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le gorafi fastncurious
Société

Infaux-maniac

Les visiteurs du musée Grévin seraient autorisés à gifler les statues des personnalités qu’ils n’aiment pas chaque vendredi ! Dans sa rubrique « Dernière minute » du numéro de février 2015, Arts magazine s’indigne. « Un cahier pour écrire ce qu’on pense d’eux aurait suffi et laissé plus de traces. Je pense que les gifler ne sert pas à grand-chose ça ne vide pas ce qu’on a sur le cœur et ça détruit le travail des artistes qui ont fait ces statues. Il faut respecter leur travail même si certaines personnalités ne méritent pas d’être exposées », se désole un internaute penaud en commentaire. Cet emballement et la bévue de la dernière minute, celle de trop, font sourire les habitués du Gorafi, site d’information satirique à l’origine de l’intox. Cette méprise aurait pu arriver à beaucoup. A l’heure où la moindre information se veut aussi divertissante qu’un singe ventriloque, difficile de distinguer la satire du fait avéré…
Un engouement pour les fake news
« Russie – Une nouvelle loi sanctionne les personnes qui connaissent ou qui ont déjà vu un homosexuel », « Ouverture d’un pont de déchets en plastique entre l’Amérique et l’Asie », « Fabrice Luchini sombre dans la dépression après avoir commis une faute de liaison », « Sortie en DVD de la version longue de la pub LCL avec Gad Elmaleh »… Le Gorafi, site satirique d’ « information de sources contradictoires » créé en 2012 attire, selon ses créateurs, plus d’un million de visiteurs chaque mois avec ses articles « faux (jusqu’à preuve du contraire) ». Depuis, plusieurs sites se sont inspirés de ce concept, que ce soit bilboquet-magazine.fr, le dailyberet.fr, darons.net ou encore trollywood.fr.
Fort de son succès, Le Gorafi s’est vu offrir un créneau au Grand Journal de Canal+. Chaque lundi, Pablo Mira présente un faux sujet d’actualité – « Les politiques devront déclarer leurs pots-de-vin aux impôts », « Un élève des beaux quartiers a trois fois moins de chance de remporter une bagarre qu’un élève de ZEP », … – photomontages et propositions de loi factices à l’appui. Les codes du journalisme sont repris, le cadre de l’énonciation aussi : seul le jugement critique du spectateur (aidé par les rires de ses pairs présents sur le plateau) lui permet de déceler la farce.
Les réseaux sociaux ou l’avènement du bullshit viral
Evidemment, le succès de l’information satirique n’est pas un phénomène nouveau. Il remonte aux origines du journalisme et l’a accompagné au fil des siècles, de La Baïonnette à Charlie Mensuel en passant par l’Os à moelle et Hara-Kiri. Seulement, l’arrivée des réseaux sociaux a totalement bouleversé notre rapport à l’information humoristique.
A la différence de ses ascendants sur papier, le site web satirique laisse planer un flou sur la véracité de ses articles. Sur Le Gorafi, si l’internaute n’a pas le réflexe de faire un détour par la rubrique « A propos », seul endroit du site où il est précisé franchement que les articles sont faux, rien ne le lui indique. Or peu d’internautes se rendent sur le site – et a fortiori sur la rubrique « A propos » – d’eux-mêmes. La popularité des articles est grandement due au fait qu’ils sont massivement relayés sur les réseaux sociaux. Contrairement aux journaux, donc, les articles satiriques ne sont pas regroupés en une entité médiatique, cantonnés à un journal unique qui ne se mélange pas avec les autres, ne serait-ce que par sa matérialité. Sur Internet, les articles sont volatiles, extraits de leur site, et donc de leur contexte d’origine. Ils ne sont pas abordés avec une grille de lecture propre. Info et intox se mêlent dans nos fils d’actualité, sur Twitter ou Facebook, sans aucune hiérarchie, offrant une lecture uniforme. De plus, rien ne ressemble plus au site du Figaro que celui du Gorafi.
Sur les réseaux, on ne lit pas un article parce que la source est fiable, comme lorsqu’on achète un journal ou que l’on regarde une émission, mais pour son titre. Or dans le flux ininterrompu des réseaux sociaux, l’attention de l’internaute hypersollicité va au plus racoleur, au plus insolite, au plus inattendu. L’information se consomme vite, se dévore en un coup d’œil : on lit le titre et les premières lignes.
Et entre « Les critiques de la CNIL contre le projet de loi sur le renseignement » (Le Monde) et « La boulette de Ribéry : Nominé à l’Ice Bucket Challenge, il se renverse des Buckets du KFC et se brûle » (Footballfrance), l’œil va plus facilement au dernier. Cela pourrait être sans conséquences si les réseaux n’étaient pas la première source d’information pour beaucoup d’entre nous, journalistes compris et que souvent, l’instantanéité de l’information et son potentiel émotionnel triomphent sur sa vérification méticuleuse.
L’insoutenable légèreté du web
Les réseaux sociaux confèrent une visibilité énorme au vide ou presque, pourvu qu’il fasse rire et qu’il permette de créer du lien. C’est ce qu’a illustré l’engouement immense pour les faux évènements sur Facebook, mystérieusement nés le 15 février (et morts une semaine plus tard d’une lassitude agacée de la presque totalité des utilisateurs du réseau social). Pendant quelques jours, nos fils d’actualité Facebook se sont inexplicablement empli de faux évènements reprenant là aussi les codes du genre. « Grand concert pour enfin entendre la carotte râpée » (regroupant 20 671 participants), «Grand bal de fin d’année pour que Manuel valse », «Sommet pour savoir si l’OTAN en emporte le vent », « Rassemblement pour retrouver le pain perdu » : ils étaient plus d’une centaine à fleurir sur le réseau. Tous ces faux évènements qui ont fait le buzz n’avaient aucune raison d’être, si ce n’est de créer un sentiment de communauté et de faire rire – ou du moins provoquer un rictus –, par des jeux de mots et une culture populaire. Ces événements se sont appuyés sur une expérience commune (celle du CP et de l’apprentissage des conjonctions de coordination avec la «Traque pour retrouver Ornicar »), des références cinématographiques populaires («Grande battue pour retrouver la valise de Charlotte » (Nos Jours heureux) ou «Grand débat pour savoir si c’est une bonne ou une mauvaise situation » (Astérix et Obélix : Mission Cléopâtre, regroupant 46 527 participants)) ou musicales («Grand questionnaire pour savoir qui a le droit » (Patrick Bruel, 12 162 participants)).

Cette courte tendance a mis en lumière l’engouement créé par la satire et la viralité liée aux réseaux sociaux.
L’ère de l’infotainment
Le phénomène de confusion de la satire et de la réalité est renforcé par l’infotainment ambiant. Ce mot valise, composé des termes information et entertainment, renvoie au mélange de trois des quatre catégories du contenu médiatique dégagées par Daniel Bougnoux : l’information proprement dite, le divertissement et les émissions relationnelles. L’infotainment permet de ressembler les fonctions essentielles de la communication, à savoir s’informer et être ensemble, de manière ludique.
Car l’information a plus d’impact si elle est humoristique, comme c’est le cas dans Le Canard enchaîné. Il y a, dans notre société, une injonction à l’humour, forme de distinction nouvelle. Pour Gilles Lipovetsky, auteur de L’ère du vide, l’humour caractérise notre époque en tant qu’il s’est démocratisé. Pour que l’information trouve preneur, elle doit être sensationnelle. « On est naturellement attiré par ce qui nous paraît surréaliste et qui nous fait rire. C’est l’avènement de l’info de l’émotion. Les médias de masse comme leurs pendants satiriques se lancent dans une course aux infos invraisemblables parce que ça emballe la machine à clics », analyse le journaliste Vincent Glad.
En somme, il est moins aisé de distinguer le vrai du faux sur Internet du fait de notre lecture rapide mais aussi des sites d’information classiques qui relayent les informations les plus insolites possibles, bien qu’elles relèvent parfois plus du bruit que de la pertinence. Et quand bien même, la réalité dépasse parfois cruellement la satire, lorsqu’on apprend qu’un groupe d’extrémistes saccagent un musée pour réaliser une vidéo de propagande…
Néanmoins, forts de notre humiliation d’avoir pris la satire pour la réalité ou inversement, nous avons développé un sens critique plus aiguisé que celui des générations précédentes. La génération Y, et davantage encore la génération Z, sont caractérisées par leur méfiance envers les médias.
Louise Pfirsch
@ : Louise Pfirsch
Sources :
legorafi.fr
Stylist, n°064
Gilles LIPOVETSKY, L’Ere du vide, essai sur l’individualisme contemporain, Gallimard, coll. Folio Essais, éd. 2013
Crédits images :

