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Société

Persona Synthetics: Quand la virtualité dépasse la réalité

“Persona Synthetics”
Cela ne vous dit peut-être rien mais, Outre-Manche, cette formule nébuleuse a semé la panique et le doute durant quelques jours sur les internets.
En effet, les twittos invétérés et autres cybernautes ont inondé les réseaux sociaux après la diffusion de ce spot, sur la chaîne britannique Channel 4:

Présentés comme des humanoïdes « multi-tasks » au service de l’Homme, dans un monde parallèle où technologie et quotidien s’entremêlent, ces Persona Synthetics sont la vitrine de la campagne de communication lancée à l’occasion de la diffusion prochaine d’une nouvelle « série console », produite par Microsoft et Channel 4, Humans.
Cette production est, en réalité, une adaptation de la série suédoise Real Humans dans laquelle l’usage d’androïdes à des fins domestiques et industrielles est devenu monnaie courante. Série destinée, au départ, à la plateforme internet de la Xbox.
Enfin, si Channel 4 et Microsoft se sont inspirés de l’intrigue du succès suédois, ils n’ont pas lésiné sur les moyens en ce qui concerne la campagne marketing afin de promouvoir ce nouveau TV show qu’elle diffusera en juin prochain sur les petits écrans.
Vous avez dit “buzz”?
Cette campagne est, en effet, digne de celle d’un blockbuster: ajouté aux canaux standards que sont le print et internet, le faux spot télé diffusé sur Channel 4, qui a mis le feu à Twitter, s’est vu complété d’un shop front en plein cœur de Londres annonçant l’ouverture prochaine d’une boutique Persona Synthetics. A cette occasion, les passants avaient la possibilité d’interagir avec les écrans installés à l’occasion via la technologie Microsoft Kinect.
De plus, les nombreux partenaires du projet ont, eux aussi, contribué à cette vague marketing, à l’instar d’e-Bay qui est allé jusqu’à mettre aux enchères deux « Synth », Charlie et Sally, sur son site internet. Un e-Bay shop sur lequel les internautes pouvaient, durant deux jours, « acquérir » les modèles d’humanoïdes, personnages phares de la série.
Les retombées de cette campagne ont été gargantuesques : plus de 100 000 recherches Google après la diffusion du spot TV et des milliers de tweets suivis du hashtag #Humans ont déferlé en quelques heures sur la toile.
Seule ombre au tableau : le buzz ne semble pas avoir dépassé les frontières britanniques malgré un dispositif 360.

Une « technolâtrie », symptôme de notre époque ?
Le succès de la série Real Humans confirme, par ailleurs, la folle obsession des Hommes pour ces machines, fabriquées à leur image
En attestent les propos de James Walker, responsable marketing de Channel 4 : « Le monde de Humans est peut-être plus proche qu’on ne le pense. Cette campagne cherche à faire réagir les gens au sujet de l’intelligence artificielle et toutes les questions que cette technologie soulève ».
En effet, les humanoïdes sont traités et marketés comme des objets de consommation standards et par là même appellent les consommateurs à s’interroger sur un futur déjà présent, celui d’un monde régi par l’omniprésente et omnipotente technologie.
On remarque aujourd’hui une plus grande utilisation des « robots » à des fins industrielles ; ils remplacent l’Homme dans un souci de gain de temps et d’argent.
Et c’est bien là le souci : l’arrivée des androïdes, robots et autres cyborgs peut, à terme, être l’alternative définitive au manque d’efficacité d’un simple être humain.
Certes, les avantages que présentent ces machines ne sont pas négligeables : vie quotidienne simplifiée, rendement et productivité plus importants, efficacité accrue. Cependant, les désavantages sont nombreux : tout d’abord le coût, leur utilisation industrielle aux dépens des hommes, la dépendance de nos sociétés aux nouvelles technologies mais surtout les questions d’ordre social, économique et éthique liées à cette révolution technologique.
En littérature et au cinéma, la « création à l’image de l’Homme » a été érigée en véritable mythe de la transgression: du fameux « Frankenstein ou le Prométhée moderne » à « Blade Runner » en passant par « Terminator », l’Homme a toujours appréhendé de manière pessimiste la cohabitation de l’espèce humaine et d’une forme d’intelligence artificielle. S’agit-il, au travers de fictions de plus en plus réelles, de nous faire réagir face à la place, de plus en plus prépondérante, que prend la technologie dans la société actuelle ?
Tout comme l’ont fait Fritz Lang ou encore Georges Orwell auparavant ?
« La technologie est l’opium du peuple »
Pour reprendre l’idée du magazine Humanoïde, la technologie tient une place plus qu’envahissante dans notre société. Cette dépendance est efficacement illustrée par leur campagne, lancée lors de la sortie du numéro 4 où l’on retrouve la notion d’addiction et le détournement des noms des « géants du secteur ».
Chaque époque a son vice : le nôtre est de totalement dépendre des gagdets et autres appareils qui nous simplifient la vie, nous rendant plus fainéants encore.
Jean-Marie Besnier, professeur à la Sorbonne, parle d’une « fatigue d’être libre et d’être soi » : se laisser peu à peu asservir par une nouvelle science dont la promesse d’une vie simplifiée est tenue.
A l’instar de Microsoft (plus précisément, Xbox Entertainment Studios) qui a, en réalité, racheté les droits de Real Humans afin d’en faire un remake, destiné, à la base, à la plate-forme internet Xbox : la plus grosse entreprise d’informatique au monde investit maintenant dans la production de séries télévisées afin de développer et d’offrir une « expérience virtuelle » augmentée.
Force est de constater qu’une certaine forme de posthumanisme alimente ce cercle vicieux et accompagne la révolution technologique qui est en train d’avoir lieu. Doucement mais sûrement.
Pour tous les fans de Sci-Fi et pour tous les autres, la série réalisée par Jonathan Brackley (MI-5) sera diffusée en juin sur Channel 4 et Xbox Live.
Toujours pas de nouvelles concernant l’arrivée de Humans sur les chaînes françaises. En attendant, voici de quoi vous donner envie ! Enjoy !
https://youtu.be/9zYQjR0wvxM
Alizé Grasset
Sources :
Laruche.com
Mirror.co.uk
Marketingmagazine.co.uk
Digitalspy.co.uk
Crédits Photos :
persona_synthetics.pentagonhosting.co.uk
i.ytimg.com
tfmainsights.com

technophobie fastncurious
Société

En guerre contre la troisième révolution industrielle

Baudelaire fustigeait le progrès : selon le poète, « cette idée grotesque » était le germe de la décadence, une funeste confusion de la matière et de l’esprit, ce qui finirait par avilir l’humanité au lieu de l’affranchir.
Du luddisme à la Silicon Valley
Bien avant l’arrivée des GAFA (Google, Apple, Facebook, Amazon), de la démocratisation d’internet et des smartphones, le sociologue Jacques Ellul parlait dès les années 1970 du basculement de la « société industrielle » vers ce qu’il appelait « la société technicienne ». Sa théorie : tout reposerait sur les réseaux d’information et non plus sur les circulations de marchandises. En somme : l’avènement de la société de communication, dont le plus grand promoteur est Jeremy Rifkin et sa notion de « Troisième Révolution industrielle », une nouvelle révolution qui se distinguerait par le développement des nouvelles technologies de l’information et de la communication.
A chaque révolution sa contestation. La technophobie contemporaine serait-elle une nouvelle forme de luddisme ? Au début du 19ème siècle, l’Angleterre connaît la révolution industrielle : les machines paraissent menaçantes. Les luddistes sont des artisans qui se réunissent pour briser les machines des manufactures de l’industrie textile, vecteur de déshumanisation et symbole du capitalisme. Deux siècles plus tard, les GAFA sont le nouveau visage de la classe capitaliste.

