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Appli Peeple
Société

Peeple: indignez-vous ?

Peeple, nouvelle venue dans la grande famille des applications, a provoqué la colère et l’indignation de la communauté Internet avant même sa sortie, prévue en novembre prochain. Développée par deux jeunes canadiennes, Julia Cordray et Nicole McCullough, cette appli entend permettre à ses utilisateurs de noter leur entourage, plus ou moins proche, dans trois catégories: professionnelle, personnelle et romantique. Alors que l’application a été élue la « plus détestée du web », les créatrices de Peeple ont tenté de remédier à la situation en modifiant le projet pour lui donner un aspect plus « positif ». Retour sur les pérégrinations de l’appli bad-buzz du moment.
Peeple, l’appli qui entend faire de vous un bien de consommation
 

Le projet initial de Peeple était de noter son entourage comme n’importe quel bien consommable que l’on trouve sur Internet. Ce parti-pris était d’ailleurs totalement assumé par les créatrices de l’appli. « Les gens font tellement de recherches quand ils achètent une voiture ou prennent ce genre de décisions, pourquoi ne pas faire le même genre de recherche pour d’autres aspects de notre vie? », déclarait Julia Corday dans une interview donnée au Washington Post. Une application censée améliorer et faciliter nos vies en nous évitant beaucoup de « mauvais » choix…
Une fois annoncé, le principe de l’application a été jugé révoltant par une large majorité d’internautes. Et ses premières conditions d’utilisations ne faisaient que l’enfoncer au plus profond des méandres du bad-buzz. Pour en citer quelques-unes, il était impossible de supprimer son nom de l’application une fois qu’il y était rentré. Les commentaires, positifs comme négatifs, pouvaient apparaître pendant 48 heures sans pouvoir être modérés par l’utilisateur. Le projet prévoyait également que les utilisateurs puissent créer un profil à n’importe quelle personne sans nécessité d’un accord préalable.
Aux côtés de la communauté Internet, les médias se sont également indignés face aux nombreux risques que pourrait comporter une telle application: l’exposition de la vie privée (aggravée pour les utilisateurs inscrits sans leur accord), le racisme, le harcèlement, une tendance à « l’objetisation » de l’humain ou encore la déshumanisation des rapports sociaux. Et cette indignation semble avoir payé.
Peeple 2.0, la « positive revolution »
 

Avant même sa sortie, l’application a déjà connu une mise à jour importante suite aux nombreuses critiques qu’elle a essuyées. Julia Cordray a néanmoins publié un communiqué sur Linkedin indiquant que l’appli avait toujours été « Positive Only ». Après ce post, les conditions d’utilisation ont pourtant été modifiées: personne n’apparaîtra sur Peeple s’il ne l’a pas décidé, et les commentaires devront être modérés par l’utilisateur avant qu’ils n’apparaissent sur son profil.
Ce revirement de situation semble montrer à la fois la puissance que peut avoir la communauté Internet lorsqu’elle exprime son mécontentement, mais aussi l’hypocrisie de la communication de Peeple. Julia Cordray déclarait en effet en août dernier, dans une vidéo de teasing (supprimée depuis), que l’application n’aurait pas grand intérêt si on ne pouvait y poster d’avis négatifs.
Il semble enfin que cette application soit la traduction d’un réel malaise social. Le but de l’application, dans sa version aseptisée, est ainsi défini par Julia Cordray: « Il s’agit de nous inspirer les uns les autres en partant du positif. Nous méritons tous de savoir qui sont les meilleurs parmi les meilleurs! C’est un feedback pour vous-même! ». Ce feedback, que l’on peut assimiler à un certain narcissisme et à de la self-admiration, nous laisse penser qu’il y a en réalité un cruel manque de confiance, à la fois en soi et en l’autre, dans notre société. Cette nouvelle version de Peeple, semble illustrer ce besoin d’être rassuré en permanence à propos de nous-mêmes et des autres au sein d’un climat d’incertitude et de méfiance.
Les réseaux sociaux peeplisés?
Si la grande majorité s’indigne face à Peeple, nous pouvons aisément dresser des parallèles entre l’application et nos utilisations habituelles des réseaux sociaux. D’une certaine manière nous les utilisons déjà pour nous noter et nous juger les uns les autres à coup de like Facebook et de commentaires sur Instagram. Il faut cependant bien noter une différence fondamentale entre ces réseaux sociaux et Peeple puisque le jugement n’est pas leur but premier, affiché et assumé comme il l’est pour Peeple. Et en tant qu’application uniquement dédiée à l’évaluation humaine, elle aurait sûrement tendance à rendre systématique des pratiques qui ne sont pour l’instant que diffuses dans notre utilisation des réseaux sociaux.
Peeple se veut être utile pour se renseigner sur les autres et évaluer notre intérêt à les fréquenter ou non. Une telle conception des relations humaines peut paraître choquante, pourtant nos pratiques sur Internet traduisent déjà cette volonté. Ainsi le « googling », avant ou après un rendez-vous par exemple, montre bien un désir d’en savoir plus sur l’autre avant de le connaître vraiment, comme si nous avions peur de la découverte pure et simple. Une telle pratique, et a fortiori une application comme Peeple, nous poussent donc à conserver nos préjugés en ajoutant un obstacle à la rencontre, et à se priver des surprises de la rencontre in real life.
Finalement, la proposition de Peeple serait de vivre dans un monde aseptisé où l’on ne se confronte plus aux autres mais où l’on choisit seulement ceux qui paraissent nous correspondre. Peeple, qui se veut une révolution positive et une application sociale, se révèle finalement un réel frein au lien social.
Clémence de Lampugnani
@clemydelamp
Sources:
http://www.blogdumoderateur.com/peeple-pivot-positive-revolution/ 
http://www.slate.fr/story/107641/peeple-application-noter-gens-terrifiante
http://www.presse-citron.net/peeple-lapplication-ou-lon-peut-noter-les-gens-fait-scandale/
http://www.bbc.com/news/technology-34446882
http://arstechnica.com/business/2015/10/yelp-for-people-app-if-it-exists-disappears-from-the-internet/
Crédits: 
Peeple
Twitter
 

Couteau
Société

[À savoir n°34] : trois tutos pour un avortement parfait

« EnjoyPhenix a sorti une nouvelle vidéo, t’as vu son dernier tuto ? »
Cela fait quelques temps maintenant que les fameux « tutos » envahissent nos pages Youtube. Premièrement, posons une définition précise de la chose, en clair :  « un tuto, c’est quoi ? »
Un tuto, ou tutoriel, est un mot utilisé pour désigner une brochure informative destinée à enseigner des données, de quelque type que ce soit, même si le terme s’est largement développé au niveau de l’informatique.
Une vague  de tutos en tous genres a donc déferlée sur nous autres internautes: tutos cuisine, tutos coiffures, plus populaires encore les tutos beauté des fameuses « youtubeuses », mais les tutos qui suivent sont d’un tout autre genre et risquent bien de vous glacer le sang. Exit le tuto qui nous donne le secret du parfait maquillage pour l’automne qui arrive, ici sont listées les meilleures astuces pour… avorter.

