Com & Société, Flops

Réseaux sociaux : bonjour le fisc, adieu vie privée !

Le Ministre de l’Action et des Comptes Publics, Gérald Darmanin, a annoncé dans l’émission Capital sur M6 l’expérimentation de la lutte contre la fraude fiscale en surveillant les réseaux sociaux. Oui vous avez bien lu ! Cette mesure devrait entrer en vigueur au début de l’année prochaine alors il est encore temps de faire le tri dans ses photos Instagram, Facebook et Twitter avant que le fisc ne vous pointe du doigt.

Agora, Com & Société, Politique

Dehors ou le péril des exilés et des politiques migratoires

Un gros livre jaune, couleur de la trahison. Nous voici en présence d’une lettre ouverte écrite par un intellectuel polémique à un Président de la République à la popularité déclinante… « La colère est nécessaire. On doit l’utiliser non comme chef, mais comme soldat » écrivait Aristote. Dehors en est l’incarnation. Cet ouvrage s’inscrit dans notre histoire, celle d’une crise humaine dépassant les traditionnels États-nations, leur souveraineté et en principe, les clivages idéologiques.

Société

Pluralisme VS complexité des règles : débat autour du Par Condicio en Italie

C’est décidé. Le 28 décembre dernier, le président de la République italienne, Sergio Mattarella, dissout le Parlement et arrête ainsi la date des prochaines élections législatives. Elles se tiendront le 4 mars prochain.
La 17ème législature a pris fin de cette manière et c’était d’ailleurs l’une des rares, en presque soixante-dix ans d’histoire républicaine, à être allée au terme de son mandat de cinq ans.
Mais rien de stable à l’horizon : le mode de scrutin laisse une large part à la proportionnelle et avec trois pôles peu enclins à toute forme de coalition (la droite, le centre gauche et le Mouvement 5 étoiles), cela n’annonce rien de bon pour le prochain Parlement.

Société

L’immigration à l’ère Macron, droitiser pour mieux régner

C’est avec le projet de loi sur l’immigration, présenté jeudi 11 janvier 2018, qu’Edouard Philippe met en scène le durcissement de la politique migratoire française. Bien loin de la « grande société » rêvée par Alexis de Tocqueville, la justification de ce projet de loi semble attester d’une dynamique individualisante, et au demeurant égoïste. Réponse à un besoin sécuritaire, le gouvernement court-circuite ici les prétentions d’une droite en reconstruction avec une loi de circonstance.

Agora, Société

Le off : règle ou exception

« D’après une source proche du dossier » « D’après un habitué des couloirs de l’Assemblée » « D’après un intime d’Emmanuel Macron » …
La politique est une affaire de calculs. Comment donner son avis sur un sujet sensible sans se mouiller ? Nos politiciens ont depuis longtemps trouvé la solution : le off.

Politique, Société

Les citoyens qui écrivent l’information : réappropriation du discours politique

Avec l’augmentation très soudaine de la présence des politiques sur les réseaux sociaux, leurs discours sont devenus de plus en plus immédiats, de plus en plus directs, mais aussi de plus en plus relayés et commentés. Cette reprise de l’information politique ne se fait plus seulement par la presse et autres médias traditionnels mais aussi par les citoyens eux-mêmes.
Dans ce contexte, l’essor du journalisme citoyen est non seulement facilité par les nouvelles technologies, mais semble aussi plus naturel. En changeant le fond de la circulation de l’information, la dynamique de l’informateur et de l’informé est transformée à son tour, créant un nouveau challenge pour la communication politique.
     

« Manifeste pour un journalisme citoyen »
Par conséquent, quand François Serrano affirme via Mediapart que : « Absolument tout citoyen ayant une conscience sociale et la volonté de s’exprimer a toute légitimité pour assumer la responsabilité d’informer ses concitoyens, avec ses propres mots, sur des sujets qu’il connaît », cela peut paraître évident. Mais le lancement de son nouveau média citoyen numérique (L’impertinent), écrit par « des personnes comme vous et moi », se fait dans un milieu où des noms sont déjà très connus, tels qu’AgoraVox. Et c’est justement parce que ce secteur est déjà occupé par des formes de médias similaires que la survie de L’Impertinent (et sa capacité à réellement influencer) s’annonce difficile. Cette situation est très représentative du changement de paradigme de la communication politique, où les sources se multiplient et se diversifient, au coût de la fidélité des informés.
Un changement double dans la parole

