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oculus rift
Société

Réalité virtuelle par Facebook : lubie ou stratégie ?

Oculus VR, une start-up visionnaire
Deux milliards de dollars, c’est la somme déboursée par Facebook pour l’acquisition d’Oculus VR, jeune start-up californienne dont le principal produit est le casque Oculus Rift, outil de réalité augmentée permettant une véritable immersion dans un monde virtuel. Autant dire que le fantasme de tous les amateurs de science fiction devient possible.
Palmer Luckey, 21 ans, est le jeune prodige derrière ce premier prototype. Dans son garage californien, lieu de toutes les grandes innovations faut-il croire,  le jeune homme ne s’attendait pas à voir son projet se concrétiser aussi vite.
Initialement conçu et imaginé pour le monde des « gamers », le rachat par Facebook ouvre de nouvelles possibilités avec des applications aussi diverses que celle d’assister à un cours, à des concerts,  permettre le contact entre proches, ou même effectuer des consultations médicales, etc.
Si des objets similaires existent déjà, leur champ d’application reste souvent limité à quelques domaines tels que la médecine ou même l’armée américaine, vu les coûts élevés que cette technologie exige. Palmer Luckey voulait promouvoir la réalité augmentée auprès du grand public, l’offre de Facebook vient peut-être exaucer ce souhait.

Ce à quoi pourrait ressembler une application de l’Oculus Rift à Facebook
Facebook, le serial buyer
En quelques mois, Facebook a fait plusieurs fois la Une pour ses récentes acquisitions  aux prix effarants. En effet, après 750 millions déboursés pour Instagram en 2012, 19 milliards pour Whatsapp en début d’année, sa tentative ratée de l’achat de l’application Snapchat puis les rumeurs d’achat autour de Titan Aerospace*, l’entreprise de Palo Alto semble s’être lancée dans une course à l’armement. Il est vrai que ses rachats semblent éloigner le réseau social de sa principale activité. On pourrait se demander alors, quelle stratégie vient sous-tendre cette frénésie ?
D’un côté, le fondateur de Facebook est le premier à prédire la saturation des réseaux sociaux, d’où le besoin d’élargir son périmètre d’actions. L’objectif étant d’anticiper les nouvelles tendances, investir dans celles-ci afin de s’assurer un avenir pérenne. Facebook souhaite donc renforcer sa présence aux côtés des géants du secteur (Google, Amazon…) qui semblent adopter une stratégie similaire**.
C’est ainsi que  Mark Zucherberg déclarait après le rachat d’Oculus : « Le mobile est la plateforme d’aujourd’hui, et maintenant nous nous préparons pour les plateformes de demain. »
 Par ailleurs, au delà d’acquérir des start-up, leurs innovations ou leurs brevets technologiques, Facebook investit surtout dans des équipes d’ingénieurs talentueux qui seront amenés à terme à développer leurs idées au sein de l’entreprise mère.
 Facebook ne redoute-t-il simplement pas de tomber dans la désuétude ?
A un moment où l’inventivité bat son plein, où les réseaux sociaux thématiques fleurissent et où les jeunes semblent quelque peu se désintéresser de cet ancêtre du social, le défi est de taille.
Néanmoins, le réseau social reste fort de sa base d’abonnés et de la quantité d’information qu’il détient. Monnayée à prix d’or, la publicité représente la majorité de ses revenus et lui assure le « cash flow » lui permettant d’enchainer les conquêtes.
Avec Oculus Rift, il vise désormais à être aux avant-postes de la prochaine révolution, celle des interfaces immersives. Cet achat, qui représente le premier investissement dans le Hardware, est sans doute la réplique aux Google Glass bientôt disponibles sur le marché. Cependant, les lunettes de géant de Mountain View semblent avoir une longueur d’avance : plus fonctionnelles, plus connectées, plus discrètes sur le nez, notamment après un récent partenariat avec Ray Ban.
 En fin de compte, personne ne peut prédire le prochain bouleversement du monde des nouvelles technologies. La stratégie de Mark Zucherberg sera-elle payante ? Elle a tout du moins le mérite d’assurer un portefeuille de brevets qui ne risquera plus de tomber entre les mains d’un concurrent. Il est bien là le nœud de la guerre, la concurrence farouche que se livre les géants du secteur leur impose de constamment se remettre en question, de se réinventer sans cesse. Conscient que sa puissance est éphémère, Facebook cherche à se diversifier, à explorer de nouveaux marchés, au risque parfois de surprendre.
 *fabricant de drones solaires pour son projet Internet.org destiné à étendre l’accès Internet aux endroits isolés de la planète.
**En 10ans Google a réalisé 230 acquisitions.
 Salma Bouazza
Sources :
Lemonde.fr
Nouvelobs.fr