Des tutos “coups de poing”
Remettons les choses dans leur contexte : ces vidéos sont diffusées depuis avril dernier au Chili, l’un des pays les plus conservateurs en terme d’avortement. L’idée originale est celle de l’ONG Miles Chile, résolument féministe et qui entend bien faire bouger les choses.
En effet, depuis 1989, sous la dictature de Pinochet, l’interruption volontaire de grossesse est interdite au Chili, comme dans six autres pays à travers le monde. Les femmes enceintes qui ont recours à cette pratique s’exposent à une peine allant jusqu’à cinq ans de prison. Seul l’avortement dit « accidentel » est dépénalisé. Rappelons, à titre indicatif, que les femmes françaises, elles, bénéficient de ce droit depuis déjà 40 ans.
Miles a donc décidé de frapper fort : sur chaque vidéo, une femme explique comment avorter soi-même en mimant un accident : se faire renverser par une voiture, s’enfoncer un talon aiguille dans le ventre ou bien encore tomber dans les escaliers, autant de façons de pratiquer un avortement maison, souvent au péril de sa vie.
Les vidéos se veulent courtes et incisives, même s’il ne faut évidemment pas les prendre au pied de la lettre. La mise en scène de l’avortement n’en reste pas moins violente et crée un contraste avec le choix du support que représente le tutoriel, habituellement objet futile et de divertissement. C’est ce contraste qui rend la campagne de Miles particulièrement originale.
Derrière ce cynisme se cache la volonté de moquer et ridiculiser un Chili trop conservateur, et donc en retard sur son époque, face à des pays tels que la France ou les Etats-Unis, où le coût de l’avortement est partiellement pris en charge par l’Etat, et à une société qui ne cesse d’aller de l’avant.
Aux grands maux, les grands remèdes
Miles se paie les services du géant de la publicité Grey Chile, et joue la carte du cynisme et de l’humour noir pour dénoncer une réalité qui l’est d’autant plus. En effet, aujourd’hui encore, elles sont plus de 150 000 chiliennes à pratiquer l’avortement maison comme dernier recours face à une grossesse non désirée.
Les vidéos sont principalement diffusées sur la Toile et sont ponctuées du hashtag, #LeyAbortoTerapéutico. Vidéos tuto, hashtag, diffusion sur Youtube… Le mouvement a largement pris pour cible principale les jeunes générations, qui se trouvent être en première ligne dans cette bataille en faveur du droit à l’avortement.
Le message très clair: le Parlement doit voter la proposition de loi pour dépénaliser l’avortement au Chili.

Miles a gagné une bataille, mais pas la guerre…
La victoire se trouverait-elle au bout du chemin pour Miles ? Le projet de loi est aujourd’hui discuté, controversé même, mais l’ONG a réussi son pari: ouvrir le débat. Le projet est appuyé par la présidente socialiste Michelle Bachelet. Il vise à dépénaliser l’avortement sous certaines conditions: la raison avancée doit être valable. L’avortement pourrait donc être légal dans les cas suivants: viol, malformation du foetus ou risque pour la vie de la mère.
Ce premier pas vers l’éveil des consciences n’est pas du goût de l’Eglise catholique chilienne, qui a exprimé son mécontentement dans la presse à pas moins de cinq reprises. Les pays hispanophones sont les plus restrictifs en terme d’avortement: en Amérique Latine, l’avortement n’est libre qu’à Cuba, en Uruguay, à Porto Rico et à Mexico. Cette politique conservatrice  s’explique par leur proximité avec l’Espagne, pays colonisateur, et donc par l’influence exercée par l’Eglise catholique, aujourd’hui toujours très importante dans ces pays.
L’écho de cette victoire en terme de communication autour de l’épineuse question de l’avortement n’atteindra pourtant pas l’autre rive de l’Atlantique, puisque la classe dirigeante espagnole, malgré la récente démission du premier ministre Mariano Rajoy, tente toujours de faire machine arrière et de limiter le droit à l’avortement à deux cas: le viol et le risque vital pour la mère.
A quand donc un tuto “être une bonne mère sans même vouloir en être une” ? À cela, Miles répondrait que “la maternité est un droit, non une obligation”.
 
Manon DEPUISET
@manon_dep
Sources : 
Le Monde : http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2015/05/29/des-tutoriels-pour-avorter-afin-de-denoncer-la-loi-chilienne/
Crissementathee : http://crissementathee.com/2015/05/30/au-chili-une-ong-militant-pour-le-droit-a-livg-propose-une-campagne-choc/
Crédits images
Europe 1
Youtube
RFI.fr

Johnny Harrington Lancôme
Société

Rhoooo la barbe … !

