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Société

Poker en ligne : une évolution high tech

 
Depuis l’ouverture du marché des jeux d’argent à la concurrence, le poker en ligne a le vent en poupe. Les principales salles françaises (Pokerstars, Winamax…) rivalisent d’ingéniosité pour attirer, à grand renfort de publicités, les joueurs débutants qui ont simplement envie de passer un bon moment.
Mais même les salles qui ont obtenu l’agrément de l’ARJEL (Autorité de Régulation des Jeux en Ligne) ne peuvent pas protéger les amateurs contre le comportement de certains joueurs… Et les outils high tech qu’ils utilisent.
Les initiés le savent : dans une salle de poker en ligne, il y a les fishs et les sharks. Les fishs (les poissons) sont les débutants ou les joueurs qui perdent souvent. Évidemment, ils constituent une proie facile pour les sharks (les requins) qui ont de l’expérience et un solide équipement pour améliorer leur niveau de jeu. Ils peuvent alors s’enrichir très vite sur le dos de ces amateurs qui ont le malheur de croiser leur route…
Car désormais, être un bon joueur ne suffit plus pour gagner dans les tournois en ligne. En quelques années à peine, des évolutions technologiques de pointe sont venues considérablement transformer la façon de jouer sur la toile. Et ceux qui sont équipés disposent d’un avantage de taille : leurs logiciels vont analyser le comportement de leurs adversaires et  livrer des statistiques qui peuvent être très habilement exploitées.
Un outil comme Poker Tracker, par exemple, va permettre de compiler et d’analyser l’historique des parties et de livrer des indications sur les habitudes de jeu dans le but d’optimiser les chances de gagner. Le joueur dispose non seulement des informations sur son propre jeu, afin de s’améliorer et de continuer à progresser, mais il va obtenir des données sur tous les pokéristes qu’il va affronter.
Résultat : quand son adversaire modifie sa façon de jouer (il prend subitement des risques, il met plus de temps à se décider…), il le sait aussitôt et il peut alors deviner plus facilement s’il a une grosse main ou s’il tente un coup de bluff.
Les salles de poker en ligne ont dû s’adapter assez vite à ces nouvelles pratiques pour anticiper et contrer les dérives. Il y avait par exemple des outils qui permettaient à plusieurs joueurs de s’allier ensemble pour en « plumer » un seul. Ou même de tout savoir sur un joueur avant de se mesurer à lui lors d’une partie, ce qui donne forcément un avantage significatif. Certains logiciels figurent désormais sur une « liste noire » et sont formellement interdits.
L’autre bête noire des salle de poker et des joueurs honnêtes, ce sont les robots (souvent appelés les « bots ») de poker. Concrètement, il s’agit de programmes informatiques conçus pour jouer seuls à la place des joueurs. Certains joueurs de poker se sont ainsi fait attaquer par des machines contrôlées par des hackers peu scrupuleux, notamment dans des parties en limit (c’est-à-dire que le montant maximum de la mise est plafonné pour chaque tour d’enchère).
Là encore, les opérateurs en ligne ont réagi rapidement pour offrir aux joueurs une sécurité optimale.
Mais il n’en reste pas moins que jouer au poker via un robot, à partir du moment où certaines règles sont respectées, n’est nullement répréhensible. Par exemple, il existe plusieurs robots dont le but est de permettre de tester votre stratégie et de vous contrer efficacement pour améliorer votre technique. Dans le genre, le lancement de Neo Poker Bot montre que l’intelligence artificielle est devenue véritablement performante.
Dans les années à venir, le poker en ligne devrait donc continuer à évoluer pour devenir de plus en plus qualitatif et technique. Les joueurs qui voudront s’inscrire dans des parties et des tournois devront être suffisamment expérimentés et équipés pour avoir une réelle chance de gagner.
Conscientes de l’enjeu, qui risque de rebuter beaucoup de joueurs, certaines salles commencent à tester de nouvelles mesures pour séparer les joueurs et les répartir en deux groupes : les gagnants réguliers d’un côté et, de l’autre, les perdants réguliers ou les novices. Histoire d’éviter que les sharks ne finissent par dévorer tous les fishs. Mais rien ne garantit la pérennité de ce système : les joueurs confirmés et réguliers sont aussi ceux qui dépensent le plus et ils ont clairement fait part de leur mécontentement…
 
Benjamin Durant

Société

Sims en déroute

 
Il n’y a pas cinquante arguments à avancer pour vendre un jeu vidéo. Lorsque la réussite technique ne peut pas servir de cheval de bataille, les éditeurs se rabattent sur des variations du genre « nous avons fait exactement ce que vous attendiez » ou « notre seul souci est de créer un jeu sur lequel tous nos fans peuvent s’amuser ».
C’est avec ce type de gentilles formules, assez peu efficaces lorsqu’elles sont censées répondre à des critiques, qu’Electronic Arts a choisi d’affronter la petite tempête soulevée par la sortie du dernier SimCity.
Bad move EA, bad move…
L’ire des joueurs s’était déchaînée dès la toute fin 2012, lorsque Maxis, le studio chargé du développement de SimCity, avait eu le malheur d’organiser un chat sur Reddit pour annoncer les fonctionnalités du jeu aux fans de la série. Il y avait été précisé que SimCity ne disposerait d’aucune forme de mode Offline, et donc que le jeu serait proprement inutile sans connexion Internet.
Âge du tout-connecté ou pas, il reste nombre de situations dans lesquelles un ordinateur est incapable d’accéder au Net, surtout s’il dépend des réseaux wifi adjacents. Mais la rage des joueurs tenait moins à cette agaçante contrainte qu’à ce que l’annonce sous-entendait. Car généralement, la principale raison pour laquelle un éditeur décide d’empêcher l’activation Offline de sa production est la recherche d’une forme de DRM (Digital Rights Management).
En clair, un moyen d’empêcher l’utilisation de copies piratées du jeu en maintenant actifs un certain nombre de protocoles d’authentification, dépendants des serveurs de l’éditeur.
Le 5 Mars, EA lançait officiellement SimCity après une courte période d’essai (ou Beta). Relançant au passage les plaintes exaspérées des joueurs, qui se retrouvaient incapables d’utiliser leur copie en raison de serveurs surchargés. Au principe même de la connexion obligatoire, toujours vue avec une extrême méfiance par la communauté gamer, s’ajoutait l’échec de la marque à faire fonctionner son propre système.