Looking
Société

Tinder, Grindr, etc. : la drague 2.0 fête ses cinq ans

 
C’est fini ce temps-là. Le temps où on convoitait l’être cher pendant des semaines, où on suait à pleine gouttes rien qu’à l’idée de s’en approcher et où on bégayait au moment où – enfin ! – on avait réuni le courage nécessaire pour lui proposer un rancard.
Aujourd’hui, la drague ressemble de plus en plus à ça :
« – Je peux recevoir now. T’es chaud ?
– Ouais, à fond.
– Tiens mon adresse et mon tel, à toute ».
Ou comment nous sommes passés d’une communication traditionnelle romantique à une consommation charnelle chronophage.
Retour sur un phénomène qui fête tout juste son anniversaire.
Déjà cinq ans de bons et loyaux services
La première application qui s’est lancée dans la brèche a aujourd’hui cinq ans : Grindr, l’application de drague phare du milieu gay, apparaît en effet sur l’App Store le 25 mars 2009.
Le principe est simple : « l’homme idéal est à portée de clic ». Il suffit d’accepter que le programme ait accès au service de géolocalisation de votre téléphone et vous avez soudainement accès aux profils de tous ceux qui sont connectés autour de vous. C’est alors qu’un nouvel éventail de possibles s’offre à vous : soit vous décidez d’engager la conversation ou de vous laisser aborder ; soit vous échangez quelques photos ou bien vous prenez le courage d’esquisser deux-trois mots ; soit vous vous rencontrez autour d’un verre ou alors vous vous retrouvez pour un moment chaud.
Chacun est libre de faire ce qu’il veut de son corps, après tout.
Un concept repris par des dizaines de concurrents
Fière de son succès, Grindr compte pas moins de six millions d’utilisateurs dans les 192 pays où l’application est disponible. Chaque jour, pas moins de 10 000 nouveaux utilisateurs se joignent au mouvement. L’ampleur est telle que pendant les jeux olympiques de Londres en 2012, l’application tombe en panne suite à l’affluence d’athlètes sur le réseau.
Sans surprises, il n’a pas fallu longtemps pour que le phénomène quitte le gaytto pour entrer dans le quotidien de tout-un-chacun. Entre copies et innovations, place aux tristement célèbres AdopteUnMec, Blendr et autres Tinder.
C’est aujourd’hui un fait, les sites de rencontre sont devenus has been : les utilisateur ne veulent plus passer des heures à éplucher les profils que proposent Meetic ou eDarling. Avec l’explosion du numérique et des réseaux sociaux, ce que l’individu lambda attend, c’est que l’instantanéité qu’il observe au quotidien s’exprime également dans les sphères où il ne la trouve pas encore.
L’amour manquait à l’appel, mais il en fait aujourd’hui partie et ce succès est indéniable. Les athlètes de Sotchi en témoignent d’ailleurs de manière édifiante : « tout le village olympique est sur Tinder ! », raconte Jamie Anderson, qui vient tout juste de remporter la médaille d’or de snowboard slopestyle.
Un changement en devenir des relations
Auparavant, s’il fallait maîtriser les codes de la spontanéité, de la conversation et de la galanterie pour toucher l’autre, c’est désormais à travers d’autres enjeux que la communication amoureuse s’instaure et fonctionne.
Tout d’abord, il faut noter que le premier contact se fait maintenant à travers une simple photographie, nourrissant toujours davantage cette société du « spectacle dans l’image et [de] la spectacularisation de l’image », comme la qualifie Maria Giulia Dondero. En effet, l’essentiel de notre temps consiste désormais à nous entr-observer, à nous exposer, à voir si nous sommes vus et – bien sûr – à espérer l’être.
Puis, c’est l’usage des mots qui sont déterminants. Olivier Aïm insiste sur cette dimension en disant que « le mobile consacre […] le fantasme d’une communication totalement contrôlée ». Catalina Toma, professeure de Communication à l’Université du Wisconsin, affirme que ces échanges virtuels manquent cruellement de ces signes non-verbaux, comme le sourire, qui permettent aux interlocuteurs d’indiquer que le courant passe. Sur ces réseaux, il devient donc indispensable de savoir manier à la fois l’humour mais aussi la créativité et la répartie pour marquer l’écran de l’autre.
Substituer à la recherche de l’amour celle du sexe facile
Bien que l’ensemble de ces applications se présentent comme un intermédiaire entre vous et votre âme-sœur, il n’en demeure pas moins que les bonnes vieilles méthodes ne sont pas – encore – à jeter. Et oui, comme en témoignent ces avis, la seule chose que puisse vous apporter votre smartphone, c’est vraisemblablement du sexe.

Plus qu’une aide à la communication romantique, ces applications sont des tremplins à la consommation physique. Décomplexés, ludiques, rapides, addictifs et terriblement efficaces, ces nouveaux outils de communication ont tout pour vous satisfaire – ou pas.
 Il n’empêche que ce succès est révélateur d’une mutation de la société. Pascal Lardellier, professeur en sciences de l’Information, dit de ces applications qu’« on a envie de [les] regarder tout le temps, d’aller dans les quartiers où il y a du monde », si bien que l’on serait dans une « forme de réhabilitation de l’instinct sexuel, de la pulsion ».
 Il s’agirait ainsi d’être prêt à chaque instant : le tout est de savoir si vous, vous l’êtes.
David Da Costa
Sources :
Lexpress.fr
20min.ch
Lapresse.ca
Persee.fr 
Crédits photos :
Bannière : HBO

cyber-sécurité
Société

La course à la cyber-sécurité, une quête sans fin

 
 
