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Société

Jacques a dit c'est encore Lui

 

La semaine dernière, un magazine à la fois tout neuf et déjà vintage sortait dans les kiosques. « Lui », relancé cette rentrée par Frédéric Beigbeder, c’était le mensuel des vrais hommes dans les années 70 : moitié macho, moitié intello, alternant entre rubrique ciné signée François Truffaut et pin-up nue en page centrale, avec un petit côté BCBG gentiment subversif. Mais le ton particulier de cette ligne éditoriale, à l’époque assez anodin, aura-t-il la même résonnance dans une époque où la guerre des sexes a repris du poil de la bête ?
Le cap fixé par Beigbeder et son équipe semble à la fois très simple et difficile à tenir. « Lui » s’adresserait donc au vrai mâle qui sommeille en chaque métrosexuel à la virilité malmenée. Il faut dire que le contexte s’y prête. Entre « La fin des hommes » d’Hanna Rosin et «Le premier sexe »  d’Eric Zemmour, l’heure est à la proclamation de la domination féminine, que ce soit pour la déplorer ou la célébrer. Le magazine se présente donc comme l’alternative à une presse masculine trop aseptisée, paralysée par cette inversion des rapports de force. Or, pour siphonner le lectorat de GQ et compagnie, rien de plus simple : il suffirait de combiner la nudité et les articles cash pour stimuler l’inconscient archaïque de ces messieurs.
Le problème, c’est que le magazine de charme a pris un sacré coup de vieux. Avec internet les filles nues sont désormais à portée de clic, donc plus besoin de les associer à des articles de fond pour légitimer l’achat du lecteur. Il en a résulté une totale dissociation entre revues pornographiques estampillées « beauf », et une presse plus sérieuse où les rubriques géopolitique et culture ne laissent plus de place à un intermède coquin. Le challenge sera donc de fédérer ces deux types de lectorat en n’étant ni trop vulgaire ni trop pointu. Pari plutôt réussi avec ce premier numéro, auquel Léa Seydoux apporte sa caution bobo « film d’auteur », ce qui ne l’empêche pas de montrer ses seins. Mais l’équilibre est précaire, et le parti pris dangereux : si on ferme aisément les yeux sur l’objectification de la femme dans tous les journaux féminins, il est très probable que les censeurs ne seront pas aussi indulgents avec ce mensuel à la réputation déjà sulfureuse.
 
Marine Siguier 
 

Société

Informer, tout simplement ?

 
 « Donner la parole ne signifie pas approuver, ni cautionner » écrit Alexis Brézet, directeur des rédactions, dans l’éditorial du Figaro du Mardi 3 Septembre, édition dans laquelle les lecteurs ont pu lire en première page une interview exclusive du dirigeant syrien Bachar el-Assad. A travers dix-huit questions, le journaliste Georges Malbrunot permet au dictateur de réagir à la volonté de la France et des Etats-Unis de lancer une intervention militaire suite au recours à des armes chimiques le 21 août dans la banlieue de Damas.
Dans son éditorial, permettant de proclamer la légitimité de la publication d’un tel entretien dans un grand quotidien national français, Alexis Brézet justifie le souhait du Figaro « d’apporter à (leurs) lecteurs, à l’opinion française et internationale, un élément essentiel à la compréhension du drame qui se noue ». Ce à quoi François Hollande a répondu lors d’une conférence de presse : « On ne remerciera jamais assez le Figaro pour son sens civique que d’avoir permis à l’opinion française d’être éclairée par l’interview de ce dictateur. Maintenant, nous savons qu’il veut liquider son opposition ».
Il convient en effet d’interroger le choix du quotidien d’accorder une telle tribune à Bachar el-Assad. Certes, les questions du journaliste sont loin d’être partisanes, ni timides. Du bain de sang syrien à l’emprisonnement de journalistes français en Syrie, Georges Malbrunot espère fait parler son interlocuteur sur des sujets sensibles et même dramatiques. Certes, interviewer un tyran dans une démocratie peut avoir du sens si l’on met en avant la nécessité informationnelle de la profession de journaliste. Certes, il est possible de le comprendre comme un devoir civique. Certes, le style journalistique employé ici, l’interview, permet d’afficher une certaine neutralité de la part du journaliste qui se contenterait de poser des questions. Alors la parole du tyran apparaîtrait sous sa forme la plus « brute », « naturelle », et « libre ».
Mais n’était-il pas possible de replacer d’avantage cette interview dans son contexte géopolitique et humain (tentative veine de l’éditorial d’Alexis Brézier) ? N’aurait il pas été préférable, dans une perspective démocratique et déontologique, de confronter la parole de Bachar el-Assad à celle d’un(e) autre, chef ou représentant de l’opposition syrienne, d’un dirigeant français, d’un insurgé ?
A la première question posée sur l’usage d’armes chimiques, le dictateur syrien se prête littéralement  à un jeu de rhétorique lors duquel il détruit cette accusation, en appelant à l’usage de la raison et de la « logique » (« Quelle est la logique ? »). Il enchaîne en effet pas moins de cinq questions rhétoriques.  On ne peut que regretter que le quotidien n’y ait pas apporté de réponses pour faire office de contrepartie à l’argumentation du dictateur. Plus que « raconter (…) donner la parole aux acteurs », le Figaro aura surtout permis d’informer ses lecteurs sur les capacités rhétoriques et le niveau de démagogie de Bachar el-Assad.
Faut-il en appeler à la liberté d’expression pour comprendre ce choix de la rédaction du Figaro d’accorder une interview à un dictateur ? En mars 2011, le quotidien avait déjà interviewé le dictateur libyen Kadhafi. En 2009, en visite en France, ce dernier avait publié une annonce dans Le Figaro, dans laquelle il “invitait” les lecteurs du quotidien à consulter son site internet. La publicité, qui occupait plus d’un quart de page, représentait un portrait du dirigeant libyen se tenant les mains et ce “message”: “Mouammar Kadhafi vous invite à consulter son site internet www.algathafi.org”. Le Figaro avait été le seul quotidien national à la publier.
Dans une interview parue sur le site internet de la Libre Belgique, Yves Thréard, directeur adjoint de la rédaction du Figaro, tente à nouveau de légitimer l’interview de Bachar el-Assad. Ainsi, à la question « Après la guerre, si vous aviez pu avoir une interview d’Hitler, l’auriez-vous également diffusée ? », le journaliste français répond : « Cela n’a rien à voir. Il ne faut pas comparer ce qui ne doit pas l’être.  Vous ne devez pas comparer Hitler et Bachar el-Assad. Il faut quand même garder la mesure. Est-ce que vous savez si c’est Assad qui a lancé des frappes chimiques ? On n’en sait rien pour le moment. Personne ne sait, pas même les experts français puisqu’on attend les conclusions des experts de l’Onu. Attendons de voir avant de condamner. »
En effet, 60 millions de personnes ont péri lors de la Seconde Guerre Mondiale et sous l’Allemagne nazie. Dans un rapport rendu le 13 juin 2013, l’ONU ne dénombre que 93 000 morts dont 6 500 enfants depuis le début du conflit en Syrie il y a deux ans. Bien que la question soit peu pertinente, la définition quantitative du niveau de tyrannie d’un homme que propose ici Yves Thréard peut être aussi effrayante.
 