Mais cet élargissement de la légitimité dans le discours politique se fait souvent au détriment du fact-checking. La diversité des sources d’information en politique signifie que les nouveaux médias doivent marquer leur différence, leur originalité ; d’autant plus qu’accéder à l’information est facile et rapide. Les nouveaux médias sont donc surtout des médias d’opinion, dont les sources ne sont pas toujours fiables et où la prétention à l’objectivité est abandonnée. Cela est vrai pour les fameux médias de l’alt-right américaine (Breitbart News par exemple) tout comme pour les sites de presse alternative de gauche radicale française (tels que Fakir). On peut remarquer que ces deux exemples sont dirigés par des personnalités politiques : le premier par Steve Bannon, ancien conseiller stratégique de Donald Trump, et le second par François Ruffin, député France Insoumise. Quoique tous deux issus de la société civile, ils ont maintenant des agendas propres, même s’ils prétendent aller contre la « vérité officielle » des médias traditionnels (Fakir se réclamant n’être d’« aucun parti politique, aucun syndicat, aucune institution » et « largement rédigé, illustré et géré par des bénévoles »).
Le problème de la nouvelle communication politique : la fin de la propagande ?
L’information et donc la communication politique se sont fortement complexifiées depuis le début de la Vème République. L’idée ancienne de la « piqûre hypodermique » de Lasswell, selon laquelle il est possible d’injecter un message dans l’esprit de la population par les médias, semble définitivement passée de mode.
Pourtant Sophia Chikirou, directrice de la communication de Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle, déclarait encore en septembre dans Quotidien : « Quand je conseille Jean-Luc Mélenchon (…) en communication, je pense propagande. »
Il s’agit d’une conception très classique de la communication politique, celle qu’il suffit de persuader pour propager ses idées. Pourtant, aujourd’hui plus que jamais, le récepteur sélectionne les messages qu’on lui envoie au lieu de rester passif, plus proche aussi des effets « limités et indirects » de la communication théorisés par Lazarsfeld.
Un nouveau paradigme de « marketing politique »
Aujourd’hui la communication politique doit donc se faire plus indirecte, travailler sur une image de marque du parti (et du candidat). Pour ce faire, elle s’appuie sur une mise en scène de la personnalité de l’homme politique et sur le « buzz », dont un bon exemple serait le discours par hologramme de Jean-Luc Mélenchon. Non seulement a-t-il été relayé et repris par les réseaux sociaux, qui à leur tour ont influencé les médias traditionnels, il a aussi propagé une image très humaine de Mélenchon chez ses partisans, presque « adorkable » – à la fois décalée et attendrissante.

Si cette personnalisation du politique peut dériver vers une « peopolisation » où les scandales personnels des politiques sont repris à outrance, elle marque avant tout une réappropriation du discours politique et un élargissement du public qui se sent concerné. Tout en étant un enjeu pour les communicants politiques au travail complexifié, elle marque un changement positif dans l’exercice démocratique.
Léa Andolfi
 
Sources :
François Serrano, « Le manifeste pour un journalisme citoyen », Mediapart, 14 octobre 2017, consulté le 18 /10/17 
Rémy Rieffel, Sociologie des médias, Ellipses, septembre 2015
L’interview de Sophia Chikirou par Yann Barthès, Le Quotidien, 29/09/17 
Harold Dwight Lasswell, « Structure et fonction de la communication en société », 1948
Crédits de l’image de couverture :
Digital Vidya, consulté le 22/10/17 

Société

Fake news et autres perlimpinpineries

Les fake news (ou littéralement fausses nouvelles) : qui n’en a pas entendu parler ? Elles ont déterminé et requalifié le vote de nombreux électeurs, que ce soit durant les présidentielles américaines ou durant la campagne du Brexit.
Mais la véritable question n’est pas tant de savoir si nous sommes tous individuellement égaux face à ces fake news que de comprendre pourquoi celles propagées lors de la campagne présidentielle française n’ont pas su trouver prise. Pourquoi n’avons-nous pas mordu à l’hameçon comme des millions d’électeurs avant nous ailleurs dans le monde ? Est-ce une question de culture, ou bien d’autres paramètres d’ordre technique sont-ils à prendre en compte ? D’où vient cet écart entre la perception de l’information américaine ou britannique et la perception française, si tant est que nous puissions définir l’information selon une pseudo-identité culturelle ?
 
Internet, cette nouvelle tyrannie ?
Ces fausses nouvelles sont notamment le résultat connexe de plusieurs causes. Spirale du silence, tyrannie des agissants, audiences invisibles et filter bubbles (« bulles de filtre ») en sont les principales composantes qui, lorsqu’elles sont mises bout à bout, font d’Internet un espace de liberté, certes, mais où toutes les opinions ne sont pas également percevables.
Si la théorie sociologique et de science politique de la spirale du silence* est assez connue et a façonné dans les années 1970 l’idée que nous nous faisons de ce que l’on nomme les « mass-médias », il peut sembler intéressant ici de s’intéresser à la notion de « tyrannie des agissants ». Dominique Cardon, qui a développé le concept, décrit le phénomène en ces termes : « On est tous égaux a priori, mais la différence se creuse ensuite [ …] entre ceux qui agissent et ceux qui n’agissent pas. Internet donne une prime incroyable à ceux qui font.
Et du coup, il peut y avoir une tyrannie des agissants. » Pendant l’élection de Trump, on a pu se rendre compte des effets néfastes du phénomène de la tyrannie des agissants dans la mesure où ceux qui se sont le plus exprimés sur les réseaux sociaux sont ceux proférant des propos racistes ou misogynes. Cette tendance ne fait que renforcer la force des fausses nouvelles et de la désinformation car ces individus « agissants » gagnent en visibilité tandis que les tentatives de ré-information des médias traditionnels sombrent dans une partie silencieuse des électeurs qui, sans être agissants, ne relaient ces informations qu’avec leur propre audience.
 
Prise de conscience réelle ou indifférence manifeste ?
Lors de la campagne en faveur du référendum pour quitter l’Europe, les « Brexiteers » (ceux qui souhaitaient voir le Royaume-Uni sortir de l’UE) ont eu recours à un certain nombre de ces fausses nouvelles sur lesquelles ils sont ensuite rapidement revenus**.

