Culture, Publicité et marketing

Rilès et “Survival Mode” : quand la promotion devient performance artistique

Dans un univers musical où la compétition pour attirer l’attention est plus féroce que jamais, Rilès a su se démarquer avec un coup de communication audacieux et marquant pour la sortie de son album SURVIVAL MODE. Le 8 février 2025, il a défié les limites physiques et mentales lors de sa performance qu’il a intitulée SURVIVAL RUN, une course de 24 heures retransmise en direct. Plus qu’une simple promotion, cet événement est devenu un acte artistique puissant, porteur de messages profonds sur la pression sociale et l’épuisement moderne. Retour sur une stratégie de communication qui dépasse l’entendement.  L’évènement, une course contre le temps  Le 8 février 2025, Rilès a créé un événement sans précédent dans l’industrie musicale avec SURVIVAL RUN, une performance de 24 heures diffusée en direct sur YouTube et TikTok. L’artiste a couru sans relâche sur un tapis roulant, une métaphore visuelle du thème central de son nouvel album SURVIVAL MODE. Ce défi physique était bien plus qu’un simple acte promotionnel : il a su incarner une immersion totale dans un univers artistique où la pression sociale, la quête incessante de performance et l’épuisement mental sont explorés de manière intense. L’artiste, en se mettant à l’épreuve dans une telle épreuve physique et mentale, a voulu offrir à son public une expérience qui résonne profondément avec les défis contemporains.  L’événement n’a pas seulement attiré un large public, mais aussi des médias et de nouveaux spectateurs, intrigués par cette approche radicale. Derrière lui, des scies géantes tournaient en permanence, amplifiant la tension visuelle et symbolisant la menace imminente qui pèse sur ceux qui se retrouvent pris dans une course sans fin. Cet élément visuel marquant incarnait l’idée d’un danger qui n’attend pas et d’une vie qui défile à toute vitesse, sans possibilité de pause. L’artiste ne s’est pas contenté de courir : chaque moment de la performance était un acte symbolique, représentant la lutte contre l’épuisement et l’angoisse dans un monde où il semble impossible de ralentir.  En cours de route, Rilès a interagi en temps réel avec ses fans, transformant cette diffusion en un événement interactif. La possibilité pour les spectateurs de réagir et de commenter via les plateformes de rediffusion a donné une dimension participative à l’événement, augmentant son impact. Ce n’était plus seulement un spectacle à regarder, mais un événement dont chacun pouvait être acteur, grâce à l’immédiateté des interactions sur les plateformes numériques. À travers cette stratégie, Rilès a non seulement communiqué sur la sortie de son album, mais a créé une expérience partagée avec son public, rendant l’événement beaucoup plus personnel et engageant que toute autre campagne de promotion classique.  Une promotion hors normes  La promotion d’un album a évolué, et Rilès l’a bien compris en choisissant une approche audacieuse pour la sortie de SURVIVAL MODE. Dans un monde saturé d’informations et de contenu, il n’est plus suffisant de publier un clip ou de participer à quelques interviews pour faire parler de soi. L’artiste a su, par cette performance radicale, lier la promotion de son album à une réflexion sur des problématiques sociétales profondes : l’épuisement mental, la pression sociale et la quête incessante de résultats. Au-delà du simple lancement musical, SURVIVAL RUN est devenu un acte artistique qui fait écho à la condition humaine dans un monde moderne où les attentes et les exigences ne cessent de croître.  