M. L. J.
 
Sources :
Le Figaro du 3 Septembre 2013
Peut-on donner la parole aux dictateurs ? sur Lalibre.be
Interview de Kadhafi par Delphine Minoui dans le Figaro en 2011
Kadhafi fait sa publicité dans le Figaro – le Nouvel observateur politique – 2009

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Société

La Ligue des Justiciers à la rescousse des enfants qui luttent contre le cancer !

 
La maladie chez les enfants reste un sujet encore sensible aujourd’hui, un sujet sur lequel on tente de communiquer, mais dont on ne parle finalement pas tellement. Et pourtant, ces enfants atteints du cancer auraient besoin que l’on sache, besoin d’être accompagnés, que l’on se sente concernés. Et ça, les Brésiliens semblent l’avoir compris…
C’est en effet, dans cette optique que l’hôpital de A.C.Camarguo de São Paulo a fait appel à l’agence JWT Brazil pour créer un discours sensible et sensibilisant, destiné aux enfants, pour les aider à se battre pour guérir et vivre. De cette alliance entre JWT, A.C.Camarguo et Warner Bros., est donc née une volonté de changer la perception de la dureté de la chimiothérapie en la transformant en « Superformule » pour super-héros.
La première étape dans la lutte contre le cancer, c’est de croire en son traitement et en sa guérison. Cependant, commencer une chimiothérapie peut être effrayant, autant pour la famille que pour l’enfant. En partant de ce constat, l’idée qui a fait naître ce projet est ici plutôt simple à présenter, mais très riche en termes symboliques : combiner le monde des super-héros et les soins, afin de pouvoir expliquer aux enfants la difficulté du processus de traitement avec des mots qui leur parlent. Ainsi, en mai 2013, l’hôpital A.C.Camargo, qui s’occupe donc de patients touchés par le cancer, et notamment des enfants atteints de leucémie, a lancé ce projet de « Superformule » pour aider ces derniers à trouver de la force et du courage pour surmonter leur maladie et le traitement long et pénible.
Avant tout, ce sont des boîtes. Des boîtes pour dissimuler les poches de traitement par intraveineuse. Le thème ? Les vedettes de la Ligue des Justiciers afin de créer pour la première fois, une vision douce et adaptée aux enfants. Superman, Batman ou encore Green Lantern volent donc au secours de ces enfants malades en stimulant leur imaginaire, la meilleure arme qui soit. De plus, ces boîtes ont été inventées et fabriquées en partenariat avec des médecins : elles sont donc faciles à stériliser et à manipuler et répondent à toutes les normes d’hygiène de l’hôpital.
Mais le discours ne s’arrête pas là. JWT est allé plus loin dans la construction d’une nouvelle identité du traitement contre le cancer, voire de la maladie elle-même : ils ont produit une série spéciale de dessins animés et de bandes dessinées dans lesquelles les super-héros traversent des épreuves similaires à celles des enfants atteints du cancer. Dans ces petites histoires, les héros de l’enfance parviennent à retrouver leurs forces grâce à la « Superformule » et se présentent donc comme un miroir de ces bouilles désormais pleines d’espoir de l’hôpital brésilien. L’expérience transcende ainsi les simples boîtes posées sur les perfusions pour devenir un monde presque réel : la salle de jeu des enfants de l’hôpital a été transformée en « Hall of Justice »*, les couloirs et les portes ont été décorés dans le même thème et une entrée spéciale pour ces nouveaux « petits héros » fut créée.
Pour voir en image la présentation de ce merveilleux projet, c’est par ici :