Le Gorafi
Facebook

Société

Snapchat : from Sexting to Teaching

Jeudi 26 février, un nouveau client de poids débarquait sur Snapchat : Dan Bilzerian. Pour ceux qui ne le connaissent pas, celui qui s’autoproclame le « King of Instagram » est devenu célèbre sur les réseaux sociaux en publiant des photos de son mode de vie « libéré », composé en grande partie de fêtes arrosées, d’armes à feu en tout genre ou de soirées en compagnies de jeunes femmes sans complexes. Cependant, difficile de régner sur deux royaumes à la fois, face à cette arrivée en grande pompe et une première story évocatrice (prise de son lit avec pour compagnie un revolver chargé et une top modèle dans son plus simple appareil), Snapchat a réagi dans la foulée, bannissant le compte au bout de… 6 heures d’existence.
Dan Bilzerian 0 – 1 Ghostface Chillah (notre petit fantôme adoré)
Tu ne croyais pas si bien dire
Cette sanction prise rapidement par les modérateurs du réseau social peut étonner. L’argument principal venait du fait que ces contenus publiés publiquement par le biais du module « story » étaient accessibles à tous, et donc aux mineurs. Sur le papier, la raison est valable, dans les usages, elle étonne venant de Snapchat. Pour rappel, le petit fantôme qui soufflera sa quatrième bougie en septembre prochain a été crée par deux étudiants de Stanford qui avaient eu cette idée suite au scandale qui avait vu l’élu Anthony Weiner démis de ses fonctions pour avoir échangé des photos à caractère sexuel avec de nombreuses femmes.
Le sexting, un pilier en cours de démolition
Si les usages se sont aujourd’hui démocratisés, il ne faut pas oublier pour autant que l’application s’est développée en partie grâce au « sexting » (vous êtes majeurs et vaccinés, on ne vous fera pas de dessins). Une étude réalisée par des élèves de l’université de Washington (disponible ici) analysant les usages des « Snapchatters » et montre que 15% des usagers ont déjà envoyé des snaps à caractère sexuel et que près de 25% ont déjà envoyé des traits d’humour assez connotés. Cependant, les images n’ont pas toujours le caractère éphémère que la marque leur adosse. Il est toujours possible de prendre des captures d’écran (même de manière cachée grâce à des applications tierces), ce qui peut devenir problématique, surtout face à de nouvelles pratiques fermement condamnées comme le « Revenge Porn » (lorsque des cœurs brisés publient sur Internet des clichés ou des vidéos compromettantes de leurs ex en mentionnant même parfois l’adresse de leur lieu de résidence, pour plus d’infos on en parle ici). N’oublions pas non plus les ennuis que l’appli s’est attirée en gardant trop longtemps cette image sur les stores, ou enfin le scandale qui avait éclaté lorsque des hackers ont récupéré des dizaines de milliers de photos qui étaient censées avoir disparu.
Les usages semblent pourtant considérablement changer: le fantôme a fait son petit bonhomme de chemin et compte plus de 100 Millions d’utilisateurs actifs (dont plus des deux tiers ont moins de 25 ans). L’application fait un carton chez les très jeunes et il est temps pour la marque d’opérer quelques changements si elle veut perdurer sans créer de scandales dans un futur proche. A ce propos, rappelons qu’après avoir refusé plusieurs propositions d’achats de plusieurs milliards de dollars, la société devrait être réévaluée à 19 milliards de dollars et vend des espaces éphémères de 24h aux annonceurs pour la modique somme de 750.000 dollars. Il serait donc judicieux d’éviter de tarir le filon avec quelques petits scandales liés à la nudité. C’est dans cette optique que la marque déclare dans ses nouvelles consignes « Keep your clothes on ! »

Une plateforme à destination des adultes
A l’occasion du Safer Internet Day, Snapchat a inauguré sa nouvelle plateforme : le Snapchat Safety Center. Ce nouveau site au design enfantin a pour vocation de sensibiliser les parents et les éducateurs aux usages que peuvent faire leurs enfants de l’application de messagerie par l’image. L’entreprise a développé un partenariat avec trois associations qui luttent pour la sécurité d’internet. On y retrouve des études propres aux différents usages du service ainsi que des liens vers le site de support et de prévention de l’application. Un guide explicatif de six pages à destination des parents et des éducateurs est également disponible. Doit-on donc se rassurer d’une telle décision de la part de ce nouveau géant ? Cette plateforme mettant en scène le petit fantôme et ses amis (la famille s’est considérablement agrandie) est-elle tout à fait innocente ?
Sensibilisez vos enfants, mais surtout parlez-en !
Sur cette plateforme la marque se met en avant, elle s’autoproclamme accompagnatrice de la jeunesse, participant d’une certaine manière à l’émancipation et au développement de celle-ci. On ne reviendra pas sur ces déclarations typiques mais certaines formules sont assez intéressantes tout de même.
Because Snapchat is an important way many young people communicate, parents and teachers should talk with them about how they’re using Snapchat.
Snapchat est ici incontournable, le terme « because » renforce cette idée. Les parents et les professeurs devraient parler de cette application et de ses usages à leurs enfants. Le discours est fort, il affirme qu’il est du devoir des parents de traiter de ce sujet avec leurs petits, pour les protéger, mais aussi les instruire. De là, à l’usage même des adultes pour promouvoir l’usage de l’application à leurs enfants, la frontière semble aisément franchissable. L’usage de la figure professorale est également très fort, il serait important de traiter de ces sujets à l’école, comme si le bon usage de Snapchat faisait partie des essentiels de la scolarité.
Help your kids and students understand how and when to report issues, and encourage them to be good to their friends and responsible members of the Snapchat community.
Le doute ne semble plus permis, la marque propose ouvertement d’encourager les élèves à être de bons membres de la communauté Snapchat.
En grandissant toujours plus vite et en réunissant toujours plus d’utilisateurs de plus en plus jeunes, la marque se devait d’opérer un virage plus éthique pour faire perdurer son incroyable expansion. En 2015, elle s’ouvre à de nouvelles voies avec, par exemple, un premier pas dans les médias via le module Discover et se doit d’apparaître plus sérieuse au vu des sommes qu’elle génère. Pour ce faire, le fantôme doit renier une partie de ce qui l’a fait grandir, quitte à suspendre définitivement aujourd’hui les comptes dérogeant aux nouvelles règles. Etait-ce nécessaire pour devenir encore plus grand ? Les prochains mois nous le diront.

Valentine Cuzin
Sources :
snapchat.com
rtl.fr
Crédits photo :
Safety center snapchat

Société

Ne nous soumets pas à la tentation

Inciter à croquer la pomme sur l’arbre d’à côté ne semble pas plaire à tout le monde. Au début du mois de février les réseaux de transports Transdev et Keolis ont retiré des publicités du site de rencontres adultérines, Gleeden, à l’arrière de leurs bus qui sillonnent plusieurs communes des Yvelines. Ce retrait fait suite à la pétition d’un groupe catholique conservateur qui a récolté plus de 20 000 signatures.
Les réseaux sociaux ne sont pas en reste. La campagne publicitaire a vu poindre des commentaires outragés dans plusieurs villes d’Ile-de-France.
« Incitation au non-respect du droit civil »
C’est en ces termes que le maire UMP Marc Robert a qualifié la campagne publicitaire de la marque. Les Associations Familiales Catholiques vont plus loin dans la contestation et assignent en justice la société éditrice Black Divine, l’accusant de promouvoir l’infidélité en violation de l’article 212 du Code Civil. Rappelons par ailleurs que l’infidélité n’est plus considérée comme un délit pénal depuis 1975.
Le site quant à lui crie à la censure et à « une atteinte à la liberté d’affichage ». Il explique par ailleurs que ses publicités ont été validées par le Jury de déontologie publicitaire et Média transports, une régie publicitaire des transports. En 2013, des plaintes de même nature ont déjà été déposées auprès de l’instance indépendante mais n’ont pas donné suite, étant qualifiées de « non fondées ».