Pour ce qui est des présidentielles américaines – bien que les experts de la CIA, du FBI et de la NSA ne se prononcent pas encore sur les potentiels effets de cette campagne de désinformation sur l’élection de D. Trump – il est certain que la divulgation d’informations compromettantes pour la candidate démocrate via le site Wikileaks à quelques jours de l’élection présidentielle n’a pu jouer qu’en sa défaveur. Mais en France, cela n’a pas entraîné de tournant majeur dans la campagne présidentielle. Car le candidat de En Marche !, bien qu’il ait lui aussi dû faire face à une massive et soudaine campagne de désinformation, et ce à quelques jours de l’une des élections les plus importantes de notre Vème République, est aujourd’hui président. En effet, l’évocation de l’existence d’un compte offshore (relayée sur Twitter et lors du débat par des membres de l’alt-right US, Jack Posobiec et William Craddick), ainsi que le hacking par des partisans du régime russe et la fuite (encore via Wikileaks) de documents de campagne, parfois en provenance de Macron lui-même, aurait pu nuire à son élection – mais il n’en fut rien. Aussi, en dépit du MacronGate et de la naissance du hashtag #MacronLeaks sur Twitter, l’impact a été considérablement moindre.

La période de réserve pré-élection*** a empêché les journaux français de s’emparer de l’affaire et réduit l’effet de tyrannie des agissants. Cette période de réserve ne s’étend cependant pas au reste du monde (notamment à la presse belge et suisse) qui ont pu, en s’exprimant, jouer de l’impuissance des candidats à se défendre. Mais cette période, qui aurait pu défavoriser des candidats incapables de se défendre, n’a finalement rien changé. En outre, des dispositifs avaient été élaborés par les membres de campagne de Macron pour parer à ce genre d’éventualité de hacking, membres tout aussi avertis que n’importe lequel des citoyens face au risque de surgissement des fake news dans la mesure où les dernières élections avaient été polluées par ce genre de scandale (The New York Times, pour n’en citer qu’un), et c’est probablement ce qui joué en notre faveur à tous… Mais pouvons-nous vraiment blâmer les Américains et leur reprocher d’être tombés dans le piège des fake news ? Non ; pas plus que nous pouvons nous croire plus malins pour avoir su le contourner. Ainsi, nous pouvons donc légitimement penser que c’est uniquement cette prise de recul, mêlée à d’autres paramètres encore indistincts (comme peut-être des critères plus sociologiques et peut-être culturels ), qui a permis une certaine lucidité sur le phénomène, lucidité que les Américains, face à la brutalité de ce surgissement nouveau des fake news, n’avaient pas encore pu acquérir.

L’égalité face aux fake news : le vrai cœur du problème ?
Comme le souligne The New York Times, le contraste est particulièrement frappant avec les Etats-Unis : l’annonce du hacking des documents de campagne de Macron n’a été accueillie que par « silence, dédain et mépris ». S’il est sûrement trop tôt pour pouvoir savoir si nous sommes tous soumis au même régime face au phénomène de la désinformation, cela a le mérite de soulever un autre problème. A ce sujet, une citation de Hannah Arendt fait particulièrement sens : « Quand tout le monde vous ment en permanence, le résultat n’est pas que vous croyez ces mensonges, mais que plus personne ne croit plus rien. Un peuple qui ne peut plus rien croire ne peut se faire une opinion. Il est privé non seulement de sa capacité d’agir mais aussi de sa capacité de penser et de juger. Et avec un tel peuple, vous pouvez faire ce qu’il vous plait ». Alors il peut paraître bon de rappeler, comme un avertissement, que l’indifférence dont nous avons fait preuve est peut-être bien plus dangereuse que ces fake news en elles-mêmes.
 
Lina Demathieux
Linkedin : https://www.linkedin.com/in/lina-demathieux-775745135/
 
*développée par la sociologue allemande Elizabeth Noelle-Neumann
**contrairement à ce qu’on a répété pendant toute la campagne par exemple, Londres ne versait non pas 350 millions de livres par semaine à Bruxelles, mais 136 millions.
***: selon la CNCCEP (Commission nationale de contrôle de la campagne électorale), pendant deux jours, « toute activité à caractère électoral doit cesser » . En effet, la CSA explique que durant cette période, «il est interdit à tout candidat de porter à la connaissance du public un élément nouveau de polémique électorale à un moment tel que ses adversaires n’aient pas la possibilité d’y répondre utilement avant la fin de la campagne électorale». « La campagne s’arrête pour que les citoyens aient un temps de réflexion et ne reprend qu’au moment où les votes sont clos.»
 
