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L'ennui
Société

La bataille contre l'ennui continue …

 
Notre capacité d’attention est actuellement estimée à huit secondes. Or, si notre capacité d’attention diminue, cela signifie en creux que nous nous ennuyons plus rapidement. Si au bout de huit secondes, l’orateur ne nous a pas séduits, sa présentation est fichue. Chacun commence à scruter son iPhone avec envie, vérifie ses mails voire joue à Candy crush. Mais ces activités complémentaires ne nous satisfont pas vraiment non plus. Souvent un malaise s’installe ; préférant être ailleurs qu’ici, bien que si nous fussions ailleurs nous nous désintéresserions aussi vite de ce qu’on nous y proposerait. Partout nous emportons l’ennui, il nous colle à la peau.
L’ennui apparaît ainsi comme le mal du siècle, alors qu’on ne cesse d’en repousser les limites grâce aux nouvelles technologies. L’espace est désormais saturé d’objets qui sollicitent notre attention et nous incitent à ne jamais « décrocher ». Pourtant, face à une offre de divertissement pléthorique, notre spleen ne tarit pas. Le manque suscite l’envie ; l’abondance le dégoût.
Néanmoins, la perversion est poussée jusqu’au vice lorsque l’on constate que la majorité de nos divertissements actuels ont l’ennui pour fondement, ou du moins sa représentation. Succès de librairies, films cultes ou chansons en vogue, l’ennui fait vendre. Moins que zéro d’Easton Bret Ellis fait état de la décadence d’une génération qui n’a plus goût à rien. Cette même génération est dépeinte de façon récurrente par Sofia Coppola à travers des personnages tels que Marie-Antoinette, Charlotte (Lost in translation), les sœurs Lisbon (Virgin suicides) ou une bande d’adolescents de L.A (The bling ring). Enfin, les paroles des Nuits fauves, d’infirmière ou de Zoé du groupe parisien Fauve remplissent les salles.  L’ennui enchante.
L’essayiste Georges Lewi diagnostique, lui, une extension du bovarysme à l’échelle sociétale. Bercée par l’illusion que tout peut arriver, la « génération Bovary » a réussi à tuer le monstre de l’ennui. Nous vivons de plus en plus en réseaux. Nous ne détachons plus les yeux de notre smartphone comme si notre vie dépendait des messages reçus en « non-stop». Qu’attendons-nous, sinon la surprise de l’instant ? Les messages reçus sont clairement une parade à l’ennui, un moyen de faire l’autruche pour éviter de se confronter aux questions métaphysiques qui torturaient Pascal. Au lieu de prendre conscience de la finitude et de l’absurdité de la condition humaine, nous préférons vivre dans l’illusion de la simplicité. Un monde illusoire dans lequel nous avons beaucoup d’amis et vivons en transparence ! Le bovarysme serait devenu l’un de nos principes de vie ; pour le meilleur comme pour le pire.
Chacun de nous pourrait donc reprendre à son compte ces phrases de Flaubert : « Au fond de son âme, cependant, elle attendait un événement… Elle ne savait pas quel serait ce hasard… Mais, chaque matin, à son réveil, elle l’espérait pour la journée, et elle écoutait tous les bruits, se levait en sursaut, s’étonnait qu’il ne vînt pas… ».
Un autre paradoxe nous apparaît au cours de cette réflexion. Comme le résume le groupe hollandais Mozes and the Firstborn, la confusion et l’ennui règnent alors même que tout devient divertissement. En effet, l’heure est aux badinages ; dans les médias, au bureau ou en famille. Le petit journal, c’est Canteloup, les tweets, ou encore l’exécrable humour de la presse féminine en sont le reflet. La parade contre l’ennui devient le rire, mais sous sa forme la plus standardisée, la plus automatique, la plus fausse. Faire des jeux d’esprit, sortir la bonne vanne… telles sont désormais la croix et la bannière de tout orateur s’il souhaite être entendu, ce qui irrite au plus haut point le philosophe Finkielkraut (Un cœur intelligent).  Certains médias parlent ainsi d’une « dictature du rire ». La norme est non seulement à l’hyperactivité tant réelle que virtuelle mais aussi aux bonnes blagues. Elles sont deux conditions sine qua non de la reconnaissance sociale de nos jours.
Toutefois, tel Finkielkraut, je reste persuadée que le divertissement est vain quand il n’a pas son contrepoids l’ennui.  La machine tourne à vide et ne conduit qu’à l’affadissement de la vie dans son entier. Alors ennuyez-vous !