Fidèle à sa communication sulfureuse
Gleeden, créé en 2009, s’appuie sur une communication sulfureuse et provocatrice. Il est d’ailleurs fait mention sur le site qu’une de ses missions est d’«aller à l’encontre de l’hypocrisie générale et [de] faire tomber le tabou de l’infidélité. » Ce qui ne convient pas à tout le monde. « Ces publicités posaient un certain nombre de problèmes à une partie de la population, notamment des catholiques pratiquants les plus attachés aux valeurs familiales », avance la municipalité de Versailles.
Outrage encore plus prononcé du fait des références bibliques utilisées par la marque pour construire sa communication publicitaire. Tout d‘abord, l’utilisation des termes constitutifs du nom de la marque « Gleeden » : « glee », jubilation en anglais, et « eden » signifiant le paradis terrestre, le lieu de délices. Puis la pomme croquée, qui est présente sur chaque affiche publicitaire, symbole iconique de la tentation dans laquelle est tombée Eve, le péché de chair.
Toutefois il n’y a aucune représentation, aucune exposition des corps. L’insolence des propos s’appuie, comme l’explique Olivier Aïm, maître de Conférences au Celsa, sur « une mauvaise foi » non feinte. Les messages publicitaires prennent la forme de maximes faussement sages, donnant l’illusion d’arrières pensées portant vers un désir défendu dont Gleeden s’octroie le rôle d’en soulever le voile. Il est ici question de « jouissance intellectuelle ». « Il s’agit de viser la tête du passant, pour réimprimer à chaque fois le choc cognitif d’une logique paradoxale. »

L’infidélité en public
Afin d’expliquer la manifestation physique contre les affiches de Gleeden, M. Aïm avançait par ici, la première hypothèse d’une saturation du modèle énonciatif. Les concurrents directs du site ainsi que des annonceurs divers réemploient la construction «  purement verbal » de son message publicitaire au profit de leur propre communication.
De plus, les messages publicitaires de la marque s’affichent aux yeux de tous : les abribus, les quais de métro, sur les arrières de bus. L’immoral fait alors son entrée dans l’espace public.
Fait plus marquant, samedi 31 janvier Gleeden, jouant toujours sur la provocation promotionnelle, a créé la surprise en dévoilant sa présence au Salon du Mariage. Les avis ont été très controversés. Pour les plus hostiles, il s’agit d’une intrusion dans un espace symbolique. Gleeden, en restant fidèle à ses utilisateurs, a trompé le Salon du Mariage, accomplissant ainsi un sacrilège.
Gleeden fera sans doute encore parler de lui. En attendant il est cocasse de noter que Versailles, l’une des villes qui a fait retirer ces affiches publicitaires, est également l’une des « villes qui trompent le plus », d’après le nombre d’inscrits. Elle se trouve en effet en cinquième position du classement.
Hélène Hudry
Sources :
lemonde.fr
fastncurious.fr
metronews.fr
gleedentemoignages.com
jdp-pub.org
Crédits photos :
rtl.fr
gentside.com
gleeden.com
 

je suis charlie fastncurious
Société

Dites moi pas que c'est pas vrai !

Le 7 janvier 2015. Une date qui fait froid dans le dos et échauffe les esprits. Ce n’est pas seulement la presse qui a été « punie » d’avoir blasphémé le prophète, c’est aussi et surtout les valeurs qu’elle représente et véhicule. Par conséquent, le #JeSuisCharlie résonne comme une prise de parole à la fois individuelle et collective qui revendique la liberté de l’expression sous toutes ses formes. Le slogan est entré en peu de temps dans la mémoire collective. A tel point que les marques l’ont récupéré.
Vous n’allez pas oser ?
Et si ! Elles l’ont fait ! Comment ont-elles pu ? Pourquoi les marques ont-elles arboré fièrement le slogan JeSuisCharlie pour en faire un logo ?
Le slogan #JeSuisCharlie reprend les codes publicitaires les plus basiques : une formule brève, percutante, qui concerne tout un chacun et implique toutes les mentalités. Une formule qui devient virale, se propage jusqu’à toucher tous les continents. Pourquoi se priver de l’opportunité de se donner bonne image, bonne conscience tout en saisissant une bonne occasion de s’en mettre plein les poches ? Les marques ont bien saisi la perspective pécuniaire qui leur était ouverte par les événements d’une actualité sanglante et émotionnelle. Avouez que vous aussi vous avez été stupéfait, choqué, interloqué, bref complètement atterré quand vous avez vu cette image :

 La marque a voulu montrer visuellement sa solidarité vis-à-vis des victimes et de leurs familles. Il s’agissait de faire sa bonne action tout en construisant une image de marque compatissante, solidaire et surtout engagée qui milite pour les droits et les libertés des citoyens du monde. Rien de tel pour attirer de la clientèle en masse !
De même, « jesuischarlie.net », boutique en ligne de goodies griffés JeSuisCharlie, a eu la vie courte. En effet, quelques heures seulement après sa création, le site a dû fermer face à l’indignation générale. Le concepteur et gérant du site a dû présenter ses excuses. L’homme affirme avoir voulu « aider le journal » financièrement.

Autre exemple : les sites de vente en ligne comme ebay ou encore leboncoin, mettent en place une stratégie de vente aux enchères des numéros de Charlie Hebdo. Certains exemplaires atteignent les 75 000 euros !

Indignation, excuses bidons et condamnation.
On l’a déjà vu dans les articles de Pauline Flamant et Marie Mougin, les réactions qui font suite aux attentats ont un caractère mondial qui s’exprime notamment via les rassemblements de masse et les réseaux sociaux. Or, suite à la récupération commerciale et marchande du « logo » JeSuisCharlie, pléthore de commentaires indignés ont inondé les réseaux pour exprimer leur mécontentement. Joachim Roncin, le directeur artistique de « The Stylist » qui a créé le logo déplore l’utilisation commerciale que l’on a pu faire de JeSuisCharlie.
La marque Les 3 Suisses a même été parodiée de manière à en montrer l’abjection, l’opportunisme et l’indécence voire l’immoralisme face aux événements.

Le Petit Journal a lui aussi dénoncé en vidéo cette récupération commerciale jugée inacceptable.

De tels commentaires et parodies sont plus que déplorables pour la marque dont l’e-réputation a été entachée au plus haut point. En effet, une opinion favorable est vitale pour une marque qui ambitionne ici de devenir un géant de la vente en ligne. Sans cela, la marque bât de l’aile et adieu les clients, les ventes et les recettes, on ferme la boutique ! Par conséquent, Les 3 Suisses ont essayé de prendre en compte les critiques pour ne pas négliger l’impact irrémédiable que celles-ci pouvaient avoir sur l’image de marque. Une communication de crise était essentielle pour calmer la foule. Et voici ce qu’a répondu la marque sur son compte Twitter et Facebook :
La marque a choisi de s’excuser platement en en disant le moins possible tout en donnant des justifications quelque peu vaseuses. Mais ces justifications sont-elles de bon aloi ?
Vous avez dit « newsjacking » ?
Le « newsjacking », ou marketing en temps réel, est cette tendance à surfer sur l’actualité pour la tourner à son avantage. C’est savoir et pouvoir s’approprier l’actualité pour soi afin de servir ses intérêts et créer le buzz. Aujourd’hui les marques savent très bien saisir l’air du temps et s’en jouer. Le cas des 3 Suisses est intéressant car il illustre bien de façon aussi bien positive que négative cette tendance. La marque avait su profiter de la bévue publicitaire de La Redoute en 2012 qui avait laissé échapper un arrière-plan quelque peu imprévu sur l’une de ses publicités. La marque Les 3 Suisses avait tiré profit de la situation en jouant la carte de l’humour.