Sources :
MOULLOT Pauline, « Fausses informations, vraies conséquences », Libération http://www.liberation.fr/planete/2017/02/17/fausses-informations-vraies-consequences_1549282 Paru 17/02/17, consulté le 12/05/17
DONADIO Rachel, « Why the Macron Hacking Attack Landed With a Thud in France », The New York Times https://www.nytimes.com/2017/05/08/world/europe/macron-hacking-attack-france.html?_r=0 Paru le 08/05/17, consulté le 12/05/17
SHLINDER R. Robert, « Putin Declares War on the West », Observer http://observer.com/ 2017/05/vladimir- putin-kremlin-wikileaks-france-germany-election-interference/ Paru le 08/05/17, consulté le 12/05/17
KOTELAT Didier, « Les « Macron Leaks », itinéraire d’une opération de déstabilisation politique », RTS INFOS https://www.rts.ch/info/monde/8599552-les-macron-leaks-itineraire-d-une-operation-de-destabilisation-politique.html Paru le 06/05/17, consulté le 13/05/17
MATHIOT Cédric, « Fake news, retournez d’où vous venez ! », Libération http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/05/10/fake-news-retournez-d-ou-vous-venez_1568574 Paru le 10/05/17, consulté le 13/05/17
NOSSITER Adam, SANGER E. Davaid and PERLROTH Nicole, “Hackers Came, but the French Were Prepared”, The New-York Times https://www.nytimes.com/2017/05/09/world/europe/hackers-came-but-the-french-were-prepared.html Paru le 06/05/17, consulté le 13/05/17
ALBERT Eric, « Les approximations des partisans du « Brexit » sur la contribution du Royaume-Uni à l’UE », Le Monde http://www.lemonde.fr/referendum-sur-le-brexit/article/2016/06/04/les-approximations-des-partisans-du-brexit-sur-la-contribution-du-royaume-uni-a-l-ue_4935129_4872498.html Paru le 04/06/16, consulté le 13/05/17
DEBORDE Juliette, « Ce qu’on peut dire (ou pas) sur les réseaux sociaux ce week-end », Libération http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/05/05/ce-qu-on-peut-dire-ou-pas-sur-les-reseaux-sociaux-ce-week-end_1567279 Paru le 05/05/17, consulté le 16/05/17
Comment la presse veut survivre face aux « fake news », Challenges https:// challenges.fr/media/presse/comment-la-presse-veut-survivre-face-aux-fake-news_460190 Paru le 13/03/17, consulté le 13/05/17
Z, « A Lire Absolument. Comprendre le phénomène des « fakes news » – Spirale du silence, tyrannie des agissants et Pensée tribale : « La langue des dictateurs » (comment les élites bernent le peuple) » , Le blog de la résistance https://resistanceauthentique.net/2017/02/17/comprendre-le-phenomene-des-fakes-news/ Paru le 17/02/17, consulté le 13/05/17
https://fr.wikipedia.org/wiki/Spirale_du_silence Consulté le 15/05/17
BELAICH Charlotte, « «Période de réserve» : de quoi peut-on parler ce week-end ? », Libération http://www.liberation.fr/elections-presidentielle-legislatives-2017/2017/04/21/periode-de-reserve-de-quoi-peut-on-parler-ce-week-end_1564254 paru le 21/04/17, consulté le 18/05/17
 
Crédits photos :
Photo de couverture : http://www.snopes.com/2017/04/24/fake-news-french-elections/
Car de déplacement des pro-Brexit lors de la campagne : https://static.independent.co.uk/s3fs-public/styles/article_small/public/thumbnails/image/2017/02/08/09/ gettyimages-576855020-0.jpg
Tweet de Jack Posobiec: http://md1.libe.com/photo/1019546-posobiec.png? modified_at=1494051841&width=750
Infographie : https://visionarymarketing.fr/blog/wp-content/uploads/2017/04/new-piktochart_22000118_3ad8a8beb17567d28f1b9f95e2a2d6f88b3e09b1.png

1
Société

Lettres ouvertes : le coupe-papier au service du peuple ?

Le ressort médiatique de la lettre ouverte est fondé sur un paradoxe : le privé y est dévoilé. Or, quel meilleur instrument que la curiosité pour s’offrir un public attentif, une audience assez large pour garantir la diffusion du message ? Surtout lorsque les voies les plus traditionnelles (médias nationaux mais pas seulement) semblent réservées à « l’élite » : votre lettre au Président de la République a, en effet, peu de chances d’arriver sur son bureau via La Poste. La lettre ouverte serait-elle donc la solution à une asymétrie de fait des moyens d’expression, offrant à M. Tout-le-monde le pouvoir d’interpeller une personnalité et d’influencer en chemin tous les lecteurs intermédiaires ?

(Portrait de Diderot ou comment Epistolaire et Pensée politique ont une histoire commune)

De J’accuse à Vous n’aurez pas ma haine : la lettre ouverte est un format intemporel

La rhétorique y est identifiable : à première vue, c’est une lettre normale, elle débute par une adresse et se conclut par une signature, parfois précédée d’une formule de politesse. A la loupe, les littéraires sauront y voir un destinataire-double (le public intermédiaire) et y déceler un registre sinon polémique, du moins oratoire, avec parfois une once de lyrisme et de morale :

« Je n’ai qu’une passion, celle de la lumière, au nom de l’humanité qui a tant souffert et qui a droit au bonheur. Ma protestation enflammée n’est que le cri de mon âme. Qu’on ose donc me traduire en cour d’assises et que l’enquête ait lieu au grand jour ! J’attends.
Veuillez agréer, monsieur le Président, l’assurance de mon profond respect. »
Conclusion de la lettre ouverte « J’accuse » d’Emile Zola publiée le 13 janvier 1898.

Soyons francs : à l’époque de son « J’accuse », Emile Zola jouissait déjà d’une certaine notoriété, l’affaire Dreyfus déterminait le tirage des journaux, et ces derniers représentaient déjà une tribune privilégiée d’expression. Cependant, le choix de publier sa lettre a permis au peuple de se réapproprier son argumentation, et la plume zolienne a donné ses lettres de noblesse au genre de la lettre ouverte.
 

Un siècle plus tard…

Les possibilités d’auto-publication offrent aujourd’hui une nouvelle tribune médiatique, plus à même de transmettre la pensée d’un inconnu. On ne compte plus le nombre de journaux vendus mais le nombre de partages d’un post, proportionnel au nombre de vues et au taux d’adhésion au message. C’est ainsi que les mots d’Antoine Leiris ont été portés par plus de 200 000 partages sur Facebook, avant d’être repris par la presse et développés dans un livre éponyme qui suscite encore aujourd’hui des commentaires partout dans le monde.