Une Métaphore Visuelle Puissante : Le « Mode Survie » Incarné  Le tapis roulant sur lequel Rilès a couru pendant 24 heures est devenu une métaphore puissante de la course effrénée de la vie moderne. Courir sans avancer, toujours dans le mouvement, mais sans jamais arriver à un but tangible. Cette image illustre parfaitement la sensation de stagnation vécue par de nombreuses personnes dans un système où l’effort semble constant, sans réelle récompense. L’artiste a réussi à incarner cette sensation de « faire du surplace », à la fois physique et psychologique, en défiant ses propres limites tout en représentant cette dynamique épuisante de la vie moderne. La notion de « mode survie » prend alors tout son sens : la vie est vécue comme une urgence continue, sans possibilité de pause.  Les scies géantes en arrière-plan de la scène, qui tournent sans relâche, ont ajouté une dimension dramatique à cette performance. Ces scies étaient une représentation directe de la menace constante qui guette ceux qui ne peuvent pas s’arrêter, ne peuvent pas ralentir, de la peur de l’échec et de l’angoisse qui découle de la pression sociale. Le message est clair : dans un monde où il est impossible de s’arrêter sans risquer la chute, l’épuisement devient inévitable. Cette image renvoie à la réalité de millions de personnes, constamment sous pression, obligées de poursuivre une course sans fin pour atteindre des objectifs qui semblent toujours hors de portée.  Le défi de tenir pendant 24 heures représente également la résilience et la détermination, mais aussi l’absurdité d’une exigence de performance toujours plus grande. L’épuisement visible de Rilès, tant mental que physique, au fil des heures devient un puissant rappel de la fatigue accumulée par ceux qui, comme lui, sont pris dans le tourbillon d’une société qui valorise l’endurance au détriment du bien-être. À travers cette épreuve, Rilès incarne non seulement la souffrance, mais aussi la force de continuer, malgré tout, ce qui fait de cette performance une réflexion puissante sur notre époque.  Un coup de communication qui dépasse la promotion : une véritable performance artistique  Loin de se limiter à une simple opération de communication, SURVIVAL RUN se présente comme une performance artistique complète. En mêlant art visuel, performance physique et communication digitale, Rilès a su créer une expérience immersive où chaque élément de la performance renvoie à une thématique centrale. Cette approche hybride a permis à l’artiste de faire de la promotion de son album un acte artistique en soi, redéfinissant ainsi les contours de ce que signifie « promouvoir » dans le monde de la musique moderne.  De plus, l’impact de son approche participative a été démultiplié, car elle transforme chaque spectateur en un participant actif, rendant l’expérience beaucoup plus significative et mémorable que n’importe quelle autre campagne de promotion classique.  Enfin, la stratégie de communication de Rilès a été renforcée par la portée globale offerte par les réseaux sociaux, notamment TikTok et YouTube. L’accessibilité de l’événement, disponible pour n’importe qui, où qu’il soit, a permis à SURVIVAL RUN de dépasser le cadre d’une simple promotion musicale pour devenir un moment de réflexion collective sur les défis de notre époque. En alliant art, communication et engagement numérique, Rilès a réussi à créer une expérience unique, qui marque à la fois les esprits et les cœurs.  Avec SURVIVAL RUN, Rilès a non seulement promu son album, mais il a créé une œuvre à part entière. Ce coup de communication n’est pas une simple action commerciale ; c’est un événement artistique total qui interroge la société et pousse à la réflexion. En repoussant les limites de la promotion classique, Rilès nous rappelle que l’art peut se vivre à travers tous les supports, et que la communication elle-même peut devenir un acte créatif.  Ce type de stratégie pourrait bien devenir une référence dans le monde de la musique et au-delà, incitant d’autres artistes à transformer leurs campagnes en véritables expériences immersives et engageantes.  Rose Paineau
Politique