 
Mais toute l’actualité n’est pas forcément bonne à utiliser dans une stratégie de communication. Et les attentats terroristes ne peuvent définitivement pas servir impunément la notoriété d’une marque. Comment le pourraient-ils quand on sait que JeSuisCharlie porte une identité qui n’a absolument rien à voir avec celle de la marque de vêtements ? L’identité de JeSuisCharlie est symbolique, elle représente une collectivité. Même si le cas est éminemment français, c’est la communauté la plus grande qui soit, celle des citoyens du monde, qui s’est sentie agressée par les terroristes islamistes. Or, en voulant fusionner son identité de marque à celle de JeSuisCharlie, la marque des 3 Suisses s’est mis à dos cette communauté créant ainsi un véritable bad buzz. Si #JeSuisCharlie peut se comprendre comme une image de marque devenue stéréotype à laquelle adhère un collectif, elle ne peut tout bonnement pas entrer dans une logique marchande. Déjà parce-que c’est contraindre une forme d’énonciation collective à faire l’objet d’un processus marchand. C’est donc entrer en collision avec le corps social. Ensuite, c’est profiter d’une situation scandaleuse et dramatique pour la tourner à son avantage, se réapproprier ce qui est vécu collectivement pour son propre bénéfice individuel, égoïste et égocentrique. Que les choses soient claires, mettre ça sur le compte de la charité financière ou de l’expression d’une forme de solidarité n’est définitivement pas une excuse valable.
Le mieux aurait été d’afficher le logo JeSuisCharlie, façon discrète de communier aux évènements à son échelle. L’heure n’était pas à la recherche à tout prix d’une forme d’originalité dans la douleur qui se traduirait par une mise en avant singulière de soi, mais à la discrétion, ce que Pierre Zaoui appelle « l’art de disparaître ». La discrétion ou la possibilité de faire l’expérience la plus authentique et donc la plus réelle du monde. L’occasion de participer anonymement aux évènements qui ont atteint et ébranlé la sphère publique.
Jeanne Canus-Lacoste
Sources :
leblogducommunicant2-0.com
konbini.com
latribune.fr
tempsreel.nouvelobs.fr
lesechos.fr
Crédits photo :
leparisien.fr
europe1.fr
Capture d’écran du site en ligne «jesuischarlie.net», finalement supprimé le 8 janvier 2015
Capture d’écran d’une vente aux enchères du dernier exemplaire de Charlie Hebdo sur eBay
lilavert.com
leblogducommunicant2-0.com
leplus.nouvelobs.com
les-perles-du-net.fr
ladepeche.fr

timbuktu film
Société

La radicalisation religieuse : l'expression d'un mal-être

Aujourd’hui, on est en droit de se demander quel peut bien être le lien entre, d’une part le fondamentalisme religieux et de l’autre, la discipline de la communication. Et pourtant, ne pourrait-on pas dire que ce fondamentalisme est un moyen d’expression et, en ce sens une tentative de communication ? Si l’on en suit la thèse d’Olivier Roy : en Occident, l’Islamisme politisé est un discours de protestation. « L’Islamisme est avant tout un mouvement socioculturel incarnant la protestation et la frustration d’une jeunesse qui n’est pas intégrée socialement et politiquement. » S’il y a discours, il y a donc tentative de communication. De toute évidence, cette tentative de prise de contact a échoué.
D’aucuns pensent que s’interroger sur les causes du terrorisme reviendrait à lui trouver des excuses et par conséquent à le légitimer. Le terrorisme est quelque chose qui fonctionne en réseaux et pour le combattre les interventions militaires ne suffiront jamais. Il faut faire autre chose, comme par exemple réfléchir à ses causes. Ainsi, il existe une autre école, celle qui cherche à mieux connaître son ennemi, pour mieux le combattre.
Déficit d’intégration, la provocation pour être entendu
Et si le point de départ d’un certain nombre de radicalisations n’était qu’un simple signal de détresse ? Rien de plus qu’un indice pour attirer l’attention et dénoncer quelque-chose qui fonctionne mal : l’intégration ? Et qui avec le temps, face à l’indifférence, aurait fini par enflammer les esprits de certains et se traduire en extrémisme radical, donnant ainsi du grain à moudre à la phobie anti-musulmane ? Toute la complexité de ce cercle vicieux est ici.
Les difficultés d’intégration d’une population seraient-elles la racine principale de la radicalisation islamique en Occident ? Ce message, ce cri d’alerte quant aux problèmes d’intégration n’a, de toute évidence, pas été reçu. En conséquence de cet échec communicationnel, les problèmes n’ont fait qu’empirer. Le fossé entre le monde musulman et le monde occidental s’est creusé, et ce jusqu’à atteindre des extrêmes comme celui que nous avons vécu du 7 au 9 janvier 2015.
En effet, selon Farhad Khosrokhavar, les djihadistes auteurs des attentats contre Charlie Hebdo et l’épicerie casher sont des enfants d’immigrés, victimes de l’exclusion des cités dans lesquelles ils ont grandi, exclusion économique, géographique mais aussi et surtout sociale et mentale. Ces jeunes grandissent avec l’impression que l’ensemble de la société leur en veut, comme le développe le sociologue Abdelmalek Sayad. Et sont ainsi voués à des attitudes contradictoires. Enfants d’immigrés, ils ne sont pas pour autant immigrés eux-mêmes. Pourtant en France ils ne sont pas considérés comme de vrais Français. Et quand ils vont passer les vacances d’été dans le pays d’origine de leurs parents, ils ne sont pas non plus considérés comme de vrais nationaux. Enfants d’immigrés, ils sont beaucoup plus critiqués que leurs parents, ceux-ci pouvant se targuer d’être hors-jeu.
Face à une identité dénigrée, l’Islam comme quête de sens
Pour un certain nombre d’entre eux, l’Islam, vu comme un « retour aux sources » est alors devenu un facteur d’intégration social. À force d’entendre le reste du pays leur dire « Vous n’êtes pas des nôtres », ils ont fini par prendre le pli et répondre « Nous ne voulons pas être des vôtres. »
Ils ne seront jamais considérés comme pleinement Français, ils ne seront jamais considérés comme pleinement Maliens, ni pleinement Algériens etc… Alors il leur faut se construire une identité, ils seront musulmans pratiquants, et bien plus pratiquants que leurs aînés eux-mêmes. Or, comme le développe très bien le philosophe Charles Taylor, toute identité a besoin de reconnaissance. « Sur le plan personnel, on peut voir à quel point une identité originale a besoin d’une reconnaissance donnée ou retenue par des « autres donneurs de sens », à quel point elle y est vulnérable. […] La reconnaissance n’est pas simplement une politesse que l’on fait aux gens : c’est un besoin vital. »
Toute formulation identitaire a besoin d’une politique de reconnaissance égalitaire dans la sphère publique. Et c’est là tout le paradoxe. Depuis que nous sommes passés de la société holiste à la société organique, depuis que nous sommes entrés dans le monde moderne et laïc, la religion est devenue par définition quelque-chose de fondamentalement privé. Or, plus ces politiques de reconnaissances sont déficientes, et plus la question identitaire de ces communautés est reformulée, avec plus de retentissement que jamais.
Aujourd’hui, la croyance, ou les croyances, se muent en identités. La conscience religieuse a atteint des aspirations identitaires et en ce sens exige une reconnaissance dans l’espace public. L’appartenance religieuse, ainsi revendiquée, devient constitutive de sa singularité personnelle.
Dans le dernier film d’Abderrahmane Sissako, Timbuktu, une scène très frappante montre une jeune recrue djihadiste recommencer maintes et maintes fois une vidéo de propagande et échouer à démontrer de l’enthousiasme et de la conviction pour l’enregistrement, comme s’il ne croyait pas en ce qu’il était chargé de dire face caméra.