“Grâce à la liberté des communications, des groupes d’hommes de même nature pourront se réunir et fonder des communautés. Les nations seront dépassées.” Nietzsche
 Le développement des nouvelles techniques de l’information et de la communication a marqué un tournant dans notre façon de communiquer.
Accélération des échanges, diminution de la temporalité, nos médias sont dorénavant immédiats, au point qu’aujourd’hui, un sentiment d’ubiquité nous anime. Le terme ATAWAD, cher à Xavier Dalloz prend alors tout son sens : « AnyTime, AnyWhere, AnyDevice ».
Cette ubiquité n’a aujourd’hui plus de limites, et va au delà de la « simple » communication planétaire pour rejoindre celle de l’intrusion, de la surveillance. Il est fini le temps des solitudes électroniques.
Que ce soit dans le domaine du privé ou celui de l’entreprise, de nombreuses actions sont mises en place pour faire face à ces intrusions non désirées, à cet espionnage d’un nouveau genre, tout droit sorti du 1984 de George Orwell.
Cette intrusion se traduit de manière différente qu’il s’agisse d’une organisation, d’un Etat ou alors simplement d’une personne privée.
Aujourd’hui, il est facile d’écouter un téléphone portable. Les intrusions dans la vie privée des personnes et des entreprises sont considérables. Nos systèmes électroniques ne sont pas entièrement fiables.
Récemment, 100 millions de cartes de crédit  et de comptes bancaires ont été piratés en Corée du Sud déclenchant un scandale dans le pays. De manière semblable, il y a un mois la majorité des cartes de crédit à Bruxelles ne fonctionnait plus. Ce genre d’exemples laisse place aux idées les plus folles, quand on sait que notre identité numérique implique que nous dématérialisions de plus en plus d’éléments de notre communication quotidienne.
D’un côté, les États ont un rôle important à jouer, puisqu’ils sont des régulateurs. Ils peuvent instaurer de nouvelles règles de fonctionnement.
Sur le plan de la sécurité des données, la France reste un des Etats les plus performants, que ce soit avec l’aide de Thales, ou encore celle d’Amesys dans le cadre du développement de système à capacité cryptologique. Pourtant, on apprenait il y a peu que la France faisait partie du plan de la collecte massive d’écoutes de l’Agence de Sécurité Nationale des Etats-Unis (NSA).
Sur un tout autre plan, les applications telles que Viber, Skype, Lien permettent de passer des appels audios par le biais d’Internet, rendant caduque une mise sur écoute. Mais n’importe quel individu ayant les connaissances suffisantes peut avoir accès, par exemple, au serveur tiers et prendre pleine possession des données des utilisateurs ; c’est d’ailleurs ce qu’ont connu dernièrement Orange et Snapchat pour ne citer qu’eux.
Aussi, de véritables outils pour Smartphones se développent, comme TrustCall, qui, moyennant une certaine somme mensuelle, permet de rendre la totalité des communications téléphoniques cryptées.
Plus loin encore, la société BlackPhone met à disposition un téléphone « anti-NSA » au prix d’un Iphone, permettant de chiffrer directement les communications et détruisant la totalité des informations du téléphone lors d’une intrusion.
Qu’ont ces outils en commun ? Leurs failles. Ils ne permettent pas une protection totale, ils font barrage jusqu’à un certain point,  à commencer par ce téléphone « anti-NSA » qui ne permet pas d’empêcher la collecte de métadonnées de connexion, qui s’opère au niveau du réseau.
Si certains tendent à croire que le manque de solutions à ce problème d’intrusion au niveau de l’Etat est de l’ordre d’un conflit générationnel, ce n’est pas totalement véridique.
C’est une remise en question globale sur la manière dont nous utilisons ces nouvelles technologies de la communication et de l’information qui doit être effectuée ; une prise de conscience de ce qu’est le réseau, non dans sa forme positive qui est celle de la multiplication des échanges, mais dans sa forme intrusive, qui est celle de l’interconnexion.
Il ne faut pas oublier que ces outils développés par l’homme et pour l’homme évoluent chaque jour, et la recherche d’une confidentialité totale est une quête illusoire et irrémédiablement sans fin.
 Romain Souchois
Sources :
01net.com
Lemonde.fr
Crédit photo :
Media.melty.fr

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Société

Buzz, clash, slut… Viens dans mon comic strip du web !

 
Il y a de cela deux semaines, la chroniqueuse web Jack Parker a créé du remous sur la Toile avec la publication d’un article sur son Tumblr relatant l’agression sexuelle dont elle a été la victime dans le métro. Alors oui, encore un buzz, et qui commence à dater de surcroit, mais sur lequel il faut quand même revenir.

Suite à la publication de son expérience, la bloggeuse a en effet reçu de nombreux messages extrêmement violents, voire profondément haineux, incriminant sa tenue et son comportement qui justifieraient selon certains internautes une telle agression. Des commentaires qui incarnent bien un nouveau phénomène qui a fait son apparition sur les réseaux sociaux, à savoir le slut-shaming (ou humiliation des salopes). Le slut-shaming consiste à culpabiliser et stigmatiser certaines femmes pour leur comportement ou leur habillement, jugé immoral et censé encourager l’irrespect, ou même le viol. Cette stigmatisation qui entretient l’idée que le sexe serait dégradant pour les femmes a été d’abord l’objet de dénonciations dans la rue (avec les slutwalks de féministes canadiennes et américaines), avant d’infiltrer comme de coutume le World wide web. Le phénomène est désormais en pleine expansion sur les réseaux sociaux où des adolescentes notamment se transforment en moralisatrices outrées qui s’emploient à dégrader l’image de filles « dévergondées », quitte à les amener au suicide…(1)