Résultat : un dégoût si grand qu’Amazon a prévu de rembourser ceux qui ont obtenu SimCity via sa plate-forme, pour ensuite se retrouver dans l’impossibilité de l’activer en raison des insuffisances de l’éditeur.
L’événement est depuis considéré comme l’une des pires releases de l’histoire du jeu vidéo et ce malgré la qualité exceptionnelle de SimCity lui-même. Et pour le coup de grâce : une double pétition de consommateurs, extrêmement suivie, fut présentée auprès de Whitehouse.gov et Change.org, à laquelle Maxis ne put répondre qu’en proposant un jeu gratuit du catalogue EA aux joueurs floués.
EA réagit rapidement au niveau technique en doublant la capacité de ses serveurs. Mais l’argument communicationnel ne changea pas de ce qui avait été martelé depuis le chat désastreux : l’obligation du Online n’était qu’un choix désintéressé. Essentiel dans le développement du titre, il ne visait qu’à créer une expérience nouvelle et communautaire pour les joueurs et ce sans aucun pensée mesquine ayant trait au DRM. Une justification difficile à avaler par des fans qui ne voyaient là qu’une énième tentative de l’éditeur pour instaurer un contrôle autoritaire sur l’utilisation de sa production. En outre, ils devaient réaliser assez rapidement qu’il était possible de faire revenir SimCity au Offline en ne supprimant qu’une seule ligne dans le code du jeu.
Ce n’est pas au vieux singe que l’on… Ah ben si tiens
Cette problématique n’est nouvelle ni pour EA ni pour le marché du jeu vidéo en général. Lors de la sortie l’année dernière du très attendu Diablo III, Blizzard Entertainment avait essuyé des critiques semblables. La série Diablo avait pour elle l’excuse d’être en partie vouée au jeu en ligne, là où les précédents SimCity étaient des jeux Offline avant tout. Mais cela n’avait guère joué sur le lancement, qui avait été immédiatement boycotté par des joueurs trahis par les serveurs de Blizzard. En France, l’association UFC-Que Choisir avait même été jusqu’à porter plainte contre le développeur pour avoir distribué un produit inutilisable.

Notons cependant que tous les éditeurs ne tombent pas dans le piège, ainsi Ubisoft qui avait eu la bonne idée d’affranchir ses titres d’une connexion obligatoire quelques mois avant la sortie du remarqué Assassin’s Creed III fin 2012. Il évitait ainsi des déboires semblables tout en s’assurant quelques temps plus tard de diffuser des extensions qui, elles, ne pouvaient être jouées en Offline sur des copies piratées. Le contrôle sécuritaire de la diffusion était maintenu, mais sans que les joueurs aient eu l’impression d’acheter quelque chose « qui n’était pas vraiment à eux ».
DRM is the new Fun
Ces anecdotes ne se répètent pas pour rien. Elles trahissent un enjeu grandissant pour les éditeurs de jeux vidéos, qui sont rattrapés par la démocratisation du piratage. Si l’industrie vidéoludique y réagit aussi tardivement (par comparaison, entre autres, aux labels musicaux), c’est essentiellement grâce à la popularité des jeux fondamentalement Online et donc relativement aisés à contrôler, tels Call Of Duty ou les MMORPG (jeux de rôle en ligne).
Mais c’est la vision des consommateurs qui change le plus par résonnance et en vient à admettre dans des cas comme ceux de Diablo ou de SimCity qu’une copie piratée a au moins le mérite de satisfaire immédiatement son utilisateur, là où les versions officielles sont comme on l’a vu tributaires de manquements logistiques. La méfiance vis-à-vis du tout-Online mène même parfois à considérer que le développement d’un MMORPG (prenant place dans un monde persistant, qui n’admet par définition pas de mode Offline) n’est plus autre chose pour les éditeurs qu’un moyen de s’assurer un DRM inviolable.
Et les faits ne manquent pas pour conforter les joueurs dans leurs opinions, ainsi avec la rumeur grandissante selon laquelle la Xbox 720 (prochaine console de Microsoft) ne pourra fonctionner sans connexion au service Xbox Live, ce qui permettrait de tuer le marché de l’occasion des jeux Xbox en même temps que le piratage ou le simple prêt entre amis : chaque copie de chaque titre ne pourra être utilisée que par un unique utilisateur du service, ayant dûment payé pour ce droit.
Le Flop retentissant d’Electronic Arts est donc le symptôme d’un phénomène qui ne semble pouvoir être endigué que par la mutualisation de la diffusion. Rares sont les alternatives autres que les plates-formes telles que Steam, de Valve. Car Steam encourage ses utilisateurs à passer par lui pour acheter des jeux, et à lancer ces derniers en restant connecté au service. Ceux qui ont fini par apprécier ce fonctionnement et notamment les nombreuses interactions sociales qu’il permet de conserver tout en jouant, sont ainsi moins tentés de simplement quitter la plate-forme. La mort du Offline n’étant à l’évidence pas un changement que les gamers sont prêts à accepter, les éditeurs de jeux vidéos ne semblent pouvoir sauver leur industrie autrement qu’en développant un discours d’escorte de plus en plus tentaculaire, irrigué de services corollaires au gaming lui-même et justifiant une connexion constante.
C’est ça, ou se faire insulter sur Reddit.
 
Léo Fauvel
Sources :
Journaldugamer.com
Forbes, ici, là et là.
Rue89

Société

Stunt et caméras cachées, Carlsberg et ses compères

 
La marque de bière suédoise Carlsberg a lancé le 13 mars sa dernière campagne digitale « Carlsberg put friends to the test » sous forme, encore une fois, de caméra cachée. On se souvient en effet de leur campagne Bikers en 2011, primée aux Cannes Lions de 2012, où un couple qui venait tranquillement regarder un film au cinéma, se retrouvait dans une salle remplie de bikers à l’air féroce. Réactions mitigées de la part du couple souvent dubitatif, pour le plus grand plaisir des internautes. Cette année, Carlsberg reprend la même méthode, et la même agence Duval Guillaume Modem, pour un nouveau buzz. Le concept cette fois-ci : testez vos amitiés. L’arroseur appelle son meilleur ami au beau milieu de la nuit pour lui annoncer qu’il est retenu dans une partie de poker car il a perdu de l’argent. Il lui demande de venir avec 300 euros. De là part une série d’aventure pour celui, le plus courageux, qui aura accepté de courir à l’aide du complice.