 
Miléna Sintic

Société

#myNYPD, plus qu'une balle dans le pied, une bombe à retardement

 

La gestion des communautés, ou community management, est l’art de fédérer les internautes autour d’une marque, d’une société, d’un service. Lorsque l’artiste au clavier est aussi malin qu’il a de la répartie, le community management peut générer beaucoup de trafic et parfois même faire le buzz. Cependant, il peut aussi devenir fatal lorsqu’il est mal exécuté, ou simplement pas assez réfléchi.
Le 22 avril, les community managers de la NYPD (police de New York) ont pris l’initiative d’orchestrer une opération de communication participative : les habitants de la Grosse Pomme ont en effet été invités à poster sur Twitter une photo d’eux avec un ou plusieurs membres de la police de New York, en apposant quelque part dans leur tweet le hashtag #myNYPD. A la clef pour les participants un repost sur Facebook, et pour la police de New York une campagne corporate impactante, 100% vraie et surtout gratuite.
L’idée était simple, pas révolutionnaire, mais efficace. Confiante sur son image de police moderne et proche des habitants de sa ville, la NYPD n’a pas douté une seule seconde et on peut dire que l’opération a très bien fonctionné, certainement même au delà de toutes les espérances. En moins de temps qu’il ne le faut pour le dire, les quelques clichés flatteurs reçus se sont retrouvés noyés dans un flot de photos humiliantes voir choquantes, et de commentaires hautement sarcastiques, dénonçant les pratiques et la violence du fameux département.

Plus qu’un mauvais coup de com, cette opération est un flop, qui s’est rapidement transformé en fail, et enfin en badbuzz. Le mot est dit, mais ce n’est pas tout. Car en effet si la police de New York, après s’être tirée une véritable balle dans le pied, a tenté de noyer maladroitement le poisson en postant quatre photos plutôt avantageuses de bons citoyens célébrant ceux qui les protègent et les servent, le phénomène de dénonciation ne s’est pas arrêté aux portes de la ville.
En quelques heures, l’erreur de communication et devenue un phénomène national et en quelques jours, un phénomène mondial. Comment ? Tout simplement grâce à une réplication sauvage du hashtag adapté à des polices locales :
#myLAPD pour Los Angeles, #myBPD pour Boston, #myOPD pour Oakland, #myTPS pour Toronto, #mySPVM pour Montréal, images et légendes à l’appui.
Si dans certains pays comme la France, le hashtag #MaPoliceNationale peine à s’inscrire dans les Trending Topics, d’autres pays comme le Brésil ont profité de l’aubaine pour se lancer dans une dénonciation virulente des violences policières sur lesquelles le gouvernement ferme les yeux. Grâce au hashtag #minhaPM, qui a depuis laissé la place à un tumblr, les brésiliens semblent avoir redonné de l’élan à cette revendication de longue date qui prend, en ces temps de crise, la tournure d’une véritable revendication sociale politique.

La NYPD risque de se souvenir longtemps de la bourde de ses community managers, et elle risque certainement d’avoir à rendre des comptes aux départements de police affectés par ce badbuzz.
S’il est certain que celui-ci disparaitra tôt ou tard, ne laissant aux forces de l’ordre qu’un lointain souvenir et le goût amer d’une mauvaise blague, il aura au moins eu le mérite de réinscrire dans l’agenda politique de différents états cette question délicate et gênante qu’est celle de la violence policière.
Ne reste plus qu’à espérer que celle-ci ne sera pas balayée et oubliée aussi vite que le dernier Top Tweet.
 