 
En plus d’incarner un regrettable retour vers des valeurs archaïques, ce type de harcèlement psychologique pose le problème des nouvelles formes de violence qui fleurissent sur Internet. Confortés par un sentiment d’anonymat et d’impunité, certains internautes se lancent dans des croisades discriminatrices et pimentent les forums de propos injurieux, moqueurs ou carrément vindicatifs. Tout cela renvoie à une culture du clash qui fait réellement système. De l’émission d’Hanouna « Touche pas à mon poste ! » à la télévision, aux tweet-clash en politique en passant par des articles incendiaires comme ceux de la journaliste Liz Jones, le clash est bel et bien devenu une institution communicationnelle. Devenue nouveau théâtre d’une catharsis généralisée, la toile s’avère être le lieu idéal pour l’expression de paroles extrêmes, notamment grâce à l’avènement de Twitter qui ne laisse pas l’occasion de faire dans la dentelle avec ses 140 caractères… Encourageant la parole instantanée, et les échanges sur le chaud, ce type d’application ne donne pas le temps de construire un discours réfléchi et argumenté, les raccourcis vont bon train, et le ton monte alors aisément. Peu étonnant qu’on se retrouve confrontés à des amalgames douteux, et des conclusions hâtives. En bref, Godwin avait raison (2).
Et le plus étonnant dans tout ça, c’est que l’on se complait dans ce phénomène de haine comme fond de commerce, qui n’existerait pas sans son corollaire, le « hate-reading ». Cela consiste à consulter volontairement des sites internet dont on sait pertinemment que le contenu va nous mettre hors de nous. On entretient alors un mépris exacerbé pour son auteur, ce qui n’est pas sans rappeler notre comportement face aux émissions de téléréalité actuelles systématiquement visionnées avec dédain et distance critique. De quoi faire que la haine sur le net s’auto-entretienne efficacement en somme.
Si l’on en revient au cas initial de Jack Parker, il permet de soulever une dernière aberration, à savoir le fait que le féminisme est devenu associé à des revendications extrémistes émanant de femmes jugées hystériques. S’il est vrai que de nombreuses inégalités subsistent et méritent d’être combattues, il n’en reste pas moins que le combat féministe demeure bien légitime lorsque l’on sait que les femmes sont payées en moyenne à poste et qualifications égales 25% de moins que les hommes, et que leur libération sexuelle est sérieusement remise en cause. Il ne semble alors pas absurde de s’y intéresser un tant soit peu. Après tout, cela concerne tout de même la moitié de l’humanité, non ?
 
Elsa Becquart

Sources :
Madmoizelle.com
http://cafaitgenre.org/2013/07/09/le-slut-shaming/
Slate.fr
Bienbienbien.net
(1) Une jeune américaine de treize ans s’est suicidée en mai dernier après des mois de harcèlement. Des filles avaient écrit « slut » sur son casier, et elle avait reçu des menaces de viol.

(2) Godwin a établi une loi empirique qui pose que plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1.

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Société

La database du selfie

Le selfie, cet autoportrait 2.0, fait depuis quelques mois l’objet d’un usage massif et développé sur les réseaux sociaux. C’est dans ce contexte de popularité du selfie qu’a émergé le projet « Selfiecity », une étude scientifique visuelle ayant pour ambition d’étudier cette pratique de sous l’angle de la recherche et de la science.
La méthode : des savants ont ainsi rassemblé et analysé des milliers de selfies trouvés sur Instagram, provenant de cinq villes différentes (Moscou, Berlin, Sao Paulo, New York et Bangkok) pour élaborer une véritable database des types de selfies à travers le monde. Les résultats de la recherche soulignent par exemple l’adoption d’un certain angle d’inclinaison de la tête selon les pays et le type de population.
L’objectif : comprendre le phénomène du selfie et tenter de produire des connaissances sur la fonction des images que nous publions sur les médias sociaux en général. « Selfiecity » se veut être un projet de recherche scientifique qui vise à se détacher de tout jugement de valeur (notamment l’a priori selon lequel le selfie serait le signe d’un narcissisme générationnel) pour l’étudier comme un moyen de communication et comme un fait social comportemental à part entière (nous reproduirions les normes sociales et comportementales qui nous entourent). L’initiateur du projet, Lev Manivich, conçoit le selfie comme « nouvelle manière pour la société de se commenter », ce serait une pratique révélatrice d’une démarche réflexive que nous aurions les uns avec les autres.
Un tel projet révèle l’essor des recherches sur le phénomène du Web social encore récent et dont les pratiques attendent d’être éclairées pour faire avancer la connaissance sur ces nouveaux outils dont nous sommes familiers mais dont la compréhension nous échappe encore.
 
Alexandra Ducrot
Pour les résultats de l’étude scientifique visuelle du selfie : Le site du projet Selfiecity
Sources :
http://www.konbini.com/fr/tendances-2/entretien-selfiecity-base-de-donnees-selfie/
http://bigbrowser.blog.lemonde.fr/2014/02/24/sans-filtre-selfiecity-la-base-de-donnees-du-selfie/
Crédits photo : Selfiecity

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randonnée
Société

Rando : social mais pas trop

 
S’il existe déjà mille et une façons de partager le moindre cliché avec le reste du monde à partir de son smartphone, Rando change les règles du jeu et invite à un mode de communication plus désintéressé.
Le principe est celui de la bouteille à la mer : l’utilisateur prend une photo, l’envoie. En retour, il en reçoit une également. Terminé. Pas de like, de retweet, de réponse ou de commentaire. L’application semble au contraire s’inscrire dans le mouvement des réseaux sociaux… « anti-sociaux » – tout en ayant déjà de très nombreux randonautes.
Les utilisateurs connaissent juste la provenance de la photo qu’ils ont reçue et la destination du cliché qu’ils ont eux-mêmes envoyé. Pas question de conforter son ego sur cette application, la communication passe seulement par ces petites images rondes envoyées à tout hasard dans le monde (Rando tirant son nom de random).
Pas de fioritures non plus sur l’application qui ne propose qu’un seul cadre, le sien (cette forme ronde des photos qui peut faire penser à une longue vue) et aucun filtre ou effet possible, là où la grande majorité des réseaux sociaux sont plutôt friands de ces gadgets.
Bien sûr, toutes les photos ne sont pas systématiquement une invitation poétique au voyage, mais tout le principe de Rando est là : cette fois-ci, tomberez-vous sur un poney quelque part en Belgique, une plante en pot venue de Rio ou les transports en commun d’Izmir ?
 