© Capture d’écran nytimes.com
Une des solutions, mais pas des moindres, serait donc de réintroduire plus de dialogue, voire même d’introduire un dialogue qui n’a jamais existé comme certains le dénoncent aujourd’hui. Cela pourrait paraître trivial et pourtant, il faudrait peut-être, au lieu de parler des Musulmans, commencer à parler avec eux ?
Marie Mougin
@mellemougin
Sources :
La Religion dans la démocratie – Marcel Gauchet (1998)
Tuez-les tous ! La guerre de religion à travers l’Histoire VIIème – XXIème siècle, Elie Barnavi – Anthony Rowley (2006)
La Culture générale à Sciences Po – Sedes (2010)
Chronique des idées contemporaines – Bréal (2012)
Questions politiques – Vuibert (2013)
L’Actualité au regard de l’Histoire, Jean-Noël Jeanneney (2013)
La Géopolitique – Pascal boniface (2014)
L’attentat contre Charlie Hebdo vu par Farhad Khosrokhavar – Bondy Blog
L’image de couverture est un screenshot du film Timbuktu.

nabilla
Société

Nabilla, we are watching you

Le 7 novembre dernier, à 8h du matin, grand coup de théâtre en France. Nabilla Benattia, star de télé-réalité aurait poignardé son compagnon, Thomas. Une nouvelle tragique et rapidement relayée faisant l’effet d’un raz-de-marée médiatique.
On l’a adorée ou détestée, certains ont été dingues d’elle, d’autres moqueurs. Une chose est sûre, Nabilla a été en l’espace de 3 ans une des personnalités médiatiques les plus marquantes du petit écran. Repérée dans l’Amour est aveugle sur TF1 par La Grosse Equipe, elle connait sa réelle ascension avec sa participation aux Anges de la télé réalité saison 4 et 5. Une émission où elle cumule phrases cultes et histoires d’amour. En 2013 elle défile pour Jean Paul Gautier, obtient son propre show la même année, et rejoint la bande de Cyril Hanouna en 2014. De prétendante à chroniqueuse sur Touche pas à mon poste, son parcours à la réussite fulgurante l’amène ainsi à être qualifiée de Kim Kardashian française. Cependant, tel Icare s’approchant bien trop près du soleil, Nabilla a brûlé ses ailes, chutant ainsi dans un nouveau bassin médiatique, celui de la prison, là où les retombées ne sont pas aussi avantageuses que celles de la télévision. Malheureusement pour toi Nabilla, tu n’avais pas vraiment prévu ça.
Nabilla, vedette de la médiologie
Lors de ses participations à diverses émissions de télé-réalité, Nabilla est rapidement devenue le centre d’attention, notamment par son corps et des spéculations autour de ce dernier. Une exhibition alors répétée et marquante ayant un impact médiatique de poids, que ce soit sur les réseaux sociaux ou dans la presse. Une Nabilla épanouie dans la bonne époque, entre vidéosphère et hypersphère.
Dans son cours de Médiologie générale, Régis Debray introduit la notion de médiasphère qui divise en trois périodes l’histoire des systèmes de transmission culturelle. La troisième de ces périodes démarre avec l’invention de la télévision en couleur et se nomme vidéosphère, où le visible fait autorité et où l’immédiateté règne. Un temps propre à Nabilla où ses apparitions télévisées créent le buzz par son parler vrai, agitant ainsi systématiquement la twittosphère, où ses plus grandes et meilleures frasques sont immédiatement reprises et diffusées. Une quatrième période est proposée par Louise Merzeau, enseignante-chercheuse en Sciences de l’Information et de la Communication, l’hypersphère caractérisant une époque plus actuelle, où dominent les réseaux numériques. Un temps lié au développement d’internet, véritable outil pour la starlette connectée et proche de ses followers. Nabilla, bien dans son temps, peut alors jouir d’une forte présence médiatique faisant ainsi son succès.
Une prisonnière de la sphère médiatique
Que ce soit dans l’Amour est aveugle ou dans les Anges de la télé-réalité, Nabilla était une participante de programme répondant d’une logique panoptique. Concept proposé par Michel Foucault dans son ouvrage « Surveiller et punir », le panoptisme décrit les mécanismes de surveillance et discipline circulant dans les institutions de la société. Enfermée dans une villa, entourée de caméra, le regard des téléspectateurs est rivé sur elle, l’observant, la décryptant. Une surveillance pourtant jouée, valorisant le spectacle de l’émission et le corps même de ses participants. Une sphère dans laquelle Nabilla se situe et dont elle n’a pas le contrôle, non sans lui déplaire. Constamment filmée et analysée, Nabilla forge ainsi sa célébrité des retombées médiatiques de cette surveillance. Couverture de magazines people, plateaux tv, l’image Nabilla fait vendre et attire.
Mais suite à son altercation avec son compagnon, cette logique panoptique a pris une nouvelle tournure. L’épée de Damoclès s’abat. Du confessionnal à la garde à vue, de la villa à la prison, Nabilla bascule dans un autre univers qui au final ne sera pas si différent. Enfermée à nouveau, elle continue d’être observée et analysée par les médias. Cependant cette fois-là, ce ne sont plus ses forces comme son corps, qui sont mises en valeur, mais ses faiblesses, ses incapacités. Aucun contrôle, elle ne peut pas compter sur un montage pour la mettre en valeur. Nabilla est encore au centre de l’attention mais qui cette fois la dessert. La nouvelle de son incarcération, dans une période de vidéosphère, est immédiatement relayée, faisant une fois de plus le buzz, surmédiatisant alors à nouveau la starlette. On parle d’elle, mais cela n’est plus à son avantage. Les retombées médiatiques détruisent sa popularité là où auparavant elles la construisaient. Nabilla est alors une prisonnière, de la prison féminine de Versailles certes, mais également d’une sphère médiatique de laquelle elle ne peut s’échapper. Une sphère où elle est entrée avec la télé-réalité quatre ans auparavant et dont elle ne sortira qu’une fois que son actualité people cessera.
Vers une peopolisation à l’anglaise ?
Ce fait divers amène ainsi à une réflexion sur le futur de l’actualité, de l’information française. Arrivons-nous culturellement vers un modèle davantage anglo-saxon ? L’exemple de l’Angleterre est signifiant, où le yellow journalism* détient une part considérable du marché de la presse, avec une peopolisation de l’actualité qu’on retrouve notamment avec le journal The Sun, tiré à plus de 2 millions d’exemplaires chaque jour. Des faits divers, des informations offrant des records aux sites et journaux français. Comme le montre le Tube dans une émission dédiée à ce fait divers, l’affaire Nabilla, en quelques chiffres pour le mois de novembre, c’est plus de 6000 articles et 715 000 tweets. Le star system s’infiltre dans les médias supplantant ainsi des sujets davantage sérieux aux dimensions moins attrayantes, moins spectaculaires.
Si en ce mois de février, Nabilla est bien sortie de prison, elle demeure toujours enfermée dans cette sphère médiatique, avec une actualité – certes plus faible – portant toujours sur sa vie privée, avec un manager la poursuivant en justice, ou encore des rumeurs de mariage.
*presse à scandale
 Félix Régnier
@filgato
Sources :
Régis Debray – Les cahiers de médiologie
Olivier Aim – Une télévision sous surveillance
Louise Merzeau
Le plus
Le plus – NouvelObs
Le Tube
ledauphine.com

tweet seats fnc
Société

Mesdames et Messieurs, je vous prie de bien vouloir tweeter pendant la représentation

Les premiers tweet seats sont apparus aux Etats-Unis dans les années 2011-2012, dans les théâtres et dans les opéras une rangée de sièges au fond des salles devient exclusivement dédiée aux utilisateurs de Twitter. Ces spectateurs qui ne sont pas comme vous et moi, capables de multitasking pendant la représentation, y sont libres de tweeter à condition d’utiliser le hashtag officiel du spectacle. Une publicité apparemment efficace. Auparavant bannis, voilà que les smartphones sont les bienvenus dans les temples de la culture. La pratique s’est logiquement assez répandue, du Shakespeare Festival à St. Louis aux nombreux théâtres de Boston en passant par les orchestres symphoniques d’Indianapolis et de Cincinnati, et même au Public Theater de New York. Et elle est bientôt devenue un sujet de querelle passionnée pour les journalistes et les professionnels qui ont pour les uns loué cette adaptation aux outils modernes de communication ou bien se sont indignés, critiquant l’immixtion de pratiques marketing dans le temps sacré de la représentation.