BLACK ALBUMS MATTER, l'album comme format de protestation.

« Like books and black lives, albums still matter » a dit Prince lors de la 57ème cérémonie des Grammy Awards en Février 2015. Cela faisait alors plus d’un an et demi que le mouvement Black Lives Matter prenait forme et position dans les rues comme dans la musique. Prince rendait hommage non seulement à la communauté noire mais aussi au format album, que certains pensaient voir s’éteindre plus tôt que prévu. En effet, l’album ne correspond plus à l’idéal économique qu’il produisait à l’époque des 33 tours, mais il est peut-être en passe aujourd’hui d’être le support de manifestation des mouvements sociaux aux Etats-Unis, pour la cause noire.

Depuis le début du des années 2000, on questionne le format album : est-il le meilleur format d’écoute à l’ère du numérique? Plusieurs enquêtes ont été publiées à ce propos, notamment Les Inrocks et Rue89 qui posaient en 2009 la question suivante : L’album serait-il en train de doucement se dissoudre dans un univers de buzz et de single ? Loin de nous l’idée de produire ici un article échafaudant les théories économiques prédisant la mort prochaine du format long, mais plutôt de comprendre en quoi le regain d’intérêt vers celui-ci est peut-être significatif d’un engagement dans l’art. L’album, objet musical faisant ‘œuvre artistique’, capable de rejoindre l’artiste et son époque, serait en train de retrouver des couleurs grâce aux prises de position des artistes blacks aux Etats-Unis.
La musique engagée dans l’histoire
Les liens entre musique et engagement pour la cause noire ne sont plus à démontrer, tellement la culture a été la première ambassadrice pour combattre le racisme et la ségrégation. Du free jazz de l’Art Ensemble de Chicago, qui proposait avec l’AACM (Association for the Advancement of Creative Musicians) l’idée d’une « Great Black Music » déconstruisant les formes du jazz pour le jouer, l’improviser et améliorer sa condition….au gospel des chants d’esclaves, et sa fonction sociale d’union, de rassemblement pour lutter et croire en une meilleure réalité. Billie Holiday, Curtis Mayfield, Nina Simone ou encore James Brown ont été les figures d’une soul qui réactualise les valeurs de liberté et de fierté exprimées par les premiers défenseurs de la condition noire dans une Amérique post-esclavagiste.

A chaque décennie d’injustices, la musique noire est un refuge : le hip-hop pour exprimer la violence et les difficultés de la vie urbaine, la house comme un moyen pour les minorités noires et gays de libérer leur corps dans des clubs où elles sont enfin acceptées. Aujourd’hui aussi, dans la désillusion des années Obama et la violence raciale qui ne s’est pas éteinte, les artistes comme Beyoncé, D’Angelo, Kendrick Lamar ou encore Blood Orange prennent position. Leurs œuvres prennent le parti de la longueur, de l’expression d’une parole réfléchie sur le racisme d’aujourd’hui et dévoilent un discours de plus de cinquante minutes, à l’ère du numérique et du fichier mp3…

L’album comme média d’engagement
Ces albums, avec peu de promotion en amont, paraissent souvent sans lead single, et certains artistes, comme par exemple Blood Orange, choisissent de sortir l’album avant la date officielle pour créer un effet de surprise. Cela relève aussi d’une volonté de préserver l’unité de l’album et de produire un effet de sincérité : pas d’intermédiaire entre l’expression de l’artiste et la réception du public. Une phrase accompagne la promotion de l’album de Blood Orange dans tous les médias : « This album is for everyone told they’re not BLACK enough, Too BLACK, Too QUEER, not QUEER the right way, the underappreciated. ». En s’adressant à un groupe de personnes en particulier, les minorités, les laissés pour compte, Dev Hynes s’adresse à tout le monde et renvoie une image de communauté forte et fière, dans le son soul et R&B, comme dans l’esthétique visuelle.

Ces œuvres artistiques cherchent aussi à démontrer que l’album mainstream n’est pas l’œuvre d’algorithmes pour trouver le tube, pas de recettes toutes faites suivant un plan commercial préétabli avec seulement quelques ghostproducers tapis dans l’ombre. À l’image de l’album de Black Messiah de D’Angelo ou de Solange A Seat At The Table, dont la durée de composition est respectivement de 12 ans et 7 ans, le temps de la conception témoigne de la réflexion approfondie sur ce que c’est qu’être noir au XXIème siècle. L’album est devenu un média à part entière, une plateforme à multiples voix dont la structure a évolué. Saint Héron de Solange par exemple, regroupe plusieurs grands artistes tels que Raphael Saadiq, Pharell Williams, Dr. Dre, James Blake ou encore George Clinton pour laisser apparaître la subjectivité de chacun.
L’interlude

À l’image du dernier album d’Alicia Keys, sorti il y a deux semaines, ou de Velvet Rope de Janet  Jackson vingt ans plus tôt, Blood Orange, Solange et Kendrick Lamar utilisent l’interlude pour marquer une pause, laisser s’exprimer un discours parlé sur un fond sonore, ou un sample en référence à un morceau cher à l’artiste… L’interlude est exploité dans ces albums pour faire passer de façon explicite le message engagé. Il donne au disque une cohérence sonore et une continuité de sens qui rappelle à l’auditeur l’histoire qui lui est racontée dans le creux de l’oreille.