L’idée est donc bien d’aider les enfants dans leur lutte contre l’un des plus grands méchants du monde réel : le cancer. Si l’imaginaire est alors stimulé de manière forte, il ne s’agit en aucun cas d’enfermer l’enfant dans un monde parallèle qui lui ferait fermer les yeux sur la dure réalité des choses. Il s’agit bien d’utiliser la métaphore des Justiciers pour mieux faire comprendre les tenants et les aboutissants du traitement et l’implication nécessaire de l’enfant et de sa famille dans le processus. Tout est basé sur l’idée de « victoire », avec laquelle s’accorde l’identité des super-héros mais aussi les enjeux de toute maladie : il s’agit de vaincre la douleur, de surmonter les problèmes, de dépasser les épreuves et de continuer à se battre pour guérir. Le discours d’accompagnement de JWT est donc tout aussi touchant que le projet lui-même : l’identification de l’enfant malade au super-héros qu’il a toujours admiré serait une aide efficace et stimulante dans cette tragédie qu’est le cancer. Le gentil doit tout faire pour triompher sur la méchante maladie à laquelle le psychique, tout comme le physique, doit faire face. Car à la fin de ces histoires, qu’il s’agisse de Batman ou Wonder Woman, tout le monde sait qui gagne…
 
Laura Lalvée
Sources :
La Réclame
JWT.com

Société

Wesh, ta Com’ se porte bien ?

 
Les jeunes, c’est bien connu, ne captent strictement rien à ce qui se passe dans la vraie vie des adultes. Du coup, il faut leur parler comme à des enfants, et adapter sa communication à cette faune étrange et incompréhensible. Parce que clairement, une campagne normale, avec des mots normaux, on ne la comprendrait pas.
Deux secteurs sont particulièrement touchés par ce jeunisme linguistique qui passe rarement à côté d’un énorme flop ; le secteur bancaire, et les campagnes anti-substances plus ou moins louches (drogue, alcool, et autres objets de dépravation).  Une publicité de La Poste et son service Bagoo, résume assez bien le casse-tête que représente la jeunesse aux yeux des communicants :

La publicité date de la fin des années 2000 mais conserve sa fraîcheur, contrairement à d’autres publicités plus actuelles qui sont ringardes avant même d’être diffusées. C’est bien simple, les communicants ont beau tous avoir été jeunes un jour, ils ne conservent aucun souvenir précis de cette époque-là. Pour beaucoup de communicants et comme le prouve cette vidéo, il est essentiel de pouvoir se mettre dans la peau de sa cible (attention les jeunes je ne vous parle pas de votre target en boîte de nuit mais bien de cible marketing). Ce changement de peau, ce rajeunissement est rarement une réussite, souvent parce qu’il y a du trop dans à peu près toutes les tentatives.
J’en veux pour preuve plusieurs campagnes plus ou moins récentes.
La Caisse d’Épargne : petit Larousse des expressions désuètes
La Caisse d’Épargne, pour sa nouvelle campagne dans les stations de métro a choisi, entre autre, de s’adresser aux jeunes, intrinsèquement novices dans l’univers de la banque, des finances et de l’épargne. L’idée de départ n’est pas mauvaise : proposer un mot courant et le faire suivre de la définition que donne la banque a ce même mot. Sauf que, et c’est là que j’ai du mal à comprendre, lorsque la banque s’adresse aux jeunes, le vocabulaire proposé n’est pas courant, il est soi-disant djeuns, du genre « halluciner grave » ou « ça déchire ». Mouais. Un parti pris pas vraiment cohérent avec le reste de la campagne qui n’était pas outrancière et qui commençait par ce visuel :

Bien que la définition soit du flou propre au jargon des banquiers, la Caisse d’Épargne n’essaie pas de se faire passer pour un jeunot ou une jeunette. En revanche, dès que jaillissent les expressions prétendument sorties du vocabulaire de notre génération, le ridicule frappe à leur porte. Et le pire, c’est qu’on ne sait pas vraiment qui est ridicule entre :
–          Le communicant qui a décidé de placer « halluciner grave » en pensant que c’était d’actualité et resplendissant de jeunesse
–          La jeunesse à qui l’on prête ces mots
–          Les mannequins sur les photos
Bref, une mauvaise opération de communication, le communicant semble s’être abaissé pour parler aux jeunes qui, de fait ne peuvent se sentir que plus bêtes qu’ils ne le sont réellement. L’idée de départ était bonne, la réalisation est à mon sens un joli raté.
Les communicants doivent eux aussi éviter les substances illicites
Ce  qui m’a décidé à écrire cet article n’est cependant pas la campagne de la Caisse d’Épargne, mais l’apparition d’une vidéo, relayée par un ami via Brain Magazine, qui ne peut que faire horreur.