Atout de la sexy-attitude ou au contraire objet « has been », la barbe est devenue aujourd’hui un enjeu communicationnel. Comment ? Permettant à celui qui la porte de s’affirmer et d’être identifié par les autres, la barbe et les barbus deviennent une véritable cible marketing pour des marques comme Philips, mais elle vient aussi se placer au cœur de problématiques sociales puisque pour certains elle est synonyme de précarité voire de misère.
La barbe comme marqueur identitaire
La barbe a pendant longtemps été le reflet des différences de statuts. Néanmoins, ses représentations dans l’imaginaire collectif ont évolué et semblent davantage s’attacher à la personnalité d’un individu. On la porte pour se faire remarquer, plaire ou simplement pour soi à présent : propre à chacun, libre court est donné à sa forme et sa taille.
Ci-dessus on peut voir le mannequin britannique Johnny Harrington posant pour une pub Lancôme. Les photographies reflètent l’évolution de l’image du barbu dans la pub : lors d’une interview donnée pour le site « La Belle et la bête », ce dernier affirme que la barbe lui donnait l’air plus âgé, plus viril. Considérée comme ringarde au début de sa carrière, elle redevient branchée quelques années plus tard. Normal, la mode semble être un éternel recommencement. Mais à quoi est dû ce renouveau de la barbe dans notre société ? Selon le Journal of Marketing Communications : « Les barbus ont l’air fiables et sérieux » et dégageraient alors une aura rassurante dans une société en crise.
Ce « magnifique cache-sottises » dont parlait Victor Hugo, permet à tous ceux qui trouvent des imperfections à leur visage, d’améliorer, d’un certain point de vue, l’image qu’ils ont d’eux-même. 53% des hommes se sentiraient plus désirables avec une barbe : un moyen de se démarquer donc, mais aussi de séduire. Avant même de parler avec un barbu, nous avons tendance à nous identifier d’une certaine manière à lui : il peut nous sembler agréable, confiant ou alors trop rustre. La barbe convoque des imaginaires différents en fonction de la personne. La communication ne passe pas seulement par le langage : c’est aussi du métalangage, et le fait d’arborer une barbe peut en dire bien plus sur la personne qu’un long discours.
Pourtant la barbe ne fait pas l’unanimité, et quoi de mieux qu’un défilé de mode pour démasquer la position des marques : certaines préfèrent des mannequins barbus qui donnent une impression plus rock et plus virile, tandis que d’autres vantent une beauté pure et immaculée de leurs égéries, quasi nubile.
De l’huile et des crèmes pour ces messieurs je vous prie
Mais de nos jours être barbu ce n’est pas être qu’un hipster écolo laissant une barbe hirsute et non entretenue. Non le barbu c’est aussi celui qui la soigne et la coupe, que ça soit chez un barbier, ou à domicile avec son propre coffret de professionnel.
En peu de temps, les marques que l’on avait l’habitude de voir pour des produits destinés à un public féminin comme les crèmes rajeunissantes Clarins, les laits Nivea ou encore Bioderma, se sont mises à lancer des soins spécialement réservés aux hommes. La barbe est alors devenue un enjeu marketing important sur le marché des cosmétiques.
Le bar à barbe devient tendance  et les opérations marketing originales se multiplient, à l’instar de Philips qui nous avait déjà fait sourire avec sa campagne publicitaire il y a 2 ans. La marque est revenue en force cet été avec son concours « La barbe la plus cool du web » : lors du Festival Rock en Seine en août 2015, la marque avait installé un stand, le « Barber shop » où les festivaliers intéressés pouvaient se faire tailler la barbe. Pour participer à la web série de Philips et gagner des places pour le festival, les participants devaient se prendre en selfie, poster leur photo sur une plateforme réservée et c’était au tour des internautes de voter pour « la barbe la plus cool du web ». Les 30 participants qui avaient obtenu le plus grand nombre de votes se voyaient offrir un rasoir électrique Philips : un bon coup marketing pour réunir la communauté des barbus l’instant de quelques jours.
Des barbiers branchés aux défenseurs de causes
Tandis que la barbe est pour certains un marqueur identitaire, pour d’autres elle renvoie à une situation sociale difficile, à une estime de soi au plus bas. Elle représente alors un enjeu social : en rasant et en coupant les cheveux de ces personnes, les barbiers du dimanche leur permettent de retrouver une dignité qui jusque là leur était étrangère.

D’autres encore utilisent leur barbe comme œuvre d’art et d’expression, comme ces deux amis, Brian Delaurenti et Jonathan Dahl, qui y accrochent fleurs et motifs végétaux. A travers leur projet « The Gay Beards », les deux hommes souhaitent sensibiliser leurs fans à la cause LGBT.

 
Certains la trouvent démodée, plus franchement singulière, d’autres hype, cool et rock ; de nos jours la barbe est un élément interprétable sous de multiples rapports. On voit d’ailleurs qu’il ne s’agit plus uniquement d’un objet esthétique mais bien d’un objet communicationnel qui permet de s’exprimer de manière plus originale. Et puis, le Père Noël porte bien une barbe non ?
Ludivine Xatart
Sources : 
– Madame Figaro : « La barbe, stop ou encore ? »
– Konbini : « Des barbes pour sauver l’humanité »
– L’Express Styles : « Ma barbe et moi »
– YouTube : « Philips SensoTouch 3D- Pub Tv 2013- Barbe de 3 jours (30s) »
– Philips : « Jeu concours Philips »
Crédits images : 
– L’Express Styles : Johnny Harrington pour Tush Magazine
– Konbini : « Les barbiers des rues, ces hommes au grand cœur 
– « Les Gays Beards, une bromance de barbus créatifs »

Brice de Nice
Société

Clasher pour ca$her

Parce qu’à côté de Yann Moix, même le Kass contre Kass de Brice de Nice ne ferait pas le poids. Aujourd’hui, c’est bien connu, le clash télévisuel fait vendre et devient même l’essence de certaines émissions. Ces dernières semaines, le fameux talk-show « On n’est pas couché » animé par Laurent Ruquier a été en permanence l’objet des zappings et buzzs télévisuels.

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Légion d'honneur à Spencer Stone
Société