Un néo-luddisme apparaît en conséquence : destructions de Google Car, vols de Google Glass, immobilisation des bus des salariés de Google et Yahoo. Depuis l’année dernière, les militants de The Counterforce protestent contre les GAFA et la gentrification de San Francisco dont ils sont accusés. Le propriétaire capitaliste exploitant le prolétariat est dépassé, bienvenue au technocapitaliste qui exploite nos données.
Machine à textile, informatique… La « nouvelle » technologie présente toujours le même package de maux : aliénation, totalitarisme, déshumanisation. Est-ce réellement le destin de la société ultra-connectée ? Quelle vision adopter pour la société de demain ? Le clivage entre technophiles, ambassadeurs d’un monde meilleur connecté et technophobes, à la vision dystopique et craignant sans cesse l’ombre du grand Big Brother, fait de la technologie un enjeu politique.
L’innovation : une longue histoire
L’ectoplasme des « nouvelles » technologies plane sur nos esprits depuis au moins l’antiquité. Platon critiquait la technique de l’écriture en la présentant comme une menace pour la réflexion philosophique et la mémoire : « ce qu’il y a de terrible, c’est la ressemblance qu’entretient l’écriture avec la peinture. De fait, les êtres qu’engendre la peinture se tiennent debout comme s’ils étaient vivants ; mais qu’on les interroge, ils restent figés et gardent le silence. Il en va de même pour les discours. On pourrait croire qu’ils parlent pour exprimer quelque réflexion ; mais, si on les interroge, c’est une seule chose qu’ils se contentent de signifier, toujours la même. » En somme, l’écriture allait emmener la société vers un crash intellectuel.
 
Quelques siècles après, heureusement pour nous, la société continue d’évoluer, notamment dans une ère où les innovations sont marketées comme des symboles révolutionnaires, créant un clivage : il est ainsi de coutume d’opposer les technophiles, les “modernity enjoyers”, aux technophobes, radicaux et réac, qui voudraient quitter le monde désincarné des smartphones en brandissant un Nokia 3310.

 
 
 
Homo connecticus
 
Cette idée de déshumanisation sociétale est prégnante dans nos médias. De multiples exemples, comme Stromae récemment, véhiculent l’idée selon laquelle le monde virtuel nous éloigne les uns des autres et arrache les individus du monde « réel ». Le progrès apparaît alors pour certains comme « subi ». La dernière tendance : la digital detox, proposée par des thalassos et des spas pour permettre un sevrage technologique en coupant toute connexion numérique pour « revenir à l’essentiel ». Le WIFI, l’empoisonnement 2.0 ?
 
Dans cette vision, Technologos, un groupe militant, a forgé sur le modèle du tabagisme passif le concept de « technicisme passif ». Leur manifeste mentionne : « Quiconque, dans son travail, se retrouve obligé d’utiliser un ordinateur pour exécuter des tâches futiles subit de plein fouet l’idéologie technicienne, qu’il le veuille ou non ». Le renversement économique qu’impliquent les nouvelles technologies correspondrait au bouleversement de l’équilibre moral de la société. Mais selon la vision antique grecque, la stabilité de l’univers est LA valeur intouchable, l’élément sacro-saint à préserver pour sauver l’humanité du chaos.

 
 
Bête noire
 
Ce scepticisme à l’encontre de l’avancée technologique ne date pas d’aujourd’hui. En 1840, l’historien Jules Michelet utilisait pour la première fois le mot « machinisme », qu’il assimile à la misère ouvrière et à l’appauvrissement intellectuel des foules. Platon es-tu là ?
 
Ainsi, à travers les siècles, les « nouvelles » technologies, particulièrement les médias, ont toujours représenté des dangers immenses pour le bien-être des sociétés. Cinéma, téléphone, télévision, internet : à chaque mode de communication sa prophétie. Pourtant, les dangers s’avèrent toujours les mêmes : les gens ne vont plus lire, les gens ne vont plus se voir, les gens s’abrutissent… A croire que l’humanité est menacée depuis des siècles.
 
Pour François Jarrige, maître de conférences en histoire contemporaine, « le progrès est idéologie ». Dans cette perspective, des journalistes ont comparé Apple à une religion, Google à un régime totalitaire. Le mythe orweillien de Big Brother n’a jamais été aussi présent qu’aujourd’hui : la technologie serait un instrument de pouvoir, de surveillance et de contrôle social. Mais un outil de communication reste un outil. Comme le couteau, la dangerosité d’un outil repose sur l’usage qu’on en fait. En réalité, personne ne craint les nouvelles technologies. C’est leur impact sur la société que l’on fantasme.
 
Thanh-Nhan Ly Cam
@ThanhLcm

 
 
Sources :

Mythologie et intertextualité, Marc Eigeldinger
elimcmaking.com
gizmodo.com
technologos.fr
internetactu.blog.lemonde.fr
britannica.fr
Crédits photos

I Robot, Twentieth Century Fox
Tara Jacoby
Ex Machina, Universal Pictures

meme internship fastncurious
Société

Les mains invisibles de la communication

Au printemps, un vent de fraîcheur agite les campagnes de com. Il est humain d’avoir un regain d’énergie lorsque le soleil caresse à nouveau les panneaux publicitaires, et dévoile leurs trésors d’inventivité aux yeux des passants… ou pas.

Qui n’a jamais eu envie d’exprimer son exaspération face à ce genre de campagnes, qui, au lieu de stimuler l’imagination, de faire rire d’un bon mot, somme toute de remplir leur rôle de séduction, se contentent de renouveler péniblement les clichés du genre ? Vous avez sans doute en tête un bon nombre d’exemples : ces flyers aux couleurs douteuses, ces logos qui semblent ne receler aucune signification, ces messages publicitaires mal photoshoppés.
Qui se cache derrière ces travaux douteux, cette communication de mauvaise qualité ?
Non, il n’est pas ici question d’une chasse aux sorcières. Ne tapez pas sur les petites mains.
Les stagiaires, une aubaine pour le secteur de la communication
Il y a deux ans, le Ministère de l’Education pointait du doigt le secteur de la communication, de la publicité et des médias. Selon son estimation, en agence de publicité, les effectifs se composent de 10 à 15% de stagiaires. 
Avancer des chiffres semblables est comme enfoncer des portes ouvertes ; cela semble définitivement inscrit sous la formule magique « C’est ça, l’entreprise. ». Il est déplorable que le stagiaire soit piégé de cette façon, entre l’enclume de l’obligation du stage (vanté comme étant le sésame de l’emploi) et le marteau de la rentabilité – cette fois tenu par l’entreprise elle-même, qui envisage rarement le stagiaire autrement que comme une source de profits fort bienvenue. Parfois enrobé d’un esprit « corporate » de bon aloi qui fait passer la pilule, souvent sur un mode décontracté grâce aux open-spaces aérés et au tutoiement, le travail accompli par le stagiaire s’échelonne la plupart du temps sur du 39h, et une rémunération minimale.
Qu’on se le dise, le stagiaire n’a pas le choix. Il est fort courant, dans le domaine de la com de tomber sur des offres de stage qui demandent un diplôme complet, plusieurs années d’expérience et si possible, une faible estime de soi. Alors quand une entreprise daigne tendre la main vers des jeunes étudiants pleins de bonne volonté, elle estime ne pas avoir beaucoup de comptes à rendre.
C’est ainsi que l’on se retrouve avec des stagiaires livrés à eux-mêmes, confectionnant des flyers pour des garages à l’écart du reste de l’équipe, ou encore rédigeant des rapports interminables sur les zones urbaines. Cela ne ressemble pas à un stage en communication ?
Mais on peut faire dire ce que l’on veut à ce mot, et les employeurs l’ont parfaitement compris. La communication peut, au sens large, correspondre à tout un tas de petites tâches ingrates. Certes, elles doivent être accomplies, mais de là à toutes les confier au stagiaire, il n’y a qu’un pas, franchi sans vergogne.
En outre, l’imprécision des missions de communication ouvre une brèche bien pratique pour l’employeur, qui peut ainsi demander à son stagiaire d’effectuer des tâches qui devraient être sous la responsabilité d’un professionnel.