La palme du jour du flop le plus gargantuesque revient sans conteste à la Sécurité Routière. De manière générale, on peut se demander quelle agence fait donc ces campagnes toujours plus ou moins ratées. Revenons à nos jeunes inconscients et emplis « de seum ». Nous avons ici le parfait exemple de ce qui fait TOUJOURS rater une campagne de communication pour les djeuns : essayer de jouer avec leurs (nos) codes et tenter de les imiter, surtout de manière aussi ridicule que celle-là. C’est tellement raté que l’on aurait presque envie de conduire à 5 grammes, histoire de faire un pied de nez à la Sécurité Routière qui semble volontairement vouloir se mettre ses cibles à dos.
Le jeune a un cerveau, par conséquent il est probable qu’il comprenne les mots « Ne pas conduire après avoir bu ». C’est un peu comme si l’on faisait une publicité pour les couches pour bébés en séduisant les parents avec un slogan du style « la cou-couche c’est pour faire popo dedans et en plus ça sent bon ! » Au temps pour ma mauvaise foi.
Vouloir jouer avec les codes sociaux est toujours un jeu dangereux et rarement réussi en manière de communication. En sortant de ses propres codes de langages, on tend à se ridiculiser soi-même et plus encore sa cible. Un peu comme si vous parliez français à un étranger et que vous imitiez son accent ou ses erreurs de grammaire, sans le faire au second degré.
Pour un communicant dans la fleur de l’âge, vouloir se mettre intégralement dans la peau d’un jeune ne peut pas réussir, parce qu’il met en avant un fossé entre deux générations et donne à sa cible l’impression d’être fondamentalement différente et pis encore, inférieure. Alors que s’il lui parle avec un langage neutre, il établira un terrain d’égalité et, plus favorablement, d’entente.
Comprendre sa cible, oui, l’imiter non.
 
Noémie Sanquer
Sources :
Brain Magazine
La Dépêche

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Société

Pimp my visibility

 
Lorsque les marques ont investi Internet, elles ont du bouleverser leurs usages et s’adapter aux logiques de la Toile. Ce nouvel espace leur a fourni une visibilité sans précédent. Mais celle-ci doit être exploitée et constamment entretenue. Jusqu’ici, la visibilité dépendait de l’argent que les marques investissaient dans leurs campagnes. Désormais leur visibilité ne dépend plus d’elles seules : elles doivent comprendre et jouer avec des acteurs tiers, comme les moteurs de recherche qui sont devenus les principaux outils pour accéder au Saint Graal. Analyse.
Lorsqu’une marque se déploie sur Internet, elle doit être référencée. C’est le seul moyen pour qu’elle puisse atteindre ses clients. Plusieurs stratégies existent : les stratégies de buzz, qui ont pour but de créer le plus de bruit pour gagner en visibilité et le référencement naturel sur les réseaux. Là où le premier élément prend souvent place dans une campagne ponctuelle, le référencement permet d’avoir de la visibilité sur le long-court.
Le référencement naturel est né avec les moteurs de recherche. Il s’agit d’avoir un site suffisamment visible pour qu’il puisse être trouvé en première page de ces derniers. Sous l’impulsion de Google, leader du marché, les moteurs fonctionnent selon une logique de méritocratie. Lorsqu’un internaute recherche quelque chose, l’algorithme trouve les sites correspondants à ces mots clés. Il classe les sites selon leur popularité et le bruit qu’ils ont produit c’est-à-dire que plus un site aura été partagé et linké, plus il sera mis en avant dans les résultats de recherche.
Une méthode proche du buzz a été mise en place par les marques. Il s’agit de faire un maximum de bruit autour d’un sujet précis qui est celui du site que l’ont veut promouvoir. Par exemple, une marque alimentaire va faire de la création de contenu dans son domaine d’exercice et non sur un de ses produits.
Or, ces contenus doivent être facilement repris et linkés pour mieux s’afficher sur les moteurs de recherche. C’est dans ce contexte que l’on assiste actuellement à une mutation des méthodes d’écriture sur Internet. Sous l’emprise de la recherche de la visibilité, les marques s’emparent des méthodes journalistiques pour produire du contenu. Elles deviennent des médias à part entière, se déployant à 360 degrés, sur les réseaux sociaux, les sites Internet, les sites de vidéos… Tout cela pour créer un contenu partageable augmentant leur visibilité. Ce contenu portant les artifices du journalisme fait office de porte d’entrée vers un site.
Cette nouvelle stratégie, dans un premier temps propre aux marques, se diffuse largement au sein du journalisme. Les marques se font médias et les médias se font marques en adoptant leurs stratégies de référencement. C’est particulièrement visible sur les sites de pure-players, ces journaux gratuits disponibles exclusivement en ligne. En regardant la liste d’articles d’un site comme Slate, on remarque que les articles sont souvent écrits à l’infinitif (car on ne conjugue pas ses verbes quand on fait une recherche) et les titres prennent la forme d’une question et sont écrits en mots-clés. On évite les articles de fond, peu adaptés aux usages de lecture fondés sur la rapidité de la lecture. Les contenus écrits tendent clairement vers la simplification.
Pour le bien de la visibilité on assiste à une mutation des contenus qui s’emparent des règles de référencement et sont présentés d’une manière à attirer le plus de clics. Par un phénomène de contagion, cette tendance s’est ancrée dans les usages des marques et des médias. On peut donc se demander si l’ont n’assisterait pas à une baisse de la qualité des contenus disponibles sur Internet ?
 