Des trains et des super-héros

« Héros ». Les médias n’avaient plus que ce mot à la bouche le vendredi 21 août 2015. C’est une tragédie manquée qui s’est jouée ce jour-là, à bord d’un train Thalys : un petit groupe de personnes est parvenu à maîtriser un homme armé d’une kalachnikov qui s’apprêtait à faire feu sur les passagers. Parmi eux se trouvaient trois Américains, un Britannique, un Franco-Américain et un discret Français préférant garder l’anonymat. Leur action a été très largement saluée à travers le monde et le rideau s’est soudainement levé sur ces nouveaux « Héros du Thalys ».
La quête du détail spectaculaire
Le théâtre classique interdit toute représentation de la violence. Sur scène, seule la parole compte ; l’action est ailleurs, quelque part en coulisses. Pourtant, au XXIème siècle, c’est l’obsession du hors-scène qui règne. Après l’attentat avorté du Thalys, il s’agissait de reconstituer les faits le plus précisément possible : qui ? Où ? Quoi ? Comment ? En quelques jours, les articles et les reportages se sont accumulés, relatant inlassablement les moindres détails de l’attaque : il y aurait alors eu quatre « héros du Thalys ». Ah, non pardon, cinq. Ou même peut-être six … Mais déjà, des noms sont revenus fréquemment, ceux de Spencer Stone, Alek Skarlatos et Anthony Sadler, les trois passagers américains. Ensemble, ils ont désarmé, immobilisé et ligoté l’assaillant, évitant la fusillade de se produire et la perte de vies innocentes.
L’ethos du super-héros…
Au théâtre antique on préfère finalement le scénario hollywoodien : trois jeunes Américains partent découvrir l’Europe et, tandis qu’ils sont à la recherche d’une connexion Wifi dans le train qui les emmène d’Amsterdam à Paris, ils se trouvent confrontés à une menace terroriste. « Face au mal du terrorisme, il y a un bien, celui de l’humanité. C’est celui que vous incarnez. » a déclaré François Hollande en leur remettant plus tard la Légion d’Honneur. Le président a également employé des mots tels que « courage », « sang-froid » et « héroïsme » face à ce qui aurait pu finir en « massacre ». Il s’agit bien là d’un découpage manichéen – certains journaux ont dit « américain » – du Bien et du Mal, caractéristique peut-être de ces histoires de super-héros que l’on aime tant. Barack Obama pour sa part, a parlé d’« héroïsme », précisant qu’ils étaient « la fierté de tous les Américains ».
« Héros », donc. Le mot est vite tombé, relayé par les journaux et les hashtags Twitter. Pas un article n’est paru sans la précision de ce statut hors-norme : des gratifiants « Le monde salue les héros du Thalys » (Le Parisien), ou « Parade aux États-Unis pour célébrer les héros du Thalys » (L’Express), à l’amusant « Un héros du Thalys va participer à « Danse avec les stars » » (Le Huffington Post), le terme « héros » précède, ou parfois même, supplante totalement leur identité, comme si l’étiquette héroïque suffisait à faire l’homme. Ils ne sont plus ni militaires, ni étudiants, ils sont « héros ».
Pourtant, le témoignage des trois amis se voulait simple. « It was mostly survival/Tout ça, c’était pour survivre » ont-ils annoncé lors d’une conférence de presse. Ajoutons, par ailleurs, que leur présence dans ce wagon n’était due qu’au plus grand des hasards. Oui mais… dans l’imaginaire collectif, l’humilité fait bien souvent partie des attributs du héros. En pensant déconstruire le mythe, ils n’ont fait que l’encourager davantage. Après tout, Spiderman lui-même ne doit-il pas ses pouvoirs à la morsure fortuite d’une araignée ?
… et des super-méchants.
Si certains comportements ont été portés aux nues, d’autres, au contraire, se sont vus pointés du doigt. L’acteur Jean-Hugues Anglade, dans une interview pour Paris Match, a désigné les coupables idéaux : les employés de Thalys « ont couru dans le couloir […] vers la motrice, leur wagon de travail. Ils l’ont ouvert avec une clé spéciale, puis se sont enfermés à l’intérieur. (…) Nous criions pour que le personnel nous laisse entrer (…) en vain… Personne ne nous a répondu». Ce qui importe ici, au-delà de toute véracité factuelle, c’est que pour tout héros à admirer, il faut un lâche à conspuer. Le courage dont ont fait preuve les militaires ne pouvait qu’augmenter la couardise du personnel du train aux yeux des gens. Que celui-ci ne soit guère entraîné pour ce genre de situation extrême n’a finalement pas eu grande importance au sein du jugement général…
Le héros, cet homme d’action.
Le Monde a rapporté les propos de Chris Norman, ce Britannique de 62 ans qui s’est lui aussi interposé lors de l’attaque et qui a reçu la Légion d’Honneur aux côtés de Spencer Stone, Alek Skarlatos et Anthony Sandler : « Soit tu restes assis et tu meurs, soit tu te lèves et tu meurs. C’était aussi simple que ça. » Aussi simple ? Pas sûr. Selon Frédéric Gallois, l’ancien commandant du GIGN interrogé par Libération, « 90% des gens observeraient un comportement de sidération face à une telle situation ». Alors d’où viennent les héros, ces hommes d’action qui un jour sauvent un train d’une attaque armée et le suivant, reçoivent plusieurs coups de couteau pour défendre une femme harcelée ? Sont-ils une projection de l’imaginaire collectif, une construction des médias, ou simplement ces 10% d’individus restant insensibles à la tétanie et à la peur de mourir ? Quoiqu’il en soit, comme dirait l’autre : « Un grand pouvoir implique de grandes responsabilités … »

Marie Philippon 
Sources : 
⁃ Le Monde, « Courage, hasard et « survie » : les quatre « héros » du Thalys salués en France et dans le monde », Compte rendu, le 24.08.2015.
⁃ Libération, « Thalys : vrais héros, faux méchants », Frantz Durupt, le 23.08.2015.
⁃ L’Express, « Héros de Thalys : pourquoi certains agissent et d’autres pas », Ludwig Gallet, le 25.08.2015
Crédits images : 
– REUTERS/Michel Euler/Pool
– AFP – Photo Stephen LAM

Société

France 3 tire son irrévérence

Avant même d’avoir pu être diffusé sur les antennes, le dernier spot publicitaire conçu par France 3 a été censuré. Alors que le CSA s’est engagé à œuvrer pour la réduction des inégalités hommes/femmes dans la sphère médiatique, la chaîne télévisée produit une campagne publicitaire au contenu indéniablement irrévérencieux, jugé sexiste. Cette dernière nous donne à voir les images d’un foyer délaissé : four brûlant désespérément le repas du soir, chambre d’enfant désordonnée, scène de repassage cauchemardesque. C’est le fameux titre de Patrick Juvet qui nous révèle le nom du responsable de ce remue-ménage : la femme. Ce recourt au stéréotype du genre, qui n’a fait que décrédibiliser et transfigurer le message transmis, nous pousse à questionner la place du cliché dans la stratégie communicationnelle.
Jouer le cliché, un pari risqué

 

Sarcasme, facilité, résurgence de lieux communs et de topoï du genre exploités depuis des décennies : tous les éléments du cliché destinés à faire exploser une polémique virulente sont réunis. La campagne publicitaire lancée par France 3 aurait pu faire sourire. Mieux, elle aurait pu éveiller les consciences et attirer l’attention des téléspectateurs sur la réalité effective d’une avancée sociale majeure : la représentation des femmes au sein de l’enceinte médiatique de la chaîne. Mais la déprogrammation du spot signe son échec.
A quoi cet échec tient-il ? «Affirmer ses valeurs à travers cette nouvelle campagne qui met à l’honneur les présentatrices»: l’intention première de la chaîne était louable. Mais en s’attaquant à la destruction d’un cliché, cette campagne semble en avoir construit un autre. De plus, elle met en scène un schéma étroitement lié à des problématiques sociétales encore brûlantes. L’utilisation du cliché est rejetée, certainement parce qu’il est le reflet d’une réalité qui dérange et qui n’est pas encore dépassée. S’il avait été utilisé quelques années auparavant, peut-être aurait-il pu s’introduire dans l’espace médiatique sans faire de bruit, à la manière du spot lancé en 1995 par l’Équipe pour promouvoir un PSG-Barcelone.
 