Cela fait pourtant longtemps qu’au théâtre la représentation traditionnelle est en crise. La coupure sémiotique, selon Daniel Bougnoux, qui permet l’accès au symbolique et se matérialise dans le quatrième mur – la limite entre la scène et la salle – est fréquemment attaquée dans l’art contemporain. De Platon à Brecht, on a en effet cherché à dissimuler la présence réelle de l’acteur, aujourd’hui on la dévoile complètement, les coulisses, les dessous de la pièce font partie intégrante de la représentation. Les acteurs changent de costume sur scène, interprètent plusieurs personnages, changent les décors plateau allumé, les metteurs en scène deviennent eux-mêmes acteurs, feignant d’être simplement au milieu d’une répétition. C’est à présent la technologie qui participe de cette déconstruction des conventions théâtrales. La pratique du live tweet a même gagné la scène, comme au théâtre de Providence dans le Rhode Island où les acteurs tweetent et postent des photos depuis les coulisses pendant la représentation. Depuis le plateau également on semble apprécier ces retours instantanés, créant une nouvelle interaction avec le spectateur.
Les tweet seats pourraient en ce sens être un des éléments d’une réinvention des relations du spectateur au spectacle et ses artisans. Le théâtre, qui peine à renouveler son public, pourrait conquérir de nouveaux auditoires grâce au dépassement de la simple représentation. Toutefois, ces sièges ne sont pas tellement un outil publicitaire qui permet de toucher, au-delà des spectateurs habituels, des gens étrangers au théâtre. Une twittos interviewée par USA Today semble persuadée de pouvoir détourner les gens de l’horrible télé-réalité pour les faire aller au théâtre, pourtant ses followers sont des personnes éduquées à l’art qui ne se contentent pas de la télévision, c’est un public déjà conquis. L’initiative s’inclut tout de même dans ce mouvement qui entend repenser le rôle du spectateur, où il n’est plus question du théâtre comme un lieu quasi-religieux où l’on absorbe de manière passive : au Hutington Theater à Boston par exemple, un membre de la production répondra aux questions twitter, qui seront par ailleurs diffusées sur des écrans dans le hall du théâtre. Il est en fait question d’une interaction qui s’émancipe des codes traditionnels liés au lieu théâtral. Ce n’est cependant pas un renouveau si nouveau que ça. Le public antique n’était pas immobile et silencieux comme l’est notre public depuis un siècle : il mangeait, parlait, réagissait à haute voix, apostrophait les acteurs. Le théâtre devrait en définitive redevenir, grâce aux innovations communicationnelles numériques, un spectacle vivant des deux côtés et cesser d’être un art vertical.
Marc Blanchi
Sources
usatoday.com
Rue89.nouvelobs.com
npr.org
arstechnica.com
La crise de la représentation, Daniel Bougnoux
Crédits images
1.standaardcdn.be

aionmultijoueur
Société

Les jeux multi-joueur : le prix de la gratuité

The Elder Scrolls Online, MMO issu de la célèbre saga de Bethesda, vient de renoncer au format économique de l’abonnement mensuel, après son intronisation tapageuse qui débouche sur un bilan plus mitigé.
Face au multi-joueur se dressent des obstacles nouveaux : des consommateurs qui ont bien l’intention de tirer parti de l’offre surabondante, une concurrence asiatique très active, nourrie également par quelques géants scandinaves et américains, et une communauté de plus en plus exigeante, avec de nouvelles habitudes de consommation.
Le produit payant, un modèle de consommation menacé d’obsolescence ?
Le modèle d’abonnement mensuel, incarné par l’emblématique World Of Woarcraft (Blizzard), est en crise. Fort de ses dix années d’ancienneté, de son caractère et de sa communauté composée de plus de dix millions de joueur, Blizzard s’est taillé une place de choix sur le marché et a su garder sa place de leader, s’assurant un quasi monopole pendant une longue période. Néanmoins, de grands noms comme Eve Online parviennent à s’insérer sur le marché, en lançant un challenge à ses joueurs : payer l’abonnement, ou gagner le droit de jouer gratuitement par la performance. Allant plus loin dans la guerre des prix, le précurseur d’un mouvement pérenne, Guild Wars II, propose un modèle de paiement plus souple : le consommateur paie le produit de base, et dispose ensuite d’un temps de jeu illimité. En revanche, les mises à jours importantes sont payantes.
La norme aboutie de cette évolution : le modèle free-to-play. Ce modèle est à distinguer du freemium : même si ces deux phénomènes surfent sur la même dynamique, ils ne répondent pas à la même politique. Le freemium, également connu sous le nom de pay-to-win, est, comme son nom l’indique, la possibilité de bénéficier d’un régime de jeu facilité par le biais de l’achat. En d’autres termes, ce système permet d’améliorer ses performances sans fournir le moindre effort.
Le modèle free-to-play n’est pas nécessairement freemium. Il repose essentiellement sur une donnée délicate : l’envie de personnalisation. Il s’agit d’acheter du contenu individualisant destiné à sse démarquer des autres joueurs, mais qui n’a aucune influence sur les performances du jeu.
Si le modèle économique a changé, c’est parce que le consommateur s’est également métamorphosé. Moins fidèle, plus impératif, il papillonne d’un échantillon à l’autre sans s’attarder, et surtout, sans s’engager financièrement. Ou du moins, pas sans contrepartie immédiate. La nouvelle cible des studios de développement ne manque pas tant d’argent que de temps.
Lorsque Edouard Rencker évoque le postulat d’un produit prêt à être consommé à la seconde où il est désiré, avait-il à l’esprit le prodigieux essor du cash shop ? En somme, le consommateur achète un jeu paramétré pour lui, ses goûts, son emploi du temps. Cela n’est pas sans rappeler cette obsession générale dela consommation personnalisée…
Et c’est dans ce contexte que The Elder Scrolls Online s’élance sur le marché, la bataille perdue d’avance.

Le brand content, fer de lance du free-to-play
Surfant sur cette tendance de l’ultra-personnalisation, du gain de temps et de cette réticence à s’engager, un nouveau genre de jeu multi-joueur a vu le jour : le jeu gratuit. Au départ lancé par de nombreux MMO coréens, ce modèle connait une croissante fulgurante, multipliant les prouesses graphiques et les promesses d’inédit. Le principe est simple : il suffit de télécharger. Il est tout à fait possible de progresser et de profiter de la richesse du jeu sans débourser un centime.
Seulement, le joueur finit par payer. Comment arriver à persuader un joueur de payer s’il n’en a pas besoin ? Si on laisse de côté le système freemium, qui joue sur le gain de temps en utilisant le classique procédé de l’appât, tout le pouvoir de persuasion du free-to-play joue sur le désir de personnalisation. Reposant sur un des piliers du marketing, qui consiste à faire perdre de vue ses repères rationnels au consommateur pour l’amener sur le terrain de l’émotionnel, cette stratégie s’appuie sur un community management à l’écoute et le développement du brand content. Un bon exemple de cette stratégie est Blizzard, initiateur de conventions très médiatisées mêlant cosplay, démonstrations, promotions commerciales et festivités.
Cependant, le maître du brand content est probablement Riot, le producteur de League of Legends, égérie de l’e-sport.

