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Société

Les attentats du 13 novembre 2015 à Paris: un événement hybride entre violence et communication

En une soirée, le 13 novembre dernier, les attaques de l’Etat islamique (EI) à Paris ont tué 130 personnes. Depuis 1980, 57 victimes d’attentats étaient à déplorer en France. Tout est dit. En janvier, la liberté d’expression, la laïcité, l’intégration, l’éducation avaient nourri les débats. Cette fois, la pensée s’est figée. Le mode opératoire a été sophistiqué. Il a synchronisé assassinats à bout portant et prise d’otage de plusieurs heures, ce dans des lieux différents et emblématiques de notre art de vivre. La mise en scène qui en a résulté rappelle à quel point le terrorisme se donne toujours en tant qu’hybride entre violence et communication. Elle souligne aussi, désormais, la propension de ce « spectacle » à s’inscrire dans notre système informationnel en continu. Outre la dimension communicationnelle dont elles sont donc porteuses, ces actions terroristes peuvent se concevoir comme le marqueur de deux mécanismes de redimensionnement simultanés et interdépendants : d’une part un décloisonnement géographique entre «  ici » et « là-bas », d’autre part une série de basculements politiques et psychologiques qui ne sont pas sans poser question.
En consacrant le continuum opérationnel entre « ici » et « là-bas », c’est-à-dire entre nos terrasses de café ou salles de concert et la géopolitique du Moyen-Orient, l’EI a exhibé sa marque de fabrique. Deux points sont ici essentiels. Premièrement, cette violence nomade, interne-externe aux Etats, située entre guerre de religions, d’intérêt et de civilisation, plonge ses racines dans tous les comptes non soldés des colonisations et prédations des empires qui se sont succédé et confrontés dans la région depuis l’Empire Ottoman. Deuxièmement, en pariant à la fois sur la radicalisation des populations d’origine arabo-musulmanes en Occident (et surtout en France) et sur un djihad de proximité contre tous les régimes « apostats » de la région, l’EI capitalise aussi sur la tendance répétée des grandes puissances à sous-estimer la capacité phénoménale du terrorisme islamiste à s’adapter à l’Histoire, à muter tel un virus (car l’EI n’est pas Al Qaida). D’autant qu’aucune des aventures militaires entreprises depuis 35 ans (de l’invasion soviétique de l’Afghanistan en 1979 aux actuelles frappes aériennes en Syrie et en Irak) ne s’est jamais accompagnée du moindre projet politique crédible et constructif à l’attention des populations. Ensuite, la force d’attraction de l’EI conçu comme utopie, et son prestige auprès de ses cibles se nourrissent en permanence de deux processus : d’un côté une lutte militaire héroïque contre les aviations les plus puissantes du monde et de l’autre la « perte de sens » qui affecterait nos sociétés consuméristes et oublieuses de toute transcendance. En ce sens, l’irruption de la figure du kamikaze est porteuse un message : donner à sa propre mort un sens que sa vie n’aura jamais. C’est donc une combinatoire inédite qui confère au terrorisme de l’EI sa média génie macabre : un socle territorial irako-syrien à partir duquel une mystique de la conquête et une vision eschatologique de l’Histoire font que commettre des attentats à l’étranger signifie à la fois riposte militaire et propagande.
Pierre Nora a parlé récemment d’une « signification historique géante » dépassant la « péripétie ». Il est vrai que la profonde blessure collective infligée à notre démocratie induit une série de basculements politiques et psychologiques qui ne sont pas anodins au sein de notre société où le « nous » s’est fragilisé. La tension est inhérente à la rencontre entre Etat de droit et état d’urgence ; le lien est ténu entre désordre sécuritaire et désordre électoral. Alors que dire de la proclamation répétée d’un état de « guerre » par François Hollande ? D’ordinaire, toute crise appelle de la part des politiques des discours régulateurs qui oscillent entre logiques d’identification (émotion, pathos…) et stratégies de distanciation (rationalité, explication…). Si ces discours parviennent à construire une relation avec le public, ils vivifient l’image du politique. D’autant que les institutions de la Vème République y sont propices. L’embellie sondagière de l’Elysée le montre. Pourtant, la sociologie du terrorisme de l’EI évoquée plus haut ne peut que rendre très illusoire cette performance communicationnelle, car il est impossible de contrôler durablement l’interprétation qui sera faite (dans l’opinion, dans les médias) des tensions fatales qui sont à l’œuvre entre deuil et guerre, entre Etat de droit / état d’urgence. Surtout si d’autres actes se produisent.
Isabelle Le Breton
Maître de conférences au CELSA
LinkedIn 

Tintin - Capitaine Haddock
Société

"Nom d'une pipe en bois!" : petite apologie du gros mot

Qu’il soit vulgaire, injurieux, scatologique ou encore précautionneusement déguisé en euphémisme, le gros mot verbalise et dévoile l’émotion. Il remplit principalement une fonction « expressive ou émotive » au sens où l’entend Jakobson, c’est-à-dire qu’il tend à une « expression directe de l’attitude du sujet à l’égard de ce dont il parle. » Cette forme de « lâcher-prise » n’est pas toujours la bienvenue dans les lieux de débat politique et de confrontation des opinions privées. C’est alors toute la question de la légitimité et de la crédibilité d’une parole publique émue qui est soulevée à travers l’exemple précis de l’usage du gros mot.
Quand le gros mot se fait petit
Le gros mot a la vie dure et le chemin qu’il tente de se frayer dans l’espace public est semé d’embûches. Alors que la bienséance, la courtoisie et la retenue prêchent la bonne parole, le gros mot fait tache. Il est le mot qui choque, le mot de trop, celui qui scandalise et se fait remarquer jusqu’à frôler l’indécence. Lorsqu’il surgit du discours dans le théâtre médiatique du politiquement correct, il s’habille d’insolence et revêt son plus beau vêtement : la provocation. Proscrit par le bon usage, pointé du doigt comme outil linguistique indigne et licencieux, il est classé dans la catégorie des intolérables. Pourtant, il fait partie de ces rares termes à caractère démocratique qui échappent à la règle du marquage social. Il navigue à travers tous les milieux sociaux, sans exception. Semblable à un flagrant délit d’humanité, le gros mot s’inscrit dans un système sémiotique partagé par tous. Dans l’espace privé, grossièretés, insultes et noms d’oiseaux fusent à tout bout de champ, qu’importe les origines et les milieux sociaux. Le pape n’a-t-il pas déjà juré en se cognant le petit doigt de pied contre le coin d’un meuble mal placé ?
Cependant, le gros mot ne parvient pas à se faire accepter dignement dans l’espace public. La violence symbolique qu’il porte est jugée outrageante et semble mettre en péril l’acte même de communication. Il prend le risque de mettre un terme à l’échange, pousse dangereusement à la confrontation tant verbale que physique, peut délégitimer des propos bien choisis et faire crier à l’indignation lorsqu’il se fait insultant. Citons l’exemple de  Nigel Farage, président de UKIP (parti  indépendantistedu Royaume-Uni) s’écriant lors d’une session du Parlement européen que le président du Conseil européen Herman Van Rompuy a « le charisme d’une lavette humide et l’apparence d’un petit employé de banque ».
Seuls les réseaux sociaux, qui échappent à la censure contrairement aux médias audiovisuels, semblent tolérer le recours au juron. Illustration avec le site Fbomb.co qui recense en direct l’emploi du terme « fuck » sur Twitter à partir d’une carte interactive.
« Mat » alors !
Le gros mot effraie non seulement parce qu’il est violent, mais peut-être surtout parce qu’il met à nu. Le mot est gros parce qu’il n’a pas été affiné, moulé, façonné pour un cadre lisse et ordonné. Il est celui qui est cru, brut, frontal, celui qui dévoile une réalité sans masque. Il est le grand absent de la plupart des discours politiques et intellectualistes qui font la part belle à la rhétorique et à la grandiloquence. Les stratégies de communication politique valorisent la retenue et la maîtrise des mots comme des émotions. Les dérapages outrageants ou grossiers ne pardonnent pas et font rapidement polémique. En témoigne l’entreprise de justification de Nathalie Kosciusko-Morizet après qu’elle a délibérément qualifié les climato-sceptiques de « connards » sur le plateau du Grand Journal.

