de communication. Pourquoi ?
Le vieux chat fait la grimace
Si le lolcat paraît récent de seulement quelques années, son origine remonte en fait à la fin du 19e siècle, lorsque le photographe américain Harry Whittier Frees immortalisait des chats déguisés.

Le lolcat n’est pas à confondre avec le chat mignon, autre phénomène du web, comme le souligne André Gunthert, maître de conférence de l’EHESS, dans l’émission de Sonia Devillers, l’Instant M du 27 novembre sur France Inter. Développé notamment par le site 4chan.org., une plateforme d’échange en ligne connue de tous les geeks, le lolcat est devenu un mème, autrement dit une image reprise et déclinée par les internautes. Devenu viral dans le milieu des années 2000 et reconnu officiellement dans la presse depuis 2007 avec un article que lui consacre le Times, il répond à certaines caractéristiques. Il s’agit d’une photo d’un chat drôle, mignon ou en situation de détresse accompagné d’une légende humoristique, le tout ayant vocation à susciter le rire. Le texte, un commentaire qui est superposé à l’image en police Impact ou Arial black, est indissociable de celle-ci. Il est écrit dans un langage particulier, souvent bourré de fautes, pour en rajouter à l’effet comique.

Parce que ça fait du bien
Se moquer d’un chat rigolo, qui de plus s’exprime mal, ça fait du bien. Le phénomène d’anthropomorphisme du chat humanise le lolcat et nous permet ainsi de dire des choses sur nous que nous ne dirions pas autrement, de se moquer sans se sentir directement visé. André Günter précise qu’aujourd’hui nous ne pouvons plus nous moquer de certaines catégories de la population, alors nous le faisons avec des chats, car eux sont neutres. Il ajoute que cette pratique est loin d’être neuve, c’est le principe même des Fables de La Fontaine, qui humanisent des animaux pour en tirer une morale sur l’humain.
C’est aussi le caractère universel du lolcat qui fait du bien. Compréhensible par tous, il crée du lien social comme « une soupape de décompression, un îlot de drôlerie dans un monde violent » propos d’Anaïs Carayon, rédactrice en chef de Brain magazine et autre invitée de l’Instant M. Son universalité le rend fédérateur et offre ainsi aux communicants qui l’emploient une plus large cible.
Lol-communication
Si les lolcats sont un phénomène créé par et pour les internautes dans un but non commercial, ils ont vite été mis au profit d’activités lucratives. L’un des chats les plus connus d’Internet, GrumpyCat – le « chat grincheux » – a même aujourd’hui un manager puisqu’il a généré l’an passé plus de revenus que Brad Pitt, seulement en produits dérivés. En effet l’acteur gagne environ 25 millions d’euros par an, lorsque GrumpyCat a rapporté l’an passé plus de 80 millions d’euros à sa propriétaire, n’étant connu que depuis 2012.

Mais les lolcats ont aussi été récupérés par la communication. Certaines marques alimentent leurs comptes sur les réseaux sociaux de lolcats, pour créer une certaine proximité avec leurs abonnés, comme le fait Cdiscount sur sa page facebook. Les community managers de la marque alimentent le profil de lolcats accompagnés de messages pour leurs abonnés, dont le but n’est pas directement d’appeler à la consommation de la marque mais d’entretenir une relation positive avec une communauté d’abonnés qui sont des clients éventuels.

Déclinés en vidéos, ils servent plusieurs campagnes. C’est le cas de GreenPeace, qui se sert des « petit frères » des tigres, les chats, pour sauver cette espèce en danger. L’enjeu est d’autant plus important qu’il s’agit d’une ONG, les ressources étant moindres et soumises à des aléas. Pour une communication originale et décalée, basée sur le rire et pourtant totalement dans le thème des animaux, le lolcat est l’arme efficace.
 

 
Les lolcats présentent des avantages évidents en terme de communication, à commencer par leur universalité et leur transculturalité. Aucun prérequis nécessaire pour comprendre le lolcat, si ce n’est la compréhension d’un minimum d’anglais, quand ils ne sont pas traduits. Le lolcat est aussi un moyen de communication rapide dans un monde de l’instantané : une image accompagnée d’un commentaire bref qui suscite un rire immédiat. Il est question de caricature, de décompression par l’humour, une communication assez facile mais un atout pour séduire les jeunes générations.
Le lolcat contre le terrorisme ?
Après une légère baisse de popularité des lolcats, ils sont revenus en force avec le hashtag #BrusselslockDown, lancé par les belges suite à une demande de la police de ne pas diffuser de photos de l’opération en cours le 22 novembre dernier pour empêcher une éventuelle attaque terroriste dans la capitale. La réaction des internautes : diffuser et partager des images de chats. Lolcats et chatons mignons se sont mélangés, certains au ton ironique, pour dénoncer la censure des forces de police. Malgré ces dénonciations, le chat a plutôt servi a créer du lien, à se détendre un peu dans une ambiance qui n’était pas à l’humour.
Coïncidence malheureuse, le lolcat, et le chat en général, ont aussi servi d’outil de communication à Daesh. Utilisé notamment par la communauté qui fait la promotion de l’organisation Etat Islamique, les lolcats sont représentés avec des armes ou à coté d’images de personnes tuées par l’organisation. Pour les âmes moins sensibles qui voudraient approfondir la récupération des lolcats par l’organisation terroriste, Arte en parle ici
Se détendre seul ou à plusieurs, créer une communauté, défendre une cause plus ou moins noble : le lolcat est partout. Mais il n’est pas le seul animal humanisé à envahir Internet. Depuis peu les stars du web sont aussi des chiens, à l’image de Doug the Pug ou Doge, les nouveaux copains de GrumpyCat, tout aussi productifs en produits dérivés.
Adélie Touleron
LinkedIn
 