Ce court-métrage produit par Riot bénéficie d’une bande-son créée spécialement pour l’occasion, et accumule quelques 5 000 000 de vues en trois jours sur la page Facebook de League of Legends.
Le jeu lui-même n’a rien à voir avec l’expérience audio-visuelle que représente cette vidéo, le seul lien étant l’un des personnages du jeu qui est mis en valeur par ce mini-film. Ainsi, la marque créé du contenu sans changer son support de base, ce qui représente pourtant une véritable valeur ajoutée pour celui-ci.
En plus de faire l’étalage des indéniables talents de la direction artistique de Riot, cette vidéo est porteuse d’un fort contenu émotionnel qui, pour tout joueur potentiel, est désormais connecté au jeu lui-même, facilitant la décision d’achat de contenu facultatif…Comme payer 4,99 euros pour débloquer le héros de cette vidéo. Cette stratégie marketing apparaît redoutable : ce jeu, pourtant free-to-play, est le premier mondial avec 67 millions de joueurs en 2014…et 946 millions de dollars de chiffre d’affaires la même année.
Pour parachever ce triomphe du modèle économique free-to-play, il faudrait y ajouter le facteur gain de temps… League of Legends, bientôt sur vos smartphones ?
Marguerite Imbert
Sources :
facebook.com/leagueoflegends
jeuxvideos.com
generation-nt.com
millenium.org
gameblog.fr
Crédits photos :
wccftech.com
quickmeme.com

Société

#OPCHARLIEHEBDO : Quand l'expédition punitive se conjugue au temps des réseaux

« La liberté d’expression et d’opinion est une chose non négociable, s’attaquer à elle, c’est s’attaquer à la démocratie. Attendez vous à une réaction massive et frontale de notre part car le combat pour la défense de ces libertés est la base même de notre mouvement. »
Voici la réaction du mouvement Anonymous suite à l’attentat terroriste perpétré dans les locaux du journal satyrique Charlie Hebdo, le 7 janvier. Le tweet, posté via un compte baptisé @OpCharlieHebdo, renvoyait vers une version plus longue du message, hébergée sur pastebin. Le format de 140 caractères du petit oiseau bleu paraît quelque peu étriqué pour le message des hackers les plus célèbres du net. Dans un premier temps, le mouvement présente ses condoléances aux familles des victimes et condamne la tuerie des frères Kouachi, qualifiant leur acte « d’assaut inhumain. » Ils se déclarent « écoeurés, choqués » et estiment qu’il est de leur devoir de réagir. S’ensuit leur formule légendaire :
“Nous sommes légion.
Nous n’oublierons pas.
Nous ne pardonnerons pas.
Redoutez-nous! ”
Ce message a été massivement retweeté. Il vise, implicitement, l’ensemble de la communauté djihadiste présente en ligne : sites d’organisations, comptes sur les réseaux sociaux notamment. Il constitue une véritable déclaration de guerre, c’est bel et bien un affrontement entre deux mondes, entre deux cultures latéralement différentes. L’étendue de bits et d’octets qui peuplent internet se travestit sans problème en terrain de guerre. Le mythe d’un média « worldwide » s’effrite. Force est de constater que ces pratiques enracinent encore plus profondément Internet et ses usages dans des logiques territoriales, d’opposition binaire entre le monde qui est occidental, et celui qui ne l’est pas.
Quel mode opératoire pour une expédition punitive virtuelle ?
Deux jours après l’attentat terroriste, les hacktivistes du collectif Anonymous ont mis leur menace à exécution. Plusieurs milliers de sites internet, des comptes facebook, twitter relatifs à la mouvance djihadistes ont été bloqués. Ils publient une vidéo sur le channel Youtube belge du collectif qui a été depuis supprimée. Elle est toutefois visible sur le site du telegraph. Les extraits s’adressent à Al-Qaida et aux membres de l’Etat islamique, en Syrie et en Irak : « Nous allons surveiller toutes vos activités sur le Net, nous fermerons vos comptes sur tous les réseaux sociaux. Vous n’imposerez pas votre charia dans nos démocraties.»

Le quartier général des membres du collectif se distille sur des centaines de canaux de chats IRC (un des protocoles de communication utilisables sur Internet) baptisés « Anonops ». La participation nécessite une connexion VPN (Virtual Private Network), ainsi que le navigateur Tor (The onion router) pour garantir l’anonymat des échanges.

Les hackers listent les cibles sur un document partagé en annexe. Les adresses des sites internet et réseaux sociaux d’organisations et de sociétés désignés par le collectif comme appartenant aux djihadistes sont identifiées et des attaques sont lancées (défacements ou attaques de déni de service la plupart du temps.) Selon un des hackers francophones, Sonic, quelques heures seulement après le début de l’opération #OpCharlieHebdo, les activistes islamistes ont contre-attaqué avec «une telle maîtrise et une telle rapidité qui prouvent que nous combattons des professionnels».
Une opération au succès mitigé
Face à cette stratégie d’attaque (et de communication, il faut le dire) bien ficelée, les experts en sécurité informatique restent dubitatifs. Dans la presse française, c’est la voix du blogueur Bluetouff, alias Olivier Laurelli qui s’est fait entendre via l’AFP. Selon lui, “Les Anonymous ont une organisation très transversale. Tout le monde peut se proclamer Anonymous.” A cela il ajoute : “C’est pas en lançant des dénis de service que l’on va régler quoi que ce soit.” L’expert remet en question l’utilité des actions menées par le collectif de hackers. S’agit-il de marquer les esprits de manière ponctuelle ou d’endiguer durablement le fléau djihadiste ?
Une autre ombre subsiste sur le beau tableau des Anonymous. “A partir du moment où on attaque les réseaux où les jihadistes communiquent entre eux, on interfère dans le travail des enquêteurs ”, a prévenu Olivier Laurelli. En publiant sur pastebin l’identité de terroristes présumés et en attaquant leurs sites, le collectif ralentirait le travail des policiers et rendrait disponible des informations dangereuses aux yeux des internautes civils, ou même d’autres djihadistes. C’est donc une prise de parole en demi-teinte de la part du collectif. Alors qu’ils œuvrent pour délivrer un message univoque et fédérateur, leurs actions révèlent en fait des intentions parfois mal coordonnées. Ils souhaitent faire avancer le combat contre le terrorisme mais entravent l’appareil d’état. Le discours mériterait de s’éclaircir s’il veut gagner en crédibilité.
La faute ne leur revient pas entièrement, dans la mesure où Internet est un média polyphonique par nature. Les comptes s’auto-proclamant « Anonymous » pullulent sur la toile, sur l’ensemble des réseaux sociaux. Le site web opcharliehebdo.com n’avait aucun lien avec le collectif, à l’origine de la supercherie, une agence de marketing spécialisée dans le « viral », rantic.com. Il est donc compliqué d’accéder à une information centralisée, et surtout, compliqué de croire à l’utopie communautaire qui anime ce mouvement, même en étant profondément attaché aux valeurs fondatrices d’internet. Rien ne nous garantit que certains des hackers faisant partie du mouvement Anonymous ont un passé de grey hat, voire de black hat.
Des hackers éthiques, mais pas trop.
Enfin, il reste un doute que seul le temps pourra éclaircir. Si l’on s’attarde sur le message publié sur twitter et pastebin, les éléments de langage propres aux messages du collectif Anonymous sont sensiblement identiques à ceux des gouvernements occidentaux : liberté d’expression et démocratie reviennent systématiquement dans leur discours. Le collectif s’est donc fait entendre de manière profondément consensuelle en réaction à l’attentat, mais le sera-t-il quand les gouvernements français et européens auront à renfoncer leurs dispositifs sécuritaires en réponse à la menace terroriste ?
Si l’on prend le projet de loi antiterroriste datant de septembre 2014, qualifié de liberticide par ses détracteurs, il est permis d’en douter. Le texte de loi prévoyait de renforcer les sanctions à l’encontre des initiateurs d’«attaques informatiques», qui seraient à présent jugés sous le régime de la bande organisée. Des peines de gardes à vue plus longues sont prévues, ainsi que des méthodes d’enquête plus poussées et des peines plus lourdes. De trois ans d’emprisonnement et 45.000 euros d’amende, les peines iraient désormais jusqu’à dix ans d’emprisonnement et 500.000 euros d’amende. La compatibilité entre l’idéologie libertarienne du mouvement et la politique sécuritaire de l’état semble assez faible.
Comme dit plus haut, le mouvement Anonymous épouse parfaitement l’idée de « l’utopie communautaire ». Ce terme évoqué par Patrice Flichy dans l’Imaginaire d’Internet décrit la culture des hackers qui refusent l’informatique centralisée, et voient dans Internet « un dispositif à mettre entre les mains de tous, capable de bâtir non seulement de nouveaux collèges invisibles, mais aussi une nouvelle société » (p.86).
Ils sont profondément habités par une idéologie qu’on peut qualifier de cyber-libertarienne. Leurs combats: défense de la vie privée, de la cryptographie, de l’accès libre à l’information. Ils incarnent avant tout une forme de « contre-démocratie » car ils n’hésitent pas à contourner la loi pour arriver à leurs fins, et se méfient du rôle de l’État en tant que régulateur. Ils se font justice eux-même. En somme, le collectif Anonymous incarne un mythe supplémentaire dans l’imaginaire d’internet, une communauté qui incarne l’esprit de partage, de société civile idéale.
Karina Issaouni
Sources:
Telegraph.co.uk
Patrice Flichy, L’imaginaire d’Internet, 2001, éditions La Découverte.
Letemps.ch
20minutes.fr
Nouvel obs.com
Pastebin
Crédits images
ibtimes.co.uk
wegecon.de/
letemps.ch