Dans A Seat At The Table, Solange insère pas moins de sept interludes dans lesquels ses proches parlent de leur expérience du racisme et de leur appartenance à la communauté noire aux Etats-Unis. Ce type de structure, presque cinématographique, qui place des « scènes » au milieu d’une longue pièce musicale, donne aux disques une dimension contemporaine et vise à marquer l’histoire et croire en un monde meilleur. À une époque où le modèle du fragment (le mp3) et donc de la playlist prime, ces artistes ne cherchent pas à communiquer leur message avec un assemblage de bons morceaux et de singles, mais bien à proposer une œuvre entière cohérente.
Une nouvelle structure, donc un changement dans la réception pour l’auditeur.
Depuis quelques temps, le constat est fait de l’absence d’un nouveau genre dominant après l’avènement de la musique électronique dans les années 90. Plus de révolution dans la musique, mais les genres se mêlent, les contenus ont de moins en moins d’étiquettes. C’est le cas de Kendrick Lamar qui cherche dans son album à mêler cinquante ans d’histoire de black music en un seul album, ou de Solange qui mêle des beats parfois presque industriels, avec des guitares indie rock accompagnées de voix soul… Cette hybridation sur le fond s’accompagne d’une recherche d’évolution sur la forme.

On ne pense plus le format album comme à l’époque du 33 tours avec ses deux faces, mais plutôt comme un long morceau à l’image des mixtapes de rap. Le modèle de l’album n’est plus physique mais numérique et le changement sur la forme influe sur le fond : il n’y a pas une face A joyeuse et une face B triste, mais des styles et des genres qui s’entremêlent, pour créer une évolution avec des hauts et des bas jusqu’à la conclusion finale. Le projet d’album se prolonge aussi par la proposition d’albums photos numériques et de démos de morceaux téléchargeables qui prolongent l’expérience de récit. La génération de l’iPod et de Spotify redécouvre grâce à ces albums l’expérience du récit en longueur. À l’image des livres, des articles longs (comme celui-ci), peu à peu délaissés par les jeunes générations, Solange D’Angelo, Blood Orange et beaucoup d’autres invitent à se replonger dans l’écoute, la compréhension et la patience pour saisir le message.

L’idée n’est pas de dire ici, que cette forme d’album serait révolutionnaire, mais plutôt de montrer qu’elle amorce une proposition de format différente, propice à dénoncer, s’indigner, s’émouvoir pour une cause personnelle, ou sociale. Le disque, de par sa longueur, est une matrice nécessaire pour laisser s’exprimer un discours. Tous ces albums coïncident en l’espace de deux ans avec une ère du temps qui oublierait peut-être de s’attarder. Ils se rejoignent aussi dans une façon d’être composés, puis distribués.

A l’heure où l’on parle de la difficulté de la musique à trouver des ressorts économiques, l’engagement politique ou social du contenu est peut-être ce qui lui redonnera de la vigueur.
Quoi qu’il en soit, dans une Amérique où Trump est élu Président des États-Unis, A Seat At The Table de Solange, un album concept invoquant le respect et la fierté d’être noir, parvient à se hisser numéro 1 des ventes au classement Billboard. De quoi redonner confiance dans le format album ?

César Wogue
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Sources :

Marc-Aurèle Baly et Adrien Durand, Solange et son nombril, ou comment faire de la pop politisée en 2016, 07.11.2016, consulté le 13/11/2016
Daphne A Brooks, How #BlackLivesMatter started a musical revolution, 13.03.16 , consulté le 13/11/2016
Corey Smith-West,The Sounds of Black Lives Matter, 17.10.16, consulté le 12/11/2016
Justin Charity, Disco Politics, 29.06.16, consulté le 13/11/2016
Britney Cooper, America’s “Prince” problem: How Black people — and art — became “devalued”  21.04.16, consulté le 15/11/2016
Taylor Gordon, Artists, Musicians Are Using Their Work and Creativity to Show That Black Art Matters, Too, 14.02.15, consulté le 14/11/16
Kate Groetzinger, Concept albums by Beyonce, Frank Ocean, and Solange are changing the way millennials listen to music, 18.10.15, consulté le 14/11/16
Elian Jougla, Freedom songs et back music, la révolte noire, 04.12 , consulté le 14/11/16
Salamishah Tillet, The Return of the Protest Song, 20.01.15, consulté le 12/11/16
Ashley Elizabeth, ‘A Seat at the Table’ is a Perfect Album for the Black Lives Matter Generation
Hua Hsu, BLOOD ORANGE AND THE SOUND OF IDENTITY 4.07.16, consulté le 15/11/16
Alexandre Pierrepont, Le spectre culturel et politique des couleurs musicales : la « Great Black Music » selon les membres de l’AACM, 8.11.16, consulté le 16/11/16
Alex Franck, Blood Orange’s Freetown Sound Is The Album For Fraught Times, 1.07.16
Arnaud Robert, D’Angelo, ne plus attendre le messie, 17.12.14, consulté le 14/11/16

Crédits photos :

Grammy Awards
Exposure America
Deana Lawson

Culture

Who runs the world ? Beyoncé !