Clémence Lépinard
Sources :
Le Monde
Kombini
Le Parisien
Le Point

Génération Y
Société

Quand la génération Y dit non

 
Le premier mars dernier, The Times (UK) publie un article savamment intitulé « How to understand your teen-agers brain », énième tirade d’un énième psychologue tentant bien maladroitement d’expliquer encore une fois le comportement des jeunes.
Ils auraient dû s’y attendre. On ne peut pas véhiculer autant d’idées reçues sur les « djeunes » sans les faire réagir. Le 4 mars au matin, la rédaction du Times reçoit dans sa boite mail la réponse courroucée d’une adolescente fatiguée par ces théories générationnelles incessantes. Jenni Herd, une jeune anglaise de seize ans, se dit « annoyed » de ces clichés. Il est en effet un peu trop facile de faire des généralités sur toute une population en se fondant sur leurs statuts Facebook. « La plupart d’entre nous sont cyniques et pessimistes à cause de l’environnement dans lequel nous avons grandi – ce qui devrait être une explication suffisante à notre insolence et à notre manque de respect apparents, sans avoir besoin « d’experts » écrivant des articles dessus » s’indigne la jeune fille. Jenni l’a bien compris, l’article du Times, bien représentatif de l’image biaisée que les médias ont des jeunes, n’éclaire une fois de plus en rien le débat. L’adolescent est  dépeint comme narcissique, paresseux et rebelle. Un portrait bien trop souvent dressé sans donner la parole aux premiers concernés : les jeunes.
Mais plus que les adolescents, c’est toute une génération qui est prise pour cible. La génération Y dérange, et les articles tentant de percer ses mystères inondent les média. Le Time (US) en avait fait sa une en mai 2013. « The Me Me Me génération » dépeignait un ensemble complet de jeunes, ceux qui envahissent le marché du travail et qui, confrontés au chômage, représentent un nouveau fléau sociétal. Considéré comme paresseux, le «Y» ne se donnerait pas les moyens de trouver du travail. Mais ce portrait sans nuances de la nouvelle génération est-il vraiment représentatif des valeurs de la jeunesse actuelle? Si le jeune est narcissique, c’est parce qu’il est né avec les réseaux sociaux. L’auto-promotion s’est vulgarisée avec Facebook et Twitter, des outils avec lesquels le jeune construit sa vie sociale. Le jeune sait donc se mettre en avant et se vendre dès son plus jeune âge. Ce qui est bien trop rarement perçu comme une qualité par les recruteurs.
C’est cet « imaginaire médiatique » qui est à l’origine du mythe de la génération Y. Mythe tenace nourri par les médias qui ne font que reprendre le point de vue d’un groupe sur un autre. En effet rares sont les voix qui viennent apporter un point de vue différent. On se rappellera cependant de cet OVNI plurimedia « Génération quoi ? », qui a donné la parole aux 18-34 ans via un questionnaire en ligne, plusieurs documentaires télévisuels ainsi qu’à travers des apparitions dans la presse écrite. Internet – grâce aux blogs notamment – permet maintenant de publiciser tous les avis, même ceux minoritaires, limitant ainsi le monopole des journalistes à fabriquer l’information même si ces derniers cèdent parfois la place à des particuliers. C’est le cas de la psychothérapeute New-yorkaise Brooke Donatone qui publie sur le pure player Slate.com, un article défendant cette génération mal-aimée par la presse. Donatone dénonce l’observation de cette jeunesse par la seule prise de vue des adultes. Il est alors normal que les jeunes apparaissent comme « des bêtes de laboratoire » (dixit Jenni) si les scientifiques qui les observent ont quarante ans de plus. Le choc générationnel entre les X et les Y est différent de celui des générations passées. A cause du gap technologique entre juniors et seniors, là où les anciens défendent leur expérience, les jeunes actifs mettent en avant leur savoir faire technique. La technologie s’annonce comme un domaine mystérieux, l’utilisateur de cette technologie, le jeune, apparaît alors à son tour comme une entité mystique, creusant plus qu’il ne faut le gouffre générationnel.
Mais comme le souligne Donatone, les parents ne sont pas innocents dans la construction de la génération Y. Et il n’y a pas que les médias anglosaxons qui s’en sont rendus compte. Un article de La Croix (01/10/2013) intitulé « On les appelle « parents hélicoptères »» parlait déjà de ces parents qui « volent » au secours de leurs enfants dès qu’ils rencontrent le moindre obstacle, ne leurs offrant qu’une illusion d’autonomie. Et c’est bien ce que la psychothérapeute américaine tente de faire comprendre : si l’adolescent semble aussi perdu à 30 ans que l’étaient ses parents à 18 ans, c’est en grande partie dû à l’éducation qu’il a reçu. Une remise en perspective salutaire, qui permet de dépasser le jugement tranchant que les médias ont adopté sur les Y. Et si les médias laissaient les jeunes s’exprimer au lieu de ne faire parler que leurs parents ? Peut être alors qu’ils découvriraient l’abominable vérité, celle qui place le jeune instruit et motivé dans un contexte de crise, qui ne demande qu’à ce qu’on lui accorde une chance.
Laissez  donc cette génération s’exprimer au lieu d’interpréter ses moindres faits et gestes. Il se peut qu’elle ait des choses à dire, et peut être même, des solutions à apporter…
 
Louise Le Souffaché
Crédits photo :
Le Monde.fr

Sexisme pub
Société

Sexiste ou non ?