Annabelle Fain
Source :
L’Express.fr
Crédits photo :
www.exposureguide.com

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Normcore
Société

Normcore: tendance à la normale

 
Alors que les différentes collections de haute-couture ont été présentées à New York, Milan ou encore Paris au cours des dernières semaines, un nouveau mot fait trembler le monde de la mode: Normcore. Le nom est explicite, composé de « norm » et de « hardcore » : il s’agit d’une normalité exacerbée, devenue tendance. Ce terme a émergé dans un article de Fiona Duncan dans le New York Magazine du 26 février dernier, avant d’être repris partout. Le concept lui, vient du constat suivant: il est devenu impossible aux Etats-Unis de différencier des jeunes locaux du touriste américain moyen. Sandales, jean, t-shirt uni et large: ce look voit triompher des marques jugées basiques mais pas habituellement à la mode ni originales, telles que Uniqlo, Birkenstock ou en France Decathlon.

Le normcore vient donc renverser toutes les habitudes de tendances, puisqu’il s’agit d’un refus de faire du choix vestimentaire un enjeu capital. Se démarquer n’est plus une finalité, ce qui vient contrer la démarche hipster, dont le point de départ était bien de sortir du « mainstream » et d’affirmer sa singularité. Cette tendance hipster semble avoir atteint un point très paradoxal, car tous ses participants en refusent l’étiquette, devenue elle-même trop commune. Or pour le normcore, l’étiquette est salvatrice, elle permet d’être tendance, et non pas un simple touriste américain qui a privilégié l’aspect pratique de sa tenue.

Un mouvement émerge souvent avec une figure de proue. Or dans le cas du normcore, c’est Steve Jobs qui a été choisi, étant connu pour faire ses conférences Apple en col roulé et jean, alors que celles-ci étaient retransmises dans le monde entier. Il apparaît alors que le normcore émerge comme tendance à un moment où le code vestimentaire au travail se relâche. Certains domaines y sont plus propices que d’autres, mais venir travailler en basket est si fréquent que la tendance normcore peut se développer sur un public assez large. A la condition d’un cadre de travail plus décontracté s’ajoute celle d’un contexte médiatique particulier. Pour exister sur Internet, notamment sur les réseaux sociaux, chacun est conduit à tenter de se démarquer en permanence. Cet effort à produire serait responsable d’une certaine lassitude, une volonté de revenir dans la norme. On refuserait donc la concurrence acharnée qui sévit sur les réseaux sociaux par le fait de se fondre dans la masse plus globale de la population occidentale. Enfin, ce style est porté par une jeune génération, qui semble vouloir retourner aux lignes épurées qui ont marqué leur enfance dans les années 1990. Entre nostalgie, code vestimentaire possible et volonté de ne plus se différencier à tout prix, le normcore répond bien à des conditions d’émergence particulière, qui justifient également le succès du terme. Cela rappelle même le thème de campagne du président François Hollande, désireux d’être un « président normal ».

Mais cette tendance n’est pas sans soulever de nombreux paradoxes. Tout d’abord, la volonté de se fondre dans la masse est bien contredite par la revendication du style. Comment être normal en se revendiquant d’un style? Or, l’étiquette est décisive pour éviter d’être confondu avec les touristes basiques. Le normcore semble de fait moins un non style qu’un style nonchalant, ne laissant pas voir la réflexion qu’il y a derrière. C’est là qu’on atteint le paradoxe le plus fort lié au normcore: il faut avoir l’air de ne pas avoir prêté attention à sa tenue, alors que c’était le cas, pour donner une impression de simplicité. Le normcore – qui était pourtant un refus de se démarquer – devient alors un moyen de communication sur sa personnalité. Beaucoup de significations peuvent ainsi être attachées aux choix vestimentaires de Steve Jobs, allant d’une volonté de se différencier des autres directeurs de grandes marques, d’apparaître plus décontracté à celle de laisser l’accent sur les visuels de la marque. Le normcore n’est donc pas une simple envie de s’habiller au plus simple. Des valeurs y sont accolées. Comme dirait l’aphorisme « less is more », cette simplicité et normalité revendiquées ne sont en fait qu’une façade pour faire croire à une personnalité décontractée. La volonté de sortir des sentiers battus en revenant à un style peu répandu n’est pas sans rappeler la démarche hipster, tant la banalité était laissée de côté par une course à l’originalité permanente. Enfin, il ne faut pas oublier que cette tendance se fonde sur la banalité occidentale, voire nord-américaine, ce qui conduit à relativiser la notion de globalité, car elle ne peut évidemment s’appliquer au monde entier. La tendance normcore est bien un style au même titre que les autres, qui dit beaucoup de choses sur ceux qui l’adoptent et sur des évolutions de société.
Cette tendance raconte aussi comment les médias peuvent mettre en lumière des faits qui n’auraient nullement attiré l’attention en temps normal. En effet, comment débusquer la normalité basique de celle qui vient d’une tendance, si ce n’est pas l’émergence d’une étiquette normcore qui fait le buzz?
 