publicité caramel suisse
Société

Sexe faible, vous dites ?

La fin d’une ère sexiste et le début d’une égalité des sexes dans la publicité ?

Combien de fois a-t-on pu entendre des critiques virulentes sur l’image de la femme véhiculée par la publicité ? Combien de mouvements féministes crient au sexisme, au machisme et dénoncent l’instrumentalisation du corps devenu objet de celles qu’on appelle le « sexe faible » ? Il est à vrai dire impossible de le savoir. Il serait bien trop long de les dénombrer. En revanche, cela prendrait nettement moins de temps de compter les plaintes clamant une atteinte à l’image de l’homme dans la publicité : celles-ci sont quasi nulles.
Et pourtant, dans le monde publicitaire, l’homme semble aujourd’hui en prendre pour son grade, tandis que l’image de la femme paraît, elle, s’être nettement améliorée au fil des années. Le slogan « pour elle un Moulinex, pour lui un bon petit plat » de cette publicité vous semble le plus courant ? Et pourtant, il paraît loin de nous le temps où l’on représentait l’homme comme le maître de maison virile qui n’a qu’à mettre les pieds sous la table en attendant que son repas préparé avec amour par sa gentille femme ne soit posé devant lui. Aujourd’hui, la tendance s’est inversée, et, au regard de la pub, la formule « sexe faible » semble ne plus rimer à rien. Ou du moins, c’est ce que l’on pourrait croire. Prenons le temps de poser notre regard sur quelques publicités d’aujourd’hui et amusons-nous à y inverser les sexes…

Hommes, soyez soumis à vos femmes !

On est ici bien loin de l’homme dominant et fort.
Il est nu, sans défense et ses muscles n’y peuvent rien face à des femmes en surnombre.

Cette pub va plus loin encore : au placard la femme soumise à l’homme, elle le tient ici en laisse.
Les hommes sont animalisés et dominés par une seule et unique femme.

Homme, sois beau et tais-toi !

L’homme est ici l’objet qui vient attirer le regard. Ce ne sont plus les formes féminines généreuses qui font vendre : aujourd’hui, c’est l’homme qui devient un appât.
L’homme est beau, l’homme est musclé, on lui ferait vendre n’importe quoi… Même du thon !

Mais… derrière chaque homme faible se cache une femme
Hommes nus soumis à des femmes en surnombre, hommes réduits à l’état d’animal et traînés en laisse, hommes à la plastique de rêve qui ne servent qu’à exposer leurs muscles huilés… Voilà bien des images qui feraient hurler plus d’une association féministe si les sexes y étaient inversés. Et pourtant, rien ne se fait entendre du côté de la gente masculine. Est-ce parce que cette dernière se sent responsable des années de sexisme publicitaire ? Ou est-ce plutôt parce que cela fait tout simplement… Rire ? L’image d’une femme nue tenue en laisse choque, révolte, mais celle de l’homme fait sourire. C’est que, finalement, on ne croit pas à cette image, cette image n’effraie personne et surtout pas les hommes. Sur ces affiches publicitaires, c’est une réelle inversion des rôles qui est mise en scène. On ne crée pas une nouvelle forme de sexisme qui aurait ses propres codes et qui renverrait à la domination de la femme sur l’homme, on transpose tout simplement des stéréotypes sexistes féminins sur un autre sujet. Ainsi, lorsque l’homme est considéré comme faible, il est féminisé. C’est une femme qui se cache derrière l’homme faible car l’homme faible n’est finalement pas réellement homme.

Une nouvelle forme de sexisme ?
Ces publicités, plus que de prôner une avancée du féminisme et de l’égalité des sexes, ne font que renforcer cet imaginaire de l’homme dominant la femme. Si ces publicités fonctionnent, accrochent le regard et marquent les esprits, ça n’est pas parce qu’elles provoquent, comme le font habituellement les pubs sexistes envers les femmes, mais parce qu’elles font rire en référant à ce que l’imaginaire collectif considère comme étant « le sexe faible ». Lorsque l’on voit une publicité telle que celle que nous voyons juste en dessous, peu de personnes échapperont à l’idée qui se cache derrière l’image : ça n’est pas la place de l’homme d’être considéré ainsi, c’est habituellement celle de la femme. C’est en effet la femme qui est le plus souvent victime de harcèlement sexuel et la publicité joue sur cette inversion des rôles, ce qui provoque le rire.
Il serait faux de dire que ce spot publicitaire se moque des mouvements féministes, mais il serait également faux de dire qu’il dénonce réellement un harcèlement typiquement masculin. Cette publicité revendique bien l’existence d’un sexisme, elle admet la réalité du harcèlement sexuel, mais, en nous montrant un homme qui en est victime, elle nous dit bien « ceci n’existe pas » ou du moins, « ceci est rare, vous pouvez en rire, ce n’est pas une réalité condamnable ».

La réussite par l’humour
La publicité, en une simple image et une courte phrase, doit réussir à capter l’attention d’un passant, d’un téléspectateur zappeur, ou d’un lecteur publiphobe. La tâche est fastidieuse. Quelle meilleure façon alors que d’utiliser l’humour ? Mieux encore, quelle meilleure façon que de faire rire en faisant référence à une réalité connue par tous ? Si l’humour et la référence commune sont la clé de la réussite pour un publicitaire, les féministes devraient peut être également l’envisager de la sorte ?… Mieux vaudrait-il peut être rire de ces affiches sexistes où la femme est instrumentalisée ? Du moins, une chose est sure : l’égalité des sexes ne sera avérée que le jour où l’on rira autant d’une publicité sexiste s’attaquant à l’homme que d’une publicité sexiste s’attaquant à la femme…
Et puis… Honnêtement, cette publicité ne vous fait pas rire, vous ?

Valentine Cuzin
Sources :
topito.com
madame.lefigaro.fr
advertisingtimes.fr
igvm-iefh.belgium.be
image-de-lhomme-dans-la-publicite.blogvie.com
users.skynet.be

Crédits photo : 
advertisingtimes.fr (1) et (2)
vivelapub.fr
youtube.com
le-tigre.net
cafoutch.net
lematin.ch