C’est certainement à cause de son côté libertaire qu’il s’attire les foudres de la censure. Au printemps 2013, Vladimir Poutine s’en prend aux expressions grossières en interdisant leur usage au théâtre, dans les films et dans les médias russes. Les disques, œuvres littéraires ou artistiques contenant des grossièretés se voient habillés d’une étiquette mentionnant la présence de termes outrageants. C’est l’argot russe (appelé « mat ») qui est visé à travers cette loi. Le « mat » désigne à la fois l’acte sexuel, les organes génitaux féminins et masculins. Il est employé de manière quotidienne en Russie, par des ouvriers comme par des intellectuels. L’application de cette loi controversée vise à renforcer le conservatisme d’un État démesurément autoritaire qui se donne le droit de pousser dans l’oubli tout ce qui est au fondement de la démocratie.
Art et argot
Le gros mot s’érige alors en tant que véritable moyen de contestation et de contre-pouvoir. S’il a du mal à s’imposer en tant que tel dans les sphères médiatiques et politiques, il fait de l’art un nouvel espace public dans lequel il peut exprimer plus librement sa valeur émancipatrice. Il se fait déterminant dans le milieu du rap français qui, ayant acquis une certaine légitimité, le médiatise et en fait un allié. Par exemple, dans son titre « L’aigle ne chasse pas les mouches », le rappeur MC Solaar donne au gros mot une force nouvelle tout en permettant à la poésie de ne pas se scléroser.

De Médine à la Mecque, armé du stylo bic
Mon stylo nique, Sheitan et les ânes porteurs du style oblique
On dit qu’il faut battre le fer quand il est chaud
On dit qu’il faut battre le frère quand il est faux
Donc sur papier je couche.
À coup sur, je touche, fais mouche
Car l’aigle ne chasse pas les mouches !
Même s’il n’est pas une fin en soi, le gros mot est un outil langagier fort, capable d’éveiller les consciences et de signifier à un collectif des émotions personnelles. Il est la rondeur sur laquelle on s’accorde ou se désaccorde, ce « trop plein de sens » qu’on prononce tous et qui quelque part, nous lie à travers l’acte de parole. Certains s’entêteront à ne pas reconnaître les valeurs qu’il porte mais finalement qu’importe, car comme dirait Brassens: « le temps ne fait rien à l’affaire, quand on est con, on est con ».
Émilie Beraud
LinkedIn 
Sources :
Huffington Post: “Poutine interdit les gros mots”
Le scan politique du Figaro, “Pour NKM, les climatosceptiques sont des “connards””
Thierry Paquot, L’espace public
Crédits photo:
http://www.madmoizelle.com/
 
 

Meme cat
Société

Adopte un lolcat

Les chats les plus drôles d’Internet débarquent dans la communication. Un doux mélange entre le rire, LOL, acronyme de Laughting Out Loud, et le chat, nous donne le lolcat, une sorte de chat rigolo. D’un phénomène a priori spontané et sans visée commerciale, il est devenu un réel atout de communication. Pourquoi ?
Le vieux chat fait la grimace
Si le lolcat paraît récent de seulement quelques années, son origine remonte en fait à la fin du 19e siècle, lorsque le photographe américain Harry Whittier Frees immortalisait des chats déguisés.

Le lolcat n’est pas à confondre avec le chat mignon, autre phénomène du web, comme le souligne André Gunthert, maître de conférence de l’EHESS, dans l’émission de Sonia Devillers, l’Instant M du 27 novembre sur France Inter. Développé notamment par le site 4chan.org., une plateforme d’échange en ligne connue de tous les geeks, le lolcat est devenu un mème, autrement dit une image reprise et déclinée par les internautes. Devenu viral dans le milieu des années 2000 et reconnu officiellement dans la presse depuis 2007 avec un article que lui consacre le Times, il répond à certaines caractéristiques. Il s’agit d’une photo d’un chat drôle, mignon ou en situation de détresse accompagné d’une légende humoristique, le tout ayant vocation à susciter le rire. Le texte, un commentaire qui est superposé à l’image en police Impact ou Arial black, est indissociable de celle-ci. Il est écrit dans un langage particulier, souvent bourré de fautes, pour en rajouter à l’effet comique.

Parce que ça fait du bien
Se moquer d’un chat rigolo, qui de plus s’exprime mal, ça fait du bien. Le phénomène d’anthropomorphisme du chat humanise le lolcat et nous permet ainsi de dire des choses sur nous que nous ne dirions pas autrement, de se moquer sans se sentir directement visé. André Günter précise qu’aujourd’hui nous ne pouvons plus nous moquer de certaines catégories de la population, alors nous le faisons avec des chats, car eux sont neutres. Il ajoute que cette pratique est loin d’être neuve, c’est le principe même des Fables de La Fontaine, qui humanisent des animaux pour en tirer une morale sur l’humain.
C’est aussi le caractère universel du lolcat qui fait du bien. Compréhensible par tous, il crée du lien social comme « une soupape de décompression, un îlot de drôlerie dans un monde violent » propos d’Anaïs Carayon, rédactrice en chef de Brain magazine et autre invitée de l’Instant M. Son universalité le rend fédérateur et offre ainsi aux communicants qui l’emploient une plus large cible.
Lol-communication
Si les lolcats sont un phénomène créé par et pour les internautes dans un but non commercial, ils ont vite été mis au profit d’activités lucratives. L’un des chats les plus connus d’Internet, GrumpyCat – le « chat grincheux » – a même aujourd’hui un manager puisqu’il a généré l’an passé plus de revenus que Brad Pitt, seulement en produits dérivés. En effet l’acteur gagne environ 25 millions d’euros par an, lorsque GrumpyCat a rapporté l’an passé plus de 80 millions d’euros à sa propriétaire, n’étant connu que depuis 2012.

Mais les lolcats ont aussi été récupérés par la communication. Certaines marques alimentent leurs comptes sur les réseaux sociaux de lolcats, pour créer une certaine proximité avec leurs abonnés, comme le fait Cdiscount sur sa page facebook. Les community managers de la marque alimentent le profil de lolcats accompagnés de messages pour leurs abonnés, dont le but n’est pas directement d’appeler à la consommation de la marque mais d’entretenir une relation positive avec une communauté d’abonnés qui sont des clients éventuels.