A qui s’adressait vraiment cette lettre ? Le public (second destinataire) concurrence souvent la cible première. Ouverte, la lettre n’est pas sûre d’atteindre son destinataire officiel, mais peut-être le message trouve-t-il finalement un public plus attentif.
Par ailleurs, il est évident que la diffusion de ces textes est intrinsèquement liée à la temporalité de leur publication : en temps de crise, la circulation de l’information s’accélère. L’émotion (du latin e-movere « faire bouger ») est un facteur clé de la transmission parce que l’empathie pousse au partage et que le choc, le deuil, la colère, nécessitent des mots pour être « traités » par l’individu et par la société – à l’exemple des attentats de novembre 2015.
Lorsque la crise est d’un caractère plus politique, lorsqu’elle est le symptôme d’une transition, elle inspire une pensée du changement, une remise en question temporaire et féconde d’un système habituellement accepté – c’est notamment le cas en période électorale.
Néanmoins, la lettre ouverte ne perd pas son attrait au quotidien, et les outils numériques en valorisent même l’usage : en 140 caractères, avec un @destinataire et quelques #lettreouverte #openletter, le Tweet se veut l’héritier hyper-efficace d’un exercice journalistique à la source du micro-blogging.
 

Pertinence et impertinence du décachetage

« M. Le président », « les jeunes » et « ma mère » sont aujourd’hui encore les destinataires les plus courants des lettres ouvertes, au risque d’abuser de leur pouvoir d’interpellation. Le timing (plutôt en temps de crise) et le support de publication (un grand média ou un réseau social avec une audience potentiellement influente), et enfin le choix du destinataire déterminent l’ampleur du lectorat.
Ce n’est donc pas d’une bouteille à la mer que nous parlons mais d’un art de l’interpellation, facilité par le je/tu/vous de l’écriture épistolaire. Difficile donc pour les politiques de ne pas y céder, au risque parfois de provoquer le rejet, comme si la lettre ouverte ne devait appartenir qu’à ceux qui ne disposent pas des moyens traditionnels d’expression : d’où les Murmures à la jeunesse d’une Christiane Taubira qui veut prendre en compte la sollicitation à outrance de ce « segment électoral », dont les tympans sont épuisés par les cris de ralliements à un parti.

(Une « beuglante » ou la Lettre Ouverte selon l’univers de Harry Potter)

Pendant cette campagne présidentielle, l’avis de ceux qui disposaient déjà d’une aura ad hominem a été accueilli avec scepticisme voire amertume par leur public habituel, depuis Dany Boon jusqu’à Zinedine Zidane en passant par Sonia Rolland (ex-miss France) et Luc Besson.

Les Insoumis auront particulièrement été ciblés par les derniers élans éditoriaux : O. Tonneau sur Médiapart « Lettre aux insoumis tentés par l’abstention », E. Jardin sur Mediapart aussi « Lettre à mes amis insoumis partisans du ni-ni », et P.-M. Chapon dans Libération avec sa « Lettre à la jeunesse insoumise », pour ne citer que les dernières. A l’instar du public des célébrités citées précédemment, les partisans de J.L. Mélenchon ont semblé être désabusés face aux appels au vote (surtout pour Macron) des auteurs. Preuve que lorsque la lettre ouverte affiche trop d’injonctions, elle perd sa puissance de conviction.

Le ressort émotionnel de la lettre ouverte, c’est donc ce « décachetage » d’une pensée intime qui s’adresse au public et fait d’une conviction un engagement, d’une indignation un acte politique. Peut-être que pour prouver sa sincérité, elle doit se détacher un peu de son contexte temporel. Beaucoup de lettres ouvertes sont aujourd’hui des testaments littéraires, artistiques, ou politiques, de personnalités qui ne l’étaient pas forcément (Steve Jobs, Bill Gates, Jane Birkin…).

(extrait du site deslettres.fr qui offre en libre accès les lettres ouvertes de multiples personnalités)

Finalement, qu’importe les libertés qui sont prises avec sa forme, la lettre ouverte est un exercice journalistique à la portée de tous et qui répond au besoin pressant d’être entendu dans le brouhaha d’un web devenu place publique. Ses métamorphoses et ses différents usages sont à l’image d’une crise politique patente : celle du dialogue entre élite et citoyens.
Ces derniers, grâce à la lettre ouverte, se réapproprient un temps de parole dont on n’avait perdu l’habitude : les lettres ouvertes demandent une lecture plus attentive que celle du scrolling et imposent aux médias une temporalité plus lente que celle du zapping. Et elles n’en perdent pas leur force au contraire : celui ou celle qui clique sur le « afficher plus » d’un post Facebook engagé accepte de s’immerger dans la subjectivité d’un autre pour nourrir sa propre réflexion. Le « slow thinking » (conceptualisé par Daniel Kahneman) offre alors une distance rationnelle qui compense le ressort émotionnel – parfois jugé subversif – de la lettre ouverte.
 

Mélanie Brisard
https://www.linkedin.com/in/melaniebrisard
Sources

Article wikipédia sur les lettres ouvertes, en anglais : https://en.wikipedia.org/wiki/Open_letter
Site web Des Lettres qui met à disposition des lettres ouvertes de personnalités http://deslettres.fr
Tonneau, Olivier, « Lettre aux Insoumis tentés par l’abstention », Médiapart, 25/04/2017, consulté le 11/05/2017 https://blogs.mediapart.fr/olivier-tonneau/blog/250417/face-au-fn-lettre-aux-insoumis-tentes-par-l-abstention
Jardin, Emmanuel, « Lettre à mes amis partisans du ni-ni », Médiapart, 01/05/2017, consulté le 11/05/2017 https://blogs.mediapart.fr/emmanuel-jardin/blog/010517/lettre-mes-amis-insoumis-partisans-du-ni-ni
Chapon, Jean-Marie, Libération, 27/04/2017, consulté le 11/05/2017 http://www.liberation.fr/debats/2017/04/27/lettre-a-la-jeunesse-insoumise_156569