Astrid Gay 
Sources
Slate
NYmagazine
Photo de couverture : Musemagazine

Société

CURIEUSEMENT EMOTIONNEL

 
Comment institutionnaliser nos émotions ? Ces sentiments qui nous envahissent lorsqu’on regarde des images sur la situation en Ukraine, ou lorsqu’après un an de dressage, on a enfin réussi à faire ramener la balle notre toutou chéri. Tant d’affluence qu’on ne peut même plus la contrôler, qu’on ressent le besoin immédiat de l’exprimer, de la partager, pour rien ou pour réjouir l’autre, se plaindre ou demander compassion. Bref. Un sacré phénomène cette extériorisation. Surtout depuis que le Web 3.0 l’a rendu visible et publiquement partagée. Il n’a d’ailleurs pas fallu attendre longtemps pour que la recherche s’en empare : Le partage social des émotions, de Bernard Rimé (2005), traduit parfaitement cette évolution. Mais les milieux davantage professionnels n’ont, eux non plus, pu s’empêcher d’y voir une porte ouverte à la connaissance du consommateur. Ajoutons à cela des jeunes téméraires bien rodés et voilà, Wifeel est né.
Wifeel, c’est ce réseau social qui a compris (plus vite que les autres manifestement) que le « like » de Facebook était devenu trop frustrant pour tous les naissants petits adeptes de l’expressivité virtuelle. Wifeel c’est donc 50 émoticônes pour transcrire son émotion du moment et « émotionnaliser » son statut : émerveillé, séduit, coupable, bloqué, vide, bizarre…

 « La vie est un monde d’émotions que nous avons besoin de partager avec notre entourage. Et si possible à plusieurs. » Tel est le crédo du fondateur du réseau, Xavier de Fouchécour, qui semble avoir tout compris puisque selon une étude commentée par Bernard Rimé dans son ouvrage, « 96% des personnes âgées de 12 à 72 ans disent partager avec d’autres les causes de leurs émotions. 60% le jour même, 84% à plusieurs reprises ». Neuf personnes sur dix ressentiraient ainsi un « besoin naturel très fort » de partager leurs émotions et d’en exprimer la cause.  Avec l’émotion comme « porte d’entrée principal » (Influencia) le réseau Wifeel s’ancre jusqu’au bout dans cette expressivité. On y parle alors de feeltag (i.e. post), de feelspots (i.e. des lieux les plus émotionnels), de flux, de sujets, de cartes, de statistiques, tous suivis (évidemment) de l’adjectif « émotionnel ». Et tout ce petit champ lexical s’inscrit dans un ton ludique, digne de tout monde d’émotions qui se respecte.
 Si en 2005, Bernard Rimé écrivait déjà que « les personnes qui ont vécu un événement émotionnel majeur manifestent un besoin parfois insatiable d’être écoutées, de parler et de reparler de cet événement », Wifeel cristallise ce constat en s’érigeant médiateur de ce partage social, et donc en l’institutionnalisant. Mais est-ce là la seule vocation de Wifeel ? Si le réseau semble s’entourer d’une aura altruiste, n’oublions pas que l’idée de Xavier de Fouchécour lui est initialement venue « suite à la demande d’un client de son agence de communication Beaurepaire qui cherchait un moyen de comprendre comment les gens s’expriment sur leur santé lorsqu’ils sont à domicile » (alternatives blog Le monde). Fort de cette demande, Xavier de Fouchécour a pour ambition de faire de Wifeel la première plateforme universelle d’expression & de statistiques émotionnelles, puisqu’ « avec Wifeel, les émotions deviennent des données auxquelles les utilisateurs peuvent attacher #sujets, commentaires, images, lieux ». Parmi les grandes originalités de Wifeel on a donc la possibilité de cartographier émotionnellement un quartier, ou encore de proposer en retour une statistique des émotions exprimées avec la comptabilisation du nombre total d’émotions partagées et la répartition de ces dernières entre positive, négative et neutre.

Evidemment, une telle collecte de données n’est pas sans intérêt pour les professionnels, et Wifeel ne s’en cache pas puisqu’il permet de fournir aux marques une mesure tangible au capital émotionnel. Ainsi « dans une approche B to B, Wifeel permettra aux producteurs, éditeurs, marques – en ligne ou dans la vie réelle – d’offrir à leur public la possibilité de qualifier émotionnellement leur contenu et/ou d’y accéder via le ressenti des autres » dixit son fondateur. Cette même logique anime les options (payantes) « Wifeel Média » et « Wifeel In Situ ». La première permet ainsi de réagir au contenu d’un site alors que la deuxième apparaît comme un véritable « système permettant de capter et donner en temps réel un feedback visuel du ressenti associé à l’événement » sur le lieu culturel ou événementiel sur lequel l’option a été installée. L’exemple parfait d’une telle utilisation se retrouve avec l’exposition The Happy Show, de Stefan Sagmeister, qui a constitué le plus grand succès de la Gaité Lyrique depuis sa réouverture en 2011, où les visiteurs pouvaient réagir émotionnellement à plusieurs questions.
 Une campagne « happiness » Coca Cola qui avait placé l’émotion au cœur de son message (précurseur d’un mouvement amorcé par Wifeel ?), un « Happy Show » décortiquant, grâce à des phrases parfois naïves, les secrets du bonheur, un réseau social faisant du partage de l’émotion sa marque de fabrique… Le XIXème siècle fait primer la passion et on en est fier. De manière générale, confier ses émotions à ses proches n’est pas nouveau. Moins que l’expression en elle-même, c’est le moyen et surtout la portée de cette dernière qui change radicalement. Out la sphère privée et le partage « intime ». Avec le Web 3.0, les sentiments s’affichent, presque comme conséquence logique de l’affichage public permis par Facebook de l’opinion, des photos ou encore des relations.
Associé à notre ère du Big Data, Wifeel pourrait presque apparaître comme l’invention inévitable en matière de réseau. Wifeel, c’est ce besoin des annonceurs de toujours viser plus précisément, c’est ce besoin de qualitatif, c’est cette ère du social networking, c’est cette logique du participatif et du crowdsourcing. En bref, Wifeel, avouons-le, a tout compris.
 Cependant, alors qu’on s’indigne que nos données personnelles de Facebook soient partagées, pourquoi Wifeel fonctionne ? Peut être parce que, dans notre imaginaire, nos émotions sont plus dangereuses en nous que dans les bases de données des autres. Pas faux. Mais ne serait-ce pas là une ignorance du « pouvoir » de la data ?
Eugénie Mentré
Sources :
Lemonde.fr
Influencia.net
Scienceshumaines.com