Déclinés en vidéos, ils servent plusieurs campagnes. C’est le cas de GreenPeace, qui se sert des « petit frères » des tigres, les chats, pour sauver cette espèce en danger. L’enjeu est d’autant plus important qu’il s’agit d’une ONG, les ressources étant moindres et soumises à des aléas. Pour une communication originale et décalée, basée sur le rire et pourtant totalement dans le thème des animaux, le lolcat est l’arme efficace.
 

 
Les lolcats présentent des avantages évidents en terme de communication, à commencer par leur universalité et leur transculturalité. Aucun prérequis nécessaire pour comprendre le lolcat, si ce n’est la compréhension d’un minimum d’anglais, quand ils ne sont pas traduits. Le lolcat est aussi un moyen de communication rapide dans un monde de l’instantané : une image accompagnée d’un commentaire bref qui suscite un rire immédiat. Il est question de caricature, de décompression par l’humour, une communication assez facile mais un atout pour séduire les jeunes générations.
Le lolcat contre le terrorisme ?
Après une légère baisse de popularité des lolcats, ils sont revenus en force avec le hashtag #BrusselslockDown, lancé par les belges suite à une demande de la police de ne pas diffuser de photos de l’opération en cours le 22 novembre dernier pour empêcher une éventuelle attaque terroriste dans la capitale. La réaction des internautes : diffuser et partager des images de chats. Lolcats et chatons mignons se sont mélangés, certains au ton ironique, pour dénoncer la censure des forces de police. Malgré ces dénonciations, le chat a plutôt servi a créer du lien, à se détendre un peu dans une ambiance qui n’était pas à l’humour.
Coïncidence malheureuse, le lolcat, et le chat en général, ont aussi servi d’outil de communication à Daesh. Utilisé notamment par la communauté qui fait la promotion de l’organisation Etat Islamique, les lolcats sont représentés avec des armes ou à coté d’images de personnes tuées par l’organisation. Pour les âmes moins sensibles qui voudraient approfondir la récupération des lolcats par l’organisation terroriste, Arte en parle ici
Se détendre seul ou à plusieurs, créer une communauté, défendre une cause plus ou moins noble : le lolcat est partout. Mais il n’est pas le seul animal humanisé à envahir Internet. Depuis peu les stars du web sont aussi des chiens, à l’image de Doug the Pug ou Doge, les nouveaux copains de GrumpyCat, tout aussi productifs en produits dérivés.
Adélie Touleron
LinkedIn
 
Sources :
France Inter, l’instant M: “le pouvoir du chat”
Huffington Post, Les “lolcats” à l’honneur pour la journée international du chat
Arte, Etat islamique: la sainte armée des chats
 
Crédits:
http://i.imgur.com/
http://knowyourmeme.com/memes/sites/cheezburger
http://lejournaldessorties.com/wp-content/uploads/2014/03/harrywhitterfrees7.jpg
 

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DON DU SANG HOMOSEXUEL
Société

Le don solidaire ou l'indécision sanitaire

Le 4 novembre dernier, la ministre de la Santé, Marisol Touraine a annoncé une révision des contre-indications au don du sang. Dès le 1er juin 2016, tout homme ayant eu des relations sexuelles avec d’autres hommes aura enfin la possibilité de devenir donneur à son tour … à condition qu’il ait respecté au préalable une période d’abstinence de douze mois. Face aux justifications médicales et à une communication ministérielle beaucoup trop évasives, la réforme est jugée encore trop culpabilisante, réaffirmant les stéréotypes homophobes. Un débat à mi-chemin entre égalité, solidarité et sécurité sanitaire.
Mauvais genre…
« Je m’appelle Steven Kuzan, j’ai 23 ans. Je suis aide-soignant par passion, je me considère comme combattant pour le bonheur et le bien être des gens. » Steven a le sang rare et l’esprit solidaire. Il y a quelques mois, il a lancé une pétition à l’adresse de Marisol Touraine, revendiquant l’autorisation des hommes homosexuels à donner leur sang. Il y a peu encore et selon un arrêté de 1983, le site de l’EFS recensait la contre-indication suivante : tout homme « ayant eu ou ayant des rapports sexuels avec d’autres hommes, quelle que soit l’ancienneté du rapport » ne peut être donneur. « Pourquoi ? Parce que je suis gay ! Gay donc drogué, malade ou contagieux ? NON ! Mais c’est ce que notre réglementation nous dit ! » ajoutait Steven dans sa lettre. Lui et quelques 180 000 autres signataires brandissent aujourd’hui leur détermination sur le site Change.org tandis que le ministère semble encore hésiter. En 2012, la future ministre de la Santé déclarait :
« Les homosexuels hommes devraient bientôt être autorisés à donner leur sang en France alors qu’ils en sont, jusqu’à présent, exclus en raison d’un risque, considéré comme accru, de contamination par le virus du sida. Le critère de l’orientation sexuelle n’est pas en soi un risque. En revanche, la multiplicité des relations et des partenaires constituent un facteur de risque, quels que soient l’orientation sexuelle et le genre de la personne ».
L’avocat général de la Cour de justice de l’Union européenne a appuyé ce propos en 2014, en annonçant que l’exclusion des homosexuels provoquait « une évidente discrimination indirecte basée sur le genre et l’orientation sexuelle. » D’un côté se trouvait donc toute une communauté discriminée mais désireuse d’agir pour son prochain, et de l’autre, un établissement français du sang exsangue. L’équation semblait évidente…
… Et mauvais sang
Pourtant, trois ans après sa première déclaration, Marisol Touraine freine des quatre fers et annonce que si les hommes homosexuels pourront dorénavant donner leur sang, ils devront avoir au préalable respecté une période d’abstinence de douze mois. A ce retournement, on invoque des raisons médicales. Le Comité d’Éthique émet de sérieuses réserves, indiquant que le taux de contamination au VIH reste aujourd’hui élevé au sein de la communauté gay et à ce titre, le risque de transmission virale par transfusion l’est tout autant. Le professeur Benoît Valet, directeur général de la Santé, ajoute qu’il « n’y a pas encore à ce stade, de données suffisantes pour démontrer l’absence d’augmentation du risque transfusionnel du VIH pour un délai inférieur à douze mois. »
Et c’est là justement que le bât blesse. Le ministère, pour justifier ses tergiversations sanitaires, a usé des mêmes stéréotypes que Marisol Touraine disait justement vouloir désamorcer. L’homosexualité masculine est toujours perçue comme un facteur de risque. On renoue avec les discriminations faites à une orientation sexuelle particulière. La boucle est bouclée et le sang des internautes ne fait qu’un tour :

 
 