Un professionnel, faut-il le préciser, dûment rémunéré pour ses 39 heures hebdomadaires.
La communication souffre de sa jeunesse….
…et ses jeunes aspirants en sont les premières victimes.
Il n’est pas rare d’entendre que le community management fait partie du job, sous prétexte que les réseaux sociaux seraient tout naturellement maîtrisés par la nouvelle génération. Oui, mais entre utiliser la toile comme client et passer de l’autre côté du miroir pour en comprendre les aspects techniques, il y a tout de même une marge.
Ces propos flirtent avec un certain mépris pour le métier de communiquant, assimilé peu ou prou à du charlatanisme et à des compétences limitées, relevant du pur bon sens.
Le manager, parfois de toute bonne foi, peut ainsi exiger de son stagiaire qu’il accomplisse des miracles, invente une notoriété à une marque. Seul et sans budget.
La communication est une science jeune, et à ce titre, elle est exploitée comme une excuse bien pratique. Le stagiaire en communication remplace le graphiste – après tout, il s’agit bien de communication visuelle ? Mais il est aussi community manager, il s’occupe des newsletters internes ; il organise des réunions ; il doit gérer des relations presse ; il se charge des événements…Et il est prié de le faire bien et vite, car une fois les idées sorties du chapeau, elles paraissent soudain relever de l’évidence.
Or, quelle est la première leçon qu’apprend un élève en communication ? Celle-ci ne résout pas tout.
Ce qu’on peut traduire ici par : le stagiaire en communication n’ayant pas achevé sa formation ne remplacera jamais un service entier.

L’encadrement est souvent dérisoire, et l’étudiant se retrouve dans la situation où c’est lui qui apporte à l’entreprise, sans rien en retour, courant après la carotte qu’on lui tend – souvent la réputation de l’entreprise, et l’inévitable course au remplissage du CV.
Le stagiaire s’aperçoit rapidement, en se jurant qu’on ne l’y reprendra plus, que la mention « doit être autonome » figurant dans l’offre de stage signifiait en réalité « capable de travailler comme un salarié sans en avoir les prétentions ».
Il serait temps d’adopter une vision plus progressiste du stage en communication : il s’agit d’un domaine où le sang neuf est primordial pour que l’entreprise soit « habitée » par sa génération, mais encore faudrait-il offrir à ces futurs -grands!- communicants l’opportunité d’apprendre des générations passées. On ne communique pas ex-nihilo, et, si la communication n’est pas une science dure, elle se nourrit pourtant d’expériences. C’est ce que le stage est supposé offrir à l’étudiant, qui, en retour, sous la tutelle d’un référent, accomplira ses premiers pas professionnels.
Marguerite Imbert

Crédits images :
collegecandy.com
brandandcelebrities.com
Source :
etudiant.lefigaro.fr

banniere american apparel fastncurious
Société

American Apparel, du scandale au paresseux

Le mois dernier, American Apparel a lancé sa dernière campagne de communication autour d’une nouvelle égérie. Cette fois ci, pas de jeune femme dénudée ni de peau dévoilée, mais une charmante femelle paresseux de 23 ans du nom de Buttercup. Originaire du Costa Rica, elle est la star du « Sanctuaire pour paresseux » tenu par Judy et Luis Avey-Arroyo. Lorsqu’en 1992 la petite paresseuse orpheline est déposée chez eux, le couple décide d’en prendre soin. Très vite, un deuxième paresseux esseulé les rejoint, et ils décident de faire de leur maison un refuge pour paresseux. Et c’est en 2015 que la consécration arrive pour Buttercup, qui avait déjà fait l’objet d’un buzz il y a quelques années (c’est bien elle que vous retrouvez sur ce gif ) : American Apparel souhaite en faire la mascotte de sa nouvelle campagne à l’occasion de la journée de la Terre (« Earth Day ») fêtée aux Etats Unis.
Après avoir fait un peu de teasing via la publication d’une photo de Buttercup accompagnée de la légende « Buttercup has a surprise ! Stay tuned. », et avec la mise en ligne le 9 avril dernier sur son compte Vine d’une vidéo de l’animal désormais célèbre et célébré, la marque a dévoilé un nouveau modèle de T-shirt.

Celui-ci, vendu 32$ dont 30% sont reversés au refuge costaricain, est l’occasion pour la marque de mettre en avant son engagement en faveur des artistes, des animaux sauvages, du coton bio et sans pesticide, et de manière générale pour la production éthique de ses produits… Et par là même de changer radicalement de stratégie de communication.

En effet, la marque n’est pas tant connue pour ses engagements éthiques que pour ses campagnes de communication provocantes et souvent scandaleuses (même si elle s’est souvent engagée, notamment pour la cause LGBT). Nous vous en avions déjà parlé ici . Censurée à plusieurs reprises dans certains pays, comme le Royaume Uni, American Apparel a souvent été accusée d’hypersexualisation de la femme, parfois même d’utiliser des images quasi pédopornographiques comme en août dernier, avec la campagne intitulée « Back to school ».

Ce changement (assez radical) d’orientation de la stratégie marketing d’American Apparel n’est pas difficile à expliquer. En effet, la marque a changé de PDG : abonnée au trash et à l’explicite sous la direction de Dov Charney, licencié en juin 2014 pour harcèlement sexuel et détournement de fonds, elle se réoriente sous l’impulsion de la nouvelle PDG, Paula Schneider. Celle-ci désire toujours voir la marque aussi provocatrice et séditieuse, mais sans qu’il soit nécessaire de montrer autant de peau dénudée. Elle explique que « Ça ne doit pas toujours être ouvertement sexuel. Il existe des façons de raconter notre histoire sans que ce soit offensant. C’est une marque qui sort des sentiers battus. Et elle continuera à sortir des sentiers battus. » Et la différence n’est pas difficile à voir :

Avant : une campagne menée par Dov Charney et Terry Richardson
Après : Buttercup prend la pose
Avec des poses aussi lascives que ses prédécesseurs, Buttercup assurerait ainsi le futur d’une marque dont les excès en matière de communication étaient le reflet des problèmes internes en matière de management et de finances. Espérons que ce tournant dans la communication d’American Apparel soit durable, parce qu’il n’est pas nécessaire de se montrer offensant pour vendre. La nouvelle PDG de la marque l’explique bien : « Il faut que ce soit un peu sexy. Nous vendons de la lingerie. Nous vendons des collants. Il faut juste être sûrs de ne pas aller trop loin. Cela devrait permettre de montrer des femmes libres, des gens libres ». Reste à voir comment American Apparel négociera ce virage…
Léa Lecocq
Sources :
lesinrocks.com
businessoffashion.com
ecrans.liberation.fr
madmoizelle.com
ticotimes.net
francetvinfo.fr
Crédits photo :
metrouk2.files.wordpress.com
style.lesinrocks.com
store.americanapparel.net
i.kinja-img.com
 
 

Société

#RoyalBaby It’s a girl !

L’Angleterre est en effervescence, l’Angleterre accueille une héritière, l’Angleterre pouponne. La future princesse, Charlotte Elizabeth Diana, quatrième dans l’ordre de succession au trône est née à Londres, le 2 mai à 8h34.
Cette naissance est orchestrée comme une véritable opération diplomatique, commerciale et médiatique. En effet, la famille royale s’illustre ici par la maîtrise quasi militaire d’un tempo médiatique rigoureux. Elle répond surtout au sentiment d’attente relayé sur les réseaux sociaux via le compte Kensington Palace, porte-parole officiel de la famille royale, et crée un buzz médiatique attendu : la naissance est l’événement qui a généré le plus de retweets et de favoris en 2015 (47 000 retweets pour la naissance, 45 000 favoris pour la sortie de la clinique).