4L trophy 2014
Société

Le 4L Trophy ou la mise en scène de l'humanitaire

 
« Le spectacle est le discours ininterrompu que l’ordre présent tient sur lui-même, son monologue élogieux (…). L’apparence fétichiste de pure objectivité dans les relations spectaculaires cache leur caractère de relation entre les hommes et les classes. »
Guy Debord, La Société du Spectacle, I. 24
Le 4L Trophy est un raid humanitaire étudiant qui a lieu chaque année au Maroc. Le retour d’expérience d’Elsa Becquart nous a permis de discuter et de nous demander si la course était réellement ce qu’elle prétendait être.
Un raid humanitaire, vraiment ?
Ce qui est avant tout mis en avant est la participation à une aventure humaine, donnant lieu à un véritable dépassement de soi. Si la promesse d’un raid étudiant et sportif est en effet tenue (il s’agit bien de plus de mille trois cent équipages traversant le désert marocain, une prouesse technique donc), on peut tout à fait questionner son côté humanitaire. Il serait faux de dire que l’aspect caritatif est absent : les équipages amènent une certaine quantité de matériel scolaire et de denrées non périssables, fixée par l’organisation et en partenariat avec les associations locales collaborant avec le raid. De plus, les participants sont invités à nouer des partenariats de leur propre chef.
Les causes humanitaires, nous le savons, ont toujours besoin de fonds et doivent pour ceci promouvoir leurs actions. En ce sens, le 4L Trophy est invité à mettre en avant sa finalité pour qu’un maximum d’étudiants participent à la course et qu’en conséquence, le plus de dons possibles soient récoltés. Mais le cas est ici ambigu. Divers paradoxes, voire aberrations sautent aux yeux et remettent en question la noblesse des motivations affichées.
Le préjugé de la communication menteuse par omission, sans regard critique et par conséquent discréditée serait-il vérifié ici ?
Quelques indices nous mettent la puce à l’oreille.
Des paradoxes d’envergure
Concernant l’aspect écologique, que dire d’un « éco-challenge » ayant lieu dans le cadre d’une course de voitures, par essence, polluantes ? De même, le site de la course se targue de son opération « désert propre », après le passage des participants. C’est bien la moindre des choses ! Et puis, opération désert propre ou non, mille trois cent 4L traversant le désert marocain ne laissent pas indifférent : le poids des voitures, leur bruit et leur nombre doit forcément perturber l’écosystème du désert. Dès lors, comment peut-on se permettre de mettre en avant la volonté « écologique » du raid ? Il s’agit ici simplement de se donner bonne conscience et de surfer sur la vague de greenwashing. Parce que c’est la mode.
Comme pour l’écologie, le raid profite de la bonne image donnée par les actions humanitaires. Parce que ça fait bien.
De fait, on a affaire à un simulacre d’action humanitaire, la représentation un peu bâclée, mais réussie du spectacle du don.
Regard sur la mise en scène du don
Le 4L Trophy est une mise en scène montée de toute pièce, un réel spectacle. Si les unités de temps, de lieu et d’action des tragédies classiques sont remodelées, le cadre spatio-temporel nécessaire à la mise en récit (autrement dit, le storytelling) est clairement défini. Les campagnes de communication insistent sur le temps du raid, dans un lieu fantasmé, et pour une cause noble. Les teasers misent sur la promesse d’aventure, de découverte, d’échange, de beaux paysages, de défi, d’authenticité… Promesses mises en scène par de belles images et une musique prenante ; le tout cristallisé lors de la symbolique cérémonie du don. Tous les éléments sont donc réunis pour donner lieu à un spectacle, son et lumières, frissons garantis.

L’essence est spectacle
L’existence même du rallye EST le spectacle. Dans le rôle du metteur en scène et du diffuseur, l’organisation du 4L Trophy, les acteurs sont les étudiants, avec, pour cadre idyllique, le désert marocain. Organiser un raid aussi symbolique, pour une action aussi mythique que celle d’apporter des fournitures scolaires – représentant l’enfance et l’éducation – et des denrées alimentaires (un des plus forts symboles du don ?), ne peut pas être autre chose que la mise en scène de l’humanitaire. Il serait en effet beaucoup plus logique et efficace d’acheminer ces dons par des biais plus simples et moins médiatisés. Le don de ces étudiants n’est donc pas gratuit et semble motivé par la reconnaissance – voire la gloire – qui passe ici par la médiatisation (quel honneur de figurer sur le teaser de l’année d’après). Le côté humanitaire de la course n’est peut-être donc qu’un prétexte au rassemblement d’étudiants en recherche d’aventure et d’ambiance festive.
Des relents néo-coloniaux ?
Des occidentaux apportant le bien aux pauvres marocains du désert… la scène a été jouée et rejouée par le passé. Si l’association « Enfants du déserts » est bien marocaine, il s’agit cependant pour le reste d’une course franco-française. L’organisation est bien française et met en scène une voiture emblématique de notre pays, symbole porté par le nom du rallye. Il s’agit donc de venir apporter, de manière presque impérialiste, des dons – plus si gratuits – aux enfants marocains.
Cette ambiguïté du rallye-spectacle est donc symbolique de notre société schizophrène. Celle-là même qui nous somme d’avoir un comportement « responsable » quand elle promeut également la vente de capsules Nespresso. Au cœur des questionnements actuels, le 4L Trophy est donc également le signe qu’il est nécessaire de garder l’œil ouvert, et le bon, pour garder une vision critique de ce que l’on nous propose.
D’autant plus qu’un rallye du même type existe, le Student challenge. De moindre envergure et moins médiatisé, l’existence de cette course démontre qu’il est possible de concilier action plus humanitaire et communication moins tapageuse.
 