 
Un retour inattendu
Personne ne s’y attendait. Alors que les critiques musicaux annonçaient le retour dans les bacs de Beyonce en 2014, l’artiste a surpris ses fans en publiant son nouvel album dans la nuit de jeudi à vendredi.
Uniquement proposé en téléchargement légal sur la plate-forme Itunes (qui avait négocié l’exclusivité), l’opus s’est hissé en quelques minutes à la première place des ventes. En seulement 72 heures, 828 773 unités ont été vendues. Bien plus qu’un succès, il s’agit d’un record. Mardi 17 décembre, la compagnie Apple a d’ailleurs fait paraître un communiqué annonçant qu’il s’agissait de l’album vendu « le plus rapidement de toute l’histoire de l’iTunes Store dans le monde entier », dépassant la performance de Justin Timberlake, dont le disque intitulé 20/20 s’était écoulé à 580 000 exemplaires en l’espace d’une semaine.
Habituée à faire parler d’elle, Beyonce avait déjà fait le buzz en publiant en 2008, l’album I am… Sacha Fierce, vendu sous la forme d’un coffret composé de deux disques, représentant deux aspects de sa personnalité : l’un plus romantique avec des ballades pop et l’autre plus « fierce » (sauvage) avec des chansons dansantes aux accents électro. Quelques semaines avant le lancement de ce disque, Beyonce avait été multiplié les apparitions médiatiques et les deux singles choisis pour porter l’album (If I were a boy et Single Ladies) avaient été diffusés en boucle sur toutes les radios.
Mais pour promouvoir son nouvel album, la star a décidé d’adopter une toute autre stratégie. Aucun teaser n’a été publié sur internet.  Aucun single n’a été envoyé aux radios. Aucune interview n’a été accordée à la presse. Comment cette absence de communication a-t-elle abouti à un tel succès ?
Un album hybride
Dans une vidéo publiée sur sa page Facebook, Beyonce explique à son public à quel point elle regrette l’époque où la musique primait sur les stratégies marketing. Se revendiquant plus artiste que business woman (ce qui semble quelque peu ironique sachant qu’elle a créé une ligne de vêtement, lancé un parfum à son nom et a été égérie pour des marques telles que Pepsi, H&M ou Nintendo), la chanteuse a pris la décision de garder secrète la date de lancement de son album. Elle a justifié ce choix en indiquant qu’elle ne souhaitait pas que sa maison de disque informe la presse de la sortie de l’album afin qu’elle puisse directement l’annoncer à ses fans. Vendredi matin, elle a donc publié un message sur ses comptes Facebook, Twitter et Instagram pour signaler que l’album était disponible en téléchargement sur Itunes. Mais en refusant d’avoir recours à des pratiques communicationnelles et promotionnelles dont la finalité est de faire le buzz, Beyonce a justement fait buzz.
Intitulé BEYONCE, le disque est en lui-même un instrument du buzz. Qualifié par la presse « d’album visuel », il comprend 14 chansons et 17 vidéos. Si la star n’a cessé de clamer ces derniers jours que la musique devait passer au premier plan, l’album BEYONCE semble pourtant être en contradiction avec cette idée. Le disque revêt ici une nouvelle forme : il ne s’agit non pas d’un contenu purement musical, mais plutôt d’un mélange de sons et d’images mettant nos sens en éveil. Beyonce a déclaré avoir voulu offrir au public une représentation de ses chansons : « Je voulais que les gens entendent les chansons avec l’histoire qui est dans ma tête. ». La chanteuse a notamment avoué s’être inspirée de la fameuse chanson de Michael Jackson, Thriller, dont le succès repose en partie sur le vidéoclip. Beyonce, nouvelle Queen of Pop ? Queen of marketing, c’est certain.
 
Lisa Brunet
Sources
Lemonde
Chartsinfrance
Crédits photos : Thecorner