 
Crédits photo

  Une de l’Aurore du 13/01/1898 avec le « J’accuse » d’Emile Zola https://fr.wikipedia.org/wiki/J%27accuse…!
Portrait de Denis Diderot par Louis-Michel Van Loo (1767) © Photo RMN-Grand Palais (Musée du Louvre) / Stéphane Maréchalle http://www.louvre.fr/oeuvre-notices/denis-diderot
Captures d’écran du 80/05/2017 : post d’Antoine Leiris et post de Dany Boon
  Exemple d’un cachet de cire par https://www.mysweetboutique.fr/tampons-a-encrer-et-encres/3235-tampon-sceau-pour-cire-a-cacheter-motif-diamant-3701012134246.html
  Montage de L’Obs pour son article du 06/05/2017 http://tempsreel.nouvelobs.com/presidentielle-2017/20170505.OBS9037/fin-de-la-campagne-quelles-sont-les-regles-qui-s-appliquent-meme-a-vous.html
Captures d’écran du 08/05/2017 : extrait du site http://www.deslettres.fr

Politique, Société

La photographie politique : une communication par l'art qui nuit aux politiques ?

La photographie politique se situe au croisement de l’art et de la communication, et cette hybridité en fait un subtil vecteur de significations fortes. L’œil du photographe fait jaillir une beauté de l’image qui n’est pas innocente, tout en restant sujette à l’interprétation. Ce pouvoir de l’image ne vient-­il pas déranger et contrarier l’ethos des hommes politiques ?
Loin des clichés, une ouverture du sens par l’image-message
Habitué de certains politiques, le photojournaliste connaît leur gestuelle et attend de figer dans l’objectif la plus emblématique et la plus signifiante. Jeux d’ombres et de regards, mais aussi de positions, la photo peuvent matérialiser des tensions ou bien se faire métaphore prophétique. L’image permet de signifier, plus directement et plus fortement. Sa qualité doit permettre une réception plus favorable des citoyens et étrangers. « J’ai souvent remarqué que, sans doute livré à sa fougue, ce premier ministre [Manuel Valls] respecte rarement le protocole en laissant le président marcher devant lui. Je considère ce «coude-­à-­coude » comme une photographie prémonitoire, depuis l’instant où je l’ai faite », déclare Jean-­Claude Coutausse, photojournaliste pour Le Monde. La beauté de la photographie peut se montrer cruelle quand elle vient dénoncer un comportement ou une attitude… A chaque fois elle vient en effet traduire une opinion: la parole muette du photographe.
Parce qu’elle est image, qu’elle donne à voir de manière uniforme, totale et directe, la photographie politique est une communication subtile et subite. C’est en cela qu’elle est indicielle, et participe de cette « couche primaire » de la communication qu’évoque Daniel Bougnoux. Mais son message ne se lie pas uniquement, il est aussi à déchiffrer.

Les portraits d’Obama mis en regard sont saisissants et contribuent à la nostalgie ressentie suite à son départ. Après huit ans de présidence, ce diptyque frappe par l’évolution qu’il signifie. De face, l’ancien président semble s’adresser directement aux citoyens, ses traits durcis et ses cheveux blanchis matérialisant le travail effectué. Le président neuf, empli d’idéaux et d’espérance qu’il semble incarner dans le premier portrait, n’existe qu’au regard du second où les traces de fatigue, d’usure, mais également de maturité sont perceptibles. Tout le sens de cette photographie ressort de l’association de ces deux portraits en miroir, symboliquement fort, marquant le début et la fin d’une ère. Elle permet également de souligner le parti pris du photographe politique, visiblement attaché à sa muse, qu’il voit s’éloigner avec nostalgie.
C’est en tout cas l’une des interprétations que l’on peut faire de ce diptyque, puisque les stratégies de communication reposant sur les œuvres d’art jouent de cette polysémie. La photographie politique cherche donc à servir certains intérêts, mais n’ancre pas totalement un sujet dans une réalité précise.
Du subjectif à l’objectif : la destruction d’un ethos ?
Mais la photographie politique pose la question de l’ethos de l’homme politique. Elle peut remettre en question l’ethos officiel qu’il s’est construit et que lui construisent conseillers et communicants. C’est en cela qu’elle est crainte, et que chaque homme politique cherche à la maîtriser, pour maîtriser à travers elle leur image. A propos d’un cliché qu’il a fait de François Hollande, Jean-­Paul Coutausse dira que « L’autofocus de [sa] caméra se bloque sur l’encadrement de la portière de la voiture officielle. L’image qui est ainsi suggérée correspond mieux au personnage qu’[il] connaît. Le physique de cet homme ne raconte pas bien sa complexité ». Le photojournaliste d’intérêt est en effet celui qui dévoile un pan de réalité oblique, qui s’intéresse à l’homme. A l’homme tel qu’il est, et donc sous un angle peu habituel. Ainsi, « pas question de [se] placer sur l’axe officiel de prise de vue, trop bien préparé par la communication» pendant le meeting que Nicolas Sarkozy fera au Trocadéro en mai 2012.
Depuis « l’hyperprésidence » de ce dernier, le contrôle des images présidentielles en France s’est trouvé renforcé. Ce contrôle se traduit d’abord par un protocole, qui cantonne les journalistes à un seul angle de vue autorisé uniformisant les photos de chacun ; par l’AFP ensuite qui sélectionne les clichés diffusés selon leur pertinence à l’égard de l’actualité.
Alors le photojournaliste se faufile, déjoue parfois les attendus pour obtenir des images défendues. Discret, il parvient à s’immiscer dans le quotidien de la vie professionnelle des politiques, et parce que « la présence du photographe est admise, assumée, oubliée », il saisit non plus des personnages qui se mettent en scène mais des images subtiles et porteuses de sens.