Arthur Guillôme

Société

Jacques a dit : « vous reprendrez bien une part de tarte ? »

 
A la suite de la première campagne contre les violences éducatives, lancée en 2011, la Fondation pour l’enfance relance un spot de sensibilisation, visible depuis ce 22 juin 2013. L’agence ROSAPARK est la créatrice de cette campagne TV/web ; 30 secondes de film, déjà analysées par cet article FastNCurious de vendredi.
Campagne de 2011 :

Campagne de 2013 :

L’interdiction des « violences éducatives ordinaires » faites aux enfants, si elle est acquise en Suède par exemple, fait débat en France… même si la grande majorité pense qu’il y a des claques qui se perdent. Il n’y a qu’à voir les sondages amateurs lancés par les sites de presse en ligne, du type « Faut-il une loi pour interdire la gifle » par le Figaro, en date du 18 juin 2013 (91,87 % de non).
Les plus sarcastiques trouvent toujours le bon mot pour exprimer leur hébétude, face à ce qu’ils considèrent comme un excès de moralisme social. Narquois, l’auteur de cet article remarque : « Les droits des enfants déchaînent les passions : tandis que certains se battent pour leur donner « un papa, une maman », d’autres promeuvent l’abolition de la GPA (Gifle Parentale Autoritaire) ».
Mention spéciale pour le commentaire de cet internaute sur le site du Huffingtonpost : « la ville où ça doit faire mal, c’est bien Gif(le)-sur-Yvette ! La pauvre Yvette ! ».
Toutefois le projet anti-baffes, ou plus sérieusement de lutte contre toutes les formes de violence physique et psychologique faites aux enfants, fait l’objet d’un consortium serré entre médias et politiques.
L’agence réalise « gracieusement » ce spot de prévention grand public, selon le dossier de presse référent, en partenariat avec France Télévisions. Et la Fondation pour l’enfance, à l’origine du projet, bénéficie de soutiens stratégiques, dont l’action se répercute sur un maillage élargi. On trouve ainsi dans les supporters une élue de l’Assemblée nationale, impliquée dans la lutte contre les violences faites aux femmes et son pendant de répercussions douloureuses sur les enfants. Il y a aussi une bibliothécaire, qui analyse les droits des enfants par le prisme de la littérature : « Des écrivains, au nom de leur humanisme, Montaigne et Rabelais se sont opposés aux châtiments corporels imposés aux élèves et on se souvient des règles libérales de l’Abbaye de Thélème ! ». Cette bibliothécaire à double casquette, également Vice-présidente du Conseil Régional d’Ile-de-France, insiste sur le rôle des infirmier(e)s et assistantes sociales dans les écoles, en faveur du combat contre les châtiments corporels, et en appelle à une prise en main politique. Et puis on rencontre un docteur pédiatre, députée de Paris de 2009 à 2012, auteur de livres d’éducation pour les parents (« L’autorité sans fessées ») et surtout auteur des propositions de loi en 2010 « visant à abolir les châtiments corporels infligés aux enfants » et « visant à abolir toutes les formes de violences physiques et psychologiques infligées aux enfants ».
La sensibilisation se fait bien au travers de multiples canaux : par l’édition papier, l’éducation scolaire, la tentative de législation et le concours du web et de France Télévisions. Le dossier de presse monté par la Fondation pour l’enfance, comme support et justification de cette campagne, présente toute l’architecture de cette communication, comme la notice minutieusement détaillée d’un médicament, (d’une seringue, ajouterait le sociologue Harold Lasswell [1]).
Entre moralisation et prise de conscience, l’essentiel est de marquer les esprits. Rien n’est pire que l’indifférence, le mutisme. La mort est silencieuse, n’est-ce pas. D’où la nécessité de provoquer la discussion, et de marquer les esprits par un aphorisme incisif : « Il n’y a pas de petites claques ».
Pour ce qui est des slogans sumos, ou termes catcheurs, une campagne du même ton a été réalisée pour la première fois, et avec brio… en Arabie Saoudite.
« Certaines choses ne peuvent pas être couvertes », indique la bien-nommée catch-phrase, en éclairage de cet œil au beurre noir, que ne peut cacher le fameux niqab.

Le contexte certes ici est différent, mais d’aucuns pourraient arguer que, en ce qui nous concerne, certaines tapes correctrices, en amont, pourraient bien éviter les torgnoles pulsionnelles, en aval.
 
Sibylle Rousselot
Sources :
Dossier de presse
[1] LASSWELL Harold, Propaganda in the World War

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Société

Tu la veux celle-là ?

 
Il y a une dizaine de jours, la Fondation pour l’Enfance lançait la diffusion d’un spot déjà copieusement discuté, « La Gifle », avec une frappante (mes excuses) phrase finale : « Il n’y a pas de petite claque ».