Mathilde Vassor
Sources :
4L Trophy.com
Crédit photos :
4Ltrophy

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save the children campaign
Société

La communication : une arme à part entière

 
Il n’est pas question ici des armes chimiques utilisées en Syrie mais d’un crime encore plus tragique, dont les ONG et l’ONU peinent à documenter tant le sujet est douloureux. Il s’agit du viol. Doublé des misérables vies endurées par les enfants, les souffrances infligées pendant la guerre civile syrienne mettent toutefois en scène d’un point de vue communicationnel le double versant de la communication.
Utilisée à bon escient, la communication peut se muer en arme efficace pour sensibiliser les publics. Mais elle peut également se faire prendre à revers et nuire aux victimes les plus sensibles, comme c’est le cas ici avec les femmes syriennes. Ces dernières deviennent alors de véritables boucliers humains et a fortiori les principaux champs de batailles d’une guerre qui dure maintenant  depuis trois ans.
Le revers de la communication : une arme destructrice
Les témoignages de ces femmes syriennes violées ont été parus dans Le Monde le mercredi 5 mars dernier et constituent l’exemple même d’une communication aux nobles intentions mais qui se fait prendre par son propre piège en allant jusqu’à menacer la vie des victimes. Malgré la honte et les représailles à la suite de ce crime d’honneur, ces femmes ont néanmoins accepté de se confier pour faire éclater au grand jour les horreurs de la guerre. Témoignages souvent insoutenables, ces derniers mettent en lumière les pratiques utilisées par le régime de Bachar Al-Assad comme arme de guerre destinée à détruire durablement le tissu social syrien.
Le viol est fondé sur l’un des tabous les mieux ancrés dans la société traditionnelle syrienne et sur le silence des victimes, convaincues de risquer le rejet par leur propre famille, voir une condamnation à mort si elles parlent. Les journalistes poussent un cri en nous rapportant ainsi les dialogues et autres détails anecdotiques pour nous faire revivre au plus près les ignominies imposées à ces femmes.
« J’ai tout eu ! Les coups, le fouet avec des câbles d’acier, les mégots de cigarette dans le cou, les lames de rasoir sur le corps, l’électricité dans le vagin. J’ai été violée – les yeux bandés – chaque jour par plusieurs hommes qui puaient l’alcool et obéissaient aux instructions de leur chef, toujours présent. Ils criaient : « Tu voulais la liberté ? Eh bien la voilà ! » s’écrit une femme de 27 ans, mère de quatre enfants, décharnée et handicapée à vie par les coups administrés sur sa colonne vertébrale par un milicien du régime avec la crosse de son fusil.
Ces campagnes de viols organisées par les milices ont touché des centaines de victimes: les viols furent réalisés dans des conditions inhumaines, dans des sous-sols remplis de rats, et parfois même devant les maris, les frères et les pères. Le climat de terreur déjà présent par la guerre ne fut qu’accru par la violence de ces agressions sexuelles et par la diffusion de ces aveux.
« Leurs corps sont des champs de torture et de bataille » dénonce l’écrivaine Samar Yazbek, réfugiée en France.
Des histoires sordides sont sorties de l’ombre, comme celle d’une petite fille désormais réfugiée aux Etats-Unis, violée par son aîné sous les ordres des soldats. Ses deux autres frères furent décapités pour avoir refusé de le faire. Mais l’aîné fut ensuite tué sur le corps de la fillette, qui fut de nouveau violée par ces monstres.
La parution de ces témoignages a permis de mettre en lumière ces initiatives barbares et ces crimes obscènes. Néanmoins, la déchirure de ce silence obstiné de la part des victimes a de lourdes conséquences : divorces, psychose sociale (désormais, la simple incarcération suffit pour faire croire que la femme a été violée), stigmate et meurtres (de bébés nés de ces viols collectifs surtout) surviennent après l’aveu.
« Elles ont si peur en sortant de détention qu’elles restent murées dans leur malheur sans pouvoir demander de l’aide » se désespère Alia Mansour, membre de la Coalition nationale syrienne.
Les bienfaits de la communication
En trois ans, la guerre civile syrienne aurait déjà emporté avec elle plus de 11 000 enfants et transformée plus d’un million de syriens en réfugiés. Pour faire prendre conscience aux publics des horreurs de cette guerre, Save the Children, une ONG de défense des droits de l’enfant a lancé un nouveau spot pour marquer les trois ans du conflit (le 15 mars) à travers une campagne de sensibilisation qui constitue un nouvel appel aux dons. Avec comme slogan « Just because it isn’t happening here, doesn’t mean it isn’t happening », la vidéo met en scène ce que serait la vie d’une petite fille londonienne si un conflit similaire venait à éclater au Royaume-Uni.

Une campagne de sensibilisation avait déjà été lancée au Norvège par l’ONG SOS-Villages fin février afin de récolter des vêtements chauds pour les enfants syriens. Une caméra cachée filmait un petit garçon sous un abris-bus, grelottant sous la neige, pour observer le comportement des individus face au tragique de la situation. Mise en ligne fin février, elle a déjà plus de 13 millions de vues.

La communication peut dès lors apparaître comme une arme efficace et poignante pour réveiller les consciences et faire changer les choses.
 
Laura de Carne
Sources
SavetheChildren
LeMonde

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