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Le off : règle ou exception

« D’après une source proche du dossier » « D’après un habitué des couloirs de l’Assemblée » « D’après un intime d’Emmanuel Macron » …
La politique est une affaire de calculs. Comment donner son avis sur un sujet sensible sans se mouiller ? Nos politiciens ont depuis longtemps trouvé la solution : le off.
De prime abord, le off semble être une réponse ponctuelle à un dilemme précis : le sentiment de devoir transmettre une information que l’on estime primordiale, mais qui se heurte au désir ou au besoin d’anonymat. Si cela peut sembler du calcul très politicien, cela peut néanmoins se justifier, notamment par l’existence d’un devoir de réserve.
Seulement, l’usage qui en est fait tient plus (trop ?) souvent de la vendetta personnelle que de l’information capitale à révéler au grand jour. Même lorsque le off semble être justifié, les motivations derrières ce geste sont parfois troubles.
Cette ambivalence est parfaitement illustrée par l’un des plus grands scandales de l’histoire politique américaine, le Watergate. Bob Woodward et Carl Bernstein ont bénéficié en septembre 1972 des révélations d’un informateur anonyme pour le grand public, connu sous le pseudonyme de Deep Throat. Deep Throat a aidé les deux journalistes à prouver l’implication de Nixon dans l’affaire d’espionnage du Parti démocrate. Seulement, Deep Throat n’était autre que Mark Felt, ex-directeur adjoint du FBI. Felt avait été évincé de la succession d’Hoover 4 mois plus tôt par… Nixon. La question des motivations de la source se pose inévitablement.
De fait, le off n’est pas, voire n’a jamais été, l’exception qu’il devrait être. Le off est une règle codifiée bien ancrée dans les pratiques des politiques, mais aussi des journalistes qui y trouvent naturellement leur compte. Le off est à la source de nombreux scoops censés être tonitruants. Seulement l’on atteint certainement la limite du phénomène, « une source proche du dossier » ne sera jamais une source fiable : la formulation est trop vague pour être crédible.
Aussi, la pratique du off, loin de disparaître, se réinvente. Le off n’est plus un commentaire anonyme de l’actualité. Il est un commentaire assumé a posteriori de l’actualité. La maîtrise du tempo de diffusion permet à la source de ne pas risquer sa crédibilité avec une réaction sur le vif, mais de s’en attirer les louanges plus tard, sur le principe du « je vous l’avais bien dit ». Seulement, il s’agit d’un exercice difficile qui peut se retourner très facilement contre l’auteur. « On ne peut parler d’audace pour le fait de griller le « off » quand la fin du règne arrive » analysait justement Dominique de Montvalon (alors Directeur adjoint de la rédaction du Parisien) pour Le Monde en 2006.

Si le off en politique peut parfois ressembler à du règlement de compte dans un anonymat relatif, elle est aussi une pratique communicationnelle diablement efficace dans d’autres secteurs. Dans le sport par exemple plus particulièrement le football. Dans la période des transferts, les passionnés de football sont tous aux aguets des mouvements à venir des joueurs. Ces périodes sont l’occasion d’observer la pratique du off à une échelle incroyable. Chaque journaliste d’affirmer de « source sûre » que tel joueur va signer dans tel club. Souvent, ces révélations incroyables émanent des clubs pour faire monter le prix de leurs joueurs, ou alors des agents pour renforcer la cote de leurs joueurs et donc augmenter leurs commissions. Bien entendu, l’immense majorité de ces informations ne sont que de pures inventions, c’est au journaliste d’être capable de ne pas être uniquement un outil utilisé par ses sources.
Ce jeu du chat et de la souris est rendu possible par cette pratique effrénée du off, toujours davantage règle qu’exception.
Robin LabouréeLinkedIn
Sources :

Crédits photos :

  • Washington Post, Une du 1er juin 2005
  • Couverture Un président ne devrait pas dire ça par Fabrice Lhomme et Gérard Davet, éditions Stock, 12 octobre 2016