Bon sang ne saurait mentir !
Quant à la presse, elle ne fait pas non plus dans la demi-mesure. Il y a d’un côté ceux qui saluent l’avancée sociale, et de l’autre ceux qui dénoncent l’hypocrisie du ministère. C’est sans doute là toute la difficulté du sujet que de ne pas se laisser tenter par les raccourcis. Certes, la réforme impose une abstinence de douze mois en ce qui concerne le don de globules rouges, mais le don de plasma, lui, est autorisé aux mêmes conditions pour tous, sans distinction d’orientation sexuelle. Il ne s’agit donc peut-être pas tant d’une démarche homophobe que d’une tentative ratée de mettre fin à une discrimination permanente parmi les donneurs tout en maintenant le niveau de sécurité des receveurs.
Malgré tout, la communication autour de cette nouvelle réglementation semble beaucoup trop élusive. Trente-deux ans après la reconnaissance du SIDA et sa propension à toucher TOUT le monde, est-il encore possible d’affirmer que les rapports masculins constituent un plus grand risque que toute relation hétérosexuelle non protégée ? Car face au douze mois d’abstinence exigés des hommes homosexuels, quatre seulement sont demandés aux donneurs hétérosexuels après un changement de partenaire ou un rapport à risque.
En vérité, cette réforme n’est sans doute que l’ébauche d’un progrès, marquant la fin d’une exclusion permanente, mais ne sachant encore trop comment articuler « égalité » et « sécurité » de manière harmonieuse et sans contradictions.
Marie Philippon
Sources :
Steven Kuzan, « Oui au don du sang pour tous », change.org – https://www.change.org/p/oui-au-don-du-sang-pour-tous-stop-%C3%A0-l-interdiction-pour-les-homosexuels-marisoltouraine
Jean-Yves Nau, « Don du sang chez les gays: le difficile exercice de la démocratie sanitaire », Slate, le 04/11/2015 – http://www.slate.fr/story/109385/don-sang-homosexualite-sida-democratie-sanitaire
Maxime Bourdeau, « La période d’abstinence d’un an demandée aux homosexuels pour le don du sang critiquée (et détournée) sur Twitter » Le HuffPost, le 04/11/2015 – http://www.huffingtonpost.fr/2015/11/04/abstinence-un-an-homosexuels-don-du-sang-critiques-twitter_n_8471086.html
http://www.dondusang.net/
Crédit images :
Le Monde.fr, Aurel
Twitter, Sergio Coronado, @sergiocoronado, le 04/11/2015
Twitter, Piedminu, @piedminu, le 04/11/2015
RT Pierre, @Rouatp, le 04/11/201

APHATIE
Société

Jean-Michel Aphatie parle aussi communication

Journaliste politique, éditorialiste et animateur aux côtés de Maxime Switek d’ Europe 1 Midi du lundi au vendredi de 12h à 14h, Jean-Michel Aphatie a répondu à nos questions après la conférence organisée par Débattre en Sorbonne le 25 novembre. Il nous donne sa vision de la communication à travers le prisme de son métier.

 
Dans cet entretien un peu improvisé, Jean-Michel Aphatie commence par parler des rapports entre communication et journalisme. Il explique que « Le journalisme c’est essayer, par des questions, d’accoucher d’une certaine forme de réalité. » Il esquisse une vision de la communication qui est concentrée sur le travail effectué, par exemple, par les hommes politiques avant une interview ou une déclaration. Ici la communication s’apparente à un calcul pour arriver à des fins.
M. Aphatie explique que la place de la communication dans la vie politique n’a rien de nouveau, c’est un phénomène ancien, il en vient même à citer Jules César, Louis XIV et Napoléon ! « La communication c’est quelque chose qui accompagne l’action depuis la nuit des temps ». Pour les journalistes, être en contact avec le service communication de l’Elysée, c’est une nécessité. Et l’efficacité de ce service dans sa capacité à mettre en relation avec les acteurs de l’Elysée est révélateur de toute l’organisation « de la maison ».
Jean-Michel Aphatie se lance dans une définition : « Un bon journaliste politique, c’est quelqu’un qui dit ce qu’il sait et quand il ne dit pas, il sait pourquoi il ne le dit pas. Il ne le dit pas pour les bonnes raisons. » Reste à savoir quelles sont ces « bonnes raisons », il parle aussi d’un pacte de confiance entre les journalistes et « ceux qui les achètent ». Encore faut-il savoir si on parle là des auditeurs ou des annonceurs …
FastNCurious remercie Antoine Gagnaire et Débattre en Sorbonne.

Sherlock Homes
Société

Ta mère la parano

Depuis la sortie de Mon Roi de Maïwenn au mois d’octobre, force est de constater l’apparition en masse d’une nouvelle espèce méconnue des psychologues du XXème siècle, et pourtant présente dans les médias. Elle est incarnée par le sombre Vincent Cassel: le pervers narcissique. Après la sortie du film, nombreux sont les articles qui sont apparus autour de ce sujet. Le pervers narcissique serait celui qui, vide de tout réel sentiment, s’attèle à posséder l’autre pour le détruire. Mais ce terme, théorisé tout d’abord par Paul-Claude Racamier, reste contesté par certains psychologues alors que la société semble l’avoir adopté, comme si sa définition était consensuelle et connue de tous. Plus largement les termes de psychologie sont le fruit d’analyses sauvages pouvant aller jusqu’à l’insulte.
Simpsyfication
Le pervers narcissique ne possède pas le monopole du terme hybride, né d’un mélange de psychologie et de l’usage social du terme. Le sociopathe est un autre exemple. Sherlock Holmes dans la série Sherlock se définit lui-même comme sociopathe et non pas psychopathe. Au fur et à mesure, ces termes vont envahir les médias, comme les séries et films qui à leur tour vont jouer un rôle dans la transmission et la vulgarisation de termes qui semblent être du ressort de la psychologie. Le lecteur ou spectateur semble déjà être au fait de ce que cela veut dire.
Après avoir demandé à plusieurs personnes ce qu’était un sociopathe, selon eux, voici la définition approximative que nous pourrions en donner : un sociopathe est un psychopathe dans une moindre mesure, capable de vivre en société. Pourtant, quand on consulte un dictionnaire spécialisé de psychologie, un psychopathe qui est capable de vivre en société est…un psychopathe. Il y a simplement plusieurs échelles dans la psychopathie qui font que certains sont plus ou moins aptes à se conformer à la vie en société.
L’avènement du « psy-quolibet »
Dans les faits, il n’a pas fallu attendre le développement de la culture psy –un terreau fertile pour les magasines féminin – pour entendre des termes de psychologie dans le vocabulaire commun. En effet, rappelez-vous, quand vous étiez jeunes à l’école primaire, au collège, lorsque vous aviez assuré qu’une camarade vous a frappé, cette dernière avait osé vous traiter de « mytho » : horreur!
Effectivement, dans le lexique argotique des jeunes, il semble qu’il existerait une section “psycho” : « mytho », « parano », « schizo » et même « hystérique » (au sujet de votre mère, mais ça viendra plus tard). Néanmoins, ces mots perdent leur véritable sens.
On aurait tendance à associer la schizophrénie au dédoublement de personnalité, alors que le schizophrène souffre plutôt d’hallucinations, d’une incapacité à distinguer la réalité de l’illusion. Le schizophrène n’est pas forcément Dr. Jekyll et Mr. Hyde. Ces termes abrégés dès notre plus jeune âge sont des maladies graves, que l’on transforme en insulte.
Le fait que nous traitions quelqu’un de schizophrène et non pas de cancéreux, par exemple, peut trouver son origine dans l’histoire des sciences. En effet, la médecine s’est toujours attelée à expliquer des maladies visibles physiquement, qui atteignent le corps. Inversement, la psychologie s’efforce d’étudier des maladies finalement invisibles puisqu’elles relèvent de l’esprit. Ainsi, en étant plus abstraits se prêtent plus facilement à la vulgarisation et à une utilisation commune.