Des enjeux qui dépassent la simple communication d’information : entre maintien de la sécurité et dopage de l’économie britannique
Le protocole d’annonce est clair et allie tradition et modernité : la famille proche est avertie de la naissance avant une annonce aux citoyens via une proclamation des médecins royaux placée sur un chevalet à Buckingham (ce chevalet a accueilli précédemment les proclamations des naissances de William et George). Aux réseaux sociaux, succède un message sonore : 62 coups de canons tirés depuis la Tour de Londres et 42 depuis Green Park, enfin le drapeau Union Jack sera hissé sur tous les bâtiments officiels.
 

 

En parallèle, la presse se prépare aux trois moments phares : hospitalisation, annonce de la naissance et sortie avec le nouveau-né. La mort de la princesse Diana a cependant introduit une rupture entre la presse et la famille royale. « Les gens ont peut-être une idée un peu obsolète de la meute de correspondants royaux. La réalité c’est que la presse britannique est devenue très respectueuse envers la famille royale, frileuse même, diront certains. » note Richard Palmer, correspondant royal pour le Daily Express.
Cet historique explique également la protection extrême de l’image du Prince George excepté lors de rares occasions. Le même sort attend la future petite princesse, après quelques instants de lumière éphémères, le rideau tombera.
 
L’annonce de cette naissance dépasse de simples enjeux d’information : cet évènement se veut également un important faire-valoir stratégique. En effet, elle promet un dopage de l’économie britannique, des marchés financiers et commerces divers. Si celle du petit Prince George a rapporté 247 millions de livres (344 millions d’euros) en vente de souvenirs, les prévisions cette année environnent les 70 millions de livres (97 millions d’euros). « Tout le monde voudra acheter les mêmes tenues que le bébé, ses jouets. Il y aura un impact long sur l’économie, surtout si c’est une fille, » remarque Joshua Bamfield sur le site Hello !. Des observateurs mentionnent également le lien entre le sexe de l’enfant et les indices boursiers, prouvé pour les naissances des princesses Anne (1950), Margaret (1930), Elizabeth (1926).
 
A Londres, l’effervescence gagne les foules, des célébrations s’organisent : baby shower royale au Park Lane Hotel, dégustation de champagne et pâtisseries au London Hilton ou croisière-conférence pour les bébés royaux sur la rivière Thames ?
Plus symboliquement, les enfants nés le 2 mai 2015 recevront, comme pour la naissance de George une pièce en argent sur laquelle figurera le portrait de la reine Elizabeth et la date du 2 mai. Ce symbole fait écho à la tradition anglaise consistant à déposer une pièce en argent dans la main du nouveau-né en gage de richesse et de bonheur.
Enfin, les bookmakers font des pronostics multiples sur le sexe, prénom, poids de l’enfant, sa date de naissance mais également le parent qui le portera en sortant de la clinique ou le lieu de sa première sortie officielle. Le prénom Charlotte était favori avec une cote de 3 contre 1, soit un gain de 3 livres pour 1 livre pariée.

Un lien symbolique entre le peuple et ses dirigeants assuré par une communication sans faute
Son prénom étant un hommage direct à la mère du Prince William, la naissance de la petite princesse nourrit la recherche d’une nouvelle Diana dans le cœur des anglais. Cependant, le journal The Guardian s’inquiète de ce lourd héritage pour les petites épaules de l’héritière : “Cet enfant serait non seulement le premier lien direct féminin avec le tsunami émotionnel que représentait Diana, elle aussi appartiendrait [dès sa naissance] au public ». Cette inquiétude laisse présager un avenir traqué et scruté par les médias.

A naissance royale, communication royale
Après une attente interminable sur les réseaux sociaux et aux abords de l’hôpital entre le 15 et le 30 avril, la naissance a été annoncée sur le compte Twitter @KensingtonPalace. De nombreuses célébrités ont félicité les parents, à l’instar de Barack et Michelle Obama : «Michelle et moi sommes ravis de féliciter le duc et la duchesse de Cambridge, sa majesté la reine et la famille royale, et tous les habitants du Royaume-Uni pour la naissance de la princesse royale», indique la Maison Blanche dans un communiqué.
 
A leur manière, les marques ont également célébré cette naissance sur les réseaux sociaux :

Une dizaine d’heures après l’accouchement et l’annonce de la naissance de l’enfant aux citoyens britanniques, le couple royal est apparu sur le perron de l’hôpital, accompagné de la petite princesse et du Prince George pour un premier bain de foule relayé par les médias du monde entier. Son prénom a été annoncé le 4 mai, plus de 48 heures après sa naissance, comme pour George (il a fallu attendre 7 jours pour connaître le nom de William et 1 mois pour celui de Charles).

Sur les plans marketing et médiatique, il apparait clair que tout est fait pour que les anglais adoptent et apprivoisent cette petite princesse comme, peut-être une future reine, 4ème dans l’ordre de succession, si son frère George n’a pas de fils. Pour finir, Welcome to Princess Charlotte Elizabeth Diana, and congratulations to her parents and family !
Clarisse De Petiville
Sources :
thisismoney.co.uk
theguardian.com
elle.fr
parismatch.com
vanityfair.fr I & II 
dailymail.co.uk
Crédits photos :
rtl.fr
lexpress.fr
huffingtonpost.fr
thestar.com
thestar.com
twitter.com
elleuk.com
francetvinfo.fr
ladn.eu
 
 

rumeurs fastncurious
Société

Silence, ça circule !

Avant-propos : cet article a pour but d’établir un petit essai sur la rumeur et d’interroger le concept pour essayer d’en comprendre un peu plus le fonctionnement ainsi que les aboutissants.
Jean-Noël Kapferer définit la rumeur dans Rumeurs : le plus vieux média du monde comme « l’émergence et la circulation dans le corps social d’informations soit non encore confirmées publiquement par les sources officielles soit démenties par celles-ci. » Il ajoute qu’une définition arrêtée et définitive du phénomène « rumeur » est difficile voire impossible. En effet, la frontière entre rumeur, murmure et bruit est poreuse. Le concept est à prendre avec des pincettes. Avec Internet, il semble que la rumeur, en plus de devenir la normalité, au sens de ce que l’on rencontre tous les jours sans plus vraiment y prêter attention, soit devenue un outil de communication redoutable qui, s’il est mal géré, peut s’avérer désastreux. L’idée est ici de se pencher sur le concept de la rumeur comme origine et composante d’un certain type de communication.
La médiagénie de la rumeur
La rumeur entretient avec les médias une passionnelle histoire d’amour. Elle a besoin des médias pour circuler et être relayée par les individus, et les médias ont besoin de la rumeur pour exister en tant que tel, en tant que médiateur d’une information. Car la rumeur est en soi une information qui dit quelque chose et fait dire des choses.
Pourquoi se précipiter sur la rumeur quand on sait que celle-ci peut s’avérer fausse ? En effet, il semblerait que la rumeur fasse vendre et soit recherchée par les médias pour générer du flux ainsi que de l’audience. Relayer une rumeur c’est s’ancrer dans une communauté conversationnelle, celle du bouche-à-oreille et donc élargir sa cible, s’adresser à tout le monde. Qui n’a pas entendu parler de l’affaire du fils de Christiane Taubira, accusé de meurtre et jeté en prison ?