 
“Sexisme (nm): attitude de discrimination fondée sur le sexe.” Trouvez-vous cette publicité pour un match de football sexiste ?
Je ne la considère pas comme telle. Pourtant, sur le blog Stéréopub, 76,8% des internautes pensent le contraire…
Aïe ! Suis-je « macho » ? Créé par 6 étudiants en journalisme de Sciences Po, Stéréopub nous montre plusieurs publicités de 1960 à nos jours. Face à elles, 3 choix s’offrent à nous : soit nous considérons la pub « sexiste », « non sexiste », ou cliquons sur le bouton « sans avis ».
Ainsi, il peut arriver que notre avis ne soit pas partagé par la majorité. Le sexisme serait donc une question de perception et d’interprétation. Et ces dernières ne sont pas dues à une question de genre puisque les publicités catégorisées comme sexistes sont l’avis autant des femmes que des hommes. Les internautes qui ont trouvé la publicité du Stade Rennais « sexiste » sont composés à 53,7% de femmes, et à 46,3% d’hommes. Ce qui est également intéressant, c’est l’évolution de la publicité de 1960 à nos jours. Même si les mœurs de la société ont considérablement évoluées, certains codes publicitaires d’antan subsistent encore aujourd’hui.
Ce blog permet aussi de faire un constat : il est aujourd’hui devenu extrêmement complexe pour les annonceurs de communiquer. Chaque mot, chaque insinuation peut très vite aboutir à une polémique. Toute publicité peut se retrouver accusée (à tort ?) de sexisme. Alors, discriminante la pub du Stade Rennais ?
 
Pierre Halin
Sources :
Stéréopub
Libération

Snapzheimer
Société

Epargnez-moi cette émotion programmée

 
Le 17 avril, en s’appropriant Snapchat, l’outil de partage éphémère de photos, la campagne Snapzheimer, imaginée par Proximity BBDO, a tenté de faire vivre symboliquement aux jeunes l’expérience de la maladie d’Alzheimer. Cette campagne marque une véritable innovation dans l’usage des réseaux sociaux mobiles puisqu’elle transforme l’usage de l’application en message à part entière. Grâce à Snapchat, la campagne s’est s’invitée dans l’insouciance du quotidien des jeunes et s’est appliquée à détourner l’expérience d’un de leur média préféré afin de les sensibiliser sur la réalité de la maladie d’Alzheimer. Une seule fois et pas plus.
Sensibiliser la nouvelle génération à une « maladie de vieux » : Alzheimer
Le problème est de taille : comment intéresser des jeunes hyper connectés à la maladie de l’isolement, de la déconnexion ? Pour y parvenir, Proximity BBDO a décidé d’utiliser un outil de leur quotidien, Snapchat, et d’en faire le média inattendu d’une campagne de sensibilisation.
Prendre les jeunes au « piège » de leur usage de Snapchat. Les alerter et puis disparaître pour les avertir de l’urgence de cet enjeu de société. Avec cette campagne, plus que jamais, le média devient le message, l’incarnation virtuelle d’un mal dont souffrent aujourd’hui  850 000 Français.
Snapzheimer : l’exemple de la bonne prise de parole
Ce jeudi 17 avril, 1 million d’utilisateurs Snapchat, sélectionnés grâce à la base de données du groupe partenaire Cache Cache, ont reçu un Snapchat un peu différent : des photos souvenirs se sont affichées puis, au bout de 10 secondes, ont disparu pour laisser place à un message de sensibilisation.
La campagne, en détournant l’application Snapchat, visait à toucher les jeunes proactifs à même de montrer ces clichés à leur entourage. À terme, cette opération se veut donc transgénérationnelle. Il s’agissait ici de choquer la jeunesse en détournant, d’intéresser les familles en intriguant par la technologie. Proximity BBDO a porté la réalisation de cette campagne astucieuse afin de montrer aux jeunes que leur média préféré peut aussi être l’incarnation d’un mal dont leurs grands-parents peuvent souffrir.
L’habilité de cette campagne réside donc dans sa démarche, mais aussi dans ce qu’elle ne fait pas, à savoir  créer une énième page Facebook ou inonder l’espace public d’une logorrhée verbale attendrissante. Avec cette campagne, le message s’ancre dans le temps sans harceler le public. En somme, il s’agissait là de changer la vision qu’avaient les gens de Snapchat, de telle manière qu’à chaque cliché,  ils pensent à la maladie d’Alzheimer.
Une bonne démarche pourtant trop rare, car sensibiliser c’est suggérer, et non choquer
Dans L’Agamemnon d’Eschyle, Clytemnestre tue Agamemon et Cassandre à l’abri des regards, dans une pièce cachée des yeux des spectateurs de la pièce. Dans Orange Mécanique, Alex viole à l’abri des regards, mais cela n’a pas empêché chaque spectateur d’être choqué par la violence de la scène. Pourquoi ? Parce qu’elle était suggérée.
L’objectif de la catharsis1 est le même que celui des campagnes de sensibilisation : faire prendre conscience des travers de l’existence afin de mener une meilleure vie. La force de la catharsis, comme la force de la campagne de sensibilisation, est de suggérer, de faire émerger en chaque personne les travers qui affleurent.
Nul besoin d’aller dans le gore, dans le pathos excessif qui dégoutte, embarrasse, et n’aboutit qu’à une banalisation de l’extrême. Et pourtant, trop de campagnes de sensibilisation s’enferment dans ce défaut.  Il faut au contraire croire à la force du suggestif, dans une société de l’obscénité où tout se montre, tout se dit en permanence. Dans ce flot quotidien d’émotions déversé par les médias, il est impératif de manœuvrer différemment.
Il ne s’agit plus d’imposer au spectateur une émotion, une musique larmoyante ou des visages en gros plan, mais au contraire, de le faire participer, de se servir de son expérience, de son vécu pour qu’il puisse se convaincre lui-même. La démarche n’est pas neuve : Sophocle et Euripide n’ont pas attendu le Brand Content participatif pour comprendre qu’il n’était ni bienséant ni efficace d’imposer une réalité choquante à un public.
De fait, on comprend bien que les campagnes de sensibilisation répètent malheureusement les défauts de notre société (révélations, obscénité). Montrer de plus en plus pour émouvoir s’apparente alors à une lourde erreur. La force de l’émotion est dans ce suspense léger et silencieux, qui suit la fin d’un roman.
Je ne suis pas saisi de la beauté du voyage d’Ulysse quand il échoue sur l’île de Calypso, mais quand je referme le livre, ma main sur la quatrième de couverture, alors je comprends que ce récit ne me quittera plus.
 