« Pour une esthétique de la réception »
L’ambiguïté de la vidéo a provoqué des réactions violentes sur les réseaux sociaux, notamment de la part de la  secrétaire d’État chargée des Droits des femmes, Pascale Boistard. La stratégie communicationnelle de la chaîne s’est enlisée, sans doute du fait de la sous-évaluation du potentiel polémique du cliché exploité. Ce flop médiatique pointe du doigt la problématique de la réception qui se pose à chaque fois qu’il y a tentative de communication. Ici, le message transmis n’est plus le même que le message reçu. Le premier a été transfiguré par ceux qui en on fait une interprétation nouvelle. Mais comment croire que l’équipe de France 3 ait pu être naïve à ce point ? Comment croire que ce bad buzz ne soit pas intentionnel ? Après visionnage de la vidéo, le scepticisme est à son comble.

Pourtant, des réactions bien différentes ont émergé sur la toile. Certains déplorent l’explosion de la polémique et auraient volontiers choisi d’ironiser. Finalement, pourquoi ne pas se permettre de rire de ces représentations grotesques ? Pourquoi ne pas considérer que railler le cliché lui-même pourrait contribuer à amoindrir son ancrage réel dans la société ?
La fausse bonne idée ?
Le message véhiculé par France 3 s’impose dans un contexte où acteurs sociaux et société civile ont les moyens de se manifester et de se réunir contre toute forme d’abus de pouvoir, symbolique ou non. Grâce à la démocratisation de la parole publique étendue à l’échelle citoyenne, et suite au développement de supports médiatiques participatifs, chacun peut se rendre capable d’agir sur la déconstruction de représentations, idées reçues et clichés. Mais au-delà de son caractère polémique, le cliché semble pouvoir être un puissant moyen de se contrer lui-même. C’est par exemple avec ce regard cynique et critique que Ségolène Royal fait du stéréotype sexiste un instrument de communication politique impactant lors de sa campagne pour les primaires socialistes de 2011.

 
De part l’exercice de leur profession et leur présence active dans les coulisses de France TV, Delphine Ernotte Cunci (patronne de France TV) ou encore Dana Hastier (patronne de France 3) tendent à prouver que les femmes sont véritablement mieux représentées dans l’espace médiatique. Malgré tout, une forme de malaise demeure. Le 7 septembre dernier, l’invitation au départ de Claire Chazal ouvre une nouvelle fois le débat. La présentatrice a été conviée à « savoir passer la main ». 58 ans, il est vrai, ce n’est plus tout jeune!L’ironie nous tient quand on pense à Jean-Pierre Pernault, 65 ans, qui rayonne bucoliquement dans le 13h depuis 27 ans.
« Je pense qu’en télévision, on tolère plus les cheveux blancs des hommes que les rides des femmes », Léa Salamé a joliment résumé la situation, qui attend d’être résolue. Il est temps : révolutionnons l’usage des clichés pour les mettre au service de leur propre dénonciation, car comme l’énonce Roy Lichtenstein, ils sont « des modèles simples frappants, mémorables et faciles à communiquer. Ils peuvent signifier l’essentiel d’une idée. Ils ont la possibilité de devenir monumentaux. »
Émilie Beraud
Sources : 
INA
L’ADN
Madmoizelle
Le Monde
Crédits Photos :
Le Huffington Post

Application de rencontres Once
Société

Once upon a time …

Une « petite nouvelle » vient d’arriver dans le paysage à présent familier des applications de rencontres : Once compte bien tirer son épingle du jeu grâce à son concept résolument novateur. Exit le volume et la rapidité des actuelles applications de rencontres, Tinder en tête, place au « slow-dating ». Once, comme son nom l’indique, c’est une seule rencontre par jour.
WANTED : Prince charming
Chaque jour, à midi pile, l’application nous révèle le profil d’une éventuelle âme sœur. Comme sur Tinder, les deux personnes ne pourront rentrer en contact que si elles se « likent » réciproquement. Si notre âme sœur du jour n’obtient pas grâce à nos yeux, il suffit de décliner. Un compte-à-rebours s’enclenchera alors jusqu’à notre prochaine suggestion de rencontre, le lendemain à midi. Pour Jean Meyer, créateur de Once (un Français, soit dit en passant), cette lenteur que prône l’application est « un gage de qualité » puisqu’elle ferait fuir les célibataires qui ne seraient pas à la recherche d’une relation sérieuse. Car c’est sur ce créneau du « serious dating » que Once compte bien peser. L’application s’adresse, en effet, aux 20-35 ans à la recherche du prince ou de la princesse charmant(e)s, coincés entre Meetic qu’ils considèrent comme trop vieillot et Tinder qui ne leur a offert que des déconvenues (Sauf s’ils font partie des 65 couples mariés grâce à Tinder). Once serait ainsi la synthèse parfaite entre deux modèles : facilité d’accès et utilisation ludique des applications, d’une part, et caractère plus sérieux de Meetic, d’autre part.
Once, « l’anti-Tinder »
Once cherche à se positionner en prenant ouvertement le contre-pied du leader sur le marché : Tinder … Une stratégie qui pourrait s’avérer payante puisqu’elle convoque l’imaginaire de Tinder, bien connu de la cible que vise Once, et permet à l’utilisateur, par un effet de miroir inversé, de visualiser immédiatement ce que Once n’est pas, à savoir « un supermarché du cul » d’après Jean Meyer. « Tinder (…) est directement estampillé «sexe facile». L’application possède une aura très négative », explique-t-il dans une interview au Figaro. L’application aux « swipes » incessants commence en effet à lasser et l’introduction du service Freemium a bien du mal à convaincre les utilisateurs. Once semble donc arriver au bon moment. « Epuisé(e) des rencontres qui s’enchaînent à la vitesse d’un pouce ? » peut-on lire comme description de Once dans l’Apple Store. La référence saute aux yeux. Ce positionnement de l’application comme « l’anti-Tinder » se manifeste également par un romantisme assumé. « Nous, nous voulons recréer une dose de magie dans la rencontre » déclare son fondateur au Figaro. Le vocabulaire du jeu est abandonné : on ne parle plus de « match » mais de « rencontre ». L’étude des deux logos est, elle aussi, révélatrice de ce positionnement. Constitués tous deux d’un fond blanc, Tinder arbore une flamme rouge tandis que le logo de Once affiche une grenouille bleue avec une couronne sur la tête : une façon imagée de représenter le grand amour. Ainsi, le rouge et la flamme, symbolisant la passion, font place au prince charmant et au bleu, couleur du romantisme. Nul besoin de prouver que les imaginaires créés par les deux marques n’ont, en effet, rien en commun. Une seule interrogation persiste : comment ont-ils bien pu faire pour savoir que le beau / la belle Dominique (vive les prénoms mixtes !) était fait(e) pour vous ?