Cette phrase de Raymond Depardon prend ici tout son sens: « La photo est essentielle dans l’image des hommes politiques. Devant une photo, les gens peuvent mieux ressentir leur vérité ». C’est pourquoi l’auteur de la photo officielle de F. Hollande a voulu le montrer comme mal à l’aise dans son corps, voire timide, les bras ballants, afin de donner plus de naturel et de transparence à la pose.
Toutefois, le photographe demeure un intermédiaire : ses choix sont ceux d’une mise en scène de la situation et de la réalité. Sa subjectivité artistique, son but et ses intérêts rentrent en compte dans son travail et dans la photo qu’il soumet à notre regard. De même que le politique peut influer sur les choix scénographiques des portraits réalisés, à l’image de ces clichés de Donald Trump (pas encore Président des Etats-­Unis), homme d’affaire et homme politique qui a une main mise sur sa communication. Que l’on soit raillé ou bien couvert d’éloges suite à un cliché, la puissance de l’image est telle que les enjeux autour du photojournalisme sont grandissants, et que ses libertés parfois remises en question.

Ici, nous voyons clairement que D. Trump n’est pas le même homme.
Rappelons enfin que l’objectif premier du photojournaliste n’est pas tant de nuire ou soutenir, mais de porter un regard singulier sur l’actualité et de partager sa vision du monde politique. Ses clichés font part d’une réflexion sur la vie politique, ils attirent notre attention et la retiennent en saisissant l’imperceptible. Par son regard décalé, le photojournaliste fait émerger une nouvelle compréhension de l’actualité et de ses enjeux.
Lucie Couturier
LinkedIn
 
Sources :
­‐ « Jean-­Claude Coutausse, douze années de photographie politique au Monde », Le Monde, juin 2016.
‐ « La photographie, entre art et politique », Paul Grunelius, Profondeur de champs, janvier 2014.
­‐ Emission « Com en politique » (LCP), via CSA, « L’image présidentielle dans les médias ».
Crédits :
‐ Le Times
‐ L’Internaute
‐ Le Monde

Société

Marine Le Pen veut remplacer la Marseillaise par une chanson de JUL

Oups, pardon, on m’informe dans l’oreillette que cette information est erronée. Mais l’internaute qui se contenterait de lire le titre de cet article ne le saura jamais. Il pourrait donc décider d’en parler à son entourage lors d’une pause café et diffuser ce qui s’appelle UNE RUMEUR.
Quel est donc ce mal sociétal qui semble toucher particulièrement la sphère politique à l’approche des élections présidentielles ? Quel chemin tortueux empruntent les ragots pour se diffuser dans la société ? Comment savoir si une rumeur est fondée et comment réagissent les principaux intéressés à ce type d’agression ? Faisons l’effort de faire ce que ceux qui perpétuent les rumeurs ne font pas : remontons à la source.
Trois p’tit chats, chapeaux de paille, paillasson, somnambule … Bulletin de vote ?
Avez-vous déjà joué au « jeu du téléphone » ? Vous choisissez une phrase que vous confiez à votre voisin, qui la répète à son voisin, qui fait de même, jusqu’à ce que la phrase vous revienne, généralement complètement transformée. Et pourtant, chaque participant fait de son mieux pour retransmettre l’information dans son intégralité. De même, la rumeur se répand et se transforme sans que l’origine de la déformation soit volontairement malveillante. Une rumeur est donc par essence en constante mutation car chaque personne qui la relaie y apporte sa propre modification. « La rumeur provient à son début de médias non officiels : elle circule par les réseaux d’affinités personnelles et de proximité. » explique Jean-Noël Kapferer. L’auteur de Rumeurs, le plus vieux média du monde souligne également la verticalité de la diffusion des ragots dans le débat politique. « Les rumeurs et potins politiques nous arrivent par ceux qui s’intéressent plus que nous à la vie de la cité, aux affaires municipales. » Les rumeurs sur des personnages politiques viendraient donc des proches de la victime ? Enquête.
Les candidats à la présidentielle en ligne de mire
Les primaires de droite comme de gauche l’ont déjà montré, l’approche d’élection entraine irrémédiablement l’éclosion de rumeurs sur les candidats. Accusé de compromission avec une frange extrême de l’islamisme, Alain Juppé a fait les frais d’une campagne de diffamation orchestrée par l’extrême droite en novembre dernier. Surnommé « Ali Juppé » sur Twitter, l’ancien candidat a vu son avance dans les sondages s’effondrer pendant les élections des primaires de droite. Cette rumeur absurde prend néanmoins sa source quelque part. Le maire de Bordeaux a annoncé en 2008 être en discussion avec la communauté musulmane pour trouver un terrain d’entente sur un projet de centre culturel lancé en 2000. Il n’en fallait pas plus pour enflammer la « fachosphère ». La formule semble efficace puisque le phénomène se reproduit avec François Fillon quelques mois plus tard. Surnommé « Farid Fillon », le candidat de la droite est dans la ligne de mire des militants d’extrême droite pour avoir inauguré en 2010, une mosquée à Argenteuil.

Photomontage représentant François Fillon coiffé d’un turban.