Sources :
France Inter, l’instant M: « le pouvoir du chat »
Huffington Post, Les « lolcats » à l’honneur pour la journée international du chat
Arte, Etat islamique: la sainte armée des chats
 
Crédits:
http://i.imgur.com/
http://knowyourmeme.com/memes/sites/cheezburger
http://lejournaldessorties.com/wp-content/uploads/2014/03/harrywhitterfrees7.jpg
 

1
DON DU SANG HOMOSEXUEL
Société

Le don solidaire ou l'indécision sanitaire

Le 4 novembre dernier, la ministre de la Santé, Marisol Touraine a annoncé une révision des contre-indications au don du sang. Dès le 1er juin 2016, tout homme ayant eu des relations sexuelles avec d’autres hommes aura enfin la possibilité de devenir donneur à son tour … à condition qu’il ait respecté au préalable une période d’abstinence de douze mois. Face aux justifications médicales et à une communication ministérielle beaucoup trop évasives, la réforme est jugée encore trop culpabilisante, réaffirmant les stéréotypes homophobes. Un débat à mi-chemin entre égalité, solidarité et sécurité sanitaire.
Mauvais genre…
« Je m’appelle Steven Kuzan, j’ai 23 ans. Je suis aide-soignant par passion, je me considère comme combattant pour le bonheur et le bien être des gens. » Steven a le sang rare et l’esprit solidaire. Il y a quelques mois, il a lancé une pétition à l’adresse de Marisol Touraine, revendiquant l’autorisation des hommes homosexuels à donner leur sang. Il y a peu encore et selon un arrêté de 1983, le site de l’EFS recensait la contre-indication suivante : tout homme « ayant eu ou ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, quelle que soit l’ancienneté du rapport » ne peut être donneur. « Pourquoi ? Parce que je suis gay ! Gay donc drogué, malade ou contagieux ? NON ! Mais c’est ce que notre réglementation nous dit ! » ajoutait Steven dans sa lettre. Lui et quelques 180 000 autres signataires brandissent aujourd’hui leur détermination sur le site Change.org tandis que le ministère semble encore hésiter. En 2012, la future ministre de la Santé déclarait :
« Les homosexuels hommes devraient bientôt être autorisés à donner leur sang en France alors qu’ils en sont, jusqu’à présent, exclus en raison d’un risque, considéré comme accru, de contamination par le virus du sida. Le critère de l’orientation sexuelle n’est pas en soi un risque. En revanche, la multiplicité des relations et des partenaires constituent un facteur de risque, quels que soient l’orientation sexuelle et le genre de la personne ».
L’avocat général de la Cour de justice de l’Union européenne a appuyé ce propos en 2014, en annonçant que l’exclusion des homosexuels provoquait « une évidente discrimination indirecte basée sur le genre et l’orientation sexuelle. » D’un côté se trouvait donc toute une communauté discriminée mais désireuse d’agir pour son prochain, et de l’autre, un établissement français du sang exsangue. L’équation semblait évidente…
… Et mauvais sang
Pourtant, trois ans après sa première déclaration, Marisol Touraine freine des quatre fers et annonce que si les hommes homosexuels pourront dorénavant donner leur sang, ils devront avoir au préalable respecté une période d’abstinence de douze mois. A ce retournement, on invoque des raisons médicales. Le Comité d’Éthique émet de sérieuses réserves, indiquant que le taux de contamination au VIH reste aujourd’hui élevé au sein de la communauté gay et à ce titre, le risque de transmission virale par transfusion l’est tout autant. Le professeur Benoît Valet, directeur général de la Santé, ajoute qu’il « n’y a pas encore à ce stade, de données suffisantes pour démontrer l’absence d’augmentation du risque transfusionnel du VIH pour un délai inférieur à douze mois. »
Et c’est là justement que le bât blesse. Le ministère, pour justifier ses tergiversations sanitaires, a usé des mêmes stéréotypes que Marisol Touraine disait justement vouloir désamorcer. L’homosexualité masculine est toujours perçue comme un facteur de risque. On renoue avec les discriminations faites à une orientation sexuelle particulière. La boucle est bouclée et le sang des internautes ne fait qu’un tour :