Moins mélodramatique que le précédent coup d’éclat de la Fondation (2011), ce spot joue cependant sur le même ressort essentiel, que l’on retrouve dans la majorité des opérations de sensibilisation : le choc.
Comme « Under my skin » de la British Heart Foundation en 2009, « Kan c non, c’est… » du CFCV la même année, ou encore le remarqué « Insoutenable » de la Sécurité Routière en 2010, les avatars des différentes formes de prévention ne peuvent échapper à ce registre s’ils prétendent toucher efficacement les publics. C’est par exemple ce qui a été vérifié par Karine Gallopel et Christine Petr dans L’utilisation de la Peur dans les campagnes de Prévention : la peur, associée à une phrase, une image ou un concept qui la cristallise et la rattache à la banalité du quotidien, n’a pas son pareil pour faire changer les comportements.
Mais l’ennui avec une gifle – qu’au reste beaucoup trouvent salutaire dans le spot – c’est qu’elle ne porte aucunement les mêmes enjeux que les exemples cités plus haut : à moins d’être extrêmement commune (mais nous basculons alors dans la maltraitance pure et simple), elle ne sera jamais synonyme de mort, de crime ou de vie détruite.
Les statistiques abondent pour relier déséquilibres, alcoolisme ou violences à l’âge adulte avec la réception de claques durant l’enfance, mais il est bien sûr proche de l’impossible d’établir rigoureusement le cheminement d’un éventuel traumatisme.
Il en va de même pour les avis d’experts qui se manifestent autour de la campagne : la gifle serait un aveu d’échec pour l’adulte et un apprentissage de la violence pour l’enfant, mais ces suppositions laissent chacun libre d’y aller de son contre-exemple personnel.
Et c’est par ce biais que la campagne est censée se rattraper : le commentaire. Là où le spectacle d’un accident sanglant sur la route est avant tout reçu personnellement par le spectateur, une simple déclaration appelle au contraire à la conversation. « Il n’y a pas de petite claque » devient le motto à abattre ou à défendre selon celui qui l’aborde, et chaque internaute peut se laisser aller au plaisir double de contredire quelque chose et de le faire à coups d’exemples à première vue pertinents, tirés de sa vie ou de celles de ses proches. L’agitation qui en résulte peut même être récupérée par les médias qui lui donnent voix, puisqu’elle est un prétexte parfait pour matérialiser l’existence d’une communauté sur, par exemple, un site d’actualités.  Une sorte de Big Picture (The Guardian, 2012) à moindres frais.
Si le message de « La Gifle » en lui-même n’aura probablement qu’une portée discutable, le spot n’est pas un Flop complet. Car à travers les critiques soulevées, la Fondation pour l’Enfance a réussi à faire entrer une nouvelle discussion dans l’espace public – même la « petite claque » a son intérêt, car elle ne forme qu’une phrase courte, plus proche du proverbe que du slogan et qui peut aisément devenir un lieu commun dans les conversations – c’est exactement ce qu’ont accompli, en leur temps, le « Non c’est non » dans un contexte d’agression sexuelle, ou le « Si j’étais un homme, tu me parlerais comme ça ? » en matière de sexisme. Reste à savoir si la mayonnaise prendra sur le long terme.
Et pour le plaisir de soulever la question, il est tentant de se demander quelles adaptations cette recette pourrait connaître. Si la gifle parentale peut devenir si aisément le centre de l’attention, quels autres messages pourraient être transformés en proverbes de sagesse populaire ?
 
Léo Fauvel
Sources :
RTL
France Info
La Croix
Causeur

Société

Quand la Turquie voit rouge

 
On la surnomme désormais la « femme en rouge ». Il n’a fallu que quelques jours pour que sa photo fasse le tour du monde. Le 28 mai, place Taksim à Istanbul, dans les premiers jours des manifestations contre le gouvernement, une femme vêtue d’une robe rouge est aspergée de gaz lacrymogène par un policier. Le photographe Osman Orsal de l’agence Reuters immortalise la scène par une série de 4 clichés, dont l’un particulièrement retiendra l’attention du monde entier.

Les raisons de l’engouement
La contestation turque n’a pas de leader, mais elle a trouvé son icône. Ceyna Sungur, chargée de cours à l’Université technique d’Istanbul, incarne la jeunesse turque libre, éduquée et moderne, qui refuse la radicalisation de la société d’Erdogan. Elle symbolise la contestation liée à la crainte d’une dérive islamiste de la société. Nombre de manifestants dénoncent en effet les attaques du premier ministre Recep Tayyip Erdogan à l’encontre du droit des femmes (injonction à faire au moins trois enfants, restrictions imposées en matière d’avortement, port du voile). Max Fisher, journaliste au Washington Post, propose une analyse intéressante de la photo, dont voici un extrait : « La dynamique entre la femme en rouge et le policier sur la photo est fascinant, comme un microcosme qui montre la relation entre les Turcs révoltés et leur gouvernement, qu’ils perçoivent comme de plus en plus autoritaire. » Alors que les anti-Erdogan dénoncent depuis le début du mouvement la force de la répression menée à leur encontre, le cliché est devenu le symbole de cette brutalité.
C’est donc à cette posture de résistance tranquille, de détermination cool, que des milliers de manifestants ont choisi d’identifier leur mouvement.
Le cliché a inspiré beaucoup de commentaires et de reprises sur les réseaux sociaux. Dans les rues de Turquie, des déclinaisons de ce cliché placardent les murs. L’image est devenue un graffiti, un poster, une banderole, souvent accompagnée du slogan « Plus vous nous gazez, plus nous devenons forts. »

Une égérie de plus dans l’histoire des contestations
L’Histoire nous enseigne qu’il n’y a pas de contestation sans icônes. Certaines images, prises presque par hasard, font subitement le tour du monde tant leur symbolisme est puissant. Après la femme à la fleur durant la guerre du Vietnam, l’homme face aux chars de Tiananmen, Neda en Iran, la femme en rouge s’ajoute à la liste des icônes des grandes contestations de ce monde.
L’intérêt et la limite de ces clichés-icônes
Qu’apportent-ils ? L’apparition systématique d’icônes dans les contestations répond à ce besoin de rassemblement autour d’une figure héroïque. Les héros réaffirment la motivation, le courage, redonne du sens à ce que nous voulons accomplir. Tout comme l’homme se dressant devant les chars de Tian’anmen, semblant affronter à lui seul toute l’armée chinoise, la femme en rouge affronte avec détermination la violence policière souvent dénoncée.