Arnaud Faure

Crédit photo :
Pierre Peyron – La mort d’Alceste – Musée du Louvre Paris
1. La catharsis est l’épuration des passions par le moyen de la représentation dramaturgique

Société

Les jambes de la discorde au centre des tweets turcs

 
Vous vous estimiez heureux de trouver un siège libre pendant l’heure de pointe ? Et bien croisez les doigts pour que votre voisin ne soit pas un homme ! C’est en tout cas la conclusion à laquelle est parvenue l’auteure du tumblr  féministe  « Men taking too much space in the train, blog dans lequel on peut voir des photos d’hommes assis dans les transports en commun les jambes écartées, quitte à empiéter sur le territoire des autres passagers.
 La notoriété de cette initiative qui a vu le jour à New York s’est étendue bien au-delà des frontières américaines, et c’est désormais en Turquie que les féministes ont repris le flambeau. En effet, vous constaterez par vous-même en cherchant les hashtags #bacaklarinitopla ou #yerimisgaletme (qui signifient respectivement « serre tes jambes » et « n’empiète pas sur mon espace ») que de nombreuses femmes turques affichent désormais dans leurs tweets des photos de ces hommes occupant plusieurs places.
 Si savoir quel volume occupe un homme dans le métro peut sembler à première vue un peu trivial, rappelons tout de même que la Turquie  est le premier pays musulman (hors Union Soviétique) à avoir accordé le droit de vote aux femmes, en 1934. Il reste donc à savoir si cet engagement sur Twitter relève du simple phénomène de mode, qui disparaîtra aussi vite qu’il est apparu, ou s’il témoigne d’une culture féministe profondément ancrée dans l’esprit des Turques.
 Ce qui est sûr, c’est que quel que soit le motif, il est bon de revendiquer la liberté d’expression dans ce pays où la tentative de censure de Twitter menée par le premier ministre Erdogan n’a fait que renforcer le succès de cette plateforme de micro-blogging.
Alexia Maynart
Sources :
Blog.lemonde.fr
Bfmtv.com
Lefigaro.fr

1914-2014
Société

1914-2014 : célébrer le début de la guerre est-il absurde ?