Des médias médiateurs
Mais les médias sont aussi à l’origine de la vulgarisation de termes de psychologie. Nous vivons aujourd’hui dans une société que nous pourrions qualifier de “freudienne”. La place que l’on accorde à la “psycho” est de plus en plus vaste. Il est fréquent de se réclamer de Freud et de se servir de ses concepts comme l’inconscient ou l’acte manqué. Ses théories, inspirées de mythes comme le complexe d’Œdipe sont aussi plus familières.
Enfin, les médias ont contribué à développer ces termes, à les répandre. Par exemple, le nom d’un tueur en série est toujours précédé d’un « psychopathe ». Les médias permettent donc aux lecteurs de comprendre ce tueur, et de comprendre que l’on est différent de lui. Comme si sa maladie nous rassurait en quelque sorte, et nous permettait de prendre nos distances vis-à-vis de ses actes : « il a fait ça parce qu’il est malade ».
Le vocabulaire psy semble donc être un pas de plus vers une catégorisation rationnelle rassurante. Il n’est pas rare que l’on invite des psys en tout genre pour discuter d’un sujet, fixer des termes et ainsi évincer ce flou qui nous met mal à l’aise. Nous plaquons des analyses de ce qui nous entoure sur ces termes qui à l’origine désignent des pathologies. Ils sont un moyen pour expliquer des comportements, des mentalités. Ces termes normalement assez extrêmes deviennent des caractérisations banales; jusqu’à la vulgarisation. Finalement si votre mari est dépressif c’est probablement parce qu’il refoule ses problèmes avec sa mère.
Colombe Courau
Sources :
Catherine Rochon, Mon Roi de Maïwenn, comment échapper aux pervers narcissiques ? Huffington Post, 21 octobre 2015.
Michel Delbrouck, Psychopathologie, Manuel à l’usage du médecin et du psychothérapeute, édition de boek, 2013, ISBN 978-2-8041-7602-0
Paul-Claude Racamier, Les Perversions narcissiques, édition Payot, 2012 ISBN : 978-2-228-90779-8
Crédits photo :
Série « Sherlock » (ajout texte par la rédactrice de cet article)
 

GOEFF ROBBINS/ AFP
Société

La Trudeau mania s'abat sur le Canada

La victoire du Parti Libéral aux législatives canadiennes le 19 octobre dernier marque la fin d’une politique conservatrice qui aurait duré presque dix ans. C’est Justin Trudeau, le fils de Pierre-Elliott Trudeau, ce dernier ayant contribué à façonner une nation multiculturelle et bilingue, qui devient Premier ministre. Il est jeune ( 43 ans), il est beau et promet de mener une politique nouvelle dans un gouvernent libéral. La jeunesse, l’enthousiasme et le talent de communication sont des atouts qui ont été décisifs pour sa victoire et que Justin Trudeau a su mettre en scène dans une communication minutieuse et originale.
Un nom de famille qui véhicule une idée de progressisme
Trudeau est un nom bien connu dans l’histoire contemporaine du Canada. Le Père de Justin, qui a été Premier ministre, entre 1968 et 1979 puis entre 1980 et 1984, avait mené une politique de modernisation du pays, incarné par le « Bill Omnibus », qui légalisait le divorce et dépénalisait l’homosexualité et l’avortement en 1969. C’est aussi sous son mandat qu’est abolie la peine de mort et que des relations diplomatiques sont créées avec la Chine communiste et Cuba. Cette vague de progressisme est à l’origine de l’expression « Trudeau mania », et profite aujourd’hui à Justin. Le nouveau Premier Ministre n’a en effet pas hésité à imiter son père en s’exposant avec sa famille face aux photographes et aux caméras comme le faisaient ses parents Pierre-Elliott Trudeau et Margaret Sinclair, considérés encore aujourd’hui comme l’un des couples les plus glamour de l’histoire canadienne. Justin Trudeau, Sophie Grégoire et leurs trois enfants sont aujourd’hui un modèle pour les canadiens, qui voient en eux un exemple de famille soudée et unie qui apporte un souffle de jeunesse et de fraicheur à la vie politique et médiatique du Canada.
 

 

Cette pratique se rattache notamment à une tradition d’affichage et de discours people dans la mouvance anglo-saxonne, considérée comme un atout communicationnel pour aller droit à la victoire. Une étude de Jamil Dakhlia1 explique, cet exposition récurrente présente les avantages de stimuler sa popularité, son pouvoir de séduction et de créer avant tout un sentiment de proximité. Pour les hommes politiques Justin Trudeau en tête, jouer avec sa propre peopolisation revient à se fondre dans un discours de séduction afin de provoquer la fascination et donc l’admiration. Derrière cette démarche de dévoilement apparait l’idée selon laquelle un homme politique ne doit rien cacher de sa vie intime et familiale et donner les preuves d’un bon contrôle de sa vie privée. Conforme à la morale la plus rigoureuse, comme un signe qu’il sera capable de diriger le domaine public.
Le glamour et l’humour à la tête du pays
Epoux d’une animatrice de télévision, Justin Trudeau a appris à maîtriser minutieusement l’appareil médiatique, qu’il n’hésite pas à solliciter de manière humoristique. La preuve en 2012, lorsqu’il affronte le conservateur Patrick Brazeau lors d’un combat de boxe télévisé, organisé pour récolter des fonds destinés à la lutte contre le cancer. Le match, où chacun est vêtu aux couleurs de son parti, est retransmis en direct sur les chaines d’information, et se transforme en véritable évènement d’ampleur nationale. Trudeau l’emporte par KO au troisième round.

Malgré sa maitrise des médias, cet ancien sportif aurait pû être handicapé par son image d’athlète. Deux ans auparavant, son physique avantageux lui valait d’être sous-estimé et considéré comme trop creux et charmeur, inadapté à la vie politique. Pourtant, c’est aujourd’hui peut-être un des facteurs de sa réussite, sa jeunesse provoquant un espoir de renouveau et de dynamisme sur la scène géopolitique internationale.
Justin Trudeau s’illustre surtout par son utilisation massive des réseaux sociaux. Twitter apparait comme une tribune à travers laquelle il n’hésite pas à être lui-même et à partager des moments de son quotidien pour se montrer plus proche des électeurs. Le jour des élections, il poste sur son compte Twitter des images le représentant en train de voter en famille.

Cette proximité avec les canadiens, Justin Trudeau essaie de la maintenir en ne cessant jamais de les interpeller et de s’adresser directement à eux : il n’hésite pas à les pousser à l’action (ce que l’on désigne généralement comme étant la technique du « call to action » et qui a pour but de susciter l’engagement chez les électeurs). Justin ajoute une touche d’humour dans ses appels/ interpellations au public comme l’illustre cet autre tweet.

Sa visibilité politique a atteint son paroxysme lors de la création du hashtag #générationtrudeau.
Egérie glamour, nouveau souffle de jeunesse dans la vie politique canadienne et internationale, Justin Trudeau, grâce à une communication pointilleuse et dynamique, s’est forgé une image de renouveau. Il devra maintenant prouver sa capacité à tenir ses engagements sociaux et économiques.
Arianna Delehaye
Linkedin 
Sources :
https://questionsdecommunication.revues.org/2417
http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20151020.OBS7955/boxeur-beau-gosse-et-pro-cannabis-la-trudeau-mania-deferle-sur-le-canada.html
http://www.liberation.fr/planete/2015/10/20/avec-justin-trudeau-une-touche-de-glamour-a-la-tete-du-canada_1407588 http://www.journaldemontreal.com/2015/10/22/8-raisons-qui-prouvent-que-justin-trudeau-est-un-pro-de-twitter http://www.rcinet.ca/fr/2015/10/29/et-vous-etes-vous-parent-avec-justin-trudeau/
Crédits photos: 
AFP / Goeff Robins 
Captures Twitter du compte de Trudeau 
PC/ Adrian Wyld 
 

Société

Complot de l'atmosphère ou atmosphère de complot ?