Dans les deux campagnes, le courage est mis à l’épreuve, mais est surtout récompensé par une Carlsberg bien méritée. Car la marque a effectué un tournant dans sa stratégie en 2011, voulant se démarquer face à la concurrence mais aussi rajeunir son image. Carlsberg avait depuis sa création, en 1847, une tagline bien connue et ancrée dans les mémoires : « Probably the best beer in the world » (« Probablement la meilleure bière au monde »). Aujourd’hui elle veut mettre en avant une tendance nouvelle, accordant son héritage avec des valeurs correspondant à l’esprit plus actif et aventureux de leur cible. Ainsi la marque encourage aujourd’hui les consommateurs à « s’affirmer et faire les choses bien » en référence à leur nouveau slogan anglo-saxonn : « That calls for a Carlsberg » (« Ca mérite bien une Calsberg »).
La méthode « stunt » est souvent risquée (on se souvient du bad buzz de Cuisinella, analysé ici par Léo Fauvel) mais on peut penser que « Put friends to the test » a tous les ingrédients pour fonctionner. En effet, dans cette caméra cachée, le spectateur est mis dans la confidence et ne risque pas de se méprendre sur la blague, mais aussi et surtout, l’idée est nouvelle. Le message est cohérent, le suspense est là, les « arrosés » sont crédibles, et enfin, la clef du succès de ce genre est présente : on se demande tous « qu’est-ce que j’aurais fait à sa place ? » Bien sûr, de plus en plus d’internautes crient à la supercherie pour ce genre de vidéo virale, et accusent les piégés d’être acteurs, ce qui briserait l’authenticité des vidéos.
Et l’éthique ?
Les publicités caméra cachées, souvent conçues pour créer le buzz, ont un succès indéniables en ce moment. De nombreuses marques se sont mises à l’essai. On a vu récemment le Stress test de Nivéa, le Push to add drama pour TNT ou encore le canular de Jeff Gordon pour Pepsi.
Dans le cas de Pepsi comme souvent ailleurs, le rire provient surtout de l’état de détresse de la personne piégée. Jusqu’où peut-on aller pour donner de la visibilité à sa marque ? Les internautes animent souvent ce débat dans les commentaires en citant parfois les limites de certaines caméras cachées (parmi lesquelles, la vidéo d’une émission comique brésilienne, celle de l’ascenseur hanté, où les victimes étaient terrorisées par un de nos pires cauchemars).
Le combat de coqs
Dans le cas de Carlsberg, l’enjeu de cette campagne était aussi (surtout ?) de répondre à Heineken, son principal concurrent. En effet, depuis quelques années, on a pu observer une jouxte du meilleur stunt entre ces deux rivaux. En 2010 Heinkeken avait organisé un faux concert de musique classique en Italie, le soir d’un match de la Ligue des Champions. Une centaine de femmes avaient piégé leur compagnon et les avaient convaincus de se rendre à cet événement. De même pour quelques journalistes réquisitionnés par leur boss pour y assister. Au bout de quelques minutes musicales très longues pour certains, la marque avait révélé le but réel de cette assemblée, à savoir de regarder le fameux match avec Heineken. Le succès a été au rendez-vous. Mais L’année suivante, Carlsberg réplique avec sa caméra cachée et ses fameux bikers dans un cinéma de Bruxelles. Heineken n’en est pas resté là et a lancé, il y a quelques mois, sa campagne virale « The Candidate ». Nouveau scénario : lors du recrutement d’un nouveau responsable sponsor pour Heineken, cette dernière filme en caméra cachée des entretiens d’embauche, mais pas comme les autres. Après que le recruteur ait conduit le candidat main dans la main jusqu’à son bureau, la victime assiste à des rebondissements improbables, entre malaise vagal du recruteur, alerte à l’incendie et assistance aux pompiers. Les vidéos des trois finalistes ont ensuite été soumises à des votes en interne, et le candidat élu par l’équipe marketing a appris sa réponse lors d’un match, sur l’écran géant du stade.
The End ?
Les deux marques de bières utilisent dans leurs campagnes le consommateur qu’elles mettent dans des situations réelles pour renforcer leur engagement envers la marque et le produit. Par l’émotion et le rire, elles augmentent ainsi leur capital sympathie. Mais à force d’utiliser la caméra cachée pour faire le buzz, nous pouvons imaginer que les marques peuvent user le concept jusqu’à rendre leurs opérations inefficaces voire catastrophiques. Chaque technique de buzz est périssable par la définition même de cette notion, dont le principe est d’être innovant. Qui sera donc le dernier, le perdant, en utilisant un concept dépassé ? On voit déjà le phénomène s’essouffler puisque « Carlsberg put friends to the test » ne dépasse pas encore un seuil de vues très impressionnant au bout d’une semaine.
 
Marie-Hortense Vincent
Sources :
Publivore.fr
Adverblog.com
Beveragedaily.com
Lareclame.fr
Marketingmagazine.co.uk

Société

Jacques a dit : « Nan mais allo quoi » ?

 
Si vous êtes un être humain âgé de 3 à 133 ans, vous en avez forcément entendu parler. Pour les autres, voici la chose :

 C’est LA vidéo qui fait le buzz depuis plusieurs semaines, mettant en scène Nabila, personnage phare des Anges de la téléréalité, en pleine réflexion métaphysique. Ce n’est certes pas la première phrase aberrante et grammaticalement incorrecte lancée par un candidat du télécrochet. Ce qui est plus étonnant c’est la rapidité avec laquelle elle a été diffusée par un certain nombre de relais culturels, à la base assez éloignés les uns des autres, jusqu’à atterrir  dans la bouche de votre propre grand-père en plein déjeuner familial (véridique !). Genèse de la démocratisation d’une phrase culte.
 
Réflexivité de la culture beauf
Clarifions d’emblée la situation : les candidats de la téléréalité sont rarement des lumières, mais pas non plus bêtes à ce point. Dans Les Anges comme ailleurs, on force le trait des caractères, et notre Nabila se retrouve priée de faire des réflexions en adéquation avec son corps de bimbo. Vertigineuse mise en abyme où des gens un peu crétins doivent faire semblant de l’être encore plus pour satisfaire une audience qui veut se sentir intelligente. Ou l’application scrupuleuse de la théorie de la négativité mise au point par le pape de la téléréalité John de Mol : l’idée est de de montrer la lie de l’humanité pour flatter les bas instincts du spectateur.
Cependant si grâce à ce génial concept ces émissions sont massivement regardées elles restent taboues, la règle d’or étant de ne jamais en parler en société, du moins au premier degré. On se retrouve donc face à un phénomène assez paradoxal, à la fois très populaire et extrêmement confidentiel. Donc même si une grande partie de la France a été ravagée par la rupture de Samir et Aurélie, on évite quand même d’en parler dans le métro le matin.
Alors comment expliquer ce qui passe au travers du filtre social ? La « bogossitude » de Vendetta dans La Ferme Célébrités, le « ça va Senna ça va ! » d’Amélie dans Secret story, ou les ébats de Charles-Edouard et Loana dans la piscine du Loft pour les ancêtres sont désormais mythiques et font partie de l’imaginaire collectif. Ces références peuvent être évoquées ouvertement et comprises par énormément de personnes aux profils socioculturels pas forcément proches de celui du fan lambda. La téléréalité touche ainsi indirectement une nouvelle cible, et cette popularisation passe par un angle original : l’ironie. Elle permet d’instaurer une certaine distance avec ce qu’on regarde, autorise le divertissement sans passer par une adhésion, perçue comme humiliante. Ce qui explique que beaucoup y voient un moyen d’évoquer sans complexe les temps forts de certains épisodes dans l’espace public, notamment sur internet.
 