Tous les médias en ont parlé, cette rumeur a fait l’objet de nombreux débats au même titre que celle qui affirmait l’existence de vers de terre dans les burgers McDo ou encore la théorie du complot. Depuis toujours, les rumeurs sont nombreuses et vont bon train.
Jean-Noël Kapferer énonce que « la rumeur court parce-qu’elle a de la valeur ». La valeur de la rumeur augmente au fur et à mesure qu’elle est relayée. L’ethnologie peut ici venir éclairer la question de la rumeur. La Kula, étudiée par Malinowski, est cet échange circulaire entre les hommes d’un bien dont la valeur augmente à mesure qu’il passe de mains en mains. La rumeur fonctionne comme le système de la Kula. Celle-ci, pour exister, doit circuler et cela ne se peut sans les médias qui assurent et pérennisent l’échange entre les individus.
Des médias dédiés à la rumeur sont ainsi créés comme le site hoaxbuster.com. Ce site traque les canulars, « hoax » en anglais, et fait ainsi de la rumeur sa vache à lait mais aussi sa raison d’être. Le site génère de la conversation en instrumentalisant la rumeur ce qui contribue ainsi à entretenir sa notoriété. On peut également penser aux tabloïds qui titrent dans bien des cas sur des rumeurs pour attirer les regards et inciter à la vente. « Kate Middleton : enceinte d’une petite Diana ? La folle rumeur du jour ! » peut-on lire dans Public (février 2014).
La rumeur au service de la société ?
La rumeur entretient le lien social, l’échange, qui est à la base de la société. L’homme, cet animal échangiste tel que le conçoit Lévi-Strauss, incorpore cette grammaire de l’échange, les techniques de communication de façon inconsciente et devient ainsi cet animal social. La rumeur est cet infra-ordinaire défini par Georges Perec, c’est-à-dire ce qui est tellement intégré à nos habitudes que l’on ne prend plus la peine de le remarquer. De fait, la rumeur compose avec nos techniques de communication que nous avons incorporé sans plus y prêter garde.
Participer à la rumeur c’est participer au groupe. Réfuter la rumeur c’est constituer un autre groupe, un groupe antagoniste. La rumeur crée des communautés : celle qui y croient et celles qui s’en défient, les « sceptiques » d’un côté et les « crédules » ou « croyants » de l’autre. Elle organise la société. En parlant de rumeurs, les hommes lient entre eux les hauts principes de sociabilité.
De plus, partager une rumeur revient à exercer son pouvoir de parole, de conviction, de crédulité. Ce n’est pas seulement y adhérer purement et simplement par un « oui » c’est aussi investir sa croyance par un « oui j’y crois » ou « non je n’y crois pas ». Au fondement de la rumeur, il y a bien cette disposition toute particulière de l’être humain qu’est la croyance sans nécessité de voir pour y croire. Bien au contraire, la rumeur repose sur la confiance que se font les individus entre eux pour se croire les uns les autres. La rumeur peut-elle se comprendre comme un ciment de la société à part entière ?
Un contre-pouvoir
Jean-Noël Kapferer affirme que « les rumeurs gênent car elles sont une information que le pouvoir ne contrôle pas ». En effet, la rumeur est fuyante, elle échappe à quiconque tente de la saisir par une explication rationnelle. Elle est le lot de la foule, elle est appropriée par tout un chacun, déformable à souhait, modelable à l’infini. La rumeur est cet imaginaire collectif qui fréquente bien souvent les rivages du légendaire. « Face à la version officielle, il naît d’autres vérités : à chacun sa vérité » poursuit Kapferer. Chacun est susceptible de faire entendre sa parole : toute vérité, toute énonciation individuelle devient légitime sitôt qu’elle s’ancre dans le cercle décrit par la rumeur. C’est bien pour cela que la rumeur a autant de succès : tout le monde se sent capable et surtout légitime d’en parler. La rumeur devient un média à part entière qui s’inscrit dans une confrontation avec les médias dits « officiels » ; la rumeur est ce média contrer-institutionnel qui produit sa propre information.
Le démenti devient donc ce « rabat-joie » qui « désamorce l’imaginaire pour le plonger dans la banalité » nous dit Kapferer. Démentir une rumeur revient à forcer la porte de l’imaginaire en y introduisant la banalité du réel, sa platitude dont la rumeur venait ouvrir les horizons.
La rumeur serait ce mass média qui concerne tout le monde et apporte une information. Elle vient ouvrir les champs des possibles d’un réel souvent trop lisse. Elle est cette parole poétique qui remet en cause le discours normé, formé et informé par les autorités et les médias officiels.
Jeanne Canus-Lacoste
Crédits images
wikiart.com, Norman Rockwell
Sources
scienceshumaines.com
francetvinfo.fr
franceinter.fr
lemonde.fr
Jean-Noël Kapferer, Rumeurs : le plus vieux média du monde

metro harcèlement fastncurious
Société

Stop Harcèlement de Rue permettra-t-il de rester civil sur toute la ligne ?

100% des femmes ont déjà été victimes de harcèlement sexiste dans l’espace public. C’est le constat saisissant qui a déclenché une tempête médiatique en cette semaine internationale contre le harcèlement de rue. Du 13 au 19 avril 2015, bon nombre de militant-e-s antisexistes sont allé-e-s à la rencontre des passants et pouvoirs publics afin de les sensibiliser à l’ampleur du harcèlement sexiste et aux impacts profonds que celui-ci a sur les femmes. La visée est simple : faire comprendre aux hommes et aux femmes que le harcèlement de rue n’est pas anodin et qu’il ne saurait être cautionné sous couvert de fatalisme. Est-il réellement envisageable de mettre fin au harcèlement sexiste dans l’espace public et semi-public, alors qu’il est l’une des manifestations les plus évidentes de la mainmise du patriarcat sur notre société ?
100% des femmes touchées par le harcèlement sexiste, un constat #Plutôtsympa
Sifflements, regards lubriques, attouchements, agressions sexuelles : la totalité des femmes y ont été confrontées au moins une fois dans leur vie. Et dans la moitié des cas, les victimes sont mineures lorsqu’elles subissent leur première agression sexuelle ou harcèlement sexiste. Voilà le réjouissant constat du Haut Conseil à l’Egalité entre les femmes et les hommes (le HCEfh) qui constitue le premier rapport institutionnel sur le sujet, commandé par la Ministre de la Santé, Marisol Touraine et la Secrétaire d’Etat chargée des Droits des femmes, Pascale Boistard. Rendue ce jeudi 16 avril, cette étude a l’effet d’une douche froide. Pour les hommes comme pour les femmes,  l’heure est à la prise de conscience d’un fléau qui fait partie intégrante du quotidien de la moitié de la population : le harcèlement de rue. Le rapport est ici.
Afin d’éviter tout haussement de sourcils suspicieux aussi mal venus qu’un tweet de Sophie de Menthon –nous allons y venir–, convenons dès à présent de l’acception de l’expression « harcèlement de rue ». Le harcèlement de rue définit les comportements adressés aux personnes dans les espaces publics et semi-publics, visant à les interpeler verbalement ou non, en leur envoyant des messages intimidants, insistants, irrespectueux, humiliants, menaçants, insultants, en raison de leur sexe, de leur genre ou de leur orientation sexuelle. Ces approches, que certains pensent flatteuses, poussent en réalité les femmes à craindre de stationner dans la rue ou les transports, à éviter certaines lignes, à changer leurs habitudes vestimentaires voire leur démarche ou encore à éviter tout contact visuel avec le sexe opposé. Pas étonnant donc que le tweet polémique de la chef d’entreprise et ancienne participante aux Grandes Gueules Sophie de Menthon, « 100% des femmes seraient “harcelées” quotidiennement. Ne pas tout confondre : être sifflée dans la rue est plutôt sympa ! », ait engendré un petit bad buzz. Immédiatement, les internautes ont repris ironiquement le hashtag #plutotsympa en faisant part de leurs expériences douloureuses, tandis que politiques et journalistes lui réépondaient que les femmes se passeraient bien de ce type d’interpellations.
Voici un petit schéma de ce qui est #plutotsympa et de ce qui ne l’est pas, issu de l’excellent Projets Crocodiles.