Une heure après la fusillade du 7 janvier dans les locaux de Charlie Hebdo, une centaine d’arguments « pro-complot » émanent d’Internet : comment quelqu’un pouvait se trouver, juste au même moment, sur le toit d’un immeuble pour filmer la scène ? Comment se fait-il que les auteurs de l’acte terroriste puissent oublier leur carte d’identité dans leur voiture abandonnée ? Comment se fait-il que le président Hollande arrive si vite sur les lieux – sinon qu’il ait été prévenu à l’avance du drame ? Autant d’interrogations auxquelles de plus en plus de gens semblent préférer la thèse d’une vaste conspiration plutôt que celle de la folie meurtrière et idéologique. Problème : on y trouve pas le début d’une preuve rationnelle.

Le mythe du complot ne date pas d’hier. Il est né, en France, avec la Révolution de 1789 : preuve qu’il émerge d’événements des plus violents. Il a cependant changé de nature. Presque devenu anodin, on le voit surgir non plus seulement à chaque événement dramatique (attentat, crashs…), mais aussi à l’occasion de n’importe quel fait avéré de notre monde, pour peu qu’il soit inédit. Ainsi le changement climatique, dont nous ressentons pourtant les effets, est traité par certains comme le produit d’un vaste complot.
La vérité est ailleurs…
Une contradiction demeure : on voit surgir, dans une société hyper informée, une forme de paroxysme  de la rumeur. La faute, justement, à la surabondance de médias ?
Préférant la polémique à la pédagogie, ils alimenteraient le sentiment collectif d’une conspiration, d’une vaste supercherie concernant les problèmes de fond de notre société. L’éclairage médiatique, quand il est provoqué par un détracteur, ou un pourfendeur d’une  thèse, peut-il mener à autre chose qu’a la suspicion ?
Rien n’est moins sûr. Sur des sujets comme la réchauffement climatique, la “machine à clash” dont nous parlions ici même, pousse les gens non pas à l’action, mais à la résignation. On se réjouit que certains se demandent s’il faut vraiment continuer à inviter les climatosceptiques sur les plateaux télé, ou si ceux-ci font du bien à la science et au débat démocratique.
Car la crise climatique devrait provoquer  un sentiment d’urgence des décisions, et non l’agitation  stérile – souvent à l’initiative, il faut bien l’avouer, des politiques. Celle ci  n’amène qu’à la défiance, et deux choix s’offrent alors à nous : la résignation devant « ces choses qui nous dépassent », ou  la préférence paresseuse pour le complot.

Certains penseront aussi que les médias « ne disent pas tout, et que tout ce qu’ils ne disent pas se trouve sur internet ». C’est d’ailleurs parfois vrai… Mais, le nouveau réflexe de l’opinion commentant, instantanément, un événement fait qu’elle bascule vers des explications complotistes – ce au même titre que les médias traditionnels.
Quand chacun y va de sa propre interprétation, le citoyen est perdu. Le désordre du web conduit à un ordre factice. Le complotiste vous donnera en effet l’illusion d’apporter un peu de cohérence à ce désordre, uniquement par la réfutation méthodique d’arguments avérés par les médias et/ ou par les politiques. Pour cela, il utilisera la même logique que ceux qu’il critique : titres racoleurs, preuve par l’image… (On pense, dans le cas de Charlie Hebdo, à la polémique autour des rétroviseurs de la voiture des terroristes).
Séduisant, non ? La rhétorique du « on vous ment », on le sait, est aujourd’hui fructueuse. Même pour des domaines scientifiques, comme pour celui du climat,  elle fait  recette.
Climatosceptiques : du complotisme actualisé
Il n’est pas étonnant, de nos jours, de voir certains acteurs profiter d’un moment particulier pour faire valoir leur arguments – souvent vides – en faveur d’un complot organisé. Cela offre une « fenêtre d’écoute » très convoitée. En ce qui concerne le climat, ce moment, c’est évidemment la COP21. Les climatosceptiques, eux non plus, ne datent pas d’hier: seulement, on observe un retour sensationnel de leurs théories, à la veille de la conférence mondiale des Nations Unies.
À la source de ce scepticisme, on trouve la même défiance envers les institutions, médiatiques et cette fois scientifiques. D’une part, on observe en effet un certain catastrophisme à l’oeuvre dans les médias quand il s’agit de traiter un événement climatique. Images chocs, témoignages tristes et effrayants, bref, la “fin du monde” ne semble jamais loin. Là aussi, on préfère la polémique à la pédagogie, le sensationnalisme à l’information. Le sentiment d’impuissance prend le pas sur celui de la volonté d’agir, de trouver des solutions, de s’adapter.
D’autre part, le GIEC (Groupe Intergouvernmental d’Experts sur les Effets du Climat, crée en 88 par deux instances de l’ONU) a beaucoup de mal à se faire entendre : les accusations d’une trop grande complexité des rapports (même pour les Etats…) s’ajoutent aux accusations d’erreurs scientifiques – même quand elles sont corrigées ; et aussi au scandale sexuel qui a touché le président du groupe l’année dernière. Pas étonnant que le complotisme y trouve un terrain particulièrement intéressant.

 
Les climatoscpetiques ont par ailleurs une lourde responsabilité : la chimère du complot dissimule la réalité. En attendant, on compte à ce jour les réfugiés climatiques à 23 millions de personnes. Quand on parle de réchauffement, on ne parle pas seulement de la fonte des glaces – à des milliers de kilomètres de chez nous. On parle de morts, de drames, de catastrophes ; bien réels. Nier tout cela est à la limite de « l’indécence », selon Emmanuelle Cosse, élue EELV.
Le cas Philippe Verdier : quand monsieur météo fait dans le climat…
Tout cela n’enchante pas vraiment notre vision du monde. Quelle meilleure réponse à ce désenchantement que sa réfutation complète, par le biais de révélations des plus gargantuesques ? Il s’agit de « magnifier » l’événement pour le rendre soi disant plus intelligible ; tout ça en masquant allègrement des vérités que chacun peut pourtant voir de ses propres yeux (quand la pollution de l’air ne les pique pas…).
Le scandale médiatique autour du livre de Philippe Verdier, Climat Investigation, témoigne de la gêne occasionnée par ce genre de discours conspirationniste, le plus souvent dénué de toute preuve. En effet, le livre ne contient ni notes, ni bibliographie. Mais ! Pas de panique, « quand les températures sont plus confortables, nos modes de vie s’adoucissent », nous dit Philippe Verdier. Avec un tel postulat, qui a besoin de preuves, après tout ?