 
2014 marque le début d’un cycle de célébrations qui devra durer quatre ans et qui a pour thème la Première Guerre mondiale. Célébrer ? Fêter ? Cela n’est-il pas un peu fort pour le début d’une guerre ?
Commémorer pour rassembler : « un temps d’introspection civique et de réflexion historique autour d’une mémoire unificatrice porteuse de valeurs. »[1]
Créé en 2012, le groupement d’intérêt public “la mission 14-18” a pour vocation de stimuler et mettre en valeur les différentes actions liées à la commémoration de la Grande Guerre. Et il est important, en effet, de donner un sens à ces célébrations diverses. Épaulé par divers ministères, le groupement a donc bien une vocation publique, prouvant que l’État est fortement partie prenante du sens donné à la célébration. En effet, il est essentiel de donner une direction commune à ces projets commémoratifs. Or, insuffler des valeurs, des imaginaires, passe fortement par la communication du propos. La création du label “Centenaire” permet par exemple de rassembler des projets les plus divers.
Ne peut-on pas alors penser que dans une France éclatée, commémorer la Première Guerre mondiale est un formidable levier de rassemblement ? Dans « commémorer » on entend d’ailleurs bien le préfixe « co » qui signifie “avec” ; on « fait mémoire avec ». Rassembler autour d’une mémoire commune n’est-il pas le meilleur moyen de faire société ? On peut tout à fait mettre en perspective la mission 14-18 la question de « l’identité nationale » très en vogue lors du mandat de Nicolas Sarkozy. Loin de moi l’idée de faire l’amalgame et de mettre tout le monde dans le même panier, mais la mémoire commune est un moteur fort de l’unité nationale. Comme un vieux groupe d’amis, on se raconte les mêmes histoires à chaque rencontre afin de se rappeler que oui, on est soudé, et que oui, on a quelque chose en commun.
Malgré les débats qui divisent les historiens spécialistes, la majorité de la population française fait consensus sur les imaginaires liés à la Première Guerre mondiale. L’image du poilu protégeant femme et enfant de l’ennemi allemand a fait long feu. Et même si celle-ci est fausse, elle permet de rassembler. Contrairement à la Deuxième Guerre mondiale – et encore moins à la Guerre d’Algérie, encore taboue -, où la France n’apparaît pas aussi victorieuse, la Première Guerre mondiale rassemble.
« On ne peut « célébrer » aucune guerre. »[2]
Mais n’est-il pas suspect de commémorer, de célébrer le début d’une telle boucherie ? Lancer un tel cycle n’est-il pas absurde ? En effet, il est essentiel pour le groupement de faire preuve d’intelligence et de pédagogie. Car à fêter le début, la fin, les diverses batailles et actions militaires, on risque fortement de perdre le sens de la commémoration. Que commémore-t-on lorsque l’on commémore le début d’une guerre ?
Pour prendre  un contre-exemple parlant, le projet de Nicolas Sarkozy de faire du 11 novembre une journée de souvenir de tous les morts pour la patrie était complètement absurde. Elle mélangeait en effet des problématiques complètement différentes. En ceci, une journée du 11 novembre aurait fait de la commémoration un moment de pathos plus qu’un moment de réflexion commune. Comme le dit l’historienne Anne Jollet, « les enjeux politiciens poussent à des schématisations ou des omissions par rapport à des savoirs scientifiques, eux-mêmes soumis à leur temps. »[3] Si la mission est soutenue par des organes ministériels, il semble tout de même qu’elle fasse preuve d’une réelle force de communication tant dans sa clarté que dans la pertinence de ses propositions.
Il est en effet aisé de trouver des informations claires sur les objectifs de la mission et ses différents aspects, sans que le site ne soit larmoyant. Au contraire, il semble valoriser tant les projets d’archives que la création contemporaine (le théâtre en particulier) et de fait, ouvre de larges horizons de réflexion.
En somme, si “fêter” le début de la Grande Guerre est absolument étrange, il convient d’une part de différencier fêter et commémorer. La distinction de l’historien Antoine Prost est succincte tout autant que claire : « Célébrer, c’est se réjouir, se féliciter. Commémorer, c’est se rappeler »[4]. D’autre part, il est essentiel de prendre le temps de la réflexion plus que celui du pathos inutile.
 