« Qui allons-nous choisir pour vous ? »
Le slogan de Once met en avant une des autres singularités de l’application par rapport à ses concurrentes. Le sujet « nous » ne renvoie pas ici à un algorithme mais à « des entremetteurs », en chair et en os, employés par Once pour sélectionner les profils susceptibles de nous intéresser (parmi une liste éditée tout de même par un algorithme). L’intervention dans le processus de sélection d’une personne réelle éloigne l’image froide que renvoient les algorithmes et permet à Once de s’afficher comme une marque originale qui s’implique véritablement dans le service qu’elle propose. Une agence matrimoniale 2.0 en somme. Les critères pris en compte par Once ne révolutionnent, en revanche, absolument pas le monde des applications de rencontres puisque le premier critère demeure le physique et le second, le groupe socio-professionnel (Bourdieu es-tu là?). Les intérêts en commun ne représenteraient, eux, que 10% des critères pris en compte par Once, ébréchant l’image « fleur bleue » que l’application souhaite se donner. Nous ne sommes pas si loin du « hot or not » de Tinder que Jean Meyer entend pourtant rejeter… Trouver le grand amour serait donc, avant tout, une question de physique et de milieu social. Réducteur mais néanmoins pas vraiment faux puisque l’homogamie, le fait de se marier entre mêmes catégories sociales, reste un phénomène largement dominant en France. Et pas la peine de faire l’hypocrite, le physique, s’il ne fait pas tout, compte quand même (beaucoup). Reste à voir si les personnes à la recherche du grand amour se tourneront effectivement vers l’application. Une chose demeure certaine : à défaut d’avoir trouvé votre âme sœur sur Once, vous n’aurez pas perdu votre soirée à éplucher inlassablement des profils sans jamais trouver la perle rare. Autant de temps que vous pourrez utiliser pour sortir et, qui sait, faire une belle rencontre…

Héloïse Bacqué
Sources : 

jouanito.com : http://jouanito.com/post/63583956990/tout-ce-quil-faut-savoir-sur-tinder-lapp-qui
JDN : http://www.journaldunet.com/ebusiness/internet-mobile/tinder-plus-payant-0502.shtml
Le Figaro : http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2015/10/02/01016-20151002ARTFIG00073-le-drame-de-la-generation-y-est-que-nous-avons-trop-de-choix-dans-les-rencontres-amoureuses.php
20 Minutes : http://www.20minutes.fr/high-tech/1690207-20150930-once-nouvelle-appli-rencontres-dont-tout-monde-va-parler
Challenges : http://www.challenges.fr/high-tech/20150925.CHA9791/once-l-appli-de-rencontre-slow-dating-qui-prend-le-contrepied-de-tinder.html
L’Obs : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1411110-rencontrer-l-amour-sur-tinder-ou-happn-difficile-ses-applis-favorisent-l-ephemere.html

 
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Inkulte

Stylistic

Contre bien-pensants : Houellebecq, Zemmour, Finkielkraut
Société

Le Déclinisme a la côte !

Ils sont partout : sur vos écrans, dans vos journaux, à la radio, sur les réseaux sociaux… Ils sont pamphlétaires, romanciers ou encore philosophes. Ils s’appellent Alain Finkielkraut, Eric Zemmour, Michel Houellebecq ou encore Michel Onfray. Ils se revendiquent contre bien-pensants et ont pour ennemi commun la bien-pensance.
L’ennemi commun
Les contre bien-pensants se définissent en opposition à ceux qu’ils désignent comme étant l’ennemi du peuple français : les bien-pensants. De Bernanos à Finkielkraut, en passant par France culture, Zemmour et Dieudonné ou encore la droite, le terme « bien pensant » semble être devenu un « mot-valise ». Ce terme fortement lié à une critique de l’immigration, désigne aussi le politiquement correct ou encore pour Finkielkraut, un refus de la réalité, « tout ce que l’on n’a pas le droit de savoir ». Pour ce dernier, le contre bien-pensant est un marginal qui risque d’être qualifié de raciste. Le bien-pensant semble donc plutôt de gauche et on lui dispute la légitimité de sa parole morale.
L’assaut de l’espace public
Aujourd’hui le contre bien-pensant est partout. Il fait la Une de nos journaux, il est invité dans de nombreuses émissions. Il y a peu de temps, Libération titrait « Nos réponses à Michel Onfray », Le Point quant à lui annonçait « Régis Debray achève la gauche ». Ou encore plus récemment, L’Express faisait son dossier sur « La grande colère des intellectuels, Alain Finkielkraut contre les bien-pensants ».
La programmation de l’émission « On n’est pas couché » est particulièrement révélatrice de cette place grandissante. Les invités des dernières semaines n’étaient autre qu’Alain Finkielkraut, Michel Onfray et Michel Houellebecq.
Les contre bien-pensants plaisent. Ils sont aussi incorrects que structurés. Ils écrivent des livres et siègent à l’Académie Française avec Alain Finkielkraut. On a beau les détester, on ne peut que l’admettre : ils parlent bien. Finkielkraut écrit particulièrement bien, et Zemmour est un orateur remarquable. Ce sont de véritables « intellectuels médiatiques », comme on peut le lire dans Le Monde.

Une alternative aux politiques ?
Il y a quelques semaines, Valeurs actuelles faisait sa Une avec Zemmour et cette exclamation : « Zemmour Président ! ». Les penseurs médiatiques semblent avoir pris une telle place dans l’espace public, qu’on pourrait les envisager à la tête du pays : « Les hommes politiques ont peu d’importance, et plus on avance et plus ils reculent », scande Zemmour. La présence politique grandissante de Zemmour ou encore d’Onfray reflète le contexte de notre époque. La défiance dans notre pays est telle que l’on en vient à penser que ces personnes seraient sans doutes mieux placées pour nous gouverner, exit l’ENA. Une chose est sûre, ces intellectuels prennent désormais plus de place dans l’espace médiatique que les politiques.
Mais pourquoi ? Pourquoi sont-ils partout à l’instar des politiques ? Dans le milieu de la télévision on le sait, il ne faut pas trop de politiques, personne ne veut les regarder. Les raisons pour lesquelles ces intellectuels font systématiquement la Une de nos journaux sont similaires : nul doute que les ventes du Point se portent particulièrement bien en ce moment.