 
Une stratégie de communication rondement menée
A l’occasion de cette semaine internationale contre le harcèlement de rue, le collectif Stop Harcèlement de Rue a considérablement intensifié son action de sensibilisation. La quasi-totalité des médias ont parlé au moins une fois de ce sujet, que ce soit sous la forme d’une tribune du collectif (Mediapart, à lire ici), d’un billet en réponse au dit tweet plutotsympa (France Inter) ou de témoignages (les chaînes de télévisions nationales, par exemple). Leurs actions jouent sur un fort potentiel viral : partage de nos propres expériences, partenaires de « soirées réussies » avec le label « bar sans relou » inauguré à Lille, détournement des affiches de la RATP qui prônent le civisme dans les transports en commun ou encore application pour téléphone.

Plus récemment, Stop Harcèlement de Rue a lancé, avec l’agence BETC, l’application « Hé », qui vise à sensibiliser au harcèlement de rue en en reproduisant l’expérience. La finalité de celle-ci est que les témoins de telles scènes aient le réflexe d’intervenir. Son fonctionnement est expliqué dans la vidéo ci-dessous.

Les initiatives mises en œuvre au cours de cette semaine ont réussi à tirer à elle une couverture médiatique d’une ampleur inédite à propos de ce phénomène. La prise de conscience est en marche, l’information des témoins potentiels concernant les réactions à adopter aussi. Pour autant, il n’est pas de révolution qui ne passe par un changement de vocabulaire et, s’il le faut, par l’invention de terme adéquats.
« Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement ». Le harceleur : agresseur ou simple « relou » ?
L’enjeu de ces actions est de mettre un terme à la banalisation des comportements sexistes oppressants. Or en centrant sa communication autour de l’expression « relous », le collectif Stop Harcèlement de Rue décrédibilise son propos. Dire que le harcèlement est le fait de « relous », c’est le rendre paradoxalement marginal. Le harcèlement de rue est l’expression d’une domination masculine et de l’appropriation par un genre de l’espace public dans lequel les femmes sont uniquement de passage, toujours en mouvement. Ainsi terrasses, bancs publics, stades sont-ils majoritairement occupés par des hommes. C’est ce qui rend légitime les mesures gouvernementales qui devraient être prises (ou du moins fixées) d’ici à la fin juin. Comment alerter l’opinion et les pouvoirs publics avec des termes aussi vides de sens que « relous » ?
Les harceleurs, agresseurs, frotteurs (petit nom pour désigner les hommes qui profitent de l’affluence des transports en commun pour se masturber sur les passagères) ne sont pas des dragueurs ratés mais des contrevenants au respect le plus élémentaire et à la loi, dont les agissements hostiles répétés engendrent une souffrance psychologique chez les femmes. Qualifier les agresseurs de « relous », c’est tirer un trait sur toute hypothèse de poursuite judiciaire, et en fin de compte, normaliser ces comportements. L’utilisation de ce terme, enfin, en s’éloignant du vocabulaire juridique, contribue à brouiller la frontière entre séduction et violence. Nommer les actes, c’est les reconnaître et permettre la prise de mesures. Cela conduirait notamment à l’évolution des mentalités chez les hommes comme chez les femmes, contrant ainsi la tendance à la culpabilisation des victimes et au slut shaming (« elle l’a cherché, elle n’a qu’à se respecter elle-même en s’habillant correctement »).

Le phénomène de harcèlement de rue est suffisamment difficile à désigner, de par son aspect hétéroclite, sans le décrédibiliser par des enjeux communicationnels futiles. L’action des associations est en voie de faire évoluer les mentalités, grâce à la couverture médiatique d’une ampleur inédite et à la démarche des pouvoirs publics. Mais face à un phénomène systématique que la société persiste à minorer, peut-être faudrait-il commencer par nommer ces agressions…
Pour se faire une idée sur le harcèlement quotidien que subissent les femmes :


http://projetcrocodiles.tumblr.com/
Louise Pfirsch
@: Louise Pfirsch

Sources :
stopharcelementderue.org
liberation.fr
youscribe.com
konbini.com
Crédit image :
projetcrocodiles.tumblr.com
stopharcelementderue.org
Crédit vidéo :
stopharcelementderue.org

adam recherche eve fastncurious
Société

"Des nouvelles merdes, ça reste des merdes"

Le mardi 3 mars dernier, l’adaptation française de l’émission néerlandaise « Adam looking for Eve » a fait son entrée sur la chaîne D8. Le concept ? Trouver l’amour sur une île déserte, le tout entièrement nu. Après « L’amour est dans le pré » et « L’Ile de la tentation », la chaîne a franchi un nouveau cap. Repoussant toujours plus loin les frontières du « politiquement correct », le nouveau bébé de D8 a-t-il autant séduit en France qu’à l’étranger ? Lumière sur cette nouvelle émission, toujours plus voyeuriste et hypocrite.

« Une expérience romantique extrême »
La filiale de Canal + n’y est pas allée de main morte sur la communication autour de ce nouveau programme, en tentant une approche sociologique du concept, à coups d’ “Expérience de retour à la nature », d’ « expérience romantique extrême », de « vérité nue, sans tricherie », ou encore de « renouvellement du genre du jeu de séduction »… Xavier Gandon, directeur des flux et divertissements de D8 a défendu la reprise de cette émission – qui fait un carton en Espagne, aux Etats-Unis et en Allemagne – en nous assurant qu’il s’agit d’un “truc mignon, joli, l’ultime expérience romantique de deux personnes revisitant le mythe du jardin d’Eden […] Il n’y a pas d’argent à la clé : une manière de s’assurer que les gens sont dans une démarche amoureuse ». Ah oui, vraiment ?
« Des gens normaux »
« On a pris des gens normaux », proclamait la chaine dans son communiqué. Alors oui, les participants sélectionnés (sur environ 300 candidatures) ne sont ni maquillés, ni coiffés, ni habillés, et ne font plus du 34-36 mais du 38-40 ; mais ce n’est pas pour autant que leurs corps sont ceux de monsieur et madame Tout-le-monde. Le casting, réservé aux 25-37 ans, privilégie en effet les anatomies plutôt avantageuses, qui ne laissent paraître aucun réel défaut à l’écran. De plus, Marie-Hélène Soenen, rédactrice pour Télérama, nous indique que la production aurait déclaré avoir tout fait pour « éviter les gens en quête absolue de notoriété ». Pourtant, la journaliste nous explique que l’on y retrouve des “Adam et Eve” ayant déjà participé à des émissions comme « Séduis-moi si tu peux », ou encore un ancien « Mister National » qui aurait été candidat au titre de Mister World. Des gens normaux, donc, qui ne sont là que pour trouver l’amour pur et « naturel ».

D’ailleurs, en parlant de naturel, la chaîne proclamait d’être « loin de la bimbo ». Or Lina, 27 ans, première candidate, aurait pris cette émission comme le défi de s’assumer naturelle, elle qui ne sort jamais sans maquillage. Blonde, un brin superficielle et avec une poitrine généreuse, il est difficile de dire que l’on est vraiment loin de la bimbo des autres émissions du genre. A ce propos, nous pouvons noter la réaction « spontanée » d’Anthony, participant à la même émission, qui aurait dit « Pour moi, Lina c’est pas une bimbo, je pense pas en tout cas. Non, je pense que c’est une fille simple ». Serait-ce pour démentir la réflexion d’un journaliste hors champ ? Le mystère reste à élucider.
 