Mathilde Vassor
Sources :
Le site du Centenaire
L’Humanité
[1] Dossier de presse “le centenaire de la première guerre mondiale”, disponible sur www.centenaire.org
[2] L’historien Antoine Prost dans Entretiens croisés réalisés par Pierre Chaillan « Peut-on célébrer la guerre de 14-18 ? », 11 octobre 2013, l’Humanité, http://www.humanite.fr/debat-peut-celebrer-la-guerre-de-14-18
[3] Entretiens croisés réalisés par Pierre Chaillan « Peut-on célébrer la guerre de 14-18 ? », 11 octobre 2013, l’Humanité, http://www.humanite.fr/debat-peut-celebrer-la-guerre-de-14-18
[4] Ibid.

Zoo
Société

Jacques a dit : Le sauvage nous enchante !

 
Il est temps de faire un petit bilan de cet événement qui a fait le buzz pendant des jours, que vous avez pu voir dans les rues de Paris, à la télé, sur votre ordinateur ou même depuis votre Smartphone si vous trainiez sur votre compte twitter…
Le zoo de Vincennes a réouvert ses portes le 6 avril. 25 000 personnes sont venues lors du 1er week end pour faire un parcours de près de 4 kilomètres, traverser 5 biozones et espérer apercevoir près de 1 000 animaux.

Inauguré officiellement en 1934 par Albert Lebrun, ce zoo faisait déjà parlé de lui avec ses enclos non grillagés. L’exposition universelle de 1931 avait donné le ton, il était bien question de pouvoir faire le tour du monde en une journée.
Aujourd’hui le zoo réouvre ses portes après 6 ans de fermeture, 170 millions d’euros de travaux et avec un plan de communication béton.
Il faut bien le dire, le Musée National d’Histoire Naturelle a mis le paquet. La célèbre agence Publicis Conseil lance la campagne d’affichage le 2 avril. Celle-ci est composée de quatre visuels en noir et blanc, mettant en scène de vrais animaux sauvages dans Paris. Le sauvage investit donc la ville avec classe et sobriété.

Plus que du simple affichage, une opération de street marketing originale menée par l’agence Ubi Bene se fait remarquer. Des grandes caisses d’animaux ouvertes et vides dans les rues symbolisaient l’arrivée tant physique que symbolique de ceux-ci.

Une fois encore le sauvage investit l’urbain, comme si les animaux avaient été lâchés dans la ville.
Mais la campagne ne s’arrête pas là, celle-ci nous accompagne jusque chez nous, sur nos écrans avec une série de films documentaires co-produits et diffusés par France Télévision et bien évidemment le digital avec notamment le compte Twitter de la star du zoo : Adeline la Girafe

A son ouverture initiale, Vincennes a vite été qualifié de « révolutionnaire », aujourd’hui pourrions-nous faire ce même constat ?
Sans doute pas, car les campagnes de communication crossmedia sont partout. De plus, il semble que la stratégie de Vincennes s’aligne sur des exemples tels que celui du zoo de San Diego, qui a un compte Twitter, Pinterest, Instagram, Facebook, et même une chaine Youtube
 En effet, utiliser les réseaux sociaux lors d’une campagne de communication n’a rien de nouveau… Par ailleurs, les animaux et le 2.0 ont toujours fait bon ménage : n’oublions pas le succès des « cute cats », des loutres ou encore des pandas sur Twitter.
Mais quel est l’intérêt de solliciter les réseaux sociaux pour un zoo ?
Une publicité gratuite ? Une sorte de bouche à oreille du 2.0 ? Une invitation à la participation, qui n’est plus seulement virtuelle mais qui peut devenir concrète. Il est en effet possible aujourd’hui de « parrainer » un animal ou même de faire un don. Ainsi derrière l’aspect participatif ludique des réseaux, peut-on parler d’une véritable tentative de sensibiliser les esprits à la cause animale ?
Si un zoo est un paradis pour les enfants, le gros de la campagne digitale s’est faite pour séduire les adultes, les faire rire, les émouvoir. Ainsi, par sa campagne de communication le zoo de Vincennes a voulu réunir petits et grands autour d’un émerveillement partagé.
En cette période chargée en événements politiques : élections, tensions en Europe, remaniement ou autres réjouissances, la réouverture du zoo fait la une. Elle est partout dans la rue, dans les intimités, sur nos écrans, à la radio…
Les animaux sauvages s’infiltrent dans le quotidien urbain, dans la ville et cela fait du bien. Une touche d’émerveillement  au milieu d’une morosité ambiance.
Nous savions que les animaux communiquaient entre eux, qu’ils ont leur langage mais nous ignorions encore qu’ils communiquaient aussi bien, tout court.
 