Les contre bien-pensants un mouvement ?
Dans son ouvrage Ce pays qui aime les idées. Histoire d’une passion française, Sudhir Hazareesingh, professeur à Oxford, soutient que ce qu’il se passe actuellement avec les contre bien-pensants en France est très particulier. D’abord parce que cela s’apparente à un mouvement très bien construit, « mouvement quasi philosophique du déclin ». Il s’agit d’un pessimisme qui s’inscrit dans une sorte de tradition nationale que nous connaissons bien : amour des raccourcis, de la diabolisation et des visions apocalyptiques qui tendent à dire que la France est en déclin. Si il existe beaucoup d’anti-modernes nostalgiques d’un certain âge d’or, d’une culture passée à travers l’Europe, cela reste des idées réactionnaires de droite. En France, ce n’est plus le cas. Il s’agit plus d’un mouvement à l’ambition intellectuelle au delà des clivages politiques, notamment avec Michel Onfray, dont certains se demandent si il n’est pas passé à droite. De plus, ce mouvement est très franco-français. En effet, Zemmour, Onfray ou encore Finkielfraut sont très peu lus à l’étranger. Ils écrivent à destination des français. La vie intellectuelle française est maintenant centrée sur la France et son rayonnement international relayé au second plan.
Une dynamique réactionnaire dépassée
Il ne fait aucun doute que nous avons besoin d’une critique construite de la bien-pensance. Le politiquement correct ne doit pas réduire de manière drastique notre liberté d’expression. Néanmoins, on peut douter de l’efficacité et de la justesse de celle des contre bien-pensants. Le plus étonnant chez eux, c’est qu’ils se réclament républicains et laïcs. Or, cela paraît en opposition totale avec leurs idées anti-modernes. Les valeurs républicaines ne sont-elles pas bâties sur la foi en le progrès et l’égalité ?
Ce mouvement s’est construit par opposition. Ces intellectuels élevaient leurs voix contre tous, se posaient en marginaux. Est-ce encore le cas ? La bien-pensance n’est plus le discours dominant en France, bien au contraire. Face à cette véritable invasion de l’espace public par les contre bien-pensants, qui y a-t-il en face ? Il n’y a plus de débat, car plus de contre-discours. Ces intellectuels contrairement à ce que beaucoup croient, n’ont pas un discours libérateur. C’est ce dont témoigne leur volonté avide d’ordre et de retour en arrière.
Yasmine Guitoune
Sources : 

Le Monde, « A droite comme à gauche, la bien-pensance n’est plus le discours dominant », Nicolas Truong, 26.09.2015.

Le Monde, « Quand les polémistes supplantent les politiques », Thomas Wieder et Ariane Chemin, 26.09.2015.

Le Monde, « Les antimodernes ont cannibalisé l’espace public », Thomas Wieder, 26.09.2015.

L’Express, « La grande colère des intellectuels », N°3353 semaine du 7 au 13 octobre 2015.

Marianne, « Réacs et bien-pensants », Jacques Juilliard, 10.10.15.

Crédits images : 

Photo de une : marclarge.fr. 
Libération
L’Express
Le Point
Valeurs actuelles

Bolloré Canal +
Société

Bollo', les pieds dans le plat

Rififi à la rédac’… Canal + se cherche et peine à renouer avec le fameux esprit éponyme sur lequel reposait toute la singularité du groupe. En effet, « l’esprit canal » a toujours résonné comme un appel à la liberté, à la pluralité des contenus et comme une possibilité de parler de tout, en disant tout enfin toujours… du moins jusqu’à l’avènement de l’ère Bolloré.
Vincent Bolloré, 63 ans -homme d’affaire et main de fer- est aujourd’hui pointé du doigt après qu’il ait saisi les ciseaux d’Anastasie afin d’effacer l’identité Canal pour imposer la sienne. Dès juillet 2015, son entrée en matière s’est faite sans manières puisque dès lors, les fameux Guignols étaient désignés comme irrévérents faisant ainsi de la moquerie un produit soumis à la prohibition à défaut d’être un plaisir de télévision.
De manière récurrente, journalistes et chroniqueurs réduisent l’art de communiquer sous le nom de « com », néanmoins, ces derniers ont fait preuve d’agilité afin de répondre à la censure de manière subtile -en usant de cet art. Yann Barthes annonçait la couleur dès les premières émissions de la rentrée 2015 en réduisant, durant l’émission, la chaîne Canal + au statut de simple “diffuseur” du Petit Journal.

Quand Bolloré interdit la diffusion d’un documentaire « Evasion fiscale, une affaire française » dans le cadre de l’émission Spéciale Investigation, le bras de fer se veut avant tout communicationnel et le Zapping de Canal + prend des allures de résistance ; effectivement l’intervention du milliardaire à la défaveur du documentaire a eu pour effet direct le rachat et la diffusion du doc par France 3. Le Zapping s’empare alors de l’occasion et diffuse de longs extraits de ce sujet sur l’évasion en plein milieu de la traditionnelle séquence du Zapping, un vrai pied de nez envers l’homme au bras long.
L’actuelle situation se veut assez cocasse, alors que Bolloré est taxé d’un cruel manque d’humour, c’est bien l’arme principale des rédacteurs de Canal : en rire. Quel plaisir de voir Catherine et Liliane (Alex Lutz et Bruno Sanches) tourner en dérision le côté « Big Brother » de leur nouveau PDG en mettant en avant la peur de se faire éjecter du groupe : « Fallait pas voler ce stylo bic, ça creuse le budget d’une chaîne, lui il fait ses calculs… il pense qu’à ça » … Le poids du stylo, de la plume face à la montagne financière : classique et toujours aussi efficace.
Confortablement assis, le spectateur de Canal assiste au triste spectacle consistant à voir Vincent Bolloré s’asseoir sur l’esprit de la chaîne. Étrangement, une horde de communicants entoure la classe politique, mais cette dernière ne se distingue dans cette affaire que par un cruel manque de communication. Timidement, Fleur Pellerin – Ministre de la Culture – murmure la nécessité de garantir l’indépendance… Inaudible.
« Ce n’est qu’un au revoir » disait ce semblant d’adage, mais finalement, va-t-on revoir cet esprit Canal ? Difficile d’y croire tant la chaîne a perdu de sa fougue, des Guignols en passant par les interventions un peu barrées de la miss météo, on ne s’y sent plus à l’aise : la décoration a été refaite au profit de plus de sobriété et cela résulte davantage à plus d’ennui.
On aurait pu s’attendre à une forme de solidarité des médias mais malheureusement ces derniers montent davantage au créneau pour parler d’une affaire de « chantage à la sextape » que pour déclamer le cruel manque de libertés, incompréhensible dans la France de 2015. Interviewé par RTL, Vincent Bolloré n’a subi que quelques égratignures gentilles et le débat est resté stérile. Ah si, il y a eu une annonce : le retour de l’ancien cryptage de Canal +, oui oui nous parlons bien du bruit atroce et de ces grosses bandes grisâtres qui ornaient nos écrans lorsque la chaîne était à l’heure cryptée … Quand Canal + figure avant-gardiste du new school, se retrouve enterrée par son « boss » dans … le old school.
Jordan MOILIM
Crédits images : 
– Canal +
– Claude Prigent