De droite comme de gauche, les candidats ne sont pas épargnés. Les rumeurs attaquent leur religion, leur patrimoine, leur sexualité, déforment leurs propos… Mais le plus inquiétant est qu’elles soient relayées suffisamment pour faire parler d’elles.
Attention : risque d’intoxication informationnelle
Il est vrai qu’il est parfois difficile de faire la part des choses entre l’information et l’intox. Lorsque Le Canard enchainé publie ses premières révélations sur le PenelopeGate, les autres médias n’ayant pas accès à leurs sources, ont relayé l’information en la qualifiant de « rumeur ». Pourtant après quelques semaines d’interrogations, les emplois fictifs de la femme du candidat font l’objets d’une enquête du Parquet National Financier. Internet et les réseaux sociaux rendent paradoxalement plus difficile le démêlage du vrai et du faux. La véracité d’une information dépendant surtout de sa source, Internet donne, en théorie, un accès plus rapide à l’origine de l’information. Mais dans la pratique, peu de personnes cherchent à vérifier l’identité de l’auteur, l’origine des chiffres, d’un article ou d’une image. Et certains journalistes ne se donnent même plus cette peine ! Le 14 février dernier, le journal algérien El Hayat relayait l’information selon laquelle Marine Le Pen voudrait construire un mur entre la France et l’Algérie et que cette dernière devrait le financer. Malheureusement pour eux, leur source était le Gorafi…

Entre lanceurs d’alerte et fausses rumeurs, les personnalités visées ont recours à différents discours pour rétablir la vérité.
« Mais puisque je vous dis que vous avez tort ! »
« Si dans les dîners en ville, si dans les boucles de mails, on vous dit que j’ai une double vie avec Mathieu Gallet ou qui que ce soit d’autre, c’est mon hologramme qui soudain m’a échappé, mais ça ne peut pas être moi ! » Emmanuel Macron à propos de son homosexualité présumée le 7 février 2017 à Bobino.
Humour, silence, réponse rationnelle ou énervement, à chaque homme politique sa manière de réagir aux rumeurs qui lui collent aux basques. Mais en coulisse, il semble surtout que ce genre de propos calomnieux fasse des ravages. En effet, impossible de contrôler la diffusion de la rumeur. Celle-ci se propage d’autant plus rapidement que les algorithmes des réseaux sociaux nous proposent les sujets qui nous intéressent à partir de mots clés. Internet permet également la diffusion de fausses preuves qui alimentent la rumeur, comme la fausse carte d’identité de Najat Vallaud-Belkacem la présentant comme s’appelant Claudine Dupont. « Et plus la rumeur a une forte réalité sociale, plus elle est difficile à 5 réfuter, plus elle marche, et moins son auteur risque d’être épinglé » explique Laurent Gaildraud, auteur d’Orchestrer la rumeur.

Petit clin d’œil d’Emmanuel Macron

Il n’y a rien de plus difficile que de lutter contre la croyance par la preuve rationnelle. Il persistera toujours dans le cerveau de votre interlocuteur le doute. Voilà, le mal est fait, le poids de la foule qui a répandu la rumeur pèse beaucoup plus que la voix la plus sage, puisqu’elle est seule. Que penser alors de personnalités politiques comme Donald Trump qui diffusent de fausses allégations, comme le fait que la Suède ait subi un attentat le 19 février dernier … ? Ou en 7 accusant l’ancien président Barack Obama d’avoir mis la Trump Tower sur écoute.8 Sommes-nous en train d’entrer dans une époque où la politique n’aurait plus rien à voir avec les faits ? Ce phénomène de « post-truth politics », pour reprendre les mots du chercheur Jayson Harsin, fait la part belle aux rumeurs. A chacun donc, lorsque l’envie lui prend de diffuser un potin croustillant, de faire un effort pour vérifier ses sources !
Alice Jeanpierre
Sources :
Jean-Noël Kapferer, Rumeurs, Le plus vieux média du monde. Points, 2009.
Libération, Laure Equy et Dominique Albertini, 22 novembre 2016, http://www.liberation.fr/france/2016/11/22/qui-veut-la-peau-d-alijuppe_1530262
Le Monde, un blog de la rédaction, Big Brother, 15 février 2017 http://www.lemonde.fr/big-browser/article/2017/02/15/le-bon-vieux-canular-a-lere-des-fake-news-un-journal-algerien-reprend-le-gorafi_5079958_4832693.html
L’internaute, La rédaction, 9 février 2017 http://www.linternaute.com/actualite/politique/1343638-emmanuel-macron-sondouble-homosexuel-le-lobby-gay-autopsie-d-une-rumeur/
Le Figaro, Roland Gauron, 8 septembre 2014 http://www.lefigaro.fr/politique/2014/09/08/01002-20140908ARTFIG00288-les-sixingredients-d-une-rumeur-en-politique.php
Laurent Gaildraud, Orchestrer la rumeur, Eyrolles, mars 2012
Le Monde.fr avec AFP et Reuters, 4 mars 2017 http://www.lemonde.fr/donald-trump/article/2017/03/04/donald-trump-accusebarack-obama-de-l-avoir-mis-sur-ecoute_5089358_4853715.html
Le Monde, Anne-Françoise Hivert, 21 février 2017 http://www.lemonde.fr/europe/article/2017/02/20/stupefaction-en-suede-apresl-attentat-fictif-suggere-par-donald-trump_5082216_3214.html
Crédits photo :
Le Point, Saïd Mahrane, 3 janvier 2017 http://md1.libe.com/photo/976624-farid-fillon.jpg?modified_at=1482254010&width=750
Compte Twitter de Rahim Bellem, capture d’écran. https://twitter.com/rahim_bellem/status/831508747289784320
Radio VL – Portrait d’Emmanuel Macron
Novopress.Info – Portrait de Marine Le Pen
Lavisqteam – JUL extrait de son nouveau clip