Sophie Cleret
Sources :
Piwee.net
Lemonde.fr
Blogs.rue89.fr
 

Journal Le 1
Société

Le papier encore number one ?

 
Un seul sujet, une fois par semaine et imprimé sur une seule feuille. Le nouveau défi d’Eric Fottorino est un pied de nez aux pessimistes qui voient le journal du futur privé de son support traditionnel, le papier. Ancien directeur du géant Le Monde, il lance le 9 avril le premier numéro du journal Le 1 avec comme fil rouge « La France fait-elle encore rêver ? ». Et c’est à l’aide de contributeurs de choix – comme Edgar Morin, Elisabeth Badinter ou encore Régis Debray – que l’hebdomadaire entend répondre à « la crise des contenus » qui menace le « quatrième pouvoir » : plus que de l’information brute et immédiatement consommable, il offre une pause littéraire et des regards critiques inspirants.
Autre nouveauté ?
Le journal Le 1 ne veut pas être de ceux que l’on retrouve piétinés à la sortie du métro ; tel un « livre-objet » dépliable – il s’agit en fait d’une feuille A1 pliée en trois –, il se donne à lire en moins d’une heure. Côté argent, ce petit dernier de la presse papier prend le risque de se vendre à 2,80 euros quand les autres titres peinent à s’écouler. Tiré à 250 000 exemplaires et dépouillé de publicités en tous genres, Le 1 marque définitivement une petite révolution. Jusqu’à s’en tenir à un seul actionnaire : Henry Hermand, qui a déjà financé Le Matin de Paris, un quotidien désormais disparu.
Avec une place inédite sur le marché médiatique, Eric Fottorino arrivera-t-il à signer le retour en force du papier avec Le 1 ?
 
Laura Pironnet
Sources :
L’Express
Libération
Le Monde
Crédit photo :
Bertrand Guay / AFP

Alain Finkielkraut
Société

Communiquer sur Finkielkraut : reconnaître un talent ou prendre parti ?

 
La nouvelle : Alain Finkielkraut a été élu à l’Académie française dès le premier tour, jeudi 10 avril, avec  16 voix sur 28. Si sa nomination a suscité des polémiques, c’est sans nul doute du fait de sa réputation de réactionnaire et de sa personnalité « clivante. » Néanmoins, de grands esprits louent cette élection et font de cet « intellectuel incontournable » un « profil idéal » pour prendre le siège qui appartenait précédemment à Félicien Marceau. En effet, Pierre Nora, Max Gallo, Frédéric Vitoux ou encore Hélène Carrère d’Encausse ont soutenu Alain Finkielkraut et voté pour lui.
Les faits : Malgré l’engouement manifesté par ces intellectuels, d’autres académiciens, furieux, sont allés jusqu’à évoquer en coulisse l’entrée à l’Académie du Front National. Certains médias semblent s’accorder quelque peu avec cette position, comme par exemple l’Agence France-Presse qui ne diffusait pas le communiqué envoyé par Aurélie Filippetti le 10 avril au soir pour féliciter l’essayiste.
On pouvait y lire  «Aurélie Filippetti, ministre de la Culture et de la Communication, salue l’élection à l’Académie française du penseur et philosophe Alain Finkielkraut qui succède au siège de Félicien Marceau, décédé voici plus de deux ans. Les jurés ont distingué, avec Alain Finkielkraut, un intellectuel renommé, ayant le souci affirmé de pouvoir donner toute sa place au débat d’idées et à la pensée dans la sphère publique.»
La raison de cette non diffusion ? Simple oubli de l’AFP, retard dans la diffusion d’un communiqué nécessaire mais peu sincère d’une ministre qui n’apprécie guère les positions de l’élu ? Ou peut-être encore choix délibéré de ne pas divulguer un communiqué dans lequel la ministre félicitait un philosophe souvent assimilé à ses seules opinions politiques ?
Une question semble surgir : la communication est-elle seulement au service d’un quatrième pouvoir idéologisant  ou peut-elle profiter également à la reconnaissance politique d’un intellectuel ?

Juliette Courtillé
Sources :
Le figaro.fr
Lemonde.fr