 
 
Bon sang ne saurait mentir !
Quant à la presse, elle ne fait pas non plus dans la demi-mesure. Il y a d’un côté ceux qui saluent l’avancée sociale, et de l’autre ceux qui dénoncent l’hypocrisie du ministère. C’est sans doute là toute la difficulté du sujet que de ne pas se laisser tenter par les raccourcis. Certes, la réforme impose une abstinence de douze mois en ce qui concerne le don de globules rouges, mais le don de plasma, lui, est autorisé aux mêmes conditions pour tous, sans distinction d’orientation sexuelle. Il ne s’agit donc peut-être pas tant d’une démarche homophobe que d’une tentative ratée de mettre fin à une discrimination permanente parmi les donneurs tout en maintenant le niveau de sécurité des receveurs.
Malgré tout, la communication autour de cette nouvelle réglementation semble beaucoup trop élusive. Trente-deux ans après la reconnaissance du SIDA et sa propension à toucher TOUT le monde, est-il encore possible d’affirmer que les rapports masculins constituent un plus grand risque que toute relation hétérosexuelle non protégée ? Car face au douze mois d’abstinence exigés des hommes homosexuels, quatre seulement sont demandés aux donneurs hétérosexuels après un changement de partenaire ou un rapport à risque.
En vérité, cette réforme n’est sans doute que l’ébauche d’un progrès, marquant la fin d’une exclusion permanente, mais ne sachant encore trop comment articuler « égalité » et « sécurité » de manière harmonieuse et sans contradictions.
Marie Philippon
Sources :
Steven Kuzan, « Oui au don du sang pour tous », change.org – https://www.change.org/p/oui-au-don-du-sang-pour-tous-stop-%C3%A0-l-interdiction-pour-les-homosexuels-marisoltouraine
Jean-Yves Nau, « Don du sang chez les gays: le difficile exercice de la démocratie sanitaire », Slate, le 04/11/2015 – http://www.slate.fr/story/109385/don-sang-homosexualite-sida-democratie-sanitaire
Maxime Bourdeau, « La période d’abstinence d’un an demandée aux homosexuels pour le don du sang critiquée (et détournée) sur Twitter » Le HuffPost, le 04/11/2015 – http://www.huffingtonpost.fr/2015/11/04/abstinence-un-an-homosexuels-don-du-sang-critiques-twitter_n_8471086.html
http://www.dondusang.net/
Crédit images :
Le Monde.fr, Aurel
Twitter, Sergio Coronado, @sergiocoronado, le 04/11/2015
Twitter, Piedminu, @piedminu, le 04/11/2015
RT Pierre, @Rouatp, le 04/11/201

APHATIE
Société

Jean-Michel Aphatie parle aussi communication

Journaliste politique, éditorialiste et animateur aux côtés de Maxime Switek d’ Europe 1 Midi du lundi au vendredi de 12h à 14h, Jean-Michel Aphatie a répondu à nos questions après la conférence organisée par Débattre en Sorbonne le 25 novembre. Il nous donne sa vision de la communication à travers le prisme de son métier.

 
Dans cet entretien un peu improvisé, Jean-Michel Aphatie commence par parler des rapports entre communication et journalisme. Il explique que « Le journalisme c’est essayer, par des questions, d’accoucher d’une certaine forme de réalité. » Il esquisse une vision de la communication qui est concentrée sur le travail effectué, par exemple, par les hommes politiques avant une interview ou une déclaration. Ici la communication s’apparente à un calcul pour arriver à des fins.
M. Aphatie explique que la place de la communication dans la vie politique n’a rien de nouveau, c’est un phénomène ancien, il en vient même à citer Jules César, Louis XIV et Napoléon ! « La communication c’est quelque chose qui accompagne l’action depuis la nuit des temps ». Pour les journalistes, être en contact avec le service communication de l’Elysée, c’est une nécessité. Et l’efficacité de ce service dans sa capacité à mettre en relation avec les acteurs de l’Elysée est révélateur de toute l’organisation « de la maison ».
Jean-Michel Aphatie se lance dans une définition : « Un bon journaliste politique, c’est quelqu’un qui dit ce qu’il sait et quand il ne dit pas, il sait pourquoi il ne le dit pas. Il ne le dit pas pour les bonnes raisons. » Reste à savoir quelles sont ces « bonnes raisons », il parle aussi d’un pacte de confiance entre les journalistes et « ceux qui les achètent ». Encore faut-il savoir si on parle là des auditeurs ou des annonceurs …
FastNCurious remercie Antoine Gagnaire et Débattre en Sorbonne.