Personne n’a véritablement besoin d’avoir un doctorat en sciences climatiques pour comprendre, à la vue de cette vidéo « trailer » du livre, qu’ici le complotisme (même s’il est nié) est utilisé uniquement à des fins marketing. On voit mal en effet comment un sujet aussi sérieux peut être traité de manière crédible et scientifique, quand il est présenté sur la bande originale du film Interstellar, en images accélérées –  ou encore quand le champ lexical de la guerre (« machine de guerre », « peur », « otages »…), mêlé à celui de la tromperie (« manipulation », « corruption », « conflit d’intérêt »… Oui oui, tout ça en même temps) laisse entendre une volonté de dénonciation, plutôt que d’investigation.
On ne sait pas, alors, s’il faut se réjouir ou pleurer de ce changement de nature du conspirationnisme. Le cas Philippe Verdier nous montre qu’il peut parfois être risible – donc peu crédible.
Reste que nier l’évidence est plus apaisant que s’accoler à la résoudre, et il est désolant de voir cette négation prendre plus d’ampleur dans les médias que les solutions mises en œuvre face au changement climatique. On peut cependant constater que malgré cet espace médiatique offert au complotisme, il ne trouve toujours pas de place au sein des décisions étatiques ; sauf si ceux qui s’en nourrissent arrivaient un jour au pouvoir…
Faustine Faure
@FaustineFaure
Sources
Revue Esprit, La passion du complot, Novembre 2015
http://www.franceculture.fr/emission-culturesmonde-l-art-du-mensonge-44-theories-du-complot-la-fabrique-de-la-mefiance-2015-11-0
http://www.franceinter.fr/emission-le-79-emmanuelle-cosse-les-climatosceptiques-me-font-penser-aux-negationnistes-du-sida-des-

http://www.lemonde.fr/sciences/article/2015/11/09/s-il-y-a-eu-un-echec-du-giec-c-est-sur-la-communication_4805927_1650684.html
http://libelalettredorion.blogs.liberation.fr/2015/11/06/un-refugie-climatique-debarque-du-service-public-televisuel/
http://www.liberation.fr/planete/2015/10/15/climat-une-bonne-dose-antisceptique_1404928
http://www.slate.fr/story/110803/urgence-climatique-quarante-trois-ans 
Crédits photos
http://www.joewebbart.com/
http://www.mondesetranges.fr/spip.php?article91
9gag

VLOGGING
Société

Une vidéo de moi, par moi, sur une idée originale de moi

Le vlogging, à l’origine, désigne un phénomène très vaste : des gens de tout type et de tout âge qui « font des vidéos » dans lesquelles ils apparaissent et parlent d’une multitude de sujets différents – cuisine, musique, culture, beauté… Depuis plusieurs années, un nouveau phénomène se développe et commence à toucher la webosphère française : des gens se filment en train de vaquer à leurs occupations ou de raconter ce qu’ils ont fait dans la journée. A titre d’exemples, allez voir la chaîne Youtube de Zoella (pour les plus bilingues anglais d’entre vous) ou celle de Marie sur EnjoyVlogging.
Créer du lien
Le vlogging a besoin de deux éléments : une caméra et une plate-forme qui servent d’interface entre le vlogger et son public. Car l’essence du vlogging reste le partage et le but, la création d’une communauté. Une grande partie des vloggers commencent leur vidéo par un « hey guys » ou son équivalent français « bonjour à tous ». Cette petite phrase introductive qui connaît autant de variations qu’il y a de vloggers a la vertu d’instaurer une relation simple, presque amicale, avec le spectateur croisé au détour de ses pérégrinations sur Internet. Elle permet également de convoquer non pas un seul mais toute une communauté de spectateurs, réunissant par cette formule magique le vlogger, la personne qui le regarde et toutes celles qui ont regardé ou vont regarder la vidéo.
Cette impression de lien est renforcée par le fait que le vlogger se montre : là où le blog permettait la distance par le biais de l’écriture, le vlog exige de s’exposer davantage pour créer l’illusion d’une conversation instantanée. C’est ainsi que s’instaure une relation plus immédiate avec une personnalité d’autant plus dense qu’on la voit, qu’elle est là. La matérialisation du lien avec le vlogger appartient ensuite au spectateur qui peut suivre activement la chaîne – donc augmenter ses vues et sa popularité –, s’abonner ou commenter. Ces actions donnant lieu à des réactions de la part du vlogger, une discussion s’installe.
Une logique spectaculaire
L’échange semble pourtant biaisé. D’une part, l’authenticité revendiquée par les vloggers est à remettre en question, d’autre part le rapport de force entre ceux-ci et leur public est déséquilibré. Les vloggers font en effet acte de création dans leurs vidéos. Ce qui apparaît comme une intervention spontanée s’obtient par un véritable travail et passe par une grande quantité de filtres. Du sujet au titre de la vidéo en passant par le texte, le cadre, les prises et le montage, un certain nombre d’éléments peuvent ainsi faire l’objet de choix qui influent sur la composition finale. Celle-ci ressemble donc moins à une prise de parole informelle et beaucoup plus à une performance, propulsant les vloggers du statut de meilleur ami virtuel à celui d’artiste. Un exemple extrême d’acte créatif assumé en tant que tel : Nothing much to do qui adapte “Beaucoup de bruit pour rien” de Shakespeare en série-vlog.
 

 
Le rapport des spectateurs à ces vidéos semble le confirmer en s’inscrivant dans une logique du spectacle. Le vlogger s’expose, le public dispose. Il peut en effet décider d’un grand nombre de paramètres dans cette discussion d’un nouveau genre. C’est lui qui choisit avec qui elle aura lieu (« j’aime pas du tout Untel, je vais regarder Untel »), quand (« je me ferais bien un épisode de Untel avant de me mettre à bosser »), combien de temps (« en fait c’est pas si intéressant, je vais fermer la vidéo alors qu’Untel est au milieu de sa phrase ») et surtout, si elle aura lieu (« finalement je vais regarder Orange is the New Black »). Pour poursuivre la métaphore du spectacle on peut dire que c’est l’adhésion du public et ses commentaires positifs qui décident de la réussite d’un vlog. Dans un second temps, lorsque le vlog est un succès, c’est l’existence-même de ce public qui impose aux vloggers un certain rythme de création. Il n’est ainsi pas rare d’entendre un vlogger promettre une vidéo pour une certaine date ou parler de son rythme de publication (en moyenne une vidéo par semaine). Le public semble donc dominer dans une relation qu’il définit par sa présence ou son absence.
Vers une nouvelle télé-réalité ?
D’une semaine à l’autre le public suit un vlogger comme il suit une série, impatient de voir ce que ce dernier lui réserve. Certains vlogs reprennent même les codes de la série en insérant, par exemple, un générique au début de la vidéo (voir theschuermanshow). Des prix ont même été créés pour récompenser les meilleurs vlogs, leur conférant une reconnaissance semblable aux contenus primés aux cérémonies du genre des Golden Globes. Ils marquent également la tendance à la professionnalisation de certains vlogs. Cette logique a atteint son sommet avec la mise en place de cérémonies spécialement dédiées aux contenus en ligne.
Mais on peut aller plus loin et inscrire le phénomène du vlog dans le cadre que la télé-réalité a imposé au paysage du divertissement. L’idée de montrer des vrais gens en guise d’« entertainment » s’est peu à peu déclinée : sont apparues des émissions de réalité scénarisée comme “Petits secrets entre voisins”, des émissions de télé-réalité dont disparaissent les présentateurs et dont les commentaires sont de plus en plus pris en charge par les participants – voir “Les reines du shopping” et autres “Quatre mariages pour une lune de miel” … Le vlog semble en être une évolution logique parce qu’il montre des personnes dans leur quotidien commentant eux-mêmes ce qu’il se passe. Étant donc à la fois acteur, producteur, réalisateur et présentateur du contenu, les vloggers proposent une nouvelle forme de divertissement, plus proche d’eux et plus proche de leur public.
Sophie Mikovitch
Sources :
O’Neill, Megan. « The Top 5 Youtube Vloggers And Why People Love Them. » Social Times.  13/04/2010. Consulté le 10/11/2015. http://www.adweek.com/socialtimes/top-youtube-vloggers/11285
Samuelson, Kate. 25 « Vloggers Under 25 Who Are Owning The World Of Youtube », The Huffington Post UK. 26/12/2014. Consulté le 10/11/2015. http://www.huffingtonpost.co.uk/2014/12/17/25-vloggers-under-25-who-are-owning-the-world-of-youtube_n_6340280.html
Leloup, Damien. « Les « Family vlogs », ou la téléréalité faite maison », Le Monde.fr. 09/10/2015. Consulté le 10/11/2015. http://www.lemonde.fr/pixels/article/2015/10/09/les-family-vlogs-ou-la-telerealite-faite-maison_4786496_4408996.html#sZIUdBPgyzdfOtbH.99
Crédits photo :
MacEntee, Sean. Tyler Parker. Random Thoughts From My Random Mind. Consulté le 12/11/2015.
http://blog.tylerparker.ca/?cat=38