Le relais geek
La multiplication des références à la téléréalité sur le web et principalement dans les réseaux sociaux contribue à donner au genre ses lettres de noblesse. Le second degré, Saint Graal des communautés de l’internet, permet de revaloriser et de moderniser l’objet télévisuel. Dans le cas Nabila on a vu fleurir des parodies faisant référence à un certain nombre de codes culturels estampillés « geek » :
Version Hitler

Version Seigneur des anneaux

Nabila et Cloclo
 
Et pour finir, la parodie de parodie, ou la collision de deux cultures différentes : l’émission elle-même devient second degré en s’appropriant les codes de la contre-culture du net

Ces reprises et beaucoup d’autres se sont répandues de façon virale sur les réseaux sociaux, démocratisant massivement les aventures de Nabila et consorts, en y apposant le label « humour décalé ». Cette deuxième étape attire alors l’attention des médias de masse plus « traditionnels », et l’ « effet Nabila » se fait ressentir jusque dans des sphères très éloignées de la cible première de l’émission.
 
Passage au mainstream
Les médias de flux se mettent à parler eux aussi de cette histoire de shampoing. Mais de la même manière que la vidéo a été parodiée pour s’adapter aux valeurs du net,  elle est ici reformatée par le décryptage. Des émissions cataloguées plutôt bobo se proposent non pas (jamais ô grand jamais) de relayer telle quelle une émission populaire issue des limbes de la TNT, mais d’analyser un phénomène quasi-sociologique. L’honneur est sauf. C’est donc auréolés d’une crédibilité journalistique intacte qu’Audrey Pulvar, Alexandra Sublet, ou Yann Barthès se mettent eux aussi à utiliser leur main comme combiné pour tenter d’expliquer les raisons du buzz national.
La preuve en vidéo

C’est ainsi que la boucle est bouclée : le désormais célébrissime « Non mais allo quoi ? » repasse par la télévision qui l’a vu naitre, en empruntant cette fois les chaines les plus regardées, aux heures de grande écoute qui plus est. On n’est pas passé loin du JT de France 2. L’audience la moins connectée et donc généralement  la moins susceptible  d’être touchée par ces engouements éphémères est ici frappée de plein fouet.
Moralité : le dialogue entre les médias renforce le buzz. Chaque support s’approprie la vidéo en y injectant les valeurs qui lui sont propres, et mobilise ainsi sa communauté attitrée. On se retrouve donc face à une diversité des contenus médiatiques de plus en plus importante, où des évènements au départ condamnés à circuler au sein d’un cercle restreint d’initiés se retrouvent un bref moment sous le feu des projecteurs. Pour le meilleur et pour le pire.
 
Marine Siguier

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Société

Les stéréotypes nationaux : une stratégie payante ?

 
Un article chauvin… Mais pas trop
Pour toucher le public d’un pays donné, une publicité doit s’appuyer sur des références communes, d’où la tendance à tomber dans les clichés et les stéréotypes culturels. L’exemple le plus récent en date est celui de IDealing :
Le pudding de trop

Peut-être avez-vous remarqué dans le métro parisien cette affiche qui incite d’abord au dégoût : un « meat pudding » traînant sur une sauce trouble virant à l’orange sur fond sombre et assorti du slogan « Quitte à prendre quelque chose aux Anglais, autant prendre leur expertise boursière ». Passée cette réaction épidermique, on se demande : quelle marque a accepté de dénigrer autant l’Angleterre pour se faire valoir ? Il s’agit d’IDealing, courtier en bourse britannique, qui se targue d’afficher les prix les plus bas sur le marché français depuis 2012. Drôle de stratégie que celle qui crache sur une partie de la culture de son pays pour en vanter les mérites dans un autre domaine ! La négation de ses racines n’a sans doute d’autre but que de s’accorder aux clichés français sur les Anglais pour mieux s’implanter sur ce nouveau marché. Comme le Français est très fier de sa propre gastronomie, pourquoi ne pas tenter le coup en dénigrant la cuisine anglaise !
Ceci est un flop : une stratégie agressive pour tenter de s’imposer sur un marché français difficile d’accès, d’autant plus qu’il s’agit d’un groupe britannique peu connu même dans son pays d’origine. Choix risqué et peu payant : la publicité, à l’esthétique peu soignée, est insultante et a peu marqué les esprits.
La bourse ou la bière

Cette marque de bière allemande lance en 1997 (!) une campagne publicitaire qui joue sur le cliché français. La voix off, féminine, se démarque par son fort accent français. Ces sonorités à la française jouent sur des clichés des Français comme romantiques, charmeurs et férus de french kiss, clichés profondément ancrés à l’étranger.
Ceci n’est pas un flop : La pub est restée dans les annales grâce à son ton léger, à la qualité de ses images et au sujet abordé : c’est bien connu, la bière est un sujet plus plaisant que l’expertise boursière, et sans doute moins sensible au crash.
Fast and Cliché
Le secteur automobile n’est pas en reste. Pour s’exporter, les constructeurs font souvent appel à des clichés nationaux, également pour rappeler leur identité. La preuve par Renault : c’est ce qu’illustrent plusieurs campagnes publicitaires (Allemagne, Royaume-Uni par exemple) dont on retiendra celle qui s’adresse à un public allemand. Elle met en scène des collisions entre deux personnes où chaque duo représente un pays: Japon, Suède, Allemagne et France. Mais seule la collision entre les Français se concrétise par un baiser plutôt qu’un choc violent. Argument publicitaire : « en cas d’accident, la meilleure protection est française ».
Flop ou pas flop ? : La publicité est bien pensée, le montage soigné mais utiliser les clichés de personnes entrant en collision peut choquer les pays représentés. De plus, la publicité ne remplira pas forcément sa mission, les marques allemandes ayant toujours meilleure réputation dans leur propre pays.
La vidéo a reçu des critiques bien différentes à sa sortie : « chauvin ! » ont crié certains, « cliché ! » ont argué d’autres. Il est intéressant de noter cependant que cette publicité n’a pas été créée par une agence française, mais une agence allemande, basée à Hambourg. Verdict : flop ou pas flop ?
Currys, un humour épicé