Sida fastncurious
Société

Moi, le sida : quand la communication devient vraiment virale

« Je suis là ». C’est tout simple, et pourtant, il a raison. On ne l’a pas oublié, mais à force de campagnes, d’émissions, de manifestations… il est devenu presque banal. On n’en parle plus autant qu’avant. C’est vrai, il fait partie du paysage, aujourd’hui. Puisqu’on parle moins de lui, l’agence WNP pour l’association AIDES, a décidé de redonner la parole au SIDA dans une toute nouvelle campagne. Le sida y parle de lui, de vous, de ses soirées… Personnage virtuel envahissant, et même assez flippant, il s’immisce dans votre vie virtuelle comme il le fait dans la vraie vie, sans prévenir, sans crier gare. L’objectif  de cette campagne de communication est clair : débanaliser le sida, et rappeler qu’il fait toujours 35 millions de victimes.
 
Le sida s’exprime – Il faut le faire taire.
La campagne se déroule en deux phases : du 1er mai au 8 juin, le sida est sur les réseaux sociaux. À 32 ans (pour rappel, il a été identifié en 1983), il est sur Facebook, Twitter, Instagram, Linkedin, Grindr, Tinder… Et il se fait connaître. Sur Facebook, il commente, like, raconte sa vie. Sur Twitter, nombreux sont ceux qui ont reçu la notification (pas forcément rassurante) « Le sida vous suit ». Le sida tweete, retweete, partage… Sur Tinder et Grindr, grâce aux étudiants du groupe ISEG, il est géolocalisé partout en France, et son profil peut apparaître dans votre périmètre. Sur Linkedin, il parle de son parcours professionnel, sur Intsagram, vous pouvez découvrir ce qu’il mange, ce qu’il voit, où il sort… Il évoque sa vie sexuelle dans le courrier du cœur des magazines féminins, et sur Leboncoin, il vend des boîtes de préservatifs périmés.
En somme, le sida est partout, et il le dit : canicule, Eurovision, bac 2015, affaire Carlton, Festival de Cannes… Tous les sujets d’actu le concernent. #Jesuislà.

Et depuis le 8 juin, il n’est plus seul à s’exprimer. Pour la deuxième partie de la campagne AIDES prend aussi parole : vidéo diffusée à la télévision et sur internet, spot radio, affichage, pétitions… Le message est simple : le sida est là, il parle, avec la voix de Gaspard Proust. Alors, « Pour le faire taire : AIDES.org ».

 

Une campagne innovante
L’atout principal de cette campagne se trouve dans son analyse du sujet lui-même : ses piliers sont la viralité, la parole, et l’intrusion… Comme le sida ! Aujourd’hui, pour continuer à sensibiliser sur le virus et les risques de transmission, il fallait qu’il s’exprime, et l’analyse faite par WNP est sur ce point se révèle pertinente. Tout le monde a déjà évoqué ce sujet, il fallait donc trouver un nouveau moyen innovant pour lui donner la parole. De plus, les campagnes de communication et de sensibilisation se développent de plus en plus aujourd’hui via les réseaux sociaux, outils de communication qui permettent une diffusion virale du sujet… Evidemment, le parallèle créé avec le VIH n’est pas innocent.
Enfin, l’intrusion dans la vie des gens organisée par cette campagne permet une prise de conscience individuelle. C’est bien le fait d’être suivi, liké ou d’avoir sa publication partagée ou commentée par le sida qui rappelle à chaque individu que le sida est toujours là, autant sur les réseaux sociaux que dans la vraie vie : le sida frappe à votre porte, le sida vous a « en ami », le sida « vous suit », personnellement.
En outre, le storytelling de cette campagne se construit au jour le jour, selon les réactions des gens sur les réseaux sociaux, selon l’actualité… L’objectif est donc double : sensibiliser les individus pour qu’ils se protègent eux-mêmes, et les inviter à faire taire le sida sur AIDES.org grâce à la pétition illustrée par Pénélope Bagieu (en rappelant les principes fondamentaux que l’on nous répète depuis 32 ans, mais qu’il est toujours nécessaire de rappeler) :

 
En somme, inviter chacun à être acteur de sa propre prévention et de celle des autres, et à être solidaire des personnes touchées… Une ambition renouvelée donc, à l’heure où le combat contre le VIH continue : un nouveau président pour l’association AIDES, Aurélien Beaucamp (qui, comme le sida, a 32 ans, puisqu’il est né le jour de la publication de l’article de l’équipe de l’institut Pasteur dévoilant la découverte d’un rétrovirus à l’origine de la maladie – ça ne s’invente pas !), une nouvelle forme de dépistage disponible dès la fin du mois de juin (il ne faut qu’un doigt, une petite goutte de sang et 30 minutes d’attente), des avancées sur un potentiel vaccin… Et si l’on parvenait à le faire taire, pour de bon ?
FastNCurious veut aussi faire taire le sida, et vous invite à visiter aides.org pour plus d’informations, pour signer la pétition et pour faire un don.
 
Léa Lecocq
Sources :
aides.org
cbnews.fr
metronews.fr
metronews.fr
huffingtonpost.fr
Crédits images :
tetu.com
Captures d’écran Facebook, Twitter, Instagram, Youtube…
Captures d’écran du dossier de presse : http://www.aides.org/node/2935