 
« Des nouvelles merdes, ça reste des merdes »
 
Quoi qu’il en soit, l’hypocrisie de la chaîne ne s’arrête pas là. En effet, contrairement à l’émission néerlandaise, la version floute les sexes des participants (ce qui était pourtant la seule chose que les gens attendaient !), ne laissant apparaître « que » leurs seins et leurs fesses. Un programme que D8 ne semble assumer qu’à moitié, donc. « On leur a dit que cela allait être soft, mignon, plein de bons sentiments » précise Caroline Ithurbide, la présentatrice de l’émission, qui espérait surement que le CSA l’entende. Même notre chère Enora Malagré, qui a honte de sa propre chaîne, s’est révoltée sur le plateau de Touche Pas à Mon Poste : « C’est d’une hypocrisie. Moi je suis horrifiée ! Ça y est, pour moi, on a touché le fond ! Pardonnez-moi, mais j’ai honte ! J’ai honte vraiment qu’on diffuse ce programme ! ». C’est vrai quoi, quitte à vouloir faire de l’audience, autant y aller à fond la caisse ! Elle a même rétorqué face à la présentatrice que « des nouvelles merdes, ça reste des merdes ».
 

 
En résumé, on assiste donc à un réel décalage entre les dits de la production et la réalité. Ce nouveau programme qui selon la chaîne devait « renouveler profondément le genre du jeu de séduction », s’apparente clairement aux autres émissions de la sorte – comme si il n’y en avait pas assez – en bien plus mou. En effet, passé la découverte des corps nus, des seins et des fesses, absolument rien ne se passe, l’émission ne voulant pas entrer dans le vulgaire. Qu’est-ce qu’on se marre. Pourtant, le programme est diffusé assez tôt dans la soirée pour permettre à des adolescents de tomber dessus, ce qui a bien évidemment déplu à de nombreux parents.
 
Mais ne nous faisons pas trop de souci, l’émission est actuellement au stade de l’agonie, passant de 1,3 millions de curieux le 3 mars, à 647 000 le 7 avril dernier. Avec une crédibilité zéro, un scénario plus creux qu’un porno amateur et une absence totale de rebondissement, le programme est voué à l’échec. Mais jusqu’où ira la télé-réalité pour faire de l’audience ? La question se pose…
 
Pour les curieux, voici la première émission :
https://www.youtube.com/watch?v=DWivkRI_kz4
 
Louise Bédouet
@: Louise Bedouet
 
Sources :

 
television.telerama.fr (1) et (2)
teleobs.nouvelobs.com (1) et (2)
leplus.nouvelobs.com (1), (2), (3) et (4)
Crédits photos :

 
images.telerama.fr
referentiel.nouvelobs.com
mcetv.fr
media.melty.fr

Société

Rendez-nous la zappette

Défenseurs et récriminateurs du “zapping” s’affrontent depuis l’apparition de la télécommande, la pratique – qui consiste à changer de chaînes TV à son gré – étant tantôt perçue comme le symptôme d’une génération paresseuse victime d’inattention perpétuelle, tantôt comme la manifestation active et éveillée d’un spectateur qui compose avec le contenu médiatique qui lui est soumis.
Quelques soient les raisons invoquées – la volonté de suivre plusieurs programmes en même temps, le refus de subir le matraquage publicitaire ou encore l’auto-valorisation provoquée par le contrôle des contenus  – le zapping est, et demeure, une pratique individuelle dont use sans vergogne les téléspectateurs.
Quand la télé confisque la zappette

Mais voilà que la télévision s’empare de notre pouvoir de compulsif fou et se met à zapper pour nous : quelle idée ! Dès 1989, Canal+ inaugure son “Zapping”, résumé condensé de la vie sociale, politique et médiatique des jours passés. Et depuis, les chaînes télé et web lui emboîtent le pas dans une véritable course à la surenchère, intensifiée ces dernières années : D17 instaure un “Zap” de deux heures sur sa plage horaire phare du samedi soir, Spi0n cartonne sur le web avec son zap humoristique, le Petit et Grand Journal balaient l’actualité à grands coups de zappings…
Vaincre le mal par le mal – soit passer d’un zapping subi par la chaîne à un zapping imposé par celle-ci – est-ce là l’explication de l’émergence de ce nouveau genre télévisuel ? Ou faut-il l’envisager comme l’évolution logique d’un média face à des pratiques médiatiques chamboulées ?

Le zapping, institutionnalisé en type d’émission, consiste à monter en séquences courtes des extraits marquants d’une production télévisuelle antérieure. Ces fragments sont généralement regroupés autour d’une caractéristique commune – qu’elle soit temporelle (Le zapping de Canal+ condense la télévision de la veille), spatiale (Certains zappings se concentrent sur un seul pays ou zone géographique) ou thématique (L’humour dans le “Zap de Spi0n”, l’extrême dans le “Zap Choc” de D17…).
 
Ces nouvelles émissions hybrides peinent à rentrer dans des cases et se posent comme ovnis médiatiques totalement paradoxaux. Si le zapping originel est une pratique aléatoire, guidée par des pulsions et des envies personnelles qui évoluent au gré du visionnage, le zapping en tant que émission est soumis à des choix éditoriaux, des agencements réfléchis et une chronologie établie d’emblée. Ces caractéristiques entrent ainsi en dissonance avec notre habituel jeu de zappette puisqu’elles imposent un programme qui, théoriquement, n’est composé que par et pour une individualité. Autoriser une instance extérieure à perturber nos tribulations télévisuelles et à nous dicter un schéma : comment en est-on arrivés là ?
La promesse d’un panoptisme télévisuel
Comment un téléspectateur qui se respecte accepte-t-il de se laisser déposséder de son activité libertaire favorite par une émission qui zappe pour lui ? Paroxysme de la paresse ou contrat de communication avantageux ?
Un rapide tour d’horizon des promesses de ces émissions permet d’envisager une certaine uniformité de celles-ci : “Le zapping percutant de la génération ultime du zap : les vidéos les plus fun des chaînes hertziennes, de la TNT et du câble” prône le Zap D17, “Le zapping reflète la télévision” clame Canal+, “Le meilleur de la semaine” nous assure “Touche pas à mon poste”…
A grands coups coups de superlatifs et d’hyperboles, on cherche à nous convaincre que l’on va voir le meilleur de tout, grâce à la sélection pointue d’une rédaction qui s’est chargée de faire le choix le plus adéquat possible, au regard de nos attentes. Ces émissions télé semblent ainsi vivre sur le fantasme de l’omniscience parfaite et d’un téléspectateur qui serait au fait de tout ce qu’il se passe autour de lui. Et s’il y a la surface, tant pis pour le fond !
Voilà ce qu’il fallait retenir de l’information cette semaine, voici les vidéos plus drôles du moment, ici les instants qu’il ne fallait pas rater, là les choses dont tout le monde parle. Via un scrupuleux travail de recherche et de restitution, la télévision propose ainsi une véritable expérience “pré-mâchée” au téléspectateur. Celui-ci n’a désormais plus besoin d’être aussi attentif, critique et polyvalent puisque les émissions de zapping se chargent de l’être pour lui. De l’efficacité et de l’exhaustivité à la clé, la promesse est ambitieuse !
Si c’est bel et bien cette volonté de “tout savoir” du téléspectateur qui semble avoir été la porte ouverte à l’apparition de ces “meta-programmes”, une sélection de bribes hautement subjective et nécessairement incomplète est-elle à même de combler l’obsession d’une vue à 360° ?
Le zapping pas pour tous
Le propre du zapping en tant que émission, nous l’avons vu, est d’être constitué de fragments de flux, montés à la suite les uns des autres pour créer un nouvel enchaînement. Dès lors que l’on parle d’unités fractionnées et reconstituées, on s’inscrit dans la récupération de contenus et non pas dans la création de ceux-ci. L’idée est donc de relayer l’information, à l’image d’un retweet, sans la modifier en elle-même mais en la contextualisant différemment. Recomposer avec des produits déjà existants, le zapping se présente ainsi comme le merchandising de la télévision : de l’agencement de contenus, ni plus ni moins. Si le modèle économique est efficace – car peu coûteux – qu’en est-il de sa viabilité en termes qualitatifs ?
L’esthétique du zapping, un ensemble rythmé qui alterne des plans séquences courts, nous enjoint à envisager les informations qui nous sont données comme un spectacle fluide qui laisse peu de place à l’évaluation critique. La destruction de la trame originelle des programmes, le bouleversement du dispositif chronologique, la faible durée des séquences et le rapprochement entre des fragments aléatoires d’émissions extrêmement variées (des chaînes, des pays, des idéologies, des genres…différents) risquent d’engendrer une approche des contenus très superficielle et une perte de la qualité des informations.
Pour les programmes d’actualité dits “sérieux”, le danger est de basculer dans un infotainement gentillet, où l’information se résumerait à des extraits décousus et hors-contexte. Pour les programmes davantage axés sur l’humoristique et l’insolite, le modèle s’avère plus approprié et correspond bien à la mission récréative de la télévision, média populaire par excellence. En somme : le “zapping” comme “forme” pourquoi pas, mais tout dépend pour quel “fond”.