Mais l’icône pour garder toute sa force doit conserver son caractère exceptionnel et hors du commun ; la symbolique qui s’en dégage en dépend. Pourtant, il suffit de jeter un œil à la presse pour constater la prolifération du terme « icône » dans les médias, au risque d’en arriver à le dénaturer et le dé-symboliser, par sa multiplication et son éphémérité.
Les nouvelles icônes de Taskim
A ce titre, la femme en rouge n’est plus la seule icône de la contestation en Turquie. Le 17 juin, « les hommes debout », comme ils se nomment eux-mêmes, se sont rassemblés, statues figées et contestataires, sur la place Taksim. Lancé par Erdem Gündüz, aussitôt suivi par d’autres, ce mouvement a suscité un engouement déjà extrêmement fort sur Twitter. Nombre de médias commencent déjà à parler des « nouvelles icônes de Taskim ». Actions symboliques, oui. Mais l’utilisation systématique des termes « icônes » et « égéries » est problématique. La femme en rouge, ne serait-elle finalement qu’une icône parmi tant d’autres ?
 
Bénédicte Mano
Sources :
Libération
France Info
Rue89
Europe 1
Slate
The Washington Post

xbox 180
Société

Xbox 180

 
C’est une tradition : chaque année le gratin des communicants et des professionnels se réunit pour présenter au public les nouveautés vidéo-ludiques à venir et les tendances qui se profilent. Des tendances de communication des différents studios et fabricants sont ainsi dégagées. C’est lors de l’E3 à Los Angeles que se passe cette grande messe annuelle du jeu vidéo. L’édition de cette année, du 11 au 13 juin, nous a en outre permis de découvrir le futur de l’industrie pour les 5 ans à venir, puisqu’une nouvelle génération de console a été dévoilée au public. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les positions des différents constructeurs sont à présent claires.
Microsoft a présenté la One, dont nous vous avions déjà parlé. Ce qui a frappé lors de l’E3, c’est que la communication autour de ce nouveau produit a été confuse et approximative. Alors que les choix de la console sont tranchés, ce sont les points d’accroches qui ont étés soulignés, et qui se multiplient après l’annonce : nécessité d’une console toujours connectée, marché de l’occasion contrôlé, caméra en permanence branchée, prix élevé (500E contre les 400E de sa concurrente la PS4). Très vite, les média relayent ces informations, qui irritent le joueur et le client potentiel. Attaquée à répétition sur ces sujets, la marque a répondu de façon curieuse, avec un immobilisme qui pourrait parfois passer pour de l’impertinence. Don Mattrick, qui s’occupe du département Xbox de Microsoft, a ainsi incité les joueurs gênés par toutes ces annonces à… rester sur l’ancienne console, tout simplement :
«  – Heureusement, nous avons un produit pour les gens qui n’ont aucune forme de connectivité, qui s’appelle la Xbox 360.
– Donc, “restez sur 360”, c’est votre message… ?
– Eh bien, si vous avez zéro accès à Internet, c’est un appareil offline… »
La pression et l’incompréhension des médias ne semblait pas pouvoir faire plier la marque, tandis que les chiffres catastrophiques de pré-commande annonçaient un futur sombre pour la Xbox One.
Seulement, c’était sans compter la capacité de Microsoft à rebondir. L’annonce, postée le 19 juin, via un billet posté sur le blog Xbox Wire par le même Don Mattrick, sonne comme un coup de tonnerre : la Xbox One allait changer du tout au tout. Finie la connexion obligatoire, finie l’impossibilité du prêt des jeux, finie la disparition du bon vieux disque. La Xbox a écouté les critiques, les joueurs ont gagné. Un exemple en apparence d’une marque à l’écoute des retours de ses clients, et prête à se remettre en cause. Pour saisir l’importance de cette annonce, il faut rappeler que cette vision d’une Xbox connectée était pour Microsoft le futur du jeu vidéo. Les commentaires sont allés de bon train sur internet pour critiquer cette volte-face, et comme d’habitude sur Internet, les images pleuvent.

Si certains voient déjà en cette annonce la victoire des internautes et de leur protestation contre une console qui ne leur convenait pas, on peut également être plus lucide et penser que les préoccupations de Microsoft étaient davantage commerciales. Une console peu populaire est une console qui ne se vend pas.
Du reste, il est difficile d’inverser une première impression, et malgré cette copie corrigée, Microsoft risque bien de payer le prix fort pour avoir voulu imposer son modèle de force. Et les tacles du concurrent Sony ont su frapper là où ça fait mal :

Bref, il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué : rien n’est encore fini dans cette guerre des consoles, et la communication y jouera à coup sur un rôle prépondérant.
 