Veni, vidi, vici peuvent affirmer fièrement les Irlandais après avoir battu les Bleus. Mais l’esprit victorieux ne s’est pas arrêté à ce match et s’est importé dans certaines publicités irlandaises. Prenons comme exemple celle de Currys, magasin d’électroménager : leur nouvel aspirateur est capable d’emporter Thierry Henry avant qu’il ne finisse de débiter, avec un accent français à couper au couteau, des grossièretés méprisantes à l’égard de ses adversaires, tout en prenant généreusement le ballon de sa main. « The French loose, The Irish win », même dans l’électroménager!
Ceci est un demi-flop : Pour les Irlandais la publicité fait référence à un moment de réussite sportive et la marque a su surfer sur cette vague de fierté nationale. Donc la tactique fonctionne at home, sweet home. Par contre, flop assuré à l’étranger ! La campagne ne pourrait absolument pas s’exporter car elle part d’un événement sportif ponctuel mais surtout parce qu’elle assimile cette rencontre entre deux sportifs à une confrontation entre deux peuples. L’humiliation française se poursuit dans la publicité irlandaise. Le sport reste l’un des derniers bastions du fair-play moderne, pas la publicité !
En bref : les publicités fondées sur des clichés nationaux, flops ou pas flops ? Sujet sensible, le cliché national peut être un atout lorsqu’il s’adresse à un public ciblé qui l’apprécie et sait le comprendre. L’utiliser dans l’auto-dérision est souvent un bon moyen pour que la publicité plaise et attire l’attention des publics visés. Attention tout de même à ne pas forcer le trait en transformant un gentil cliché en insulte manifeste et parfois virulente à l’égard d’une zone culturelle. Domaine stéréotypé par excellence, la publicité peine parfois à renouveler ses sujets. Et en matière de cliché, c’est toujours la même rengaine : ça passe ou ça casse.
 
Sophie Pottier et Pauline St Macary
Sources :
The Advertising Times
Café Babel
Langue De Pub

Société

« L'oxygène est un vieux souvenir, Mes poumons, touche si tu oses ! »*

 
Dans la lutte anti-tabac, les pays ne manquent pas d’originalité et les campagnes de santé publique se multiplient et tentent de se surpasser les unes et les autres. Cependant, ces dernières années, un nouvel élément a créé le changement. En première ligne, il y a le traitement du « choc », désormais acteur principal de la communication autour de la méchante cigarette. Si les publicités en faveur du tabagisme sont censurées sur tous les médias depuis les années 90, tous les efforts se concentrent aujourd’hui sur des campagnes contre la cigarette, l’ennemi public n°1.
A travers le monde, la recherche de créativité et d’innovation des messages anti-tabac se fait de plus en plus vive, et toujours sur cette même tendance : choquer pour mieux régner.
Rendre le packaging le moins glamour possible… Check !
L’une des premières mesures marquantes semble être le concours du gore sur les paquets de cigarettes eux-mêmes. La photo choquante est donc de mise, de la Thaïlande au Brésil, en passant par Singapour ou même les États-Unis.
L’objectif ? Rendre le paquet repoussant, voire honteux, face à une industrie du tabac qui semble utiliser le paquet lui-même comme un outil promotionnel et glamour pour séduire le public, et le plus jeune possible.
Les conséquences ? Il semblerait que ces images soient relativement efficaces par rapport aux anciens messages purement textuels. Elles attirent l’attention et montrent de manière plus immédiate les conséquences physiques du tabagisme. Voir ce à quoi l’on a échappé en arrêtant de fumer serait donc l’une des solutions. Cette idée réside dans le discours même des professionnels de la lutte contre le tabagisme ; on y observe un rejet du terme « choc » pour présenter ces images comme « informations sur les complications pour la santé liées à la consommation de tabac ». Vraiment ? Parce que lorsque l’on regarde réellement ces photos, le choc est bien là et donne légèrement envie de laisser le paquet dans son sac…
Le jeu sur l’émotion… C’est en Thaïlande !
Face au gore, nous avons une toute autre ligne de conduite : l’émotion. Le traitement du choc s’insère donc aussi dans une logique quasi manipulatrice qui exploite l’émotivité de nos chers fumeurs pour les amadouer et les faire arrêter.
Le meilleur outil ? Les enfants ! Quoi de mieux qu’une bouille enfantine pour crier au malheur de la cigarette et participer à la prise de conscience des effets nocifs ? La vérité sort toujours de la bouche des enfants, ne l’oublions pas !
Une vidéo thaïlandaise illustre tout à fait ce propos en mettant en scène deux éléments plutôt efficaces dans l’impact du message : ces fameux enfants plus responsables qu’on ne le croit et l’aspect caméra cachée pour saisir les réactions au naturel. La fondation Ogilvy Thailand est à l’origine de cet émouvant spot publicitaire et c’est un véritable succès sur la toile :

La Palme du politiquement incorrect… La censored French touch !
Si nous continuons notre petit tour du monde, c’est en France qu’il faut s’arrêter ! En effet, en matière de flirt avec les limites du message communicationnel, il semble falloir mentionner la campagne française « Fumer, c’est être l’esclave du tabac » et sa fumeuse association.

Ici, l’addiction à la cigarette est comparée à une soumission sexuelle dans un message confus, voire abusif. Cette campagne de la DNF (l’association Droit des Non-Fumeurs) réalisée par BBDP & Fils choque pour toucher les adolescents, de plus en plus nombreux à commencer à fumer. Hautement critiquée, cette affiche soulève de nombreux débats. Les associations de victimes de sévices sexuels crient au scandale et ces images seront quasiment censurées. Cependant, cette fois-ci, on l’assume : « Les adolescents sont soumis à près de 2000 messages publicitaires par jour et les visuels « chocs » sont les seuls moyens de capter leur attention. » déclare la DNF, fière de son traitement du borderline.
« Sexe, clope et pub : le mauvais ménage à trois » chez Marianne 2 ; « Pub anti-clope : ça taille sévère » chez Libération ou encore « La nouvelle campagne contre la clope casse sa pipe » sur France Info… Les médias s’en sont donnés à cœur joie sur ce politiquement incorrect français.
Néanmoins, il faut aussi féliciter la French Touch pour le spot publicitaire qui accompagne ces affiches et qui fait preuve d’une intelligence et d’un message de qualité. Je vous laisse apprécier :

Et la palme d’or du gore revient aux… British !
Les Anglais sont bel et bien les rois du choc efficace ! Depuis quelques années, ils se sont réellement penchés sur cette question du tabagisme comme fléau social de notre siècle et ont tenté d’œuvrer pour une réduction massive du nombre de fumeurs dans leur pays.
En 2005 notamment, trois institutions se sont rassemblées pour créer une nouvelle campagne : la British Heart Foundation, Cancer Research UK et National Health Service. Ils se sont alors posés une question juste et pertinente : « comment délivrer de manière efficace un message dans un monde où le choquant ne choque finalement plus ? »
En jouant sur les témoignages et le visuel, les campagnes qui ont découlé de cet effort ont réussi sur plusieurs points intéressants. Les malades ont été présentés comme les miroirs des fumeurs, comme le reflet de ce qu’ils pourraient être. Un lien a été créé entre l’image de la maladie et la cigarette elle-même. Enfin, en assumant totalement l’exploitation des ressources de l’émotion, les enfants ont été montrés comme la cible principale du tabagisme passif. Néanmoins, il faut tout de même souligner que ce fut un véritable succès : pendant la campagne, près de 225 000 fumeurs ont demandé de l’aide pour arrêter.
Parmi la grande série de spots publicitaires qui sont nés de cette première initiative, en voici les deux plus marquantes : attention, âmes sensibles s’abstenir !
La graisse dans les artères, ou « the fatty cigarette » :