Finalement, la part des choses reste relativement difficile à faire. Faut-il voir dans l’avènement de ce type d’émission (auquel fait écho l’explosion des “tops” sur le net) la simple reconnaissance d’une forme médiatique courte, adaptée à notre besoin de divertissement, d’une part, et à l’exigence d’une connaissance minimale de l’actualité, d’autre part ? Ou faut-il l’envisager comme le témoin d’une crise généralisée de l’attention télévisuelle et d’une modification de notre rapport à la consommation et au temps ? La question reste entière et en attendant de trancher, continuons de zapper en paix.
Tiphaine Baubinnec
Sources
latetedansleposte.com
persee.fr
books.google.fr
 

federal communications commission fastncurious neutralité du net
Société

La neutralité du Net, par-delà Bien public et Mal économique

C’est une bataille qui durait depuis bien longtemps qui vient de se terminer le 26 février dernier avec la consécration d’Internet par la Federal Communications Commission (FCC) comme bien public. En 2004, la FCC avait pourtant tenté, sous la pression des puissants lobbys des télécoms, d’encadrer la neutralité du Net. Ce n’est qu’en 2010 que l’idée est venue d’empêcher les opérateurs de discriminer certains services, interdisant ainsi la création d’un Internet à deux vitesses. Mais il aura fallu attendre l’intervention du président Barack Obama, appelant en novembre 2014 la FCC à faire d’Internet un bien public, ainsi que l’incroyable mobilisation des partisans de la neutralité, pour que les choses se concrétisent enfin. En consacrant la neutralité du Net le 26 février, la FCC a pris une décision qui risque de faire de nombreuses vagues et peut-être d’inverser les rapports de force entre opérateurs de télécommunications et géants d’Internet. Dans ce contexte, il semble important de préciser ce que l’on entend par « neutralité du net ». Cette expression apparaît trop souvent réduite à sa seule dimension technique. Pourtant, la décision de la FCC apparaît à bien des égards comme sociale et politique.
Les implications techniques de la décision de la FCC
Rappelons rapidement ce qu’est la neutralité du net. Il s’agit d’un principe fondateur d’Internet, défini par Tim Wu en 2003 dans « Network Neutrality, Broadband Discrimination ». La neutralité du Net garantit l’égalité de traitement de toutes les données sur le réseau. Comme le rappelle Marie Mougin dans Internet sous péage : entre voies express et chemins de terre, « La fin de la neutralité du Net ce serait donc des offres différenciées, un système de péage, amenant à un Internet à deux vitesses, entre ceux qui pourront payer plus cher un débit de connexion plus rapide et un accès illimité, et les autres. ». La décision de la FCC, en empêchant les fournisseurs d’accès à Internet comme Verizon, AT&T, Orange ou SFR, de discriminer les données qu’ils transportent selon les sites dont elles proviennent, consacre donc la neutralité du Net. Il faut ici souligner l’effort de mobilisation des internautes suite à la fuite d’un plan de la FCC en avril dernier, autorisant des « voies rapides » réservées aux services s’étant acquittés d’une taxe auprès des fournisseurs d’accès : la FCC a ainsi recueilli quatre millions de messages, la plupart en faveur de la neutralité.
Cependant, il ne saurait être question d’oublier que la décision de la FCC s’inscrit dans un cadre économique et social bien plus large qu’un simple débat concernant les modalités d’utilisation d’Internet.
La question du coût de la neutralité
Autorisons-nous d’abord à faire aux détracteurs de la neutralité le crédit de l’argument économique. Promouvoir la neutralité au nom des fondements d’Internet est une bonne chose, mais la question du coût de cette neutralité ne saurait être éludée. En effet, ceux qui s’opposent à la neutralité du Net et à la décision de la FCC, notamment les fournisseurs d’accès à Internet, insistent sur les coûts importants qu’engendrerait le maintien d’un accès non discriminatoire à Internet, dans un contexte de forte croissance du trafic. Cependant, au sein même des détracteurs de la neutralité, cet argument est remis en cause. Mike Masnick parle même d’un « bluff » de la part des fournisseurs d’accès visant à s’assurer des rentes de monopoles… D’autre part, certains élus républicains rejettent la neutralité au nom du libéralisme et de la crainte de toute forme d’ingérence. Ted Cruz, sénateur républicain, a ainsi qualifié la neutralité d’ « Obamacare de l’Internet ».
 

 
La neutralité, fondement de la « société de la connaissance »
Dans une vidéo humoristique de l’émission satirique « Last Week Tonight », John Oliver avait lancé en avril dernier un appel aux internautes, leur enjoignant de défendre la neutralité sur le site de la FCC. Derrière la neutralité, nous indique en creux John Oliver, se pose une question essentielle : quel Internet, pour quelle société ? La neutralité est en effet porteuse de bien plus de choses qu’un débat opposant fournisseurs d’accès et géants d’Internet. Ce qui est en jeu, c’est bien le type de société dans laquelle nous voulons vivre. La neutralité permet l’innovation : les petites start-up peuvent concurrencer les grands du Net. C’est ce qui explique pourquoi certains géants se sont rangés du côté de la neutralité : eux-mêmes n’oublient pas d’où ils viennent. La neutralité s’entoure ainsi d’une enveloppe politique. Défendre la neutralité du net, c’est défendre le mode de transmission de l’information et du savoir dans notre société. Un Internet libre et ouvert devient ainsi un lieu d’exercice de la liberté d’expression. Comme le dit Benjamin Bayart, « L’imprimerie a appris au peuple à lire, Internet lui apprend à écrire ».
http://www.slate.fr/economie/87935/neutralite-net-chiant-video-john-oliver
 
 
Pour terminer, revenons sur le concept de « neutralité » en lui-même. Quelle est la pertinence empirique de ce concept ? Nicolas Curien, dans  « Du coût de la net-neutralité au goût de la net-potabilité », propose une analyse intéressante selon laquelle le concept de «neutralité » serait trop absolu, et donc biaisé : viser un Internet absolument neutre serait illusoire. Il propose donc le concept de «potabilité » du Net : peut-être ce critère, autorisant quelques variations mais nécessitant un traitement, comme pour l’eau, permettra-t-il de concilier les attentes des acteurs respectifs de ce débat technique, économique, politique et social qui entoure la neutralité du net. Comme l’écrit Nicolas Curien : «A une net-neutralité sans odeur ni saveur, et surtout inatteignable en raison de son illusoire perfection absolutiste, je préfère quant à moi, dans leur imperfection satisfaisante, le charme et le goût discrets de la net-potabilité ! ».
Alexis Chol
 
Crédits photos :
huntnewsnu.com
deadstate.org
 
 
 
Sources :

www.slate.fr
lopinion.fr
fastncurious.fr
techdirt.com
docassas.u-paris2.fr
ncurien.fr
lemonde.fr (1) et (2)
ecrans.liberation.fr

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