Pooductive
Société

Pooductive: réinventez votre expérience utilisateur des… WC

L’intimité ? C’est so 2012…
À l’ère du digital, il apparaît que les réseaux sociaux, jeux en ligne et applications en tout genre aient révélé un mal profond de notre société contemporaine : la peur de la solitude. Pour y remédier, les ingénieurs et autres geeks s’évertuent à créer de plus en plus de plateformes de rencontre et de communication, si bien qu’il n’existe désormais que peu de moments de notre quotidien pendant lesquels nous sommes obligés et forcés de rester seuls, face à nos proches ou à nous-mêmes. Que ce soit dans le but de rencontrer l’amour, de sympathiser avec TrollSympadu34 dans un monde parallèle ou de battre Monique87 au Scrabble, tout est fait pour que votre vie sociale soit comblée par de multiples avatars, et pour que vous épanchiez vos émotions dès que vous en ressentez le besoin, que ce soit en Comic Sans MS sur MSN ou à coup d’ « autocollants » sur Facebook.
Partager le trône

Depuis août, un pas de plus a été fait vers l’ère du social diktat. Pour vous, on a créé un nouvel agora, un nouveau lieu de partage et de communion, facile d’accès, cosy et tranquille : vos toilettes. Il s’agissait peut-être du dernier lieu sur terre où vous ne ressentiez pas le besoin d’avoir une vie sociale trépidante – sauf vous les filles, quand vous y allez toutes ensemble en soirée. Vous n’aurez plus à faire de choix entre développer votre vie sociale et satisfaire vos besoins naturels : Pooductive est là pour vous apprendre à concilier les deux. Le principe est simple : vous prenez place sur le trône, et souhaitant contrecarrer l’ennui, vous vous connectez à l’appli qui se résume à un simple chat, connectant des gens dans la même position que vous. Plusieurs choix s’offrent à vous : chat global ou local – vous pouvez choisir la distance entre vous et votre interlocuteur – chat à deux ou en groupe. Selon ses créateurs et comme indiqué sur leur site web, l’application est faite pour que ses utilisateurs « philosophent, partagent des idées et jouent à des jeux », le petit coin étant le lieu parfait pour s’adonner à ces activités puisqu’il serait un « incubateur de créativité ».

L’appli tombe à l’eau
Pooductive est un flop, pour plusieurs raisons. En premier lieu, tout porte à croire que la majorité des gens a téléchargé l’application pour en rire, ou poussé par une curiosité obscure et inavouable ; quoi qu’il en soit, ceux-là n’y sont sûrement pas restés plus d’une journée, voire plus de 15 minutes. Il existe pourtant une cible réelle, un public enthousiaste et dont la créativité déborde au moment d’utiliser les toilettes, un public qui attendait et rêvait d’appartenir à une communauté de pooductive people. Oui, ils existent (selon les créateurs de l’application). Malheureusement, ces publics enthousiastes ont été fortement déçus par la lenteur de l’application, qui met effectivement un certain temps à trouver des partenaires et à vous mettre en contact – pas pratique si on était parti sur une courte pause pipi. Qui plus est, l’application n’offre pas beaucoup de possibilités, outre le chat. On ne peut pas envoyer de photos (c’est peut-être pour le mieux d’ailleurs), mais seulement des extraits de chansons aux noms évocateurs comme Booty in the air, Who let the dogs out ou encore Drop the bombshell. Amusant, mais tout de même un peu lassant. Certaines personnes se servent donc uniquement de l’appli comme d’un tremplin, permettant de rencontrer des gens pour ensuite les recontacter sur d’autres plateformes comme Snapchat ou Facebook… Au contraire de LinkedIn ou Tinder, personne ne sait vraiment ce qu’il vient faire sur Pooductive, et les échanges en pâtissent, ne pouvant s’accorder. Ce que l’on cherche dans une application s’apparentant à un réseau social, c’est qu’elle devienne le moteur de nos rencontres mais conduise à quelque chose d’extérieur à sa simple utilisation. Un réseau social comme Clowdy par exemple est intéressant en ceci qu’il permet d’établir des liens entre des créatifs (musiciens, vidéastes, graphistes, etc.), afin qu’à terme des collaborations puissent voir le jour. Mais quand le seul point commun des utilisateurs d’un chat est le lieu où ils se trouvent, la rencontre n’a plus rien de constructif. Et si l’objectif est simplement de passer le temps aux toilettes, autant aller vers d’autres applications plus distrayantes et ayant un fond réel comme PoopFiction qui dirige ses utilisateurs vers des extraits plus ou moins long d’oeuvres littéraires, de Tolstoï à James Baldwin.
Une bombe sur Pooductive
En vraie journaliste d’investigation, j’ai tout de même décidé de voir par moi-même de quoi il s’agissait, en menant anonymement une enquête de terrain. Flop ou pas, l’application a tout de même connu un certain battage médiatique à sa sortie (cf. photo ci-dessus). Incognito (et dans le thème) sous le pseudonyme de « ThePooPope » j’ai eu l’occasion de rencontrer des personnes très différentes, du « fart & poo fetishist » au père de famille très concerné par les exploits de sa fille sur le pot.
 
 
 
 

 
De manière générale, les conversations sont des plus banales et n’entrent pas forcément dans des délires scatophiles – tant mieux ? dommage ? à vous de voir. Je n’ai pas eu la chance de philosopher, ni d’exprimer ma créativité, et la plupart des gens à qui j’ai parlé étaient là par curiosité, ce qui a donné lieu à des conversations inconsistantes, voire emmerdantes (passez-moi l’expression).
Pooductive va donc avoir du mal à réunir de nouveaux utilisateurs et à les fidéliser. Toutefois, les têtes pensantes de ce bijou post-moderne sont en train de le faire évoluer, y installant de nouvelles activités et re-travaillant sa performance… Affaire à suivre. Sur ce, je retourne à ma « morning training potty session », ThePooPope’s kisses.
Merci à Victoire Coquet de m’avoir servi de wingwoman dans mon investigation.
Alix Leridon 
Source :

Crédits photos : 
http://provocateur.gr/manners/10458/wtf-an-exeis-moysi-empaine
Application Pooductive