Les caillots dans le sang, ou la campagne « Under my skin » :

En 2012, les Anglais reviennent en force avec leur nouveau spot qui montre de manière explicite les mutations qui se produisent toutes les 15 cigarettes et susceptible d’engendrer un cancer. Le gore est en première ligne et semble presque jurer avec la pudeur anglaise tant réputée.

De nombreux éléments sont donc exploités à travers ces campagnes : le gore, le choc, l’émotion, le côté réel du témoignage, les effets sur les enfants et le flirt avec le politiquement incorrect… Tout ! Les Anglais semblent prêts à tout pour lutter contre le Mal du siècle, la cigarette.
Et si vous avez envie de voir encore plus d’exemples, je vous invite à aller lire l’article d’un collègue du Celsa sur son site Advertising Times.
* M, Je suis une cigarette
 
Laura Lalvée
Sources :
Rue89
Atlantico
Publigeekaire.com
The Advertising Times

Société

Hugo Chavez : le deuil inavouable

 
Le Venezuela fut en deuil une semaine durant. Une semaine pour se remémorer d’un homme devenu symbole, puis parti politique. Une semaine pour faire le deuil d’un homme et d’un idéal. Pour la grande majorité des vénézuéliens, ce décès se doit d’être commémoré afin ne pas oublier ce qu’était le courage politique, ce qu’était leur vision de la politique.
 
Mouton noir et loup blanc
Cependant, focalisons-nous ici sur le traitement de l’annonce du décès par les différents média. Le deuil se doit d’être respecté par le journaliste, le défunt semble devoir être considéré, coûte que coûte. L’annonce du média ne prendra pas de position politique mais tentera plutôt de mettre en lumière la complexité du traitement de l’action politique et de la difficulté de dresser le bilan d’un homme de façon aussi rapide.
Quelle belle hypocrisie que celle-ci ! Les lecteurs et les spectateurs n’ont-ils pas de mémoire ? Un homme, décrit comme un loup agressif, moralisateur, violent et sanguinaire durant tout son règne est devenu, le jour de sa mort, le symbole de l’Argentine moderne, l’homme qui a su donner au pauvre et qui a su rediriger les bénéfices du pétrole. Le mort est sacré, la figure du défunt est lavée de tout soupçon, son souvenir reconsidéré. Peut-on enterrer un homme avec de la haine ? Slate.fr a rapidement enlevé de sa première page l’article faisant le bilan économique de ce président pour le remplacer par un article nous présentant Chavez comme un homme cultivé et admirateur de la littérature française.
Chavez n’était pas un saint. Malgré les milliers de pleurs qui raisonnent dans la belle et dangereuse ville de Caracas, pas une seule voix ne se fait entendre pour reconsidérer le bilan de son action politique. Les pleurs annihilent la critique par leurs caractères passionnels.  L’image communique l’émotion, la douleur se répand. On ne peut pas admettre la critique de l’homme alors que le cadavre est encore chaud.
« L’encre coule le sang se répand. La feuille buvard absorbe l’émotion » comme disait IAM.
 
Le deuil totalitaire
Voilà donc un obstacle à la mémoire, à l’histoire et au décryptage de l’œuvre d’un homme. La surexposition médiatique de l’émotion et de l’unité nationale derrière le décès d’Hugo Chavez a empêché de construire un autre regard et de mettre en lumière les phases les plus sombres de son pouvoir. La communication gouvernementale passe ici par le deuil. Le gouvernement utilise l’évènement comme un moyen de perpétuer l’œuvre de l’homme. Heidegger dans Etre et temps, montre que le deuil doit avant tout être considéré comme un renvoi permanent au passé. Le fait que le corps de Chavez ait été embaumé souligne clairement cette volonté de perpétuer son œuvre passée et de le faire entrer dans le panthéon historique qui devient l’identité du pays. Le musée est ici la représentation du figé, et cette volonté de thésauriser l’homme politique dans les vitrines du musée nous amène à comprendre le souhait de créer une sorte de deuil perpétuel presque mystique.
En effet, le Venezuela est en train de construire un deuil qui va annihiler toute possibilité de contestation de l’œuvre de Chavez. La puissance passionnelle du deuil va être poursuivie afin de transformer le travail de cet homme en point de fondation de la vie politique du Venezuela. Ici, la communication gouvernementale tente de perpétuer le souvenir pour transmettre l’image la plus positive possible du pays. Un tel déni du passé et une telle sacralisation de l’homme prouvent que le Venezuela est encore un pays qui a besoin de s’affirmer et d’illustrer la légitimité de la révolution socialiste. Cette position politique et cette indépendance dans l’échiquier mondial est ici mise en valeur par le deuil,  par les cérémonies et ce dolorisme inavouable.
D’un point de vue communicationnel, le deuil est donc un outil puissant, qui affirme les bases du régime en rendant hommage à celui qui a réussi à faire évoluer le pays. Le deuil est aussi un retour perpétuel vers le passé, un regard en arrière peut-être nostalgique, mais avant tout conservateur. De plus, ce deuil s’est magnifiquement bien propagé aux médias occidentaux qui mettent en lumière le caractère de l’homme, son courage et parfois son intelligence bien plus que son populisme, son culte de la personne et son égo surdimensionné. Une telle manipulation utilise comme outil ce respect universel de la mort, de la mémoire. Et cet aspect est bien puissant.
 
Emmanuel de Watrigant
Rendez-vous la semaine prochaine avec Laura Garnier pour Irrévérences qui traitera du deuil de Stéphane Hessel.