Clément Francfort

Société

Le parti-PRIS(M)

 
Contexte – Introduction
Il y a dix jours, la presse révélait à travers le Guardian et le New York Times, l’existence de “PRISM”, un programme de surveillance extérieur dirigé par la NSA (National Security Agency) ayant pour but de recueillir des informations sur les citoyens et les ressortissants étrangers. Et ce, par le biais d’informations et données personnelles récupérées par les plus grandes entreprises du Web : PalTalk, Microsoft, Apple, Youtube, Google, Facebook, Skype, AOL, Yahoo…
Comme nous l’expliquait hier Angelina Accouri dans la première partie de ce dossier, ces informations auraient été divulguées par Edward Snowden, maintenant réfugié à Hong Kong. De l’essence de son action à ses conséquences, en passant par l’éthique qui l’a poussé à agir, tout pose à nouveau la question épineuse de l’équilibre entre liberté et besoin de sécurité dans nos démocraties modernes.
Une prise de conscience qui tourne à la paranoïa ?
Sans aller jusqu’à parler de théorie du complot, l’heure est tout de même à la défiance et au sentiment de manipulation. D’où la mode du “décryptage”, que l’on peut souvent lire explicitement ou entre les lignes de nombreux articles d’actualité. Ce dernier renvoie “davantage à une pratique qu’à des savoirs clairement formalisés […]” (Olivier Aïm “Les médias saisis par le décryptage”). C’est encore dans le domaine politique que la méfiance populaire s’exprime le plus explicitement. Autant que le corps exécutif, le gouvernement désigne un “Big Brother”, une entité composée d’hommes politiques dont les desseins desservent l’intérêt public plus qu’ils ne le servent.
Pourtant la démocratie trouve ses fondements dans le principe de représentativité, par lequel nous choisissons des instances politiques qui expriment la voix de la majorité. L’exemple de l’affaire PRISM est assez édifiant à cet égard, dans la mesure où la vivacité de la réaction à l’encontre du NSA et par suite des organisations politiques, témoigne de cette défiance latente qui ne demande qu’à exploser. Après tout, ces données ne sont-elles pas avant tout un moyen du gouvernement pour maintenir la sécurité au profit de tous? Même si dans les faits, nous sommes en droit de questionner cette idée, les renseignements généraux ont toujours existé et ont eu leurs moments de gloire (qui n’a pas été bercé par le mythe James Bond ?).
La collecte d’informations privées n’est donc pas un mystère mais plutôt un état de fait que l’on refuse d’accepter jusqu’à ce qu’il éclate en plein jour. Nos libertés individuelles sont-elles vraiment en jeu dans la mesure où nous exposons quotidiennement nos vies sur le net alors même que nous savons pertinemment qu’elles seront exploitées, au moins à des fins publicitaires ?
Pourquoi ce débat est hypocrite
Rappelez-vous en 2008, le débat avait déjà été soulevé en France lorsque l’Assemblée examinait le projet EDVIGE (retiré en novembre de la même année au profit d’un autre projet de loi). A l’époque, le décret voulait assurer la sécurité intérieure en fichant les informations concernant l’identité, les coordonnées, les informations fiscales, professionnelles ainsi que des données concernant les personnes fréquentées et le type de relations entretenues avec elles.
Le fichier avait provoqué un tollé parmi la population, mais a vite été remplacé par un autre projet de loi, LOPPSI (publié au journal officiel en 2011 et toujours en vigueur). Et déjà à l’époque, les questions étaient posées : nous délivrons déjà, de notre propre libre-arbitre, quantités d’informations personnelles que nous publions dans cet espace public qu’est le Web. Chacun a une ou des identité(s) virtuelles et toutes les informations peuvent se recouper.
Le mythe de la vie privée sur le Web a la vie dure mais, Mesdames et Messieurs, c’est comme le Père Noël, cela n’existe pas. Il est bien beau de s’insurger parce que le gouvernement veut pouvoir marquer sur un papier que vous êtes blond on brun, homo ou hétéro. Le spectre du triangle rose n’est jamais bien loin dans ces moments-là. Mais alors, quid de toutes ces personnes qui ont délibérément fait le choix d’exposer leur vie privée sur Facebook, ainsi que leur statut marital, leurs préférences sexuelles et leurs affinités politiques ? Et parce qu’une image efficace vaut mieux que n’importe quel discours, les utilisateurs du premier réseau social du monde ont eux aussi eu leur sursaut de conscience.

Un énième exemple des affres de l’Etat moderne
Non content d’exposer le linge sale des affaires américaines, le programme PRISM repose la question de l’équilibre entre liberté et sécurité dans nos Etats du XXI° siècle. Les gouvernements, titulaires d’un pouvoir délégué par le peuple, se doivent d’assurer la sécurité et de garantir la liberté de ce dernier. Or, au cours des dernières décennies (et encore plus depuis le 11 septembre 2001) le premier a eu tendance à primer sur ce dernier, rongeant sur les libertés individuelles au profit d’une surveillance totale et quotidienne reposant sur la peur d’autrui. Mais de qui nous méfions-nous ainsi ?
La mission du pouvoir est délicate, tout comme l’équilibre entre surveillance et respect de la vie privée, surtout lorsque l’on sait que l’inertie de tout pouvoir ne mène justement pas à une politique libertaire…Par son action, Edward Snowden est-il opportuniste ou digne héritier de celui qui écrivait déjà au siècle dernier : “dans des temps de tromperie généralisée, le seul fait de dire la vérité est un acte révolutionnaire” (Georges Orwell, 1984) ?
 
Sophie Pottier et Pauline St Macary
Sources:
Le Monde
L’Expansion – L’Express
Le Figaro
La démocratie au risque de la paranoïa – Idées – France Culture