Société

Jacques a dit : « à base de papapape »

 
Le sede vacante du Vatican fait les choux gras des articles de presse. Ce poste à pourvoir, assez particulier, a déclenché tant les pronostics des parieurs PMU que les analyses d’ornithologues benoitseizistes. Cependant, l’élection du chef d’Etat du Vatican ne vient pas se construire sur une montagne de sondages, comme le ferait toute autre élection politique. Point de campagne, point de slogan, point de meeting, parce que le temporel ici se mêle au spirituel. On parle de fait du « Saint siège », dont l’occupation relève d’un protocole réglé comme du papier à musique, fort de 2000 ans d’expérience. L’élection ne peut aboutir que dans le secret d’une chapelle Sixtine fermée à double tour, « con-clave » littéralement. L’Eglise se met en retrait, loin du tourbillon du monde, pour mieux se remettre à flot ensuite. Et le monde de se casser les dents et de brasser du vent sur ce siège vacant, quand il ne s’occupe que du fauteuil et non de la fonction.
L’attente provoque la glose, évidemment. On retrouve le classique tableau des potentiels « gagnants ». Dans l’annonce des poulains prometteurs, entre favoris et outsiders,  l’article de Slate est ici le plus représentatif. Certains cardinaux sont même affublés d’un nom de scène, un peu comme sur l’affiche juteuse d’un combat de boxe : Luis Antonio Tagle (Philippines), dit le «Wojtyla de l’Asie» ! On table également sur le prénom que choisira le futur pape, au regard des statistiques : http://infogr.am/prenoms-pape-0164. Et puis on voudrait dépoussiérer cette institution archaïque en la modelant à notre goût, c’est-à-dire selon l’air du temps. Il faut que le pape soit noir, il faut qu’il soit jeune, et pourquoi pas une papesse, et pourquoi pas lesbienne ? En l’honneur de la journée de la femme, le Nouvel Observateur donne la parole à un historien des religions sur la question de la misogynie ecclésiastique. Puisque le pape est exposé médiatiquement, son apparence compte aussi.  MSN.femmes relève les « fashion fails » de Benoît XVI en titrant  « Un pionnier des “soucis de garde-robe” loin devant Anne Hathaway ou Jennifer Lawrence. » A la recherche d’une sémiotique de la mitre, Rue 89 étayait en 2010 sa réflexion en parlant chiffons : « un pape réac jusque dans son dressing ». Car sur la scène publique, l’habit révèle le moine. Des associations protectrices d’animaux ont aussi critiqué le pape pour son port de fourrures sur certains vêtements. Mais enfin, celui qui se dit pasteur de brebis ne devrait-il pas commencer par donner l’exemple ? C’est l’hôpital qui se fout de la charité chrétienne.
Beaucoup de bruit pour rien, dirait Shakespeare. Certains articles semblent ainsi répondre affirmativement à la fameuse question communicationnelle : « peut-on parler pour ne rien dire ? ».  Ils pêchent en quelque sorte par anthropomorphisme, à vouloir saisir un objet hétéroclite avec leurs propres instruments de mesure. En contre-exemple cet article de Slate se démarque en montrant le charme de cette élection, unique en son genre. En effet, c’est se fourvoyer dans la compréhension de l’autre, que de le regarder à travers soi. « Je veux un pape ringard ! » clame l’écrivain Solange Bied-Charreton, sur le site du Monde. Elle retourne le faux problème de la « modernisation de l’Eglise », afin de mettre à jour le réel enjeu en lequel consiste l’aplanissement des repères. Ou prendre le contre-pied de tous les papes de la sacro-sainte bien-pensance, avec subtilité.
 
Sibylle Rousselot
Sources
http://www.lepoint.fr/art-de-vivre/la-garde-robe-retro-de-benoit-xvi-27-02-2013-1633604_4.php
http://www.rue89.com/2010/11/01/benoit-xvi-un-pape-reac-jusque-dans-son-dressing-173738
http://tempsreel.nouvelobs.com/journee-de-la-femme/20130307.OBS1207/une-femme-pape-pas-avant-des-generations.html
http://www.lemonde.fr/idees/article/2013/03/02/je-veux-un-pape-ringard_1841822_3232.html
 

Société

Amicalement pas vôtre

 
En période d’évolution et de changement, il est intéressant de constater des comportements qui se cristallisent, voire qui se radicalisent : le modèle économique des grandes majors de la musique, des grandes maisons d’édition est en pleine mutation, si bien qu’elles se montrent de plus en plus intraitables dans la défense de leur propriété. De même, les partisans du libre et du partage gratuit radicalisent leurs actions en même temps que leur raison d’être tend à se faire moins évidente.
 
Pour le meilleur ou pour le pire ?
Dans le cas du livre, le succès insolent d’Amazon, notamment aux États-Unis, ne le dément pas : il ne vous est plus permis de posséder, on vous concède une licence d’utilisation sur un bien dont vous n’êtes plus le propriétaire. Le livre que vous achetez ne peut être revendu, transmis, échangé ou prêté. Il est la propriété d’Amazon. La musique tend à suivre le même chemin, après l’interdiction des DRM (verrous numériques limitant l’usage) avec des services comme Deezer ou Spotify qui proposent des abonnements. De même, le jeu vidéo, qui bénéficiait d’un marché de l’occasion important, s’en trouve privé puisqu’il est de plus en plus téléchargé et non acheté sur des supports physiques, ce qui rend dès lors impossible la revente, le prêt, la transmission…
Fini donc le temps où vous récupériez les livres ou la musique de vos parents.
Mais cette évolution est à l’œuvre partout : le vélo en libre service, la voiture en libre service, l’abonnement annuel à des logiciels comme la suite Office, l’abonnement aux éditions en ligne des médias d’information plutôt que l’achat au numéro…
 
Du propriétaire à l’usager
Tout cela participe de ce que l’on appelle l’économie de la fonctionnalité : on cherche à monétiser un usage et non plus une propriété. Ce système permet beaucoup de choses, parce qu’il facilite par exemple l’évolution du bien dont vous achetez l’usage ; vous n’êtes plus tenu d’acheter à chaque fois le nouveau produit pour bénéficier de nouvelles fonctionnalités. De même, il y a l’idée que vous payez pour ce que vous utilisez plutôt que d’acquérir un surplus inutile. Un bel exemple de cette évolution est le ChromeBook de Google, un ordinateur, couplé à son OS (Operating System ou Système d’exploitation, logiciel qui gère la partie matérielle d’un ordinateur et permet l’interaction avec l’utilisateur : Windows, MacOs ou Linux sont des systèmes d’exploitations) : ChromeOs. En effet, cet ordinateur de faible capacité (relativement à ce que l’on trouve aujourd’hui) fonctionne grâce à des applications hébergées en ligne, accessibles et utilisables en ligne, mais non installées sur votre ordinateur.
Cela permet, en théorie, de réduire les coûts, puisque vous ne payez qu’en fonction de vos stricts besoins.
Beaucoup de ces entreprises et marques qui se lancent dans l’économie de la fonctionnalité mettent en avant les avantages en termes de coûts, d’environnement (notamment pour l’automobile, le vélo et le papier), la mobilité en ce qui concerne le contenu comme la presse, les livres, la musique…
Cet argumentaire s’intègre d’autant mieux aujourd’hui que la Responsabilité Sociétale et Environnementale (RSE, ou ESG pour les anglo-saxons) et, de manière générale, le bilan extra-financier des entreprises prend de l’importance dans les choix des investisseurs et des consommateurs.
Par exemple, la page d’accueil de Deezer joue sur la mobilité : « Faites entrer la musique dans
 une nouvelle dimension. Écoutez tout ce que vous aimez, 
partout, tout le temps »
Sur le site d’Autolib’, la rubrique avantages met en évidence la réduction des coûts et l’environnement : « Économique, pratique, écologique, simple »
En présentation de l’abonnement mensuel ou annuel de la suite Office, on retrouve la mobilité : « Utilisez Office quand et où vous en avez besoin »
 
De l’usager à l’aliéné
 Mais cette économie de la fonctionnalité est, dans la pratique, moins convaincante : parce que l’on accroît sa dépendance à l’égard de ces différents acteurs. Si Google ou le Groupe Bolloré rencontrent un problème, vous n’avez plus accès à vos documents ou applications hébergés en ligne, et vous n’avez plus de moyen de transport. Ceux à quoi certains, auxquels les événements ont donné tort, répondront que ces acteurs sont « too big too fail » ; de quoi être rassuré sur la pérennité de ces services, non ?
En dehors de cette forme d’aliénation à un nombre croissant de prestataires extérieurs, cela soulève un deuxième problème : la disparition de la propriété. Or cette même propriété est aussi garante d’un usage non marchand des biens que l’on acquiert. L’économie de la fonctionnalité, des usages, en dépit de ses avantages avancés, est une percée conséquente de l’économie marchande dans le non-marchand : prêt, échange, transmission, héritage… Et la disparition de telles structures aurait des répercussions telles qu’il apparaît aujourd’hui impossible d’en circonscrire toutes les implications.
Plus rien ne vous appartiendra, c’est le mot d’ordre de demain.
 
Oscar Dassetto

Société

Ils sont forts ces British !

Il paraît que la télévision, toujours plus énervée par la concurrence d’Internet, redouble d’efforts pour rivaliser et attirer davantage d’annonceurs. La rumeur court depuis que BSkyB, l’opérateur de télévision par satellite britannique, a fait le pari de relancer les publicités locales. Très répandues dans les années 1970 au cinéma (pour un restaurant asiatique du quartier par exemple), BSkyB compte les remettre à jour sur le petit écran.
Le retour de la publicité personnalisée
Mais d’abord, comment cela fonctionnerait-il exactement ? Sky reste assez flou sur ce point. Il prévoit le lancement d’un nouveau service dans quelques mois nommé « AdSmart ». Celui-ci proposerait plusieurs « gammes de solutions pour répondre aux besoins des marques », comme l’énonce Andrew Griffith, le directeur financier de Sky. Or pour les annonceurs, l’enjeu est de taille. Il s’agit pour eux de s’adresser directement aux foyers désirés en fonction de leur composition, de leur localisation ou de leurs programmes favoris. BSkyB entend aller très loin en leur permettant de diffuser leurs publicités dans des zones géographiques précises, voire dans quelques maisons ciblées dans une rue donnée.
Mais encore ?
Andrew Griffith explique aussi : « on pourrait par exemple réserver les cinq dernières secondes d’une publicité automobile à un concessionnaire local, ou bien proposer plusieurs variantes pour une case publicitaire. » En fait, « AdSmart » sera disponible sur les 7,3 millions de décodeurs haute-définition de l’opérateur dans des foyers en Grande Bretagne. Ainsi la chaîne diffusera ces spots personnalisés par-dessus les spots dits « linéaires » de façon fluide pour les téléspectateurs qui n’auront pas désactivé cette nouvelle fonction sur leur boîtier. Quant à la segmentation des foyers, l’équipe de Sky serait aidée par des entreprises spécialisées dans la gestion du risque de crédit, en bons connaisseurs des revenus et des modes de vie des consommateurs.
Jackpot pour Sky qui pense attirer non seulement les annonceurs locaux mais aussi les plus grandes marques. Ces dernières pourraient voir dans ce système un moyen de diminuer les pertes liées aux campagnes publicitaires classiques. Comme le souligne Anthony Ireson, directeur marketing de Ford en Grande Bretagne, « la moitié de notre travail est gâché. La publicité personnalisée est un moyen de cibler les gens à qui vous avez besoin de parler. » Ainsi, le Financial Times estime même que des marques haut de gamme comme Porsche qui ont toujours laissé de côté la télévision car trop « grand public », pourraient être attirées par une telle approche.
Cependant, le prix n’a pas encore été déterminé. Un ciblage plus précis devrait être plus cher, mais Sky prendrait alors le risque de faire reculer les annonceurs locaux censés être les principaux intéressés.
Une réponse au défi numérique
Apparemment, le projet a déjà été tenté aux Etats Unis par les chaînes ComCast et Time Warner Cable en 2008 sous le nom de Canoe Project. Si aujourd’hui leur offre a évolué principalement vers des vidéos diffusées en différé (et non en direct comme le souhaite BSkyB), l’idée de départ était d’adapter les outils de personnalisation d’Internet à la télévision. BSkyB espère même exploiter les comportements des foyers sur le web. Les mots clefs tapés dans les fameuses barres de recherche génèrent bien des publicités ciblées sur Internet. Pourquoi ne pas imaginer diffuser des publicités sur les chaînes de télévision à propos de prêts hypothécaires dans une famille qui en aurait fait la recherche sur le net ? C’est en tout cas ce qu’argumente l’opérateur. Mais ils oublient les bonnes vieilles interrogations sur le respect de la vie privée des internautes et des consommateurs, encore et toujours présentes et prégnantes. Le cas BSkyB n’est pas sans rappeler celui de l’EyeSee ou celui des chaînes françaises utilisant les données personnelles. L’opérateur entend de plus personnaliser les annonces en fonction des goûts des familles, détectés à partir de leurs habitudes télévisuelles. On se demande alors s’ils pourront déjà aller jusque là.
Effectivement, il semble que le projet de BSkyB soit (un peu trop) ambitieux. L’opérateur de télévision par satellite se perd dans les promesses. Il est aussi envisagé de créer un service de publicités interactives (le spectateur pourrait par exemple appuyer sur un bouton et « visiter » la voiture aperçue), alors que les questions de prix et de vie privée ont à peine été soulevées. Or, rappelons le contexte économique et social dans lequel nous nous trouvons. La diminution des budgets des annonceurs et la méfiance croissante des consommateurs envers les entreprises et les publicités sont des obstacles à intégrer dans leur stratégie. On attend la suite !
Camille Sohier
Source : article du Financial Times « La télé vous regarde » sélectionné par le Courrier International.